L’utilisation de Twitter par les footballeurs répond à un besoin partagé par l’ensemble des utilisateurs du réseau social : la satisfaction de l’ego. Dans un vestiaire professionnel, la popularité se mesure selon différents critères plus ou moins quantifiables. Aucun joueur ne consentira à être comparé à un autre en fonction de la justesse de ses passes, de sa précision à tirer les corners ou de son don pour effectuer les touches. Un classement en fonction du physique de la petite amie ou des remarques parues dans la presse/sur le blog de Pierre Ménès est déjà plus tolérable, d’autant que chaque partie du corps - tête, poitrine, onglet, filet, faux-filet - a déjà été notée sur 4 par l’ensemble des membres de l’effectif. Le nombre d’abonnés à un compte Twitter demeure toutefois l’outil d’évaluation le mieux accepté.

Au PSG, il n’est pas rare de voir des éléments, le plus souvent milieux offensifs ou attaquants, réclamer une augmentation salariale après avoir constaté une hausse soudaine de leur popularité sur le site. Ils réinvestissent ensuite la somme dans l’achat de followers - les prix varient mais il faut compter 1.500 euros pour 250.000 abonnés fictifs - et deviennent ainsi plus influents aux yeux du public (secondaire), des coéquipiers (important) et des sponsors (capital). D’autres adoptent une stratégie plus coûteuse en énergie consistant à retwetter un par un les messages désespérés de supporteurs prêts à toutes les humiliations pour se faire remarquer d’un gars gagnant sa vie en transpirant.

- Les footballeurs imprésarios

De temps en temps, des étudiants en communication s’imaginent concurrencer So Foot.fr en lançant leur propre site d’informations sportives à base d’informations péniblement recopiées dans des médias anglo-saxons. Leur unique stratégie marketing consiste à nous quémander une publicité gratuite. La demande s’accompagne d’un bobard du style ”J’ai toujours cru en toi, André-Pierre” ou d’un vil ”L’équipe de France a besoin de ton talent, Miiiiister Matt Moussilou!” Dans la vraie vie, on est toujours un peu gêné de demander de l’aide pour un déménagement à un ami qui avait prévu un repos mérité. Sur Twitter, l’être humain n’a aucune honte à afficher son misérabilisme. Le footballeur n’est plus une icône sacrée ; il est devenu un pote qu’on dérange à n’importe quelle heure de la journée à cause d’un pari ou d’un anniversaire. Un refus de sa part sera perçu comme de l’arrogance, un consentement comme de la faiblesse. RT ou ne pas RT? Telle est la question.

-   Les footballeurs engagés

J’utilise Twitter parce qu’il est le seul espace de liberté encore possible pour les gens comme nous. Dans quelques années, je pense que les conférences de presse n’existeront plus, de même que les interviews groupées, les journaux papiers et les journalistes. La communication d’un joueur se fera principalement sur son compte Twitter. Medhi, mon agent, ne se soucie pas de mes mots ; il s’intéresse si peu à moi qu’il ne me suit même pas. Pour autant, je refuse de m’engager publiquement. Ce n’est pas mon rôle de prendre parti pour des causes aussi clivantes que les élections américaines et la sexualité des rappeurs. Je ne suis qu’un footballeur d’engagement.

-   Les comptes parodiques

Les comptes parodiques se moquent des clichés que les footballeurs véhiculent, avec ou sans femme au volant. Tout est là : référence à des films honteux, confidences nocturnes sur la qualité des programmes télés, concert de smileys ou de borborygmes, branlette. C’est généralement peu inspiré et lourd comme une relance d’Alex Nyarko. Franchement, arrêtez les gars. Personne n’y croit.

Les Zlatan Facts

Dans la même veine, les stars ont également droit à des hommages plus néfastes pour l’humanité qu’une fin du monde commentée par Christian Jeanpierre et Denis Balbir. L’avantage de l’apocalypse, c’est qu’elle ne se produit qu’une fois. Les Zlatan Facts, eux, se reproduisent comme des insectes, se répètent, se copient, se baisent sans capotes. Je souhaite sincèrement à leurs auteurs de choper une maladie dans le lit d’un rappeur.

Les robots

A la fin du monde, il ne restera sans doute sur terre que des Zlatan Facts et des robots. Mes coéquipiers font confiance à une intelligence artificielle - également appelée ”Community Manager” - pour mettre à jour leurs statuts. J’ai tenté de raisonner Mamadou Sakho mais il a préféré arrêter toute interaction avec le public après des critiques sur ses fautes d’orthographes - et un commentaire d’un certain @AlexCariou lui demandant si sa mère avait toujours ses règles.

Ceux qui n’ont rien pigé

L’un de mes coéquipiers du PSG possède un compte qui n’est accessible qu’après validation. Sa démarche est aussi stupide que de s’inscrire sur Facebook pour chercher un travail. Entouré d’amis et de gens de confiance, il se préserve des insultes. C’est une erreur fondamentale. Les footballeurs doivent rester indifférents à la violence et ne jamais oublier qu’en cas de clash, l’opinion sera toujours du côté de leur agresseur.

”Tu fais quoi?

- Rien de spécial. Je traîne sur Twitter.

- Ca te sert à quoi, sérieux?

- A rien de spécial.

- C’est pour te faire remarquer?

- Un peu. Je regarde si on parle de moi. J’ai un Tumblr, aussi.”

Chaque matin, je prends cinq minutes pour analyser Twitter, Facebook et Google en effectuant une recherche à partir de mon nom. Dès qu’on parle de moi quelque part, je sursaute. Je me découvre parfois sur un site coréen ou cité parmi les acteurs d’une vidéo pornographique allemande rejouant un épisode de Derrick mais l’expérience vaut généralement le coup. Mes supporteurs sont encore peu nombreux, donc rares. Je peux manger au Mac Do ou afficher ma photo sur AdopteUneSale.com sans que l’on me reconnaisse. Quand un fan du PSG me remet à l’endroit dans la rue, je prends toujours la peine de lui répondre. La rencontre est sans conséquence, aussi courte qu’un contact protégé dans les toilettes du Buddha-bar. Si je tombe sur un type un peu trop agressif, un chauffeur-livreur aux joues rouges ou un jardinier, je ne cède pas à l’énervement et salue poliment ce crétin en lui promettant des places voire un contrat à l’OM.

Antoine attrape un caillou et le lance dans l’eau, entre deux canards portant des masques anti-pollution. Le bassin ne semble pas avoir été nettoyé depuis longtemps.

”Moi, jamais je me serais permis de critiquer un autre joueur. ”

Antoine a joué à une époque très lointaine où l’homme n’avait pas besoin d’internet pour perdre son temps. Une époque qu’il préfère oublier. En deux semaines, je n’ai réussi à l’emmener qu’au Camp des Loges. Il refuse de retourner au Parc des Princes, regarde Morandini plutôt que les matches à la télévision, se fout d’être présenté à Zlatan. Il ne m’a pas interrogé sur la composition des clans du vestiaire, comme le font généralement les gens qui me parlent pour la première fois. Le football ne l’intéresse plus vraiment. Ce football, en tout cas.

Il m’a simplement demandé de garder le silence sur notre conversation avec Nicolas Anelka, ressentant visiblement le besoin de tirer un trait sur toute cette histoire. Il craint les dérives si la presse apprend par hasard qu’Anelka s’est battu avec un coéquipier il y a quinze ans de cela. Le scandale, aussi vieux et anecdotique soit-il, blesserait maman.

Debout face à l’horizon, le manteau grelotant, Antoine observe les coins-coins.

”C’est ici que j’allais après les matches de la réserve. Je m’asseyais sur l’herbe et je regardais les canards. Je leur donnais pas à manger. Je ne faisais rien de précis. J’attendais, simplement.”

Il aurait pu vivre au milieu d’eux. Les oiseaux nageaient par bande de cinq ou six, en famille ou avec des voisins, sans jamais couler, évitant avec grâce les bouteilles en plastique flottant sur l’eau. Ils avaient l’aisance des patineuses artistiques et un atout supplémentaire : leur cou extensible, qui leur permettait de se gratter les fesses. C’était un spectacle prodigieux. Il aurait pu mériter un tweet.

9 commentaires

  1. Captain Rai dit :

    Noooooooooooooon
    Pas la fin monde commentée par CJP & Balbir, plutôt regarder un Sochaux Bordeaux ou écouter une thèse de philo expliquée par Luis.

    Merci de nous faire rire mon cher Kevin et n’oublies pas le cadeaux de Noel pour Laure.

  2. dashgami dit :

    C’est splendide…

    Les canards c’est pas mal. Moi je préfère les voiture qui entrent, se garent ou sortent des parkings de centres commerciaux le vendredi soir…

  3. Kireg dit :

    Celui-ci était particulièrement bon !
    Bravo Kevin.

  4. Baptiste dit :

    Rhhhhaaaaahhhhhhh le salaud, me suis fait rickroller comme un bleu…

    Sinon toujours aussi bon, merci!

  5. Leblogdevern dit :

    Encore une fois du tout bon !

  6. Abercrombie France dit :

    La marque de luxe française, une unité de LVMH, est prête à ouvrir son plus grand magasin en Chine à Shanghai le samedi, avec un escalier en colimaçon doré et sur invitation seulement rez-de-privé où les grands dépensiers peuvent obtenir leurs cheveux fait tout en rêvant des designs sur mesure pour sacs.

  7. beheliev dit :

    Merci pour tout, un régal de te lire =)

  8. Cuffi Georges dit :

    Encore génial!

    “d’un bobard du style ”J’ai toujours cru en toi, André-Pierre” ou d’un vil ”L’équipe de France a besoin de ton talent, Miiiiister Matt Moussilou!”
    En tant que supporter de Nice, je CONFIRME pour Moussilou! Les mouettes se sentent beaucoup mieux au Ray depuis son départ.

  9. モンクレール ジュニア dit :

    あなたたちは通常、​​何あまりにも私は本当に好き。 この種の賢い仕事や!私の| |私たち||私の個人的な自分のブログロール。

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CDF
Kevin Kohler