Liverpool (6è, 62 points, G-A + 4/52 buts pour/48 contre)

La saison 2014-2015 de Premier League terminée, TK dégaine son bilan club par club.

Rédaction légère assurée par l’équipe Teenage Kicks :

  • Camille Garnier (Hull, QPR, Stoke)
  • Chris Garnier (Newcastle, Southampton, WBA)
  • Didier Féco (Everton, Man City, Swansea, Tottenham)
  • Kevin Quigagne (Aston Villa, Burnley, Liverpool, Sunderland)
  • Matthew Dymore (Crystal Palace, Leicester, Man United, West Ham)
  • Pan Bagnat (Arsenal, Chelsea)

Résumé de la saison

Après une superbe saison 2013-14 (2è, 84 points), on s’était pris à rêver d’une redite même si on savait que l’après-Suarez serait complicado. Il le fut very mucho, malgré les 117m £ dépensés en recrues estivales. Le collectif mit quatre longs mois à trouver ses marques, une interminable gamberge exacerbée par l’indisponibilité de Daniel Sturridge de début septembre à fin janvier.

Jusqu’à la 16è journée, Liverpool se chercha désespérément (10è), aussi bien devant que derrière ; le back four changeait sans arrêt et l’attaque n’avait claqué que 19 buts. Instabilité, rotations fréquentes, manque de pénétration, confiance en berne et médiocrité, symbolisée par une tannée 3-0 à Old Trafford le 14 décembre. Ventre mou à l’entame des vacances et à 9 points du Top 4…

Il fallait donc une réaction autre qu’un énième recours à un mercato d’hiver où, panique aidant, les risques de recruter du tocard sont élevés. C’est là que Brendan Rodgers déballa son cadeau de Noël : un ravalement tactique d’un 4-3-3/4-5-1 mou en un 3-4-2-1 offensif avec cette fameuse défense à trois centraux + 2 wing-backs (latéraux-ailiers), un système souvent utilisé à Liverpool par le passé, notamment en 1981 et par K. Dalglish à la fin des Eighties ainsi qu’en 2010-11.


LFC et son 3-4-2-1 (Can-Skrtel-Lovren sur cette compo mais notre Mamadou Sakho a aussi eu son mot à dire), dispositif qu’on a tendance à nous présenter comme la meilleure récente trouvaille depuis l’invention de la valise à roulettes mais déjà utilisé en Angleterre depuis un bail.

Cette Goldo-Métamorphose durera 13 journées, jusqu’à la mi mars : 33 points de pris/39 possibles. Derrière, c’était Fort Knox (8 clean sheets), au milieu du Mozart et devant Champagne. La solidité de la défense permit d’offrir un jeu plus libéré et fluide, plus conquérant et surtout plus rapide.

Quelque chose de réellement historique se déroulait devant nos mirettes ébahies. Pour la première fois depuis 1985, Liverpool n’encaissa aucun but à l’extérieur sur six matchs d’affilée, de Boxing Day à la mi mars. Avec le grand retour de Dan Sturridge fin janvier, on se disait que finalement le podium, voire plus, ma foi c’était pas si inaccessible… Comme des ravis de la crèche, on se reprit à rêver à fond les oreillers. Mais le gros hic avec un changement tactique efficace est qu’une fois que les adversaires ont pigé comment déjouer le bouzin, les choses se compliquent et le retour de manivelle peut s’avérer douloureux.

Et le putain de reality check arriva juste avant Pâques, sous la forme de deux défaites coup de massue contre Man United et Arsenal. Un dernier quart de saison marquée par d’incessants changements de système (3-4-3, 4-3-3, 4-1-3-2, 4-2-3-1, 4-1-4-1, 3-4-2-1 et 4-2-3-1 !) et, surtout, disputé sur les rotules. Résultat : 8 points péniblement grattés sur les 9 derniers matchs et 18 buts encaissés. Le tout conclu par un bouquet final « historique »  qui pourrit la der de Stevie Gerrard : une taule 6-1 contre Stoke, la pire défaite depuis 52 ans et la pire mi-temps (5-0) enregistrée en 85 ans. Les beaux rêves s’étaient transformés en mauvais trip.

Satisfactions / A la hauteur / N’ont pas (trop) à rougir

Les bons points vont :

- à Simon Mignolet. Allez, on aime bien les Belges alors on dira que l’ex Black Cat fut très moyen en phase aller (roh ces sorties alors…). le Trudonnaire a déclaré sur Sky devoir son retour à sa fiancée Jasmien : « Elle m’a remis psychologiquement sur les rails. Je refléchis trop et elle m’a appris à faire simple. » Ça ou alors LFC s’est apercu que son remplaçant, Brad Jones, ne valait pas tripette.

L’ex Red legend Bruce Grobbelaar ne s’est pas privé d’ironiser sur sa fébrilité sur ces fameux centres & sorties : “Mignolet is worse than Dracula with crosses. At least Dracula came out of his coffin now and then. Simon stays on his line and that’s it” [comprenez : Mignolet est pire que Dracula sur les centres (attention calembour capélovicien de mauvais aloi : centres = crosses mais également « croix ». Au moins, Dracula sortait de son cercueil de temps en temps. Simon reste sur sa ligne et basta].

- à Mamadou Sakho. Après une saison 2013-14 ratée et l’acquisition de Lovren à l’intersaison, Rodgers ne comptait plus trop sur notre Kirikou. Fin septembre, contre Everton, l’ex Parisien quitta même le stade de rage. Heureusement, depuis Noël et la révolution tactique, le « Guerrier » (surnom donné par Rodgers) s’est distingué mais les blessures à répétition posent problème. Encore un peu trop souvent considéré comme fébrile. Il lui reste deux ans de contrat pour s’imposer définitivement et faire taire ses critiques.

- à l’Allemand Emre Can, 21 ans, un milieu polyvalent, technique et athlétique formé au Bayern. A peu joué en phase aller (blessure et non sélection) et utilisé en défenseur central offensif box-to-box – et occasionnellement en latéral droit et gauche – après le tournant tactique de décembre. Aimerait évoluer au milieu, son poste en U21 et là où il ferait le plus mal – surtout en 6 –, mais Mister Rodgers n’est pas trop d’accord pour l’instant (dommage). Principal point faible : son manque relatif de vitesse, ce qui s’est méchamment vu contre les bolides de PL, tel Robbie Brady d’Hull City (défaite des Reds 1-0).

- au Slovaque Martin Sktrel. Ses duels avec Costa sont désormais légendaires (lors d’un  Espagne-Slovaquie sur la première photo). Pas toujours irréprochable mais c’est ce que Liverpool a de mieux en déf’ centrale actuellement. En pleine embrouille sur sa prolong de contrat actuellement mais ça devrait s’arranger.

- à Lucas Leiva, milieu déf travailleur de l’ombre par excellence. Pas spectaculaire mais fait le boulot en général. Grosso modo, quand il a été absent cette saison, Liverpool a aligné les mauvaises perfs et quand il a joué, les Reds ont carburé. Pur hasard rétorquent ses détracteurs. Peut-être bien, mais ce qui ne souffre d’aucune contestation est son engagement : presque 6 tacles remportés par match en moyenne sur 2014-15, stat la plus élévée de PL cette saison. Gerrard parti, le Brésilien de 28 ans devient le plus vieux Red de l’effectif (en saisons Red, à Anfield depuis 2007).

- à Jordan Henderson, le milieu a franchi un palier cette saison et est passé de joueur lambda à leader en devenir (promu vice-capitaine). OK, les commentateurs s’emballent un chouia avec lui (il est encore loin d’être le « new Steven Gerrard », surtout techniquement) mais « Hendo » est plus confiant, plus entreprenant et moins brouillon que lors des saisons précédentes ; il a su profiter du retrait de Steven Gerrard pour s’imposer. Et en plus, il lui arrive de marquer des buts canons. A resigné pour cinq ans.

- au classieux stratège brésilien Philippe Coutinho, milieu offensif/ailier de 22 ans. Au club depuis janvier 2013 mais grosse progression cette année, surtout dans ses passes et la finition. A tout raflé lors de la céremonie Récompenses du club et a été nommé dans l’équipe PFA PL de la saison. Contrat prolongé jusqu’en 2020.

- Jordon Ibe, wing-back/ailier droit, international U20 et l’une des révélations de l’année en PL. Le Londonien formé à Charlton et Wycombe et payé 500 000 £ par LFC (+ extras) a tout pour réussir : grosse technique, puissance et vitesse. Les jeunes le comparent à Gareth Bale (aile opposée) et les mecs de ma génération à John Barnes. Utilisé une douzaine de fois après des débuts tonitruants en février : homme du match contre Everton et superbe vs Besiktas (ses dribbles ont provoqué le péno de la victoire, 1-0).

- Raheem Sterling, 20 ans. A navigué sur tout le front de l’attaque cette saison (a joué 7, 9, 10 et même wing-back) et s’en est plutôt bien sorti (7 buts PL et 7 passes décisives) même si la qualité de ses centres et sa finition laissent à désirer. Sterling, dans un bon jour, est le edge-of-your-seat player par excellence (highlights de sa saison), un joueur-frisson dans la lignée des grands techniciens Reds d’antan, les Kevin Keegan, Robbie Fowler, et autre Michael Owen. Le genre de joueur qui peut te mettre le feu, te foutre en transe et finir par te faire balancer d’excitation les trois-quarts de ta pinte sur le dos du mec de devant au pub. Dans un bon jour donc ; quand il réussit ses crochets décoiffants ou ses slaloms diable au corps, quand il marque avec panache après une sublime chevauchée. Malheureusement pas trop le cas ces derniers temps.

Sterling depuis quelques mois pour les médias, et le public, c’est surtout devenu « the contract rebel », le sale gosse gâté-pourri qui a un sérieux attitude problem et pousse le bouchon trop loin. Pour résumer, car c’est très saoûlant, après moults pourparlers LFC a proposé à Sterling (en contrat jusqu’en 2017) de tripler son salaire à 100 000 £/semaine. Pas dégueu vu que le gamin n’a encore absolument rien prouvé, ni en club ni avec les Three Lions. Une offre jugée « très insuffisante » en janvier dernier et rejetée par Sterling et son agent, le comique Aidy Ward (voir nos Frannys) : « Je n’en fais absolument pas une histoire d’argent, a commenté le natif de Kingston, je veux simplement disputer la Ligue des Champions et gagner des titres. » Sous-entendu, c’est pas à Liverpool que ça risque d’arriver trop souvent. Depuis, le duo tambourine à toutes les portes, Chelsea, Man City, Man United, Real Madrid, Arsenal, Bayern Munich, re-Chelsea, etc.

Liverpool n’était pas vendeur le mois dernier mais les proprios en ont tellement marre qu’ils veulent désormais se débarrasser avantageusement du colis toxique au lieu de le voir filer pour que dalle dans deux ans avec des problèmes entre-temps. Man City, en déficit aigu de homegrown players (joueurs formés localement, critère clé d’établissement de la liste PL des 25 chaque début septembre), a offert 25m £ il y a quelques jours mais Liverpool leur a rigolé au nez. Les Citizens devraient revenir à la charge avec une dernière offre de 35-40m £.


Jonathan Walters, plus efficace avec Stoke City, chambre…

Déceptions / Pas à la hauteur / Ont floppé

- Glen Johnson, latéral droit trop irrégulier/souvent blessé et finalement libéré. Et c’est tant mieux, une bouche gourmande en moins à nourrir (500 patates par mois).

- José Enrique. Vient de Newcastle et devrait y retourner, on le trouverait sûrement bon là-bas.

- Javier Manquillo, jeune latéral droit prêté par l’Atlético Madrid. Johnson parti, le Madrilène aura peut-être la chance de se rattraper la saison prochaine mais peu probable car une fois K. Trippier ou N. Clyne arrivé, il sera Number 3 dans la hiérarchie (Jon Flanagan devrait revenir vers Noël). Pourrait être prêté ou jouer les bouche-trous.

- Joe Allen et Dejan Lovren, n’ont pas le niveau du haut de tableau anglais.

- Lazar Markovic, 21 ans, wing-back à droite facturé 20m £, a sorti quelques gros matchs mais très irrégulier et on comprend pourquoi le Mou n’en a pas voulu à Chelsea, pour moitié moins cher. Censé avoir été recruté en partie pour sa vitesse et son alacrité… Mouais, ça saute encore moins aux yeux que Bouteflika des fois. Semble parfois fébrile et devra vite gagner en confiance. Encore jeune bien sûr et a donc une certaine marge de progression.

A sa décharge, le Serbe n’a guère été aidé par les choix de Rodgers qui l’a souvent déployé en latéral-ailier alors qu’il serait plus efficace en milieu/ailier gauche offensif (son poste de prédilection) où il jouait souvent – et marquait plus – au Partizan Belgrade et au Benfica. Ce positionnement contre nature, ajouté au fait qu’il a disputé beaucoup de bouts de match, rend le jugement délicat à son égard mais il aura la pression l’an prochain pour justifier son prix d’achat. Si on lui donne sa chance car on parle de le prêter pour l’aguerrir, peut-être même d’un retour à l’envoyeur au Benfica (en prêt).

- Alberto Moreno, 22 ans, offensif wing-back (latéral-ailier) sur le flanc gauche. Trop offensif même, à en oublier parfois le taf défensif.


Un trio Allen-Lovren-Markovic facturé 75m €. C’est clair, le foot ça ressemble pas au Juste Prix.

- Adam Lallana, 27 ans. Les avis sur l’ancien capitaine de Southampton sont très partagés, surtout eu égard à son prix (25m £). Lallana lui-même juge sa saison « very average ». A rendu une copie finale trop moyenne après des débuts difficiles, dûs aux blessures et une réticence de Rodgers à le titulariser. Infatigable harceleur- récupérateur dans les zones offensives, il doit maintenant gagner en régularité et se montrer plus efficace dans la création et la finition (5 buts PL est moyen pour un milieu offensif). Lallana possède un gros bagage technique et, tout comme Sterling, sait faire le show, alors forcément les attentes le concernant sont élévées. Prochaine saison “make or break” pour l’ex Saint.

- Mario Balotelli (voir plus bas) et Rickie Lambert, recrue roue de secours. Font partie d’une attaque qui a marqué moins de buts que les défenseurs d’Everton… (ici) Enough said.

Objectifs

La priorité : assembler un groupe capable de disputer régulièrement la Ligue des Champions. Mais pour cela, faut de l’artiche et Rodgers, qui a tout de même dépensé 218m £ sur les trois dernières saisons, devra convaincre les proprios de faire chauffer la carte bleue, ce qui n’est pas gagné. L’idéal serait de garder les meilleurs (Coutinho, Sterling), y ajouter de l’expérimenté de haut vol et bâtir autour d’eux pour avoir une lisibilité à court-moyen terme. Mais ça, c’est la théorie. Et pour Sterling, c’est mal barré.

Concrétement parlant, si l’on devait choisir trois postes, il faudrait un déf’ central supplémentaire, un 6 et un avant-centre prolifique, tous de classe mondiale cela va sans dire. Daniel Sturridge est un perma-crock comme disent les Anglais (constamment blessé) et le duo Divock Origi-Lambert risque d’être léger… Danny Ings est prometteur mais novice à ce niveau et peut-être trop juste pour le top four/Ligue des Champions. Et comble du malheur, le fragile Sturridge manquera au moins les deux premiers mois de la saison 2015-16. Problème : trois joueurs de calibre international, plus quelques doublures, coûteraient minimum 100m £ et Liverpool n’a pas actuellement les moyens de rivaliser financièrement avec les mégaclubs anglais. Et ferrer du gros sans jouer la Ligue des Champions, hum, pas facile. Parmi les divers noms avancés devant, Christian Benteke semble être la cible la plus réaliste.

Faudrait aussi rameuter du vieux briscard, car l’équipe-type cette saison était jeune et tendre (24 ans de moyenne d’âge) et le métier a fait défaut dans les confrontations européennes ou contre les Chelsea, Arsenal & co. L’arrivée de James Milner devrait faire du bien à ce niveau.

Last but not least, le chantier « mental » : il faut absolument injecter une grosse dose de gnaque dans ce groupe un peu mou et lui redonner confiance. On a eu le sentiment sur avril et mai que ça a capitulé trop facilement, eg les pathétiques « redditions » en série contre les ogres que sont Crystal Palace, Stoke et Villa en demi-finale de FA Cup à Wembley. Deux stats éloquentes pour conclure : 1) Liverpool a commis seulement 5 fautes lors de cette demi-finale 2) Liverpool a perdu les 8 matchs PL où ils étaient menés à la mi-temps.

L’homme invisible

Trop d’invisibles et d’éclopés (K. Touré, G. Johnson, D. Sturridge, F. Borini, J. Manquillo, O. Assaidi, etc.) alors allons à l’essentiel : Mario Balotelli.

« Parfois, il faut savoir prendre des risques avec les gens. Et souvent, si vous prenez ce risque, vous en êtes récompensé », déclarait Brendan Rodgers à propos de Balo en conf de presse fin août dernier.

Un énorme pari de Rodgers (sur les conseils de Steven Gerrard, impressionné par ses perfs à la coupe du monde 2014) et au final une énorme erreur de casting. Il lui reste deux ans de contrat. Acheté 16m £, pour un salaire mensuel de 540 000 £/mois (avec la « prime de bonne conduite » de 2m £/an). Enfin, il a bien fait marrer les supps Red Devils et Gunners qui se sont passés le mot pour faire élire Balo Player of the season du club avant que LFC ne le retire de la liste.


La FA lui a un peu cherché des noises (ses fines plaisanteries Instagram sur Mario contrevenaient aux règles du code de conduite de la FA) et Balo s’est justifié ainsi : « C’est ma façon ironique et antiraciste de se moquer des attitudes racistes. »

Highlights

Côté terrain, hors période faste mi décembre-mi mars (avec la victoire 2-1 contre Man City le 1er mars en point d’orgue), rien de bien bandant.

Sinon, évidemment, la retraite de Steven Gerrard est un moment fort de l’année. OK OK, « Mister Liverpool » n’a pas particulièrement brillé cette saison mais qu’importe. A ce propos, on peut regretter la polémique qui accompagna l’annonce de son départ au LA Galaxy, surtout eu égard à sa grande fidélité vis-à-vis de Liverpool* (il voulait rester une ou deux saisons supplémentaires – c’est d’ailleurs dans cette optique qu’il prit sa retraite internationale après la Coupe du monde brésilienne – mais Rodgers, avec lequel le courant n’est jamais trop passé, serait revenu sur ses promesses d’un nouveau contrat avec titularisation plus ou moins assurée, etc. Ergo ça a chouiné via ses potes ex Reds omniprésents dans les médias).

On souhaite bonne chance au LFC pour le remplacer. Un seul chiffre pour illustrer l’arduité de la tâche : depuis 2007, le club a dépensé 120m £ pour trouver son successeur ou le même genre de patron dans l’entrejeu (Lucas, Mascherano, Aquilani, Poulsen, Meireles, Henderson, Adam, Allen, Alberto, Can). Mateo Kovacic (Inter) sera-t-il le prochain prétendant ?

On reverra sûrement Gerrard à Liverpool dans un rôle d’adjoint/d’entraîneur/manager mais peut-être aussi comme joueur, en Angleterre ou ailleurs. Le Scouser en a encore sous la pédale et il ne serait pas surprenant qu’il profite de l’intersaison hivernale de la MLS pour rechausser les crampons au bercail.

[*Plusieurs grands clubs/managers ont cherché à l'exfiltrer de Liverpool au cours de sa carrière, notamment Mourinho, trois fois, à Chelsea et au Real Madrid mais Gerrard a toujours refusé de partir. Il avait toutefois envisagé d'aller voir ailleurs en 2004 et l'aurait peut-être fait s’il avait su que la Ligue des Champions 2005 et la belle deuxième place de 2009, prouesses qui suscitèrent tant d'espoir, resteraient des triomphes sans lendemain…]

Lowlights

- un goal-average de ventre-mouiste, + 4

- trop de matchs ratés contre les Gros pour tous les citer mais les claques 3-0 à Old Trafford et 4-1 à l’Emirates font encore mal. Une stat résume l’impuissance des Reds face à leurs concurrents directs : seulement 5 points/24 possibles engrangés vs les clubs du top 4 cette saison. Et évidemment, le 6-1 à Stoke évoqué en intro. Pouaaaah, 6-1 au Britannia, la honte.

- L’élimination hyper molle en Europe (ici), aussi bien en Ligue des Champions que LFC retrouvait pour la première fois depuis six ans (seulement 5 points de pris dans un groupe où la qualif était largement à leur portée) qu’en Europa League, Rodgers ayant préféré aligné une équipe bis face au Besiktas (LFC sorti aux tirs au but).

- Le recrutement, ou plutôt la politique de recrutement, secteur compliqué par l’existence d’un « Transfer Committee » créé en 2012 par les proprios américains Fenway Sports Group (FSG) soucieux de tout structurer scientifiquement sur des « modèles prédictifs » tirés du sabermetrics. Bon dieu que tout ça sonne laid… Cellule composée de six personnes, dont Brendan Rodgers (+ le directeur général I. Ayre, le responsable du recrutement D. Fallows, le chef du recrutement B. Hunter, le directeur de la perf technique M. Edwards et une huile de FSG, M. Gordon). Un système collégial décrié, souvent qualifié de « dysfonctionnel » par ses détracteurs, dont Rodgers en off. Pour schématiser, deux écoles qui s’opposent :

a) FSG veut jouer la carte « potentiel » et former/recruter un tas de jeunes pépites pour bâtir autour d’eux (Sturridge, Sterling, Henderson, Can, Ibe, etc.), et le cas échéant, réaliser une belle plus-value à la revente. Pour : ça coûte moins (relativement) cher que d’empiler les vedettes. Contre : c’est une vision à moyen terme, dans un sport dominé par l’immédiateté du résultat, et potentiellement semée d’embuches (eg jeune X – style Sterling – chope le boulard, devient trop gourmand et part ailleurs).

b) Rodgers voudrait acheter moins mais acheter mieux, à savoir du joueur international confirmé.

Le cas Alexis Sanchez illustre la cruelle dichotomie existant entre la « voie lente » prônée par FSG et la « voie express » favorisée par le Nord-Irlandais. Ce dernier voulait absolument le Chilien et Arsenal lui proposait grosso modo le même package financier. Mais l’ex Blaugrana préférait vivre à Londres, paraît-il. On peut penser qu’une p’tite rallonge aurait pu le convaincre de signer à Liverpool mais FSG refusa toute surenchère. Résultat : Rodgers a eu le trio Balo-Origi-Lambert à la place…

Au final, 117m £ dépensés l’été dernier (dont 14,3m £ en frais d’agent !) sur Lallana (25m), Lovren (20m), Markovic (20m), Balotelli (16m), Moreno (12m) Emre Can (10m), Origi (10m), Lambert (4m). Tout recrutement contient forcément une bonne part d’incertitude mais là on se dit que ça commence à faire beaucoup. Forcément, Rodgers paie également les excès de ses prédécesseurs. Bref, tout ça fait un peu passer Liverpool pour une sorte de Tottenham du Nord. Sur les quelques 215m £ claqués par LFC en transferts ces trois dernières saisons (30 millions de plus qu’Arsenal), seuls deux des 24 recrutés peuvent véritablement être considérés comme un succès : P. Coutinho et D. Sturridge. Allez, trois avec Mignolet en étant indulgent (même s’il n’a pas fait oublier Pepe Reina). Peut-être donc que la première chose à faire à Liverpool serait de dissoudre ce Transfer Committee qui a montré ses limites et revenir aux fondamentaux : laisser le manager et son staff décider (aidé du directeur sportif à la limite).


117 millions £ de recrues l’été dernier et quasiment que des flops. OK, le recrutement est une science à peu près aussi exacte que l’expertise psychiatrique mais là faut pas déconner, ça commence à faire beaucoup…

Au-delà de ces divergences de fond entre propriétaire et manager, on peut se demander si FSG conserverait Liverpool en cas de non qualification en Ligue des Champions 2016 ou 2017. Une interrogation légitime car quand FSG racheta Liverpool en 2010, les Américains comptaient à fond sur le FPF pour les protéger des effets néfastes d’une course aux armements qu’ils ne sont en mesure de suivre face aux mégaclubs anglais, outillés pour truster les quatre premières places synonymes de graal LdC. Or, depuis ce rachat, ces clubs ont trouvé des combines pour contourner le FPF financier et l’UEFA parle désormais d’en assouplir les règles, ce qui compliquerait singulièrement la tâche des Reds dans leur objectif LdC. Sans compter que l’éventuel changement dimensionnel de West Ham (stade olympique, direction déterminée, etc.) et Tottenham (nouveau stade, gros moyens) ajouterait à la difficulté de Liverpool de se placer régulièrement dans le carré magique. Certes, Liverpool aura aussi bientôt son nouvel écrin taillé pour la LdC mais les Ricains pourraient se servir de cet atout pour passer la main au bon moment, sans subir de pertes financières, voire en réalisant un bénéfice.


2 hits seulement selon ce tableau d’Eurosport. Les avis divergent sur quelques autres joueurs (Mignolet, Sakho, Markovic et Can principalement) mais même en étant très indulgent, seuls 5 ou 6 joueurs max peuvent être considérés comme des succès. Au mieux, un taux de réussite de 25 % seulement. C’est clairement un échec et le club, si porté sur les stats, devrait en tirer l’enseignement principal qui s’impose : dissoudre le Transfer Committee.

Le manager

Brendan Rodgers, en poste depuis l’été 2012. Question à 64 000 $ comme on dit en Angleterre : qu’a Brendan Rodgers en commun avec Manuel Valls l’amateur de foot, hormis que la Ligue des Champions les as fait tous deux rêver puis cauchemarder ? ———- Réponse : tout comme Manu, si le Nord-Irlandais marchait sur l’eau l’année dernière, sa cote a joué les montagnes russes cette saison. Voué aux gémonies entre août et décembre, puis adulé de Noël à la mi mars et présenté comme un « tactical genius », voire le plus grand innovateur depuis Herbert Chapman, et de nouveau cloué au pilori dans l’emballage final. Un cycle enflammades-crucifixions somme toute banal.

Mais au-delà des spectaculaires fluctuations de popularité inhérentes à ce poste (coucou Alan Pardew), il subsiste un point d’interrogation sur la capacité de Rodgers à gérer les « pressure games », les matchs à gros enjeu, comme en LdC ou en demi-finale de FA Cup contre ces terreurs d’Aston Villa (eg pourquoi faire entrer Glen Johnson à la place de Joe Allen ?). Un peu comme Valls quoi… La surmédiatisation, l’excès de confiance, la pression, le stress et tout le package « ivresse du pouvoir » font faire des conneries, fatalement.


Rodgers-Valls, même combat (contre les mauvaises passes).

Douter des capacités d’un leader, c’est une chose – abstraite et discutable – mais les faits, c’est du concret, du béton. Et Rodgers se serait bien passé de ce parpaing-là : il est le premier manager de Liverpool depuis Phil Taylor (1956-1959) à n’avoir rien remporté sur ses trois premières saisons. Peut-être anecdotique, mais le genre « d’accident historique » qui reste en travers du gosier des supps, surtout qu’il y avait un bon coup à jouer en FA Cup et en Ligue Europe. Et ne nous leurrons pas, même remporter une coupette européenne serait déjà énorme pour le Liverpool actuel. Y participer constitue même une prouesse en soi pour les Reds. Vous pensez que j’exagère ? Ben, considérez le fait suivant : si Aston Villa avait remporté la FA Cup le mois dernier, Liverpool aurait dit bye bye à la Ligue Europe 2015-16 (car contrairement à une idée répandue, le 6è de PL n’est pas automatiquement qualifié en LE, il ne l’est que si le vainqueur de la FA Cup a fini dans le top 5 de PL – voir réglement).

Hormis le combo perte de Luis Suarez + indisponibilité de Dan Sturridge, le principal problème a été le manque de continuité, et au-delà, l’absence palpable « d’identité » ou de « philosophie de jeu ». Certes, ces expressions un poil pompeuses sont encore plus galvaudées que le terme « socialiste » et sonnent trop fourre-tout pour que l’on se penche sérieusement sur leur signification dans le contexte Liverpool. Mais elles n’en expriment pas moins un fort ressenti, celui d’un vide, d’une absence de direction. Comme développé dans la rubrique « Lowlights », le malaise est plus profond qu’une simple aigreur ponctuelle du peuple Red, dont les attentes sont certes sensiblement lestées par le poids de l’histoire : plus le LFC se structure, moins le projet d’ensemble semble clair et plus la cacophonie s’installe. L’impression d’être dans un navire sans gouvernail ou à bord d’un paquebot Costa en mer Ligurienne avec le Capitano Schettino à la barre. Enfin, au bar.

Il y a eu trop de rotation, trop d’expérimentations, trop de joueurs utilisés hors de position, trop de changements de systèmes et d’approches, parfois dans la même mi-temps. Utiliser autant de formations différentes pendant une saison (comme l’a fait Rodgers), surtout sur la fin, ne confère pas à un manager la qualité de savoir se remettre en question tactiquement, mais laisse au contraire flotter un parfum d’amateurisme, un sentiment de désarroi et d’impuissance. La flexibilité, l’adaptabilité, la réactivité, oui, trois fois oui ; la marmelade tactique non. Sans ligne directrice ferme et claire, quitte à la faire évoluer si nécessaire, le groupe est déboussolé. Redonner des repères et des certitudes à l’effectif sera donc l’un des principaux chantiers de l’intersaison.

Au final, Rodgers a échappé de peu au limogeage, mais pas deux de ses adjoints, sans doute faute de mieux disponible sur le marché. L’Ulsterman a grillé son joker et il sait ce qui l’attend la saison prochaine : un remerciement express si les résultats vont clopin-Kloppant. Car l’ami Jürgen a beau avoir le regard fixé sur le Bayern, il ne dirait certainement pas non à une expérience outre-Manche, à fortiori dans son club le plus prestigieux.

Photo(s) de la saison

(710 matchs et 186 buts depuis cette Une).

4 commentaires

  1. Julien dit :

    Excellent article dans l’ensemble.
    Mais dire que Lovren et Allen n’ont pas le niveau pour le haut de tableau…
    Lovren a fait quelques très gros matches. Il a été blessé et avait bcp de pression pour sa première saison, mais avec du temps il est clairement capable de s’imposer.
    Allen est un cas très particulier. Il est très fragile et transparent offensivement, mais sa qualité technique et de passe en font le complément parfait de Lucas Leiva : Lucas récupère, mais il est incapable d’orienter le jeu, ce qu’Allen fait merveilleusement bien.
    Ce qui est sûr c’est qu’avec Ings et Milner, Liverpool reviendra plus costaud la saison prochaine. Même si Sterling part, même si Sturridge ne voit pas la fin du tunnel, cette équipe disposera de vrais bagarreurs. J’ai bon espoir que les errements dûs cette saison aux tentatives Balotelli/Borini/Lambert ne se reproduisent pas.
    Reste la défense. Espérons Sakho, espérons Skrtel, espérons Lovren. Allez, un peu d’alacrité après cette fin de saison morne !

  2. jojo dit :

    Bon article encore une fois.
    Y’a une erreur à “apprit”.

  3. khwezi dit :

    Superbe article, m’sieur Quigagne Vasqué.

    Extrêmement d’accord avec tout. Surtout la dernière phrase.

  4. Lionel_Joserien dit :

    C’était vraiment très intéressant. Ça fait seulement 15 pages (oui je vous imprime, prévenez-moi si vous éditez un jour), j’attendais plus long (comme disait la femme de Nicordio).

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