Séduit par sa communication et sa bonne humeur, son avocat plaide la relaxe. Verbatim.

L'avocat prend la parole

Silence dans la salle. L'avocat prend la parole.

“Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs les membres du tribunal, Mesdames, Messieurs les membres du jury.

Il est aujourd’hui de bon ton de critiquer sans vergogne l’usage qu’a mon client de son sifflet, en dépit de toute considération humaine, toute empathie envers un membre de la société civile, toute estime pour sa fonction. Etre arbitre de football aujourd’hui, c’est accepter de se voir trainer dans la boue des cochons et passer sous les sabots des chevaux, sans possibilité de droit de réponse. De fait, c’est une atteinte grave aux libertés individuelles. Si mon client insultait The Sun de la même façon que The Sun insulte régulièrement mon client, il se verrait sans nul doute assigné au tribunal. Quod licet Iovi, non licet bovi.

Si mon client, Mr Lee Mason ici présent, a reçu une volée de bois vert, ce serait pour avoir modifié le cours d’un match. Les faits, je vous le rappelle sont les suivants : à la 13ème minute du match Manchester United-Queens Park Rangers, le défenseur des joueurs visiteurs pousse, avec sa main gauche, l’attaquant des joueurs locaux dans sa propre surface de réparation, annihilant une occasion de but manifeste. Mon client siffle pénalty et, voyant qu’il est l’avant-dernier défenseur - le dernier étant le gardien, je le rappelle pour les journalistes étourdis du Sun - lui tend un carton rouge, synonyme d’expulsion. La faute existe, et mon client ne fait qu’appliquer la règle.

Madame la Présidente, permettez-moi cette approche quelque peu grossière, mais qui s’accorde tout à fait aux enjeux actuels : lorsque j’ai embrassé ma future femme pour la première fois, j’avais 21 ans. Pour être tout à fait honnête, et quitte à vous surprendre, je n’avais pas regardé les vidéos de nos premiers rendez-vous pour analyser ses réactions à mes plaisanteries, je n’avais pas de ralenti sous la main pour apercevoir les clins d’œil qu’elle me faisait tout au long de la soirée, je n’avais pas de spécialiste en canapé pour me dire précisément où fallait-il que je me place, et à quel moment fallait-il que je me lance. Il s’est trouvé un moment, une seconde, peut-être deux. Je me suis approché de son visage et nos lèvres se sont touchées. Alea jacta est.

Vous comprenez évidemment ce que je veux sous-entendre à travers cet exemple : mon client a pris sa décision en une fraction de seconde, en assumant les conséquences irréversibles, quitte à devoir faire son auto-critique en s’apercevant, plus tard, de son erreur. Mais est-il moins coupable que l’attaquant de Manchester United, Monsieur Ashley Young, qui simule très nettement une faute qu’il ne subit que très légèrement ? Est-il moins coupable que l’entraineur des Queens Park Rangers, Monsieur Mark Hugues, qui, se sachant en manque de points au classement, souhaite à tout prix prendre un point à l’extérieur et applique un schéma très défensif qui ne laisse d’autre choix à ses défenseurs que d’entreprendre des comportements parfois limites, dans des zones à risques ? Errare humanum est.

Mon client subit la pression inhérente à la fonction qu’il exerce. Le football n’est plus un jeu, c’est un business où chaque décision qu’il prend doit être la bonne, sous prétendue peine de modifier le cours du match et d’influer sur le score final, donc sur le classement, donc sur la manne financière. Pourtant, je ne vous le cacherai pas, la vie privée de mon client a beau être difficile, il s’efforce de demeurer jovial et à l’écoute des joueurs, prenant soin d’expliquer ses décisions, s’excusant presque de distribuer des cartons. C’est pourquoi je demande la relaxe : mon client est un homme droit et intègre, et je crois que c’est à l’hostilité de son environnement médiatique que l’on doit imputer ses erreurs. “Soyez justes envers les justes. Vous le leur devez. Mais soyez justes encore envers ceux qui sont injustes. C’est le meilleur moyen de leur faire porter la peine de leur injustice, tout en leur laissant la faculté de la réparer.

Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs les membres du tribunal, Mesdames, Messieurs les membres du jury, je vous remercie de votre attention.”

En signe de protestation, les journalistes du Sun quittent la salle.

Comb-overs risqués, permanentes caniches, mullets dantesques, afros ébouriffants, mohicans improbables, catogans classés X… On a vu tous les styles défiler dans le football anglais ces cinquante dernières années. Si la vitrine du foot british est riche en FA Cups légendaires et European Cups d’anthologie, d’autres coupes sont tout aussi remarquables.

Avant les années 60, la coiffure était invisible, personne n’y prêtait attention. Tous les joueurs étaient logés à la même enseigne : cheveux courts et oreilles dégagées. Ce style sommaire a un nom bien connu des Britanniques : le short back and sides. Seul le haut se risquait parfois à l’originalité, le plus souvent sous la forme d’une coupe en brosse ou d’un quiff brut de décoiffage, tel le grand Billy Wright (105 capes anglaises dans les Fifties, 20 ans aux Wolves).

Malgré cette uniformité générale, certains réussirent à sortir de l’ordinaire, comme on signe une sortie de route, accidentellement (citons Bill Seddon, Arsenal, 1924-32). Malheureusement, en raison de l’absence de photos de qualité sur Internet sur ces quelques Glorieux Anciens poilus, c’est à partir des années 60 que débute notre voyage chevelu down memory lane.

Introduction

A la fin des Fifties, la société anglaise dit définitivement adieu aux mornes années d’après-guerre (rationnement jusqu’en 1954) et l’univers du football en profite pour s’encanailler. Au cours des Sixties, la consommation et la médiatisation débarquent en force et les produits de beauté pour homme s’incrustent dans le paysage. En tête de gondole, la marque Brylcreem et ses « Brylcreem Boys », dont Johnny Haynes et Denis Compton, légendaire cricketer l’été… et ailier d’Arsenal l’hiver ! (tout comme son frère Leslie). La coiffure s’expose davantage et les styles évoluent, timidement.

En consultant les galeries de portraits des joueurs au début des Seventies (voir absolument celles d’Arsenal, Leeds, Liverpool, Newcastle et Manchester United !), on constate en effet un léger frémissement positif. On est quand même loin du compte et pour un George Best, il y a cinquante sinistrés du tif. L’indigence capillaire est notamment palpable chez les Gunners et les Red Devils (les Magpies, eux, sont en perdition totale). A l’évidence, les stylistes ont encore du pain sur la planche, l’approximation étant la règle !

son coiffeur buvait beaucoup

Noel Brotherston : son coiffeur buvait beaucoup

A l’examen de ces trombinoscopes apocalyptifs, le poids des disparités régionales et la prégnance des déserts ruraux sautent aux yeux. L’Angleterre profonde (Burnley, Ipswich) souffre clairement d’une pénurie de salons de coiffure et Southampton d’un excès d’agriculteurs (ça ou le club expérimente en croisant son effectif avec des animaux de ferme). Quant à Sheffield United, il est clair qu’aujourd’hui les instances ne les laisseraient jamais jouer avec ces touches-là, sauf dans un championnat d’épouvantails.

Si la pire coupe du football anglais est sans doute celle de feu Noel « Bozo » Brotherston (Blackburn Rovers, 1977-87), les années 60 et 70 amorcèrent le mouvement. Aujourd’hui, premier volet de notre étude capillaire : 1960-1975, du comb-over à l’ancètre du mullet.

Les années 60

Bobby Charlton

Incontestablement, l’anti-vedette capillaire des Sixties et le maître planétaire du « style » comb-over, opération qui consiste à rabattre ses quelques cheveux sur la calotte. En match, sans son peigne, ça partait en vrille.

On ne peut s’empêcher de penser que quand Bobby déboulait mèche au vent, les défenseurs se marraient trop pour le rattraper. Et voilà comment on claque 326 buts dans une carrière. Bobby fit de nombreuses émules, dont Henry Hall, Ralph Coates (en bas à droite), Giscard, Fabius et PPDA.

Les années 70

La touche de glamour capillaire apportée classieusement par George Best se rebiffa dans les Seventies. L’Arsenal Legend Charlie George (élu 9ème Greatest Gunner en 2008, ici), surnommé « The Cockney Rebel », fut l’un des premiers à porter le cheveu long et raide. Malheureusement, vers 1975 avec Arsenal puis Derby, Charlie commit un gros impair avec une série de bubble perms immondes, ce qui lui vaut sa présence ici.

Charlie, que son éblouissante performance lors de la finale de FA Cup 1971 contre Liverpool rendit célèbre (avec célébration iconic de son but victorieux en prolongation), aurait pu faire une belle carrière mais il ne rentra jamais dans le moule disciplinaire de l’époque.

Pour sa première (et dernière) sélection en équipe d’Angleterre, en 1976 (fin de la piètre ère Don Revie), il est remplacé à l’heure de jeu, à son grand mécontentement. A Revie qui lui demande s’il veut s’asseoir sur le banc ou filer à la douche, Charlie répond : « Go fuck yourself ». Quelques saisons plus tard, à 31 ans, il partit buller à Bulova (Hong-Kong). Finalement, Anelka n’a rien inventé, les Glorieux Anciens d’Arsenal ont dû lui souffler l’anecdote Charlie George. Sauf que lui n’attendit pas la séniorité pour envoyer promener le sélectionneur, il le fit dès sa toute première sélection - respect.

c'est bien lui

Charlie George aujourd'hui : le doute n'est plus permis

Revenons à l’esthétique. Ayant décelé une ressemblance troublante avec un célèbre journaliste TV français, notre conscience professionnelle nous poussa à filer sur Londres pour y faire des recherches généalogiques. Et là, au Register Office d’Islington, double whammy bingo-consternation.

Nous découvrîmes que Charlie a une mère francophile (Mrs Grimold) et qu’il fut séparé à la naissance de son frère, Dominic, alors âgé de 2 ans. Ce dernier suivit sa maman à Paris où elle prit le statut de réfugiée gastronomique et francisa les noms pour faciliter l’intégration de la petite famille. C’est donc avec une grande fierté que TK vous livre le scoop de la saison : Charlie George est le frangin de Dominique Grimault.

TK compte les réunir prochainement, au moins pour ce dernier puisse enfin améliorer son abominable anglais et faire profiter Thierry Roland de ses progrès dans la langue de Paul Gascoigne (qu’on en finisse avec les scatologiques O’Chie pour John O’Shea - ça s’ prononce O Ché). Avant l’Euro 2012, et avec le duo Angleterre-Irlande présent, le TK est fier de pouvoir modestement œuvrer pour que cesse ce massacre phonético-linguistique.

Neil Warnock

Oh dear, oh dear. Et ces rouflaquettes qui descendent jusqu’au menton, épique (l’ex manager de QPR portait les fripes de Rotherham United sur la photo, 1969-1971).

Sacré Neil. Dommage que Joey Barton-la-grande-gueule n’ait jamais tweeté cette photo d’anthologie lors de la mémorable Twitterfight Barton v Warnock mi-janvier, il n’aurait pas eu besoin d’en faire des tonnes pour casser les reins de son adversaire. Une photo tweetée et Neil-l’encore-plus-grande-gueule était coiffé pour la saison.

Kevin Keegan

Dans les années 70, celui que les Allemands surnommèrent « The Mighty Mouse » (la souris dévastatrice) muta en canidé en adoptant la permanente.

Le mythe en prend un sacré coup quand même

Le mythe en prend un sacré coup quand même

Une idée exécrable et aux conséquences désastreuses. Du jour au lendemain, ce style bubble perm se répandit dans le pays comme une trainée de poudre et l’on constata un profond changement de comportement chez l’Homo britannicus. Soudain, on vit un tas d’hommes-caniches sortir des pubs et pisser pavloviennement contre les lampadaires.

« Paulo, vous avez quoi comme croquettes en Allemagne ? »

(show canin international) « Paulo, vous avez quoi comme croquettes en Allemagne ? »

Keegan aussi passa par Southampton et leurs expérimentations animalières (voir intro). On comprend maintenant pourquoi comment un petit club comme Southampton réussit à recruter Keegan en 1980, juste au sortir de son triomphe à Hambourg (double Ballon d’or en 1978 & 79) alors que Liverpool devait le récupérer. Visiblement le lobby fermier anglais avait le bras long et comptait bien se faire de la publicité à peu de frais.

Pat Jennings

Partisan du moindre effort hors des terrains, le mythique Nord-Irlandais (presque 1 000 matchs pour Tottenham et Arsenal de 1964 à 1986) ne se fit jamais couper les cheveux, il les laissa pousser en les pliant au fur et à mesure pour que tout tienne sur le crâne. Au Mondial 1986, âgé de 41 ans, il avait toujours la même coupe accordéon.

John Dempsey

Si Bobby fit du comb-over une mode pour allopéciens en herbe, c’est l’international irlandais John Dempsey (Fulham et Chelsea) qui lui fit prendre une dimension supplémentaire, avec débordement sur les ailes, à la Mireille Matthieu. Ça ne l’empêcha pas d’être élu Meilleur défenseur du championnat US de la NASL en 1979, devant Franz Beckenbauer. Pas Mireille hein, mais John.

Il aurait tant aimé que mille cIl aurait tant aimé que mille colombes lui c***nt dessus pour qu’on ne voit plus sa coupe Il aurait tant aimé que mille colombes lui ch***t dessus pour cacher sa coupe

Il aurait tant aimé que mille colombes lui c***nt dessus pour cacher sa coupe

Chris Garland

Un peu le même style comb-over que Bobby pour l’ex attaquant de Bristol City, Chelsea et Leicester City, mais avec la belle tignasse en plus. Croisement intéressant, entre aristo à la cour royale de Versailles et Patrick Duffy.

Non, ce n’est pas une perruque Louis XIV

Non, ce n’est pas une perruque Louis XIV

Brian Little

L’Aston Villa Legend (1970-1980) dut prendre sa retraite à 26 ans, officiellement à cause d’un genou cagneux. Il y a prescription et TK peut révéler la vraie raison : il ne trouvait pas de coiffeur compétent sur Birmingham et en avait marre de passer pour un con lors des photos de groupe.

Quelques saisons plus tard, Didier Six débarqua à Villa et s’éclipsa mystérieusement peu après. Et ben vous comprenez pourquoi aujourd’hui.

Tony Currie

La Sheffield United Legend et ex international anglais adopta le même style aléatoire que Little, en encore moins droit.

Gerry Francis

Vers 1975, copiant la mode musicos de l’époque (Tom Jones, David Bowie, Paul McCartney), le Vairelles anglais et joueur culte des Queens Park Rangers fut le premier parmi les footballers à populariser l’ancêtre du mullet (les rouflaquettes en plus).

Gerry demeura aussi fidèle à QPR (18 saisons, joueur et manager) qu’au mullet. Presque 40 ans plus tard, sa loyauté envers la mythique coupe n’a pas faibli, bien au contraire.

Kevin Quigagne.

Le costume, marque d’élégance et de pouvoir, a-t-il une quelconque influence sur les joueurs d’une équipe dirigée par un entraineur qui en porte un ?

Il y a plus de trois ans, quelques lignes de la défunte gazette du TK (1) évoquaient, sur un ton potache, le rapport qu’entretenait le manager anglais avec le costume. Si l’on creuse un peu la réflexion, qu’en est-il de ce choix vestimentaire ? Que veut-il dire et quel effet produit-il ?

Avant toute chose, retraçons l’origine du costume-cravate tel qu’il est porté aujourd’hui, grâce au livre sinon exhaustif, du moins très complet de François Boucher, Histoire du costume en Occident. “Sans avoir subi de très grandes transformations, le costume masculin s’est pourtant rapproché, sous le Second Empire, de ce qu’il restera désormais. (…) C’est à la fin du règne qu’apparaît le complet - veston, pantalon et gilet de même tissu - mais cet ensemble restera lui aussi, jusqu’aux dernières années du siècle, considéré comme négligé, c’est-à-dire mettable seulement pour les sorties du matin, la campagne ou le voyage.

L’éclat du régime relance le souci du costume, aussi bien à la cour qu’à la ville, par des détails changeants qui distinguent l’homme du monde : col de velours, basques allongées ou raccourcies, revers de soie, cravate étroite ou nœud assez large, faux-col soit évasé, soit droit et ride, soit encore rabattu.

Les changements qui surviendront par la suite dans le costume masculin ne porteront que sur des détails de forme et de couleur : l’emploi de certaines parties de cet habillement se modifiera lui aussi, mais l’essentiel n’en sera pas sensiblement affecté.

(…) L’un des changements les plus notables après 1850 a été le remplacement de l’habit de couleur par l’habit noir, porté avec des pantalons à carreaux moulant étroitement la jambe. (…) Quant à la cravate, sous les noms de régate ou plastron, elle se maintient dans les tons effacés et ne conserve qu’une place discrète, pâle souvenir de son rang d’autrefois.” (2)

L’essentiel du costume masculin étant fixé depuis le début du XIXème siècle, seul le détail des formes évolue, sans qu’il soit possible d’étudier ses fluctuations autrement que par l’image. (…)

Le veston devient d’un usage plus fréquent après 1870 et le complet - veston, gilet et pantalon de même tissu - entre en faveur après 1875, sans être toutefois considéré comme vêtement paré ; la jaquette et surtout la redingote sont seules admises pour les visites ou cérémonies de la journée.

(…) C’est à Monte-Carlo que serait apparu, vers 1880, le dinner-jacket, dit smoking, adopté par les joueurs qui trouvaient fatiguant de rester toute la soirée en habit. Jusqu’à la mort du roi Edouard VII en 1910, il n’était pas admis en public : on le portait surtout à la campagne et dans les réunions d’hommes ; l’habit restait la tenue obligatoire en soirée ou au théâtre.” (3)

Si nous survolons l’évolution du costume entre 1960 et 1980, la première impression est celle d’un appauvrissement. Les tenues d’apparat sont de moins en moins revêtues ; l’habit noir porté avec la chemise blanche et le col empesé n’apparait plus guère que dans les grandes cérémonies. (…) La cravate, bien que n’étant plus de rigueur avec les chemises polo, tend à devenir le symbole de la tenue de bureau contraignante, et est de plus en plus abandonnée aux heures de loisir.” (4)

Ainsi, si la symbolique du costume-cravate (distinction et domination) demeure aujourd’hui, celui-ci n’est toutefois réservé qu’aux fêtes cérémonieuses et aux grandes responsabilités. Une large majorité des managers de Premier League, quand bien même leur pouvoir s’est accru au fil des décennies, pourraient donc très bien s’en passer les jours de matchs et opter pour des vêtements plus souples et plus larges, dans lesquels ils pourraient davantage respirer.

Il se trouve cependant qu’une étude valide leur choix. Des scientifiques du sport de l’Université de Portsmouth ont étudié l’effet que peut avoir l’apparence de l’entraineur sur ses joueurs. Ils ont remarqué que les managers qui portent des costumes les jours de matchs et des survêtements les jours d’entrainement  sont les plus enclins à tirer le meilleur de leur équipe. Dr Richard Thelwell, responsable de l’étude (5) « Nous nous sommes aperçus que le vêtement porté par l’entraineur peut avoir un effet direct sur la perception de ses compétences par les joueurs. Un entraineur en costume laisse supposer une grande habileté, ce qui est, de toute évidence, idéal pour un match. Dans notre étude, les entraineurs portant un costume étaient perçus comme étant plus compétents sur le plan stratégique que ceux portant une tenue sportive, mais moins compétents sur le plan technique que ces derniers. » Ce qui viendrait justifier la tenue sportive des entraineurs adjoints, juste milieu entre le costume du manager et le maillot du joueur. On aurait donc, sur un même banc, le cerveau stratégique et les petites mains techniques.

Car, au fond, le costume-cravate n’est-il pas l’avatar moderne du sceptre royal ? Il représente la fonction si ce n’est suprême, du moins supérieur. Et le pouvoir doit impressionner, se faire admirer. Il use donc de stratagèmes, vestimentaires inclus, pour toucher les consciences. La hiérarchie d’un club de football ne contredit pas ce système.

Même s’il semble que, concernant certains managers, le costume ne fasse pas illusion de leur incompétence très longtemps. Peut-être un problème de coupe.

Tandis que, dans d’autres cas, nul besoin de porter la cravate pour se révéler être un brillant tacticien.

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(1) Leurs auteurs sont toujours les bienvenus parmi nous.

(2) p.367

(3) p.393

(4) p. 416

(5) Parue dans la revue International Journal of Sport Psychology, et qui a ciblé 97 hommes et femmes à qui on a demandé d’observer et de donner leur avis sur des images de quatre entraineurs différents.

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BONUS

Huit costumes différents, huit managers de Premier League. Retrouvez Martin Jol (Fulham), Alan Pardew (Newcastle), Mark Hugues (QPR), Alex Ferguson (MU), Steve Kean (Blackburn), Alex McLeish (Aston Villa), Andre Villas-Boas (Chelsea) et Roberto Martinez (Wigan) et inscrivez vos résultats en commentaires.

(Première ligne : 1-2-3 ; Deuxième ligne : 4-5-6 ; Troisième ligne : 7-8) (cliquez sur l’image pour agrandir)

Enfin, la rubrique culte Said and Done de l’Observer, le meilleur de la presse anglaise sur les bizarreries du foot british et international, s’impose en France. Une exclusivité Teenage Kicks, of course.

Aujourd’hui : le best of de février 2012.

Dimanche 5 février

Deal de la semaine

  • 27M £ : montant de l’argent public qui sera versé à Spurs pour qu’il reste à Tottenham - 9M provenant du Conseil d’arrondissement d’Haringey, plus 18M du fond d’aide aux émeutes d’août 2011.
  • 2.7 milliards £ : fortune de Joe Lewis, propriétaire exilé fiscal des Spurs, fortune en partie bâtie sur des ventes de devises en 1992 partiellement responsable de l’éjection de la livre sterling du MCE [Mécanisme de taux de Change Européen] et qui coûta 3.3 milliards £ au Trésor britannique. Spurs, contrôlé par Enic (basé offshore) se dit « très satisfait de la décision du Maire et du Conseil d’arrondissement… On a toujours dit que nous n’investirions à Tottenham que si notre engagement était soutenu par d’autres acteurs du dossier. »

Respect campaign

Colombie. Alvaro González Alzate, vice-président de la fédération, au sujet d’un arbitre qui aurait sexuellement agressé un collègue :

« Pour être arbitre en Colombie, il faut être gay » déclare-t-il, en ajoutant que les officiels de match sont obligés de s’adonner à des actes sexuels entre eux s’ils souhaitent monter en grade. Alzate continue :

« Bien sûr, personne ne veut fournir des preuves ou n’ose même en parler publiquement mais je sais que ça se passe. J’ai assez de vécu pour savoir qu’il n’y a rien de plus contagieux et qu’il n’y a pire maladie que l’homosexualité - et je respecte ceux qui en souffrent. »

Pendant ce temps-là

22 : Nombre d’entraîneurs limogés dans les championnats de D1 au Brésil en janvier, y compris Betão Alcântara du Rio Verde :

« C’était étrange. En rentrant de l’entraînement, j’ai mis la radio et j’ai entendu que j’étais viré. Je suis dans le foot depuis 30 ans et jamais je n’aurais imaginé un truc pareil. Je me sens perdu. »

Le mercato de Harry

1er janvier. Harry Redknapp : « Il est extrêmement improbable qu’il y ait du mouvement à Tottenham pendant le mercato d’hiver. Je vais conserver le groupe tel quel. »

Le dernier jour du mercato : Harry recrute Louis Saha, Ryan Nelsen ; demande Mauro Zárate en prêt ; vend Roman Pavlyuchenko ; prête Sébastien Bassong, Stephen Pienaar, John Bostock et Vedran Corluka ; et Marseille déclare avoir reçu une offre « énorme » de Spurs pour Loïc Rémy.

Plus : suspension de la semaine

Brésil. Grandpa, mascotte de Ceará, suspendue deux matchs pour une « série de gestes obscènes » envers les supporters du club rival de Ferroviário. Les medias rapportent que l’affaire est en rapport avec un incident de 2009 pendant lequel Jubaitola, la mascotte de Ferroviário, « s’en était pris sexuellement à Grandpa » sur le terrain.

La fédération : « Grandpa sera suspendu pour les matchs contre Tiradentes et Guarani Juazeiro. »

Dimanche 12 février

Deal de la semaine

10M £ : somme allouée à la Football Foundation [aide au foot amateur, ndlr] par la FA en 2012. Elle était de 20M en 2000.

24M : somme versée à Fabio Capello entre janvier 2008 et janvier 2012.

23.5M : somme versée à Sven-Goran Eriksson (2001-2006), y compris prime de départ.

David Bernstein, président de la FA : « Bien sûr, on ne peut pas dire le contraire, tout cela a coûté cher - mais il ne s’agissait nullement d’une erreur de notre part. »

Autre chiffre de la Football Foundation cette saison : 300 000 £. C’est le versement annuel par club de Premier League pour développer les infrastructures du monde amateur - ce versement était de 610 000 £ en 2010.

28M £ : somme dépensée par Chelsea pour remplacer Carlo Ancelotti.

Des nouvelles de Harry Redknapp

Harry, sur ses liens avec la sélection nationale : « Je me concentre totalement sur Tottenham. »

2004. Harry, alors à Portsmouth, sur ses liens avec le rival  Southampton [qu'il rejoindra la saison suivante, ndlr] : « Je n’irai pas à Southampton, aucune chance pour que ça se fasse. ».

2005. Harry sur ses contacts avec son ancien club Portsmouth [qu'il rejoindra peu après, ndlr] :

« Je n’ai aucune idée d’ou viennent ces bruits, c’est totalement idiot, cette rumeur est stupide. »

2008. Harry sur les rumeurs l’envoyant à Tottenham [qu'il rejoindra peu après, ndlr] : « C’est vraiment n’importe quoi. Portsmouth est mon club et je ressens une immense loyauté envers ce club. Partir d’ici serait une trahison. Ce poste est mon dernier dans le football. »

Membre Fifa de la semaine

Jack Warner, 2011 : démissionne de la Fifa pour s’éviter de possibles sanctions dans le cadre d’une enquête de corruption conduite par un ex ponte du FBI.

2012 : Warner lance une campagne pro peine de mort à Trinidad pour « que les criminels arrêtent de se moquer de la justice ».

Warner, député, affirme que l’abolition de la pendaison est une aubaine pour les « déviants et désaxés qui refusent de travailler pour gagner honnêtement leur vie et qui choisissent de mener une vie de criminel, en se moquant de la justice. »

  • Egalement la semaine dernière : la police saisit des biens de la fédération du Trinidad (voir ici) afin de récupérer 420 000 £ que cette fédération doit toujours aux joueurs trinidadiens depuis la Coupe du monde 2006. Lennox Watson, president de la fédération :

« Les joueurs sont dans leur droit en essayant de toucher cet argent mais c’est une somme que nous n’avons pas… Jack Warner était le seul qui gérait les revenus de la fédération à l’époque. »

Warner : « Toutes les formes de diffamations auxquelles peut être assujetti un être humain, je les ai vécues, et je suis toujours là - ma conscience est claire. »

Une bonne semaine pour…

Gigi Becali, le propriétaire du Steaua Bucarest. Becali conserve la première place du classement des célébrités roumaines les plus présentes dans la presse, avec 526 histoires nouvelles sur son compte le mois dernier, devant la mannequin Playboy Bianca Dragusanu.

Autre nouvelle Gigi récente : nommé « député européen le plus indolent » avec 74% des séances du parlement européen ratées depuis son élection sur un ticket droite radicale nationaliste anti-gay réformatrice en 2009 et 90 000 € de salaire.

Règle la plus idiote de la semaine

Ken Bates, dans l’obligation de rater les deux prochains matchs de Leeds, forcé qu’il est de rester à Monaco pour ne pas dépasser la limite des 90 jours de visite au Royaume-Uni qui lui ferait perdre son statut d’exilé fiscal :

« Quand on reçoit le calendrier chaque été, on s’assoit et on planifie notre période de 90 jours qui nous est autorisée par ces lois idiotes. Ce qui fait que je suis dans l’impossibilité de me rendre à Leeds avant mars. »

[c'est pas les supps de Leeds qui s'en plaindront, ndlr]

Août 2010. Ken Bates minimise l’importance de son statut d’exilé fiscal :

« Je vis à Monaco pour le climat. J’aime le fait que la ville est propre, qu’il n’y a ni graffitis ni ordures dans les rues, aucune délinquance, la police est polie et on respecte votre vie privée. »

Dimanche 19 février

Deal de la semaine

Tottenham. Le club a reçu le feu vert (ici) pour abandonner l’inclusion d’habitations à coût modeste dans son projet de grand stade, qui en prévoyait originellement une centaine. Dans le nouveau plan : 285 appartements privés, ce qui rend le projet plus « viable ». Daniel Levy [président du club] déclare que Spurs, en passe de recevoir 27M de fonds publics destinés à la revitalisation de l’arrondissement, est « ravi de pouvoir continuer le projet et donner un coup de fouet économique à un arrondissement qui en a grandement besoin. »

Des nouvelles d’Adriano

Brésil. Roberto de Andrade, dirigeant des Corinthians, dément les affirmations de la presse selon lesquelles Adriano aurait fait le mur pour aller dans un night-club de Rio (alors que l’équipe était à l’hôtel). Andrade a déclaré que les restrictions de sortie sur Adriano pour lui faire perdre du poids se poursuivent : « Je ne rigole pas, Adriano adhère totalement au programme. »

Les dernières sur la grande famille du football

Jack Warner : dément les allégations selon lesquelles de l’argent humanitaire destiné aux victimes du tremblement de terre d’Haïti a disparu alors qu’il transitait par un compte de la fédération de Trinidad et Tobago, compte dont Warner était seul titulaire. La fédération déclare qu’elle compte porter plainte contre Warner. Ce dernier déclare qu’il poursuivra en justice « les gens dérangés et mal intentionnés » qui font courir ce mensonge : « Je suis profondément dégoûté » a-t-il ajouté.

et à surveiller : le président de la fédération du Bahreïn, Sheikh Salman bin Ebrahim Al Khalifa. 2011 : approuve l’arrestation de 150 athlètes qui participaient à une manifestion pro-démocratie. 2012 : se prépare à briguer la présidence de la Confédération Asiatique de Football : « J’ai reçu un soutien formidable de beaucoup de gens. »

Valse des managers

6 février. Michael Preetz, manager général du Hertha Berlin, sur les appels au limogeage de l’entraîneur après trois défaites sur ses trois premiers matchs :

« Il est hors de question de se séparer de Michael. Nous le soutiendrons, nous ne prêterons pas attention aux influences extérieures, il faut rester calme. »

12 février : Skibbe est viré. « Le temps était venu de changer d’entraîneur » déclare Preetz.

12 février. Godinho Lopes, président du Sporting Lisbon, en réponse à un journaliste qui lui demande si l’entraîneur Domingos Paciência est menacé :

« Cette question n’a aucun sens. Les résultats ne sont pas bons mais ils ne reflètent pas le travail de l’entraîneur. Je parle à Domingos tous les jours, nous travaillons pour assurer le succès du club. »

Le lendemain : Paciência est viré.

Supporter de la semaine

1 : nombre de supporter dans la tribune extérieur du stade de Grêmio pour la venue de Santa Cruz (voir clip - Santa Cruz a perdu 4-1, devant 6 735 spectateurs).

Tiago Rech (le supporter en question) :

« En arrivant, j’ai vu que y’avait que moi et quatre policiers, mais ça valait la peine. Quand on a marqué, ça m’a pas gêné d’être seul, j’ai hurlé et vraiment célébré ce but. Et là, j’ai vu les journalistes qui me regardaient. Plus tard, à la radio, ils ont parlé de la “danse du supporter solitaire de Santa Cruz “. C’était vraiment un jour génial. »

Président de la semaine

Osmar Baquit, président du Fortaleza : écope d’une amende de 100 reals (40 £) pour avoir qualifié les arbitres du match ainsi : « Ce sont des escrocs, des voleurs, une bande de clochards, une légion de voyous », le tout alors qu’il était retenu physiquement par la police militaire. Baquit :

« Je sais que je ne devrais pas me conduire de la sorte mais je suis un président passionné. Peut-être que je referai pareil au prochain match. »

Des nouvelles de Gigi

Roumanie. Gigi Becali, propriétaire du Steaua Bucarest, sur ses nouvelles ambitions politiques :

« Je veux devenir Premier Ministre, pour être le général du Christ sur cette terre. Ce pays a besoin de 5 000 Becali, mais même avec 100 Becali, nous serions supérieurs à l’Allemagne ou la France. Becali signifie amour - c’est l’amour qui me fait aller vers les gens dans le besoin. Tout ce que je fais, je le fais pour Jésus. »

Manager de la semaine

Emirats Arabes Unis. Dialogue entre un journaliste et Walter Zenga, entraîneur d’Olaroiu :

Journaliste : « Monsieur Zenga, pourquoi votre équipe joue-t-elle aussi défensivement ? »

Zenga : « Je ne répondrai pas à cette question stupide. C’est vraiment une question stupide »

Journaliste : « Merci »

Zenga : « Tout le plaisir est pour moi. Vous, vous êtes fini et moi, je prends du plaisir. Vous n’êtes rien, vous êtes un moins que rien… Bye bye, bye bye. Amusez-vous bien. »

Le pardon de la semaine

Brésil. Alexandre Carioca, milieu d’Aguia, reconnaît qu’utiliser un trépied d’appareil photo pour frapper violemment un adversaire (Aldivan, défenseur de Remo) pendant une échauffourée était « déraisonnable » (voir clip) : « J’étais très contrarié, c’est pour ça que j’ai agi de la sorte. Je ne referai jamais ça, c’est certain. »

Aldivan, hospitalisé, a déclaré qu’il ne porterait pas plainte : « Il a pleuré et a demandé pardon. Je lui pardonne. »

Dimanche 26 février

Propriétaire de la semaine

Le multi-milliardaire Clive Palmer (Gold Coast United) : nomme un adolescent de 17 ans (Mitch Cooper) nouveau capitaine de l’équipe ; limoge le manager qui protestait ; qualifie son propre club « d’insignifiant ». Palmer :

« De toute manière, je n’aime pas le football. Ce championnat ne vaut rien et le football, c’est nul. »

Réaction du chief exec du club, Clive Mensink : « Ces propos ont été sortis de leur contexte. »

Amendes de la semaine

8 500 £ : amende infligée à la Juventus après que certains de leurs supporters ont lancé des insultes à caractère raciste envers des joueurs du AC Milan en Coupe d’Italie. Ce qui fait suite à une autre amende de 8 500 £ pour propos racistes contre des joueurs d’Udinese début janvier.

25 000 £ : amende infligée à l’Atalanta pour crachats de deux supporters sur le quatrième arbitre, ainsi que « jet de trois pièces qui n’ont pas atteint leur cible ».

Parlons bouffe

  • 200 £ : montant de l’amende infligée au club brésilien Guarani de Juazeiro après qu’un joueur de Horizonte (Albano) a été « frappé à la tête avec un pilon de poulet ». L’arbitre, Edson Galvão da Silva, a joint le morceau de poulet à son rapport d’après match.
Le rapport complet de l'arbitre, aile de poulet comprise

Le rapport complet de l'arbitre, aile de poulet comprise (cliquez sur image)

  • 500 £ : montant de l’amende infligée au club italien de Narnese après que des supporters ont lancé des « saucisses cuites et une pomme de terre » sur l’arbitre et sur des joueurs adverses. Déclaration de la Ligue : « Une pomme de terre a effleuré le visage de l’arbitre. Une saucisse a touché le gardien, mais sans causer de douleur. »

Dans la même série :

Said & Done janvier 2012
Said & Done nov. / déc. 2011
Said & Done oct. 2011 (2/2)
Said & Done oct. 2011 (1/2)
Said & Done sept. 2011 (2/2)
Said & Done sept. 2011 (1/2)
Said & Done août 2011 (2/2)
Said & Done août 2011 (1/2)

Vainqueur de la CAN 2012 avec l’équipe de Zambie, le sélectionneur français Hervé Renard est brièvement passé de l’autre coté de la Manche. C’était en 2004, à Cambridge United

Illustre inconnu il y a quinze jours, le coach français Hervé Renard est devenu la nouvelle hype du football d’aujourd’hui pour avoir mené l’équipe de Zambie au sommet du foot africain. Une compétence doublée d’une belle gueule et d’un certain chic vestimentaire. Un nom de famille digne d’un roman et qui rime trop bien avec Bob Denard.

Mais quel rapport avec le foot anglais ? Pas grand-chose, c’est vrai, si ce n’est un passage aussi court que rocambolesque courant 2004 dans les sous-divisions du football d’outre-manche. Un passage que n’avait pas manqué de narrer le mythique site web www.kicknrush.com, qui fut pour la première décennie du XXIème siècle ce que Teenage Kicks sera pour celle qui suit.

Le 16 février 2007, le site publie un article, « Sweet six weeks » signé Rian Gyggs, pseudo derrière se cache un éphémère Prince Charles à la plume vive et acérée. L’article évoque en fait l’arrivée trois ans plus tôt d’un autre Bob Denard du foot, Claude Le Roy dans un club de Coca Cola League Two (Quatrième Division) plutôt mal en point, Cambridge United.

Nous sommes fin mars 2004 et le club vient alors d’essuyer six défaites en huit matches. Il pointe à la 22ème place d’un classement qui compte 24 équipes et voit s’approcher le spectre de la Conférence, ultime division du foot professionnel d’Angleterre. Edward Freeman, le chairman du club, s’est bien entendu débarrassé de l’entraîneur en place, John Taylor, et a fait appel à son vieil ami Claude Leroy pour sauver ce qui peut l’être.

L’idée, à priori, est géniale. Le club s’offre un peu de lumière médiatique en faisant venir un grand nom. Dès la première conférence de presse, Le Roy s’attire toutes les sympathies en annonçant qu’il s’est lancé dans cette opération gratuitement, uniquement par amitié. Sa deuxième annonce rafraîchit un peu l’atmosphère. Claude Leroy ne vient pas en tant qu’entraîneur, ni manager, mais seulement conseiller. C’est ici qu’entre en scène le dénommé Hervé Renard, alors seulement âgé de 36 ans, dont le CV d’entraîneur ne mentionne alors que les prestigieux AS Draguigan et Sanghai (Chine). Et encore, comme adjoint.

Ainsi donc le conseiller Claude Leroy ne passe-t-il que quelques heures par semaines à Cambridge, son emploi du temps étant surtout occupé par son activité de consultant pour une chaîne de télévision française cryptée. Hervé Renard se retrouve donc seul maître à bord, avec huit matches au programme pour éviter le pire.

Et c’est le meilleur qui arrive. Cambridge United aligne quatre victoires et trois matches nuls, ne concédant qu’une défaite, quasiment planifiée face à Doncaster Rover, l’impitoyable leader de la division. Les « U’s » terminent treizième avec cinquante-six points. Hervé Renard devient un héros du coté de Cambridge.

Un héros malheureusement éphémère. Alors que Claude Le Roy s’est discrètement éclipsé, son protégé entame une nouvelle saison avec son club d’accueil. Six mois plus tard, il est déjà viré. L’équipe rame en fond de classement, le club est en banqueroute et finira la saison en Conférence.

Renard poursuivra son job du coté de Cherbourg (2005-2007) avant de rejoindre son mentor Claude le Roy à la tête de la sélection du Ghana. Puis en 2008 il prendra en charge, seul, la sélection de Zambie. Mais là, on s’éloigne du sujet.

Richard N.

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection -du football anglais.

Pour l’intro, voir première partie. Quatrième et dernière partie aujourd’hui : du printemps 1991 à la création de la bête.

[abréviations : FA = Football Association ; FL = Football League].

1991 : la Premier League voit enfin le jour

Début 1991, un mois après les réunions entre le Big Five et la FA, la fédération consulte individuellement tous les clubs de D1 pour prendre la température de la situation sur le terrain. Ces derniers ont tous reçu la visite de Rupert Murdoch et savent que les droits TV pour la période 1992-97 seront renégociés en fin de saison 91-92. En clair, au lieu de toucher de la FL environ 400 000 £ par an, celui que l’on surnomme Dirty Digger (le fouille-merde) leur en promet dix fois plus. Les derniers réticents sont vite convaincus.

Début avril 1991, lors d’une conférence de presse, le président de la FA annonce officiellement la naissance imminente de la Premier League (d’inspiration Bundesliga comme le souhaitait la FA, théoriquement prévue pour 18 clubs - un mois plus tard le Big Five la fera passer à 22 clubs).

Le modèle allemand a fait long feu

Le modèle allemand coopératif a fait long feu

Le 13 juin 1991, 16 clubs signent un accord préalable. La FA pense avoir  réussi son coup en obtenant l’inscription dans les textes que la PL évolue « within the administration of the Football Association », comme outre-Rhin où la Bundesliga fait partie intégrante de la fédération (DFB). La FA s’est en effet inspirée des structures allemandes en organisant l’affaire avec le Big Five. En réalité, la PL ne s’éternisera pas dans le giron de la FA…

Dans le même temps, la FL traîne la FA devant les tribunaux, l’accusant d’avoir créé une League « illégalement » (le 31 juillet 1991, au terme de quatre jours d’audition, le juge Sir Christopher Rose renverra l’amère FL dans ses foyers).

Le 17 juillet 1991, tous les clubs de D1 signent le Founder Members Agreement et le 23 septembre 1991, le document est ratifié par la FA, les clubs et la FL. Après quatre heures de palabres, on se met d’accord sur le nom du bébé : FA Premier League. Certains clubs anti-FA sont farouchement opposés à la présence de la FA dans l’appellation - on ne démarre pas sous les meilleurs auspices et, de fait, les relations FA-PL seront tendues. Un an plus tard, la PL adoptera le nom du sponsor et s’appellera (Carling / Barclaycard / Barclays) Premiership de 1993 à 2007.

1991-92 : trois instances et un coup fin

En théorie, le sigle FA est toujours utilisé pendant cette période mais, fatalement, il disparaît définitivement lors des renégociations avec Barclays en 2007, les relations FA-PL s’étant considérablement refroidies. Outre les considérations juridiques, nombre de propositions émanant de la FA et qui figuraient dans son Blueprint for the future of football (voir fin de troisième partie), initialement acceptées par la PL, furent graduellement abandonnées (surtout celles d’ordre financier - partage des revenus du sponsoring - et en rapport avec la représentation de la FA au directoire PL). La vision initiale que la FA entretenait sur la PL, centraliste et quelque peu paternaliste, diffère grandement de la version actuelle.

Nonobstant ces tiraillements FA-PL qui iront crescendo, la création officielle de la FA Premier League signe la fin d’années de conflit permanent entre les principaux acteurs du football anglais (y compris des menaces de grèves, via la PFA, équivalent de l’UNFP). Le cordon ombilical centenaire entre  l’élite des clubs et les instances est définitivement coupé. La PL est indépendante, souveraine et promise à un avenir des plus prospères. Le 20 février 1992, l’ultime acte légal est adopté, la FA donne officiellement naissance au championnat de Premier League.

Les discussions sur le partage des revenus médias s’engagent. On se met d’accord sur une formule à l’esprit comparable aux débuts de la FL. Il est décidé que les droits perçus par le champion ne seront pas supérieurs à une fois et demie ceux versés au dernier du classement.

En avril 1992, les clubs de l’élite démissionnent de la FL et se constituent en limited company le  27 mai. La Premier League prend ses modestes quartiers dans une aile de la FA (la fédération est aujourd’hui installée dans le New Wembley et la PL en plein coeur de Londres - photo du haut -, dans Mayfair, à deux pas du Sherlock Holmes Museum…).

1992 : Sky remporte la bataille des droits télévisuels

Le moment clé de la négociation des droits TV pour la période 1992-1997 survient le 18 mai 1992. Sky (devenue BSkyB en novembre 1990) est en concurrence avec ITV. Toutes deux proposent environ 200M aux clubs. ITV surenchérit à 224M et son package a largement la faveur des clubs du Big Five. ITV est une chaîne terrestre et commerciale aux audiences vingt fois supérieures à Sky, chaîne câblée encore confidentielle (600 000 abonnés seulement - 10.5 millions aujourd’hui).

Peu avant le meeting, ITV a finement joué en promettant au Big Five de diffuser prioritairement leurs matchs (un point sur lequel Sky est resté vague). Quatre clubs du Big Five se laissent convaincre par ITV. L’affaire semble perdue pour la Team Murdoch qui a pourtant impérieusement besoin du football pour remettre d’aplomb un Sky mal en point (500M de dettes).

Sky sort alors sa botte secrète : Alan Sugar. Cet hommes d’affaires en électronique et informatique (Amstrad) a racheté Tottenham la saison précédente. Pendant les négociations, il ordonne à Murdoch au téléphone de mettre le paquet. Et pour cause : si Sky remporte les droits, Sugar fournira tout le kit d’installation aux futurs abonnés. Mais Sky est déjà fortement endetté et l’Australo-Américain hésite.

Va alors se dérouler un épisode demeuré célèbre dans le folklore de la PL. Au plus fort des négociations, Alan Sugar appelle Sam Chisholm, le chief exec d’un Murdoch prêt à jeter l’éponge, et lui aboie au téléphone : « Dis au boss de mettre le paquet, il faut exploser ITV ». Murdoch s’exécute et offre 250M. ITV surenchérit : 262M. Sugar d’agite de plus en plus au bout du fil. Sky abat sa toute dernière carte : 304M de £. ITV est « explosé ». Les clubs votent au deux tiers pour Sky. Depuis, le couple Sky-PL est inséparable.

Le 15 août 1992, la PL démarre enfin. Les 22 heureux élus sont (entre parenthèses, division actuelle) : Arsenal, Aston Villa, Blackburn Rovers, Chelsea, Coventry City (zone rouge D2), Crystal Palace (D2), Everton, Middlesbrough (D2), Norwich City, Nottingham Forest (zone rouge D2), Oldham Athletic (D3), Queens Park Rangers, Sheffield United (D3), Sheffield Wednesday (D3), Southampton (D2), Tottenham et Wimbledon (D4, AFC).

Une révolution aussi dans les mentalités

Le but de ce dossier n’est pas d’étudier ou comparer les transformations entre le début des Nineties et l’ère PL actuelle, telles l’évolution du profil du « supporter moyen » (beaucoup plus âgé, 41 ans), « l’invasion » des joueurs étrangers, la prolifération des agents, la nature des investisseurs ou même l’explosion du coût global d’un match - billet, déplacement, etc. - (calculé à 101 £ par la Football Supporters’ Federation lors d’une enquête récente auprès de 4 000 suppporters). Cette thématique appartient à l’histoire proprement dite de la PL.

Toutefois, arrêtons-nous brièvement sur un aspect fondamental des bouleversements que la PL a entraînés : le changement radical dans la gestion d’un club. Jusqu’au début des années 90, seuls les résultats comptent. Le but de tout club ambitieux est de remporter le plus de trophées possibles en fonctionnant sur le mode d’un « utility maximiser » comme l’écrira un économiste, à savoir le plus chichement possible. On maximise l’outil de travail (les infrastructures) sans chercher outre mesure à dégager des bénéfices.

La « Révolution financière » post 1992 va faire voler en éclat cette loi d’airain. Les clubs vont progressivement se transformer en machine commerciale et sportive tournée vers la diversification et le profit (revenus médias, merchandising, sponsoring, flottation en bourse, utilisation du stade hors match, recherche d’extension de la fanbase, etc.). Les clubs se muent alors en entreprises et en épousent le jargon. On parle autant de brand awareness, de global brand equity ou de profit maximisation (et parfois de debt recovery plan) que de 4-4-2 ou back four.

Une success story sans équivalent

En fin d’année, la Premier League débutera son tour du monde des renégociations de droits médias overseas pour la période 2013-2016 (211 pays et territoires, couverts par 98 diffuseurs partenaires de la Premier League plc).

La dernière fournée pour 2010-13 a rapporté gros : 1.6 milliards £. Soit presque le triple du terme précédent (2007-10) et presqu’autant que les droits domestiques, 1.78 milliards. A titre d’exemple, WinTV déboursa 30M pour la Chine ; Canal Plus 60M pour la France et Pologne ; Cable TVHK 150M pour Hong-Kong ; SingTel 200M pour Singapour ; Abu Dhabi Media Company plus de 200M pour le Golfe Persique, Moyen-Orient et Afrique du Nord. Cette fois-ci, les revenus provenant de l’étranger dépasseront probablement le montant des droits domestiques, qui devraient stagner. La PL lorgne désormais bien davantage vers la Chine et le Sud-Est asiatique que l’Europe.

En 2010, Irving Scholar, l’un des initiateurs de la PL déclarait :

« Personne ne peut contester que la Premier League est un succès retentissant qui a transformé le football. »

Le produit PL est une success story sans doute inégalée dans l’histoire du sport. Le football anglais, ce gueux des années 70 et 80, est aujourd’hui über glamour. Cependant, nombreux sont ceux qui jettent sur la First Division d’antan un regard nostalgique en se remémorant les ingrédients magiques qui firent du football anglais l’envie de l’Europe ; les chants, le soutien indéfectible du public, la communion et proximité avec le douzième homme sont ancrés dans la légende. Pour beaucoup, ce mythe a été sacrifié sur l’autel de la health & safety et du consumérisme.

Certes, il serait vain et absurde de comparer les deux époques tant l’univers du football anglais a changé ces vingt dernières années. Néanmoins, incontestablement, l’aspect aseptisé et mercantile de « l’expérience PL » est pour beaucoup dans cette vague de nostalgie inconvenable et ambivalente (personne en effet ne voudrait revivre les heures sombres des Eighties). Le match est devenu un « spectacle », policé par des stadiers zélés et suivi sagement par un public quadragénaire embourgeoisé (cette fameuse gentrification). Des avatars qui paraissent incompatibles avec la nature passionnée et le substrat populaire de ce sport.

Ces dernières années, ce que l’on nous présente souvent comme le « modèle allemand » en matière de stade (sécurité, ferveur, prix raisonnables) a viré à l’obsession chez les médias anglais. Il y a quelques semaines, Aston Villa évoquait la possible réintroduction d’une section safe-standing à Villa Park (voir article), ces mythiques terraces qui firent tant fantasmer l’Internationale des supporters et ultras.

Si le « Soldat » Football anglais a été sauvé grâce à la création de la Premier League, hyperboliquement surnommée « The greatest show on earth » par les médias anglais, tout le monde semble aujourd’hui s’accorder sur le besoin urgent de réanimer l’ambiance plate de ses stades, victime collatérale de la révolution PL. Le « plus grand show planétaire » méritera alors pleinement son surnom.

Kevin Quigagne.


Before and after (tous chiffres en £)

Abonnement meilleur marché dans le Kop d’Anfield saison 1989-90 :  60 £
Abonnement meilleur marché dans le Kop d’Anfield saison 2010-11 : 730 £

Affluence moyenne D1 1991-92 : 21 622 (69 % taux de remplissage)
Affluence moyenne PL 2010-11 : 35 283 (92 % taux de remplissage)

Chiffre d’affaires de la Premier League plc en 1992-93 : 46M
Chiffre d’affaires de la Premier League plc en 2010-11 : 1,2 milliards

CA de Manchester United en 1989-90 :     6M
CA de Manchester United en 2009-10 : 286M

Salaire mensuel du joueur le mieux payé en 1992 : 45 000 £ (John Barnes)
Salaire mensuel du joueur le mieux payé en 2012 : entre 850 000 et 1M (C. Tévez et W. Rooney)

Masse salariale D1 1991-92 : 31M
Masse salariale PL 2009-10 (y compris charges) : 1,38 milliards

Montant des droits TV touchés par les 22 clubs de D1 en 1991-92 : 7M
Montant des droits médias touchés par les 20 clubs de PL en 2010-11 : 1 milliard

Montant des dettes des clubs de D1 saison 1990-91 : quelques dizaines de millions
Montant des dettes des clubs de PL à l’été 2010 : 2,6 milliards

Nombre de joueurs de D1 non britanniques et irlandais saison 1992-93 : 22
Nombre de joueurs non britanniques en 2011 : 257 (sur les listes des 25 de sept. 2011)

Pourcentage masse salariale/CA des clubs de D1 en 1991-92 : 41 %
Pourcentage masse salariale/CA des clubs de PL en 2009-10 : 77 %

Prix moyen d’un match de D1 en 1990 : approx. 4 £
Prix moyen d’un match de PL en 2012 : approx. 35 £

Revenus médias PL en 1992-93 : 80M
Revenus médias PL en 2010-11: 1,17 milliards

Revenus total des 22 clubs de D1 en 1991-92 : 75M
Revenus total des 20 clubs de PL en 2009-10 : 2,1 milliards

Salaire mensuel moyen PL 1992-93 : approx. 6 000 £ (4 fois plus qu’un joueur de D4)
Salaire mensuel moyen PL 2009-10 : approx. 125 000 £ (30 fois plus qu’un joueur D4)

Transfert record première saison PL entre clubs anglais : Roy Keane, 3.75M (08/1993)
Transfert record PL entre clubs anglais à ce jour : Fernando Torres, 50M (01/2011)

Valeur de Man United en 1990 (tentative d’achat par M. Knighton) : 20M
Valeur de Man United en 2012 : entre 1 et 2 milliards

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection - du football anglais.

Pour l’intro, voir première partie. Troisième et avant-dernière partie aujourd’hui : de Hillsborough au printemps 1991.

[abréviations : FA = Football Association ; FL = Football League].

15 avril 1989, Hillsborough comme déclencheur

Souvent citée (à tort) dans les médias foot français comme le principal facteur de la création de la Premier League, la tragédie d’Hillsborough (96 morts, 766 blessés - voir document et clip) va néanmoins accélérer le processus de sécession de la D1. La version finale du rapport Taylor, ordonné par le gouvernement Thatcher, est publiée en janvier 1990. Depuis 1924 et le Shortt Report sur la finale de FA Cup 1923 (premier match disputé à Wembley, 1 000 blessés), c’est le neuvième rapport sur la sécurité dans les stades britanniques, sans qu’aucune leçon du passé n’ait été retenue. Le dernier datait de 1986 et portait sur la tragédie de Valley Parade (voir deuxième partie).

Entre autres obligations, le rapport Taylor stipule que tous les stades des clubs de D1 et D2 soient convertis en all-seaters avant le début de la saison 1994-95. Le coût des travaux est estimé à 450M de £ (la facture totale dépassera largement le milliard). Beaucoup de clubs doivent emprunter lourdement. Toutefois, une partie du coût global sera supporté par les gouvernements successifs et feu le Football Trust, organisme partiellement financé par les trois principales sociétés de loto sportif d’alors (Littlewoods, Vernons et Zetters, ces historiques « football pools » qui ont versé plus d’un milliard de £ en dons caritatifs pour le sport depuis leur apparition dans les années 20 - elles oeuvrent aujourd’hui ensemble, voir ici).

Le rapport spécifie une recommandation en contrepartie de ces aides : que les clubs maintiennent les billets « à un prix raisonnable ». Lord Taylor cite la somme de 6 £ comme minimum idéal. Un billet dans le Kop d’Anfield coûte alors 4 £  - 45 £ aujourd’hui -  et l’abonnement le moins cher y est à 60 £, contre 730 £ aujourd’hui (l’abonnement meilleur marché coûte 96 £ à Old Trafford en 1990 - 532 £ cette saison).

Quelques années plus tard, Lord Taylor assistera impuissant à la flambée des prix. En 1990, personne n’imagine la magnitude de la révolution qui va métamorphoser le football anglais et multiplier les prix par dix en vingt ans (ici) et les budgets de clubs par vingt-cinq ou trente. Personne ? Sauf feu la Football Supporters’ Association (remplacée en 2002 par la FSF) qui prévient que les clubs en profiteront pour « tirer les prix vers le haut ».

Le football, alors accessible à tous (mais excluant en pratique des catégories qui ne veulent pas ou plus se rendre au stade) va glisser sur le terrain du produit de luxe dans nombre de clubs. Ces derniers souhaitent attirer un nouveau type de public au stade. Les plus courtisés sont les familles et les segmentés « B » et « C1 » si chers aux sociologues britanniques depuis les années 60 : les middle and lower-middle classes.

Le football entre de plain-pied dans la logique de marché et le consumérisme. Hormis la working-class, les principales victimes de ce virage socio-économique à 180 degrés sont les 16-20 ans. Ces jeunes doivent désormais s’acquitter du tarif plein et leur proportion dans les stades va considérablement baisser (on estime qu’elle a été divisée par trois depuis 1990 sur l’ensemble des stades de l’élite).

1990-1991 : l’espoir, enfin

En 1990, un vent de renouveau souffle sur le football anglais qui change enfin de peau. Les fanzines poussent comme des champignons (passés de 20 à 200 en deux ans) et donnent la voix aux supporters ; plus de la moitié des 92 clubs professionnels sont désormais dotés de Community Schemes, l’une des initiatives post-Heysel (pour combattre la violence) et recommandation reprise par le rapport Taylor (pour tisser des liens avec les communautés) ; le hooliganisme a fortement régressé, tout au moins dans les stades (les méthodes policières d’infiltration des firms et les sanctions pénales musclées ont fini par porter leurs fruits, grâce notamment aux lois Public Order Act 1986 - introduction des fameux FBO’s, Football Banning Orders, interdictions de stade - et Football Spectators Act 1989).

Par ailleurs, le succès de la sélection nationale au Mondial italien réconcilie l’Angleterre avec son football. Les clubs anglais réintègrent l’Europe (sauf Liverpool), tandis qu’au sortir de la Coupe du Monde 1990 Gazza fait le clown à l’aéroport de Luton devant 100 000 supporters (300 000 selon The Independent). Cette année-là, la TV satellite diffuse son premier match. Pour la première fois depuis des lustres, le feelgood factor est de retour dans le foot anglais.

1990-1991 : la fédération met la Football League KO

Août 1990, lors d’un meeting extraordinaire de la FL qui réunit tous les acteurs du dossier, les dissensions FL-FA éclatent au grand jour. Bill Fox, ancien militaire bombardé président de la FL, menace de se désaffilier de la fédération. Le rapport Taylor figure à l’ordre du jour et  les clubs s’alarment du coût astronomique de la transformation des stades. Le Big Five en profite pour se rapprocher de la FA. A cette époque, la FA ne voit plus le Club des Cinq comme un groupe d’hommes en guerre contre les autorités et avec pour seule motivation l’appât du gain, mais comme un collectif solide qui a mûri son projet.

Décembre 1990, Bill Fox, président de la Football League, aux fondateurs de la Premier League : « Vous faites une belle connerie en créant cette Super League, croyez-moi. »

En décembre 1990, Le Big Five a considérablement professionnalisé ses méthodes. Il est alors co-chapeauté par Philip Carter et David Dein et vient d’enrôler l’efficace consultant en management Rick Parry (qui deviendra chief exec de la PL puis de Liverpool de 1998 à 2009). Ce dernier, recruté par la FA (un agneau face à de redoutables businessmen), jouera d’abord le rôle d’intermédiaire entre les clubs et la fédération puis celui de coordinateur une fois la PL officiellement constituée (juillet 1991). Le Big Five présente à la FA un business plan qui tient la route.

Une série de réunions entre le Big Five et les dirigeants de la FA scelle un pacte de coopération pour la création d’une division d’élite. Bill Fox, président de la FL, leur lance : « Vous faites une belle connerie en créant cette Super League, croyez-moi. » Fox décédera en décembre 1991 et ne verra donc jamais prospérer cette PL qu’il détestait tant.

La FL contre-attaque aussitôt en publiant un projet de refonte totale des instances. Le titre est des plus fédérateur et ambitieux : One Game, One Team, One Voice - Managing Football’s Future. La FL propose tout bonnement de fusionner les deux instances et pense avoir trouvé la formule magique, à savoir offrir de belles prérogatives à la FA tout en renforçant la position des clubs de D1. Ces derniers se voient même promettre 75 % des revenus TV dans un deal de dernière minute.

la FL mal en point fête son centenaire

1988 : la FL mal en point fête son centenaire

Loin de se laisser séduire, la FA apprécie peu que la FL publie un « plan de sauvetage » du football anglais alors que la fédération se considère comme le seul organisme habilité à produire un tel document. Printemps 1991, en guise de riposte, la FA articule elle-même ses 88 propositions pour l’avenir dans un pavé de 120 pages resté célèbre : The Blueprint for the future of football (voir ici). La FA a choisi son camp et veut voir surgir du marasme une Super League prospère dont le succès, espère-t-elle, rejaillira sur l’équipe nationale. En définitive, la FA réitère sa volonté de demeurer Number One et fait bien comprendre à la FL que l’heure n’est pas au partage.

La FL accuse le coup. Surtout que quelques mois auparavant, elle a publié ses comptes pour l’année 1990 et ils sont mauvais. Chiffre d’affaires : 29.4M, dont 14M de revenus TV et autres médias. Profit : 4 850 £… Investissements : 981 £… La FL, affaiblie et quelque peu discréditée, met un genou à terre.

A suivre…

Kevin Quigagne.

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection - du football anglais.

Pour l’intro, voir première partie. Deuxième partie : de l’été 1984 au printemps 1989.

[abréviations : FA = Football Association ; FL = Football League].

1984, un Big Five se forme

Eté 1984. Graduellement, les velléités séparatistes des clubs majeurs vont être subtilement encouragées par la FA qui voit d’un mauvais œil la « concurrence » grandissante de la FL. De surcroît, les tensions et divergences de vue entre l’élite et les trois autres divisions deviennent de plus en plus ingérables. Un « club des Cinq » se constitue naturellement qui va désormais se réunir régulièrement. Il est composé du Big Five de l’époque : Arsenal, Everton, Liverpool, Man United et Tottenham (représentés respectivement par David Dein, Philip Carter, Noel White, Martin Edwards et Irving Scholar).

Côté joueurs, on constate une mini vague de départ vers l’étranger. Cette hémorragie toute relative rappelle celle des 50’s et 60’s où les stars de l’époque, las du salary cap, s’en allèrent quérir fortune ailleurs (dont Charlie Mitten, John Charles, Jimmy Greaves et Denis Law).

Graeme Souness et Trevor Francis à la Sampdoria

Graeme Souness et Trevor Francis à la Sampdoria

Parmi les vedettes britanniques et irlandaises qui s’exilent à l’intersaison 1984-85, en quête de fraîcheur et de gros salaires continentaux, citons Ray Wilkins, Mark Hateley, Graeme Souness et Steve Archibald (avant eux : Kevin Keegan, Laurie Cunningham et Tony Woodcock fin années 70 ; Liam Brady, 1980 ; Joe Jordan, 1981 ; Trevor Francis, 1982 ; Luther Blissett, 1983 ; l’exode s’amplifiera dans la deuxième partie des Eighties : Gary Lineker, Mark Hughes, re-Tony Woodcock, Mo Johnston, Ian Rush, Glenn Hoddle, Clive Allen, Chris Waddle, John Aldridge, etc.).

Le Big Five va alors tenter d’influencer et infiltrer les principales commissions, dont la stratégique Football League Television Committee. Nous sommes en janvier 1985 et l’année qui s’annonce va ébranler le paysage footballistique anglais comme jamais.

1985 : annus horribilis et année charnière

1985 est l’année la plus effroyable et sauvage de l’histoire du football anglais. Ce football est devenu un véritable paria et la presse nationale catalogue le hooliganisme de « English disease ». Le panorama d’ensemble est affligeant. Racisme et violence sont routiniers et touchent la plupart des clubs.

Un évènement en particulier va choquer le grand public. Le 13 mars 1985, devant les caméras de télévision de la BBC, un Luton-Millwall live de quart de finale de FA Cup tourne au carnage (voir clips, ici et ici). Une dévastation en règle orchestrée par les hooligans de Millwall, renforcés par des firms londoniennes, trop contentes de profiter de la présence des caméras.

Des hordes de hools vont ainsi semer l’effroi en direct, sous les yeux de millions de téléspectateurs et face à 350 policiers impuissants. Un triomphe absolu pour les firms. Les télés passent en boucle les images de hooligans pourchassant des policiers dépassés. En jargon hool, on appelle ça « running the police ».

L’humiliation est complète. Les images de policiers terrifiés fuyant les casseurs frappent la population. La longue grève des mineurs (mars 1984 à mars 1985) vient tout juste de s’achever et les Britanniques ont encore bien en tête (certains, littéralement) les méthodes musclées employées par la police face aux mineurs (dix morts, 8 392 condamnations de justice, batailles rangées avec les forces de l’ordre).

Bilan : une partie du stade de Kenilworth Road détruite (700 sièges arrachés, coins de tribune incendiés), une soixantaine de blessés - dont 33 policiers, un grièvement - et de sérieux dégâts sur les deux kilomètres séparant le stade de la gare. Les trains du retour sur Londres sont saccagés, causant pour 50 000 £ de dégradations. Seuls 29 émeutiers comparaîtront devant les tribunaux. Margaret Thatcher forme immédiatement un war cabinet et durcit son programme « law and order » (plus forte présence policière - stades, gares, trains, etc. -, justice plus sévère et début de « l’intelligence-led policing » dans le football - infiltration de firms par des policiers, ce qui portera ses fruits au fil des années).

Un mois de mai 1985 apocalyptique

11 mai 1985, dernière journée de Football League. Lors d’un Birmingham-Leeds (D2), 68 personnes (dont 18 policiers) sont blessées au cours d’affrontements avec des hooligans du Leeds United Service Crew (clip) qui causent l’effondrement d’un mur, tuant un garçon de 15 ans, Ian Hanbridge. L’adolescent assistait à son premier match de football. Un juge de premier plan, Sir Oliver Popplewell, déclarera : « Cette rencontre ressemblait davantage à la Bataille d’Azincourt qu’à un match de football. »

Ce même après-midi maudit à Bradford, à 200 kilomètres au nord, un mégot de cigarette mal éteint atterrit sur 25 ans de détritus amoncelés sous les gradins (jamais nettoyés). En quelques minutes, la tribune principale (en bois) de Valley Parade s’embrase totalement, juste avant la mi-temps du Bradford-Lincoln (D3) : 56 morts, brûlés vifs, et 265 blessés. Paul Firth, supporter de Bradford, écrira un livre : Four Minutes to Hell. Le surlendemain, les ouvriers devaient commencer les travaux de démolition en vue de la reconstruction du stade, jugé trop vétuste par les autorités.

L'incendie de Valley Parade à Bradford City

L'incendie de Valley Parade à Bradford City (11 mai 1985)

Le 29 mai, le drame du Heysel survient et le 31 mai, sous la pression de Margaret Thatcher, la FA interdit les clubs anglais de compétition européenne jusqu’à nouvel ordre (fixé peu après à 5 ans - 6 pour Liverpool). Le gouvernement contre-attaque par des commissions (dont la Popplewell Committee investigation into football). Un ministre déclare :

« Le football ne pourra pas continuer dans sa forme actuelle encore bien longtemps. »

On intensifie l’usage et l’accompagnement surveillé des fameux trains « Football Special », de vétustes wagons réquisitionnés par British Rail pour faciliter le déplacement des supporters (d’où les noms à inspiration toute ferroviaire de certaines firms de hooligans, telles les Inter City Firm de West Ham et 6.57 Crew de Portsmouth).

Ces trains, apparus en force dans les années 60, constituèrent initialement un moyen agréable et peu coûteux pour les supporters de suivre leur club à travers le pays. Au fin des ans, ils se transformèrent en laboratoire de vandalisme et violence.

Le coup de grâce

Le snooker plus regardé que le foot...

Le snooker : plus regardé que le football en 1985...

Le public ne suit plus et les affluences de FL saison 1984-85 chutent à 16.4M, le plus bas niveau depuis l’institution d’une FL à quatre divisions en 1921 (41.2M constituant le record, en 1948-49). Pour couronner le tout, à la suite d’un désaccord entre la FL et les télévisions (BBC et ITV), aucun match n’est diffusé durant la première partie de saison 1985-86, ce qui exaspère les clubs.

Ces derniers, acculés, doivent avaler une énième humiliation au cours des négociations portant sur les droits télévisuels pour la période 1986-88. Afin de justifier leur offre dérisoire, la BBC et ITV vont jusqu’à affirmer que le snooker est désormais plus regardé que le football !

Fin mai 1985, le Sunday Times titre : « Un sport de taudis, disputé dans des taudis de stades, suivis par des supporters sortis de taudis »

Les présidents de club n’ont d’autre choix que d’accepter ces conditions au rabais. Une misère absolue : les 92 clubs recevront 3M de £ par an (il leur avait été promis 16M par saison avant le blackout). Un deal que le magnat de la presse et propriétaire d’Oxford United Robert Maxwell décrira comme « mad, bad and sad ». Le Big Five demande à Saatchi & Saatchi d’évaluer la réelle valeur du foot anglais. La célèbre agence de publicité rend son verdict : le produit vaut « beaucoup plus ».

Malgré l’insolente santé du football anglais en Europe depuis deux décennies, le beautiful game est devenu repoussant. Ken Bates veut faire ériger un grillage électrifié entre la pelouse de Stamford Bridge et les tribunes (le Greater London Council s’y opposera). Les médias enfoncent le clou en jetant allégrement dans le même panier supporters ordinaires et hooligans. Le 19 mai 1985, le Sunday Times titre : « A slum game, played in slum stadiums, watched by slum fans » (un sport de taudis, disputé dans des taudis de stades, suivi par des supporters sortis de taudis). L’arrivée en force des businessmen va changer la donne.

1986-1987 : les businessmen contre-attaquent

C’est cette situation apocalyptique qui attire financiers et hommes d’affaires de tous poils. Dans ce terreau pourri, des visionnaires flairent le gros coup. Certains disent même ouvertement « être assis sur une mine d’or inexploitée ». Le potentiel du « produit » football anglais est patent et ces investisseurs savent mieux que quiconque qu’il est grotesquement sous-exploité. La manne du foot est alors aux mains de quelques acteurs (instances et deux chaînes) peu disposés à lâcher le morceau.

La stratégie des money men va être simple : persuader les clubs que leur intérêt est de s’affranchir de leur maître, la FL. Parmi les personnages influents, citons Irving Scholar (Tottenham), Robert Maxwell (Oxford United), Ken Bates (Chelsea), John Moores (Liverpool) et Doug Ellis (Aston Villa). L’arrivée ou l’émergence des méthodes du monde des affaires dans ce milieu va injecter du sang neuf dans le football anglais et faire naître de nouvelles perspectives.

"Bob" Maxwell arrose à Oxford United

Maxwell en train de picoler avec ses joueurs

Le Big Five (Arsenal, Everton, Liverpool, Man United et Tottenham) continue sa pression sur la FL. La FA observe et, à vrai dire, elle ne voit plus d’un mauvais œil ces coups de boutoir répétés du Club des Cinq contre la FL. Graduellement, la FA va avaliser la création d’une League sécessionniste ; pour la fédération, ce « contre-pouvoir » limiterait l’influence de la FL. Toutefois, certains parmi le Big Five hésitent toujours à franchir le pas. Ils s’interrogent : ne serait-il pas trop risqué de couper les ponts avec les télévisions et les instances ?

1988, tout s’accélère

En 1988, Le Big Five monte en puissance. Peu à peu, il convainc la majorité des clubs de D1 du bien-fondé de sa démarche. Le clan des rebelles s’élargit en Big Ten. Dorénavant, les insurgés traitent directement avec les acteurs principaux, les instances mais surtout les télévisions. ITV fait une offre surprenante au Big Five : formez une Super League de dix clubs (avec Nottingham Forest, Sheffield Wednesday, Aston Villa, Newcastle et West Ham) et nous offrirons une prime d’entrée d’1M £ à chaque club plus 2M de bonus à se partager (des sommes très conséquentes à l’époque au regard des budgets des clubs - quelques millions - et des revenus TV dérisoires).

L’affaire s’ébruite et la BBC n’apprécie pas de voir son partenaire ITV négocier en catimini et directement avec le Big Five. Ce projet quelque peu farfelu de Super League à dix fait long feu. Quelques mois plus tard, ITV, en solo, repousse le puissant consortium BSB (British Satellite Broadcasting, pionnier de la TV satellite) en triplant le montant des droits télévisuels précédents : 11M par an jusqu’en 1992 (la moitié pour les clubs de D1, le reste pour les trois divisions inférieures).

Toutefois, en coulisses, un personnage devenu incontournable s’agite beaucoup : Rupert Murdoch.

L’opportuniste Australo-Américain et ami-ventouse des politiciens et puissants est déjà bien implanté outre-Manche depuis vingt ans (presse). Aussi bien commercialement que technologiquement, il a un coup d’avance sur BSB (qu’il forcera à rejoindre le giron Sky en novembre 1990).

Le 5 février 1989, Murdoch lance Sky TV (4 chaînes, dont Eurosport) et fait le forcing auprès des clubs en leur promettant un avenir en or massif si cette Super League voit le jour. Il parle gros contrats, profusion de matchs diffusés, répartition des rencontres entre clubs de D1 plus égalitaire (qu’avec ITV), moyens techniques supérieurs, diffusion par satellite et expansion sur l’étranger. Ses arguments font mouche. Pour beaucoup, il est l’homme providentiel, mais la nature radicale du changement freine toujours les réticents. Au printemps 1989, une terrible tragédie va bouleverser le destin du football anglais et précipiter les évènements.

A suivre…

Kevin Quigagne.

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection - du football anglais.

« Le passé est un pays étranger », écrivait le romancier anglais L.P. Hartley. Une formule qui correspond à merveille à la physionomie préhistorique de l’ère avant Premier League. Pour certains, la saison 1992-93 marque l’année zéro du football anglais. Non pas sa renaissance, mais sa naissance tout court, tant le passé fut douloureux. Afin d’exterminer ses démons et reléguer les deux décennies précédentes aux oubliettes de l’histoire, le football anglais ne trouva qu’une seule solution pour se réinventer : tout raser et repartir de zéro.

Première partie : des Seventies à l’été 1984.

Les années 70 : les prémices de la colère

Les premiers signes tangibles de la mauvaise santé du football anglais apparaissent au début des années 1970. Le hooliganisme régulier et structuré (émergence des Firms ou Crews) s’est développé quelques années auparavant. Il devient une plaie qui plombe les affluences et tue net l’euphorie générée par l’ère triomphale des Swinging Sixties - Mondial 1966 et succès européen des clubs - qui avait, entre autres bénéfices, drainé un public nouveau vers le football. Les clubs, financés principalement par la billetterie, tentent (certains, timidement) de combattre ce fléau mais leurs moyens et influences sont limités. Il faut dire que les deux instances de l’époque ne sont guère pro-actives et, de surcroît, elles tiennent ces mêmes clubs d’une main de fer.

Le football anglais est alors dirigé par les vénérables Football Association (FA, fédération, créée en 1863 dans un pub londonien) et Football League (FL), fondée en 1888. La FL rassemble les 92 clubs des quatre divisions professionnelles. Elle compte à sa tête des dirigeants notoirement rétrogrades, tel Alan Hardaker, Sécrétaire à poigne de la FL depuis 1957 (surnommé « The dictator ») et réfractaire à toute forme de modernité. Cet ancien officier de la Royal Navy avait notamment créé la Coupe de la Ligue en 1960 (ce qui déplut fortement à la FA) et farouchement combattu la participation des clubs anglais aux coupes européennes (« Trop de basanés et de foutus ritals » avait-il confié à Brian Glanville dans le Times). Hardaker n’était pas qu’un irrécupérable xénophobe ; en rejetant l’ouverture continentale, il tenait surtout à affirmer la suprématie du championnat national et renforcer son contrôle sur les clubs, sans risquer une quelconque interférence extérieure.

La FA est une institution tout aussi ultra-conservatrice et dont l’influence, depuis l’après-guerre, n’a cessé de diminuer au profit de la FL. Elle compte dans ses rangs nombre de fervents défenseurs du foot quasi amateur qui n’ont jamais digéré ni l’abolition du salaire maximum en 1961 ni la libéralisation des règles de transferts en 1963 et la fin du système « retain and transfer » en vigueur depuis 1893 (affaire George Eastham, le « Bosman » des années 60). Ces deux monolithes règnent sans partage sur le football anglais depuis toujours et les clubs les craignent.

Toutefois, si la FA et la FL accordent fébrilement leur violon en public, en coulisses leurs relations sont tendues. On est encore loin de l’ère du player power mais les prémices du club power se dessinent. A l’origine de ces nouvelles tensions : l’argent.

Fin des Seventies : le bras de fer commence

Encore champion mais toujours fauché

Encore champion mais toujours aussi fauché

En 1979, sous la pression des clubs, les instances autorisent enfin le sponsoring (voir ici). Les clubs accueillent avec enthousiasme cette nouvelle source de revenus, et pour cause, leurs finances sont exsangues. En pleine gloire nationale et européenne, Liverpool affiche des bénéfices dérisoires pour l’exercice 1978-79 : 71 000 £. Médiatisation aidant, les clubs s’enrichissent, attirent de nouveaux investisseurs et connaissent un insolent succès en Europe. Leur voix collective commence à porter et les clubs ont bien l’intention d’exploiter les désaccords entre FL et FA.

Les vues des deux instances divergent alors sur nombre de points. La puissante FL, qui a des représentants au directoire de la FA, défend vigoureusement les clubs. La FA refuse tout dialogue et continue à s’arc-bouter sur ses principes qui vont à contre-courant de la rapide évolution du football anglais (dix ans après les premiers transferts inter-anglais à 100 000 £, ceux à 1 million arrivent déjà - trois en 1979, entre 1M et 1.5M).

C’est le moment que choisissent plusieurs clubs majeurs pour remettre en question un principe sacro-saint et fondateur du football anglais depuis la création de la FL en 1888 : la redistribution des revenus billetterie. Cette règle avait été introduite pour assurer une certaine égalité entre petits et grands clubs. Concrètement, les recettes d’un match sont partagées entre les deux adversaires du jour (le pourcentage s’amenuisera au fil du temps). Naturellement, ce pan du règlement pénalise les plus gros clubs. Si les droits télévisuels sont négligeables (le premier deal entre les télévisions - ITV et BBC - et la FL survient en 1978, 500 000 £) le dossier billetterie, lui, va vite devenir épineux.

Par ailleurs, la FL prélève 4 % sur la billetterie des quelques 2028 matchs de la saison de FL pour les redistribuer équitablement aux 92 clubs des quatre divisions. Le grand Liverpool, quadruple champion d’Angleterre sur les dernières années (1976, 77, 79, 80) et double champion d’Europe 1977 et 78, est donc logé à la même enseigne que les anonymes Hereford ou Aldershot. Un système collectiviste anachronique qui s’apprête à percuter de plein fouet les Eighties matérialistes de Margaret Thatcher.

Les années 1980-1983 : la colère gronde

Sir Philip Carter

Sir Philip Carter

En 1980, la rébellion éclate au grand jour. A l’initiative du président d’Everton, Sir Philip Carter, les chairmen de Manchester United, Tottenham et Everton se réunissent pour trouver des moyens de maximiser les revenus des clubs de l’élite. Carter, toujours aujourd’hui au board Toffee, sera l’un des artisans de la séparation avec la FL qui accouchera de la Premier League une décennie plus tard.

En 1981, les grosses cylindrées de D1 parlent de créer une breakaway League (surnommée « Super League » par les médias), un championnat qui ferait donc sécession avec la FL et ses structures dépassées. Il est aussi question que les deux géants de Glasgow en fassent partie. La FA annonce aussitôt qu’elle s’opposera énergiquement à toute tentative d’affranchissement (une « opération légalement impossible » selon le président de l’époque).

En 1983, pour la première fois au monde, un club de football flotte en bourse, Tottenham. A sa tête, un précurseur et l’un des pionniers du foot business en Angleterre : Irving Scholar. Ce dernier jouera également un rôle clé dans la création de la PL.

Au printemps 1983, le rapport Chester paraît (Report of the Committee of Enquiry into Football’s Structure and Finance). Il a été commandité par la FL et s’alarme d’une sérieuse dégradation de la situation financière. Il constate en particulier une nette baisse des affluences et des sommes relatives aux transferts. Parallèlement, il souligne que les salaires ont presque doublé en quatre ans (les meilleurs joueurs émargent à 3 000 £/semaine). La viabilité du système est remise en question. Ce rapport préconise de nombreux changements, dont l’abolition du partage des recettes billetterie entre club domicile et visiteur (le club hôte doit reverser 30 pence par billet au club visiteur, soit des centaines de milliers de £ par saison pour les grosses écuries). La redistribution équitable des revenus TV pose également problème. Lord Norman Chester conclut :

« Les clubs de l’élite savent pertinemment, de par leurs contacts avec les médias et le monde du spectacle, que s’ils sortaient du système actuel, ils seraient en mesure de négocier des contrats bien plus avantageux qu’actuellement où ils évoluent dans une entité à 92 clubs. Le problème est donc posé et s’il n’est pas résolu en bonne intelligence dans un avenir proche, il pourrait causer l’éclatement de la Football League. »

Voici une déclaration du président d’Everton (leader de la contestation) à l’adresse de l’auteur du rapport :

« Les clubs de première division ne sauraient tolérer plus longtemps une situation où ils doivent subventionner les clubs des divisions inférieures, à une période où ces mêmes clubs de l’élite connaissent de sérieuses difficultés financières, considérablement plus importantes que les clubs auxquels on les oblige à verser des aides. »

1983-1984 : des concessions insuffisantes

Peu après, la FL lâche du lest. Elle met fin au partage des recettes de match entre adversaires et s’engage à favoriser les clubs de D1 dans les futures négociations sur les droits télévisuels. Dorénavant, ces derniers toucheront 50 % du gâteau (25 % pour la D2 et le reste pour D3 et D4). Les instances autorisent également le nom du sponsor sur les maillots lors des matchs télévisés et réduisent de 4 à 3 % le versement billetterie des clubs à la FL. Pour compenser le manque à gagner des clubs des divisions inférieures (D2 à D4), la FL promet l’introduction de play-offs.

Parallèlement, le paysage télévisuel évolue et s’étoffe. Décembre 1983, sous la pression des clubs, la BBC obtient enfin de la FL l’autorisation de diffuser un match de championnat live (Man United-Tottenham, 4-2, voir clip), 45 ans après l’avoir demandé ! On commence également à parler de télé par satellite (le puissant consortium British Satellite Broadcasting verra le jour en 1986). Les deux chaînes principales, BBC et ITV, seules à la barre depuis la fin des années 50, voient soudain leur duopole menacé.

Terry Venables (manager de QPR) est fier de son « plastic pitch »

Terry Venables, manager de QPR, aime son "plastic pitch"

Les griefs des clubs ne s’arrêtent pas à ces questions financières de redistribution et partage d’argent. Les clubs se plaignent d’être sous le joug du tandem FA et FL en matière décisionnelle et de ne pas être suffisamment représentés à tous les échelons des instances. A titre d’exemple, le Management Committee de la Football League ne compte qu’un seul représentant de l’élite, John Smith (Liverpool)… alors que plusieurs dirigeants de clubs des divisions inférieures siègent à cette commission. De même, pour modifier la redistribution des droits TV, les 92 clubs de FL doivent obtenir l’accord de deux tiers des membres de la FA. Le football vit une profonde mutation mais les clubs de l’élite se sentent écartés des débats (cartes de membres et d’identité pour les supporters, hooliganisme, terrains artificiels, droits télévisuels, etc.).

Les instances vont désormais devoir affronter un nouvel adversaire redoutable qui fourbit ses armes en silence : le Big Five.

A suivre.

Kevin Quigagne.

Quand Lars Elstrup est sacré champion d’Europe avec le Danemark fin juin 1992, il a 29 ans. C’est un gars sain, poli et propre. Un Danois, quoi. Quinze mois plus tard, il s’est fait rebaptiser Darando (Le fleuve qui se jette dans la mer) et moisit dans une secte d’allumés. Retour sur une après-carrière inédite.

On en sait peu sur Lars. Fort heureusement, le moignon de souvenirs que nous a laissés le Danois suffit largement. L’air de rien, des Danois excentriques qui ont évolué dans le foot anglais, on en dénombre quelques uns - Thomas Gravesen, Stig Tøfting ou même Jan Sørensen, qui entraîna Walsall (où il recruta Roger Boli, qui signa ses débuts d’un superbe hat-trick). Une certitude cependant : on est pas près de revoir un spécimen comme Lars Elstrup. Il était donc l’énergumène idéal pour inaugurer cette série.

Aujourd’hui, suite et fin de la première partie.

Nouvelle secte mode auto-entrepreneur

Pour faire prospérer nos fermiers hippies, le gourou Michael Barnett a trouvé une solution bien moins contraignante que de remplir des dossiers de subventions européennes : siphonner directement le compte bancaire d’Elstrup. Ce dernier finit par s’en apercevoir et se brouille avec l’Anglais. Il fonde alors sa propre secte, la Solens Hjerte (le Cœur du Soleil) et reprend son vrai nom. Il résume sa philosophie profonde ainsi :

« Vivons le moment présent, hier est le passé, demain est l’avenir [...] Je me situe dans l’interaction avec les autres, je soutiens l’individu en l’aidant à trouver ses propres vérités enfouies et se connecter davantage avec lui-même et Dieu. Pour ce faire, j’utilise le yoga, la thérapie de groupe et la sophrologie. En utilisant ces techniques, j’aide l’individu à démêler l’écheveau de ses nœuds intérieurs, afin de se sentir plus libre et épanoui. »

Fin 1994, le bilan est mitigé, il n’a réussi à attirer qu’une poignée d’illuminés. Elstrup sombre alors dans une longue dépression et refuse tout contact avec le monde extérieur. Il déclarera plus tard :

« J’ai tenté de me suicider plusieurs fois, en me coupant les veines et aussi en me pendant. J’ai même appelé un médecin anonymement pour qu’il m’injecte un produit létal. Je voulais aller aux USA pour voir s’ils avaient ces cliniques où l’on pratique l’euthanasie mais j’avais la phobie de l’avion. Je n’ai vu personne pendant longtemps et suis resté au lit pendant deux ans. Je ne souhaitais qu’une chose : mourir. »

Puis un beau jour de Noël 1999, histoire de s’aérer le corps et l’esprit, Lars décide de sortir en ville revoir le monde extérieur…

Une version inédite des Petits Papiers de Noël

Noël 1999, quand Lars débarque dans le centre-ville d’Odense, il n’a pas vu un être humain normal depuis six ans. Les rues sont bondées et il se positionne à l’entrée d’une galerie commerciale. Il est habillé légèrement et porte une corde bleue autour de la taille. Il jette une écharpe au sol et commence à faire la manche.

A l’évidence, sa tactique n’est pas au point car il ne récolte que 27 couronnes (3.50 €) en trois heures. Cela le vexe et il change radicalement de stratégie. Il décide de livrer sa version hardcore des « Petits Papiers de Noël », sacrément plus fun que celle de Jean-Pierre Descombes. On est en fin de manche et il tente un coup de poker jamais mentionné dans les manuels de coaching. Il fait entrer en jeu un joker au profil peu orthodoxe : son pénis. Il fait alors tournoyer Popaul façon Apocalypse Now tout en criant des obscénités.

le "happening" d'Elstrup

La technique de manche de Lars : le majeur en érection (3.50 € récoltés)

Certains passants l’insultent, les enfants pleurent, les retraités s’évanouissent. La police intervient, Elstrup se rebiffe et frappe violemment un policier ainsi qu’un jeune garçon.

Son wiki anglais nous précise qu’Elstrup est « arrested for indecent exposure, after dick-slapping a school child » (frapper quelqu’un avec sa verge, même en extension, jolie prouesse).

A la politiet, il déclare :

« J’étais venu en ville pour passer un bon moment. J’ai frappé un jeune garçon car il m’avait insulté, mais j’aurais dû le frapper plus fort, ce gamin méritait une bonne correction. »

Peu après ce Noël festif, il s’explique dans la presse danoise :

« Je fais cela pour provoquer. J’aime voir les réactions des gens. Certains peuvent interpréter mon message comme une insulte, d’autres comme une invitation au sexe. Je ressens les réactions des gens très profondément et j’adore le fait que les gens me reconnaissent. »

Après un séjour en hôpital psychiatrique, il part en errance puis retourne parmi les membres de sa secte. Toutefois, ces derniers lui ont barboté son chien. Une dispute éclate, il profère des menaces de mort et est arrêté. Il portera plainte contre la secte en déclarant : « Ces gens de la secte sont inhumains, ils m’ont même volé mon teckel Devi et ils me doivent 190 000 couronnes [25 000 €]. Je suis prêt à porter l’affaire devant la Cour Européenne des Droits de l’homme. »

Un double comeback footballistique anglo-danois

Début 2000, coup de théâtre. Elstrup a presque 37 ans, n’a plus touché un ballon depuis sept ans mais son ancien club d’Odense le prend en pitié et lui offre un essai. Il arrive gonflé à bloc :

« Mon esprit est purifié. Je suis prêt pour un retour. »  (voir clip).

Dans la foulée, il annonce aussi vouloir… rejouer en équipe nationale :

« Je ne me connais pas de limites, ma vie est remplie de joie. Je pense pouvoir rejouer pour le Danemark et disputer l’Euro 2000. »

Physiquement, il n’y est plus et le club arrête les frais au bout de cinq jours. Embrouille. Elstrup exige d’être payé pour l’essai. Odense refuse et le vétéran disparaît dans la nature, en déclarant :

« J’ai trop précipité mon retour. Mon corps n’était pas sur la même longueur d’ondes que mes pensées et je me suis blessé. Je suis un traitement efficace qui me permet de respirer profondément. Quand vous respirez de la sorte, vous entrez en contact avec des parties de votre corps qui sont difficiles à accepter. Et c’est quand vous vous confrontez à ces éléments nuisibles que vous pouvez vous accepter. »

Mars 2000, il prend un studio sur Odense et reprend le football amateur. C’est devenu une bête curieuse et Sky TV vient même le filmer dans le cadre d’une émission sur le foot international, Futbol Mundial. En septembre 2000, se tient son procès de la double affaire d’exhibitionnisme et menaces de mort. Il assure lui-même sa défense :

« Je n’ai rien fait de mal ce jour-là à Odense. La corde bleue que j’avais symbolise la prison dans laquelle nous vivons tous, nos limitations et cette angoisse permanente. Je n’ai pas besoin d’aide, je ne suis pas fou, contrairement à ce que les gens disent [...] Oui, j’ai frappé des gens lors de l’arrestation, ils m’avaient insulté. [...] Oui, j’ai proféré des menaces de mort envers le leader de la secte du Cœur du Soleil. Mais ce n’était pas une menace physique, c’était son égo surdimensionné que je voulais éliminer, pas lui directement. »

Elstrup s’en tire avec une grosse amende.

Fin mai 2001, il part se ressourcer en Angleterre, un séjour qui ne passera pas inaperçu. Le sachant dans les parages, les journalistes de NME l’invitent pour un match de foot contre ceux de Loaded. Les musicos sont surpris de voir Lars entrer sur le terrain en simple slip. Pour toute explication, il leur lance :

« Je joue pour m’amuser mais aussi pour gagner. »

Et en plein match, il se pisse volontairement dessus tout en dispensant de précieux conseils médicaux à ses coéquipiers :

« Buvez plus d’eau les gars, vous jouerez mieux, comme moi. Et vous pisserez blanc, la pisse jaune, c’est pour les losers. »

Il marque cinq buts dans ce match qui se termine 9-7. Ses team-mates lui proposent de disputer la troisième mi-temps au pub. Le pisseux décline l’invitation par un sibyllin « No, pussy » et s’éloigne sans rien dire. Juillet 2001, il est arrêté en plein Trafalgar Square en train de se faire photographier nu et déféquer au milieu des pigeons et des touristes.

Après les séminaires New Age, l’autobiographie, enfin !

Lars Elstrup en plein cours magistral au séminaire

Lars Elstrup en plein cours magistral au séminaire

Jusqu’en 2007, il organise des séminaires New Age sur l’introspection et la beauté intérieure, toujours sur l’île de Funen (versement non-introspecté de 30 % d’arrhes exigé). Feu le site larselstrup.dk contient alors de flippantes photos de lui, entièrement nu et entouré d’animaux. Pour faire bonne mesure et ratisser large, il y a aussi mis quelques clichés féminins de fesses dodues.

Lars présente l’expérience comme « une exploration intérieure pour guérir son Moi et s’épanouir pleinement. Un cheminement qui permettra d’atteindre des niveaux de conscience très élevés et utiliser sa puissance intérieure pour se ré-énergiser. »

Dans une interview de mai 2011, livrée au tabloïd danois B.T (ici), Elstrup révèle qu’il écrit son autobiographie. En guise de campagne de lancement, il envisage de courir nu sur la pelouse du Odense BK en hurlant aux joueurs « Passe-moi la balle, je connais bien le terrain. » Espérons qu’il ne demande pas au régional de l’étape Bernard Mendy de lui centrer le ballon. Quand le journaliste lui demande (voir lien ci-dessus) : « Etes-vous vraiment fou Lars ? », Lars répond, le plus naturellement du monde :

« Je ne catégorise pas les gens comme fous, mentalement malades ou maniaco-dépressifs. Je me suis toujours senti normal. [...] Larrestation lors de l’incident du centre commercial était une expérience sympa. C’est un bon happening. En sortant de garde à vue, j’ai de nouveau porté une corde bleue et c’était fun. [...] Mon image n’a jamais rien signifié pour moi. Je n’ai jamais voulu être un héros national. C’est venu comme ça et puis j’ai connu des moments difficiles. »

Et c’est vrai qu’à presque cinquante ans, il a l’air épanoui et zen le Lars (voir photo ci-dessous). En tout cas, son autobio devrait déchirer un peu plus que celle de Michael Owen.

Kevin Quigagne.

Lars en mai 2011, enfin épanoui.

Lars en mai 2011, enfin épanoui.

La carrière et vie de Lars Elstrup en résumé

Saison            Club/Activité             Apparitions/Buts

1981-1985    Randers Freja            136 / 59
1986-            Brondby IF                    7 / 2
1986-1988    Feyenoord                  65 / 9
1988-1989    Odense BK                 28 / 17
1989-1991    Luton Town (D1)       60 / 27
1991-1993    Odense BK                 44 / 24

1993-1995    Secte Oie Sauvage       nues
1995-2000    Secte Cœur de Soleil    rares
2001-2002    Libre                            indécentes
2002-2007    Séminaires New Age    tarifées
2011              Écriture/interviews      nues sur un rocher

34 sélections en équipe nationale du Danemark (1988-93), 13 buts.
Champion d’Europe avec le Danemark à l’Euro 92
Champion du Danemark 1989 avec Odense BK
Vainqueur de la Coupe du Danemark avec Odense BK, 1993