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Bien avant les chinoiseries de Nicolas Anelka, un autre pékin de renom défricha le terrain chinois pour tous les cadors pré-retraités : un certain Paul Gascoigne. Un séjour court mais ô combien mémorable.

Fin 2002, Gazza est un retraité de 35 ans. Après deux saisons quelconques à Everton (2000-02) et une pige de prêté à Burnley au printemps 2002, on pense que le « Clown Prince of football » a définitivement clos une longue et tortueuse carrière commencée en avril 1985 à Newcastle sous Jack Charlton, alors manager des Zébrés. L’été 2002, le Geordie a refusé des offres provenant de D4 anglaise, de Malte et du Pays de Galles. Et, cerise sur le cocktail, des essais en MLS (D.C. United) et en D3 écossaise (Berwick Rangers) se sont avérés non concluants.

Paul a aussi joué les consultants sur ITV pendant la Coupe du monde 2002. Une expérience « mitigée » dont les Britanniques se souviennent bien (il avait parfois l’air bien pompette à l’antenne). Tout comme le service Notes de frais de la célèbre chaîne télé : Paul leur a laissé une facture bar d’hôtel de 9 000 £. En trois semaines de présence sur le sol japonais, soit une bonne petite moyenne de 450 £ par jour (il avancera pour sa défense que ses confrères Ally McCoist et Andy Townsend l’avaient bien aidé à drink the bar dry mais que, grand seigneur, il avait tout mis son ardoise).

Pour beaucoup, la fabuleuse épopée de Gazza-le-joueur est donc terminée. C’est alors que L’Empire du Milieu a la bonne idée de le contacter…

[propos de Gazza tirés principalement de son autobiographie My Story, ainsi que d’interviews d’époque, tirées essentiellement de l’Observer, de l’Independent et du Daily Telegraph. Gazza en Chine : galerie de photos]

Pékin express

Novembre 2002, Paul reçoit un coup de fil enthousiasmé de son agent qui lui apprend que plusieurs clubs chinois voudraient s’attacher ses services. Parmi eux, le Liaoning FC, dont l’un des ex protégés, Li Tie, porte les couleurs d’Everton, que Paul a quitté six mois plus tôt. Les Chinois semblent vouloir Gazza pour les mêmes raisons qu’ils ont déroulé le tapis rouge pour Nico : rehausser le profil de leur football. Ou en jargon média optimiste, « to put Chinese football on the map ».

Vu de 2012, cette opération de profile-raising paraît éminement saugrenue et vouée à un cuisant échec. Dans quel sens les Chinois tenaient-ils cette foutue carte ? Le recrutement d’Anelka montre aussi combien les Chinois ont appris depuis 2003 en matière de marketing et brand awareness. Hier, on fait venir un Gazza titubant et esquinté (3 cures de désintoxication, 27 opérations) ; aujourd’hui, on choisit un Nicolas Anelka frais et dispo. En attendant Drogba & co.

Face aux scandales qui secouent régulièrement le foot chinois – corruption, matchs truqués, dirigeants suspendus, etc. – la Chine, qui sera absente de la Coupe du Monde 2014, avait besoin de frapper un grand coup (après les arrivées médiatiques de Jean Tigana, Dario Conca et d’une poignée d’Occidentaux relativement cotés – tel le serbo-brésilien Cléo ou le Français Matthieu Manset, prêté par Reading).

Décembre 2002, Paul part effectuer plusieurs essais en Chine. Il déclare à l’Independent :

« C’est un défi pour moi et je me rends là-bas sans idée préconçue. Je ne sais vraiment pas à quoi m’attendre mais j’ai hâte de découvrir ce football chinois et de retrouver le terrain. Tout ce qu’on m’a dit, c’est que leur bière est bonne […] Ce que je veux surtout, c’est de jouer, en Chine où ailleurs. »

Gazza arrive gonflé d’espoir (une lager à 8 %, le pied) mais les clubs de D1 le trouvent vieillissant et dans un état physique alarmant. C’est finalement Gansu Tianma, ou plus précisèment Gansu Tianma Agricultural Land Reclamation Flying Horses, qui le recrute comme joueur-entraîneur après trois jours d’essai. Gansu est un club englué dans les profondeurs de la D2 mais financé par un multi-milliardaire basé à Hong-Kong. Les « Chevaux Volants » sont persuadés d’avoir réalisé un bon coup, même à 500 000 $ l’année (325 000 £ de l’époque). Gazza signe un contrat d’un an, renouvelable.

Un Noël bien arrosé

L’ex Laziale retourne en Angleterre pour Noël. Fin janvier 2003, il repart en Chine, sans trop savoir où il va. Ce qui l’amuse follement :

« Je n’arrive toujours pas à situer Lanzhou sur une carte… [ville où Gansu Tianma est basé]. Surtout si c’est épelé dans leur langue bizarre avec tous ces griffonnages et ces foutues lignes. De toute manière, peu importe où je me retrouve, tout ce qui m’intéresse et me rend heureux c’est de jouer au foot. »

Les festivités de Noël et autres Foires de la bière ayant fait leur effet, c’est en petite forme que notre Gazza se pointe à l’entraînement fin janvier 2003. Malgré son manque de fitness Adrianoesque et l’alcoolisme chronique qui le mine, Paul se dit très confiant. En le voyant en chair et en os, ses nouveaux coéquipiers le sont moins. L’un deux : « Quand j’étais gamin, Paul Gascoigne était mon idole. Mais je dois dire qu’en vrai, il fait bien plus vieux qu’à la télé. »

A peine débarqué, Paul déchante. Pas niveau football, mais bouffe :

« Dès que j’ai posé le pied en Chine et aussi pour mon premier entraînement, y’avait plein de reporters chinois et anglais. J’étais partout dans la presse sportive. On racontait que je n’avais pas l’air d’être en forme, que j’avais l’air lessivé au possible, etc. Ce qui était vrai bien sûr mais bon, je venais de passer trois jours à voyager aussi. Au début, j’ai détesté ce pays, surtout la bouffe. On mangeait de la tête de canard, des yeux de canard, des pieds de poulet et pas mal de chauve-souris. »

Niveau communication, tout n’est que chinois pour Gazza :

« Je ne parlais pas la langue et personne là-bas ne causait anglais, même le personnel de l’hôtel où je logeais. Quand je voulais un verre d’eau, fallait que je montre le frigo en mimant une bouteille d’eau. »

De l’eau pour Paul ? Pas étonnant que les Chinois ne comprirent rien à ses gesticulations.

Côté nourriture, Paul finit par trouver quelque chose à son goût : des calamars sêchés. Il en devient même accro, jusqu’à s’en enfiler trente paquets par jour. Et bonjour la soif avec ces calamars, des beer snacks au poil pour Paul.

La déconne pour s’évader

Le culture shock ne s’arrête pas là :

« Une fois installé, le gros problème c’est que je m’ennuyais ferme. Hormis les entraînements, y’avait rien à faire. Dès le départ, je me suis dit qu’il fallait vite partir de Chine, sinon j’allais mourrir. C’était comme d’être enfermé dans une grotte. A cause du décalage horaire, quand je téléphonais à mes proches pour tuer le temps, je les réveillais. Ils me disaient Putain, enfoiré, pourquoi tu nous reveilles à c’t heure-là ?” »

Il décide alors de tuer l’ennui en déconnant. Et ça marche :

« Un jour où je m’ennuyais encore plus que les autres, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire avec le bassin plein de carpes Koi devant l’hôtel. J’ai dit à Wes Saunders [son agent], Allez viens, on va à la pêche. Il m’a répondu que j’étais timbré et que de toute manière je n’avais pas de materiel. […]

Là je lui ai fait : attends, tu vas voir. Je retourne dans ma chambre et, avec le kit de couture qu’on file dans les hôtels, je commence à bidouiller un truc. J’envoie Wes chercher un morceau de bamboo tandis que je dégote un appat de mon côté, un morceau de biscuit chinois. Une fois la canne montée, on est allé pêcher dans ce bassin. Et là, ça mord, je chope une carpe ! J’étais aux anges. Après ça, j’ai commencé à mieux me sentir là-bas. »

Nous sommes mi février 2003 et la saison ne débutera que dans un petit mois. Pas une éternité mais 25 jours en Gazza time, ça peut faire des dégâts. Wes et son fidèle compagnon de déroute Jimmy “Five Bellies” Gardner, s’apprêtent à repartir au pays après avoir installé Paul dans sa nouvelle vie.

Jimmy (à gauche sur la photo), ce vieux poteau inséparable. Un phénomène ce Jimmy. Adolescent, il laissait Gazza lui dégommer des fruits sur la tête à l’arbalète et l’encourageait à lui tirer dans les fesses à la carabine à air comprimé pour quelques livres sterling par hit. « Son cul ressemblait souvent à un arrosoir ! » en rigola Gazza quand un journaliste lui remit en bouche les bonnes frasques d’antan.

Mais l’heure n’est plus à la rigolade. Paul sent l’angoisse monter. Bientôt, ni Wes ni l’imposant Jimmy ne seront là pour lui tenir compagnie. Le « Clown Prince of football » va se retrouver seul, dangereusement livré à lui-même et de plus en plus oisif.

A suivre…

Kevin Quigagne.