Archive for octobre 10th, 2011

Agressions, délits sexuels, outrage à agent, matchs truqués, fraude aux assurances, alcotests qui explosent, coke en stock, marie-jeanne, dopage en série, vol de beignets en bande organisée… Les commissariats et tribunaux de notre belle île criminogène ont fort à faire avec les footballeurs depuis le début de saison.

Les statistiques du Home Office sont formelles : le Royaume-Uni connaît une inquiétante recrudescence de la délinquance footballistique ces derniers temps. A l’évidence, les émeutes d’août ont chauffé les esprits. Ergo, Crimewatch is back, pour calmer tout ce petit monde.

Dix longs mois se sont écoulés depuis la dernière livraison de l’une des séries fétiches des TK. Rien de bien criminel n’ayant troublé la deuxième partie de saison 2010-2011, Crimewatch avait levé le pied. Laxisme coupable de notre part, car les sauvageons en ont profité pour se déchaîner. Crimewatch # 5 suivra dans la foulée en fin de semaine pour une seconde fournée, car nos truands ne rentraient pas tous dans un seul panier à salades. Y compris Wayne Rooney…

 

17 Juin

Edimbourg, procès de Craig Thomson, 20 ans et latéral droit de Heart of Midlothian (Hearts, l’un des deux clubs de la Scottish Premier League basés dans la capitale écossaise - l’autre est Hibernian FC, Frank Sauzée y est un cult hero).

Les faits (reconnus par Thomson) remontent à septembre 2010. L’international Espoir écossais est alors arrêté pour avoir envoyé, entre autres obscénités, des photos de son pénis à deux adolescentes de 12 et 14 ans, ainsi que des propositions de nature sexuelle. Le défenseur a été condamné pour « comportement libidineux et obscène » et placé sur le fichier national des délinquants sexuels pour cinq ans (avec amende de 4 000 £).

A l’annonce du verdict, le club annonce qu’il gardera Thomson. Le club connaissait les charges dont il faisait l’objet depuis septembre 2010, et l’avait même autorisé à enseigner l’éducation physique à de jeunes écoliers, ainsi qu’à représenter le club à des événements organisés par des associations caritatives pour enfants.

Devant le tollé général, le club adopte alors une attitude très défensive et tente d’expliquer les actes de Thomson par « de la naïveté et peut-être des influences extérieures néfastes. »

Le 24 juin, sur le site officiel du club, le propriétaire du club, le richissime et médiatique russo-lithuanien Vladimir Romanov (surnommé « Mad Vlad »), pousse un coup de gueule aussi énorme que sibyllin. Romanov parle d’une « mafia » et « d’esprits malades » qui auraient fomenté une « conspiration » contre le club et ses dirigeants.

Voici le texte de cet hallucinant communiqué qui élève le complexe de la persécution au rang d’art :

« Chaque année, Hearts se bat pour être sur le podium, mais la saison dernière, lors des douze derniers matchs, c’était comme si notre équipe avait été remplacée par une autre. A qui la faute ? Aux joueurs ? A l’entraîneur ? Ou alors c’est un coup de la mafia. Les joueurs qu’on nous pique, les mauvais matchs, les ennuis avec la loi… Et là-dessus, s’ajoutent des amendes records infligées par la fédération écossaise. Les problèmes sont déplacés à un autre niveau. Chaque saison, nous sommes obligés de combattre ces esprits malades, avec de plus en plus de force. Nous nous dressons sur leur chemin pour ne pas les laisser manipuler ce sport à leur guise. Ils tentent de nous affaiblir par tous les moyens possibles. La tache du club est d’arracher ces jeunes des mains de ces criminels. »

On se croirait dans un remake des Envahisseurs, avec Jean-Michel Aulas dans le rôle de David Vincent, live du Stade Gerland après un Lyon-Sainté perdu par les Gones, à cause de l’homme en noir en charge des forces occultes.

Toutefois, début  juillet, devant la forte pression populaire et politique (Premier Ministre écossais, députés locaux, sponsors du club et associations, dont Children 1st), Vladimir Romanov s’envole de Lithuanie pour expédier lui-même le brûlant dossier Craig Thomson. Le 10 juillet, le club annonce que Thomson est sur le départ. Le 31 juillet, il est prêté au FBK Kaunas (autre club de l’écurie Romanov) jusqu’en novembre, fin de la saison dans les pays baltes.

 

10 août 2011

Au plus fort des émeutes, un multirécidiviste mais éminent philosophe anglais tweete :

« Sortez les canons à eau, ça serait génial, et télégénique en plus ! J’espère que vous là, mes petits furets, vous serez de sortie ce soir que vous vous fassiez dézinguer. »

Son nom : Joey Barton. Cette fois, cette tranche de Bartonologie ne provient pas de Nietzsche, Orwell, Sénèque, Kipling ou des Smiths comme à l’accoutumée, mais de, ben, Joey himself.

 

14 août 2011

Comparution du manager de Blackburn, Steve Kean, devant le tribunal de Macclesfield, Cheshire, pour conduite en état d’ivresse.

Le 14 mai dernier, vers 21 heures, le Glasvégien se fait arrêter par la marée-chaussée pour un bel excès de vitesse sur autoroute, quelques heures après le Blackburn-Man United synonyme de titre pour les Red Devils. Sentant qu’il n’a pas bu que du Earl Grey ce soir-là, les policiers le questionnent mais Kean leur assure n’avoir rien ingurgité. L’alcotest vire cependant au rouge : 1,56 g.

Kean déclare aux policiers qu’il est « stupéfait de tester positif » mais en réfléchissant bien, il se souvient avoir bu plus tôt dans la soirée « deux verres et demi de vin avec Sir Alex après le match, ainsi qu’une bouteille de bière vers 18 h 30 avec des amis dans un pub ».

Au tribunal, refusant mordicus d’admettre qu’il a consommé davantage, il avance une version digne d’un mauvais Derrick :

« Quelqu’un a dû verser quelque chose dans mon verre à mon insu [...] Ce pub était plein de supporters de Rovers et United qui regardaient le résumé de la FA Cup, j’ai signé des autographes, posé pour des photos, etc. et j’ai laissé mon verre sans surveillance. »

Le juge, Nicholas Sanders, plutôt d’avis que ni Fergie ni personne d’autre n’a intoxiqué le verre de Kean ce soir-là conclut que ce dernier a largement sous-estimé sa consommation. Quel esprit tordu ce juge tout de même. Sanders y va de sa pique lacérée d’ironie :

« Il n’y a aucune preuve d’intoxication de boisson dans cette affaire. Personne ne s’est fait connaître publiquement en disant Oui, j’avoue, j’ai bien versé 17 vodka dans le verre de Monsieur Kean. Je vois une autre explication : que Monsieur Kean a bu davantage qu’il n’a voulu l’admettre. »

Pas idiot en effet. Verdict : suspension de permis de 18 mois et 2 500 £ d’amende.

 

27 août 2011

Nile Ranger, 20 ans, international anglais U19 et bad boy notoire de Newcastle United, est rattrapé par la patrouille pour un véritable attentat commis dans le centre-ville de la cité Geordie. Un homme de 33 ans (la victime) est retrouvé blessé et inconscient devant un pub vers 1 h 30. La police fouille les alentours et alpague notre Ranger, planqué dans une ruelle avoisinante. Deux policiers sont blessés dans l’arrestation mouvementée qui suit. En attendant le procès, Ranger a été relâché sous caution.

A 15 ans, Ranger avait été arrêté pour une agression à main armée commise en 2006 à Londres et condamné à onze semaines dans un centre de détention pour mineurs. Peu après, il partait faire ses classes au centre de formation de Southampton, d’où il fut éjecté, après plusieurs avertissements, pour avoir volé des tenues du club (« Je voulais juste les refiler à des potes », s’était-il défendu).

Eté 2008, Newcastle United, par l’intermédiaire de Dennis Wise (alors chargé du recrutement/transferts des jeunes joueurs - au grand dam de Kevin Keegan, le manager), avait donné à Nile Ranger une chance de se refaire.

 

11 septembre 2011

Nile Ranger démarre décidément la saison sur les chapeaux de roues, bien décidé semble-t-il à reprendre le flambeau wild boy abandonné par Andy Carroll (voir précédents Crimewatch, liens en bas d’article). Le Londonien est arrêté à 5 h ce matin dans le centre-ville de Newcastle pour conduite en état d’ivresse et défaut d’assurance.

Soucieux d’informer nos lecteurs et jouer un rôle dans la lutte contre l’alcoolisme au volant, TK a cherché à connaître le score de Ranger à l’éthylotest, histoire aussi de vérifier s’il avait battu le record local alcolo-footeux, actuellement détenu par Paul Gascoigne (3,49 g, en Ford Transit, lors de ce désormais mythique week-end « Bières, pêche et nature », voir Crimewatch # 2). Contacté, le club s’est refusé à tout commentaire de nature alcolo éthylo-comparative et qui pourrait donner des idées à la jeunesse de Newcastle. Une position saine, ma foi.

En mai dernier, l’histrion avait posé pour des photos mode Gansgta devant sa Range Rover, faux revolver à la main, lettres Ranger customisées sur le capot, la grande classe. Il avait dû s’excuser.

Les dirigeants de Newcastle United ne cachent plus leur exaspération avec ce joueur dont l’hygiène de vie épouse la courbe plongeante de sa carrière (3 buts en 58 apparitions depuis 2009 - aucune cette saison). D’avertissements en fortes amendes, Newcastle a tout essayé pour ramener Ranger dans le droit chemin. En 2009, le club l’avait même envoyé au vert plusieurs mois, il logeait chez une paisible famille dans un village côtier, loin de toute tentation ! 

Se débarrasser de Nile Ranger ne va pas être chose facile. En décembre 2010, NUFC lui avait fait signer un contrat de cinq ans et demi ans (une durée qui laisse songeur !), liant donc Ranger au club jusqu’en juin 2016. Un prêt en Football League, ou exil en Ecosse (ou carrément une rupture de contrat) pourrait arriver plus tôt que prévu.

Cet été, avec Yohan Cabaye et Joey Barton, Nile Ranger fut l’un des trois joueurs Magpie interdits de territoire nord-américain lors de la tournée US (trouvez l’intrus… Réponse : Joey Barton - le seul des trois qui tweete du grand penseur à tout bout de champ).

 

12 septembre 2011

La célèbre émission d’investigation Dispatches sur Channel 4, dans son numéro The Truth About Drugs in Football, révèle que l’international écossais Garry O’Connor, 28 ans (Hibernians, SPL) a testé positif pour usage de cocaïne en octobre 2009 alors qu’il évoluait à Birmingham City. Un cas ce Garry… (il sera également en guest star dans le Crimewatch #5).

O’Connor avait été suspendu deux mois par la fédération anglaise (FA) sans que son identité ne soit révélée (l’attaquant essayant de combattre une addiction à l’alcool et la drogue - le club cita une blessure fictive pour expliquer son absence soudaine). Le joueur fut ensuite prêté au Barnsley FC (il aurait sans doute préféré une suspension).

Dispatches révèle également qu’entre 2004 et 2010, on a enregistré dans le football anglais plus d’une soixantaine de tests positifs pour usage de produits illicites (voir article - dont quinze cas pour consommation de cocaïne - la marijuana et le cannabis sont également prisés).

Par ailleurs, toujours selon Dispatches, entre avril 2007 et août 2010, 240 tests ne purent être effectués car les joueurs ciblés étaient absents à l’entraînement quand les testeurs débarquèrent (parmi ces clubs : Manchester City, Liverpool, Fulham, Everton et Newcastle). La FA a une version différente, lire article. 

Les noms de ces footballeurs n’ont jamais été révélés dans l’écrasante majorité des cas. Un porte-parole explique :

« La FA ne livre pas le nom du joueur qui teste positif [pour utilisation d'une drogue sociale, hors compétition] car cette infraction ne figure pas dans le code de l’Agence mondiale antidopage. La FA considère également que la discrétion favorise le traitement médical du joueur, le cas échéant. »

Auto-interrogé, Leon Knight, ex Chelsea reject et ex international jeunes (aujourd’hui membre éminent de la Confrérie des Grands Pitres du foot anglais), déclare au Daily Mail :

« Plein de footballeurs prennent de la coke. Ils sont blindés, ça attire les filles, alors ils n’hésitent pas. »

Ça sent le vécu dans la bouche de « Neon Light » (son surnom), ce party animal aujourd’hui exilé en Irlande du Nord (voir le fameux épisode du bus, ici). Il y a trois mois, Knight (cousin de Zat, Bolton) a d’ailleurs été suspendu par son club (Coleraine), pour « continual breach of contract » (ici).

Il faut dire qu’il ne se pointait plus ni aux entraînements, ni aux matchs… La routine pour Leon. A Swansea, en un an, il ramassa l’équivalent de cinq mois de salaire en amendes ! 

Kevin Quigagne.

 

Dans la même série :

Crimewatch # 3
Crimewatch # 2   
Crimewatch # 1