Les quatre formations présentes en finale européenne cette saison présentent un point commun finalement assez banal : elles évoluent avec un seul attaquant de pointe. Mais, là où Cardozo et Torres attendent le plus souvent les ballons dans la surface, ce qui n’est pas forcément une mauvaise idée quand vous avez Gaitan ou Mata pour vous les amener, Lewandowski et Mandzukic courent beaucoup, au détriment parfois de leur efficacité. Une faculté pourtant très utile pour l’équilibre de leur équipe, que ces buteurs costauds mais modernes, ouvriers du collectif, tirent vers le haut.

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Wayne Rooney a ceci de fascinant qu’il est intrinsèquement moyen. Petit, trapu et chauve, Rooney est un joueur rustre. A la différence des Ronaldo, Messi ou Van Persie, pour ne citer que ceux à qui on le compare trop souvent, Wayne Rooney n’est pas doté d’affriolantes facultés techniques, et encore moins de cette élégance qui fait les joueurs de classe mondiale.

Ses passes comme ses dribbles sont rarement surprenants, la faute à un pied gauche très limité et à une silhouette de boxeur alcoolique. On le connaît surtout pour ses tirs de loin et son jeu de bourrin, qui lui valent l’admiration ou le dénigrement des spectateurs. On évoque ainsi son esprit de “guerrier”, de “mort de faim” prompt à se sacrifier pour son équipe, idéal mythifié du football à l’anglaise : un joueur “tout en puissance”, disent les commentateurs qui voient là sa principale - et unique ? - qualité. Mais Rooney est bien plus que cela, et surtout : il n’est rien de cela.

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Francesco Totti est fascinant. Quelle que soit la relation qu’on entretient avec lui, supporteur, amateur, rival, il fascine l’autre, pour sa trajectoire, sa technique, sa créativité. Quand on on avait un jour demandé à Zdenek Zeman de lister les trois meilleurs joueurs italiens, le Tchèque avait répondu “Totti, Totti et Totti”. Au-delà de la poésie qu’elle renferme, la formule du doublement ancien coach de la Roma raconte bien les qualités de ce penseur.

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Le meneur de jeu à l’ancienne, ce poste associé au fameux numéro 10, n’est pas encore tout à fait mort, mais il est très mal en point. Tandis que les médecins, à son chevet, se demandent s’il vaut le coup de le laisser vivoter en le maintenant sous respiration artificielle, les théories sur les causes de son état se font plus précises. Un thème central : la polyvalence. Une idée générale : avoir une excellente vision du jeu et qualité de passe ne suffit plus à se démarquer des neuf autres joueurs de champ. L’évolution de la carrière de Steven Defour, Axel Witsel et Marouane Fellaini, trois anciens partenaires du Standard aux destins bien distincts, en est une preuve éclatante.

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C’est l’un des principes fondateurs de l’occupation d’un terrain, et pourtant l’un des plus complexes à disserter. De fait, comment traduire en termes concrets cette notion si abstraite de “vide”, autrement dit des zones de “non-jeu”, dans une discipline essentiellement focalisée sur le ballon et les quelques joueurs qui l’entourent ? La bonne compréhension du sujet tient à trois questions fondamentales, mutualisant des analyses à la fois pratiques (géographie footballistique) et théoriques (esthétiques et philosophie du jeu sans ballon)

  • qu’est-ce que le vide dans le football, et de quels facteurs dépend-il ?
  • dès lors, comment le créer, ou du moins le générer en fonction d’un plan de jeu donné ?
  • enfin, comment l’exploiter de manière optimale, dans le cadre ou non dudit plan de jeu ?

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Ca avait tout l’air d’un essai, c’est devenu mode puis tendance, et peut désormais être considéré comme un vrai rôle. Le wrong footed winger, que l’on pourrait traduire par ailier en faux pied, n’est pas un énième micro-phénomène auquel quelques théoriciens du football accordent trop d’importance mais bien une vraie révolution tactique. Et c’est tout le concept même d’ailier qui s’en trouve bouleversé.

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Il faudrait poser la question à Lionel Messi. Lui demander comment il réussit ce geste si compliqué à exécuter et si simple à regarder. Une affaire de dosage extrême, de connaissance du coéquipier. La passe en profondeur entre le latéral et le défenseur central, c’est en général une passe ratée.

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Pourquoi réserver la philosophie au cénacle des branleurs intellectuels ? Le football aussi a droit à ses questions existentielles, au panthéon desquelles trône cette interrogation fondamentale : un footballeur est-il libre sur un terrain ?

Si la liberté créatrice se résume à un simple curseur dans Football Manager, la variable est en réalité plus complexe qu’il n’y paraît… d’autant qu’elle peut considérablement impacter le cours du jeu. In fine, la liberté des joueurs interroge le rôle de la tactique et donc de l’entraîneur dans la gestion d’un match. Qui, des joueurs ou coach, mérite de gouverner le terrain ?

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Souvent, elle agace. Provoque des huées dans le stade, des soupirs devant l’écran de télévision, et des commentaires acerbes sur le refus de jouer d’une équipe et son incapacité à aller de l’avant. Aveu d’impuissance, symbole ultime du recul, elle est vue par beaucoup comme un pis-aller. La réduire à cela serait pourtant une erreur. Bien utilisée, à court mais surtout à long terme, la passe en retrait au gardien est une arme.

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En 2000, lorsque Carlo Mazzone, entraîneur de Brescia, explique à Andrea Pirlo qu’il va jouer plus bas, les deux protagonistes n’imaginent pas le courant qu’ils viennent de lancer. Un courant contraire à l’époque : placer un 10 en 6 alors que la référence du poste se nommait Claude Makélélé. Mazzone et l’ancien nerazzurro flirtaient avec la folie. Marcelo Bielsa a dit un jour : « Un homme avec des idées neuves est un fou jusqu’à ce que ses idées triomphent. » Carlo Mazzone et Andrea ne furent pas déments très longtemps, et un autre Carlo, Ancelotti cette fois-ci, profita de l’avant-gardisme de son homonyme. Six ans plus tard, les Rossoneri avaient disputé trois finales de Ligue des Champions, avec deux victoires à la clé.
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