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Le football grand-breton, ses instances nous répètent à l’envi depuis vingt ans, est un modèle d’intégration pour les non-Whites. Et il est indéniable que le chemin parcouru ces dernières décennies est colossal. Mais terre d’accueil, le Royaume-Uni ne l’a pas toujours été et on a peine à mesurer la gravité de la situation il n’y pas si longtemps.

La lecture de l’introduction de ce dossier est vivement recommandée.

Nous continuons notre exploration chronologique de l’histoire du football noir britannique (liens des volets précédents en bas d’article) avec le formidable trio sud-africain composé de Steve Mokone (# 13), Gerry Francis (# 14) et d’Albert Johanneson.

Aujourd’hui : Albert Johanneson, première partie.

# 15. Albert Johanneson (1940-1995)

Ce Sud-Africain est le premier Noir à avoir disputé une finale de FA Cup – en 1965 – et celui qui subira le plus violemment racisme jusqu’ici, triste résultante du contexte changeant de l’époque. Johanneson, c’est aussi l’un des destins les plus tragiques du football britannique.

Insultes racistes dès l’atterrissage

Quand Albert Johanneson arrive à Leeds début 1961 pour un essai de trois mois, la plus glorieuse ère de l’histoire du club est encore loin de débuter. Leeds est un mal classé de D2 qui évitera de peu la descente en fin de saison, un maintien en partie imputable à la nomination du jeune Don Revie comme entraîneur-joueur le 17 mars 1961. A peine le Sud-Africain a-t-il débarqué à Heathrow le 5 janvier 1961 qu’un voyageur pressé le bouscule sèchement, au point de presque le faire tomber, en lui balançant un « Get out of my way, nigger ».
Johanneson comprend alors que s’il a quitté l’un des régimes les plus ignobles de la planète, il n’a pas non plus atterri au paradis. Mais nul doute que Gerry Francis (# 14) lui en avait touché deux mots, car c’est son compatriote qui est chargé de le prendre sous son aile. Malheureusement, Francis quittera Leeds six mois plus tard et le jeune Albert perdra ainsi son précieux allié.


Johanneson signe son contrat le 5 avril 1961, sous les yeux du fraîchement nommé Don Revie, entraîneur-joueur (centre) et de son compatriote Gerry Francis (gauche)

Dès ses premiers matchs, cet ailier gauche virevoltant (à une époque où les wingers sont rois – cf Stanley Matthews et Tom Finney) qui deviendra un joueur clé des Whites, est pris pour cible. Les insultes racistes et autres cris de singe ou de « zoulou » sont monnaie courante. Un jour, un joueur d’Everton lui envoie un « Black bastard ». Lui qui avait quitté l’Afrique du Sud pour échapper à l’apartheid est choqué. Il s’en plaint à Don Revie mais ce dernier lui conseille simplement de répondre « White bastard » si cela se reproduit. Quand Albert lui raconte qu’un adversaire n’a cessé de lui balancer des « nig-nog » (noiraud) et « gollywog » (voir # 11), personnages blancs grimés en Noirs dans le très populaire mais controversé Black & White Minstrel Show (ici), Revie trouve l’insulte spirituelle et se marre. Parfois, le bourru manager lui demande sur un ton cassant de « faire abstraction de tout ça, se durcir mentalement et se concentrer uniquement sur le jeu ».

Adaptation difficile dans un contexte délétère

Hors du terrain, malgré sa liaison avec une Anglo-Jamaïcaine du coin suivi d’un mariage en 1963 (ci-contre), Johanneson peine à s’acclimater à la vie anglaise et son racisme omniprésent. Nombreux sont les commerces, restaurants, cafétérias et même bureaux de tabac de Leeds (cf pages 173, 182 & 183 de l’excellent The Black Flash [1]) qui lui font comprendre que sa présence est indésirable, refusent de le servir ou même l’éjectent manu militari des lieux.

Quelques-uns de ses coéquipiers, comme Billy Bremner (qui avait déjà aidé Gerry Francis à s’intégrer), Jack Charlton, Bobby Collins, Grenville Hair ou le jeune Peter Lorimer plus tard, veillent sur lui et n’hésitent pas à le défendre physiquement. Toutefois, la majorité ne sait comment réagir, à une époque où le racisme, ordinaire ou virulent, se banalise. L’Angleterre avance cahin-caha vers le multiculturalisme et cette mutation expose le sinistre underbelly de la société anglaise, cette face sombre que des partis politiques et mouvements divers exploiteront bientôt, notamment le National Front et le parti Conservateur (voir volets précédents).

L’empire britannique a éclaté et l’immigration issue des pays du Commonweath a bondi de quelques milliers par an au début des Fifties à 136 000 entrants en 1961. Le recensement de 1961 fait apparaître que 100 000 personnes d’origine afro-carribéenne vivent sur Londres. En 1962, le parlement fait voter le Commonwealth Immigrants Act qui restreint considérablement la liberté de mouvement des citoyens de l’ex empire britannique votée en 1948 (British Nationality Act). En 1968, le député conservateur Enoch Powell prononce son discours haineux des « Fleuves de sang » qui trouvera un écho certain auprès de la population (voir # 11). A l’intérieur et aux abords des stades, ainsi que lors des déplacements de supporters, le hooliganisme commence à s’organiser et inquiéter.

Le George Best de Leeds United

L’époque n’est plus aux bras ouverts, même si intéressés, des années d’après-guerre [2]. Les vagues successives et régulières de « Paki-bashing » (terme argotique : ratonnade) dans les villes ouvrières du Lancashire dans les années 60 et 70 – mais aussi sur Londres et ailleurs, on en recensa parfois des dizaines par mois, des actes perpétrés principalement par des Skins, Mods, groupes fascistes ou hooligans – sont là pour rappeler l’extrême violence qui pouvait caractériser les relations interraciales de l’époque.

Durant ses neuf saisons à Leeds (200 matchs et 68 buts, dont 2 hat-tricks en coupe d’Europe, exceptionnel ratio pour un ailier), le vif Albert “Hurry, Hurry” Johanneson (Albert le bolide, son surnom d’enfance) forcera souvent l’admiration de ses pairs – efficaces mais souvent empruntés balle au pied – grâce à son élégance, sa pointe de vitesse et son style « brésilien » comme aime l’écrire la presse. Johanneson est doté d’une technique aussi pure qu’innée (son coéquipier Johnny Giles le compare souvent à George Best), acquise pieds nus avec des ballons de fortune dans les rues poussièreuses des townships : Johanneson n’a touché son premier vrai ballon qu’à l’âge de 18 ans.

Toutefois, si pour beaucoup il est ce héros exotique « venu de Tombouctou » (cf le chant Leeds Calypso), pour d’autres, il incarne les stéréotypes classiques que le racisme institutionalisé aimait véhiculer au Royaume-Uni, à savoir l’image du Noir paresseux, inconstant et à l’intellect limité. Des clichés apparus dans le football britannique dès les années 1890 et qu’on retrouvera par exemple dans les propos racistes de Ron Atkinson [3] à l’encontre de Roger Milla à l’occasion de la coupe du monde 1990 et de Marcel Desailly en 2004.

1965, année charnière

C’est autour de 1965-66 que les choses commencent à se gâter pour Johanneson. Derrière la façade triomphale – montée en D1 en 1964 (il est meilleur buteur du club) et vice-champion d’Angleterre en 1965 – d’inquiétantes fissures psychologiques fragilisent son mental et lézardent son être.


Leeds United, 1964-65. Debout, de gauche à droite : Billy Bremner, Paul Madeley, Willie Bell, Gary Sprake, Paul Reaney, Norman Hunter, Jimmy Greenhoff, Don Weston. Assis : Jim Storrie, Johnny Giles, Terry Cooper, Bobby Collins, Alan Peacock, Jack Charlton, Albert Johanneson, Rod Johnson.

La finale de FA Cup 1965 contre Liverpool marquera un tournant pour Johanneson, un pivotal point ambivalent, car si cette finale lui confère l’immense honneur d’être le premier Noir à la disputer, elle amorce aussi le début de son déclin et de ses rapports conflictuels avec Don Revie. Excédé par le racisme qu’il subit en silence depuis des années et le battage médiatique fait autour de ses origines avant la rencontre (une effervescence qu’il perçoit comme mâtinée de curiosité malsaine et d’ignorance), Johanneson refuse soudain de jouer cette finale, à une heure du coup d’envoi. Comme il…

A suivre.

Kevin Quigagne.

Les volets précédents :

(1) Introduction. Les premiers Blacks du football britannique
(2) Andrew Watson. Les premiers Blacks du football britannique
(3) Arthur Wharton. Les premiers Blacks du football britannique
(4) John Walker et Walter Tull. Les premiers Blacks du football britannique
(5) Jack Leslie et Eddie Parris. Les premiers Blacks du football britannique
(6) Alfred Charles, Gil Heron, Roy Brown et Lindy Delapenha. Les premiers Blacks du football britannique
(7) Charlie Williams. Les premiers Blacks du football britannique
(8) Tesilimi Balogun et Steve Mokone. Les premiers Blacks du football britannique
(9) Gerry Francis. Les premiers Blacks du football britannique

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[1] Biographie sur Albert Johanneson publiée en 2012 et écrite par Paul Harrison, un supporter des Whites qui rencontra Johanneson par hasard dans un pub de Leeds en 1982. De cette amitié est née The Black Flash (L’Éclair Noir, surnommé ainsi pour sa pointe de vitesse), une bio consistant en une série d’interviews réalisées sur dix ans. Avant le Sudaf, ce surnom fut aussi donné à Gil Heron, le premier Noir à porter les couleurs du Celtic, voir # 8.

[2] En référence à la liberté de mouvement des citoyens de l’ex empire britannique votée en 1948, ici.

[3] Ron Atkinson, commentateur vedette de ITV à la Coupe du monde 1990, lors d’Angleterre-Cameroun en ¼ : « Milla n’a vraiment rien dans le crâne. » Son collègue Brian Moore lui fit alors remarquer que ses propos pourraient lui attirer des ennuis. Se croyant hors antenne (alors que les auditeurs de l’étranger l’entendaient), Atkinson en remit une couche : « Oh mais non, la seule personne qui pourrait me causer des ennuis c’est sa mère, et seulement si elle regarde le match du haut de son arbre. »

La chaîne reçut quelques plaintes de téléspectateurs mais les ignora. Signe des temps où le racisme ordinaire était acceptable publiquement, ces commentaires passèrent inaperçus. Quatorze ans plus tard, ITV licenciera Atkinson pour des propos sur Marcel Desailly qui se passent de traduction (tout comme en 1990, il pensait être hors antenne) : « Desailly is what is known in some schools as a fucking lazy thick nigger. »

Atkinson perdit également tous ses contrats publicitaires et fut congédié du Guardian où il tenait une rubrique d’analyse tactique. Deux ans après, il tenta un comeback via une série TV à forte audience où, en compagnie d’autres célébrités, il fut envoyé en Provence apprendre le français et découvrir une autre culture (ce qui lui fit sans doute le plus grand bien). Il commenta notamment un match live du PSG, en français, avec Jean-Charles Bahnoun (moment assez drôle je dois dire). Entreprise de réhabilitation médiatique qui se solda par un échec : Atkinson était définitivement grillé. Enfin, pas si grillé que ça car ce dinosaure réapparut sur Channel 5 en 2013 dans l’émission Celebrity Big Brother où il refit parler de lui. Le plus navrant n’est pas tant qu’il se trouve encore des chaînes prêtes à lui filer 100 000 £ (ce n’est malheureusement pas de sitôt qu’on verra la fin de ce genre de média) mais que Ron Atkinson ait toujours aujourd’hui autant d’admirateurs et d’apologists, une évidence à la lecture des commentaires sous cet article annonçant sa participation à l’émission.

En 2012, quand le Guardian voulut l’interviewer en lien avec un papier sur le racisme dans le football, Atkinson leur répondit : « Pas question, tout ça [la thématique du racisme] c’est un tas de conneries. Ce que je voudrais savoir, c’est pourquoi aucun journaliste ne m’interroge sur les trophées que j’ai gagnés. »

Ironiquement, ce même Ron Atkinson joua un rôle clé dans le long et douloureux processus d’acceptation et reconnaissance des joueurs Noirs dans le football britannique, ce que nous verrons dans les volets suivants.

Les demi-finales de FA Cup disputées il y a 8 jours à Wembley sont l’occasion idéale de parler du plus beau parcours de toute l’histoire de la FA Cup : Sunderland, en 1973. Le club du North East (alors ventre-mouiste de D2) éliminait Arsenal en demi-finale et remportait la finale face au grand Leeds United de Don Revie, meilleur club anglais depuis le milieu des Sixties. Grâce à des joueurs transcendés et un stade mythique, Roker Park.

Si vous prenez cette série en cours, la lecture de l’intro est recommandée (et du reste aussi d’ailleurs).

Suite et fin de l’interview avec une Sunderland legend de l’époque, Cecil Irwin, latéral droit aux 351 matchs sous le maillot rouge et blanc entre 1958 et 1972 (6 saisons en D1 et 7 en D2).

Interview vintage – suite et fin

Ce qui est dingue aussi Cecil, c’est qu’à peu près la même tragédie s’était déroulée à Roker Park trente ans auparavant, le 8 mars 1933, dans un Sunderland-Derby. Pareil, replay de FA Cup, 75 118 spectateurs officiellement, au minimum 100 000 en fait, et des bousculades qui firent 2 morts et beaucoup de blessés.

Effectivement, aucune leçon ne fut retenue de toutes ces tragédies depuis Ibrox Park en 1902 jusqu’à Hillsborough. Mais tu connais le plus insensé de l’histoire sur ce match contre Man United à Roker Park ?

Non…

Ben figure-toi que beaucoup de gens qui étaient entrés sans payer ce soir-là envoyèrent de l’argent au club par la suite tellement ils avaient adoré le match ! [1 – réponse au jeu concours]

Incroyable ! Vraiment un match totalement dingue du début à la fin. Sur le terrain, vous faites 2-2 contre Man United, des regrets ?

Oui, car on menait 2-1 jusqu’à la 118è minute des prolongations où Bobby Charlton claque… Moi, je marquais George Best en alternance avec notre arrière central, je pense l’avoir bien muselé car il fut discret ce soir-là. Il était très jeune alors, même pas 18 ans, il avait l’air nerveux. D’ailleurs, on a su plus tard qu’il ne voulait pas disputer ce match.

Ah bon, pourquoi ?

Juste avant le match, en voyant cette foule déchaînée et cette ferveur incroyable, Best avait paniqué et pris peur. Il avait alors demandé à Matt Busby de ne pas l’aligner !

[propos confirmés ici par le Black Cat Nicky Sharkey qui tient l’anecdote de Nobby Stiles, le combatif milieu défensif de Man United et international anglais :

« George Best était terrifié, assis dans un coin avec une serviette sur la tête pendant une bonne heure avant le coup d’envoi. »

3-3 à Old Trafford, puis 2-2 à Roker Park lors du replay, il fallut donc un troisième match d’appui disputé 5 jours plus tard. Ça se passa mal je crois…

Effectivement, re-replay à Huddersfield devant 55 000 spectateurs, terrain pourri. Best s’était bien remis de sa grosse frayeur et nous, ben on se prend 5-1, hat-trick de Denis Law…

Hormis Brian Clough, qui étaient les grands joueurs (internationaux) de Sunderland à ton époque ?

Comme internationaux anglais, on avait Dave Watson, capé 65 fois, de 1974 à 1982. Colin Todd aussi, 27 fois capé (1972-77) et quelques autres, comme Dennis Tueart. Pas mal d’internationaux écossais, comme George Mulhall et George Herd mais surtout le grand Jim Baxter (34 capes), un personnage ce Jim ! Décédé, malheureusement. Et l’Irlandais Charlie Hurley bien sûr, une vraie vedette, 40 capes en 12 ans de sélection nationale. En 1964, il fut élu 2è meilleur joueur du championnat derrière Bobby Moore [prix Football Writers’ Player of the Year – les célèbres récompenses décernées par la PFA ne commencèrent qu’en 1974].

Ni Jim Montgomery, ni toi ni aucun Black Cats d’alors [Watson et Tueart seront capés une fois partis de SAFC] ne furent sélectionné en équipe d’Angleterre. Penses-tu que le sélectionneur d’alors, Alf Ramsey, favorisait les clubs du Sud, londoniens plus précisément ?

J’ignore s’il avait un parti pris, je crois que, tout simplement, ça les emmerdait de venir nous observer tout là haut, au nord (est) du pays ! Aucun match n’était retransmis nationalement et il fallait donc se déplacer. A moins d’être une valeur sûre ou un crack, comme Brian Clough, on avait moins de chance d’être sélectionné en jouant à Sunderland. Jim Montgomery fut pris comme suppléant de Gordon Banks, une fois je crois. Mais soyons honnête, Sunderland occupait la deuxième moitié de tableau de D1 le plus souvent. La concurrence était très féroce, les ¾ des joueurs de club étaient anglais, pas comme aujourd’hui.

Revenons à Brian Clough, 3 ans à Sunderland (1961-64, 63 buts en 74 matchs, D2). Personnalité complexe, souvent décrit comme une peste sur et en dehors du terrain (arrogant, parfois imbuvable, provocateur, etc.). Ses coéquipiers de Middlesbrough n’en pouvaient plus et avaient fait une pétition pour s’en débarrasser ! Il était comment avec vous ?

Avec nous, ça allait. Bon, il lui arrivait d’avoir la grosse tête et d’agacer à force de chambrer mais il était sympa, on s’entendait bien tous les deux. Et quel joueur alors, on lui passait le ballon et il claquait ! C’était vital pour lui de marquer, il adorait ça plus que tout.

Il avait 26 ans à son arrivée à Sunderland et on voyait qu’il pouvait devenir un grand manager s’il choisissait cette voie, il avait une grande assurance, une arrogance naturelle. Ce qu’il réussit par la suite ne m’étonna guère. Mais tu sais, Alan Brown, notre manager [de 1957 à 1964 puis 1968-72], était très strict et tenait les joueurs d’une main de fer, gare à celui qui désobéissait ! D’ailleurs, Brian a dit bien plus tard avoir été influencé par Brown dans son parcours de manager. A mon avis, il s’en inspira même largement.

T’as une p’tite anecdote sur les rapports entre Alan Brown et Brian Clough ?

Oui, et une sympa… Un jour, alors que Brian Clough venait d’arriver au club, Brown faisait une causerie au centre d’entraînement qui était ouvert au public. On l’écoutait tous religieusement en cercle et là, un type appelle Cloughie pour avoir son autographe. Brian était connu, surtout dans la région, il avait été sélectionné en équipe d’Angleterre et claqué 197 buts en 213 matchs à Middlesbrough (D2) ! Assez fièrement, Cloughie se met à trottiner pour aller signer cet autographe et là, Brown l’interpelle et d’un ton très officiel lui envoie : « Monsieur Clough, si vous signez cet autographe, vous ne jouerez pas samedi. » Brian avait rappliqué aussi sec, sans broncher ! Ce pauvre supporter était resté le bras tendu avec son stylo et son bout de papier… [rires]

C’est vrai l’histoire qui circule sur la première chose qu’Alan Brown dit à Brian Clough quand ce dernier débarqua à Sunderland ?

Ah, oui, il lui avait dit :

« Brian, tu as souvent dû entendre ce que les gens disent de moi, que je suis un beau salaud, un enfoiré, etc. Et bien c’est parfaitement exact. »

Brown était très direct, ce qui n’avait pas plu à Don Revie d’ailleurs !

[Revie porta le maillot de Sunderland de 1956 à 1958 – ailier/joueur de couloir dans le système WM (inside forward) ou avant-centre, 66 matchs/15 buts – avant de devenir peu après le mythique manager de Leeds United, 1961-74 et le nettement moins mythique sélectionneur anglais, 1974-77. Brian Clough et Don Revie se détestaient. Le 30 juillet 1974, Cloughie remplaça Revie à la tête de Leeds United… Voir plus bas The Damned United]

Quel terrible dommage que Brian Clough ait dû arrêter sa carrière si tôt…

Effectivement, je me rappelle de ce jour, Boxing Day 1962, quand le gardien adverse faucha Brian, son genou se déboîta… Les conditions météos étaient dantesques et le terrain gelé [2]. Verdict : rupture des ligaments croisés du genou (ci-dessous).

A l’époque, on ne soignait pas ça comme maintenant et ce genre de blessure ne pardonnait pas. Cloughie avait 27 ans et il ne rejoua plus [A la mi-saison 1962-63, il en était déjà à 24 buts en championnat]. Il tenta de revenir 20 mois plus tard, dont un match avec la réserve devant 10 000 personnes, rien que pour le revoir !  Il marqua un hat-trick ce jour-là puis, dans la foulée, disputa 3 matchs de D1 en septembre 1964. Mais il dut se rendre à l’évidence et raccrocha les crampons quelques semaines plus tard. Le club le nomma alors entraîneur des jeunes ; puis, en 1965, il partit manager Hartlepool en D4 et on connaît la suite [si ce n’est pas déjà fait : livre et film ci-dessous, bande-annonce]

Alan Brown était réputé pour son style autoritaire et ses soufflantes. Est-il vrai qu’il envoyait les contestataires faire ramasseur de balle dans les matchs de jeunes ?

A ma connaissance, non, il n’a jamais fait ça. Par contre, ceux qui l’ouvraient trop ou autre, il les envoyait s’entraîner avec les jeunes, et il ne les alignait qu’une fois par mois.

Pourquoi une fois par mois ?

C’était le règlement, la PFA [syndicat des joueurs] avait obtenu ce minimum pour tout joueur sanctionné. Brownie était très strict mais juste et il savait parler aux joueurs. C’était un excellent man-motivator, il te prenait un joueur moyen et, à la tchache, le motivait au point que le gars se sentait invincible. Il savait aussi te faire te sentir tout petit !

Tiens, tiens, ça me rappelle quelqu’un, un certain Brian Clough…

Exactement, Cloughie a largement pris modèle sur Alan Brown (ci-dessous) tout au long de sa formidable carrière. Il a calqué sa façon de pensée sur la personnalité de Brown, sans l’ombre d’un doute.

Alan Brown vous organisait parfois des séances d’entraînement étonnantes, c’était quoi ce fameux « shadow play » que les joueurs détestaient tant ?

Ah oui, ça c’était spécial en effet. Brown aimait expérimenter et avait souvent d’excellentes idées mais celle-là laissait à désirer ! Lors de ces séances shadow play, on jouait contre une équipe invisible… Sans adversaire, on devait faire comme s’il s’agissait d’un vrai match, pour travailler le positionnement, la tactique, le mouvement, ce genre de chose. La finalité de l’exercice était d’établir des dispositifs au moyen de phases séquentielles bien précises. Après quelques séances, on trouva ça inutile et, franchement, ça ne marchait pas en match. Mais il ne voulait rien savoir et personne n’osait trop lui dire ! On a fait ça cinq fois par semaine pendant plus d’une saison, on marquait dans des buts vides, c’était surréaliste. Puis il dut se rendre compte de l’inutilité de l’exercice car on arrêta net. C’était au tout début de son manageriat, quand on jouait encore parfois avec le WM de Chapman, toujours en vogue à la fin des Fifties.

Alan Brown quitte Sunderland au moment où vous montez en D1 en 64, pourquoi ?

Une sombre histoire d’argent… Pour notre remontée en D1, on avait reçu 1 500 £ chacun [moins 50 % de prélèvements, ndlr], une somme énorme, suffisante pour s’acheter un appartement ou une terraced house. Sauf que le club ne la versa pas à Brownie ou il reçut beaucoup moins je crois. Y’avait aussi une embrouille sur sa maison. Le club nous aidait financièrement pour acheter notre maison, lui avait une belle propriété à Cleadon [coin aisé près de Sunderland] qu’il louait mais comptait acheter. Apparemment, Brownie jugea cette aide financière trop modeste par rapport au prix de la maison. Pas mal de clubs le voulaient et il partit entraîner Sheffield Wednesday été 1964, Wednesday était alors dans le Top 6 anglais depuis la fin des Fifties.

Et puis Brown revient à Sunderland en 1968…

Et ouais ! Entre-temps, on avait eu deux managers totalement différents de Brown, un intérimaire et ensuite John McColl pendant 3 ans, un Ecossais, pas désagréable mais beaucoup trop coulant. Quelques gars commencèrent à  se relâcher. En 1966, on frisa la descente et 1967 ne fut pas glorieux non plus, dommage car on avait une bonne équipe.

Un relâchement du style à picoler la semaine et sortir ?

Quelques-uns ouais, c’était pas toute l’équipe, loin de là, mais, par exemple, certains se pointaient régulièrement en retard à l’entraînement, ou ne venaient carrément pas, impunément. Le pire, c’était l’international écossais [et Rangers legend] Jim Baxter [3], qu’est-ce qu’il descendait ! Et il aimait la bringue, les femmes, les paris, bref la totale. Un sacré joueur ce Jimmy. Il détestait les entraînements plus que tout ! Milieu de terrain, condition physique incroyable, j’ai jamais compris comment il faisait… Il n’a jamais évolué sous Brown, sinon Brownie n’aurait pas toléré un centième de ce que McColl laissait passer. Il a quitté Sunderland avant que Brown ne revienne en 1968.

Y’avait donc un salary cap quand tu as commencé en 1958, et jusqu’en janvier 1961, 20 £ maximum / semaine. Tu gagnais combien toi ? Tu touchais des primes ?

Mon tout premier contrat pro, je touchais 5 £ / semaine, pendant une bonne année, moins que notre groundsman (jardinier) ! Ensuite, à partir de 18 ans, j’ai touché le maximum autorisé pour un footballeur, 20 £ [salaire moyen anglais en 1960 : 15 £ / semaine]. On avait une prime d’1 £ par point pris, 2 £ en cas de victoire donc. Puis, à l’abolition du salary cap, c’est monté progressivement, le maximum que j’ai touché était 50 £ par semaine.

Si, en D2, tu touchais le salaire maximum autorisé, y’avait donc pas de différence salariale entre le meilleur joueur de D1 et un joueur de D2 ?

Aucune en effet ou alors faible, même si je dois dire qu’on n’était pas vraiment au courant des salaires pratiqués ailleurs, pas du tout comme aujourd’hui disons. Même en D3 ou D4, un bon joueur pouvait toucher le maximum. Ensuite, quand ce plafond salarial sauta, tout le monde touchait la même chose à Sunderland vers 1965, 50 £ hebdo, sauf les 2 ou 3 vedettes comme Charlie Hurley, qui touchaient 70 £. Avec les primes, on pouvait gagner 4 fois le salaire moyen de l’époque.

Les primes et les avantages en nature, justement, ça aidait bien non ?

Ah oui, il n’y avait pas ou peu de primes à la signature mais, après la fin du salary cap, la prime par point gagné passa à 20 £ [2 pts maximum]. On recevait des primes de montée aussi, comme je te disais. Côté avantages, le club nous aidait bien pour acheter notre maison, ce genre de chose.

Tu as joué quinze fois contre le Dirty Leeds de Don Revie, avec les Bremner, les Johnny Giles, les Norman Hunter, Jackie Charlton et j’en passe. De sacrés joueurs mais pas des poètes. Giles minimise aujourd’hui en disant que les autres [équipes] n’étaient pas des anges non plus. Ton avis ?

Peut-être, mais Leeds, c’était de loin les pires ! Ils te pourrissaient, pas verbalement, hormis quelques insultes. Non, eux, ils cassaient, c’était toujours risqué de les affronter. Leur devise semblait être : « Si tu rates le ballon, ne rate surtout pas le joueur ». Les arbitres étaient très coulants à l’époque, les matchs n’étaient pas retransmis, etc. et Leeds en profitait.

Justement, sur tes 351 matchs avec SAFC, tu n’as jamais été remplacé en cours de match ! [les remplacements ne sont cependant arrivés qu’en 1965, et seulement sur blessure les deux premières saisons]. Quelle était ta recette pour ne jamais être blessé ?

J’avais la forme effectivement, on s’entraînait tous les jours, le vendredi était très léger cependant, un peu de foncier. Je n’ai été blessé qu’une seule fois dans ma carrière, indisponible 3 mois, fracture du scaphoïde (articulation du pouce) en retombant mal lors d’un amical contre Standard de Liège. D’ailleurs, je ne peux toujours pas bouger mon pouce. A l’époque, même si t’avais mal, tu restais sur le terrain ! On a parfois dû jouer avec la moitié de l’équipe sous infiltration de cortisone ou avec des joueurs qui avaient des cotes cassées, ou même à 9 !

La mythique équipe de 73 vainqueur de la FA Cup a fait toute la saison, 52 matchs, avec 15 joueurs. Vous étiez combien vous dans les années 60 ?

Pareil, 20 maximum. On fait toute la saison 1963-64 avec 13 ou 14 joueurs au total et les autres avec entre 15 et 20, jamais plus. Y’avait 22 clubs en D1, alors avec les coupes (FA Cup et League Cup) et les replays, on dépassait les 50 matchs par saison. Et sans tous les kinés, les traitements, etc. disponibles aujourd’hui dans un club.

En 1972, Brown, qui t’avait fait démarrer, te « libère », tu pars manager Yeovil, en non-league.

Ouais, j’avais 30 ans et j’aurais évidemment aimé rester à Sunderland mais Brown aimait les jeunes joueurs, il en faisait souvent venir. Il m’avait repositionné à gauche mais je ne m’étais pas du tout adapté et avait perdu de ma confiance. J’avais des propositions intéressantes pour aller jouer à l’étranger mais avec une famille, pas facile, on ne t’aidait pas financièrement pour la relocalisation et tout ça coûtait cher. Je suis donc resté en Angleterre. Ensuite, j’ai racheté un bureau de tabac-presse près de Newcastle. J’ai fait une bonne petite carrière…

Kevin Quigagne.

Teenage Kicks sur Facebook et sur Twitter.

Et à voir ou revoir, ce formidable clip.

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[1] C’était donc la solution du jeu concours. Bravo à Torben Pfannkuch – le plus près de la réalité – qui gagne notre formidable cadeau, une chaussette dédicacée et trouée que porta Francis Jeffers lors de ses mythiques immanquables*.

[2] Le fameux hiver 1962-63 est resté gelé dans la légende, le pire hiver britannique depuis 1740. Seuls 3 clubs (tels Everton, depuis 1958) avaient une pelouse chauffée et on ne joua quasiment pas de Noël à début mars. Certains clubs, tel Norwich, étaient tellement à cran – car financièrement à sec -, qu’ils attaquèrent la pelouse au chalumeau ! En vain. La stratégie de Dundee United fut intéressante aussi : utiliser un brûleur industriel de goudron. Résultat : ils cramèrent la pelouse et durent la recouvrir de sable. Ils purent disputer quelques matchs et même les gagner. Ces succès sur sable incitèrent les supporters à adopter le surnom The Arabs (Wrexham recrouvrit également le terrain de 80 tonnes de sable et put disputer quelques matchs).

Plusieurs matchs de coupe furent reportés une quinzaine de fois, et bien plus en Ecosse (Airdrie-Stranraer, 33 fois). Rien que pour boucler le third round (32è) de FA Cup – toujours disputé le premier week-end de janvier – il fallut 66 jours ! (261 reports).

[3] Son wiki confirme les propos de Cecil… Les cendres de l’épicurien Jim Baxter furent dispersées à Ibrox Park à sa mort, en 2001.

[*finalement, je la garde pour moi sa chaussette et à la place j’enverrai 3 programmes de match du club britannique préféré de Torben, un prog. récent, un des années 90 et un trentenaire. Si Torben ne supporte aucun club british, il aura sa chaussette. Si c’est Newcastle United, il repartira avec le trou de la chaussette et un gros 0-3 cousu autour]

Des propriétaires blindés du Golfe et d’Asie, des pokéristes patron de club, un ratio salaires/chiffre d’affaires de 90 % (avec pointes à 183 %), des montagnes de dettes, des wagons de stars, une majorité de joueurs étrangers, de la caillera et des Wags en pagaille : bienvenue en Npower Championship (D2), le sous-sol copié-collé de la Premier League. Profitons de la trève internationale pour cuisiner les principaux caïds. Interrogatoire bling bling de bas étage.

Voir intro ici pour lire le reste moins bête.

Deuxième partie aujourd’hui (2/4), les clubs classés 7è et 6è, les ventre-mouistes de notre affaire, les semi-grossistes quoi : Leeds United et Huddersfield Town, ces deux grands voisins du West Yorkshire.

De nouveaux développements ayant fait advancer ce lourd dossier, nos limiers ont pu remonter la piste des vrais leaders. Il a donc fallu ajouter un volet (le # 4), un faisceau d’enseignements et preuves accablantes justifiant un prolongement de garde à vue jusqu’en milieu de semaine prochaine. Le cheminement tortueux de cette longue enquête aux multiples ramifications explique également les quelques méandres et détours. La faute à Ken Bates tout ça, un récidiviste au casier chargé. Cette deuxième partie s’oriente donc davantage vers Leeds que Huddersfield.

[Cliquer sur les photos peut s’avérer utile]

Leeds United, 7è, 18 points (+ 2)

C’est quoi ton surnom ? Les Whites (et les Peacocks – paons – beaucoup plus rare).

Crache le morceau : qui sont tes principaux gangs rivaux des cités voisines ? Man United et Sheffield United (D3).

Et Millwall bien sûr (D2), mais ils habitent loin eux, c’est pas une embrouille territoriale (voir clips). Comme on dit par chez moi « Loin des yeux, loin des coups » mais on tâche quand même de se friter le plus souvent possible avec les Lions londoniens, plus par tradition qu’autre chose. Ça devient plus difficile, les temps changent.

C’est pas qu’on ne pouvait pas les voir viscéralement parlant mais comme tout le monde on s’est mis à les détester dans les Seventies ou plutôt vice-versa, ben, on a suivi le mouvement. Et quand notre tour est arrivé de s’occuper d’eux, après avoir fait la queue, on a fait le sale boulot. Normal, c’était notre tour. Comme dans une tournante de cave quoi. Maintenant, on a plus d’interdits de stade qu’eux (106 v 65), c’est trop d’ la balle.

Ton leader ? Neil Warnock, depuis février 2012 (viré de QPR). La plus grande gueule du Yorkshire est un expert ès remontée : 7 à son actif, avec 6 clubs différents.

7 promotions est d’ailleurs le (co)record du foot pro anglais. Trois autres managers en comptent autant, tous avec 3 clubs : l’ex sélectionneur anglais Graham Taylor, Dave Bassett et Graham Turner. Seul ce dernier est toujours en activité, donc susceptible de dépasser Warnock, même si faire monter le promu Shrewsbury en D2 sera mission quasi impossible.

Pour effacer Warnock des tablettes, Turner devra donc quitter les Shrews, un club surtout célèbre pour son ancien stade : le Gay Meadow, régulièrement élu dans les blases de stade les plus étranges/marrants. L’ancien nom du Comté (toujours largement utilisé commercialement) n’est pas en reste : Salop – rebaptisé Shropshire en 1980. Fermons cette parenthèse Gay & Salop.

Ca s’ bouscule pour t’ chouffer ? Plus trop non : 22 953 cette saison. Affluence similaire à l’an passé et décevante pour une ville de 800 000 habitants qui ne compte qu’un seul club professionnel (one-club city), donc aucune « concurrence » directe. D’où les tarifs billetterie pratiqués, les plus élevés de D2.

Saison 2009-10 (D3) on avait fait 24 775 et 27 299 l’exercice suivant, en D2. Mais seulement 22 569 pour le derby contre Barnsley le 6 octobre. Deux raisons expliquent cette désaffection :

a) les tarifs billetterie, stratosphériques pour la D2 dans le climat économique actuel : l’abonnement le meilleur marché est à 522 £ ! Et les tarifs Jeunes à l’avenant, prohibitifs.

b) plusieurs milliers de supps boycottent Elland Road tant que Ken Bates – propriétaire-président aux penchants dictatoriaux – sera aux commandes.

Les relations supps-Bates sont exécrables depuis quelques saisons, voir article et comments, ici également.

Les rapports avec les journalistes sont aussi très tendus – ceux de la BBC et surtout du Guardian furent interdits d’Elland Road (4 ans pour le Guardian) pour avoir simplement voulu établir à qui appartenait Leeds United [1].

De fait, tout le monde s’y est mis pour pousser Pépé Ken dans les orties, même les Kaiser Chiefs. Qu’on se rassure : le barbon devrait bientôt retourner à son bétail (il fait dans l’élevage, entre autres hobbies).

T’as qui comme people chouffeurs ? Un tas. Y’a plus de people qui nous chouffent que de name-dropping dans une interview de Jacques Séguéla, c’est pour dire. Mate-moi cette liste si tu m’crois pas.

Outre les Kaiser Chiefs, ci-dessous (le nom du club sud-africain où débuta le Chief, Lucas Radebe, voir plus bas), parmi les méga-célèbrités inconnues en France, figure le présentateur-journaliste Jeremy Paxman, 62 ans.

Une méga-star TV ce Paxman. Son style pitbull avec la caillera politicarde est légendaire et il devint internationalement célèbre (dans le monde anglophone) en mai 1997 en posant la même question au leader des Conservateurs… 12 fois de suite ! Voir ce clip mythique (dommage que Paxman n’ait jamais interrogé Ken Bates… Pour la petite histoire, Howard esquiva la question de « Paxo », douze dérobades d’affilée donc, record à battre).

Depuis, les médias français s’imaginent naïvement que tous les journalistes TV britanniques sont comme Paxman… (il s’en faut, Paxo est un spécimen rarissime). Précisons que Paxo ne courait pas non plus un danger démesuré, Blair et son rouleur-compresseur New Labour venant d’arriver au pouvoir en écrasant tout : 418 sièges de députés NL contre 165 pour les Tories (et Michael Howard était fini politiquement, au plus haut niveau. Cet entretien avec Boris Johnson n’est pas piquée des cockchafers non plus, dans un autre registre, celui du bizarre, surtout après 9’40).

Tu crèches où ? Elland Road, vénérable antre de 38 000 places, et ce depuis la création du club en 1919.

Enfin, Elland Road n’est même plus à nous… Dans le nébuleux tourbillon d’emmerdements et avatars en tout genre qui plombent le club depuis une bonne décennie, notre stade a été vendu à un trust offshore ! Et on a aussi perdu notre centre d’entraînement et Academy (en 2004) : on est désormais locataire et on doit verser 500 000 £ par an au Leeds City Council.

Tu t’ la pètes après 10 journées ? Ouais, pas mal, le feelgood factor est revenu après un été angoissant. On craignait surtout que les pertes successives de joueurs clés (dont Snodgrass cet été et Jonny Howson au mercato d’hiver) nous handicapent mais que nenni. Notre XI type pratique un jeu bien léché en général. Le gros hic c’est que notre défense fait relâche cette saison : 16 buts encaissés.

Enfin, Bates est sur le départ, c’est bien l’essentiel.

T’as du caïd ? Bien sûr :

– l’athlétique et prolifique Argentin Luciano Becchio, 8 buts en 10 matchs, deuxième buteur de D2 derrière Charlie Austin de Burnley, 12 buts (Becchio, c’est 76 buts en 202 matchs pour Leeds depuis 2008)

– l’international écossais Ross McCormack, 26 ans

– le latéral Lee Peltier, 25 ans, notre nouveau capitaine

– le milieu-taulier Michael Brown, ex Tottenham, Fulham, etc. Il ne joue plus des masses (presque 36 ans) mais quand il joue, il est souvent performant : encore monstrueux contre Barnsley lors de la dernière journée

– le gardien irlandais Paddy Kenny, 34 ans, ex Sheffield United et QPR

– le défenseur australien Patrick Kisnorbo, 31 ans (qui revient de blessures sérieuses)

Et on finit avec le cador Number 1 : El Hadji Diouf. Le « type pire qu’un rat d’égout » est excellent depuis son arrivée. C’est l’étiquette que lui avait collé… Neil Warnock en janvier 2011, voir clip et notre compte-rendu de l’incident à l’époque (en bas d’article). Mais comme le Sénégalais était libre et partant pour une pige jusqu’à Noël, et que l’heure est à l’austérité à Leeds, les deux hommes se sont réconciliés. C’est pas Leeds must mais Needs must (when the devil drives) comme dit l’adage anglais : nécessité fait loi.

Ton meilleur caïd étranger ever ? Lucas Radebe (1994-2005). On ne présente plus The Chief. L’arrière-central sudaf affiche 262 matchs Whites et un statut de Dieu vivant à Leeds.

Et ta plus grosse pipe étrangère ? Tomas Brolin (1995-97). Idem, on ne présente plus le Suédois mais ça fait toujours plaisir de se l’ remettre en bouche.

T’as un blase comique à nous r’filer qu’on pouffe ? Aucun. Ken Bates ne tolèrerait jamais ce genre de fantaisie.

C’est quoi la cote érectionnelle de l’effectif sur le God Shave the Queen ? DSKienne, 4/3, 70 % d’Anglais.

Un Frenchie dans l’tas ? Nope. Notre dernier vrai bon spécimen frenchie doit remonter à Olivier Dacourt (2000-2003).

Bon, y’a bien eu Didier Domi aussi mais brièvement (en 2003-04) et en prêt seulement. Lui, il est surtout célèbre en Angleterre pour s’être pété une cote… dans un avion ! Nous, on a rien de spécial contre lui, c’est surtout Newcastle United qui l’a eu mauvaise. 6M € pour recruter une côte cassée, ça leur a fait drôle aux Magpies.

T’es blindé ? Non, fauché. Et là, ami(e) lecteur/trice, il nous faut ouvrir une parenthèse chiffrée, car depuis quelques saisons le chiffre est au cœur de l’énigme Leeds. Ce club, censé afficher des ambitions de montée, est (re)devenu très mal géré. Saison 2010-11, le ratio masse salariale/chiffre d’affaires était de… 35 % (tableau ci-dessous). Du jamais vu en Angleterre où quasiment tous les clubs sont à 60 % minimum, sauf circonstances particulières (le ratio salaires/CA de Leeds est monté à 51 % l’an passé. Ce lien – de l’excellent blog The Scratching Shed – répond partiellement à la question brûlante : mais bon dieu, que fait Leeds United de son argent ?

Cette saison-là, les promus (QPR, Swansea et Norwich) affichaient respectivement des ratios salaires/CA de 183 %, 143 % et 61 %. Des chiffres en adéquation avec la réalité de la D2 : pour espérer monter en PL, le ratio doit dépasser 60 %. Une loi d’airain encore vérifiée la saison dernière, les trois heureux élus (Reading, Southampton et West Ham) étaient tous à plus de 90 %.

Faut dire que Ken Bates (proprio depuis janvier 2005, actionnaire à 75 %), outre son côté « excentrique » mal vissé, est un grand nécessiteux du foot : il n’aurait que 20M en poche (grâce à Abramovitch : Bates empocha 18M de plus-value à la vente de Chelsea en 2003 – qu’il paya 1 £ en 1982). Bates est un fermier (il fait dans l’élevage, entre autres) et a adopté au fil du temps la mentalité rustique et « prudente » des gens de la terre, surtout ceux du Yorkshire. En clair, il est radin comme pas deux. Et il vit à Monaco la moitié de l’année, donc la gestion borderline, ça le connaît.

En 1985, l’éleveur-businessman Ken Bates voulut installer un grillage électrifié autour de la pelouse de Stamford Bridge, histoire d’électro-déculotter quelques hooligans. Ou peut-être voulait-il tout simplement écouler un excédent de clôture électrique agricole.

Toutefois, espoir : l’ex big Boss de Chelsea a presque trouvé un repreneur (des banquiers du Golfe, Gulf Finance House) et devrait donc retrouver son bétail sous peu (fingers crossed). Toute une ville est impatiente de voir se conclure fissa cette saga-vente débutée en juin dernier (ici) et surtout, avec les adieux de Bates. Ken Bates, c’est un peu le Millwall des propriétaires : personne ne l’aime mais il s’en fout.

Rappelez-vous, Bates est celui qui, en 1985 et alors proprio-président de Chelsea, installa un grillage électrifié autour de la pelouse de Stamford Bridge histoire d’électro-déculotter les hooligans (le même matos que pour ses autres bovins).

Hélas, le Greater London Council lui interdit d’activer son grille-hool géant et peu après, Bates le fit démonter.

Quel dommage, comme il aurait été rafraîchissant de voir du hool frire en direct. Cela aurait également eu le mérite linguistique de revitaliser et recycler intelligemment un tas d’expressions-clichés, telles que « Wow, l’ambiance est super électrique aujourd’hui », « X a de l’énergie à revendre » ou « quel jus il a ! » ou encore « Son arrivée a créé un électrochoc ».

Alors qu’il était membre de la FA (!), Bates fit aussi campagne pour transformer Wembley en mini Las Vegas. Et alors que le projet New Wembley stagnait à la fin des Nineties, il déclara au sujet de la Ministre des Sports (K. Hoey) : « Le meilleur moyen de faire avancer Wembley est d’abattre Kate Hoey. »

Toutefois, deux semaines après avoir signé un deal, le dossier de la reprise du club s’est enlisé. Le candidat repreneur GFH, loin d’être ce super blindé du Golfe que la presse nous présentait, serait en fait un indigent, un vrai : GFH n’a dégagé que 236 000 £ de bénéfices en 2011 et il ne leur resterait plus que 4M £ en caisse (avec des dettes colossales).

Ami(e) lecteur/trice, si tu comptes investir, ne mets pas tes billes dans l’action GFH : elle a plongé de 9 £ en 2008 à 10 pence aujourd’hui. Sachant que Bates valorise son club à 50M, ça risque fort de coincer… Mille milliards de hool électro-déculotté, y’avait que Ken Bates pour dégoter les seuls gueux du Golfe Persique.

Tout aussi étrange mais très dans l’esprit de cette série TK sur la D2 : l’un des dirigeants de GFH, David Haigh, a comparé Leeds United à « a young Pamela Anderson, in great shape, with superb assets and a great future ahead of her. »

De Lee Bowyer à Pamela Anderson en à peine dix ans, que l’image de ce club a changé !

Leeds United, avant.

Leeds United, aujourd'hui.

Espérons fort que tout cela ne se transforme pas en minable mirage kachkarien et que Leeds retrouve enfin des investisseurs sérieux après quinze ans de marasme financier et sportif (hormis bien sûr l’ère glorieuse 1997-2002, mais bâtie sur du sable).

Leeds est le sleeping giant numéro 1 du football anglais (avec Nottingham Forest) et il serait désolant que ce grand club ne trouve pas vite un repreneur digne de son standing.

Tu payes bien ? Bah, ce n’est plus l’esprit d’antan débordant de générosité, quand Peter Ridsdale était à la barre [2], mais notre wage bill est tout de même de 17M.

Huddersfield Town, 6è, 17 pts (+ 4)

C’est quoi ton surnom ? Les Terriers.

Crache le morceau : qui sont tes principaux gangs rivaux des cités voisines ? Leeds United, Bradford City et Sheffield Wednesday (à noter que Bradford, englué en D4 depuis des années – après avoir brièvement tâté de la PL – a progressivement perdu la deuxième place de rival au profit de Leeds. Les rivalités entre clubs sont très aspirational, si un rival historique passe trop de temps dans les divisions pouilleuses, on ne fait pas de sentiment : on lui trouve un remplaçant).

Ton leader ? Simon Grayson, depuis février 2012 (limogé de Leeds).

Ça s’ bouscule pour t’ chouffer ? Pas des masses mais ça chouffe ça chouffe : 14 913 (l’an dernier en D3 : 14 146).

T’as qui comme people chouffeurs ? Euh… Personne n’a encore fait son coming out.

Ah si, Zoe Lucker, une actrice de soap de 38 ans native d’Huddersfield et relativement connue (surtout si on passe son temps à chouffer du soap et Footballers’ Wives). Son wiki nous dit même qu’elle est diplômée de la Oscars Academy of Performing arts d’HollywoodHuddersfield.

Faut dire que c’était ça ou Bradford City pour Zoe. Et quand elle chouffa les prestations de Bruno Rodriguez à Bradford, elle se décida vite. Arrivé pour six mois et 500 000 £ (avec option d’achat de 3M), son prêt fut stoppé net au bout de six semaines. Le président de Bradford, Geoff Richmond, avait pourtant décrit Rodriguez aux supporters comme « l’un des trois ou quatre meilleurs attaquants français »

(depuis, la mondialisation étant passée par là, Francis Lalanne a atomisé Richmond à ce petit jeu, cf son commentaire collector sur A. Le Tallec. Pis bon, tout comme la route, l’omniprésent ridicule tue beaucoup moins qu’avant, on est vite blasé et beaucoup d’âneries passent inaperçues. Ce genre d’avancée sociétalo-médiatique aide grandement à sans cesse repousser les limites de l’absurdité).

Tu crèches où ? Au John Smith’s Stadium, une belle demeure de 24 500 places (voir plus bas). On cohabite avec les rugbymen à XIII d’Huddersfield Giants.

Tu t’ la pètes après 10 journées ? Bah, ouais, on roule un peu des mécaniques, normal, pour un promu « Hudds » démarre fort (absence en D2 de 11 ans). On a vendu ce colosse de (Jordan) Rhodes à Blackburn pour 8M £, mais sans incidence pour notre rendement. Enfin, pour l’instant.

T’as du caïd ? Ouais, ouais :

– James Vaughan, avant-centre très rapide de 24 ans, ex Everton et Norwich, excellent cette saison (de sérieuses blessures ont freiné sa progression)

– Keith Southern, milieu de 31 ans, ex Blackpool (353 matchs pour les Seasiders)

– Sean Scannell, 22 ans, ex Espoir Irlandais, prometteur ailier droit/attaquant, révélé à Crystal Palace

– Adam Hammill, 24 ans, ailier virevoltant, prêté par Wolves

– Jermaine Beckford, 28 ans, attaquant, ex Leeds et Everton, prêté par Leicester

Et on a un blase qui en jette à mort : Anthony Gerrard, cousin de.

Ton meilleur caïd étranger ever ? Dean Gorré (1999-2001). Ce milieu surinamien acheté à l’Ajax sous Steve Bruce parvint presque à hisser les Terriers dans les play-offs pour la montée en PL.

Et ta plus grosse pipe étrangère ? Kwami Hodouto (1999-2000). Une sorte d’Ali Dia du foot pro. Auxerre attendait beaucoup de ce défenseur togolais en le recrutant à l’AS Cannes à l’âge de 22 ans. Tout comme Steve Bruce deux ans après en le faisant venir à Huddersfield, alors en D2.

Deux matchs et autant de prestations calamiteuses plus tard, il disputa son tout dernier (bout de) match professionnel avec Hudds. Son tout dernier match pro tout court d’ailleurs car il raccrocha les crampons dans la foulée. A 25 ans. Une carrière pas trop nerveuse, digne des PTT (Petits Togolais Tranquilles) : 19 matchs pro en 4 ans.

T’as un blase comique à nous r’filer qu’on pouffe ? Aucun, désolé. Enfin si : notre stade. Il fait surtout pouffer les alcolos : le John Smith’s Stadium, du nom de la fameuse bière anglaise. C’est toujours plus sympa que l’ancien nom : le Galpharm (compagnie pharmaceutique). Remarque, les deux font la paire. A consommer avec modération, surtout les médocs.

La cote érectionnelle de ton effectif sur le God Shave the Queen ? Viagraesque, ferait exploser l’érectomètre, quasiment que des Engliches.

Un Frenchie dans l’ tas ? Nope, même pas l’ombre d’un francophone ou exilé des championnats français. Que des Britanniques et Irlandais, on fait ça à l’ancienne ici.

Dean Hoyle et sa femme Janet

Dean Hoyle et sa femme Janet

T’es blindé ? Ben, pas mal ouais. Depuis 2009, notre maître est Dean Hoyle, un jeune propriétaire au destin hors norme.

Hoyle, c’est avant tout une improbable et phénoménale success story. Dans les Nineties, ce quadra faisait les car boot sales du Yorkshire (sorte de vide-greniers) pour y refourguer ses cartes fantaisie au cul de son break déglingué. Les cartes, créées par sa femme, plurent tellement qu’il acheta une boutique à Wakefield en 1997 (près de Leeds). Puis deux. Puis dix. Puis 480. En 2010, il revendit la chaîne, Card Factory. Pour 350M £.

Hoyle pèse aujourd’hui 150M £. Et dire que les « spécialistes » ont passé les Noughties à nous bassiner que la carte n’avait plus d’avenir because l’écologie et Internet. Ils ont encore eu le nez creux nos experts !

Tu payes bien ? Aucune idée pour cette saison mais l’an dernier en D3, on avait la plus grosse (masse salariale), nanananère. Enfin, la troisième plus grosse, derrière Sheffield United et Sheffield Wednesday, autour de 8M.

Kevin Quigagne.

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[1] De manière incroyable, jusqu’en 2010 et le renforcement de la législation Football League sur l’ownership des 72 clubs de FL (voté dans un souci de transparence et également pour lutter contre la fraude en tout genre – surtout en cas de redressement judiciaire -, l’affaire Portsmouth ayant, enfin, poussé la FL à l’action), rien n’obligeait les clubs à divulguer aux instances le nom des actionnaires, qu’ils soient minoritaires ou majoritaires (mais quasiment tous le firent… sauf Leeds United qui, via Ken Bates, cultive la culture du secret – c’est pas pour rien qu’il est résident monégasque).

Si l’on savait que Ken Bates était le président du club, le nom du propriétaire n’était pas officiellement connu (même si on se doutait qu’il s’agissait de Bates).

Au bout d’un an (!) de pression de la Football League et de la Premier League (qui les menaça de leur barrer la montée) pour que Leeds se conforme à la législation, le club révéla enfin que Ken Bates détenait 73 % des actions et que cinq autres actionnaires se partageaient le reste, tous domiciliés dans des paradis fiscaux. Lire ce lien BBC sur la nébuleuse Leeds et les pratiques de Ken Bates, ainsi que le riche fil du Guardian sur le club, qui contient des dizaines d’articles rien que sur l’ownership de Leeds et l’univers étrange de Ken Bates.

[2] Cf la célèbre et incroyable-mais-vraie anecdote sur Seth Johnson, racontée ici en milieu d’article.

Euro 1992, 17 juin 1992. Tomas Brolin signale son entrée fracassante sur la scène internationale en éliminant l’Angleterre d’un but classieux. Quelques années plus tard, le golden boy du foot suédois deviendra l’un des transferts les plus calamiteux de l’histoire du football anglais. Avant l’Angleterre-Suède de vendredi, TK revient sur les années fish & chips du poupin suédois.

Veni, vidi, floppi. Il est venu, il a vu, il a coûté la peau du cul et il a spectaculairement déçu. Brolin, c’est l’histoire d’un mec qui, à force de malbouffe et d’embrouilles ahurissantes avec le staff de Leeds United, a fini par se crasher dans la vitrine Hall of Shame du foot briton, la bedaine la première. L’Angleterre devait être sa consécration, elle sera son tombeau. Une consolation : Brolin mettra à profit ses foireuses années anglaises pour accoucher d’une après-carrière baroque ‘n’ roule.

Le nouveau Billy Bremner

Euro 1992. L’Angleterre s’incline face à la Suède (2-1), sur un joli but d’un minot de 22 ans, très technique et extrêmement prometteur : Tomas Brolin. Ce dernier évolue à Parme et finit co-meilleur buteur de la compétition, avec trois réalisations. Le Guldbollen (meilleur joueur suédois) 1990 et 1994 brillera également à la Coupe du Monde états-unienne (où la Suède finira troisième) et figurera dans l’équipe Fifa du tournoi (ici).

En Italie, Brolin permet aux Parmesans d’atteindre les sommets européens (deux coupes européennes en 1993 et 1995, une finale en 1994, ici).

L’ambitieux Leeds United flashe alors sur l’élégant et combatif Scandinave et, le 7 novembre 1995, l’affaire est dans le (gros) sac. Les supporters des Whites s’emballent et certains journalistes lui collent l’étiquette facile du « nouveau Bremner » (élu Leeds United Greatest Player il y a quelques années). Un label-fardeau qui fait aujourd’hui sourire.

Certes, on se dit bien dans le Yorkshire que quelques séances au WeightWatchers local ne feraient pas de mal au boudiné Scandinave (les blessures aidant, il a dégusté toutes les variétés de prosciutti di Parma) mais on semble sûr de tenir l’affaire du siècle. Même si Brolin traîne divers pépins physiques (dont les séquelles d’une sérieuse blessure à la cheville de novembre 1994 qui l’immobilisera cinq mois), les dirigeants du club se disent que quelques entraînements bien ciblés corrigeront tout ça.

C’est donc un Howard Wilkinson (manager) radieux qui récupère Brolin, en espérant l’associer à Tony Yeboah. Wilko déclare :

« C’est un joueur de grande classe et je suis sûr qu’il s’avérera être une superbe acquisition pour Leeds. Je suis persuadé qu’il sera un excellent partenaire pour Tony Yeboah. »

L’attaquant ghanéen surenchérit :

« Je suis certain que Tomas et moi, on s’entendra super devant. C’est véritablement un joueur de classe mondiale. Il sait tout faire, combiner, marquer et faire le lien avec les autres joueurs. Nos adversaires auront beaucoup de mal à défendre contre nous. »

Homard ‘n’ chips m’a tué

Les deux premiers mois sont conformes aux prévisions, même si sa première réalisation, un but gag, pourrait laisser planer le doute. Brolin joue en 10 derrière Yeboah et les supporters Whites chantent son nom. Le 24 décembre 1995, Leeds bat Manchester United 3-1, avec un Brolin de feu, impliqué dans les trois buts. Il marque aussi, dont un beau doublé contre West Ham le 13 janvier 1996 (Homme du match).

Tout se présente donc idéalement. Sauf que pendant les fêtes, Tomas a découvert le fish ‘n’ chips. Il a d’abord fait connaissance avec le cabillaud-frites de base, puis, en fin gourmet, il s’est mis à la version upmarket. Les ennuis sérieux commencent alors pour celui que les supporters surnomment désormais « Tubby » (le potelé). C’est le début d’une invraisemblable saga.

Le club essaie de le mettre à la diète mais rien n’y fait. Leeds-Bradford est LA mecque du combo cabillaud-frites-purée de petits pois (la célèbre chaîne Harry Ramsden’s est née ici) et notre Brolin devient accro aux produits du terroir.

La forme déclinant, Brolin s’embrouille régulièrement avec l’intransigeant Howard Wilkinson, surtout pour des histoires de positionnement. Le Suédois rechigne à jouer milieu excentré. En janvier 2012, revisitant son passé, il déclare au magazine Suédois Offside :

« A Leeds, au bout de six ou sept matchs, Wilkinson m’a dit de coulisser à droite et faire la mobylette comme un idiot. Je n’aimais pas ça alors j’avais décidé d’être nul à chier le match suivant, contre Liverpool. »

Un défi largement réussi, Leeds se prend 5-0 contre les Reds et Brolin, comme il l’avait rêvé, sort un vrai shocker (prestation de boulet).

Le divorce est consommé (avec beaucoup de rab)

Entre autres critiques, Wilkinson lui reproche son manque de travail défensif. Brolin réplique qu’il est milieu offensif créatif et lui fait comprendre qu’il ne sera jamais trop partant pour participer aux vulgaires besognes défensives. Wilko insiste mais rien n’y fait. Les deux hommes vont au clash.

Leeds perd patience et, en fin de saison 1995-96, le club décide de le prêter, non sans que Brolin ait voulu jouer au plus malin lors d’un poisson d’avril qui s’est mordu la queue… Brolin avait en effet arrangé une fausse interview avec une télé suédoise où il annonçait son prêt au IFK Norrköping (la hiérarchie de Leeds n’avait guère goûté le gag).

Problème : on ne se bouscule pas au tourniquet pour le récupérer. Leeds, exaspéré, arrête carrément de lui verser son salaire (60 000 £ / mois). Finalement, le 20 août 1996, le FC Zurich prend pitié et lui offre gîte et gros couvert, dans le cadre d’un court prêt (initialement prévu pour durer six semaines). Mais la miséricorde se paie cash, son salaire hebdomadaire dégringole au Smic suisse du footballeur : 800 £. Brolin en est arrivé à un point de non-retour avec Leeds et veut rester chez les Helvètes, au moins jusqu’à la trêve hivernale.

Début octobre 1996, après avoir fini à une décevante treizième place (en Premier League) la saison précédente, Leeds flirte désormais avec la zone rouge. L’heure est aux mesures de desperado et George Graham, le nouvel entraîneur, a besoin de toutes les forces vives et molles pour améliorer la situation. Localement, la grogne monte. Après un début de décennie fulgurant (dont le titre en 1992), Leeds est en perdition et il faut reconstruire l’édifice.

Le seul élan qu’il prend, c’est dans le pare-brise

Même si Graham nourrit de sérieux doutes sur le niveau de commitment de Brolin, l’Écossais souhaite lui donner sa chance. Il compte l’associer à Tony Yeboah et au vieillissant Ian Rush. Quelques joueurs clés sont partis (dont Gary Speed et Gary McAllister) et Graham s’agite pour récupérer Brolin. Mais ce dernier fait de la résistance en Suisse où il a découvert l’Emmental et les joies de la raclette (il ne joue quasiment pas).

Pendant des semaines, Leeds ne parvient pas à contacter directement le joueur (tout passe par son agent) et le club, qui veut lui faire passer un examen médical approfondi, menace de le poursuivre en justice s’il ne rapplique dans le Yorkshire avant le 6 novembre. Toutefois, au lieu de prendre la direction du nord, Brolin file en Italie pour un examen médical en vue d’un prêt à la Sampdoria (recalé). Décembre arrive et toujours pas de Brolin dans le « Comté de Dieu » (God’s own county, surnom occasionnel du Yorkshire).

Brolin, au téléphone avec son entraîneur : « Désolé coach, impossible de vous rejoindre, un oiseau m’a éclaté le pare-brise en allant prendre mon avion. »

Oui, oui coach, je vous assure, un gros oiseau...

« Si, si coach, je vous assure, énorme l'oiseau, on aurait dit un wapiti... »

Noël 1996, Le Suédois se signale enfin, lourdement : il sort 500 000 £ de sa poche pour retourner à Parme (en prêt) au lieu de regagner Leeds. Il ne jouera qu’une dizaine de matchs en Italie. Le torchon (et toute la cuisine) brûle désormais entre lui et George Graham (Brolin, sur l’Écossais : « Il est encore plus con que Wilkinson. »).

Fin juin 1997, son prêt transalpin expiré, Brolin est dans l’obligation contractuelle de retourner à Leeds pour être de la tournée suédoise des Whites. Mais à la reprise de l’entraînement au premier juillet, point de Tomas…

Ce dernier explique avoir raté son avion à cause d’un oiseau qui lui a éclaté le pare-brise en se rendant à l’aéroport (ce qui semblera se vérifier). Les tabloïds anglais, guère portés sur la zoologie analytique, rapportent que Brolin est entré en collision avec un élan…

Un incident qui déclenche l’hilarité générale. Sauf à Elland Road. Au bout du fil, George Graham n’est ni d’humeur à lui refiler le numéro du Carglass local ni enclin à prendre des nouvelles du pauvre caribou distrait. L’irascible Scot est au bord de l’explosion.

A suivre…

Kevin Quigagne.