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Pour les fêtes, il était logique que le TK vous offre une généreuse hotte de cadeaux faits à l’adversaire. Des plus succulentes boulettes aux immanquables les plus gratinés, nos Pères Noël du jour ne se sont pas ménagés pour faire plaisir à leurs adversaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Anglais, grands amateurs-consommateurs-producteurs de bourdes en tout genre, ont créé plus de termes pour leurs bavures que ces fanfarons d’Inuits se targuent d’en avoir pour la neige. Las d’entendre les peuples arctiques nous rebattre les oreilles avec leur richesse lexico-poudreuse, les Britanniques ont mis les bouchées doubles pour turbo-qualifier la noble bévue : clanger, blunder, bloomer, howler, pig’s ear, blooper, ricket, rick, balls-up, boob, gaff(e), cock-up, hash, foul-up, screw-up, bollock, spill, fuck-up, spillage. Les Esquimaux, eux qui se vantent souvent de vadrouiller nus dans leurs igloos, peuvent aller se rhabiller.

Ils ne font plus les fiers

Ils ne font plus les fiers

Chacun des spécimens examinés ci-dessous a été rigoureusement mesuré et gradué scientifiquement sur l’échelle de Rosenthal (le Maître-Étalon en la matière, et conservé jalousement au National Football Museum) selon un procédé tenu secret et tiré des travaux du Centre International de Déchet Balistique et Recherche en Cagade Nucléaire basé à Djimi-en-Traoré-Les-Bouletteux (banlieue de Laval). Nous, Francophones, pouvons être fiers. De par notre rayonnement planétaire, nous contribuons grandement aux avancées dans ce domaine.

Le Centre de Recherche en Cagade Nucléaire de Djimi-en-Traoré-les Bouletteux

Le Centre International de Recherche en Cagade Nucléaire de Djimi-en-Traoré-les Bouletteux

Mes études poussées en boulettologie britannique m’ont permis d’isoler une quarantaine d’échantillons. Certains parmi les plus récents (dont le monstrueux raté de Tevez contre Sunderland le 29 août dernier) n’ont pu être dénichés en clips (restrictions youtube sur la toxicité) mais les principales horreurs sont bien là. Première partie : le Top 11. Enjoy.

 

1) Ronnie Rosenthal (Liverpool). Cliquez Liverpool - Aston Villa (sept. 1992)

A tout seigneur, tout honneur. Probablement le plus célèbre « sitter » (immanquable) de l’histoire de la Premier League, il a récolté vingt-six pour cent des votes dans un récent sondage du Guardian sur les plus beaux ratés du football international. Du « route one » football dans la plus pure tradition british, avec un jeune David James en passeur décisif.

En 2008, Rosenthal racontait ce moment d’anthologie à un journaliste du Guardian :

« Il y avait 0-0 juste avant la mi-temps, je reçois ce long ballon directement du gardien, je vais pour le mettre dans le but vide, mais le ballon rebondit sur une escalope et mon tir s’écrase sur la barre. On voit ça sans arrêt dans le foot [...] Le public, assis dans les tribunes, a du mal à comprendre mais pour un joueur, c’est tout à fait compréhensible. N’empêche, à la mi-temps, je me suis fait sacrément chambrer ! Ils n’en revenaient pas. Bon, on a perdu ce match alors forcément, c’est mal passé… Mais ce genre de chose peut arriver à n’importe qui ».

LE Chef-d'oeuvre du genre

LE Chef-d'oeuvre du genre

A l’époque, l’Israélien donna son nom à une expression qui devint alors presque aussi célèbre que « Doing a Beckham » quelques années plus tard (marquer du milieu du terrain) : doing a Ronnie Rosenthal (mettre un immanquable sur la barre alors que le but est vide).

11,08 / 10. LE modèle du genre. Full stop.

 

2) Jamie Pollock (Manchester City). Man City - Queens Park Rangers (avril 1998)

Instantanément surnommé « Pillock » (corniaud) après ce but contre son camp. Injuste tant ce but est net, propre, soigné, presque artistique. Bien moins bordélique que Jackson.

Ce match à six points entre deux reléguables se disputa fin avril (avant-dernière journée de la saison). Etant donné qu’il se termina 2-2, Pollock l’artiste-peintre fit donc perdre deux points cruciaux à son équipe. City descendit dûment en D3 (48 points) et eut ainsi l’insigne honneur de devenir le premier club anglais vainqueur d’une coupe d’Europe (1970) à descendre en troisième division. QPR (49 points) sauva sa peau en D2.

Une boulette pareille, ça se célèbre (Pollock est à droite sur la photo)

Une boulette pareille, ça se célèbre (notre génie est à droite)

10,37 / 10. Une technique de surdoué brésilien alliée à un sens inné du but. Son coéquipier Georgi Kinkladze a dû être jaloux. Du grand art.

 

3) Rocky Baptiste (Harrow Borough). Harrow - Waltham Abbey (nov. 2009)

Cet incroyable immanquable est considéré comme l’un des ratés du siècle dans le foot anglais. Certes, nous sommes en non-League (D5 et divisions inférieures) mais tout de même… Un des spectateurs dans le clip s’étrangle de rire en répétant, incrédule : « What’s he done, what’s he done ? ».

Le Centre de Recherche en Cagade Nucléaire n'a toujours pas d'explication

Rocky a rendu fou les ordinateurs du Centre de Recherche en Cagade Nucléaire (deux ont implosé)

Cet invraisemblable loupé explique pourquoi l’ex Hatter (Luton Town) Rocky Baptiste ne se vit pas offrir de contrat au centre de formation de Chelsea étant jeune. D’ailleurs, Rosenthal était lui aussi passé par Luton, non qu’il faille en conclure quoi que ce soit de déplaisant (on se bornera simplement à constater qu’à l’époque de Rosenthal, début années 90, Luton frayait avec l’élite alors que maintenant les Hatters végètent en D5).

L’émission qui repéra cette perle (le Non-League Football Show) demanda à Rocky la permission de le diffuser sa toile sur la Toile. Il l’accorda gracieusement avec une pointe d’auto-dérision : « En fait, je visais l’arbitre de touche qui m’avait injustement sifflé hors-jeu peu avant ». Le clip a été visionné plus de quatre millions de fois sur youtube. Rocky Baptiste est une « Legend » en non-League. A 37 ans, il joue toujours à Harrow Borough, et a inscrit 147 buts en 243 matches dans sa carrière.

10,03 / 10. Repousse les limites de l’incompétence. Un suprême exemple à suivre pour tout apprenti-bouletteur qui vise le haut du hit-parade.

Rocky s'est reconverti

Rocky a préféré se reconvertir

4) Chris Brass (Darlington). Darlington - Bury (avril 2006)

Fébrilité, panique, parkinsoneries (et tout le tremblement) garanties dans ce match de D4 entre les Quakers (trembleurs) de Darlo et les Shakers (secoueurs) de Bury où imprécision et approximation furent naturellement de mise.

un dégagement acrobatique au pif

Un dégagement acrobatique au pif

En plus de l’humiliation du but contre son camp marqué du nez qui coula son équipe, Brass se fractura le pif. Le magazine Four Four Two élut ce but gag Number 1 dans son DVD intitulé « Ces choses-là ne devraient pas arriver à un footballeur ». Brass, totalement à l’eau sur ce but mais loin d’avoir sombré, suit actuellement une formation de kinésithérapeute.

Son nez va beaucoup mieux

Il est kinez maintenant

9,99 / 10. A plonger par terre de rire.

 

5) Piotr Skiba (Farsley Celtic). Farsley - Telford (nov. 2009)

Copie conforme du célèbre but contre son camp de Gary Sprake contre Liverpool (9 déc. 1967) dans ce match de D6 anglaise où le gardien polonais de Farsley décida de perpétuer la tradition locale. Sprake était le gardien gallois du grand Leeds United de la fin des années 60 / début des années 70 (le fameux « Dirty Leeds » de Don Revie).

Le 10 mars 2010, le Farsley Celtic (banlieue de Leeds) était liquidé sur décision du tribunal. Le club avait été placé en redressement judiciaire en juin 2009 (un million d’€ de dettes - des bourdes pareilles finissent toujours par se payer cash).

Après le plombier polonais, le peintre

Après le plombier polonais, le peintre

9,98 / 10. Ça doit être une spécialité de Leeds. Etourdissant d’ineptie.

 

6) Peter van Vossen (G. Rangers). Celtic - Rangers (nov. 1996)

Jörg Albertz attire le gardien sur lui, et décale le virevoltant Hollandais qui n’a plus qu’à pousser le ballon… dans les tribunes, avant de chercher au sol une escalope imaginaire ! Et Martin Tyler, le commentateur, de presque en avaler son micro, « Oh my goodness ».

Heureusement pour le Batave, les Gers de Paul Gascoigne et Brian Laudrup s’imposèrent 1-0 sur le Celtic de Paolo Di Canio dans ce Old Firm Derby mémorable (du temps où les deux géants écossais attiraient encore des grands joueurs).

9,97 / 10. Un niveau de professionnalisme auquel tout cagadeur néophyte devrait aspirer.

7) Djimi Traoré (Liverpool). Burnley - Liverpool (janv. 2005)

32ème de FA Cup. Pour écarter le danger sur un centre à ras de terre devant la cage de Jerzy Dudek, ce bon Djimi ne trouve rien de mieux à faire que de tenter une roulette (russe) à la Zidane à quatre mètres du but dans une surface surpeuplée. Résultat, un spectaculaire emmêlage de pinceaux suivi par un freak own goal des familles (leçon de drag-back). La légende de Djimi est en marche.

Les journaux s’en donnèrent à cœur joie. « A moment of madness » écrira le plus sympa d’entre eux. Seul but du match, Liverpool éliminé.

Le jeu de roulette russe s'est mal terminé

Le jeu de roulette russe s'est terminé tragiquement

Toutefois, n’accablons pas ce pauvre Traoré pour cette sortie de coupe peu glorieuse des protégés de Rafa. Présents chez les Reds ce jour-là : Igor Bišćan, Jon Otsemobor, Florent Sinama-Pongolle, Antonio Nunez - expulsé pour coup de coude - avec un Milan Baros initialement sur le banc (« pour des raisons d’assurances », nous précise le résumé du match. Plus malus que bonus, assurément). Les supporters Reds ne tardèrent pas à immortaliser ce moment cultissime par un chant, « Blame it on Traore » (sur l’air de “Blame it on the boogie”)…

When the ball hits our goal
It’s not Shearer or Cole

It’s Traore…
He is big and tall
He is scared of the ball
His name is Djimi Traore

Don’t blame it on Biscan
Don’t blame it on Finnan
Don’t blame it on Hamann
Blame in on Traore

He just can’t
He just can’t
He just can’t control his feet
Rien qui ne perturba le grand Djimi outre mesure. Quatre mois plus tard, Traoré devenait Champion D’Europe avec Liverpool… Djimi est plus auréolé de gloire européenne que les Drogba, Van Nistelrooy, Ibrahimovic et autres Lampard, Terry, Torres, Totti ou Buffon. Et ouais.

9,93 / 10. Du grand, grand burlesque, entre Buster Keaton et Charlot (mais avec Charlot en ballotage hyper favorable quand même).

 

8) Peter Enckelman (Aston Villa). Aston Villa - Birmingham (sept. 2002)

Juste avant la longue touche de Mellberg dans ce chaud derby des West Midlands (le premier depuis seize ans, violences avant le match), le commentateur nous assure de la supériorité Villan : « Aston Villa est tellement plus entreprenant », déclare-t-il, sûr de lui.

Affirmation peu flagrante sur la touche qui suit. Plus inventif qu’entreprenant peut-être… L’arbitre considéra qu’Enckelman avait légèrement touché le ballon (ce que le Finlandais a toujours contesté). Aston Villa perdit 3-0. Un embarras exacerbé par l’irruption de derrière les buts d’un crétin-supporter (proche cousin du hooligan) de Birmingham City qui provoqua Enckelman dans un face à face hostile, en faisant le geste classique du « wanker » (branleur), incident visible sur ce clip.

Un pain et il explosait le compteur

Un bon pain dans le Michael aurait suffi pour s'accaparer la tête du hit-parade pour les 50 ans à venir

Enckelman eut cependant le dernier rire dans cette farce amère, quand le demeuré en question (Michael Harper) comparut pour « affray » (violences) et envahissement du terrain devant un tribunal local. En guise de défense, l’attardé s’excusa profusément et, par la voix de son avocat, se déclara « avoir été totalement submergé par les émotions après le deuxième but ». Sa mère, Angela, y alla de son couplet dans la feuille de chou locale, le Sunday Mercury :

« Michael est un bon garçon, il n’est pas comme ça dans la vie, ce qu’on a vu à la télé, ça ne lui ressemble pas, ce n’est pas lui ».

Ce ne fut pas l’avis du juge qui, une fois avérée la non-existence d’un frère jumeau (thank god for that), en conclut qu’il s’agissait bien de Michael Harper, the one and only, ce jour-là sur la pelouse de St Andrews en train de faire son numéro de ‘tit branleur. Verdict : quatre mois de prison.

Inévitablement, le Michael-à-sa-Moman refit parler de lui. Lors du même derby la saison passée (le 13 septembre 2009), qui fut le témoin de violences sérieuses (pub saccagé, batailles avec la police, familles et bus attaqués), ce même Michael Harper fut également arrêté et condamné à un an de prison avec sursis, deux cent heures de travail d’intérêt collectif assortie d’une interdiction de stade de 3 ans, ainsi que 200 £ d’amende. L’article sur ces incidents ne nous livre malheureusement pas ce que Maman a raconté au juge cette fois-ci.

L’expression « Doing an Enckelman » apparut aussitôt dans les medias (laisser filer le ballon dans le but en tentant de le contrôler).

9,80 / 10. Une boulette mémorable avec forte plus-value crétino-sociétalo-historique sur laquelle on pourrait presque faire une thèse. Dommage que la réaction bien zen d’Enckelman ne lui permette pas de décrocher la note parfaite et au-delà. Un bon pain dans le pif aurait fait exploser le compteur.

 

9) Chris Iwelumo (Ecosse). Ecosse - Norvège (oct. 2008).

C’était le premier match du joueur de Burnley en sélection écossaise.

« Stunned » (ils sont comme assommés) déclara le commentateur à propos du public d’Hampden Park. Ouais, KO ou même carrément dégoûtés du football.

Dans ce clip, c’est plus violent… (réaction hilarante des commentateurs à 0′25).

Il s'est effrayé lui-même

Deux ans et deux mois que son visage s'est figé

Pour se faire pardonner, Iwelumo confia que cette boulette l’obséda pendant des semaines et qu’il se passa et repassa l’action en boucle sur DVD. Déterminé à exorciser ses démons aux pieds carrés, il déclara :

« Je suis fier d’être écossais. J’aime mon pays et c’est mon rêve de bien figurer pour l’Ecosse ».

George Burley, le sélectionneur, visiblement ému par cette suspecte mais néanmoins bouleversante poussée de ferveur patriotique, le rappela deux mois plus tard pour un match amical contre l’Argentine. La dernière de ses deux sélections nationales. Dommage. Il fait maintenant le bonheur de Burnley.

9,71 / 10. Beaucoup de grâce et de fraîcheur dans cet immanquable. Elégance presque ballétique, il pourrait largement faire figurant dans le Lac des cygnes.

 

10) Lee Dixon (Arsenal). Arsenal - Coventry (sept. 1991).

Sublime lob de trente mètres de Dixon sur David Seaman, l’un des buts contre son camp les plus rapides de l’histoire du football anglais. L’ex portier au catogan, qui commente ce clip, ne semble toujours pas avoir digéré cette « passe en retrait » et finit son commentaire par un ironique « Nice one, Dicko  » (bien joué, ducon !). De loin le plus beau but de Coventry.

- Lee, je ris mais c'est nerveux... pas de passe en retrait

-Je ris Lee mais c'est nerveux, pas de passe en retrait ! - Oh boss, soyez pas vache, juste une, une toute p'tite

9,66 / 10. Superbe technique, splendide exécution. Faudra envoyer le clip à Tony Vairelles qu’il se marre un bon coup.

 

11) Massimo Taibi (Manchester United). Man United - Southampton (sept. 1999)

Le commentateur chinois n’en revient pas et se permet même de chambrer (on entend son petit rire sadique). Bizarroïdement, Taibi semble chercher l’explication de son hideuse bévue dans une motte de gazon maudit et invisible collée à ses crampons (non, non Massimo, ne fantasme pas sur la pelouse, elle n’y est pour rien).

Minimo gardien, massimo cagadeur

Minimo gardien, massimo cagadeur

L’Italien, tête de gondole d’un lot de joueurs acheté deux mois plus tôt (lui-même de Venezia, et censé remplacer Peter Schmeichel !), coûta presque sept millions d’euros. Il ne disputa que quatre matchs avec les Red Devils (dont une défaite 5-0 contre Chelsea), avant de filer à la Reggina la queue entre les gants.

9,58 / 10. De superbes fulgurances en seulement quatre matchs en Angleterre. Aurait pu devenir la tête de gondole pour la génération anglaise à venir s’il était resté au pays de la boulette.

Kevin Quigagne.