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L'homme descend du songe

Depuis le printemps, les médias britanniques suivent l'action humanitaire pour l'Ukraine de Rod Stewart, la star qui aurait pu être un grand footballeur. Vraiment ?

Auteur : Kevin Quigagne le 14 Nov 2022

 

Au début des années 1970, l'altruiste [1] Anglo-Écossais Rod Stewart, aujourd'hui âgé de 77 ans, comptait parmi les pépites les plus convoitées du Royaume-Uni et était promis à une glorieuse carrière. Sans de foutues blessures et la faute à pas de chance, il aurait sans doute tutoyé les sommets.

En 1960, âgé de quinze ans et vivant dans feu le Middlesex (comté ultérieurement amalgamé au Grand Londres), le défenseur axial-milieu récupérateur Rod Stewart est un talent précoce et rare.

C'est un défensif au gros bagage technique et les recruteurs des grands clubs anglais se l'arrachent. Brentford FC, encore brillant pensionnaire de l'élite quelques saisons auparavant, aura la primeur de sa signature.

 

 

Un talent unique

Rod le polyvalent surdoué explose un à un les échelons du centre de formation des Bees, devenu vite trop étroit pour lui, et passe professionnel à dix-sept ans. Je me souviens d'images d'archives le montrant diriger sa défense comme un vieux briscard et je le revois claquer des worldies, ces buts venus d'ailleurs.

Une action lumineuse en particulier me reste gravée en mémoire, contre la réserve de Liverpool, future ossature de l'équipe championne d'Angleterre 1964 et 1966. Il jaillit du milieu, efface cinq joueurs-plots, et conclut son étourdissante chevauchée d'un piqué !

À dix-huit ans, la mort dans l'âme, il doit raccrocher pour cause de douleurs chroniques aux tendons rotuliens. Sa carrière musicale démarre et il lui faut faire des choix. Les observateurs de l'époque sont unanimes : il aurait brillé en First Division et probablement aussi avec les Trois Lions ou la Tartan Army (sa mère était écossaise). Musique 1, Football 0 donc, et un "big fat" zéro de surcroît.

 

 

Mais j'imagine que vous savez déjà tout ça si vous suivez le football britannique. Sauf que ce que vous venez de lire est du fake, de la fiction, de l'idéalisé. Je vous ai éhontément embarqués dans une vieille légende urbaine : Rod Stewart et sa soi-disant carrière footballistique, qui dura en fait le temps d'une matinée.

Le crooner fut sélectionné plusieurs fois en équipe du comté et passa bien un essai avec Brentford en juillet 1960, comme tant de jeunes cet été-là à travers le pays, mais le club de D3 ne donna pas suite. Le mythe, lui, était en marche, inarrêtable. Stewart sut l'entretenir et la caravane suivit gaiement.

Le bal des refoulés

La documentation aléatoire et les souvenirs, dissipés dans les volutes du temps et des Swinging Sixties, ont facilité l'enivrante transhumance vers les hauts plateaux de l'illusion, en mode grand braquet. La distorsion et l'effet d'emballement, phénomènes inhérents aux forums et réseaux sociaux, ont fait le reste.

Sur Internet, les tribus générationnelles réagissent diversement. Les Millennials évoquent un ex-prodige au gros potentiel ; les Zoomers emmagasinent l'information pour impressionner dans les dîners kebab en ville en se demandant qui est ce type ; et les Boomers, s'ils savent, n'osent pas casser l'ambiance, préférant sauter sur l'occasion pour se vautrer dans leur hétérotopie virtuelle favorite, la nostalgie.

La légende a fait son chemin et acquis sa propre existence. La révolution numérique lui a offert une seconde jeunesse, une nouvelle identité qui a réinitialisé la machine à rumeurs ("Arsenal le voulait, paraît-il"), brouillant encore davantage les pistes.

En somme, le trip typique du supporter lambda, ergo d'un refoulé, nourri par les fantasmes. En tout fan sommeille un frustré. Rod Stewart, jeune ado footeux, rêvait tellement d'enflammer les foules qu'il laissa savamment planer le doute, avant de finalement "clarifier les choses" il y a dix ans via son autobio.

"Contrairement à un récit tenace, Stewart écrit dans son autobiographie de 2012 qu'il ne fut jamais contractuellement lié à Brentford et que le club ne le recontacta jamais après son essai", précise l'air de rien un passage sur sa page Wikipedia anglaise...

Si près de la gloire

Pendant cinq décennies, à l'instar de son tube, Rod Stewart n'a donc pas voulu en parler [2], et cette image d'ex-wonderkid fut cultivée, et continue de l'être malgré l'omniscient Big Data. C'est un grand classique du milieu.

On a tous connu d'anciens "semi-pros" ou "cracks" de centre de formation dans leur jeunesse, qui auraient percé dans le football si un mariage, leur belle-mère ou les ligaments croisés n'étaient pas venus bêtement tout gâcher... Certains nous ont à l'usure, d'autres sont tellement convaincants qu'on finit parfois par y croire.

 

 

Un voisin, qui avec feu mon père me fit découvrir le foot de stade à cinq ans, aimait raconter en boucle à tout le quartier qu'il avait enseigné les fondamentaux en jeunes au malheureux Jean-Pierre Adams, qui lui devait donc beaucoup. Et s'il n'avait pas rencontré sa future femme très tôt, il aurait supplanté Marius Trésor en défense centrale chez les Bleus (ou dans ce style).

J'ai revu ce voisin l'an dernier, peu avant son décès des suites d'une longue maladie, et on a bien ri. Et on en a versé une petite aussi en exhumant de vieux albums photos. Les souvenirs du football sont si puissants émotionnellement quand ils se retrouvent tissés dans la trame familiale de l'enfance.

Baignant dans le foot briton depuis longtemps et ayant visité Griffin Park dans les années 1990, l'ancien antre des Bees qui comptait fameusement un pub à chaque coin, j'ai toujours plus ou moins su la vérité sur Rod Stewart.

Et quand je me suis mêlé aux discussions le concernant, qui frisent parfois l'état de limérence avancé (non, rien à voir avec les pintes), j'ai souvent cherché à froidement remettre le pub au centre du village, au nom de cette sacro-sainte vérité.

Rêver le football

Mais l'autre jour, en promenant mon sportif de chien sur une plage du North East anglais happée par le haar, cette brume marine à la fois cotonneuse et énergisante, en savourant cette sublime reprise soul de la précitée ballade de ce bon Rod, je me disais que tout aurait pu être vrai, que tout aurait dû se passer ainsi, que le football est injuste et la vie mal faite.

Qu'au lieu de Seventies peu bandantes pour l'équipe nationale, on aurait dû avoir du sexy Rod Stewart, et sa touche à la Rodney Marsh, commander magistralement la défense ou tout casser à la pointe de l'attaque anglaise.

 

 

Je me disais qu'au lieu de sans cesse vouloir sortir ma science, j'aurais dû balancer mes bouquins de foot british et, libéré de ce fardeau cognitif, me laisser transporter par ces tarasconnades de héros footeux glamours à la Roy Race, le plus grand footballeur fictif ayant "existé".

Roy Race sévissait dans Roy of the Rovers, cette BD anglaise lunaire que je dévorais dans ma jeunesse pour perfectionner mon anglais et ainsi maximiser mon ratio xG, autrement dit augmenter mes chances de pécho de l'autochtone. Mon Roy aurait tout déchiré dans Football Manager.

Rêver le football est-il plus ou moins jouissif que de se cogner la réalité du foot-business livré aux statisticiens ? Vous avez quatre heures. Ou toute la vie.

 

[1] Rod Stewart a mis une maison à disposition d'une famille ukrainienne. Il a également sponsorisé plusieurs associations d'aides aux réfugiés et personnellement aidé seize d'entre eux à atteindre le Royaume-Uni au printemps dernier. Pas une mince affaire vu les procédures draconniennes en vigueur au Royaume-Uni. Quand Gérald Darmanin, jouant les parangons de vertu, en vient (à raison) à donner des leçons à son homologue britannique d'alors, Priti Patel, cela donne une idée de la dureté de position du Home Office (services d'immigration). Laquelle Patel n'hésitait pas à justifier la ligne dure du HO en parlant "d'une possible tentative de Vladimir Poutine d'infiltrer le Royaume-Uni en envoyant femmes et enfants y lancer des attaques terroristes".

[2] I Don't Want to Talk About It (single sorti en 1977) fut écrit à l'origine, en 1971, par Danny Whitten pour le groupe américain Crazy Horse. Repris en 1988 en version "blue-eyed Soul" (soul blanche) par le duo anglais Everything But the Girl.

 

Réactions

  • Mangeur Vasqué le 17/11/2022 à 22h34
    [Correction des ’tites coquilles sur mon dernier bulletin Santé ménopause : “ce sujet, qui renvoiE” ; Ça peut être perçU” ; “émissionS médias”].

    Merci à vous deux.

    Remarques très justes, Richard. Je viens de lire ton article sur Rod Stewart lien, très bien.

    Je vois que tu y références Carlisle United et son terrain innondé en décembre 2015-janvier 2016 (sous presque 2m50 de flotte), je m’en souviens bien, c’était aux actus régionales, terrible. Énormes orages cet hiver-là sur la moche ville de Carlisle et sur le (sublime) comté du Cumbria (Lake District/Région des Lacs), 3 ou 4 de suite, dont le terrible “Storm Desmond”, qui avait duré 5 jours. Pires inondations en 600 ans sur ce coin-là, selon la BBC lien. Une fois, en 24 heures, il était tombé 341 mm.

    Carlisle United avait dû s’exiler à Preston, entre autre. Le club s’était même demandé s’ils ne devait pas vendre le stade et le reconstruire ailleurs, un peu en hauteur ou d’une autre manière (mais cô ils sont fauchés, l’interrogation n’a pas duré longtemps. Bcp de dégâts après innondations, l'assurance a payé mais bon, ça rembourse rarement la totalité des pertes).

    Mais c’est souvent comme ça sur Carlisle, voir la 2è partie de cet article Teenage Kicks de fin mai 2012 :

    lien

    Vincent Péricard nous avait d'ailleurs contacté au sujet de ce portrait dans Teenage Kicks, sur notre compte Twitter ou Facebook je ne sais plus. Il s’était fendu d’un tweet élogieux d’ailleurs ! Je me souviens de sa part d’un truc du style “Merci beaucoup KQ, super, ça me touche beaucoup”. Très sympa, surtout après ce que j’avais envoyé… Je crois qu’il était juste ravi que quelqu’un en France, en pleine préparation de l’Euro 2012 ait remarqué qu’il prenne sa retraite, et lui ai en plus consacré tout un dossier. Surtout la nature de sa retraite très anonyme, après un échec... dans un obscur club de D6 (il avait été viré en fait). Dans le club semi-pro de Havant & Waterlooville, D6, situé à Havant en grande banlieue de Portsmouth. (Bon, pas de chance pour notre Vince, ou alors au contraire gros coup de bol, c'est selon, il se trouve que j’ai bossé à Portsmouth l'été 1988, que j’y avais encore des contacts en 2012 et que je suis un peu les clubs du coin…). Vince vient d’avoir 40 ans, alors si tu nous lis fréro, take care.

    Très vrai ce que tu écris Richard sur la zique et le football, ici : “Dès le début des années 1970, à une époque où le monde de la musique regarde le foot avec condescendence, lien.

    Je suis d’ailleurs en train de préparer un article qui mentionne cela, et en particulier le moment charnière où la musique (anglaise) se reconnecta avec le football, à un certain Mondial… (dont j’espère nous reparlerons, dans quelques semaines si tout va bien, article prévu pour début décembre, si validé par Dame Rédac).

    Mais sans doute savez-vous, cultivés et sagaces Cédéfistes, à quel Mondial et quels groupes (anglais) je fais allusion...

  • Mangeur Vasqué le 17/11/2022 à 23h51
    Et tiens, vu la période je vais faire suivre vos messages à Dame Rédac pour gratter une p'tite revalorisation de mes émoluments ou une prime de Noël vu l’inflation galopante, comme tout le monde. Y’a pas de raison que je ne profite pas moi aussi des cadeaux des patrons et que je laisse le Grand Capital s’engraisser sans prendre ma juste (mais trop maigre) part.

    Donc, keep your messages coming, même les négatifs. Critiques, insultes, attaques, je prends tout. Ça fait du click et me donne du levier pour négocier et améliorer ma condition de prolétaire de la plume, seul dans ma mansarde à peine chauffée, avec mon chien qui me pompe la moitié de mes revenus (mais qui me tient chaud).

    L’une des mes lectures foot du moment, l’excellente biographie de Jonathan Wilson sur Brian Clough, m’inspire sur le plan revendicatif… (“Brian Clough: Nobody Ever Says Thank You”, 2011). On va donc digresser sur Cloughie deux minutes si ça vous dérange pas, j’avais autre chose en tête que je voulais évoquer, mais tant pis, on essaiera d'y revenir (cette aut' chose c'est mon ancien voisin, celui “qui a fait Jean-Pierre Adams”).

    Clough négociait presque tout, sans cesse. Son salaire, ses cachets médias, ses apparitions diverses, etc., en utilisant divers stratagèmes pour faire pression sur ses diverses employeurs (football et autres), surtout du temps de Derby County et Forest bien sûr.

    Même à Leeds, malgré l’éphémérité de son séjour chez les Whites (44 jours ; au passage, 44 jours à Leeds United c'est aussi la durée d'un autre grand gauchiste du foot british, Jock Stein, été 1978, voir lien. Un deal et limogeage négocié par Manny Cussins, le président de Leeds, qui avait aussi fait venir Clough à Leeds. Le mec devait faire une fixette sur le chiffre 44. Bon passons, on n'y sera encore demain sinon), il sut magistralement négocier son départ... bien qu’il n’avait pas encore signé de contrat avec Leeds ! Clough repartit cependant avec un énorme chèque de 100 000 £, soit environ 1.4-1.5 million d’aujourd’hui. A l’époque, où les meilleurs joueurs gagnaient max. 500 £/semaine, c’était une somme phénoménale, surtout que son contrat (je crois qu'il s'était mis d'accord sur un salaire de 25 000 £/an) n'était pas finalisé légalement à ce stade (George Best, qui touchait £1,000/semaine en 1968, était une exception, son salaire était à moitié payé par les sponsors et ce chiffre incluait rétrospectivement les primes je crois ou quelque chose comme ça). Clough avait un rapport avec l’argent qu’on pourrait qualifier de complexe. Après, il savait aussi se montrer généreux, avec des inconnus parfois.

    J’ai lu 5-6 livres sur Clough, ou bouquins avec gros morceaux de Clough dedans en tout cas mais je n’avais lu la grosse bio (550 pages) de Jonathan Wilson sur “Old Big ‘Ead” (son surnom), que je possède depuis sa sortie pratiquement (2011). J’avais cependant déjà lu les 100 premières pages (période 1935-1962), celles sur son adolescence et sa prolifique carrière d’attaquant à Middlesbrough et Sunderland qui, comme on le sait, s’arrêta brutalement. A Middlesbrough où il grandit, Clough habitait assez ironiquement à 750 mètres de chez Don Revie, celui qui deviendra donc son grand rival et ennemi juré, mais leur huit ans d’écart fait qu’ils ne se rencontrèrent jamais étant jeunes. Ils créchaient de part et d’autre de l’ancien stade de Boro, Ayresome Park (1903-1995).

    Stade qui accueillit d’ailleurs 3 matchs de la Coupe du monde 1966, ceux du Groupe 4 (Chili, Corée du Nord, Italie, Union Soviétique), tout comme Roker Park à Sunderland (petite anecdote agréable en passant : St James’ Park à Newcastle devait au départ accueillir les matchs disputés à Middlesbrough mais suite à une sombre histoire de bail foncier entre Newcastle United et la municipalité de Newcastle, Ayresome Park récupéra sur le tard ces 3 matchs destinés initialement à SJP).

    Ayresome Park qui vit fameusement la victoire 1-0 de la Corée du Nord sur l’Italie, à ce jour probablement l’un des plus grands chocs de l’histoire de la CdM. L’Italie finit 3è et fut éliminée, en compagnie du Chili.

    Pour rester sur cette période, USA 1-Angleterre 0 seize ans auparavant au Brésil, pour la première participation des Anglais à une CdM (because adhésion à la FIFA très tardive et à reculons, en 1946), n’était pas mal non plus vu, probablement plus fort sur l’échelle de Richter du foot. Match surnommé “le Miracle sur Gazon”, dont on a tiré le film “The Games of Their Lives”.

    Les joueurs US étaient tous amateurs ou semi-pros (des routiers, serveurs, profs, etc.), et ne jouaient quasiment jamais ensemble. Une semaine avant, ils s’étaient pris 5-0 par le Besiktas en match de prép. Le buteur, Joe Gaetjens, était haïtien et bossait à mi-temps comme plongeur dans un resto. Trois d’entre eux n’étaient même pas citoyens US d’ailleurs, mais avaient peu avant “déclaré leur intention de devenir citoyen américain”, et les règles de feue la USFA (United States Football Association, l’ancien nom de l’USSF, United States Soccer Federation, la fédé étasunienne) permettaient ce genre d’arrangement. Pour la petite histoire, un seul de ces joueurs ayant “déclaré leur intention de devenir citoyen américain” se fit ensuite naturaliser américain (la FIFA fut saisie mais valida les magouilles US). Je ne me souviens plus si Joe Gaetjens était l’un de ces trois joueurs non étasuniens mais il me semble que oui. De quoi rendre les Anglais encore plus vénères donc.

    Depuis ce temps-là d’ailleurs, y’a une sorte de bromance footballistique entre Middlesbrough et la Corée du Nord, surtout niveau football féminin (plutôt “womance” d'ailleurs lien). Y’a notamment eu une tournée des Middlesbrough Ladies en CdN en 2010, bien médiatisée dans le North East, et y’a parfois des petits groupes qui se déplacent très occasionnellement mais bon évidemment c’est compliqué comme jumelage, géopoliquement et niveau distance, donc les liens sont plus symboliques qu’autre chose.

    Ça ou les Nords-Coréens ont vu Middlesbrough une fois et c’est bon, ça les a vaccinés, ils ne veulent plus revenir du coup… Quoique je suis vraiment médisant car ils ont un superbe “transporter bridge” (pont transbordeur). Les voitures traversent le fleuve Tees sur une nacelle suspendue, c’est vraiment spectaculaire lien

    C’est le plus long au monde et c’est une fierté pour ce coin défavorisé. C’est aussi un symbole du patrimoine industriel régional et du savoir-faire local en matière d’ingénierie civile et autre. Enfin, ils “avaient” un superbe pont transbordeur car il est fermé depuis 2019, trop vétuste et donc fermé pour rénovation.

    Ils devaient récupérer des thunes du fonds “Levelling up” créé en 2019 par le gvt de Boris Johnson (donc injections de fonds dans les coins les plus défavorisés du nord du pays pour tenter de rééquilibrer le gros fossé Nord-Sud) mais bon, z’ont pas vu grand chose…. Malgré l’un des deux circos de la ville (quasi toujours travaillistes depuis un bail) passée aux Conservateurs (l’une de ces circos qui a percé le fameux “Red Wall”, donc circo censée ensuite être choyée par les Tories) et malgré le jeune maire conservateur de Middlesbrough & Tees Valley, le très médiatique Ben Houchen (36 ans), étoile montante du Parti conservateur depuis une dizaine d’années. Réélu maire avec 73 % des voix en 2021.

    Mais Ben Houchen est bien trop modéré pour percer en ce moment. C’est pas un tendre non plus, il bien réac et bien néolib sur un tas de sujets mais à côté des tarés de tories qu’on a depuis 2016 en particulier, il ferait presque figure de Bisounours marxiste.

    Ben Houchen est au passage le neveu de Keith Houchen, ex footballeur pro, de D1 entre autre lien. Attaquant/milieu offensif passé à la postérité pour avoir inscrit une tête plongeante d’anthologie, quand il évoluait à Coventry, en finale de FA Cup 1987 contre Tottenham, le favori. 2-2 grâce à sa tête, puis csc dans les prolongations d’une légende des Spurs, Gary Mabbutt, et voilà comment on entre dans la légende. Tête élue “septième meilleur but de l’histoire des finales de FA Cup” en 2015.

    Et je viens de m’apercevoir en googlant ce but pour vous mettre le clip que Richard Coudrais, of this parish, a écrit un article sur ce but en 2017 (avec insert clip) :

    lien

  • Mangeur Vasqué le 18/11/2022 à 00h30
    Une quarantaine de bouquins sont sortis sur Clough (je crois que seul Paul Gascoigne compte plus de bouquins sur lui dans le foot britannique, environ 70 il me semble), ou sur lui en combo avec d’autres (Clough et Peter Taylor, Clough et Don Revie, etc.), quasiment tous publiés depuis sa mort en 2004.

    Très détaillée cette bio de Jonathan Wilson. Comme d’hab avec Wilson c’est bien écrit et également comme d’hab c’est admirablement documenté. Et nouveauté par rapport aux autres bouquins sur Clough publiés avant 2011, y’a pas mal de détails sur son enfance/adolescence, son quartier, son environnement, sa famille, etc. Jonathan Wilson est du coin, il est de Sunderland, ça se sent et le background de Clough a dû l’intéresser plus que d’autres.

    Au passage, l’autobio de MON (Martin O’Neill, lien) vient de sortir y’a une semaine (MON qui eut Clough comme manager durant sept saisons à Forest, ère triomphale). S’entendaient pas trop tous les deux d’ailleurs. Clough aimait MON le joueur mais se méfiait de MON l’homme. Ce dernier, intello (fac de droit à Belfast, mais études arrêtées à 19 ans, recruté par Forest), esprit curieux, qui posait des questions, etc. et Clough ne goûtait guère ce type de profil. Niveau football, il n'aimait que les esprits dociles et “subservient” (serviles, soumis), dans les vestiaires au moins. Sur le terrain, il adorait les “hard men”.

    L’insolent succès de Forest sous Clough d’ailleurs, on le doit pas mal à sa défense de fer, à son duo déf axiale Kenny Burns-Larry Lloyd (ex partenaire de Tommy Smith à Liverpool sous Shankly, ça donne une idée), tandem parmi les plus durs de l’histoire du foot anglais (Keegan transparent pendant la finale de C1 vs Hambourg en 1980, ben c’est eux. Avant match, ils lui avaient glissé quelques mots doux dans les couloirs et le tunnel, et Lloyd lui avait d’entrée mis deux-trois taquets bien sentis, en loucedé lien).

    Bref, Clough n’aimait guère les joueurs un peu intelligents et ne supportait pas ceux qui lui résistaient, même pour les bonnes raisons (quelques exemples dans le bouquin de Wilson). Clough savait être bien con et borné parfois, ça s’est malheureusement souvent vérifié. Après, il savait présenter ses excuses et oublier les querelles. Bon, il a quelques sacrées casseroles quand même, Justin Fashanu par exemple.

    Y’a des anecdotes vraiment marrantes dans ce bouquin de Wilson, des que je connaissais et des que j’ignorais. Parmi celles que je connaissais : sa décision de placer une énorme pancarte “GENTLEMEN NO SWEARING PLEASE!“ lien devant la tribune occupée par les supps les plus chauds et les hooligans, qui commençaient à faire parler d’eux fin années 1970 à Forest. Je vous laisse découvrir dans le bouquin de Wilson si le gimmick fonctionna… Venant de Clough, c’était un peu fort de café ! Il menaça même dans le canard local de démissionner si les supps ne châtiaient pas leur language...

    Je ne vais pas toutes les citer mais parmi celles que j'ignorais, j’ai bien aimé la dernière lue, page 416 (que je viens de dépasser). Barbara Taylor, 47 ans, tout début années 1980, est veuve et gravement anorexique. Elle pèse 30 kilos et sa situation médicale est tellement désespérée qu’elle peut décéder à tout instant. Elle a perdu tout goût à la vie et semble vouloir en finir. Les médecins, hôpitaux et religieux du coin ont tout essayé pour la convaincre de manger mais en vain. Jusqu’au jour où le directeur du Nottingham Hospice où elle était se dit : “Et si on appelait Brian Clough ?”. Clough faisait bcp dans le caritatif et avait acquis un peu un statut de faiseur de miracles localement. Il l'appelle, lui parle 30 minutes au téléphone, la convainc de remanger et lui redonne le goût à la vie par la même occasion ! “He has given me the will to go on living”, expliquera-t-elle en parlant de Clough, “I have never felt such tenderness”. Il savait aussi être parfaitement imbuvable/horrible, étroit d’esprit, homophobe et j'en passe.

    En récap, si vous vous intéressez à la fascinante rivalité Clough-Revie, je recommande “Clough and Revie: The Rivals Who Changed the Face of English Football” de Roger Hermiston.

    Je recommande aussi sa première autobio (celle de 1994. Sa deuxième, “Cloughie: Walking on Water – My Life”, sortie en décembre 2004 donc trois mois après sa mort, il l’écrivit juste après sa greffe du foie, en 2002, je ne l’ai jamais lue)

    Et je recommande vivement le superbe “Provided You Don’t Kiss Me: 20 Years With Brian Clough” de Duncan Hamilton, bouquin qui reçut plusieurs prix en 2007 et 2008. Hamilton est la personne – vivante ou morte – qui l’a le mieux connu (hormis ses trois enfants aussi, dont son fils Nigel, ex pro et aujourd'hui manager en Football League). Hamilton était un journaliste local, Nottingham/East Midlands (toujours actif d’ailleurs, mais il n’est plus local, basé à Leeds).

    J’ai un possible article en tête pour début 2023 en partie sur Clough, ça explique le choix de lecture de la bio de Jonathan Wilson. Cet article porterait en fait sur les (ex) footballeurs et l’engagement politique/social, car on note quelques frémissements intéressants depuis quelque temps, surtout depuis 2016. Y’a des raisons bien précises à ça, ce regain d'activisme on va dire (chez les footeux anglais/british ou ex fouteux), mais on verra tout ça dans quelques mois donc.

    Dernière petite secousse sur ce terrain-là : les fameuses pompes “F*** The Tories” de ce bon liverpudlien de Paul Mullin lien, notez la skyline de Liverpool. Mullin est un joueur de D5 donc bon ça peut paraître anodin, mais un ex meilleur buteur en Football League (à Cambridge, D4 qui est montée en D3 grâce à ses pions) et un joueur qui émarge à 20 000 £/mois et qui joue pour Wrexham, grosse cylindrée de D5 – 9 000 spectateurs de moyenne la saison dernière –, et le club de la paire Hollywoodienne Ryan Reynolds and Rob McElhenney, donc tout ça fait que son petit coup de sang a été pas mal médiatisé en Angleterre. Joueur d’ailleurs que j’évoquais d’ailleurs dans cet article de mai dernier lien, rubrique “Les cracks”.

  • Mangeur Vasqué le 23/11/2022 à 23h10
    Pas de retour d’Isabey a les yeux bleus sur sa détection par rapport à ma question du 15/11, dommage, j’aurais aimé savoir. Tout ce qui est expérience de détection, formation, etc. m’intéresse particulièrement.

    Comme c’est vraiment plat niveau actu foot en ce moment, je reprends le fil de mon poste de la semaine dernière où je promettais de parler de “youth development” et de mes nombreux élèves qui sont passés par un centre de formation (je tue le suspense d’entrée de jeu : sur une bonne vingtaine, un seul a fait une carrière pro et si elle a été plus qu’honorable – Football League –, ça ne l'a ni rendu célèbre ni blindé).

    Je raconte n’imp’ d’ailleurs au sujet de l’actu foot du moment, il s’est passé de bien belles choses ce week-end sur la planète Foot. L’Arsenal-Man United samedi en Women’s Super League par exemple était superbe (juste vu extraits). Belle victoire 3-2 des Mancuniennes sur le leader londonien invaincu, dans les prolongations et devant 40 000 spectateurs à l’Emirates. Le clip-résumé : lien.

    En D3-D4 anglaise, on a assisté à de superbes duels et victoires aussi, dont un Barnsley-MK Dons, 3-1 (D3) qui m’a réjoui. J’allais parfois voir les Tykes dans les années 1990. Ah, le charme désuet de leur stade d’Oakwell … L’enceinte en briques rouges de la tribune Nord lien et les sièges en bois d’une bonne partie de la tribune principale… Toujours en bois en 2022 d’ailleurs, comme on peut le voir ici : lien

    Quasiment rien n’a changé à ce niveau depuis plus d’un siècle, impressionnant vu la métamorphose générale des stades post Hillsborough. L’en reste plus beaucoup des comme ça. Citons le formidable Brunton Park (stade de Carlisle United) qui a toute une section sièges en bois lien. Tout le stade est incroyable d’ailleurs. Il sert régulièrement aux metteurs en scène de films de foot, dont l’excellent téléfilm “United” (2011), sur les Busby Babes et la tragédie aérienne de Munich en février 1958. Citons aussi les rangées de sièges d’époque dans le fab' Craven Cottage de Fulham lien dans la tribune Johnny Haynes, avec ses photos des légendes du club aux murs lien.

    Y’a aussi un truc bien vintage à Oakwell : la “TV gantry” sur le toit (le box TV à l’ancienne, la cabine TV/médias pour y positionner les caméras)…

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    Rare de nos jours en Angleterre, y’en a plus que 2 ou 3 je crois dans des stades de clubs pros, dont une au Bescot Stadium de Walsall (club de D3/D4), ici lien). Mais ce sont souvent des cabines TV bricolées sans charme (petits clubs sans moyens) et celle d’Oakwell est de la loin la plus classieuse, à ma connaissance.

    Donc, les Tykes, que Valérien Ismaël a bien failli hisser en Premier League en 2021, ont torché ces imposteurs de Milton Keynes qui semblent mal barrés pour le maintien. Music to my ears.

  • Mangeur Vasqué le 23/11/2022 à 23h33
    (Suite et fin point D3 anglaise. Je reviendrai plus tard dans la semaine sur mes élèves et les centres de formation).

    Malheureusement pour les sympathiques écolos de Forest Green Rovers (promus), le maintien en D3 va être difficile, on s’y attendait à vrai dire (petit club, affluences d’à peine 3 000/match).

    A signaler une innovation qui pisse haut dans leur stade : depuis cet été, l’urine des supporters extérieurs est directement recyclée pour arroser la pelouse et la rendre optimale. Le tout grâce une technologie inspirée de l’industrie spatiale, voir lien.

    Au moins dans ce club à part, les insultes et chants des supps visiteurs changent de l’ordinaire : “Dirty vegans”, “You’re just a bunch of hippies”, “Keep on eating grass and tofu”, etc. Des supps exters qui ne goûtent guère les produits 100 % vegan servis à la Devil’s Kitchen du stade lien, d’où une certaine frustration qui s’exprime parfois… (IRL ou via les forums de Football League, émissions radio, etc.).

    Forest Green a tout de même réussi à attirer Connor Wickham lien, ex joueur prometteur de Premier League (Sunderland et Crystal Palace), un puissant attaquant/ailier de 29 ans au talent fluctuant, dont la carrière a été minée par les blessures. Ce qui l’a fait atterrir chez nos écolos en D3, via un contrat de 5 mois qui court jusqu’à début janvier 2023 (ce type de contrat court est très courant en Football League).

    Gros dévissage salarial & sportif pour ce joueur pour lequel Sunderland déboursa 8 millions £ en 2011 (il avait 18 ans) et qui touchait encore 62 000 £/semaine y’a deux ans, vs 2 400 £/semaine aujourd'hui, sur un contrat “précaire” en plus. Ce qui prouve, s’il en était encore besoin, que tout peut aller cruellement vite dans le football et que l’expression paillette et glamourisée de “toucher un salaire pro” ne veut pas forcément dire grand chose confrontée à la réalité de ce sport, ce dont nous sommes tous conscients ici mais fait qui a du mal à être compris de l’opinion publique. Après, l’idée n’est pas de “s’apitoyer” sur le sort de joueurs comme Connor Wickham, payé entre 2 et 3 millions £ l’année pendant quasiment dix ans, mais de noter primo que ce genre de salaire est très loin de constituer la majorité de l’espèce chez les 5 000 professionnels anglais et, deuxio, que ces destins sont très aléatoires. C’est bon à savoir quand on discute de formation.

    En parlant de Connor Wickham d’ailleurs, joli match de FA Cup y’a deux semaines (First round, premier tour préliminaire avant entrée des 44 clubs de D2 et PL début janvier), entre Forest Green Rovers et South Shields (banlieue de Newcastle, club de D7 100 % pro depuis 2021, et managé par Kevin Phillips, Sunderland legend et Soulier d'Or européen en 2000). Victoire difficile des écolos (2-0), avec un but spectaculaire de 50 mètres en toute fin de match de ce même Connor Wickham :

    lien

    Et mon Wednesday a battu Shrewsbury ! Les Owls toujours bien placés pour la montée directe (3è), gros gap de 10 points entre les trois premiers et le reste des poursuivants (seuls 2 montent direct). Ces championnats de Football League (D2-D4) sont très disputés en général cependant, dû à la relative homogénéité des budgets, bien que là aussi, comme ailleurs, les fossés se creusent.

    Surtout la D2, grosses disparités entre clubs. La D2 qui bénéficie de conséquents “solidarity payments” venant de PL, mais surtout les fraîchement ou récents relégués de PL qui encaissent d’énormes “parachute payments”. Ce système est de plus en plus contesté car il crée une D2 à deux vitesses (des relégués qui palpent 40 millions/an d’aide venant de PL vs le peloton qui touche dix fois moins en subsides PL).

    Le gros des troupes de D2, ainsi que les D3 & D4, gueulent pas mal depuis un an à ce sujet d’ailleurs (par l’intermédiaire de leur instance, la Football League) car les revenus de PL ont bondi de 40 % récemment (phase 2022-2025) mais les “solidarity payments” eux n’ont pas bougé depuis des lustres, environ 350m/an (à distribuer sur 3 divisions, bien que la D2 empoche 80-90 % du pactole, surtout donc les fraîchement relégués). La Football League réclame le double, avec l’appui du gouvernement – ministère des sports – qui, via un rapport, demande plus d’égalité et plus de “ruissellement” sur toute la pyramide du football (ce qui ne manque pas de sel vu la nature des gouvernements - conservateurs - depuis 2010, et leur effarante propension à creuser profond le fossé des inégalités). Un nouveau deal revalorisé (surnommé “A New Deal for Football”) entre la PL et la Football League serait dans les cartons, pour 2023-24, après plus de deux ans de palabres stériles. Un deal qui pourrait rééquilibrer aussi la distribution de ces "solidarity payments" et moins donner aux relégués de Premier League (qui chouinent que vu les salaires, ces 40 millions/an leur sont vitaux car sans ça impossible de payer les salaires des gros contrats qui restent dans leur effectif. Y'a des clauses contrat de réduction de salaire en cas de descente mais bon, ils restent tjrs élevés).

  • Red tattoo le 25/11/2022 à 13h53
    Petite anecdote à propos de Rod Stewart : en 1988, je suis allé à Wembley voir la finale de Cup entre Liverpool et Wimbledon. C'est à la fois un grand souvenir, une finale à Wembley quand même, avec billet acheté au noir 40£, ce qui était cher à l'époque, et un mauvais souvenir puisque cette vilaine équipe de voyous de Wimbledon gagne 1-0, sur un but sur corner, que John Aldridge manque un penalty, une première en finale de cup, et que l'arbitre annule un but de Beardsley parce qu'il préfère siffler un coup franc pour Liverpool... pour une faute sur Beardsley quand il filait au but.

    Bref, en lever de rideau, il y avait un match entre deux sélections d'amateurs de bon niveau. Je ne sais pas de quelles équipes il s'agissait, mais je me souviens très bien que Rod Stewart jouait et qu'il était effectivement défenseur central.

    J'ajoute, pour finir d'étaler mes souvenirs foot et showbiz que j'ai joué une fois contre Herbert Léonard. Si vous vous souvenez de lui, bravo ! C'était à Sevran, en Seine-Saint-Denis. Je faisais à l'époque du rugby et le club de foot était venu nous chercher à la fin de notre entrainement parce qu'ils cherchaient quelques joueurs pour dépanner en complétant les effectifs pour que le matche contre une sorte de sous Variétés puisse se jouer. Et me voilà donc passant de troisième ligne aile à arrière latéral contre Herbert Léonard.

  • Red tattoo le 25/11/2022 à 14h08
    Je reviens maintenant sur Brian Clough, dont le Mangueur a abondamment parlé.

    C'était un personnage haut en couleur : entraîneur avec un fort caractère et des bons résultats, homme de bons mots et de coups de gueule, picoleur tendance poivrot. Un client comme on dit dans les médias.

    Mais il pouvait aussi être un crétin fini et se comporter en immonde salopard : dans son autobiographie, "Clough" parue en 1995, écrite pour lui par un journaliste du S**, il reprend les mensonges de la police sur la catastrophe d'Hillsborough, en disant que les supporters de Liverpool s'étaient tués entre eux, insultant donc les victimes. D'accord, c'était le discours dominant à l'époque, mais mais ce n'est pas une excuse, d'autant qu'il a maintenu ses propos lors d'émission de promotion de son bouquin, ce qui prouve qu'il y tenait et qu'il ne s'était pas seulement laissé emporté par son narcissisme et son goût pour la provocation à tout prix.

  • Mangeur Vasqué le 26/11/2022 à 00h23
    Merci pour ces anecdotes sympas Red tattoo (“Herbert Léonard, si vous vous souvenez de lui, bravo !”. Euh, je perds pas mal de facultés avec l’âge mais perso, je m’en souviens. Ça me fait un peu chier de m’en souvenir mais malheureusement pas facile d’effacer ce genre de souvenirs encombrants. Je me souviens même que c’était un grand supp du Racing de Strasbourg, c’est pour dire la perversité du fonctionnement de la mémoire. J’espère que tu l’as taclé, au moins juste pour le plaisir. L’avait pas l’air d’un mauvais bougre).

    T’as bien de la chance en tous d’avoir vu cette mythique finale de 1988 que j'ai en DVD. J’ai un peu écrit dessus, ici notamment :

    lien

    40 £, ça faisait effectivement beaucoup (!) pour un match, même une finale à Wembley. Cet été-là (1988), je bossais comme facteur à Cosham, près de Portsmouth, et je touchais 106 £/semaine “take home pay”, après prélèvements donc. Vu que je bossais 6 jours/semaine, 40 £ = plus de 2 jours de boulot (pas de salaire minimum à l’époque au Royaume-Uni, les Conservateurs et le CBI – Médef britannique– ne voulaient surtout pas en entendre parler, "ça tuera l'économie britannique et des millions d'emplois seront perdus", protestaient-ils. Faudra attendre 1998 et les Travaillistes pour en voir la couleur). Mais bon, pour donner une idée, l'entrée en boîte à Portsmouth, au "Ritzy" (le Macumba local), c'était 3 £ seulement et une pinte de lager coûtait 1 £ dans les pubs (vs un bon 40 francs à Paris, le soir...) et une pinte de ale encore moins.

    Bon, je reviendrai ce week-end sur tes commentaires (très justes) sur Brian Clough (et l’alcoolisme) et Hillsborough.

    Oui donc, mes élèves qui sont passés par des centres de formation, j’avais dit que j’y reviendrai. J’ai connu une grosse vingtaine d’élèves qui ont intégré des centres de formation, soit des “academies” soit des centres of excellence” (le niveau au-dessous). Pas forcément des élèves à moi mais qui étaient scolarisés dans l’établissement où je bossais. Toutes divisions, y compris de la non-League, D5 et <, où y’a une quarantaine de clubs pros environ. Parmi eux pas mal d’anciens clubs de Football League qui sont descendus et qui se trouvent un peu coincés en non-League (peu de montées).

    Ça s’appelle pas généralement “academy” à ce niveau mais “centre of excellence”. Les exceptions cependant sont légion niveau terminologie, eg York City Academy par exemple (club de D6, anciennement en D3 quand j’allais les voir au début des Nineties). C’est because y’a 4 niveaux d’academies, donc y'a "academy" et "academy". 'Fin bref, passons.

    L’introduction y’a 10 ans du controversé “EPPP” (Elite Player Performance Plan lien), voulu surtout par les clubs de Premier League (pas mal au détriment des clubs de Football League, qui se sont sentis obligés d’accepter le deal, petit chantage à la clé évidemment) a rebattu les cartes de la formation et a introduit une plus forte catégorisation. En gros, le reproche fait à cette réforme est qu’il est plus facile et moins coûteux pour les clubs de PL de “piller” les clubs des divisions inférieures, cet article détaille le deal lien. Depuis, y’a 4 niveaux d’academies.
    Comme en France, les académies Cat. 1 (surtout clubs de Premier League) ont un cahier des charges plus costaud que les C2 et ainsi de suite – ratio staff football, niveau médical, infrastructures, compétitions , etc.

    Une bonne vingtaine d’élèves qui sont passés par un centre de formation dans mon cas peut paraître beaucoup comme je disais mais c’est dans la moyenne je pense. Statistiquement, ce n’est guère étonnant car on parle d’environ 15,000 jeunes inscrits dans des centres de formation en Angleterre “at any one time”, grosse inflation depuis 20-25 ans et la mise en chauffe de la Premier League. Les autres divisions ont suivi, car ça peut aussi leur rapporter gros et ils (autres divisions, celle de la Football League et même non-League) ont moins de "income streams", donc sources de revenus en gros, que la PL.

    Donc vu que t’as 3 500 “secondary schools” dans le public (11-18 ans, collèges ou collèges-lycée ou, bien plus rare, juste lycées), t’as forcément une bonne chance d’avoir dans ton établissement à un moment donné au moins un élève qui est dans un centre de formation (y’a aussi quelques gamins de 8-9 ans dans les academies, donc des gamins qui sont en école primaire, puisque l’âge minimum pour intégrer une academy est de 9 ans. En principe, car cô j’écrivais l’autre jour, les clubs trouvent des parades pour contourner ces âges légaux, avec des “centres de pré-formation” notamment.

    Autre stat banale : très peu ont percé parmi “les miens”. Mais vraiment très peu.

    Par très peu je veux dire UN seul. Un seul jeune a décroché un contrat pro d’au moins, mettons, deux ans, sur une vingtaine d’élèves qui ont, à un moment ou un autre, été admis en centre de formation (j'ai cependant raté Aaron Lennon lien de très peu, d'un an... Il est arrivé en 6è l'année qui j'ai quitté le collège qu'il fréquenterait, City of Leeds School, qui a changé de nom depuis, s'appelle Leeds City Academy. Putain qu'il était dur ce collège (y'avait une petite partie lycée), je ne me suis pas éternisé. C'est son frère, Anthony, lui aussi en centre de formation - Leeds ou Man United je sais plus - qui m'avait prévénu que son frangin, "une pétite", serait scolarisé à CLS à partir de la rentrée 1996. Anthony qui, comme tant d'autres, n'arriva pas à décrocher un contrat pro malgré de grosses qualités. Gamin extra d'ailleurs, je me souviens bien de lui. Il a ensuite été l'agent d'Aaron pendant un temps (avant de commencer des études d'infirmier récemment lien). Aaron qui a d'ailleurs annoncé sa retraite de footeux y'a une semaine lien

    Ça donne une idée de l’extrême difficulté à percer, ce dont tous ici nous sommes conscient évidemment. Alors quand j’entends le refrain du “payé des millions pour taper dans un ballon”, j’ai de vilaines envies de violence qui me montent. Même si on est évidemment en droit de s’interroger sur les niveau de salaire, dans l’élite surtout évidemment (et même en D2 anglaise), surtout le gros hyatus entre argent touché par la PL, donc environ 6 milliards/an et les minables paiements "ruissellement" au football d'en bas (le “grassroots football”), via la Football Foundation lien, l'organisme qui est chargé d'aider les petits clubs de quartier, etc. Une bien plus grosse part de l’argent touché par la Premier League devrait revenir à la Football Foundation àma.

    Cet élève à moi qui a décroché un contrat pro, et qui est resté pro, est Matt Hamshaw lien

    Donc bon vous avez pigé : pas un footballeur “connu”. Un match de FA Cup en décembre 2001 où j’étais, contre Watford, il avait mis un but formidable, une chevauchée messi-esque de 60 mètres : lien

    Il avait 19 ans ½, on le disait bon pour la PL et pis non, ça sera la Football League… (mais c'est bien aussi).

    A l’époque (milieu années 1990), y’avait très peu d’élèves qui suivaient leur scolarité en centre de formation. Même les meilleurs étaient scolarisés dans le mainstream. Ils allaient au collège, jusqu’à Year 11, l’équivalent de la seconde et année où tu passes les GCSE (équivalent du Brevet mais en plus important, y'a une dizaine d'examens/matières à passer).

    Puis progressivement ça a un peu changé, à partir du debut des Noughties (années 2000), les clubs de PL ont monté des structures pédagogiques à l’intérieur de leur academy. Mais y’a toujours bcp de jeunes footeux très doués, les pépites (style Rashford), qui ont continué à frequenter un établissement (collège ou collège-lycée) ordinaire. Certains clubs ont des accords avec un collège ou collège-lycée du coin, près du centre de formation. C’est le cas de Manchester United, qui envoie ses gamins les plus doués dans un collège-lycée ordinaire à 1 km de leur academy (Ashton-on-Mersey School). Les gamins peuvent y passer leur GCSE (Brevet) ou leur bac, ou équivalent (Btec, etc.).

    Ça peut tenir à vraiment pas grand chose. J’avais un collègue prof de maths dans mon ancien établissement qui a enseigné des années à Sean Thornton lien, au sein de l’Academy de Sunderland. Gamin très doué (pour le foot, pas pour les études…), un milieu de terrain qu’a fait une quinzaine de matchs en Premier League mais surtout aligné en D2 avec les Black Cats entre 2003 et 2005. Là, à 21-22 ans alors qu’il aurait pu tout à fait être conservé (Sunderland re-promu en PL en 2005), il a été jugé qu'il n'a toujours pas mûri (pas suffisamment en tout cas), il déconnait (hygiène de vie assez lamentable), malgré un gros gros talent. Il a alors commencé à doucement dévisser, la D3, puis la D4, la non-League puis à 28 ans la Premier League… galloise, à cachetonner à 250 £ par semaine… Il a fini en semi-pro en D1 irlandaise, dans un petit club de D1 irlandaise, à probablement encore moins.

  • Mangeur Vasqué le 27/11/2022 à 10h34
    Et pardon aux familles pour les coquilles et autres égarements orthographiques dans mon dernier poste –”un h i atus”, “qu'il n'aVAIT toujours pas suffisamment mûri”, etc. Je sais que vous serez vous montrer indulgent, surtout quand vous aurez appris que je revenais du pub (légèrement imbibé donc) et que j'avais en plus dû me farcir la purge Angleterre-USA sur écran géant en fond sonore, ça m’a chafouiné. Sans parler du supplice de devoir se taper les commentaires et autres avis éclairés de Graeme Souness....

    Pour faire simple, comme Roy Keane sur ce créneau ex pro chouineur jamais content, Souness est surtout employé par ITV et Sky pour une chose, qui est son "USP" (unique selling point) : son côté “contrarian” et “curmudgeon” comme on dit – Boomer ronchon, ours mal léché (définition en ligne de "curmudgeon" : a bad-tempered person, especially an old one). Sauf qu’au contraire de Roy Keane qui sait occasionnellement faire preuve d’humour, Souness n’en a pas ou ne le montre pas en tout cas. Souness c’est le mec qui te sort tranquille pépouze, en guise "d'analyse" post-match du France-Danemark, que “Giroud n’est pas beau/agréable à voir jouer” ("Giroud is not easy on the eye", en gros selon Souness c'est un bourrin) et “qu’il (Souness) ne comprend pas comment il a pu marquer 51 buts en bleu”, qu’il “ne les mérite pas” ou dans ce style. Après, il est payé pour ça après tout, jouer les éternels insatisfaits, débiter des conneries, faire le buzz, créer la polémique, aller au clash. C’est un concept très porteur :-) La preuve : il décroche de superbes contrats médias – ITV, Sky Sports, Virgin Media Sport – surtout grâce à ces “attributs”. Bonne prestation des US en tout cas, d’après ce que j’en ai vu.

    Rectificatum : le match de Matt Hamshaw, mon ancien élève, auquel j’ai assisté en décembre 2001 (Sheffield Wednesday vs Watford, tous deux alors en D2), et son formidable but maradonesque, ici lien (“One of the best goals from any player anywhere in the world.....EVER!”, commente un autre clip Youtube, je valide !), c’était pas en FA Cup mais en Coupe de la Ligue bien sûr (les clubs de D2 n’entrent en lice en FA Cup qu’à partir de début janvier).

    C’était un quart de finale et Wednesday atteindra les demies cette saison-là, éliminé par Blackburn en janvier 2002. Mais je n'avais pas pu voir cette demi-finale à Hillsborough car j'avais déménagé loin de Sheffield, j'avais quitté à Noël mon Yorkshire adoré et mon emploi d’enseignant par la même occasion, pour de nouveaux horizons plus septentrionaux (pas de mutations professionnelles ici, tu quittes ton poste d’enseignant et donc tu casses ton contrat, t’es au chomdu à 75 £/semaine). C'était un risque et je ne voulais pas mais bon ma (future) femme avait décroché sur Newcastle (sa région natale) le genre de poste qui ne se refuse pas (dans le NHS, le service national de santé). Je retrouverai un (bon) poste de titulaire un an plus tard environ, avec entre-temps des périodes de remplacement un peu partout (à mon compte, ça se fait beaucoup ici, à la journée - à l'heure même parfois ! -, la semaine, le mois, etc.).

  • Mangeur Vasqué le 27/11/2022 à 11h31
    Effectivement, comme tu l’écris Red Tattoo et je le souligne également, Clough savait être imbuvable et même ignoble à l’occasion. Il savait aussi être super.

    Comme je l’explique, je trouve que l’autobiographie de Jonathan Wilson sur lui (“Brian Clough: Nobody Ever Says Thank You”, 2011) restitue bien cette dualité. Wilson réussit bien à mon avis à séparer l’homme du mythe.

    Tout comme le journaliste-auteur Duncan Hamilton que je cite aussi (celui qui l’a le mieux connu), dans son autobio “Provided You Don’t Kiss Me: 20 Years with Brian Clough” (2007), dans un autre style (plus journalistique, mais tout aussi bien écrit, en plus concis que Wilson).

    Comme tu le précises sur Clough et ses propos sur Hillsborough, c’était effectivement le discours dominant à l’époque (1994, publication de sa première autobio, que j'ai lue, fin années 1990 quand j'habitais Sheffield et allais de temps en temps voir Forest. Cô je l'écris, je n'ai pas lu sa deuxième, écrite de son vivant mais juste après sa greffe du foie et publiée à titre posthume), et ça le restera encore bien trop longtemps.

    Malheureusement, comme je l'expliquais sous le double article-reportage sur Hillsborough publié sur les Cahiers en avril dernier, ici
    lien et lien, et tu fournis aussi des explications à ce sujet, les mensonges et la manipulation sur Hillsborough pendant des années ont été tellement persistants (relayés irresponsablement et sans aucune déontologie par les médias) que les propos dégueulasses de Clough passaient crème. J’écris notamment ceci : “Ça, ce sont ce que les mensonges, manipulations, propagande et autre que les autorités, la police du South Yorkshire, les médias (surtout les tabloïds, mais pas que) et le gouvernement Thatcher se sont acharnés à vouloir présenter comme "version officielle" et mettre en avant, pendant des années (ils se couvraient tous entre eux).”

    Même si (j’ai cette autobio de 1994 devant moi), au bas de la page 260, Clough écrit un bien faible : “Of course the police made serious errors of lien

    Mais sur les six pages qu’il consacre à Hillsborough, Clough en passe deux à pourrir les supporters, ou une partie des supps LFC, vs à peine quelques lignes pour souligner les “erreurs” commises, tout en ajoutant (bas de la page 261) : “The police bore the brunt of the blame after Hillsborough, but I had enormous sympathy with them, because they were so outnumbered ( lien.

    Ce “the police” est sciemment vague et à double tranchant saignant, assez lâche aussi. Car en mettant l’accent sur l’impuissance de la police (ceux de faction ce jour-là, ce que personne ne conteste, la faute principale n’incombe évidemment pas aux pauvres flics de base, en sous-effectif, qui n’obéissaient qu’aux ordres meurtriers de l’effroyablemment incompétent David Duckenfield et de son commandement), Clough braque le projo sur les supporters, tout en exonérant la hiérarchie, bien coupable, elle. C’est tout à fait symptomatique de ce qui se pratiquait alors et de ce qui se dira pendant encore longtemps. C'était "la norme", et au nom de la norme tant d'horreurs sont dites et commises.

La revue des Cahiers du football