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Jalousé, copié, vénéré (non, cet article ne traite pas de TK), fréquemment embrassé ou redessiné, après avoir été royalement ignoré pendant des décennies, l’écusson est devenu un objet de culte depuis une vingtaine d’années.

La sacralisation de l’écusson est un phénomène relativement nouveau dans le football britannique, le badge (ou crest) ne s’étant réellement développé qu’avec l’éclosion d’un football commercialement décomplexé à partir des Sixties (voir notre trilogie sur la formidable épopée du maillot anglais, ici et ici).

Les écussons les plus singuliers n’appartenant pas aux clubs qui fraient dans les grandes eaux du foot british (prestige et marketing obligent), il a donc fallu racler les fonds de terroir pour dénicher les perles rares présentées ci-dessous. En positif ou négatif, à vous de juger.

[1 : ma note artistique et 2 : note street cred en tant qu'écusson foot. Belles collections ici et ici]

[Cliquer sur les photos peut rapporter gros]

Le XI d’or et de plomb des blasons britanniques

1) Scunthorpe United (D3)

Cet écusson fut introduit en 1994 à la faveur d’une compétition organisée dans les écoles locales. Le vainqueur fut donc cet emblème symbolisant les liens étroits entre Scunthorpe (« Scunny ») et l’industrie de l’acier. Un design à l’allure toute nord-coréenne qui ne fit pas l’unanimité, loin s’en faut. Si les amateurs d’art réaliste russe furent ravis, les supporters des Iron protestèrent, en vain. Mais à la réflexion, les gamins méritent bien les Félicitations du conseil de classe.

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Scunny s’est souvent signalé par des blasons étonnants, ci-dessus (respectivement 1976-1979 et 1982-1990 - y’a pas que le « logo » du PSG qui a évolué… Oui Môssieur, j’ose comparer l’aura d’un Scunny à la bande à Zlatan et Goldenballs : le PSG n’a jamais compté dans ses rangs ni Kevin Keegan ni Ray Clemence que je sache).

2) Coleraine FC (D1 nord-irlandaise)

Un ballon au milieu d’une rivière, des pissenlits, un poisson prêt à se faire frire autour d’un feu de camp et un triangle Warning pour avertir du potentiel danger d’éclats de braises. Un camp scout ? Un meeting de Chasse, pêche, nature et traditions ? Nope, ce très bucolique écusson n’a à voir avec Frédéric Nihous ou un jamboree de Louveteaux, explication tragico-iconographique ici.

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3) Cromer Town (D11, est de l’Angleterre)

Un crabe fait admirer sa conduite de balle, original. Dans le registre bestioles marines, ça vaut largement les crevettes (Southend United et Morecambe, D4), les pingouins (Lewes FC, D7) et autres poiscalles (Grimsby, D5). Et le chant des supporters de ce club du Norfolk célèbre pour son festival Crab and Lobster ? Come On You Crabs, Allez les Crabes… L’ex Bordelais vice-champion d’Europe Cédric Anselin y a fait une pige crabeuse (en tant qu’entraîneur adjoint). Toute ressemblance avec des pinces existantes est purement fortuite. Ou pas.

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4) AFC Liverpool (D9)

Le dernier né des Liverpudliens (founded 2008), créé par des supporters de Liverpool FC exaspérés de devoir payer bonbon pour voir leurs idoles (AFC = Affordable Football Club). A fâcheusement opté pour un design soviétisant, qui rappelle l’écusson de Scunthorpe (en bien moins classieux). Un modèle du genre que ne renieraient pas le Kremlin ou les apparatchiks nord-coréens.

Las, alors que le club comptait récupérer les opposants au foot-bizness pour suivre les traces du successful FC United of Manchester, le démarrage est ultra poussif : 124 spectateurs de moyenne seulement la saison dernière (5 £ le billet adulte). Ce blason à la Kim II-sung y est-il pour quelque chose ?

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5) Merthyr Town FC (Pays de Galles, D8 anglaise)

Un club taillé sur mesure pour Saint Réné (Girard) ou Saint Tony (Pulis). Avec un nom pareil, ces grands chouineurs devant l’éternel n’auraient pas besoin de ruminations rageuses pour faire passer leur message de persécuté, un simple doigt pointé vers le crest du club suffirait.

Un illustre footballeur a porté le maillot des Martyrs dans les Seventies : l’immense John Charles (93 buts/150 matchs à la Juventus de 1957 à 1962), en tant qu’entraîneur-joueur. Des Gallois qui, en 1987, martyrisèrent un grand d’Italie en coupe d’Europe des vainqueurs de coupe, l’Atalanta Bergame, battu 2-1 à l’aller, voir clip (les Martyrs avaient remporté la Welsh Cup la saison précédente - les Italiens l’emportèrent 2-0 au retour et finiraient 4è de D1 cette saison-là).

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6) Airbus UK Broughton FC (Premier League galloise)

Avec un nom pareil, nul besoin d’un dessin pour saisir les liens du club avec l’aéronautique. Etait-il donc nécessaire de faire accoucher le ballon d’un énorme A380 ? Probablement pas. Et cette mention « The wing makers » en guise de jeu de mots (évoquant à la fois la manufacture d’ailes et d’improbables ailiers virevoltants), même feu Maître Capello n’aurait pas osé ce calembour de mauvais aloi outrageusement trompeur sur la marchandise.

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7) Forres Mechanics (D5 écossaise)

Fondé en 1884, notable pour son écusson Norauto (explication ici). Je ne sais pas pour vous mais si je tombais en panne à Glasgow, j’aurais modérément confiance dans un mécano sapé en apôtre. Il n’empêche que ces Mechanics (surnommés les Can Cans) ont sacrément malmené les Glasgow Rangers en Coupe d’Ecosse fin septembre 2012 (courte défaite 1-0).

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8. Acton Ealing Whistlers (petit club londonien)

Au moins, quand leur manager raconte à la presse que, malgré la défaite 6-0, il a vu du beau jeu et en tire plein d’enseignements positifs, aucun doute : c’est bien du pipeau.

Club d’Ealing (ouest londonien multiculturel) aux racines folkloriques irlandaises. Davantage un club pour jeunes (voir site), ce sympathique minot de quartier vient tout juste de se voir affilié à la Football Association (donc tout en bas de la fameuse pyramide avec les 7 000 autres clubs, autour de la D25).

Petit mais a tout de même formé l’attaquant Kevin Gallen, ex international U21 anglais et ex pilier de Football League dans les Nineties et Noughties (et même une saison de Premier League avec QPR, 8 buts), 150 buts chez les pros (QPR, Barnsley, Luton, etc.).

Ont bizarrement produit plus de grands musiciens que de footballeurs, allez comprendre (ici). Incompréhensible mais admirable : garder les buts tout en jouant du piano, même debout, ne doit pas être donné à tout le monde.

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9) Fisher FC (D9)

Parmi les nombreux écussons poissonneux, celui-ci est le meilleur. Un design qui a pour origine feu Fisher Athletic London FC (ex D6), dissous en 2009. Le nom du club n’a rien à voir avec la pêche mais provient de John Fisher, religieux qui mourut en martyr dans le coin.

Mais pourquoi une rascasse en pétard alors ? Tout simplement parce qu’il y a cent ans, ce coin du sud de Londres fabriquait des bateaux dans ses docks (on est au bord de la Tamise).

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10) Clydebank FC (club écossais, très amateur)

Dans le genre bricolé, cet écusson en impose. Une roue dentée en haut, un bout de vis à droite, un gallion en bas et un ecclésiastique (Saint Patrick) pour compléter le tableau (ce site explique tout).

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11) Thurso FC (Ecosse profonde, fin fond du fond de l’Ecosse, D6)

Club de Vikings (leur surnom) créé en 1998 dans la ville la plus septentrionale du pays, autant dire plus près des Îles Féroé que d’Edimbourg. D’où la touche très rustique de l’effectif (c’est le capitaine sur le blason).

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Les remplaçants…

Hereford United (D5)

Il est certes courant de mettre à l’honneur les industries du cru sur l’écusson mais ce n’est pas toujours une bonne idée. Rien de tel pour passer pour des bovins parfois.

Sur le même thème Salon de l’agriculture, en pire, Oxford City (D6) :

Burton Albion (D4)

Burton-on-Trent était autrefois un grand centre de brassage (de bières, pas de vent. Il reste quelques brasseries). Patrimoine local aussi noble qu’envié mais mais était-il judicieux de coller un pilier de comptoir sur le blason ?

Banbury United (D7)

Voyage chez les Amish ou au pays de la Petite maison dans la prairie ?

Tandis qu’à Darlington FC, ex D5 mais dissous l’an dernier (reparti en D9, désormais Darlington 1883), on retourne chez les Quakers.

Goole AFC (D7)

Bristol Rovers (D4)

La grande classe.

Bournemouth (D3)

Bedlington Terriers (D9)

Sunderland (1977-1997)

Sublime, simplement sublime.

Lincoln City (D5)

Le badge des Imps (lutins) de Lincoln, un grand classique.

Wolves (années 70)

Au loup bondissant, je préfère la touche de George Berry (première afro du foot anglais, 1978).

Dumbarton et Dunfermline Athletic (D2 écossaise)

Pour en savoir plus sur ces spécimens, en particulier l’étonnant stade de Dumbarton (ici), consultez Kick off, l’excellent blog foot british de Romain Molina sur le site de l’Equipe (il fait l’Ecosse lui, moi je ne touche pas à ça). La maison colorée du DAFC fait penser à la Hundertwasser House de Vienne.

Le blason pachydermique du DFC rappelle l’éphémère version de Coventry City la saison dernière (ci- dessous à gauche – celui de droite date des années 70). Mal leur en prit car ils descendirent en D3 (l’éléphant réprésente ici la force – c’est aussi l’un des symboles attachés à Saint George, saint patron des Anglais, qui aurait vécu dans le coin ; la ville de Coventry l’inclut sur ses armoiries à partir du XIXè, et le club s’en inspira, comme il était fréquent à l’époque).

Finissons avec Queen’s Park FC (D4 écossaise), pour sa devise : « Ludere Causa Ludendi », jouer pour le plaisir de jouer (devant pas grand monde, malheureusement pour eux : 600 spectateurs. Et dans leur antre majestueux d’Hampden Park – 52 500 places –, ça sonne un peu creux).

Ludere Causa Ludendi… Une bien belle conclusion.

Kevin Quigagne.