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Everton, du rêve au cauchemar

Une Premier League très offensive a annoncé de nouvelles possibles sanctions contre Everton, pour infraction financière. Ce changement de ton pourrait préfigurer une nouvelle ère.

Auteur : Kevin Quigagne le 26 Jan 2024

 

Opération réarmement. Depuis peu, la Premier League s'est secouée et tape (enfin) du poing sur la table. Elle se dit déterminée à sévir, "au nom des vingt clubs de la division et leurs supporters", après des décennies de dérives et laisser-faire. Everton, pour la deuxième fois cette saison, et Nottingham Forest font les frais du durcissement.

Ces deux clubs auraient confirmé avoir enfreint les nouvelles règles du fair-play financier portant sur la saison 2022/23, désormais appelées "Profit and Sustainability Rules" - règles de rentabilité et durabilité. Richard Masters, le directeur général de la Premier League, parle à terme de s'aligner sur le nouveau modèle de l'UEFA.

 

photo cc Jpag
photo cc Jpag

 

Le duo a jusqu'au 30 janvier pour répondre aux accusations portées, avant d'être entendu par une commission indépendante. Everton considère toutefois, en substance, que cette dernière charge fait doublon et que le règlement manque de clarté.

Outre Manchester City et Chelsea, d'autres sont marqués à la culotte, notamment Wolverhampton Wanderers (voir ici, sous l'intertitre "Danzer zone") et Newcastle United. Mais le cas d'Everton est symptomatique. C'est celui d'un club dysfonctionnel qui a trop voulu croire "au rêve", en faisant fi des avertissements.

Sévérité inattendue

Mi-novembre 2023, une commission indépendante pénalisait Everton de dix points [1], avec effet immédiat, pour avoir dépassé la limite autorisée d'endettement de 19,5 millions de livres, sur la période 2019/22 (Everton a perdu 124,5 millions sur ces trois ans alors que le maximum autorisé est de 105).

La commission, dont le président est nommé par les clubs de Premier League (sur proposition de son directeur général), a qualifié la conduite d'Everton d'"irresponsable".

Vu la passivité affichée jusque-là par la Premier League, personne ne s'attendait à une telle sévérité pour quelques millions de trop, et pour une seule infraction d'ensemble, surtout au regard de l'impunité dont bénéficie Manchester City - et ses 115 casseroles - depuis quinze ans, les irrégularités relevées remontant à 2009. Et sans les révélations chocs de Rui Pinto, le lanceur d'alerte à l'origine des "Football Leaks", pas sûr que Man City aurait été inquiété par la Premier League.

Des Citizens qui font le forcing via leurs avocats (dont Lord David Pannick, aux émoluments De Bruynesques : 10.000 livres de l'heure !), et contestent systématiquement chaque point, faisant ainsi traîner les procédures. C'est en jouant ainsi la montre et le pourrissement, avec plus qu'un œil sur les délais de prescription, que Man City avait réussi à faire annuler son exclusion des Coupes d'Europe en juillet 2020.

Le fait que l'UEFA, que Man City aurait menacé "de détruire" par le passé, avait étonnamment laissé City nommer deux des trois juges du Tribunal arbitral du sport au lieu d'une seule nomination autorisée par partie, explique aussi le résultat de 2-1 (décision à la majorité) en faveur des Mancuniens... Un traitement de faveur accordé par l'UEFA "pour simplifier les choses" et "rendre une décision avant le début des compétitions européennes", selon les documents examinés par The Athletic.

Pénalité historique

Le verdict n'est pas attendu avant la fin 2024 ou l'été 2025, selon les sources, et des prolongations sont à prévoir en cas d'appel de l'une des parties. Donc largement le temps, pour, City de fausser davantage les débats et gratter quelques titres supplémentaires.

Richard Masters a indiqué, le 16 janvier devant la commission parlementaire chargée de la culture, du sport et des médias, qu'une date pour le lancement des auditions avait été arrêtée, sans la révéler (car cela aurait enfreint deux règles sur la confidentialité du règlement de la Premier League).

Dix points de sucrés, c'est tout simplement la pénalité la plus sévère jamais imposée dans l'élite depuis la création de la D1 en 1888. Même Portsmouth avait récolté moins en 2010, pour des faits autrement plus graves.

Et rappelons que les six mutins anglais de la Super Ligue mouture 2021 n'avaient écopé que d'une amende dérisoire (3.6 millions chacun), sans même un retrait de points avec sursis. Leur insurrection mettait pourtant gravement en danger la Premier League.

Si les Toffees peuvent faire valoir des circonstances atténuantes (listées ici, sous "mitigating factors"), pour les instances, les facteurs aggravants sont établis, même s'il convient de préciser que le dossier est complexe et qu'il comporte des zones grises. Everton s'est défendu en envoyant pas moins de 40.000 documents à la commission, ce qui aurait passablement agacé les investigateurs.

Manquements et transgressions

Les circonstances ayant conduit à l'annonce du 15 janvier, et qui portent sur la saison 2022/23, sont encore trop méconnues pour les analyser. En revanche, on en sait beaucoup plus sur les raisons motivant la décision de novembre. En résumé, Everton est accusé d'avoir maquillé certaines dépenses et ignoré les multiples avertissements de la Premier League sur leurs violations répétées du règlement financier.

Le club, racheté progressivement en 2016 par l'homme d'affaires Farhad Moshiri, basé à Monaco et souvent considéré comme l'un des pires propriétaires du football anglais, est chaotiquement géré depuis des années.

Prenons par exemple la saison 2021/22. Everton, alors sous surveillance financière après avoir passé un deal bienveillant avec la Premier League (ce qui naturellement déplut aux autres clubs), était censé demander l'autorisation à cette dernière pour chaque mouvement de joueur, ce que la direction "omit" de faire à l'intersaison 2022. "Ça a rendu la Premier League furax, surtout qu'ils s'étaient mis en quatre pour aider Everton à rester dans les clous", confie un insider dans cet article du Times.

Une saison qui correspond à l'arrivée comme entraîneur, en janvier 2022, de Frank Lampard, en remplacement de Rafael Benítez, qui dura six mois. L'ex-milieu emblématique de Chelsea dépensera beaucoup, et mal. La vente de Richarlison à Tottenham, pour 60 millions, équilibra quelque peu les comptes, mais déboucha sur l'achat dispendieux de nombreux flops surpayés.

Les Américains du fonds d'investissement collectionneur de clubs 777 Partners, le nouveau propriétaire depuis septembre 2023 [2], tentent aujourd'hui de remettre de l'ordre, assistés d'Andy Burnham, maire du Grand Manchester et supporter Toffee, qui est monté au créneau, comme il l'avait fait en 2009 dans le dossier Hillsborough.

Car les rats ont quitté le navire et des membres clés de l'ancien directoire ont même refusé de collaborer avec la commission, une assistance qui aurait pourtant pu aider les enquêteurs à démêler l'écheveau des comptes internes et ainsi profiter au club.

 

photo cc Ben Sutherland
photo cc Ben Sutherland

 

Living the dream

Lors de la première saison prise en compte (2019/20), Everton, qui avait fini dans le Top 8 les trois exercices précédents, va viser la qualification en Ligue des champions et tabler sur d'hypothétiques recettes européennes pour financer le projet. En cela, la stratégie du club et la rhétorique utilisée ne sont pas sans rappeler le désastreux "We are living the dream" du Leeds United de l'ère Peter Ridsdale.

Sans grand discernement, Everton a dépensé 750 millions dans l'effectif depuis 2016, en incluant les managers et les multiples indemnités, sans avoir les reins suffisamment solides. La construction du nouveau stade n'a rien arrangé. Prévu pour coûter 500 millions, on se dirige vers un surcoût de quarante pour cent.

À Noël 2020, Carlo Ancelotti, en poste depuis un an et rémunéré 14 millions l'année (soit moins que Benítez), les hisse à la deuxième place, mais c'est un feu de paille. Everton finira 10e, avant de frôler par deux fois la relégation. "Ce dont nous sommes coupables, c'est d'avoir osé rêver et tenté des paris", synthétisera un peu lunairement un proche du club cité dans l'article du Times.

Plusieurs concurrents d'Everton au maintien, dont Burnley, Leeds et Leicester, se sont légitimement estimés lésés mais, après avoir envisagé de poursuivre le club liverpudlien, ils ont finalement opté pour la négociation avec 777 Partners.

Everton a fait appel début décembre. Le sentiment d'injustice les a d'abord galvanisés (12 points pris sur 15 possibles) et largement extirpés de la zone rouge où la pénalité les avait enfoncés, avant que la réalité sportive ne les rattrape. La Premier League, qui a promis de trancher tout litige pendant la saison en cours, devrait rendre le deuxième verdict d'ici mai.

Premier League sous pression

Depuis 2021, et la tentative avortée de Super Ligue ainsi que le rachat de Newcastle United par le PIF saoudien, la Premier League est sous pression et sa suprématie contestée. Jusqu'alors laxiste, l'instance s'est vue obligée d'endosser le costume du shérif.

La raison de cette mue forcée, opérée sur fond de crise identitaire, tient surtout au souhait des gouvernements conservateurs successifs de réformer la gouvernance du football anglais, via la création d'un "régulateur indépendant" (peut-être pas si indépendant que cela puisque ses membres seront nommés par le gouvernement).

Cette nouvelle autorité, en tant que gendarme financier chargé de superviser les clubs, actuelles prérogatives de la Premier League, affaiblirait significativement cette dernière, qui tient désormais à prouver qu'elle peut faire le boulot elle-même, sans organe de tutelle.

Un régulateur verra sans doute le jour d'ici 2026, mais la Premier League entend dès maintenant limiter les dégâts et tenter de se dégager une marge de manœuvre pour, in fine, conserver une sphère de compétences significative.

Le projet de loi, initié en 2019, parallèlement à une vaste consultation des acteurs du ballon rond, s'est cependant vite enlisé dans l'instabilité politique chronique, en partie causée par les apories du Brexit (quatre premiers ministres se sont succédé entre 2019 et 2021). Une nouvelle version actualisée et plus complète sera bientôt proposée. Les Travaillistes, prochains maîtres à bord, se sont engagés à faire passer la loi, en modifiant sans doute ses contours.

Un "petit club"

Les Toffees se battront jusqu'au bout et sur tous les fronts, surtout depuis que Richard Masters les a qualifiés de "petit club", accréditant pour beaucoup la thèse, répandue, que la Premier League roule surtout pour "les gros", qu'elle craint et ménage car leur attractivité planétaire et leurs considérables revenus sont consubstantiels de sa prospérité.

Une affaire existentielle donc, qui ferait que la Premier League se montre faible avec les puissants, surtout ceux liés à des états (au hasard, Man City et le Chelsea d'Abramovitch), et impitoyable avec les faibles.

Sean Dyche, leur manager, n'est pas du genre à lâcher le morceau et, du côté de Goodison Park, on espère que la Premier League, dans un sursaut de flexibilité, saura se montrer juste. Everton ne tient pas à essuyer les plâtres d'un système de contrôle en mutation et dont les modalités, à l'évidence, ne sont pas aussi clairement définies que l'affirme Richard Masters.

Le verdict sur le retrait de 10 points devrait tomber d'ici la mi-mars et ce n'est qu'ensuite qu'une commission pourra instruire la deuxième affaire. Un troisième acte est techniquement envisageable.

Voir Everton expédié de la sorte en Championship, d'où il est notoirement difficile de s'extraire, serait vécu localement comme une tragédie. Les Toffees sont présents sans discontinuer dans l'élite depuis 1954 et comptent 121 saisons de D1, un record. Le club est par ailleurs très actif au sein de la communauté, via sa fondation qui jouit d'une prestigieuse réputation.

Au-delà du cas d'Everton, on ne peut que saluer ces efforts de régulation visant à améliorer la santé financière des compétitions et par là même, à tendre vers une plus grande équité. En attendant d'autres chantiers, celui des clubs-États par exemple. Rêver ne coûte rien, en principe.

 

[1] La commission indépendante n'a pas expliqué comment elle était arrivée à ce total de 10 points, jugé arbitraire par beaucoup. Elle dément cependant avoir adopté l'idée de Richard Masters d'appliquer le barème suivant : une déduction fixe de 6 points, plus 1 point par tranche de dépassement de 5 millions. Ce barème, imaginé en août dernier, est officieux et n'entre pas dans les recommandations officielles du règlement de la Premier League. Cette dernière aimerait toutefois qu'une telle formule, ou une autre, serve systématiquement de base de calcul dans ce genre de dossier, "sauf pour les cas très complexes" (comme ceux de Chelsea et Man City ?). La commission nie avoir subi une quelconque influence et avance deux raisons dans son démenti. D'une part, suivre les suggestions de quiconque contreviendrait aux dispositions relatives aux articles W50 et W51 du règlement de la Premier League, qui confèrent à la commission une liberté d'action totale. D'autre part, ce barème ne figure pas dans le règlement de la Premier League et donc ne saurait être pris en compte. On remarquera toutefois, sans en tirer de conclusion, que la sanction de 10 points correspond peu ou prou au résultat du barème (9 points), s'il avait été utilisé.

[2] 777 Partners est cependant toujours en attente de satisfaire les critères d'intégrité financière et judiciaire de la Premier League (Owners' and Directors' Test), récemment durcis. Interrogé par la commission parlementaire, Richard Masters a laissé entendre que certaines garanties n'avaient pas encore été fournies par 777 Partners. Pour plusieurs tabloïds, ce dernier coup dur, ajouté à celui de novembre, aurait sensiblement modifié les paramètres de la vente.

Réactions

  • Sens de la dérision le 29/01/2024 à 07h07
    Bien cet article. On a un peu l'impression que la Premier League a voulu jouer la carte du fric mais qu'à ce petit jeu, certains sont plus forts qu'elle.

  • Mangeur Vasqué le 29/01/2024 à 22h41
    Y’a pas mal de ça en effet. Plus forts car pour certains presidents et dirigeants, la magouille, les financements illégaux, les montages nébuleux et autre, c’est leur métier, c’est une seconde nature. Leur savoir-faire dans ce domaine est infiniment supérieur à celui de la Premier League.

    En février 2013, les clubs de Premier League avaient voté en faveur de l’introduction d’un Fair-Play Financier à partir de 2013-14. La PL suivait ainsi la Football League (clubs D2-D4), qui avait introduit un FPF en 2012. La version FPF de la Premier League était cependant bien plus souple que celle de l’UEFA, surtout niveau dettes autorisées.

    Et là, ce qu’on aurait dû voir est un durcissement au niveau du règlement, avec des sanctions claires, un barème de retrait de points détaillé pour un éventail d’infractions, etc. (le seul barème existant, tout comme en Football League, est lié aux redressements judiciaires, mais ça n’arrive plus de nos jours en PL. Le dernier, et premier, à l’avoir été est Portsmouth, en 2010).

    Le choc Portsmouth (dettes stratosphériques) aurait donc dû conduire à une réforme à ce niveau. Je relatais ici lien que la PL, à un moment de l’affaire Portsmouth, ne savait même pas à qui s’adresser tellement la structure du club était opaque. On avait par exemple eu 4 présidents différents à Pompey en à peine six mois ! Je me souviens avoir entendu dans une émission à l’époque que l’administration de la PL n’était pas équipée juridiquement et en savoir-faire pour dépiauter les complexes montages (cascades de sociétés) qui occultaient les véritables propriétaires.

    Le scandale Portsmouth était un peu la goutte d’eau et avait affecté la communauté. Un club qui fait faillite de manière spectaculaire comme Portsmouth, ça a non seulement des conséquences locales (450 créanciers dont beaucoup d’entreprises ordinaires qui n’avaient pas été remboursées – y’avait même deux écoles parmi ces créanciers), mais aussi au niveau du fisc britannique, qui ne fait pas partie des “créanciers sécurisés” (comme expliqué dans l’article), en vertu de la cynique “football creditors’ rule” lien, et est donc rarement bien remboursé (donc coût pour le contribuable).

    Les nouvellement arrivés Conservateurs en 2010 (une coalition en fait, avec les LibDems, mais largement en faveur des Conservateurs qui avaient remporté 306 sièges à la Chambre des Communes, vs 57 pour les LibDems) avaient promis de réformer la gouvernance du football, c’était dans leur programme, ainsi que dans celui des deux autres partis principaux.

    Mais contrairement à aujourd’hui (et la future création du régulateur indépendant du football anglais mentionné dans l’article), le gouvernement de David Cameron avait chargé la FA (Fédération anglaise) de superviser la réforme. Grosse erreur…

    Le gouvernement était préoccupé par les LBO/achats à effet de levier ou acquisition par emprunt/endettement (eg Manchester United) et par le trop grand nombre de propriétaires véreux dans toutes les divisions (Hicks et Gillett à Liverpool, Shinawatra à Man City, etc.), donc le gvt souhaitait un renforcement des critères du “fit and proper person test” ( lien, introduit en 2004, pour avoir des proprios et dirigeants plus intègres et solvables) et voulait réduire les redressements judiciaires car y’en avait eu des dizaines depuis les années 1980 en Football League (1 seul cas de redressement judiciaire en Premier League mais certaines situations, comme le meltdown financier de Leeds United au début des années 2000 en Premier League avait débouché sur un redressement plus tard, une fois le club tombé en Football League. Y’avait eu d’autres cas similaires).

    Le gouvernement voulait aussi, sur le papier, donner un plus grand rôle aux supporters au sein des clubs et forcer les clubs à baisser les prix des billets (+ 900 % d’augmentation entre 1992 et 2010).

    Alors, les objectifs du gouvernement en la matière étaient fort louables, mais (gros mais), pour accoucher de tout ça, le gouvernement avait demandé à la FA de travailler avec les instances Premier League et Football League... Comme on peut s’en douter, quasiment rien ne fut accompli, juste en gros un renforcement des règles du “fit and proper person test”.

    La Premier League plc est une société privée avec des actionnaires (les clubs, qui votent les decisions, la majorité est de 2/3, donc il faut 14 clubs/voix sur 20 pour faire passer une loi), donc ils agissent rarement contre leurs intérêts…

    Pour la PL d’alors, l’argent était la seule métrique du succès (un peu différent aujourd’hui que le spectre du régulateur se profile et que donc la PL se sort les doigts) et le changement ne pouvait donc pas venir de l’intérieur. D’où la création de ce régulateur indépendant voulu par le gouvernement (une mesure similaire était dans le programme de Boris Johnson en 2019), et qui devrait être opérationnel dans 2-3 saisons. Reste à savoir comment se répartiront les compétences entre la Premier League et le régulateur…

  • Bernard Diogène le 02/02/2024 à 14h02
    Décidément, Everton joue de malchance.
    Si le club est en 2024 une victime collatérale des abus de ses puissants concurrents (City, Chelsea) sur qui plane... l'impunité, rappelons que les Toffess, champions en 1985 et 1987, n'avaient pas pu défendre leurs chances en C1 en raison de la mise au ban du football anglais depuis le drame du Heysel impliquant les supporters... du Liverpool FC.
    [Cela dit sans minimiser les écarts de gestion qui ont conduit la Premiers League à sévir.]

  • Mangeur Vasqué le 03/02/2024 à 10h41
    Ni en C2 en 1986-1987. Et ouais, ils n’ont vraiment pas eu de chance, l’équipe de 1985-1988 était l’une des plus belles de l’histoire du foot anglais, managée par Howard Kendall lien.

    Il y avait notamment le buteur écossais Graeme Sharp lien, en feu ces saisons-là (111 buts/322 matchs en D1 pour Everton, dont 21 en 1984-85).

    Et le gallois Neville Southall, alors considéré comme le meilleur gardien britannique. Aujourd’hui activiste lien

    Et l’Irlandais Kevin Sheedy sur l’aile gauche, avec Trevor Steven sur la droite, “Tricky Trev” qui filera plus tard à l’OM. Et le milieu défensif Peter Reid, aussi teigneux que talentueux, élu "PFA Players’ Player of the Year" en 1985. Un an plus tard, c’est un autre Evertonian qui sera couronné : Gary Lineker (30 buts/41 matchs de D1 et 40/57 toutes compéts confondues), avant de partir pour le Barça. C’est la période la plus faste du club.

    Everton invaincu entre le Boxing Day 1984 (26/12) et la mi-mai 1985, 28 matchs d'affilée, et facile vainqueur de la C2, écrasant tout sur son passage lien. (sauf bizarrement l’University College Dublin AFC !). Leur surnom de “School of Science” lien, glané à la fin des années 1920 (titres en 1928 et 1932), fit son retour. 90 points en 1984-85 (laissant le 2è, Liverpool, à 13 unités ! 22 clubs en D1/42 journées alors) et 86 pts en 1987 (LFC, 2è, 77).

    Visiblement, la raoulisation de l’instance Premier League porte ses fruits, les clubs font beaucoup plus gaffe : lien “Premier League clubs tighten purse strings in fear of breaking financial rules – Total spend set to be one of lowest amounts in January”

    Et le boss de Forest n’a pas non plus goûté de s’entendre taxer de “small club” par Richard Masters : lien “Nottingham Forest owner takes offence at Richard Masters’ ‘small club’ remarks“

  • Bernard Diogène le 03/02/2024 à 11h18
    Merci pour ce florilège. Belle génération, en effet.

  • Mangeur Vasqué le 04/02/2024 à 22h25
    l’équipe de 1985-1988 était l’une des plus belles de l’histoire du foot anglais, managée par Howard Kendall

    ______________________________________________________________________

    Coquille : c’est “1984-1988” bien sûr. Kendall partit en 1987, mais le cru de 1987-88, qui finit 4è, porte son sceau. Logique : son remplaçant, Colin Harvey, était son adjoint et ami proche. Il fut chaudement recommandé au directoire par Kendall, et Philip Carter n'hésita pas une seconde à le nommer (homme d'affaires président d'Everton, et à l'origine des bouleversements qui créeront la Premier League dix ans plus tard, voir lien, section "Les années 1980-1983 : la colère gronde").

    Everton battit Liverpool à Anfield en début de ce cycle triomphal, en octobre 1984, pour la première fois en championnat depuis 6 ans et à Anfield depuis 1970. Cette victoire revêtait donc une signification particulière, elle entérinait en quelque sorte un passage de témoin (Liverpool avait remporté 5 des 6 derniers titres D1).

    Ironiquement vu d’aujourd’hui, ce jour-là à Anfield les supps Toffees chantèrent à l’adresse de Liverpool, qui se retrouvait 17è : “Going down” (LFC finira 2è).

    Je viens de tomber sur cet intéressant article du Guardian sur cette saison 1984-85 vue de Merseyside : lien “When the final whistle sounded, Everton fans mockingly chanted “going down” to their rivals, who had slumped to 17th in the table. Motson did not hold back in his summary, saying: “The balance of power may be shifting on Merseyside. Everton needed this result to prove it. Sharp agrees. Beating them at Anfield gave us so much self-belief”

    Changement total de mood à partir de 1988-89 pour Everton, saison annonciatrice d’un déclin sportif qui débouchera sur une grosse décennie largement galère à partir de 1993 (dont un maintien en PL obtenu seulement à la différence de but en 1998. Avec, cruellement, Howard Kendall aux manettes, pour son troisième passage à Everton lien. L’homme qui les avait portés au sommet dans les années 1980, les avait presque fait descendre en D2, pour la première fois depuis 44 ans).

    En vrac, les raisons des prémices du déclin sportif :

    - le départ en 1986 de Gary Lineker pour le Barça.

    - le départ surprise de Kendall en juin 1987 (il reviendra fin novembre 1990 lien, pour trois ans, sans parvenir à recréer la magie). Il partit pour l’Athletic Bilbao. Sa réputation à l’internationale était telle que l’année précédente, il avait été fortement pressenti pour remplacer Terry Venables au Barça.

    - la grosse baisse de régime de Graeme Sharp (largement mutique jusqu’à son départ pour Oldham en 1991 – seulement 16 buts sur les trois dernières saisons), combinée à une instabilité de la ligne d’attaque.

    - une nouvelle défense bien plus poreuse que le mythique back four des années 1984-1988 (Ratcliffe-Mountfield-Stevens-Van Den Hauwe. Seul le gallois Kevin Ratcliffe, Everton Legend lien, resta au-delà de 1989).

    Déclin essentiellement sportif car financièrement, ça allait (y’avait aussi de gros problèmes au niveau du board dans les années 1990). La vente de Lineker au Barça notamment leur assurait une bonne trésorerie (vendu 2.8 millions £, alors record britannique. Evon l’avait acheté 800 000 £ à Leicester un an plus tôt).

    À Barcelone, Lineker rejoignit Terry Venables, qui avait également acheté Mark Hughes deux mois plus tôt, à Man United (établissant un premier record, 2.3m £). Cela permit par exemple à Everton de signer le plus gros transfert domestique de l’histoire du foot anglais en 1989 : Tony Cottee, recruté à West Ham. Pour 2.3 millions £…

  • Mangeur Vasqué le 04/02/2024 à 23h01
    Et Dieu que ces montants “records” (2 millions) font vintage au passage…

    En parlant de Terry Venables (“El Tel”), décédé y’a deux mois, un ami l’autre jour me parlait de son jeu de société (culte dans les cercles geeks), intitulé “The Manager” (Can you take the pressure?). Gros succès, El Tel réussit même presque à en faire un jeu télévisé mais ça n’aboutit pas, pour des raisons d’argent je crois.

    Un jeu, sorti une première fois vers 1990 puis pour l’Euro 1996 anglais (il était sélectionneur des Trois Lions), où chaque joueur disposait d’une véritable fortune pour remporter le titre : 10 millions.

    10 millions, putain… Comme le passé, même récent, est délicieusement rétro. Dix boules, à peine de quoi payer un agent pour une transaction à Chelsea aujourd’hui.

    lien

    lien

    “Terry Venables - The Manager Board Game by Waddingtons (1996)

    Your Placed in one of the Hottest Seats in World Football as you take charge of one of England's Premier Clubs.

    Failure cannot be contemplated and Winning is all (on and off the Pitch).

    You must please the Fans, The Players, Club Directors and the Shareholders.

    You are given a budget of £10 Million to run your Club, buying your Team wisely and trying to keep everyone Happy.

    Success is not just important on the Pitch as the overall Winner will be judged on Profit”

La revue des Cahiers du football