Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection -du football anglais.

Pour l’intro, voir première partie. Quatrième et dernière partie aujourd’hui : du printemps 1991 à la création de la bête.

[abréviations : FA = Football Association ; FL = Football League].

1991 : la Premier League voit enfin le jour

Début 1991, un mois après les réunions entre le Big Five et la FA, la fédération consulte individuellement tous les clubs de D1 pour prendre la température de la situation sur le terrain. Ces derniers ont tous reçu la visite de Rupert Murdoch et savent que les droits TV pour la période 1992-97 seront renégociés en fin de saison 91-92. En clair, au lieu de toucher de la FL environ 400 000 £ par an, celui que l’on surnomme Dirty Digger (le fouille-merde) leur en promet dix fois plus. Les derniers réticents sont vite convaincus.

Début avril 1991, lors d’une conférence de presse, le président de la FA annonce officiellement la naissance imminente de la Premier League (d’inspiration Bundesliga comme le souhaitait la FA, théoriquement prévue pour 18 clubs - un mois plus tard le Big Five la fera passer à 22 clubs).

Le modèle allemand a fait long feu

Le modèle allemand coopératif a fait long feu

Le 13 juin 1991, 16 clubs signent un accord préalable. La FA pense avoir  réussi son coup en obtenant l’inscription dans les textes que la PL évolue « within the administration of the Football Association », comme outre-Rhin où la Bundesliga fait partie intégrante de la fédération (DFB). La FA s’est en effet inspirée des structures allemandes en organisant l’affaire avec le Big Five. En réalité, la PL ne s’éternisera pas dans le giron de la FA…

Dans le même temps, la FL traîne la FA devant les tribunaux, l’accusant d’avoir créé une League « illégalement » (le 31 juillet 1991, au terme de quatre jours d’audition, le juge Sir Christopher Rose renverra l’amère FL dans ses foyers).

Le 17 juillet 1991, tous les clubs de D1 signent le Founder Members Agreement et le 23 septembre 1991, le document est ratifié par la FA, les clubs et la FL. Après quatre heures de palabres, on se met d’accord sur le nom du bébé : FA Premier League. Certains clubs anti-FA sont farouchement opposés à la présence de la FA dans l’appellation - on ne démarre pas sous les meilleurs auspices et, de fait, les relations FA-PL seront tendues. Un an plus tard, la PL adoptera le nom du sponsor et s’appellera (Carling / Barclaycard / Barclays) Premiership de 1993 à 2007.

1991-92 : trois instances et un coup fin

En théorie, le sigle FA est toujours utilisé pendant cette période mais, fatalement, il disparaît définitivement lors des renégociations avec Barclays en 2007, les relations FA-PL s’étant considérablement refroidies. Outre les considérations juridiques, nombre de propositions émanant de la FA et qui figuraient dans son Blueprint for the future of football (voir fin de troisième partie), initialement acceptées par la PL, furent graduellement abandonnées (surtout celles d’ordre financier - partage des revenus du sponsoring - et en rapport avec la représentation de la FA au directoire PL). La vision initiale que la FA entretenait sur la PL, centraliste et quelque peu paternaliste, diffère grandement de la version actuelle.

Nonobstant ces tiraillements FA-PL qui iront crescendo, la création officielle de la FA Premier League signe la fin d’années de conflit permanent entre les principaux acteurs du football anglais (y compris des menaces de grèves, via la PFA, équivalent de l’UNFP). Le cordon ombilical centenaire entre  l’élite des clubs et les instances est définitivement coupé. La PL est indépendante, souveraine et promise à un avenir des plus prospères. Le 20 février 1992, l’ultime acte légal est adopté, la FA donne officiellement naissance au championnat de Premier League.

Les discussions sur le partage des revenus médias s’engagent. On se met d’accord sur une formule à l’esprit comparable aux débuts de la FL. Il est décidé que les droits perçus par le champion ne seront pas supérieurs à une fois et demie ceux versés au dernier du classement.

En avril 1992, les clubs de l’élite démissionnent de la FL et se constituent en limited company le  27 mai. La Premier League prend ses modestes quartiers dans une aile de la FA (la fédération est aujourd’hui installée dans le New Wembley et la PL en plein coeur de Londres - photo du haut -, dans Mayfair, à deux pas du Sherlock Holmes Museum…).

1992 : Sky remporte la bataille des droits télévisuels

Le moment clé de la négociation des droits TV pour la période 1992-1997 survient le 18 mai 1992. Sky (devenue BSkyB en novembre 1990) est en concurrence avec ITV. Toutes deux proposent environ 200M aux clubs. ITV surenchérit à 224M et son package a largement la faveur des clubs du Big Five. ITV est une chaîne terrestre et commerciale aux audiences vingt fois supérieures à Sky, chaîne câblée encore confidentielle (600 000 abonnés seulement - 10.5 millions aujourd’hui).

Peu avant le meeting, ITV a finement joué en promettant au Big Five de diffuser prioritairement leurs matchs (un point sur lequel Sky est resté vague). Quatre clubs du Big Five se laissent convaincre par ITV. L’affaire semble perdue pour la Team Murdoch qui a pourtant impérieusement besoin du football pour remettre d’aplomb un Sky mal en point (500M de dettes).

Sky sort alors sa botte secrète : Alan Sugar. Cet hommes d’affaires en électronique et informatique (Amstrad) a racheté Tottenham la saison précédente. Pendant les négociations, il ordonne à Murdoch au téléphone de mettre le paquet. Et pour cause : si Sky remporte les droits, Sugar fournira tout le kit d’installation aux futurs abonnés. Mais Sky est déjà fortement endetté et l’Australo-Américain hésite.

Va alors se dérouler un épisode demeuré célèbre dans le folklore de la PL. Au plus fort des négociations, Alan Sugar appelle Sam Chisholm, le chief exec d’un Murdoch prêt à jeter l’éponge, et lui aboie au téléphone : « Dis au boss de mettre le paquet, il faut exploser ITV ». Murdoch s’exécute et offre 250M. ITV surenchérit : 262M. Sugar d’agite de plus en plus au bout du fil. Sky abat sa toute dernière carte : 304M de £. ITV est « explosé ». Les clubs votent au deux tiers pour Sky. Depuis, le couple Sky-PL est inséparable.

Le 15 août 1992, la PL démarre enfin. Les 22 heureux élus sont (entre parenthèses, division actuelle) : Arsenal, Aston Villa, Blackburn Rovers, Chelsea, Coventry City (zone rouge D2), Crystal Palace (D2), Everton, Middlesbrough (D2), Norwich City, Nottingham Forest (zone rouge D2), Oldham Athletic (D3), Queens Park Rangers, Sheffield United (D3), Sheffield Wednesday (D3), Southampton (D2), Tottenham et Wimbledon (D4, AFC).

Une révolution aussi dans les mentalités

Le but de ce dossier n’est pas d’étudier ou comparer les transformations entre le début des Nineties et l’ère PL actuelle, telles l’évolution du profil du « supporter moyen » (beaucoup plus âgé, 41 ans), « l’invasion » des joueurs étrangers, la prolifération des agents, la nature des investisseurs ou même l’explosion du coût global d’un match - billet, déplacement, etc. - (calculé à 101 £ par la Football Supporters’ Federation lors d’une enquête récente auprès de 4 000 suppporters). Cette thématique appartient à l’histoire proprement dite de la PL.

Toutefois, arrêtons-nous brièvement sur un aspect fondamental des bouleversements que la PL a entraînés : le changement radical dans la gestion d’un club. Jusqu’au début des années 90, seuls les résultats comptent. Le but de tout club ambitieux est de remporter le plus de trophées possibles en fonctionnant sur le mode d’un « utility maximiser » comme l’écrira un économiste, à savoir le plus chichement possible. On maximise l’outil de travail (les infrastructures) sans chercher outre mesure à dégager des bénéfices.

La « Révolution financière » post 1992 va faire voler en éclat cette loi d’airain. Les clubs vont progressivement se transformer en machine commerciale et sportive tournée vers la diversification et le profit (revenus médias, merchandising, sponsoring, flottation en bourse, utilisation du stade hors match, recherche d’extension de la fanbase, etc.). Les clubs se muent alors en entreprises et en épousent le jargon. On parle autant de brand awareness, de global brand equity ou de profit maximisation (et parfois de debt recovery plan) que de 4-4-2 ou back four.

Une success story sans équivalent

En fin d’année, la Premier League débutera son tour du monde des renégociations de droits médias overseas pour la période 2013-2016 (211 pays et territoires, couverts par 98 diffuseurs partenaires de la Premier League plc).

La dernière fournée pour 2010-13 a rapporté gros : 1.6 milliards £. Soit presque le triple du terme précédent (2007-10) et presqu’autant que les droits domestiques, 1.78 milliards. A titre d’exemple, WinTV déboursa 30M pour la Chine ; Canal Plus 60M pour la France et Pologne ; Cable TVHK 150M pour Hong-Kong ; SingTel 200M pour Singapour ; Abu Dhabi Media Company plus de 200M pour le Golfe Persique, Moyen-Orient et Afrique du Nord. Cette fois-ci, les revenus provenant de l’étranger dépasseront probablement le montant des droits domestiques, qui devraient stagner. La PL lorgne désormais bien davantage vers la Chine et le Sud-Est asiatique que l’Europe.

En 2010, Irving Scholar, l’un des initiateurs de la PL déclarait :

« Personne ne peut contester que la Premier League est un succès retentissant qui a transformé le football. »

Le produit PL est une success story sans doute inégalée dans l’histoire du sport. Le football anglais, ce gueux des années 70 et 80, est aujourd’hui über glamour. Cependant, nombreux sont ceux qui jettent sur la First Division d’antan un regard nostalgique en se remémorant les ingrédients magiques qui firent du football anglais l’envie de l’Europe ; les chants, le soutien indéfectible du public, la communion et proximité avec le douzième homme sont ancrés dans la légende. Pour beaucoup, ce mythe a été sacrifié sur l’autel de la health & safety et du consumérisme.

Certes, il serait vain et absurde de comparer les deux époques tant l’univers du football anglais a changé ces vingt dernières années. Néanmoins, incontestablement, l’aspect aseptisé et mercantile de « l’expérience PL » est pour beaucoup dans cette vague de nostalgie inconvenable et ambivalente (personne en effet ne voudrait revivre les heures sombres des Eighties). Le match est devenu un « spectacle », policé par des stadiers zélés et suivi sagement par un public quadragénaire embourgeoisé (cette fameuse gentrification). Des avatars qui paraissent incompatibles avec la nature passionnée et le substrat populaire de ce sport.

Ces dernières années, ce que l’on nous présente souvent comme le « modèle allemand » en matière de stade (sécurité, ferveur, prix raisonnables) a viré à l’obsession chez les médias anglais. Il y a quelques semaines, Aston Villa évoquait la possible réintroduction d’une section safe-standing à Villa Park (voir article), ces mythiques terraces qui firent tant fantasmer l’Internationale des supporters et ultras.

Si le « Soldat » Football anglais a été sauvé grâce à la création de la Premier League, hyperboliquement surnommée « The greatest show on earth » par les médias anglais, tout le monde semble aujourd’hui s’accorder sur le besoin urgent de réanimer l’ambiance plate de ses stades, victime collatérale de la révolution PL. Le « plus grand show planétaire » méritera alors pleinement son surnom.

Kevin Quigagne.


Before and after (tous chiffres en £)

Abonnement meilleur marché dans le Kop d’Anfield saison 1989-90 :  60 £
Abonnement meilleur marché dans le Kop d’Anfield saison 2010-11 : 730 £

Affluence moyenne D1 1991-92 : 21 622 (69 % taux de remplissage)
Affluence moyenne PL 2010-11 : 35 283 (92 % taux de remplissage)

Chiffre d’affaires de la Premier League plc en 1992-93 : 46M
Chiffre d’affaires de la Premier League plc en 2010-11 : 1,2 milliards

CA de Manchester United en 1989-90 :     6M
CA de Manchester United en 2009-10 : 286M

Salaire mensuel du joueur le mieux payé en 1992 : 45 000 £ (John Barnes)
Salaire mensuel du joueur le mieux payé en 2012 : entre 850 000 et 1M (C. Tévez et W. Rooney)

Masse salariale D1 1991-92 : 31M
Masse salariale PL 2009-10 (y compris charges) : 1,38 milliards

Montant des droits TV touchés par les 22 clubs de D1 en 1991-92 : 7M
Montant des droits médias touchés par les 20 clubs de PL en 2010-11 : 1 milliard

Montant des dettes des clubs de D1 saison 1990-91 : quelques dizaines de millions
Montant des dettes des clubs de PL à l’été 2010 : 2,6 milliards

Nombre de joueurs de D1 non britanniques et irlandais saison 1992-93 : 22
Nombre de joueurs non britanniques en 2011 : 257 (sur les listes des 25 de sept. 2011)

Pourcentage masse salariale/CA des clubs de D1 en 1991-92 : 41 %
Pourcentage masse salariale/CA des clubs de PL en 2009-10 : 77 %

Prix moyen d’un match de D1 en 1990 : approx. 4 £
Prix moyen d’un match de PL en 2012 : approx. 35 £

Revenus médias PL en 1992-93 : 80M
Revenus médias PL en 2010-11: 1,17 milliards

Revenus total des 22 clubs de D1 en 1991-92 : 75M
Revenus total des 20 clubs de PL en 2009-10 : 2,1 milliards

Salaire mensuel moyen PL 1992-93 : approx. 6 000 £ (4 fois plus qu’un joueur de D4)
Salaire mensuel moyen PL 2009-10 : approx. 125 000 £ (30 fois plus qu’un joueur D4)

Transfert record première saison PL entre clubs anglais : Roy Keane, 3.75M (08/1993)
Transfert record PL entre clubs anglais à ce jour : Fernando Torres, 50M (01/2011)

Valeur de Man United en 1990 (tentative d’achat par M. Knighton) : 20M
Valeur de Man United en 2012 : entre 1 et 2 milliards

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection - du football anglais.

Pour l’intro, voir première partie. Troisième et avant-dernière partie aujourd’hui : de Hillsborough au printemps 1991.

[abréviations : FA = Football Association ; FL = Football League].

15 avril 1989, Hillsborough comme déclencheur

Souvent citée (à tort) dans les médias foot français comme le principal facteur de la création de la Premier League, la tragédie d’Hillsborough (96 morts, 766 blessés - voir document et clip) va néanmoins accélérer le processus de sécession de la D1. La version finale du rapport Taylor, ordonné par le gouvernement Thatcher, est publiée en janvier 1990. Depuis 1924 et le Shortt Report sur la finale de FA Cup 1923 (premier match disputé à Wembley, 1 000 blessés), c’est le neuvième rapport sur la sécurité dans les stades britanniques, sans qu’aucune leçon du passé n’ait été retenue. Le dernier datait de 1986 et portait sur la tragédie de Valley Parade (voir deuxième partie).

Entre autres obligations, le rapport Taylor stipule que tous les stades des clubs de D1 et D2 soient convertis en all-seaters avant le début de la saison 1994-95. Le coût des travaux est estimé à 450M de £ (la facture totale dépassera largement le milliard). Beaucoup de clubs doivent emprunter lourdement. Toutefois, une partie du coût global sera supporté par les gouvernements successifs et feu le Football Trust, organisme partiellement financé par les trois principales sociétés de loto sportif d’alors (Littlewoods, Vernons et Zetters, ces historiques « football pools » qui ont versé plus d’un milliard de £ en dons caritatifs pour le sport depuis leur apparition dans les années 20 - elles oeuvrent aujourd’hui ensemble, voir ici).

Le rapport spécifie une recommandation en contrepartie de ces aides : que les clubs maintiennent les billets « à un prix raisonnable ». Lord Taylor cite la somme de 6 £ comme minimum idéal. Un billet dans le Kop d’Anfield coûte alors 4 £  - 45 £ aujourd’hui -  et l’abonnement le moins cher y est à 60 £, contre 730 £ aujourd’hui (l’abonnement meilleur marché coûte 96 £ à Old Trafford en 1990 - 532 £ cette saison).

Quelques années plus tard, Lord Taylor assistera impuissant à la flambée des prix. En 1990, personne n’imagine la magnitude de la révolution qui va métamorphoser le football anglais et multiplier les prix par dix en vingt ans (ici) et les budgets de clubs par vingt-cinq ou trente. Personne ? Sauf feu la Football Supporters’ Association (remplacée en 2002 par la FSF) qui prévient que les clubs en profiteront pour « tirer les prix vers le haut ».

Le football, alors accessible à tous (mais excluant en pratique des catégories qui ne veulent pas ou plus se rendre au stade) va glisser sur le terrain du produit de luxe dans nombre de clubs. Ces derniers souhaitent attirer un nouveau type de public au stade. Les plus courtisés sont les familles et les segmentés « B » et « C1 » si chers aux sociologues britanniques depuis les années 60 : les middle and lower-middle classes.

Le football entre de plain-pied dans la logique de marché et le consumérisme. Hormis la working-class, les principales victimes de ce virage socio-économique à 180 degrés sont les 16-20 ans. Ces jeunes doivent désormais s’acquitter du tarif plein et leur proportion dans les stades va considérablement baisser (on estime qu’elle a été divisée par trois depuis 1990 sur l’ensemble des stades de l’élite).

1990-1991 : l’espoir, enfin

En 1990, un vent de renouveau souffle sur le football anglais qui change enfin de peau. Les fanzines poussent comme des champignons (passés de 20 à 200 en deux ans) et donnent la voix aux supporters ; plus de la moitié des 92 clubs professionnels sont désormais dotés de Community Schemes, l’une des initiatives post-Heysel (pour combattre la violence) et recommandation reprise par le rapport Taylor (pour tisser des liens avec les communautés) ; le hooliganisme a fortement régressé, tout au moins dans les stades (les méthodes policières d’infiltration des firms et les sanctions pénales musclées ont fini par porter leurs fruits, grâce notamment aux lois Public Order Act 1986 - introduction des fameux FBO’s, Football Banning Orders, interdictions de stade - et Football Spectators Act 1989).

Par ailleurs, le succès de la sélection nationale au Mondial italien réconcilie l’Angleterre avec son football. Les clubs anglais réintègrent l’Europe (sauf Liverpool), tandis qu’au sortir de la Coupe du Monde 1990 Gazza fait le clown à l’aéroport de Luton devant 100 000 supporters (300 000 selon The Independent). Cette année-là, la TV satellite diffuse son premier match. Pour la première fois depuis des lustres, le feelgood factor est de retour dans le foot anglais.

1990-1991 : la fédération met la Football League KO

Août 1990, lors d’un meeting extraordinaire de la FL qui réunit tous les acteurs du dossier, les dissensions FL-FA éclatent au grand jour. Bill Fox, ancien militaire bombardé président de la FL, menace de se désaffilier de la fédération. Le rapport Taylor figure à l’ordre du jour et  les clubs s’alarment du coût astronomique de la transformation des stades. Le Big Five en profite pour se rapprocher de la FA. A cette époque, la FA ne voit plus le Club des Cinq comme un groupe d’hommes en guerre contre les autorités et avec pour seule motivation l’appât du gain, mais comme un collectif solide qui a mûri son projet.

Décembre 1990, Bill Fox, président de la Football League, aux fondateurs de la Premier League : « Vous faites une belle connerie en créant cette Super League, croyez-moi. »

En décembre 1990, Le Big Five a considérablement professionnalisé ses méthodes. Il est alors co-chapeauté par Philip Carter et David Dein et vient d’enrôler l’efficace consultant en management Rick Parry (qui deviendra chief exec de la PL puis de Liverpool de 1998 à 2009). Ce dernier, recruté par la FA (un agneau face à de redoutables businessmen), jouera d’abord le rôle d’intermédiaire entre les clubs et la fédération puis celui de coordinateur une fois la PL officiellement constituée (juillet 1991). Le Big Five présente à la FA un business plan qui tient la route.

Une série de réunions entre le Big Five et les dirigeants de la FA scelle un pacte de coopération pour la création d’une division d’élite. Bill Fox, président de la FL, leur lance : « Vous faites une belle connerie en créant cette Super League, croyez-moi. » Fox décédera en décembre 1991 et ne verra donc jamais prospérer cette PL qu’il détestait tant.

La FL contre-attaque aussitôt en publiant un projet de refonte totale des instances. Le titre est des plus fédérateur et ambitieux : One Game, One Team, One Voice - Managing Football’s Future. La FL propose tout bonnement de fusionner les deux instances et pense avoir trouvé la formule magique, à savoir offrir de belles prérogatives à la FA tout en renforçant la position des clubs de D1. Ces derniers se voient même promettre 75 % des revenus TV dans un deal de dernière minute.

la FL mal en point fête son centenaire

1988 : la FL mal en point fête son centenaire

Loin de se laisser séduire, la FA apprécie peu que la FL publie un « plan de sauvetage » du football anglais alors que la fédération se considère comme le seul organisme habilité à produire un tel document. Printemps 1991, en guise de riposte, la FA articule elle-même ses 88 propositions pour l’avenir dans un pavé de 120 pages resté célèbre : The Blueprint for the future of football (voir ici). La FA a choisi son camp et veut voir surgir du marasme une Super League prospère dont le succès, espère-t-elle, rejaillira sur l’équipe nationale. En définitive, la FA réitère sa volonté de demeurer Number One et fait bien comprendre à la FL que l’heure n’est pas au partage.

La FL accuse le coup. Surtout que quelques mois auparavant, elle a publié ses comptes pour l’année 1990 et ils sont mauvais. Chiffre d’affaires : 29.4M, dont 14M de revenus TV et autres médias. Profit : 4 850 £… Investissements : 981 £… La FL, affaiblie et quelque peu discréditée, met un genou à terre.

A suivre…

Kevin Quigagne.

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection - du football anglais.

Pour l’intro, voir première partie. Deuxième partie : de l’été 1984 au printemps 1989.

[abréviations : FA = Football Association ; FL = Football League].

1984, un Big Five se forme

Eté 1984. Graduellement, les velléités séparatistes des clubs majeurs vont être subtilement encouragées par la FA qui voit d’un mauvais œil la « concurrence » grandissante de la FL. De surcroît, les tensions et divergences de vue entre l’élite et les trois autres divisions deviennent de plus en plus ingérables. Un « club des Cinq » se constitue naturellement qui va désormais se réunir régulièrement. Il est composé du Big Five de l’époque : Arsenal, Everton, Liverpool, Man United et Tottenham (représentés respectivement par David Dein, Philip Carter, Noel White, Martin Edwards et Irving Scholar).

Côté joueurs, on constate une mini vague de départ vers l’étranger. Cette hémorragie toute relative rappelle celle des 50’s et 60’s où les stars de l’époque, las du salary cap, s’en allèrent quérir fortune ailleurs (dont Charlie Mitten, John Charles, Jimmy Greaves et Denis Law).

Graeme Souness et Trevor Francis à la Sampdoria

Graeme Souness et Trevor Francis à la Sampdoria

Parmi les vedettes britanniques et irlandaises qui s’exilent à l’intersaison 1984-85, en quête de fraîcheur et de gros salaires continentaux, citons Ray Wilkins, Mark Hateley, Graeme Souness et Steve Archibald (avant eux : Kevin Keegan, Laurie Cunningham et Tony Woodcock fin années 70 ; Liam Brady, 1980 ; Joe Jordan, 1981 ; Trevor Francis, 1982 ; Luther Blissett, 1983 ; l’exode s’amplifiera dans la deuxième partie des Eighties : Gary Lineker, Mark Hughes, re-Tony Woodcock, Mo Johnston, Ian Rush, Glenn Hoddle, Clive Allen, Chris Waddle, John Aldridge, etc.).

Le Big Five va alors tenter d’influencer et infiltrer les principales commissions, dont la stratégique Football League Television Committee. Nous sommes en janvier 1985 et l’année qui s’annonce va ébranler le paysage footballistique anglais comme jamais.

1985 : annus horribilis et année charnière

1985 est l’année la plus effroyable et sauvage de l’histoire du football anglais. Ce football est devenu un véritable paria et la presse nationale catalogue le hooliganisme de « English disease ». Le panorama d’ensemble est affligeant. Racisme et violence sont routiniers et touchent la plupart des clubs.

Un évènement en particulier va choquer le grand public. Le 13 mars 1985, devant les caméras de télévision de la BBC, un Luton-Millwall live de quart de finale de FA Cup tourne au carnage (voir clips, ici et ici). Une dévastation en règle orchestrée par les hooligans de Millwall, renforcés par des firms londoniennes, trop contentes de profiter de la présence des caméras.

Des hordes de hools vont ainsi semer l’effroi en direct, sous les yeux de millions de téléspectateurs et face à 350 policiers impuissants. Un triomphe absolu pour les firms. Les télés passent en boucle les images de hooligans pourchassant des policiers dépassés. En jargon hool, on appelle ça « running the police ».

L’humiliation est complète. Les images de policiers terrifiés fuyant les casseurs frappent la population. La longue grève des mineurs (mars 1984 à mars 1985) vient tout juste de s’achever et les Britanniques ont encore bien en tête (certains, littéralement) les méthodes musclées employées par la police face aux mineurs (dix morts, 8 392 condamnations de justice, batailles rangées avec les forces de l’ordre).

Bilan : une partie du stade de Kenilworth Road détruite (700 sièges arrachés, coins de tribune incendiés), une soixantaine de blessés - dont 33 policiers, un grièvement - et de sérieux dégâts sur les deux kilomètres séparant le stade de la gare. Les trains du retour sur Londres sont saccagés, causant pour 50 000 £ de dégradations. Seuls 29 émeutiers comparaîtront devant les tribunaux. Margaret Thatcher forme immédiatement un war cabinet et durcit son programme « law and order » (plus forte présence policière - stades, gares, trains, etc. -, justice plus sévère et début de « l’intelligence-led policing » dans le football - infiltration de firms par des policiers, ce qui portera ses fruits au fil des années).

Un mois de mai 1985 apocalyptique

11 mai 1985, dernière journée de Football League. Lors d’un Birmingham-Leeds (D2), 68 personnes (dont 18 policiers) sont blessées au cours d’affrontements avec des hooligans du Leeds United Service Crew (clip) qui causent l’effondrement d’un mur, tuant un garçon de 15 ans, Ian Hanbridge. L’adolescent assistait à son premier match de football. Un juge de premier plan, Sir Oliver Popplewell, déclarera : « Cette rencontre ressemblait davantage à la Bataille d’Azincourt qu’à un match de football. »

Ce même après-midi maudit à Bradford, à 200 kilomètres au nord, un mégot de cigarette mal éteint atterrit sur 25 ans de détritus amoncelés sous les gradins (jamais nettoyés). En quelques minutes, la tribune principale (en bois) de Valley Parade s’embrase totalement, juste avant la mi-temps du Bradford-Lincoln (D3) : 56 morts, brûlés vifs, et 265 blessés. Paul Firth, supporter de Bradford, écrira un livre : Four Minutes to Hell. Le surlendemain, les ouvriers devaient commencer les travaux de démolition en vue de la reconstruction du stade, jugé trop vétuste par les autorités.

L'incendie de Valley Parade à Bradford City

L'incendie de Valley Parade à Bradford City (11 mai 1985)

Le 29 mai, le drame du Heysel survient et le 31 mai, sous la pression de Margaret Thatcher, la FA interdit les clubs anglais de compétition européenne jusqu’à nouvel ordre (fixé peu après à 5 ans - 6 pour Liverpool). Le gouvernement contre-attaque par des commissions (dont la Popplewell Committee investigation into football). Un ministre déclare :

« Le football ne pourra pas continuer dans sa forme actuelle encore bien longtemps. »

On intensifie l’usage et l’accompagnement surveillé des fameux trains « Football Special », de vétustes wagons réquisitionnés par British Rail pour faciliter le déplacement des supporters (d’où les noms à inspiration toute ferroviaire de certaines firms de hooligans, telles les Inter City Firm de West Ham et 6.57 Crew de Portsmouth).

Ces trains, apparus en force dans les années 60, constituèrent initialement un moyen agréable et peu coûteux pour les supporters de suivre leur club à travers le pays. Au fin des ans, ils se transformèrent en laboratoire de vandalisme et violence.

Le coup de grâce

Le snooker plus regardé que le foot...

Le snooker : plus regardé que le football en 1985...

Le public ne suit plus et les affluences de FL saison 1984-85 chutent à 16.4M, le plus bas niveau depuis l’institution d’une FL à quatre divisions en 1921 (41.2M constituant le record, en 1948-49). Pour couronner le tout, à la suite d’un désaccord entre la FL et les télévisions (BBC et ITV), aucun match n’est diffusé durant la première partie de saison 1985-86, ce qui exaspère les clubs.

Ces derniers, acculés, doivent avaler une énième humiliation au cours des négociations portant sur les droits télévisuels pour la période 1986-88. Afin de justifier leur offre dérisoire, la BBC et ITV vont jusqu’à affirmer que le snooker est désormais plus regardé que le football !

Fin mai 1985, le Sunday Times titre : « Un sport de taudis, disputé dans des taudis de stades, suivis par des supporters sortis de taudis »

Les présidents de club n’ont d’autre choix que d’accepter ces conditions au rabais. Une misère absolue : les 92 clubs recevront 3M de £ par an (il leur avait été promis 16M par saison avant le blackout). Un deal que le magnat de la presse et propriétaire d’Oxford United Robert Maxwell décrira comme « mad, bad and sad ». Le Big Five demande à Saatchi & Saatchi d’évaluer la réelle valeur du foot anglais. La célèbre agence de publicité rend son verdict : le produit vaut « beaucoup plus ».

Malgré l’insolente santé du football anglais en Europe depuis deux décennies, le beautiful game est devenu repoussant. Ken Bates veut faire ériger un grillage électrifié entre la pelouse de Stamford Bridge et les tribunes (le Greater London Council s’y opposera). Les médias enfoncent le clou en jetant allégrement dans le même panier supporters ordinaires et hooligans. Le 19 mai 1985, le Sunday Times titre : « A slum game, played in slum stadiums, watched by slum fans » (un sport de taudis, disputé dans des taudis de stades, suivi par des supporters sortis de taudis). L’arrivée en force des businessmen va changer la donne.

1986-1987 : les businessmen contre-attaquent

C’est cette situation apocalyptique qui attire financiers et hommes d’affaires de tous poils. Dans ce terreau pourri, des visionnaires flairent le gros coup. Certains disent même ouvertement « être assis sur une mine d’or inexploitée ». Le potentiel du « produit » football anglais est patent et ces investisseurs savent mieux que quiconque qu’il est grotesquement sous-exploité. La manne du foot est alors aux mains de quelques acteurs (instances et deux chaînes) peu disposés à lâcher le morceau.

La stratégie des money men va être simple : persuader les clubs que leur intérêt est de s’affranchir de leur maître, la FL. Parmi les personnages influents, citons Irving Scholar (Tottenham), Robert Maxwell (Oxford United), Ken Bates (Chelsea), John Moores (Liverpool) et Doug Ellis (Aston Villa). L’arrivée ou l’émergence des méthodes du monde des affaires dans ce milieu va injecter du sang neuf dans le football anglais et faire naître de nouvelles perspectives.

"Bob" Maxwell arrose à Oxford United

Maxwell en train de picoler avec ses joueurs

Le Big Five (Arsenal, Everton, Liverpool, Man United et Tottenham) continue sa pression sur la FL. La FA observe et, à vrai dire, elle ne voit plus d’un mauvais œil ces coups de boutoir répétés du Club des Cinq contre la FL. Graduellement, la FA va avaliser la création d’une League sécessionniste ; pour la fédération, ce « contre-pouvoir » limiterait l’influence de la FL. Toutefois, certains parmi le Big Five hésitent toujours à franchir le pas. Ils s’interrogent : ne serait-il pas trop risqué de couper les ponts avec les télévisions et les instances ?

1988, tout s’accélère

En 1988, Le Big Five monte en puissance. Peu à peu, il convainc la majorité des clubs de D1 du bien-fondé de sa démarche. Le clan des rebelles s’élargit en Big Ten. Dorénavant, les insurgés traitent directement avec les acteurs principaux, les instances mais surtout les télévisions. ITV fait une offre surprenante au Big Five : formez une Super League de dix clubs (avec Nottingham Forest, Sheffield Wednesday, Aston Villa, Newcastle et West Ham) et nous offrirons une prime d’entrée d’1M £ à chaque club plus 2M de bonus à se partager (des sommes très conséquentes à l’époque au regard des budgets des clubs - quelques millions - et des revenus TV dérisoires).

L’affaire s’ébruite et la BBC n’apprécie pas de voir son partenaire ITV négocier en catimini et directement avec le Big Five. Ce projet quelque peu farfelu de Super League à dix fait long feu. Quelques mois plus tard, ITV, en solo, repousse le puissant consortium BSB (British Satellite Broadcasting, pionnier de la TV satellite) en triplant le montant des droits télévisuels précédents : 11M par an jusqu’en 1992 (la moitié pour les clubs de D1, le reste pour les trois divisions inférieures).

Toutefois, en coulisses, un personnage devenu incontournable s’agite beaucoup : Rupert Murdoch.

L’opportuniste Australo-Américain et ami-ventouse des politiciens et puissants est déjà bien implanté outre-Manche depuis vingt ans (presse). Aussi bien commercialement que technologiquement, il a un coup d’avance sur BSB (qu’il forcera à rejoindre le giron Sky en novembre 1990).

Le 5 février 1989, Murdoch lance Sky TV (4 chaînes, dont Eurosport) et fait le forcing auprès des clubs en leur promettant un avenir en or massif si cette Super League voit le jour. Il parle gros contrats, profusion de matchs diffusés, répartition des rencontres entre clubs de D1 plus égalitaire (qu’avec ITV), moyens techniques supérieurs, diffusion par satellite et expansion sur l’étranger. Ses arguments font mouche. Pour beaucoup, il est l’homme providentiel, mais la nature radicale du changement freine toujours les réticents. Au printemps 1989, une terrible tragédie va bouleverser le destin du football anglais et précipiter les évènements.

A suivre…

Kevin Quigagne.

Il y a vingt ans, le 20 février 1992, la dernière pierre de la création du championnat de Premier League était enfin posée. Cet aboutissement mettait fin à douze ans d’un combat sans merci entre les clubs majeurs et les instances, le tout sur fond de déliquescence - puis résurrection - du football anglais.

« Le passé est un pays étranger », écrivait le romancier anglais L.P. Hartley. Une formule qui correspond à merveille à la physionomie préhistorique de l’ère avant Premier League. Pour certains, la saison 1992-93 marque l’année zéro du football anglais. Non pas sa renaissance, mais sa naissance tout court, tant le passé fut douloureux. Afin d’exterminer ses démons et reléguer les deux décennies précédentes aux oubliettes de l’histoire, le football anglais ne trouva qu’une seule solution pour se réinventer : tout raser et repartir de zéro.

Première partie : des Seventies à l’été 1984.

Les années 70 : les prémices de la colère

Les premiers signes tangibles de la mauvaise santé du football anglais apparaissent au début des années 1970. Le hooliganisme régulier et structuré (émergence des Firms ou Crews) s’est développé quelques années auparavant. Il devient une plaie qui plombe les affluences et tue net l’euphorie générée par l’ère triomphale des Swinging Sixties - Mondial 1966 et succès européen des clubs - qui avait, entre autres bénéfices, drainé un public nouveau vers le football. Les clubs, financés principalement par la billetterie, tentent (certains, timidement) de combattre ce fléau mais leurs moyens et influences sont limités. Il faut dire que les deux instances de l’époque ne sont guère pro-actives et, de surcroît, elles tiennent ces mêmes clubs d’une main de fer.

Le football anglais est alors dirigé par les vénérables Football Association (FA, fédération, créée en 1863 dans un pub londonien) et Football League (FL), fondée en 1888. La FL rassemble les 92 clubs des quatre divisions professionnelles. Elle compte à sa tête des dirigeants notoirement rétrogrades, tel Alan Hardaker, Sécrétaire à poigne de la FL depuis 1957 (surnommé « The dictator ») et réfractaire à toute forme de modernité. Cet ancien officier de la Royal Navy avait notamment créé la Coupe de la Ligue en 1960 (ce qui déplut fortement à la FA) et farouchement combattu la participation des clubs anglais aux coupes européennes (« Trop de basanés et de foutus ritals » avait-il confié à Brian Glanville dans le Times). Hardaker n’était pas qu’un irrécupérable xénophobe ; en rejetant l’ouverture continentale, il tenait surtout à affirmer la suprématie du championnat national et renforcer son contrôle sur les clubs, sans risquer une quelconque interférence extérieure.

La FA est une institution tout aussi ultra-conservatrice et dont l’influence, depuis l’après-guerre, n’a cessé de diminuer au profit de la FL. Elle compte dans ses rangs nombre de fervents défenseurs du foot quasi amateur qui n’ont jamais digéré ni l’abolition du salaire maximum en 1961 ni la libéralisation des règles de transferts en 1963 et la fin du système « retain and transfer » en vigueur depuis 1893 (affaire George Eastham, le « Bosman » des années 60). Ces deux monolithes règnent sans partage sur le football anglais depuis toujours et les clubs les craignent.

Toutefois, si la FA et la FL accordent fébrilement leur violon en public, en coulisses leurs relations sont tendues. On est encore loin de l’ère du player power mais les prémices du club power se dessinent. A l’origine de ces nouvelles tensions : l’argent.

Fin des Seventies : le bras de fer commence

Encore champion mais toujours fauché

Encore champion mais toujours aussi fauché

En 1979, sous la pression des clubs, les instances autorisent enfin le sponsoring (voir ici). Les clubs accueillent avec enthousiasme cette nouvelle source de revenus, et pour cause, leurs finances sont exsangues. En pleine gloire nationale et européenne, Liverpool affiche des bénéfices dérisoires pour l’exercice 1978-79 : 71 000 £. Médiatisation aidant, les clubs s’enrichissent, attirent de nouveaux investisseurs et connaissent un insolent succès en Europe. Leur voix collective commence à porter et les clubs ont bien l’intention d’exploiter les désaccords entre FL et FA.

Les vues des deux instances divergent alors sur nombre de points. La puissante FL, qui a des représentants au directoire de la FA, défend vigoureusement les clubs. La FA refuse tout dialogue et continue à s’arc-bouter sur ses principes qui vont à contre-courant de la rapide évolution du football anglais (dix ans après les premiers transferts inter-anglais à 100 000 £, ceux à 1 million arrivent déjà - trois en 1979, entre 1M et 1.5M).

C’est le moment que choisissent plusieurs clubs majeurs pour remettre en question un principe sacro-saint et fondateur du football anglais depuis la création de la FL en 1888 : la redistribution des revenus billetterie. Cette règle avait été introduite pour assurer une certaine égalité entre petits et grands clubs. Concrètement, les recettes d’un match sont partagées entre les deux adversaires du jour (le pourcentage s’amenuisera au fil du temps). Naturellement, ce pan du règlement pénalise les plus gros clubs. Si les droits télévisuels sont négligeables (le premier deal entre les télévisions - ITV et BBC - et la FL survient en 1978, 500 000 £) le dossier billetterie, lui, va vite devenir épineux.

Par ailleurs, la FL prélève 4 % sur la billetterie des quelques 2028 matchs de la saison de FL pour les redistribuer équitablement aux 92 clubs des quatre divisions. Le grand Liverpool, quadruple champion d’Angleterre sur les dernières années (1976, 77, 79, 80) et double champion d’Europe 1977 et 78, est donc logé à la même enseigne que les anonymes Hereford ou Aldershot. Un système collectiviste anachronique qui s’apprête à percuter de plein fouet les Eighties matérialistes de Margaret Thatcher.

Les années 1980-1983 : la colère gronde

Sir Philip Carter

Sir Philip Carter

En 1980, la rébellion éclate au grand jour. A l’initiative du président d’Everton, Sir Philip Carter, les chairmen de Manchester United, Tottenham et Everton se réunissent pour trouver des moyens de maximiser les revenus des clubs de l’élite. Carter, toujours aujourd’hui au board Toffee, sera l’un des artisans de la séparation avec la FL qui accouchera de la Premier League une décennie plus tard.

En 1981, les grosses cylindrées de D1 parlent de créer une breakaway League (surnommée « Super League » par les médias), un championnat qui ferait donc sécession avec la FL et ses structures dépassées. Il est aussi question que les deux géants de Glasgow en fassent partie. La FA annonce aussitôt qu’elle s’opposera énergiquement à toute tentative d’affranchissement (une « opération légalement impossible » selon le président de l’époque).

En 1983, pour la première fois au monde, un club de football flotte en bourse, Tottenham. A sa tête, un précurseur et l’un des pionniers du foot business en Angleterre : Irving Scholar. Ce dernier jouera également un rôle clé dans la création de la PL.

Au printemps 1983, le rapport Chester paraît (Report of the Committee of Enquiry into Football’s Structure and Finance). Il a été commandité par la FL et s’alarme d’une sérieuse dégradation de la situation financière. Il constate en particulier une nette baisse des affluences et des sommes relatives aux transferts. Parallèlement, il souligne que les salaires ont presque doublé en quatre ans (les meilleurs joueurs émargent à 3 000 £/semaine). La viabilité du système est remise en question. Ce rapport préconise de nombreux changements, dont l’abolition du partage des recettes billetterie entre club domicile et visiteur (le club hôte doit reverser 30 pence par billet au club visiteur, soit des centaines de milliers de £ par saison pour les grosses écuries). La redistribution équitable des revenus TV pose également problème. Lord Norman Chester conclut :

« Les clubs de l’élite savent pertinemment, de par leurs contacts avec les médias et le monde du spectacle, que s’ils sortaient du système actuel, ils seraient en mesure de négocier des contrats bien plus avantageux qu’actuellement où ils évoluent dans une entité à 92 clubs. Le problème est donc posé et s’il n’est pas résolu en bonne intelligence dans un avenir proche, il pourrait causer l’éclatement de la Football League. »

Voici une déclaration du président d’Everton (leader de la contestation) à l’adresse de l’auteur du rapport :

« Les clubs de première division ne sauraient tolérer plus longtemps une situation où ils doivent subventionner les clubs des divisions inférieures, à une période où ces mêmes clubs de l’élite connaissent de sérieuses difficultés financières, considérablement plus importantes que les clubs auxquels on les oblige à verser des aides. »

1983-1984 : des concessions insuffisantes

Peu après, la FL lâche du lest. Elle met fin au partage des recettes de match entre adversaires et s’engage à favoriser les clubs de D1 dans les futures négociations sur les droits télévisuels. Dorénavant, ces derniers toucheront 50 % du gâteau (25 % pour la D2 et le reste pour D3 et D4). Les instances autorisent également le nom du sponsor sur les maillots lors des matchs télévisés et réduisent de 4 à 3 % le versement billetterie des clubs à la FL. Pour compenser le manque à gagner des clubs des divisions inférieures (D2 à D4), la FL promet l’introduction de play-offs.

Parallèlement, le paysage télévisuel évolue et s’étoffe. Décembre 1983, sous la pression des clubs, la BBC obtient enfin de la FL l’autorisation de diffuser un match de championnat live (Man United-Tottenham, 4-2, voir clip), 45 ans après l’avoir demandé ! On commence également à parler de télé par satellite (le puissant consortium British Satellite Broadcasting verra le jour en 1986). Les deux chaînes principales, BBC et ITV, seules à la barre depuis la fin des années 50, voient soudain leur duopole menacé.

Terry Venables (manager de QPR) est fier de son « plastic pitch »

Terry Venables, manager de QPR, aime son "plastic pitch"

Les griefs des clubs ne s’arrêtent pas à ces questions financières de redistribution et partage d’argent. Les clubs se plaignent d’être sous le joug du tandem FA et FL en matière décisionnelle et de ne pas être suffisamment représentés à tous les échelons des instances. A titre d’exemple, le Management Committee de la Football League ne compte qu’un seul représentant de l’élite, John Smith (Liverpool)… alors que plusieurs dirigeants de clubs des divisions inférieures siègent à cette commission. De même, pour modifier la redistribution des droits TV, les 92 clubs de FL doivent obtenir l’accord de deux tiers des membres de la FA. Le football vit une profonde mutation mais les clubs de l’élite se sentent écartés des débats (cartes de membres et d’identité pour les supporters, hooliganisme, terrains artificiels, droits télévisuels, etc.).

Les instances vont désormais devoir affronter un nouvel adversaire redoutable qui fourbit ses armes en silence : le Big Five.

A suivre.

Kevin Quigagne.

Quand Lars Elstrup est sacré champion d’Europe avec le Danemark fin juin 1992, il a 29 ans. C’est un gars sain, poli et propre. Un Danois, quoi. Quinze mois plus tard, il s’est fait rebaptiser Darando (Le fleuve qui se jette dans la mer) et moisit dans une secte d’allumés. Retour sur une après-carrière inédite.

On en sait peu sur Lars. Fort heureusement, le moignon de souvenirs que nous a laissés le Danois suffit largement. L’air de rien, des Danois excentriques qui ont évolué dans le foot anglais, on en dénombre quelques uns - Thomas Gravesen, Stig Tøfting ou même Jan Sørensen, qui entraîna Walsall (où il recruta Roger Boli, qui signa ses débuts d’un superbe hat-trick). Une certitude cependant : on est pas près de revoir un spécimen comme Lars Elstrup. Il était donc l’énergumène idéal pour inaugurer cette série.

Aujourd’hui, suite et fin de la première partie.

Nouvelle secte mode auto-entrepreneur

Pour faire prospérer nos fermiers hippies, le gourou Michael Barnett a trouvé une solution bien moins contraignante que de remplir des dossiers de subventions européennes : siphonner directement le compte bancaire d’Elstrup. Ce dernier finit par s’en apercevoir et se brouille avec l’Anglais. Il fonde alors sa propre secte, la Solens Hjerte (le Cœur du Soleil) et reprend son vrai nom. Il résume sa philosophie profonde ainsi :

« Vivons le moment présent, hier est le passé, demain est l’avenir [...] Je me situe dans l’interaction avec les autres, je soutiens l’individu en l’aidant à trouver ses propres vérités enfouies et se connecter davantage avec lui-même et Dieu. Pour ce faire, j’utilise le yoga, la thérapie de groupe et la sophrologie. En utilisant ces techniques, j’aide l’individu à démêler l’écheveau de ses nœuds intérieurs, afin de se sentir plus libre et épanoui. »

Fin 1994, le bilan est mitigé, il n’a réussi à attirer qu’une poignée d’illuminés. Elstrup sombre alors dans une longue dépression et refuse tout contact avec le monde extérieur. Il déclarera plus tard :

« J’ai tenté de me suicider plusieurs fois, en me coupant les veines et aussi en me pendant. J’ai même appelé un médecin anonymement pour qu’il m’injecte un produit létal. Je voulais aller aux USA pour voir s’ils avaient ces cliniques où l’on pratique l’euthanasie mais j’avais la phobie de l’avion. Je n’ai vu personne pendant longtemps et suis resté au lit pendant deux ans. Je ne souhaitais qu’une chose : mourir. »

Puis un beau jour de Noël 1999, histoire de s’aérer le corps et l’esprit, Lars décide de sortir en ville revoir le monde extérieur…

Une version inédite des Petits Papiers de Noël

Noël 1999, quand Lars débarque dans le centre-ville d’Odense, il n’a pas vu un être humain normal depuis six ans. Les rues sont bondées et il se positionne à l’entrée d’une galerie commerciale. Il est habillé légèrement et porte une corde bleue autour de la taille. Il jette une écharpe au sol et commence à faire la manche.

A l’évidence, sa tactique n’est pas au point car il ne récolte que 27 couronnes (3.50 €) en trois heures. Cela le vexe et il change radicalement de stratégie. Il décide de livrer sa version hardcore des « Petits Papiers de Noël », sacrément plus fun que celle de Jean-Pierre Descombes. On est en fin de manche et il tente un coup de poker jamais mentionné dans les manuels de coaching. Il fait entrer en jeu un joker au profil peu orthodoxe : son pénis. Il fait alors tournoyer Popaul façon Apocalypse Now tout en criant des obscénités.

le "happening" d'Elstrup

La technique de manche de Lars : le majeur en érection (3.50 € récoltés)

Certains passants l’insultent, les enfants pleurent, les retraités s’évanouissent. La police intervient, Elstrup se rebiffe et frappe violemment un policier ainsi qu’un jeune garçon.

Son wiki anglais nous précise qu’Elstrup est « arrested for indecent exposure, after dick-slapping a school child » (frapper quelqu’un avec sa verge, même en extension, jolie prouesse).

A la politiet, il déclare :

« J’étais venu en ville pour passer un bon moment. J’ai frappé un jeune garçon car il m’avait insulté, mais j’aurais dû le frapper plus fort, ce gamin méritait une bonne correction. »

Peu après ce Noël festif, il s’explique dans la presse danoise :

« Je fais cela pour provoquer. J’aime voir les réactions des gens. Certains peuvent interpréter mon message comme une insulte, d’autres comme une invitation au sexe. Je ressens les réactions des gens très profondément et j’adore le fait que les gens me reconnaissent. »

Après un séjour en hôpital psychiatrique, il part en errance puis retourne parmi les membres de sa secte. Toutefois, ces derniers lui ont barboté son chien. Une dispute éclate, il profère des menaces de mort et est arrêté. Il portera plainte contre la secte en déclarant : « Ces gens de la secte sont inhumains, ils m’ont même volé mon teckel Devi et ils me doivent 190 000 couronnes [25 000 €]. Je suis prêt à porter l’affaire devant la Cour Européenne des Droits de l’homme. »

Un double comeback footballistique anglo-danois

Début 2000, coup de théâtre. Elstrup a presque 37 ans, n’a plus touché un ballon depuis sept ans mais son ancien club d’Odense le prend en pitié et lui offre un essai. Il arrive gonflé à bloc :

« Mon esprit est purifié. Je suis prêt pour un retour. »  (voir clip).

Dans la foulée, il annonce aussi vouloir… rejouer en équipe nationale :

« Je ne me connais pas de limites, ma vie est remplie de joie. Je pense pouvoir rejouer pour le Danemark et disputer l’Euro 2000. »

Physiquement, il n’y est plus et le club arrête les frais au bout de cinq jours. Embrouille. Elstrup exige d’être payé pour l’essai. Odense refuse et le vétéran disparaît dans la nature, en déclarant :

« J’ai trop précipité mon retour. Mon corps n’était pas sur la même longueur d’ondes que mes pensées et je me suis blessé. Je suis un traitement efficace qui me permet de respirer profondément. Quand vous respirez de la sorte, vous entrez en contact avec des parties de votre corps qui sont difficiles à accepter. Et c’est quand vous vous confrontez à ces éléments nuisibles que vous pouvez vous accepter. »

Mars 2000, il prend un studio sur Odense et reprend le football amateur. C’est devenu une bête curieuse et Sky TV vient même le filmer dans le cadre d’une émission sur le foot international, Futbol Mundial. En septembre 2000, se tient son procès de la double affaire d’exhibitionnisme et menaces de mort. Il assure lui-même sa défense :

« Je n’ai rien fait de mal ce jour-là à Odense. La corde bleue que j’avais symbolise la prison dans laquelle nous vivons tous, nos limitations et cette angoisse permanente. Je n’ai pas besoin d’aide, je ne suis pas fou, contrairement à ce que les gens disent [...] Oui, j’ai frappé des gens lors de l’arrestation, ils m’avaient insulté. [...] Oui, j’ai proféré des menaces de mort envers le leader de la secte du Cœur du Soleil. Mais ce n’était pas une menace physique, c’était son égo surdimensionné que je voulais éliminer, pas lui directement. »

Elstrup s’en tire avec une grosse amende.

Fin mai 2001, il part se ressourcer en Angleterre, un séjour qui ne passera pas inaperçu. Le sachant dans les parages, les journalistes de NME l’invitent pour un match de foot contre ceux de Loaded. Les musicos sont surpris de voir Lars entrer sur le terrain en simple slip. Pour toute explication, il leur lance :

« Je joue pour m’amuser mais aussi pour gagner. »

Et en plein match, il se pisse volontairement dessus tout en dispensant de précieux conseils médicaux à ses coéquipiers :

« Buvez plus d’eau les gars, vous jouerez mieux, comme moi. Et vous pisserez blanc, la pisse jaune, c’est pour les losers. »

Il marque cinq buts dans ce match qui se termine 9-7. Ses team-mates lui proposent de disputer la troisième mi-temps au pub. Le pisseux décline l’invitation par un sibyllin « No, pussy » et s’éloigne sans rien dire. Juillet 2001, il est arrêté en plein Trafalgar Square en train de se faire photographier nu et déféquer au milieu des pigeons et des touristes.

Après les séminaires New Age, l’autobiographie, enfin !

Lars Elstrup en plein cours magistral au séminaire

Lars Elstrup en plein cours magistral au séminaire

Jusqu’en 2007, il organise des séminaires New Age sur l’introspection et la beauté intérieure, toujours sur l’île de Funen (versement non-introspecté de 30 % d’arrhes exigé). Feu le site larselstrup.dk contient alors de flippantes photos de lui, entièrement nu et entouré d’animaux. Pour faire bonne mesure et ratisser large, il y a aussi mis quelques clichés féminins de fesses dodues.

Lars présente l’expérience comme « une exploration intérieure pour guérir son Moi et s’épanouir pleinement. Un cheminement qui permettra d’atteindre des niveaux de conscience très élevés et utiliser sa puissance intérieure pour se ré-énergiser. »

Dans une interview de mai 2011, livrée au tabloïd danois B.T (ici), Elstrup révèle qu’il écrit son autobiographie. En guise de campagne de lancement, il envisage de courir nu sur la pelouse du Odense BK en hurlant aux joueurs « Passe-moi la balle, je connais bien le terrain. » Espérons qu’il ne demande pas au régional de l’étape Bernard Mendy de lui centrer le ballon. Quand le journaliste lui demande (voir lien ci-dessus) : « Etes-vous vraiment fou Lars ? », Lars répond, le plus naturellement du monde :

« Je ne catégorise pas les gens comme fous, mentalement malades ou maniaco-dépressifs. Je me suis toujours senti normal. [...] Larrestation lors de l’incident du centre commercial était une expérience sympa. C’est un bon happening. En sortant de garde à vue, j’ai de nouveau porté une corde bleue et c’était fun. [...] Mon image n’a jamais rien signifié pour moi. Je n’ai jamais voulu être un héros national. C’est venu comme ça et puis j’ai connu des moments difficiles. »

Et c’est vrai qu’à presque cinquante ans, il a l’air épanoui et zen le Lars (voir photo ci-dessous). En tout cas, son autobio devrait déchirer un peu plus que celle de Michael Owen.

Kevin Quigagne.

Lars en mai 2011, enfin épanoui.

Lars en mai 2011, enfin épanoui.

La carrière et vie de Lars Elstrup en résumé

Saison            Club/Activité             Apparitions/Buts

1981-1985    Randers Freja            136 / 59
1986-            Brondby IF                    7 / 2
1986-1988    Feyenoord                  65 / 9
1988-1989    Odense BK                 28 / 17
1989-1991    Luton Town (D1)       60 / 27
1991-1993    Odense BK                 44 / 24

1993-1995    Secte Oie Sauvage       nues
1995-2000    Secte Cœur de Soleil    rares
2001-2002    Libre                            indécentes
2002-2007    Séminaires New Age    tarifées
2011              Écriture/interviews      nues sur un rocher

34 sélections en équipe nationale du Danemark (1988-93), 13 buts.
Champion d’Europe avec le Danemark à l’Euro 92
Champion du Danemark 1989 avec Odense BK
Vainqueur de la Coupe du Danemark avec Odense BK, 1993

Quand Lars Elstrup est sacré champion d’Europe avec le Danemark fin juin 1992, il a 29 ans. C’est un gars sain, poli et propre. Un Danois, quoi. Quinze mois plus tard, il s’est fait rebaptiser Darando (Le fleuve qui se jette dans la mer) et moisit dans une secte d’allumés. Retour sur une après-carrière inédite.

On en sait peu sur Lars. Fort heureusement, le moignon de souvenirs que nous a laissés le Danois suffit largement. L’air de rien, des Danois excentriques qui ont évolué dans le foot anglais, on en dénombre quelques uns - Thomas Gravesen, Stig Tøfting ou même Jan Sørensen, qui entraîna Walsall (où il recruta Roger Boli, qui signa ses débuts d’un superbe hat-trick). Une certitude cependant : on est pas près de revoir un spécimen comme Lars Elstrup. Il était donc l’énergumène idéal pour inaugurer cette série.

Une belle carrière clean

Lars Elstrup naît (en 1963) sous une bonne étoile : celle du serial buteur. En 1981, il débute au Randers Freja (D2) dans son Danemark natal. Il est si prolifique (59 buts en 136 matchs) que le grand Brondby, champion en titre, le fait venir en fin de saison 1985-86. Elstrup y dispute sept matchs et, été 1986, file à Feyenoord où il joue le haut de tableau de la D1 pendant deux saisons. Mais la sauce hollandaise ne prend pas.

Eté 1988, il repart au Danemark, à l’Odense Boldklub (OB, l’actuel foyer de Bernard Mendy), où il se refait une belle santé en signant 17 buts en 28 matchs. Logiquement, le sélectionneur national, l’Allemand Sepp Piontek, l’appelle en équipe nationale. Dès sa première sortie, le 31 août 1988 contre la Suède, il fait parler la poudre à deux reprises et permet aux Danois de l’emporter 2-1 en territoire ennemi. Une entrée fracassante qu’il confirme vite. En 88-89, il marque huit fois avec le Danemark, dont un but lors d’un 6-0 retentissant contre les rivaux Suédois. Grâce à son rendement de feu, Odense conquiert le titre national en 1989.

Naturellement, il attire l’attention d’émissaires étrangers mais rien ne se conclut. Aujourd’hui, nul doute qu’Elstrup aurait atterri dans un club européen de standing (ou fortuné) pour un montant record. Toutefois, à l’époque, les agents sont réservés aux vedettes ; le football européen est relativement cloisonné et les écarts salariaux entre les divers championnats sont minimes (les salaires anglais sont assez bas, les mieux payés à la fin des Eighties émargeant autour de 30 000 £ / mois).

C’est donc le modeste mais euphorique Luton Town qui arrache le Danois. Si aujourd’hui Luton végète en D5, à l’époque, les Hatters frayent parmi l’élite et affichent des ambitions (9è de D1 en 1987-88, vainqueur de la Coupe de la Ligue en 88 et finaliste de cette même coupe en 89). Été 1989, ils n’hésitent pas à faire exploser leur tirelire pour recruter Elstrup : 850 000 £. Une énorme somme pour ce club sans ressources et qui compte la deuxième plus faible affluence de D1, 9 300 spectateurs de moyenne. C’est un risque calculé. Les étrangers non irlandais évoluant en D1 sont alors rares (une vingtaine), principalement des Britanniques nés hors du Royaume - ou d’un parent étranger - et des Scandinaves/Nordiques, appréciés des clubs pour leur britishness.

Le bon temps à Luton

L’acclimatation anglaise de Lars est difficile, il ne marque que 3 buts en championnat la première année. L’entraîneur qui l’a recruté (Ray Harford) se fait limoger en janvier 90 et son remplaçant, Jim Ryan, ne goûte guère du Danois. Entre-temps, fin décembre 1989, Lars s’est blessé et a perdu sa place au profit de Iain Dowie. Une fois rétabli, Lars n’est pas aligné dans les matchs importants et il perd confiance.

Néanmoins, Ryan change progressivement d’avis et saison 1990-91 il titularise systématiquement Lars. Ce dernier claque 16 buts en championnat (le top scorer cette saison-là est le Gunner Alan Smith, 23) et ses réalisations permettent aux Hatters de se maintenir en D1. Elstrup devient le terrace cult hero de Kenilworth Road.

Il faut dire qu’il est pétri de qualités. Excellent finisseur, il est également doté d’un très bon jeu de tête et d’une pointe de vitesse fulgurante. Lors d’un match contre Nottingham Forest, il marque un pion en laissant sur place l’international anglais Des Walker, à l’époque l’un des défenseurs les plus rapides de D1. Cette saison-là, le Chapelier signe aussi un coup du chapeau contre Norwich. Bilan de ses deux saisons anglaises : 27 buts en 60 matchs. De cette période, Elstrup a dit, dans une rare interview accordée à Sky en 2000 :

« Luton, c’était cool, je sortais jouer au billard avec les coéquipiers, surtout Mark Pembridge et Alec Chamberlain, on allait au pub et on se faisait des restos indiens. On m’avait raconté un tas de trucs effrayants sur les hooligans mais je n’ai rencontré que des supporters sympas, même après une défaite. »

Malgré le maintien de Luton en D1 en 1991, le nouvel entraîneur (David Pleat) ne veut plus d’Elstrup. Eté 91, retour à l’envoyeur à Odense, pour seulement 250 000 £. Sans lui, Luton descendra en 1992 et débutera sa longue déliquescence.

Luton Town, ce qu'il en reste.

Le stade de Kenilworth Road, encastré parmi les habitations (cliquez sur la photo pour agrandir)

Du Odense Boldklub à la Compagnie de l’Oie Sauvage

A Odense, Lars affole les compteurs. Il dispute l’Euro 92 en Suède et inscrit le but victorieux contre la France en poule (2-1), privant les Bleus d’une place en demi-finale. A la surprise générale, ce Danemark voleur de poule (ils ont piqué la place de la Yougoslavie) remporte l’Euro en battant en finale l’Allemagne de Brehme et Klinsmann (2-0). Elstrup affiche alors une trentaine de sélections nationales et une douzaine de buts. Il a 29 ans, il est champion d’Europe et il tutoie les sommets.

Cependant, à 30 ans, en plein boum à Odense (24 buts en 44 matchs), il n’est plus sélectionné et il doute. La gamberge laisse place à une aversion pour le football. Un rejet total qui le pousse à se blesser volontairement pour ne pas jouer, expliquera-t-il aux médias anglais. Plus tard, il révèlera également qu’il commença à fortement douter de lui-même pendant l’Euro 1992 :

« Lors de la finale de l’Euro contre l’Allemagne, j’étais sur le banc et terrifié à l’idée que l’entraîneur me fasse rentrer. Dès qu’il regardait dans ma direction, je tournais la tête. »

Eté 93, Elstrup raccroche les crampons dans un état de grande vulnérabilité. Il se sépare de sa compagne et coupe les ponts avec sa famille. En octobre 93, il se fait happer par une secte anarcho-bouddhiste installée sur l’île de Funen, près d’Odense, la Wild Goose Company (Compagnie de l’Oie Sauvage). Le fondateur-leader est un anglais, Michael Barnett, un faux bonze qui a sous sa coupe une vingtaine d’adeptes, dont une majorité de bonzesses. La communauté vit de travaux fermiers et d’artisanat hippie.

On vaque à ses occupations en tenue légère, ce qui fait rappliquer les tabloïds. Lars ne rechigne pas à la tâche et participe activement aux activités du « collectif spirituel » comme l’appelle Barnett : danse, yoga, méditation et détente zen mais aussi queutage tous azimuts (Elstrup s’en défendra, affirmant que les orgies n’avaient lieu que quand il sortait en ville pour faire les courses - guignard jusqu’au bout).

Peu après son arrivée, Lars Elstrup change son nom en Darando (« Le fleuve qui se jette dans la mer »). Elstrup voue à Michael Barnett une adulation sans bornes. En 1994, il déclare :

« Michael m’a beaucoup aidé, il est mon Maître. Nous méditons ensemble et explorons notre beauté intérieure. Je n’ai nul besoin du monde extérieur pour vivre. Ici, tout le monde m’accepte pour ce que je suis, ils me comprennent bien mieux que je me comprends moi-même et ils veulent m’aider. »

A suivre…

Kevin Quigagne.

Enfin, la rubrique culte Said and Done de l’Observer, le meilleur de la presse anglaise sur les bizarreries du foot british et international, s’impose en France. Une exclusivité Teenage Kicks, of course.

Aujourd’hui : le best of de janvier 2012.

8 janvier 2012

Homme de la semaine

Anjourin Moucharafou, président de la fédération béninoise, est nommé au Comité Fifa du Mondial U20, trois semaines après sa sortie de cinq mois de prison pour détournements de fonds. L’année dernière, Moucharafou, qui nie toute malversation, expliqua au congrès de la Fifa pourquoi la famille Fifa doit se serrer les coudes :

« Pourquoi certains veulent-ils tuer la Fifa ? Ne les laissons pas nous diviser. Nous devons applaudir le président [de la Fifa]. S’il vous plaît, plus d’applaudissements. »

Meilleur nouveau venu

2010. Des messages secrets (mais divulgués) provenant des USA décrivent Emomali Rahmon, président du Tadjikistan, comme anti-démocratique, impitoyable, fortement motivé par l’argent et « les intérêts financiers de sa famille » et dirigeant un système basé sur le manque de transparence, « le népotisme et la corruption ».

2012. Son fils, Rustam, est nommé président de la fédération de football du Tadjikistan.

Rahmon a tout un étage qui lui est consacré dans un musée de la capitale

Rahmon a un étage à sa gloire dans un musée de la capitale

Les derniers limogeages

1)   12 décembre. Agapito Iglesias, président de Zaragoza, sur le manager Javier Aguirre : « Je n’ai jamais douté de Javier. C’est le meilleur entraîneur que le club puisse avoir, il possède le savoir et l’expérience. Il est absolument hors de question qu’on se sépare de lui. »

29 décembre : Aguirre est viré.

2)   20 décembre, Nick Higgs, président de Bristol Rovers, sur le manager Paul Buckle : « Paul a besoin de temps. Il faut savoir donner aux gens une chance et l’occasion de se prouver. »

3 janvier : Buckle est viré.

La semaine de Bulat

Le capitaine du Xamax, Stéphane Besle, déclare que son licenciement par le propriétaire du club, Bulat Chagaev, pour avoir demandé des explications sur les salaires impayés « fait mal » :

« Je ne pensais vraiment pas finir mon aventure Xamax comme ça. Mais au fond, je suis soulagé. Ca fait des mois que je ne dors plus. »

Progress News

Brésil. Le club de Palmeiras commente la marche « homophobia pride » organisée par des supporters pour protester contre la possible arrivée de Richarlyson de l’Atlético Mineiro :

« Nous n’envisageons pas de recruter Richarlyson. C’est un bon joueur mais cela pose clairement problème avec nos supporters. Nous sommes déjà passés par là. »

  • 2007- Richarlyson dépose une plainte après les propos d’un dirigeant de Palmeiras à la télévision (à l’adresse des supporters) : « Palmeiras n’achètera jamais un joueur gay. »

Le juge Manoel Maximiano Junqueira Filho classa l’affaire sans suite :

« Ces commentaires sont justes. Le football est un sport viril. Les homosexuels ne peuvent pas jouer dans des équipes normales, ils devraient s’en tenir à leurs propres clubs. A chaque singe sa branche, à chaque coq son poulailler, à chaque roi son jeu de cartes. C’est ce que je pense et je suis juge, donc je le dis tout haut. »

Love news

Brésil. Le président de Santos, Luis Alvaro de Oliveira Ribeiro, déclare qu’il a dû supprimer le club de futsal ainsi que toutes les équipes féminines pour aider à financer les 50 % d’augmentation du salaire de Neymar, revalorisé à 15M € par an : « Le garder a exigé un effort. Nous avons dû réduire certains coûts. »

Novembre. Neymar explique pourquoi il reste à Santos : « J’adore ce club plus que tout. Ici, je me sens comme l’un des supporters. »

Bonnes résolutions

Roumanie. Le propriétaire du Steaua Bucarest, Gigi Becali, sur ses plans pour 2012 : Cette année, ma résolution est de me brouiller avec personne. Dieu m’en sera reconnaissant. »

Becali ajoute qu’il compte acheter « 3 ou 4 000 moutons » et les regarder brouter pour l’aider à rester zen en toutes circonstances :

« Je suis hyper sensible. Le moindre truc peut me toucher. Mais pas les moutons, ils apaisent mon âme. »

15 janvier 2012

Homme de la semaine

João Havelange. Nominé pour le Prix Nobel de la paix pour avoir promu la « justice sociale » alors qu’il dirigeait la Fifa dans les années 90. João Ricardo Moderno, président de l’Académie de philosophie du Brésil et à la tête du groupe brésilien de nomination, déclare que Havelange est « ravi » et qu’il « mérite plus ce prix que la plupart [des Nobélisés] » et qu’il nie avoir reçu jusqu’à 50M $ en pots-de-vin alors qu’il dirigeait la Fifa [1974-1998] :

« Il a declaré au groupe qu’il n’a jamais accepté d’argent de quiconque. Il s’est contenté de faire le bien pour l’humanité. »

Planète football

Brésil. Rui Pimenta, avocat du gardien du Flamengo Bruno Fernandes, déclare que son client est en « forme pour un comeback » malgré 19 mois en prison. Il est inculpé d’homicide sur son ex amie (ici), ce qu’il nie. La police révèle que Eliza Samudio a été étranglée et démembrée et que son corps a été dévoré par des chiens.  Pimenta affirme que la liberté conditionnelle de Fernandes est « certaine à 99 % » avant le procès de mars :

« Mon client est en forme, il s’entraîne tous les joueurs. Les supporters l’adorent. Quand il sortira, Flamengo devra le reprendre. »

Propriétaire de la semaine

Grèce. Vangelis Marinakis, president de l’Olympiakos, révèle qu’il a infligé une amende de 500 000 € à son effectif après « leur prestation de retraités » contre Doxa Dramas (0-0).

« Moi et mon staff on se met en quatre du matin au soir pour bien s’occuper de ces joueurs, et ils nous font ça. La nuit dernière, j’ai pas pu fermer l’oeiI, j’étais trop aigri. »

Départ de la semaine dernière

5 : nombre de mois entre le limogeage de Neil Warnock (manager de QPR) et cette déclaration de Tony Fernandes, propriétaire du club :

« Neil et moi, on est très similaires. J’aime sa passion, c’est un personnage à l’enthousiasme tellement contagieux. Il arrive au terme de sa carrière d’entraîneur et ce poste représente pour lui une chance de vraiment bâtir quelque chose. J’espère qu’il restera ici très longtemps. »

Gigi news

Les dernières nouvelles sur les résolutions 2012 de Gigi Becali (voir ci-dessus, entrée du 8 janvier) :

1)   Traite l’entraîneur de Saint-Etienne de « mendiant »
2)   Déclare que les arbitres sont des voleurs et appelle à une grêve
3)  Lance un « djihad » contre Cristi Borcea, actionnaire du Dinamo Bucarest et accessoirement son filleul, suite à une dispute portant sur un transfert :

« Il veut le djihad ? OK et vous verrez qui sortira vainqueur. S’il y a djihad, je suis partant. »

22 janvier 2012

Comeback de la semaine

Horace Burrell, président de la fédération jamaicaine, est de retour. Il avait été suspendu pour trois mois en octobre dernier suite à son implication dans le scandale de corruption de la Fifa. Burrell, à la presse :

« Après trois mois d’absence, ce retour aux affaires est vraiment agréable. Aujourd’hui, il faut aller de l’avant et ne pas regarder derrière soi. Pour la Fifa, l’affaire est close. Et pour illustrer cela, la Fifa m’a nommé membre du Normalisation Committee, une commission chargée du renouveau du football dans les Caraïbes. C’est effectivement un jour bien agréable. »

La semaine de Bulat

Suisse. Bulat Chagaev, propriétaire du Xamax, déclare qu’il s’opposera à la decision « dégoûtante » de la Ligue de retirer la licence du club. Chagaev, qui dément les accusations d’irrégularités financières et falsification de documents, affirme qu’il peut démontrer au tribunal que les problèmes du club sont antérieurs à son arrivée :

« Avant moi, ce club n’était pas net. Tout autour de Xamax, il y avait des voleurs et des escrocs. J’ai des documents pour le prouver. »

Des nouvelles d’Adriano

  • Septembre 2011. Adriano rate l’entraînement aux Corinthians, il reçoit une amende équivalente à 10 % de son salaire. President Roberto de Andrade : « On ne veut pas en faire toute une histoire, il s’est excusé. C’est une amende de principe. »
  • Octobre. Rate l’entraînement pour diarrhée. Il défend son hygiène de vie.
  • Novembre. Déclare qu’il va changer de lifestyle (voir ici) : « J’avais un choix à faire : le football ou la fête. Je dois me consacrer au football. »
  • Décembre. Rate l’entraînement pour « diarrhée chronique » après une fête jusqu’au bout de la nuit à São Paulo.
  • Janvier. Rate l’entraînement, reçoit une amende équivalente à 20 % de son salaire. De Andrade : « On a eu une discussion franche et il s’est excusé. Il m’a assuré qu’il est focalisé sur le football et que cela ne se reproduira plus. Nos supporters devraient faire preuve de plus de patience. »

Également, la semaine dernière : Emerson, buteur des Corinthians, reçoit une amende de 13 000 $ pour être arrivé à l’entraînement (en hélicoptère) avec 30 minutes de retard.

Nouvelles de l’infirmerie

Brésil. Le club de Caldense déclare que le défenseur Leandrão sera de retour ce mois-ci après 15 jours d’absence pour hoquet. Le porte-parole du club, Gustavo Mendanha, révèle que ce hoquet a commencé à l’entraînement il y a deux semaines et ne s’est arrêté que quand le club a envoyé un médecin : « Au début, ça nous a fait rigoler. Ensuite, c’est devenu franchement insolite. »

Prêt express

Mercredi. Le club brésilien XV de Jau recrute Anderson, prêté par São Bernardo.

Vendredi. Anderson arrive à l’entraînement « trop ivre pour bouger ». Edgard Montemor, directeur de football de São Bernardo :  « J’en ai plus qu’assez de lui. On l’a envoyé à Jau en lui demandant de ne pas causer de problèmes. Il a tenu deux jours. »

Des nouvelles de Gigi

Roumanie. Adrian Mititelu, propriétaire de Universitatii Craiova, déclare que Gigi Becali (proprio du Steaua), qui l’a accusé de fraude fiscale, est un « gibbon » au QI déficient :

« Je vais vous en raconter une belle sur lui. A l’école, Becali croyait que le nom de famille du héros national roumain Michel le Brave - Mihai Bravu - [Mihai Viteazul de son vrai nom] était “Brave”. C’est véridique, j’étais avec lui en histoire-géo. Becali n’a rien dans le crâne. »

C’est la vie

Brésil. Brasiliense FC déclare que l’ajout d’une touche de soft porn au site officiel du club « rapproche les gens ». Le site, qui enregistrait habituellement 2 000 connections par jour, a grimpé à 200 000 pendant les six premières heures du lancement. Un dirigeant : « On va sûrement nous critiquer mais c’est la vie. La critique, on la retrouve partout. On s’attend à beaucoup de felicitations. »

29 janvier 2012

Homme de la semaine

Le chargé de relations publiques de la Guinée Equatoriale affirme que la prime d’un million de dollars versée aux sélectionnés par le ministre Teodorin Obiang est « un geste personnel » et qu’elle n’est pas financée par de l’argent public.

100M $ : montant des revenus d’Obiang tirés « d’extorsion et détournements de fonds publics » selon la justice américaine, dont 71M qui auraient été blanchis aux USA via l’achat d’un jet et d’une villa à Malibu (voir article). Obiang nie toute malversation : « J’ai été très chanceux en affaires. J’aime vivre confortablement. »

Planquez vos médailles

Décembre 2011. Ricardo Teixeira, président de la fédération brésilienne, se met en « congé » pour combattre les accusations de corruption dont il fait l’objet. José Maria Marin le remplace temporairement afin « d’assurer la transparence ».

Janvier. Marin dément avoir dérobé une médaille durant la cérémonie de remises de médailles de la Copa São Paulo (voir clip), privant le gardien des Corinthians de sa breloque. Marco Polo Del Nero, le représentant régional de la fédération, a toutefois déclaré à un reporter que cela était « totalement normal » : « On lui a dit qu’il pouvait garder une médaille, on a toujours des médailles supplémentaires. Vous en voulez une aussi ? »

A surveiller de près

Roumanie. Un jeune très prometteur : Bin Laden Virtosu, 10 ans - né deux semaines après les attentats du 11/9/2001. Il déclare à la TV locale (voir clip) :

« Je m’appelle Bin Laden et je serai le nouveau Messi. ».

En 2008, Bin Laden raconta à la presse roumaine que son nom ne lui posait aucun problème :

« Je veux être un homme fort comme Bin Laden. Mais pas un terroriste. Un flic, peut-être. »

Nouvelles cornées

Dubai. Ali Bujsaim, l’ex responsable du corps arbitral, déclare que le joueur d’Al Ahli Luis Jiménez sera puni pour « avoir poussé l’arbitre avec sa tête » (clip) :

« Il a agi comme un imbécile fini. Le football, c’est pour les footballeurs, pas pour les boeufs. On ne peut pas se conduire de la sorte. Dieu merci, il n’a pas de cornes, sinon il serait très dangereux. »

Jiménez : « Pardon à tous. Je n’ai pas agi normalement. »

Dans la même série :

Said & Done nov. / déc. 2011
Said & Done oct. 2011 (2/2)
Said & Done oct. 2011 (1/2)
Said & Done sept. 2011 (2/2)
Said & Done sept. 2011 (1/2)
Said & Done août 2011 (2/2)
Said & Done août 2011 (1/2)

En Angleterre, pendant la période des fêtes, le championnat continue. Des matchs à trois points la victoire, un point le match nul et zéro point la défaite. Si l’on se permet de rappeler ce point de règlement, c’est moins par condescendance que par souci de précision, tant subsiste l’idée que cette dizaine de jours serait cruciale pour la suite, que l’équipe qui marquerait davantage de points que ses poursuivants obtiendrait un avantage (moral ?) déterminant.

Alors, vrai ou faux ? Nos petits graphiques révèlent une corrélation surprenante entre le niveau de forme au moment des fêtes et le classement final. Mais il ne se fait sans doute pas de différence plus flagrante entre la bûche de Noël et la galette de l’Épiphanie qu’entre l’Assomption et la rentrée des classes, ou encore qu’entre le Mercredi des Cendres et Pâques. La quasi-sacralisation de ces matchs incite seulement à les ranger dans une case à part, et à créer pour elle des statistiques exclusives.

[Note : les graphiques incluent les matchs s’étant déroulés du 26 décembre jusqu’à début janvier - la date varie en fonction des années. Le classement indiqué est celui au 25 décembre. Est signalé entre parenthèses le nombre de points inscrits par l’équipe. Le nombre de matchs étant rarement similaire, il a fallu créer une échelle commune, de 0 (soit une équipe qui a vomi la dinde) à 1 (soit une équipe qui a eu la fève). Pour obtenir des points de comparaison, nous avons comptabilisé le parcours d’au moins trois équipes pour chaque année, voire davantage suivant la place qu’occupait au 25 décembre le vainqueur final de l’exercice. C'est aussi clair qu'une relance de Mertesacker, non ?]

Saison 01/02

Classement Noël : Newcastle (36 pts), Arsenal (33), Liverpool (-1)(33)

Classement final : Arsenal (1er, 87 pts), Liverpool (2ème, 80), Newcastle (4ème, 71)

Saison 02/03

Classement Noël : Arsenal (39 pts), Chelsea (37), Manchester United (35)

Classement final :Manchester United (1er, 83 pts), Arsenal (2ème, 78), Chelsea (4ème, 67)

Saison 03/04

Classement Noël : Manchester United (40 pts), Arsenal (39), Chelsea (39)

Classement final : Arsenal (1er, 90 pts), Chelsea (2ème, 79), Manchester United (3ème, 75)

Saison 04/05

Classement Noël : Chelsea (43 pts), Arsenal (38), Everton (37)

Classement final : Chelsea (1er, 95 pts), Arsenal (2ème, 83), Everton (4ème, 61)

Saison 05/06

Classement Noël : Chelsea (46 pts), Manchester United (37), Liverpool (-2)(31)

Classement final : Chelsea (1er, 93 pts), Manchester United (2ème, 83), Liverpool (3ème, 82)

Saison 06/07

Classement Noël : Manchester United (47 pts), Chelsea (45), Liverpool (34)

Classement final : Manchester United (1er, 89 pts), Chelsea (2ème, 83), Liverpool (3ème, 68)

Saison 07/08

Classement Noël : Arsenal (43 pts), Manchester United (42), Chelsea (37)

Classement final : Manchester United (1er, 87 pts), Chelsea (2ème, 85), Arsenal (3ème, 83)

Saison 08/09

Classement Noël : Liverpool (39 pts), Chelsea (38), Aston Villa (34), Manchester United (-2)(32)

Classement final : Manchester United (1er, 90 pts), Liverpool (2ème, 86), Chelsea (3ème, 83), Aston Villa (6ème, 62)

Saison 09/10

Classement Noël : Chelsea (41 pts), Manchester United (37), Arsenal (-1)(35)

Classement final : Chelsea (1er, 86 pts), Manchester United (2ème, 85), Arsenal (3ème, 75)

Saison 10/11

Classement Noël : Manchester United (-1)(34 pts), Arsenal (32), Manchester City (+1)(32)

Classement final : Manchester United (1er, 81 pts), Manchester City (3ème, 71), Arsenal (4ème, 68)

[Merci à l'indispensable statto.com]

En Angleterre, pendant la période des fêtes, le championnat continue. Des matchs à trois points la victoire, un point le match nul et zéro point la défaite. Si l’on se permet de rappeler ce point de règlement, c’est moins par condescendance que par souci de précision, tant subsiste l’idée que cette dizaine de jours serait cruciale pour la suite, que l’équipe qui marquerait davantage de points que ses poursuivants obtiendrait un avantage (moral ?) déterminant.

Alors, vrai ou faux ? Nos petits graphiques révèlent une corrélation surprenante entre le niveau de forme au moment des fêtes et le classement final. Mais il ne se fait sans doute pas de différence plus flagrante entre la bûche de Noël et la galette de l’Épiphanie qu’entre l’Assomption et la rentrée des classes, ou encore qu’entre le Mercredi des Cendres et Pâques. La quasi-sacralisation de ces matchs incite seulement à les ranger dans une case à part, et à créer pour elle des statistiques exclusives.

[Note : les graphiques incluent les matchs s’étant déroulés du 26 décembre jusqu’à début janvier - la date varie en fonction des années. Le classement indiqué est celui au 25 décembre. Est signalé entre parenthèses le nombre de points inscrits par l’équipe. Le nombre de matchs étant rarement similaire, il a fallu créer une échelle commune, de 0 (soit une équipe qui a vomi la dinde) à 1 (soit une équipe qui a eu la fève). Pour obtenir des points de comparaison, nous avons comptabilisé le parcours d’au moins trois équipes pour chaque année, voire davantage suivant la place qu’occupait au 25 décembre le vainqueur final de l’exercice. C'est aussi clair qu'une interception de Mertesacker, non ?]

Saison 92/93

Classement Noël : Norwich (39 pts), Aston Villa (35), Blackburn (34), Manchester United (34)

Classement final : Manchester United (1er, 84 pts), Aston Villa (2ème, 74), Norwich (3ème, 72), Blackburn (4ème, 71)

Saison 93/94

Classement Noël : Manchester United (52 pts), Leeds United (+1)(40), Blackburn (-1)(38)

Classement final : Manchester United (1er, 92 pts), BLackburn (2ème, 84), Leeds United (5ème, 70)

Saison 94/95

Classement Noël : Blackburn (43 pts), Manchester United (41), Newcastle (38)

Classement final :Blackburn (1er, 89 pts), Manchester United (2ème, 88), Newcastle (6ème, 72)

Saison 95/96

Classement Noël : Newcastle (45 pts), Manchester United (35), Liverpool (34)

Classement final : Manchester United (1er, 82 pts), Newcastle (2ème, 78), Liverpool (3ème, 71)

Saison 96/97

Classement Noël : Liverpool (+1)(38 pts), Arsenal (35 pts), Wimbledon (34), Aston Villa (33), Manchester United (31)

Classement final : Manchester United (1er, 75 pts), Arsenal (3ème, 68), Liverpool (4ème, 68), Aston Villa (5ème, 69), Wimbledon (8ème, 56)

Saison 97/98

Classement Noël : Manchester United (43 pts), Blackburn (39), Chelsea (38), Leeds United (34), Liverpool (-1)(31), Arsenal (-1)(30)

Classement final : Arsenal (1er, 78 pts), Manchester United (2ème, 77), Liverpool (3ème, 65), Chelsea (4, 63), Leeds United (5ème, 59), Blackburn (6ème, 58)

Saison 98/99

Classement Noël : Aston Villa (36), Chelsea (33), Manchester United (31)

Classement final : Manchester United (1er, 79 pts), Chelsea (3ème, 75), Aston Villa (6ème, 55)

Saison 99/00

Classement Noël : Leeds United (41 pts), Manchester United (-1)(39), Sunderland (37)

Classement final : Manchester United (1er, 91 pts), Leeds United (3ème, 69), Sunderland (7ème, 58)

Saison 00/01

Classement Noël : Manchester United (43 pts), Arsenal (35), Leicester City (35)

Classement final : Manchester United (1er, 80 pts), Arsenal (2ème, 70), Leicester City (13ème, 48)

(A suivre…)

[Merci à l'indispensable statto.com]

Il y a cent dix ans cette semaine, Manchester United fut sauvé in extremis d’une disparition certaine par un certain Major. Non, pas un ancêtre de John et ses moeurs Benny Hillesque, mais un mammifère bien plus respectable : un Saint-Bernard errant.

Le sauvetage de club le plus cocasse et spectaculaire du football anglais n’est pas le fait d’un ou homme d’affaires excentrique ou d’un sugar daddy illuminé mais d’un chien. Si Manchester United en est là aujourd’hui, il le doit en effet indirectement à un brave toutou. Grâce à Major, le club déclaré en faillite et à deux doigts de la liquidation renaîtra de ses cendres pour connaître une fabuleuse décennie, l’une des plus glorieuses de sa riche histoire. Aujourd’hui, deuxième et dernière partie : de 1901 à 1912 (première partie ici).

Un sauveur aussi miraculeux qu’inattendu

Harry Stafford

Harry Stafford

Au soir du premier mars 1901, la kermesse de la dernière chance achève sa troisième journée dans l’abattement général, l’objectif de 1 000 £ étant chimérique. Dans un ultime réflexe de survie, le capitaine et joueur emblématique de l’équipe, Harry Stafford (alors 160 matchs au compteur mancunien), décide d’associer son chien Major aux efforts de collecte. Captain Courage est alors loin de se douter que cette idée anodine changera involontairement et à jamais la destinée du club.

Le lendemain, c’est avec une grosse boîte-tirelire sur le dos et un tonneau miniature de Cognac au cou que le Saint-Bernard se promène parmi les stands. En fin d’après-midi, un formidable coup du sort va faire basculer le cours des choses. A force de gambader partout, Major se fait la belle. Une jeune fille, Elsie Davies, le repère et le ramène chez elle. Elle supplie son papa, John, un riche propriétaire de brasseries, de l’adopter. La boîte comporte la mention Newton Heath FC et une adresse. Le lendemain, Papa Davies rapporte Major à son propriétaire.

Instantanément, John Davies et Harry Stafford sympathisent. Tous deux travaillent dans la même branche (Stafford tient un pub) et ils se sont même déjà vaguement rencontrés professionnellement. Un deal est discuté : si John Davies verse 200 £ pour garantir l’avenir immédiat du club, sa fille pourra garder le chien. Marché conclu. Peu à peu, Davies va tomber amoureux du club.

En décembre 1901, les matchs attirent à peine 3 000 spectateurs et la situation financière est à son nadir. Le 9 janvier 1902, des huissiers tambourinent à la porte du club en présentant aux dirigeants une injonction de paiement émanant d’un investisseur qui veut récupérer ses billes (242 £). Cet homme n’est autre que William Healey, le président de Newton Heath FC… Les bailiffs concluent leur visite en déclarant le club en faillite et cadenassent les portes du stade. Si cette somme n’est pas réglée sous quinze jours, le plan de liquidation du club sera activé, sonnant à jamais la disparition de Newton Heath FC. Interdit de stade et donc dans l’impossibilité de disputer son prochain match à domicile, le club doit alors chambouler le calendrier.

L’ange gardien John Davies

John Davies

John Davies

Si toute une batterie de mesures protège aujourd’hui les clubs de la banqueroute, telle l’exemption de remboursement des dettes fiscales ou des créances dites « non sécurisées » (d’où la rareté des dissolutions de clubs), à l’époque, on ne fait guère de sentiment. Appelé à la rescousse par Harry stafford, John Davies accourt au chevet du mourant. Aidé de trois investisseurs, il réunit les fonds nécessaires (2 000 £) et rembourse le gros des dettes. Le quatuor s’engage également à verser 3 000 £ sous forme de prêt pour recruter des joueurs.

Le 24 avril 1902, lors d’une assemblée extraordinaire dans un New Islington Public Hall bondé, John Davies est nommé président du club. Le surlendemain, pour symboliser cette renaissance, on décide de rebaptiser le club. Manchester Celtic et Manchester Central sont suggérés, mais tous deux sont rejetés (le premier car le club n’a aucune connection celte ; le second car il sonne trop comme une gare ou un site industriel).

Finalement, le choix s’arrête sur Manchester United FC, une suggestion du dirigeant Louis Rocca, un fils d’immigrés italiens qui jouera un rôle primordial dans le fonctionnement du club jusqu’à sa mort en 1950. Ce United, contrairement à d’autres (tel Newcastle United), n’est pas ici le fruit d’une fusion entre deux clubs mais l’expression d’une mise en commun de ressources et d’une union sacrée de moyens. Dans la foulée, on change aussi les couleurs aussi. Exit le vert et or de Newton Heath, place au rouge et blanc. Voici le seul film existant d’un match de Man United disputé lors de sa première saison (Burnley-MU, 6 décembre 1902).

Place au défi sportif

Ernest Mangnall

Ernest Mangnall

Le club sauvé, il s’agit maintenant de le faire monter parmi l’élite. Le 30 septembre 1903, Ernest Mangnall, un personnage charismatique qui vient de quitter un Burnley en grande difficulté, est nommé entraîneur. A l’aise avec les médias, Mangnall sera le premier grand manager de Man United (le terme « manager » ne sera utilisé à Manchester United qu’à partir de 1914. Mangnall est appelé « Club secretary » ou même parfois « Second secretary »).

Eté 1904, Mangnall arrache Charlie Roberts à Grimsby Town pour la somme record de 400 £ (jusqu’à 600 £ selon certaines sources). Ce puissant arrière central est généralement considéré comme la première véritable vedette du club (il fut le premier international anglais de Man United). Ci-dessous la photo d’équipe 1904-1905, avec au premier plan le sauveur du club, « The » Major.

La montée tant attendue arrivera en fin d’exercice 1905-06, après douze saisons en D2. Pour récompenser Mangnall, le club augmente son salaire, substantiellement : 1 £ supplémentaire par semaine ! La longue conquête aux trophées peut commencer. Deux titres de Champion d’Angleterre seront remportés sous l’ère Mangnall, en 1908 et 1911, ainsi qu’une FA Cup (1909). Entre temps, John Davies a fait bâtir Old Trafford, qui accueille ses premiers spectateurs (45 000) le 19 février 1910 contre Liverpool (voir ci-dessous).

Tout comme John Davies, Ernest Mangnall occupe une place de choix dans l’histoire de Man United. Outre les trois titres qu’il apporta au club, il fut l’un des artisans de la construction d’Old Trafford ainsi que de la transformation du club durant cette décennie. Cependant, en septembre 1912, un coup de théâtre se produit : Ernest Mangnall quitte le club dans des circonstances controversées… pour Man City.

Manchester United en 1910

Manchester United en 1910

Mangnall parti, personne ne se doute alors des crises successives (sportive et financière) qui vont s’abattre sur Man United et de la très longue traversée du désert que connaîtra le club. Il faudra en effet attendre 1952 et l’ère Matt Busby pour revoir la couleur d’un titre en championnat. Si John Davies est parfois surnommé « le premier ange gardien de Man United », James Gibson, sera son deuxième homme providentiel. En 1931, quatre ans après la mort de John Davies qui aura passé vingt-cinq ans à la tête du club, Gibson sauvera un United touché de plein fouet par la Grande dépression de 1929 et une nouvelle fois menacé de disparition.

Quant à Major, il succéda à la première mascotte du club, Michael the Canary (en fait… une oie), et de 1902 à 1906, il fut paradé et fêté comme un héros avant chaque match à domicile. Major fut ensuite remplacé par la chèvre Billy the Goat, qui connut un destin à la Garrincha. Au cours des célébrations post-finale de FA Cup le 24 mars 1909, la biquette picola trop et mourut d’intoxication éthylique (sa tête est préservée dans le musée du club).

Les deux titres de 1908 et 1911

1908. MU, 52 points (2è Aston Villa, 43. 3è Man City, 43). Affluence moyenne sur la saison : 23 368.

United démarre fort : quatorze victoires sur les quinze premiers matchs, dont un 6-1 à l’extérieur infligé au champion sortant, Newcastle. Le reste de l’exercice sera un long fleuve relativement tranquille. Les 52 points obtenus constituent un record depuis la création de la Football League (23 victoires, 6 nuls, 9 défaites). En raison du plafonnement des salaires et de l’interdiction des primes décidés par la FA en 1901 (le salary cap continuera jusqu’en 1961, voir détails ici, entrée du 14 janvier), pour récompenser les joueurs, le club organise une tournée en Autriche-Hongrie où United joue devant des foules immenses.

Ironiquement, Man United doit son premier titre à Man City. Cette saison-là, United bénéficie en effet à plein de l’inclusion de quatre Citizens, donc le fameux Billy Meredith, un ailier de 33 ans qui aime tracer sur son flanc le cure-dent aux lèvres. Une manie assurément plus propre que le tabac qu’il mâche parfois pendant les matchs et recrache à la volée (certains employés refusent de nettoyer son maillot couvert de chique mouillée). Meredith est considéré non seulement comme le meilleur joueur de l’époque mais aussi comme la première vedette du football britannique. Billy Meredith, qui avait été mineur au Pays de Galles de douze à vingt ans, avait la santé puisqu’il évolua en D1 avec les Citizens jusqu’à cinquante ans ! Il collectionnait aussi les surnoms, dont « Le Magicien Gallois », « Le Roi du dribble » et  « Le Vieux Maigre ». En 1926, il joua même le rôle d’un entraîneur dans le film « The Ball of Fortune ».

Charlie Roberts

Charlie Roberts

Ces quatre recrues font partie des dix-sept joueurs licenciés et vendus (aux enchères !) par Man City à la suite d’un retentissant scandale portant sur des paiements illégaux (ici). Dans l’équipe, il y a aussi l’arrière central Charlie Roberts, une forte tête qui refuse de porter un short long. Lors d’une série de visites à Old Trafford (après des études à Manchester), le célèbre entraîneur italien et fervent anglophile Vittorio Pozzo le considéra comme le meilleur joueur au monde. Alors que le positionnement était rigide dans les dispositifs de l’époque, Roberts était le seul défenseur qui n’hésitait pas à attaquer, ce qui ne manqua pas d’impressionner l’Italien. Plus tard, en tant qu’entraîneur de la Squadra Azzura de 1929 à 1948, Pozzo s’inspira de Roberts pour métamorphoser son arrière-central en bête d’attaque. Pas une mauvaise idée puisqu’il fit de l’Italie le double Champion du monde 1934 et 1938.

Une saison riche en évènements. Le 2 décembre 1907, les mavericks Meredith et Roberts, aidés de plusieurs autres joueurs de Man United, créent le syndicat des joueurs, The Association of Football Players’ and Trainers’ Union (AFPTU), l’ancêtre de la PFA. Un avènement qui se fera dans la douleur (conflit avec la fédération et la Football League, grêve des joueurs, formation du Outcast FC, etc.). Le syndicat sera finalement reconnu en 1909. Charlie Roberts paiera cher son esprit rebelle puisqu’il est généralement accepté que son faible nombre de capes anglaises (3) est dû à ses actes répétés d’insoumission.

1911. MU, 52 (2è Aston Villa, 51. 3è Sunderland, 45). Affluence moyenne : 27 157.

Pour sa première saison pleine à Old Trafford, United ne se rate pas. Le nouvel antre de Man United, qui connaît son baptême du feu le 19 février 1910 contre Liverpool (3-4), a été conçu par le célèbre architecte de stades Archibald Leitch. Davies a emprunté la colossale somme de 60 000 £ pour s’offrir son joujou pouvant accueillir 100 000 spectateurs et doté d’une vaste toiture centrale ainsi que de zones assises.

L’ensemble est aussi révolutionnaire que luxueux pour l’époque et la presse est dithyrambique. Réaction d’un journaliste du Sporting Chronicle :

« Old Trafford est la plus belle enceinte, la plus vaste et la plus remarquable qu’il m’ait été donné de voir de ma vie. Ce stade est unique au monde. »

Cinquante ans plus tard, Bobby Charlton le surnommera « The Theatre of Dreams ». Le parfais timing dans le déménagement est à souligner : le jour de l’inauguration d’Old Trafford, des bourrasques de vent arrachent une partie du toit du stade de Bank Street que United vient de quitter !

La saison 1910-1911 est indécise jusqu’au bout et donne lieu à un mano à mano captivant avec Aston Villa. Lors de la dernière journée, le 29 avril, Man United occupe la deuxième place et reçoit Sunderland (3è), tandis que les Villans (1er) se déplacent à Liverpool (14è). A Old Trafford, les Black Cats sortent les griffes et marquent rapidement… avant de s’en prendre cinq dans l’écuelle. Comme le racontera Charlie Roberts au Saturday Post, à la fin du match, les spectateurs se massent devant la tribune principale et attendent les nouvelles d’Anfield… A l’annonce de la victoire de Liverpool 3-1 sur Aston Villa, le public exulte. Man United est champion pour la deuxième fois de sa courte histoire.

Kevin Quigagne.