Posts tagged ‘Luton Town’

Teenage Kicks démarre sa cinquième saison avec une preview des championnats de Football League (D2 à D4) et Premier League. A tout saigneur, tout honneur, on entame donc avec la D4 (1ère partie aujourd’hui), ce minot avec ses clubs tout pouilleux et leurs buvettes qui puent la Marmite mais qui réservent aussi quelques surprises.

Le classement après quatre journées (sur 46) et la liste & carte des 24 clubs.

Les rubriques :

- Les prétendants à la montée
- Le sketch Benny Hill anglo-français (bonus D4)
- Les clients à la descente
- Les joueurs à surveiller
- Les plus grosses et plus faibles chambrées
- Le club à suivre
- Le club à pas suivre
- Les vieux de la vieille
- Les entraîneurs en vue
- Les pronos TK montées et descentes

Les prétendants à la montée

Une douzaine, pour 4 places (3 automatiques + 1 aux play-offs). Championnat toujours serré, 13 points d’écart seulement entre les 7 premiers l’an passé et 14 la saison précédente (sur 46 matchs). Des budgets homogènes, autour de 3m £ pour la majorité des clubs (approx. 1,8m pour les plus gueux), expliquent ce tassement. Et c’est tant mieux car sans favori qui ne se dégage vraiment, on devrait encore vivre une passionnante saison de D4.

Luton Town, ex D1 (surtout années 80-1992), traité dans la deuxième partie, rubrique « Le club à suivre ». Le promu de D5 (champion avec 19 points d’avance sur le deuxième, Cambridge United) est un peu le nouvel épouvantail de la D4 même si les Hatters ne semblent pas avoir l’effectif pour jouer la montée automatique, surtout depuis le départ de leur buteur Andre Gray (30 buts/44 matchs l’an dernier) à Brentford, D2. Ça pourrait le faire cependant, peut-être via les play-offs. Départ moyen, 5 points engrangés sur 12 possibles.

Bury, moribond et endetté depuis quelques saisons (relégué de D3 en 2012-13, saison pendant laquelle le club fut temporairement interdit de transfert et dut emprunter de l’argent à la PFA – syndicat des joueurs – pour payer les salaires), ce club de Greater Manchester a récemment trouvé son sauveur : Stewart Day, un businessman de 32 ans qui fait dans l’immobilier étudiant. Epaulé par trois associés fraîchement élus dans un directoire renouvelé, ce lifelong fan a sauvé le club d’un redressement judiciaire probable en injectant 2m £ depuis la reprise du mourant en juin 2013 (surtout pour rembourser les dettes). Un gros bon point d’entrée pour le nouveau boss : les billets en baisse, les moins chers de la division même, seulement 15 £ la place (prix unique) et des abonnements très raisonnables à 250 £ (et ouais, 300 € est bien inférieur à la moyenne de la D4 anglaise). Bury fête ses 130 ans cette saison et Day veut faire revenir les 15 % de spectateurs qui ont déserté ces dernières années. A correctement commencé la saison, 7 points pris, mais seulement 5 buts inscrits.


Friends Reunited, tout le monde est back cette saison.

Portsmouth. A fini 3è après une saison fébrile et peu convaincante (22è à sept journées de la fin) mais listé d’office ici vu son standing et aussi car j’ai une tendre affection pour l’ex club de Vincent Péricard (Fratton Park est l’un de mes tous premiers stades anglais visités, il y a presque 35 ans). Un superbe emballage final réalisé sous le leadership d’Andy Awford, l’ex Pompey legend nommé manager fin mars : 5 victoires et 2 nuls sur les 7 derniers matchs. A peut-être sauvé le club de l’humiliation suprême pour un ex Gros : la descente en non-League. A commencé fort, 10 points pris.

L’obstacle principal vers la remontée demeure l’instabilité de Pompey – 3 managers et 41 joueurs utilisés l’an dernier (même si les choses s’améliorent) – et, corollaire naturel, la fragile situation financière (là aussi, ça va mieux, des travaux de mise aux normes porteront Fratton Park à 20 000 places), conséquences d’un quinquennat cauchemardesque : quatre propriétaires désintéressés et magouilleurs, une ambiance hall de gare (77 joueurs en transit sous l’ère Harry Redknapp 2.0 ; normal, ‘Arry touchait – légalement – des commissions sur les achats-ventes), trois relégations, deux redressements judiciaires et plus de dettes qu’un ministère grec. Refonte totale en avril 2013 : 51 % du club appartient désormais à 2 300 supporters via le Portsmouth Supporters Trust et le reste à 11 actionnaires fortunés qui ont injecté plus de 50 000 £ chacun dans le nourrain (2.5m £ collectés au total).

On est loin du Pompey qui s’offrait Peter Crouch pour 11m £, payaient ses vedettes 300 000 £/mois, faisait trembler l’AC Milan en coupe d’Europe (un 2-2 chanceux pour les Rossoneri, acquis dans les dernières minutes) et flambait en Premier League (8è en 2008). C’était pourtant y’a à peine cinq ans…

Le discret John Portsmouth Football Club Westwood (c'est son nom officiel, si si)

Le discret John Portsmouth Football Club Westwood (c'est son nom officiel, si si)

Comme lors des deux dernières saisons, Burton Albion pourrait bien de nouveau surprendre (4è et finaliste des play-offs en mai dernier). Les Brewers, des minots coincés entre Derby et la conurbation de Birmingham (2,5m d’habitants), ne sont en Football League que depuis 2009 (merci Nigel Clough, fils de) mais visent déjà crânement la D3. Va cependant falloir marquer un peu plus, seulement 47 pions l’an dernier (en 46 matchs), 20è attaque de D4. Les résidents du Pirelli Stadium ont commencé pied au plancher, déjà 10 points au compteur.

Southend United et Oxford United (encore un autre ex pensionnaire de D1, dans les Eighties), 6 000 spectateurs chacun de moyenne (contre 4 200 pour la D4), respectivement 5è et 8è la saison dernière, devraient pourraient être aux avant-postes en fin de saison (surtout Southend). Enfin bon, ça c’est la théorie car Oxford connaît quelques turbulences en coulisses et sur le terrain actuellement (zéro point en 4 matchs ! 8 défaites de championnat d’affilée, record du club. Finalement, j’aurais dû mettre ces losers dans la rubrique « Clients à la descente »).
On souhaite bonne chance au jeune et nouveau manager d’Oxford, Michael Appleton (38 ans), qui poursuit sa grande tournée nationale des clubs Barnum : a managé Portsmouth, Blackpool et Blackburn depuis 2011. Bref, en trois saisons, Appleton a dû prendre dix ans et avaler deux caisses d’anxiolytiques. Allez, encore un petit effort et un passage par la case Leeds/Port Vale/Newcastle et le mec sera bon pour la clinique psy avant la quarantaine.

Parmi les quatre relégués de D3 (et donc forcément candidats à la montée), Shrewsbury et Tranmere Rovers semblent les mieux placés pour retrouver l’étage supérieur, surtout le premier cité. Les Shrews ont enregistré pas moins de 17 arrivées (dont le milieu australien James Wesolowski et Liam Lawrence, ex Sunderland & Stoke) qui remplacent les 20 prêtés (!) de l’effectif passé et pourraient faire mal si la mayonnaise prend bien entre tous ces nouveaux. A noter la présence dans l’effectif de l’attaquant toulousain Jean-Louis Akpa-Akpro, 29 ans et déjà vieux routier de la Football League. Bon démarrage, 8 points et 9 buts marqués.

Shrewsbury Town Football Club pourrait jouer les trouble-fête. Ici, leur ancien écusson, de 1993 à 2007, avec la chouette devise du comté (que nos lecteurs non Latinistes – on en a quelques uns, notre grande tare - ne s’excitent pas, ça veut pas dire “salopes en fleur”).

Tranmere Rovers, le troisième club pro de Merseyside et forcé de vivre à l’ombre de ses deux illustres voisins malgré le gros bassin de population local (320  000 habitants de ce côté-ci de la Mersey, appelé le Wirral – évidemment, ces glory hunters supportent en majorité EFC ou LFC), est néanmoins en proie à de sérieux problèmes financiers depuis quelques années (2m £ de dettes), difficultés qui ont forcé le club à vendre des jeunes espoirs tels Aaron Cresswell (aujourd’hui à West Ham) et surtout Dale Jennings, au Bayern Munich, un ex caïd de 21 ans « promis à un grand  avenir » selon la formule rigolote consacrée. Après deux ans glamour (mais pas wunderbar) en Bavière, Jennings porte aujourd’hui les pâles couleurs de Barnsley (D3). Et ouais, les carrières de footeux sont souvent parsemées de reality checks bien cruels.

L’arrivée d’un nouveau duo de propriétaires il y a deux semaines, le couple Mark et Nicola Palios (lui, ci-dessous en photo, est un ex milieu des Rovers et ex chief exec déchu de la FA – célèbre en Angleterre pour cette histoire fédérale de fesses mêlant Sven-Goran Eriksson, who else – et elle, avocate et businesswoman), devrait toutefois relancer ce club qu’on n’avait plus vu traîner en D4 depuis 25 ans. Le proprio partant, l’homme d’affaires Peter Johnson (depuis 27 ans aux commandes) a été grand seigneur, il leur a fait cadeau des 5m £ que le club lui devait, sympa.

Une raison supplémentaire de s’intéresser un peu à Tranmere : ils ont le nom le plus cool de la D4 dans leur effectif, Max Power, milieu de 21 ans formé au club.

Même si la montée paraît hypothétique (surtout avec leur mauvais départ, 2 points), mentionnons également Carlisle United puisque les Cumbrians descendent de D3, eux qui entamaient leur première (et dernière) saison de D1 il y a exactement 40 ans (ils finirent lanterne rouge et descendirent en compagnie de Luton et Chelsea). Carlisle a utilisé la bagatelle de 47 joueurs l’an dernier (dont notre Pascal Chimbonda national, aujourd’hui en D3 grecque), même pour les standards de Football League c’est beaucoup (pléthore de prêts et contrats courts, 3 200 mouvements enregistrés pour les 72 clubs de FL en 2012-13, y compris renouvellements de contrats).
Club notable pour son stade, Brunton Park, tellement vétuste que quand les producteurs du bon téléfilm United (sorti en 2011, sur le crash de Munich) cherchèrent un stade pour filmer les scènes de foot des années 50 et 60, c’était quasiment le seul à faire l’affaire sans trop de retouche ! (y’a encore des populaires sans toit et des rangées entières de vieux sièges en bois dans la tribune principale par exemple). Un nouveau ground serait vaguement dans les cartons, mais pas avant une bonne décennie (problèmes de financement, le club traîne 2m £ de dettes).

York City a fait une belle saison 2013-14 sous la houlette du très expérimenté Nigel Worthington, 7è et battu de justesse par Fleetwood en play-offs. Les Minstermen ont réalisé une phase retour de feu (aucune défaite après la fin janvier !) et sont  invaincus depuis 7 mois (4 nuls en ce début de saison).

On espère aussi voir Plymouth bien figurer, cette grosse cylindrée de D4 plus habituée aux étages supérieurs, D2/D3 (mais qui n’a jamais goûté à l’élite ; avec 261 000 habitants, c’est la plus grande ville anglaise dans ce cas). Toutefois, les Pilgrims sont dans le dur depuis le redressement judiciaire de 2010-11 (17m £ de dettes – il en resterait un tiers à rembourser) et ne semblent pas en mesure de jouer les premiers rôles, malgré leurs 7 000 fidèles (la fameuse Green Army) et leur budget de plus de 4m £. Ils ont cependant fini 10è l’an passé et remontent doucement la pente après les désastreux exercices 2011-12 et 2012-13 où ils frisèrent la descente en non-League.

Plus tous jeunes les fantassins de la Green Army mais toujours prêts à faire des centaines de kms pour soutenir le club aux 4 coins du pays

Plus tous jeunes les fantassins de la Green Army mais toujours prêts à faire des centaines de kms pour soutenir le club aux 4 coins du pays

Y’a Cheltenham Town aussi parmi les prétendants mais vu que c’est probablement le club qui m’intéresse le moins en Angleterre,  j’ai rien à dire sur eux, hormis qu’ils ont bien commencé (10 points), ce dont vous vous foutez probablement autant que moi.

Et pour finir cette rubrique, un souhait : que l’AFC Wimbledon s’en sorte mieux que l’an passé où ils finirent 20è, à trois points seulement du premier relégué.

Le manager des Dons, Neil Ardley, a fait le ménage cet été en virant une douzaine de joueurs. Ayant trouvé ses gars trop inexpérimentés et légers physiquement, l’ex milieu du Crazy Gang a aguerri et musclé l’effectif. Résultat des courses : une dizaine d’arrivées, un mélange de jeunes et de profils chevronnés et/ou bien bâtis, tels Adebayo “The Beast” Akinfenwa, le footballeur le plus costaud au monde (1,80m, 100 kilos de muscles) et Matt Tubbs (prêté par Bournemouth, D2), goal machine de 30 ans présenté par TK dans cet article de 2011 sur Crawley. Pour les hisser vers le haut de tableau, ils compteront aussi sur G. Francomb, le p’tit jeune qui monte, sur les expérimentés B. Fuller (Player of the Year 2014 du club), D. Bulman et l’ex international irlandais A. Bennett, capitaine. Les Dons ont pas mal démarré, 7 points.

Akinfenwa soulève 180 kilos en développé-couché

Akinfenwa soulève 180 kilos en développé-couché et produit l'énergie cinétique d'un TGV une fois lancé

J’ai toujours l’espoir un peu fou de les voir rejoindre MK Dons en D3 et exterminer les imposteurs (dans mon rêve à épisodes entamé il y a douze ans, Milton Keynes prendrait 50 points de pénalité pour malversations et descendrait en D4 ; là, des champignons et xylophages maléfiques inventés par Vinnie Jones devenu scientifique fou transformerait Peter Winkelman en homme-compost, fusillerait leur pelouse et leurs tribunes ; les faux Dons devraient fuir et se nomadiseraient car personne ne voudrait les accueillir, sous peine de représailles de Vinnie et son pote Hollywoodien Sylvester Stallone. Descentes successives jusqu’en Pub League, l’équivalent de la corpo. Entre-temps, Vinnie Jones aurait racheté leur stade sur ebay pour peanuts – car MK Dons en redressement judiciaire permanent –, aurait trouvé l’antidote à son champignon et legué le complexe de 30 000 places au Supporters Trust de Wimbledon. Avec l’argent, les Dons remonteraient les divisions).

Bon, mon scénario rêvé a mal commencé puisque Milton Keynes a battu Wimbledon 3-1 au premier tour de la Coupe de la Ligue il y a deux semaines. Bastards.

Gros Luton-Wimbledon qui fleurait bon les Eighties il y a dix jours, victoire des Dons 1-0 grâce à Matt Tubbs sur une action typiquement Crazy Gang années 80, du pur route-one football : dégagement de 75 mètres du gardien sur l’attaquant et but, voir clip (à 20 secondes).

Le sketch Benny Hill anglo-français

Un bonus sympa qui porte sur un épisode anglo-français exquis de l’histoire récente de Cambridge United, le deuxième promu avec Luton Town.

En mars 2004, à la stupéfaction générale, le petit Cambridge (22è de D4 et fauché) nomme le tandem Claude Le Roy-Hervé Renard comme manager & adjoint. Dès le départ, c’est le flou artistique le plus total sur la nature du contrat et les attributions de chacun. Le « Sorcier Blanc » déclare à un journal local que sa nomination n’en est pas vraiment une et que sa démarche est totalement désintéressée (« C’est avant tout un contrat moral », lâche-t-il au quotidien de la ville).

Interviewé par Canal Plus, le globe-trotter explique (propos rapportés dans le magazine When Saturday Comes de mai 2011) : « Je me suis engagé avec Canal Plus et me dois de leur être loyal. Quand je me suis retrouvé libre [après une pige en Chine], j’ai dit que je serais prêt à donner un petit coup de main à Cambridge, c’est le deal entre nous. On n’a jamais parlé argent ou quoi que ce soit. J’y vais simplement pour faire un audit. »

OK, très charitable au demeurant d’aider les pauvres mais ce n’est manifestement pas ce qu’a compris le président-proprio de Cambridge, l’homme d’affaires Gary Harwood, amateur d’envolées lyriques un brin grandiloquentes : « En faisant venir Claude, nous avons recruté l’un des managers les plus respectés d’Europe, sinon du monde. C’est peut-être la nomination la plus sensationnelle de l’histoire du club. Quand nous aurons, je l’espère, assuré notre place en Football League, Claude pourra bâtir une équipe conquérante et attrayante qui visera bien plus haut. »

Dans un élan émotionnel très « Feux de l’amour », Harwood ajoute (toujours dans cet article de WSC # 291) :

« Claude m’a dit Gary, mon coeur est à Cambridge et y sera jusqu’à ma mort. Je crois sincèrement qu’il s’est vraiment pris d’amitié pour Cambridge United. »

L’étrange attelage se poursuit deux mois (Renard manage l’équipe en tandem avec l’adjoint de l’entraîneur limogé, Le Roy se pointe à l’occasion mais juste pour les matchs, le proprio magouilleur tente de sauver le club du redressement judiciaire). Selon les médias anglais, cet « arrangement contractuel » est censé tenir jusqu’à la fin de saison, suivi en principe d’un vrai contrat de deux ans. Détail cocasse : le…

A suivre. Kevin Quigagne.

Quand Lars Elstrup est sacré champion d’Europe avec le Danemark fin juin 1992, il a 29 ans. C’est un gars sain, poli et propre. Un Danois, quoi. Quinze mois plus tard, il s’est fait rebaptiser Darando (Le fleuve qui se jette dans la mer) et moisit dans une secte d’allumés. Retour sur une après-carrière inédite.

On en sait peu sur Lars. Fort heureusement, le moignon de souvenirs que nous a laissés le Danois suffit largement. L’air de rien, des Danois excentriques qui ont évolué dans le foot anglais, on en dénombre quelques uns - Thomas Gravesen, Stig Tøfting ou même Jan Sørensen, qui entraîna Walsall (où il recruta Roger Boli, qui signa ses débuts d’un superbe hat-trick). Une certitude cependant : on est pas près de revoir un spécimen comme Lars Elstrup. Il était donc l’énergumène idéal pour inaugurer cette série.

Une belle carrière clean

Lars Elstrup naît (en 1963) sous une bonne étoile : celle du serial buteur. En 1981, il débute au Randers Freja (D2) dans son Danemark natal. Il est si prolifique (59 buts en 136 matchs) que le grand Brondby, champion en titre, le fait venir en fin de saison 1985-86. Elstrup y dispute sept matchs et, été 1986, file à Feyenoord où il joue le haut de tableau de la D1 pendant deux saisons. Mais la sauce hollandaise ne prend pas.

Eté 1988, il repart au Danemark, à l’Odense Boldklub (OB, l’actuel foyer de Bernard Mendy), où il se refait une belle santé en signant 17 buts en 28 matchs. Logiquement, le sélectionneur national, l’Allemand Sepp Piontek, l’appelle en équipe nationale. Dès sa première sortie, le 31 août 1988 contre la Suède, il fait parler la poudre à deux reprises et permet aux Danois de l’emporter 2-1 en territoire ennemi. Une entrée fracassante qu’il confirme vite. En 88-89, il marque huit fois avec le Danemark, dont un but lors d’un 6-0 retentissant contre les rivaux Suédois. Grâce à son rendement de feu, Odense conquiert le titre national en 1989.

Naturellement, il attire l’attention d’émissaires étrangers mais rien ne se conclut. Aujourd’hui, nul doute qu’Elstrup aurait atterri dans un club européen de standing (ou fortuné) pour un montant record. Toutefois, à l’époque, les agents sont réservés aux vedettes ; le football européen est relativement cloisonné et les écarts salariaux entre les divers championnats sont minimes (les salaires anglais sont assez bas, les mieux payés à la fin des Eighties émargeant autour de 30 000 £ / mois).

C’est donc le modeste mais euphorique Luton Town qui arrache le Danois. Si aujourd’hui Luton végète en D5, à l’époque, les Hatters frayent parmi l’élite et affichent des ambitions (9è de D1 en 1987-88, vainqueur de la Coupe de la Ligue en 88 et finaliste de cette même coupe en 89). Été 1989, ils n’hésitent pas à faire exploser leur tirelire pour recruter Elstrup : 850 000 £. Une énorme somme pour ce club sans ressources et qui compte la deuxième plus faible affluence de D1, 9 300 spectateurs de moyenne. C’est un risque calculé. Les étrangers non irlandais évoluant en D1 sont alors rares (une vingtaine), principalement des Britanniques nés hors du Royaume - ou d’un parent étranger - et des Scandinaves/Nordiques, appréciés des clubs pour leur britishness.

Le bon temps à Luton

L’acclimatation anglaise de Lars est difficile, il ne marque que 3 buts en championnat la première année. L’entraîneur qui l’a recruté (Ray Harford) se fait limoger en janvier 90 et son remplaçant, Jim Ryan, ne goûte guère du Danois. Entre-temps, fin décembre 1989, Lars s’est blessé et a perdu sa place au profit de Iain Dowie. Une fois rétabli, Lars n’est pas aligné dans les matchs importants et il perd confiance.

Néanmoins, Ryan change progressivement d’avis et saison 1990-91 il titularise systématiquement Lars. Ce dernier claque 16 buts en championnat (le top scorer cette saison-là est le Gunner Alan Smith, 23) et ses réalisations permettent aux Hatters de se maintenir en D1. Elstrup devient le terrace cult hero de Kenilworth Road.

Il faut dire qu’il est pétri de qualités. Excellent finisseur, il est également doté d’un très bon jeu de tête et d’une pointe de vitesse fulgurante. Lors d’un match contre Nottingham Forest, il marque un pion en laissant sur place l’international anglais Des Walker, à l’époque l’un des défenseurs les plus rapides de D1. Cette saison-là, le Chapelier signe aussi un coup du chapeau contre Norwich. Bilan de ses deux saisons anglaises : 27 buts en 60 matchs. De cette période, Elstrup a dit, dans une rare interview accordée à Sky en 2000 :

« Luton, c’était cool, je sortais jouer au billard avec les coéquipiers, surtout Mark Pembridge et Alec Chamberlain, on allait au pub et on se faisait des restos indiens. On m’avait raconté un tas de trucs effrayants sur les hooligans mais je n’ai rencontré que des supporters sympas, même après une défaite. »

Malgré le maintien de Luton en D1 en 1991, le nouvel entraîneur (David Pleat) ne veut plus d’Elstrup. Eté 91, retour à l’envoyeur à Odense, pour seulement 250 000 £. Sans lui, Luton descendra en 1992 et débutera sa longue déliquescence.

Luton Town, ce qu'il en reste.

Le stade de Kenilworth Road, encastré parmi les habitations (cliquez sur la photo pour agrandir)

Du Odense Boldklub à la Compagnie de l’Oie Sauvage

A Odense, Lars affole les compteurs. Il dispute l’Euro 92 en Suède et inscrit le but victorieux contre la France en poule (2-1), privant les Bleus d’une place en demi-finale. A la surprise générale, ce Danemark voleur de poule (ils ont piqué la place de la Yougoslavie) remporte l’Euro en battant en finale l’Allemagne de Brehme et Klinsmann (2-0). Elstrup affiche alors une trentaine de sélections nationales et une douzaine de buts. Il a 29 ans, il est champion d’Europe et il tutoie les sommets.

Cependant, à 30 ans, en plein boum à Odense (24 buts en 44 matchs), il n’est plus sélectionné et il doute. La gamberge laisse place à une aversion pour le football. Un rejet total qui le pousse à se blesser volontairement pour ne pas jouer, expliquera-t-il aux médias anglais. Plus tard, il révèlera également qu’il commença à fortement douter de lui-même pendant l’Euro 1992 :

« Lors de la finale de l’Euro contre l’Allemagne, j’étais sur le banc et terrifié à l’idée que l’entraîneur me fasse rentrer. Dès qu’il regardait dans ma direction, je tournais la tête. »

Eté 93, Elstrup raccroche les crampons dans un état de grande vulnérabilité. Il se sépare de sa compagne et coupe les ponts avec sa famille. En octobre 93, il se fait happer par une secte anarcho-bouddhiste installée sur l’île de Funen, près d’Odense, la Wild Goose Company (Compagnie de l’Oie Sauvage). Le fondateur-leader est un anglais, Michael Barnett, un faux bonze qui a sous sa coupe une vingtaine d’adeptes, dont une majorité de bonzesses. La communauté vit de travaux fermiers et d’artisanat hippie.

On vaque à ses occupations en tenue légère, ce qui fait rappliquer les tabloïds. Lars ne rechigne pas à la tâche et participe activement aux activités du « collectif spirituel » comme l’appelle Barnett : danse, yoga, méditation et détente zen mais aussi queutage tous azimuts (Elstrup s’en défendra, affirmant que les orgies n’avaient lieu que quand il sortait en ville pour faire les courses - guignard jusqu’au bout).

Peu après son arrivée, Lars Elstrup change son nom en Darando (« Le fleuve qui se jette dans la mer »). Elstrup voue à Michael Barnett une adulation sans bornes. En 1994, il déclare :

« Michael m’a beaucoup aidé, il est mon Maître. Nous méditons ensemble et explorons notre beauté intérieure. Je n’ai nul besoin du monde extérieur pour vivre. Ici, tout le monde m’accepte pour ce que je suis, ils me comprennent bien mieux que je me comprends moi-même et ils veulent m’aider. »

A suivre…

Kevin Quigagne.