Ni buts ni soumises » Le point à mi-saison de la D1 2019-2020 (2/4) - Les recrues

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Le point à mi-saison de la D1 2019-2020 (2/4) - Les recrues

La moitié de la saison est passée et à quelque jour de la reprise, c’est l’occasion de faire un bilan d’étape de la D1 d’après Coupe du monde en quatre partie concernant la fréquentation des stades, le recrutement à l’étranger, le niveau général et la course au maintien.

Les recrues

La D1 fait désormais régulièrement son marché en dehors de France et pas seulement pour les équipes de tête. La moitié des joueuses qui ont débuté en D1 cette saison venait ainsi de l’étranger.

Est-ce que ces recrues barrent la route des jeunes joueuses et bloquent la progression des postulantes à l’équipe de France ou apportent-elles de l’expérience au première et un environnement de plus haut niveau aux secondes ?

Cinquante joueuses ont joué leur premier match de D1 cette saison. Parmi elles, la moitié est arrivée de l’étranger, quatorze sont des promues qui n’avaient jamais connu l’élite et dix sont de jeunes joueuses qui débutent leur carrière. Enfin la Sojaldicienne Sarah Magnier est un cas à part puisqu’elle est arrivée cette saison de Limoges à 29 ans pour faire ses débuts dans l’élite.

Sarah Magnier, ici face à Hanna Glas

Sarah Magnier, ici face à Hanna Glas

Les deux tiers des joueuses arrivées de l’étranger cet été sont globalement titulaire (ou font partie de la rotation d’un effectif qui compte nettement plus de onze titulaires comme les Anglaises de Lyon Nikita Parris et Alex Greenwood). Ce n’est pas une nouveauté (voir « La D1, le nouvel Eldorado » où on parlait déjà en 2013 de Megan Rapinoe, Luna Gevitz et Jeannette Yango et « Les étrangères en D1 » pour voir que la proportion de joueuses étrangères était de 12 % en 2015 alors qu’elle atteint désormais 30 %).

Les clubs du haut de tableau, Lyon, PSG, Montpellier et Bordeaux sont allés chercher des internationales reconnues ou de solides espoirs et si les Parisiennes Jordyn Huitema et Karina Sævik sont plutôt remplaçantes, elles le doivent plus à la concurrence à qu’à un échec de recrutement et aucune des deux n’a passé plus de trois match sans entrer en jeu.

Khadija Shaw à Bordeaux tout comme Lisa Schmitz, Iva Landeka et Lena Petermann à Montpellier sont tout de suite devenues des pièces maîtresses de leur équipe.

Khadija Shaw

Khadija Shaw

Dans les équipes du reste du plateau, le bilan est plus nuancé. Fleury a parfaitement réussi sa greffe danoise même si Cecilie Sandvej joue peu. Rikke Sevecke est capitaine, Stine Larsen joue tous les matchs et l’équipe semble en route pour un maintien tranquille malgré un renouvellement très important de son effectif et sans l’appui d’un club professionnel masculin (l’interaction avec l’équipe masculine cette saison a été le passage de l’entraîneur Habib Boumezoued chez les garçons).

De même à Guingamp, l’arrivée de Carlin Hudson a stabilisé la défense avec Luna Gevitz qui n’est pas débutante en D1 puisqu’elle était passée par Montpellier en 2012-2013 mais c’est tout comme. À Reims, Darya Kravetz et Grace Rapp sont venues compléter un effectif qui comptait déjà Tanya Romanenko et Melissa Herrera et qui assume son rôle de promu.

Carlin Hudson au duel avec Stine Larsen sous l'œil de Luna Gevitz et Marina Makanza

Carlin Hudson au duel avec Stine Larsen sous l'œil de Luna Gevitz et Marina Makanza

Le recrutement de Metz explique sans doute en partie la position de lanterne rouge des grenates. Kristen Ricks et Jassie Vasconcelos ne jouent presque jamais alors que Christy Grimshaw et Sh’nia Gordon n’apportent pas grand-chose qui justifie d’être allé les chercher à l’étranger. Dans une mission comme celle du maintien qui a des chances de ne pas se jouer tellement sur le talent mais plus sur l’envie et l’esprit de corps, il est sans doute plus facile de faire bloc avec des joueuses du cru qui savent qu’une descente signifie qu’elles seront elles-mêmes en D2 qu’avec d’autres qui sont ici cette année et qui seront ailleurs l’an prochain.

La problématique est légèrement différente pour le Paris FC qui n’en est pas à risquer la descente en D2. Mais après avoir longtemps limité son contingent étranger à de rares exceptions, l’ex club juvisien doit désormais compenser avec les nombreux départs de titulaires. Et bien que le club axe en grande partie sa communication sur sa formation et la jeunesse de son effectif, il va très largement chercher ses renforts à l’étranger, avec un succès contrasté. Marith Müller-Prießen s’est imposée en défense tout comme Claire Savin quand elle n’est pas blessée. Mais Coumba Sow joue les utilités alors que Natasha Honegger n’a joué que le dernier match de l’année.

Le Paris FC est derrière Lyon la deuxième équipe la plus âgée du championnat et c’est sans doute parce que ces recrues bloquent les jeunes joueuses du club. En dehors d’Oriane Jean-François qui a fait son trou, aucune joueuse née en 2000 ou après n’est entrée en jeu cette saison. Ainsi Caroline Pimentel et Mélanie Carvalho n’ont pas encore eu l’occasion d’enchaîner malgré des débuts plutôt réussis la saison dernière.

Proportions croisées du temps de jeu en D1 pour les joueuses non sélectionnables et formées au club

Proportions croisées du temps de jeu en D1 pour les joueuses non sélectionnables et formées au club

Pourtant la présence de joueuses étrangères n’est pas incompatible avec l’utilisation de joueuses formées au club1. Parmi les cinq équipes qui alignent le plus de joueuses qu’elles ont formé, on trouve trois des quatre qui font jouer le plus de non sélectionnables2 (et encore il faut descendre dans les décimales pour que Montpellier soit devancé par Reims).

Le cas de Guingamp ressemble à ce que le Paris FC annonce faire. L’équipe type ne compte plus que la seule Louise Fleury comme joueuse formée au club et elle s’est stabilisée avec des étrangères, soit venant de l’étranger comme Carlin Hudson et Luna Gevitz, soit connaissant déjà la D1 comme Ekaterina Tyryshkina arrivée l’an dernier de Rodez ou Jeannette Yango arrivée cet été et qui avait connu l’élite à Yzeure et qui est passée entre temps par la D2 avec Brest, Rouen et Saint-Malo. Mais le centre de formation apporte aussi son écot puisque derrière les onze titulaires, il fournit toutes les autres joueuses de l’équipe comme Ella Pallis, Adélie Fourré, Emmy Jézéquel ou Alison Peniguel.

Âge moyen des équipes de D1
Équipe Âge moyen
Reims 22,6
Metz 23,0
Marseille 23,4
Guingamp 23,5
PSG 24,9
Soyaux 25,3
Montpellier 25,5
Bordeaux 25,5
Dijon 26,1
Fleury 26,4
Paris FC 26,6
Lyon 27,4

Trois des quatre équipes les plus jeunes de D1 (Reims, Metz et Guingamp) sont aussi trois des quatre qui alignent le plus de joueuses non sélectionnables en dehors du trio Lyon-PSG-Montpellier.

« Jeunes » et « étrangères » ne sont pas par nature des catégories disjointes mais pour ces trois équipes, les joueuses étrangères sont plus âgées que les françaises, particulièrement à Reims. Les recrues étrangères semblent bien là pour encadrer et apporter de l’expérience à leurs coéquipières françaises.

En dehors du PSG, les joueuses sélectionnables dans les équipes de France occupent la majorité du temps de jeu.

Jordyn Huitema, jeune recrue étrangère du PSG.

Jordyn Huitema, jeune recrue étrangère du PSG.

Dans les trois clubs historiques du haut de tableau, les joueuses françaises régulièrement alignées sont appelées en équipe de France et réciproquement, toutes les internationales en exercice jouent régulièrement. Il y a bien sûr toujours des exceptions comme Selma Bacha, Sandy Baltimore, Morgane Nicoli, Aminata Diallo ou Sandie Toletti, pas encore ou plus appelées. Mais dans l’ensemble, il n’y a pas vraiment cette saison d’internationale en puissance cantonnée sur le banc dans ces clubs.

Ce n’est pas non plus le cas à Bordeaux où la présence de prétendantes à d’autres sélection est moindre et où il y a nettement plus de prétendantes à l’équipe de France que d’appelées. Ce sont même plutôt les étrangères Kathellen Sousa et Erin Nayler qui semblent avoir perdu leur place.

Comparaison de la moyenne d’âge des Françaises et étrangères dans les clubs de D1
Équipe Étrangères Françaises Écart
Soyaux // 25,0 //
Reims 24,6 20,5 4,1
PSG 26,1 22,5 3,6
Montpellier 26,9 23,6 3,3
Paris FC 28,1 25,7 2,3
Guingamp 24,6 22,4 2,3
Metz 23,8 22,1 1,6
Lyon 26,6 27,6 -1,0
Marseille 22,0 23,1 -1,1
Dijon 24,8 26,0 -1,2
Bordeaux 23,6 25,6 -1,9
Fleury 24,7 26,7 -2,0

Le recrutement à l’étranger ne semble donc pas (encore) de nature à bloquer massivement la progression des joueuses nationales. Il est parfois de qualité inégale mais cela se traduit surtout par une mise sur le banc des recrues.



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