Archive for novembre 24th, 2010

Enfin, son autobiographie est sortie cet été. Les médias anglais, assoupis par la canicule, n’avaient guère parlé du livre du fantasque Gallois, milieu de Derby County (D2) et plus virevoltant que jamais à l’âge de 36 ans. Catapulté récemment sous le feu nourri des projecteurs, à la faveur notamment d’épiques joutes Twitter contre Rio Ferdinand, Robbie profite au maximum de cette surmédiatisation. Et, naturellement, un haut fait d’armes de sa carrière, raconté dans son livre, refait surface.

Robbie Savage est un personnage à part dans le football britannique. Professionnel depuis 1993, celui qu’on a souvent affublé des titres de « footballeur le plus détesté d’Angleterre » et « wind-up merchant Number One » (provocateur-chambreur numéro un) est en passe, au crépuscule de sa carrière, de devenir un trésor national.

Grâce à son naturel et sa franchise désarmante, le grand public est prêt à tout lui pardonner, ses Porsche roses, ses tatouages Armani ainsi que les innombrables actes antisportifs et provocations qui ont jalonné sa carrière (et qui lui ont valu 150 cartons jaunes, record national).

Sa récente décision d’arrêter ses messages twitter (presque 100 000 followers), a été accueillie avec effroi dans le pays. Après que son public et les tabloïds l’ont supplié de revenir, il a changé d’avis.

Omniprésent dans les médias, il sévit notamment sur la BBC où son ton rigolard et spontané plaît, plus que sa voix aiguë et stridente, qui émet parfois des sons que seuls les chiens peuvent percevoir.

Savage au micro, son style plaît

Savage au micro, son style plaît

Mais seuls les chiens équipés peuvent le capter

Mais seuls les chiens équipés peuvent le capter

Une accroche de livre qui restera dans les annales, autant que le fait du match

Une anecdote dans le livre retient particulièrement l’attention : celle du « Jobbiegate » (avril 2002). Le « scandale de la grosse commission » connaît un bain de jouvence rafraîchissant dans l’univers aseptisé de la Premier League.

Revenons donc le temps d’un étron sur ce grand moment du folklore footeux anglais : le plop-plop-plop de Robbie Savage dans les toilettes des arbitres, dix minutes avant le Leicester-Aston Villa d’avril 2002. Est-ce la grosse commission la plus chère du football mondial ? A 100 000 €, on peut le supposer.

L’autobiographie de Savage se vend bien. Il faut dire que l’extrait promotionnel le plus cité du livre est accrocheur :

« Dix minutes avant le coup d’envoi, la cloche synonyme d’entrée sur le terrain est prête à retentir. A ce moment-là, j’ai une envie monstrueuse de couler un bronze (j’avais un bug dans le ventre). Manque de bol, les deux toilettes du vestiaire sont occupées. Alors, pas trente-six solutions, soit je me chie dessus, soit je trouve un autre wc fissa. Pas de wc dans la pièce du kiné, et impossible d’entrer dans le vestiaire de Villa bien sûr. Et pourquoi pas utiliser celui du vestiaire des arbitres ? »

L’arbitre Graham Poll (les trois cartons jaunes à Josip Šimunic lors d’Australie-Croatie de coupe du monde 2006, c’était lui), principal témoin du scandale, raconte ce moment d’antho-(scato)logie du foot de vestiaire :

« Je me trouvais avec mes assistants dans le vestiaire, 15 minutes avant le coup d’envoi, on finissait nos étirements, quand soudain, Robbie Savage déboule. Je lui demande de sortir, mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il me lance : “Désolé, faut vraiment qu’ j’utilise vos toilettes, j’vais exploser”. Et, là, il sprinte vers le cubicle [cabine wc].

Là-dessus, à peine installé sur nos toilettes, la porte des wc grande ouverte, il se met à nous livrer un commentaire live sur sa toute dernière prestation assise de milieu offensif. »

[ndlr : en l’espèce, l’illustration graphique – et olfactive – de l’offensif qui « plays in the hole »]

Poll en action lors d’Australie-Croatie, CdM 2006

Poll en action lors d’Australie-Croatie, CdM 2006

Graham Poll continue :

« On n’en croyait pas nos yeux, ni nos oreilles. Matt Elliott, l’un de ses coéquipiers, se pointe et me confirme que les toilettes des joueurs fonctionnent parfaitement.

Sur ces entrefaits, arrive l’arbitre-assesseur, Dennis Hedges. Il entre dans le vestiaire et voyant l’agitation combinée à tout ce barouf émanant de la cabine wc, il me demande ce qu’il se passe (Robbie est alors en plein monologue son et lumières). Je lance à Hedges :

“Tu ne devineras jamais qui est dans nos wc !”

Aucune idée, qui ça ?” me demande-t-il, totalement interloqué.

Quand Savage (qui nous tient au courant, en flux continu) nous signale qu’il est sur le point de mettre une touche finale à son wc-jacking, je lui réponds que ce qu’il vient de faire est inacceptable. Il contre-attaque :

“Désolé, mais c’était un cas d’extrême urgence, si vous me croyez pas, je veux bien tout laisser flotter, comme ça vous pourrez vérifier par vous-mêmes“.

Tout en se marrant, il sort des toilettes, au moment où retentit la cloche signalant l’obligation de rejoindre le tunnel. Moi, quasiment sans voix, je lui conseille de se laver les mains.

“Oh mais non, pas besoin” me répond-il. Et, goguenard, il s’essuie les mains sur les manches du veston de l’assesseur, Dennis Hedges !

Je ne suis pas quelqu’un de prude et facilement choqué, je baigne dans le monde du foot depuis longtemps, mais ce qu’a fait Savage ce jour-là, c’est proprement odieux.

Ce n’est pas mon style de faire un rapport sur un joueur qui utilise nos toilettes, mais ce qui m’a poussé à le faire, c’est que Savage s’essuie les mains sur la veste de Dennis, affichant une absence de respect choquante. Il me fallait signaler l’incident, et j’ai dûment consigné tout cela dans mon rapport de match »

Micky Adams, l’entraîneur des Foxes, apprenant l’incident de la bouche de Graham Poll après le match, s’excuse profusément auprès du corps arbitral et passe une bonne soufflante à Savage avant un repas officiel Player of the Year organisé ce soir-là à Filbert Street (l’ancien stade de Leicester). Le club inflige alors à Savage l’amende maximale de deux semaines de salaire, soit 50 000 £. Ça fait cher la truffe de cuvette.

Un étron plus cher qu’une Porsche rose

Un étron plus cher qu’une Porsche rose

Un dérapage dur à faire passer aux constipés de la commission de discipline

La FA (fédération anglaise), tout en punissant Savage d’une « improper conduct », déclare par la voix de son chief exec (Gordon Taylor) que cette affaire « aurait dû être menée d’une manière plus informelle ».

C’est vrai que le dérapage du Gallois à la tignasse blonde fait du bruit. A l’époque, la prestation de Savage produit la crotte la plus médiatisée du pays, ever. Si on décorait les étrons à Westminster Abbey, celui-ci porterait la plus belle couronne du Royaume.

A l’audition de la FA, devant le conseil de discipline, Savage maintient que son estomac était dans un piteux état ce jour-là, et que c’était ça ou l’accident de short, sur le terrain.

« C’était un cas de force majeure, y’avait pas d’autres wc de libre dans le couloir », se défend-il.

(alors que des rumeurs de vestiaires conduisaient plutôt vers la piste d’une « practical joke » – farce de potache attardé. En somme, un gag ribérien qui aurait dérapé. Sous la pression, Savage aurait poussé le bouchon un peu loin – une potacherie doublée d’un pari ?).

Brian, il dit quoi notre règlement sur les étrons ? – euh…

Brian, il dit quoi notre règlement sur les étrons ? – euh…

Pour expliquer son refus de se laver les mains (qu’il s’était essuyées sur la veste de l’assesseur des arbitres !), Robbie déclare simplement que la cloche ayant retenti, il n’avait pas eu le temps, et que de toute manière, « il était habituel parmi les joueurs de ne pas se laver les mains après avoir utilisé les toilettes juste avant un match, la concentration étant trop forte ».

« Mais pourquoi vous essuyer les mains ensuite sur la veste de l’assesseur des arbitres ? » demande Adrian Bevington, en charge de la commission de discipline.

« Je ne l’ai pas fait pour de vrai, j’ai juste fait semblant », rétorque Savage.

Savage produit aussi un certificat médical attestant qu’il était sous antibiotiques à cause d’une coupure à la jambe et que son estomac n’avait guère goûté les médicaments prescrits. En somme, explique-t-il, penaud, un bug d’estomac avait semé la zizanie dans sa tuyauterie interne.

Interrogé sur le fait qu’il avait eu l’air parfaitement en forme pendant le match, et aussi ensuite, lors du dîner de la soirée Player of the Year du club, il bafouille quelques excuses.

il n’avait pas la diarrhée

Effectivement, chiqué : il n’avait pas la diarrhée

Un verdict vécu comme une humiliante injustice

Savage se voit infliger une amende de 10 000 £ (en plus de celle de 50 000 £ collée par le club). Il fait appel, en vain, et doit payer. L’addition est salée, si on y ajoute les frais divers, on arrive à 65 000 £, soit 100 000 € de l’époque.

Savage prit très mal toute cette histoire et a souvent parlé de cet épisode comme d’une terrible injustice. Il est vrai que d’être convoqué officiellement devant les augustes pontes de la fédération, le tout devant des dizaines de médias, pour s’expliquer sur un caca plus cher qu’une Aston Martin aurait de quoi en écoeurer plus d’un.

C’est l’arbitre Graham Poll qui eut le mot de la fin dans cette bizarre histoire de pot de vestiaire d’un autre genre. Quelque temps plus tard, au cours d’un match où il arbitre l’équipe de Savage, Poll fait la leçon au Gallois pour un tacle appuyé. Le rebelle gallois se rebiffe. Poll veut marquer le coup.

Poll : « Monsieur Savage, c’est moi qui commande ici, pas vous ».

Savage : « Ouais, OK, mais moi je suis plus riche que vous [pause de 3 secondes, le temps de prendre un air narquois]. Bien plus riche ! »

Vers la fin du match, Savage demande à Poll combien de temps il reste à jouer. Et l’arbitre de répondre :

« Désolé Monsieur Savage, je sais pas, ma p’tite paye me permet que de m’offrir une montre bas de gamme qui marche quand elle veut ».

Savage avait promis de se venger, suite à la parution en 2008 de « Seeing Red », le livre de Graham Poll qui revenait sur cette affaire. C’est donc chose faite avec son autobiographie.

Mais Graham Poll n’a probablement pas dit son dernier mot. En plus de défourailler tous azimuts dans sa chronique du Daily Mail, le gaffeur du sifflet sévit aussi à la télévision. Espérons qu’il ne sorte pas la palette pour illustrer ses propos.

Kevin Quigagne.