Ni buts ni soumises » Un chemin semé d’embûches

« Sur la route de Vancouver – Deuxième station, Laval et Lyon

Les étrangères en D1 »

Un chemin semé d’embûches

Ça y est. On connaît désormais la composition des groupes pour la prochaine Coupe du monde. Le plateau élargi ne laisse pas présager beaucoup de surprises pour le premier tour mais la hausse du niveau général promet une phase à élimination directe palpitante.

Du côté des Bleues, le tirage est en trompe l’œil, favorable à première vue et à la réflexion particulièrement difficile. Il ne faudra pas se tromper d’objectif en juin.

Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde féminine se jouera à 24 équipes (au lieu de 16 précédemment). L’inconvénient principal de ce nombre est qu’il n’est pas une puissance de deux et que il faut donc trouver un moyen de se ramener à 8 ou 16 équipes pour faire une phase finale1.

Cela n’est pas une nouveauté pour la Fifa puisque la Coupe du monde des garçons s’est jouée à 24 entre 82 et 94. La première en Espagne avait accouchée d’une formule assez alambiquée où les deux premiers de chaque groupes, donc 12 équipe, avaient disputé une deuxième phase avec des poules de trois dont le vainqueur accédait en demi-finales. Mais cette formule n’a pas convaincu et a laissé la place pour les trois éditions suivantes à des huitièmes de finales auxquels participent les deux premiers de chaque groupe et les quatre meilleurs troisièmes. C’est la même qui sera appliquée pour la Coupe du monde canadienne.

Tout est possible

Le principal inconvénient du système est de faire un classement entre les troisièmes, issus de groupes hétérogènes, et qui ne jouent pas tous en même temps, ce qui ouvre la porte à tous les calculs imaginables. Mais a contrario, cela empêche un tableau bien symétrique et bien scindé en deux, qui rend à peu près toutes les oppositions possibles. La France peut par exemple rencontrer en 8e de finales des équipes de tous les groupes sauf le A (celui du Canada) en fonction de sa place et le cas échéant des autres troisièmes qualifiés.

Toutefois, l’amélioration du niveau des équipes ne suit pas entièrement l’élargissement du plateau et il ne devrait pas y avoir beaucoup de surprises pour les deux premières places de chaque groupe, et on ne parierait pas qu’un troisième de groupe parvienne réellement à se glisser jusqu’en quarts de finales.

Un tirage bien organisé mais pas trop

Comme toujours en Coupe du monde, la répartition dans les « chapeaux » se fait suivant des critères géographiques afin d’éviter que des équipes d’une même confédération ne se rencontrent. Cela ne concerne habituellement pas les têtes de séries dont font partie statutairement l’organisateur et le tenant s’il est qualifié, ainsi que les meilleurs équipes, en général au classement Fifa (qui ne sert à peu près qu’à ça).

Toutefois, cette fois-ci la Fifa s’est accordé la liberté de ne pas retenir la Suède, pourtant 5e du classement Fifa et troisième de l’édition précédente et de la remplacer par le Brésil qui se situe un rang derrière2. Il faut dire que pour éviter la tentation de se focaliser trop sur son propre classement, il n’a pas été actualisé depuis le mois de septembre, la prochaine parution aura lieu à la fin du mois. Sans doute parce que le tirage au sort de la Coupe du monde n’était pas un événement assez important dans le football féminin pour justifier une mise à jour.

Des chapeaux homogènes

Ce choix a toutefois permis d’obtenir des chapeaux plus homogènes : la Suède s’est retrouvée avec les équipes européennes dont l’Angleterre qui se situe deux rangs derrière et dont la moins bien classée (la Suisse) est 18e. Si le Brésil avait été dans le chapeau de l’Amérique du Sud, cela aurait été avec des équipes situées au delà de la 30e place, et vraisemblablement avec aussi les équipes Africaines situées encore au-delà. Mais la Suède ne va sans doute pas trouver cette répartition si homogène.

De toute façon, les écarts entre les meilleurs et les autres sont tels que le tirage au sort du premier tour n’a pas beaucoup d’importance en lui-même puisqu’il serait étonnant qu’un des favoris (l’une des dix meilleures nations en gros) manque la qualification pour la partie à élimination directe. Ce qui va vraiment compter dans le tirage sera dans cette deuxième phase, et là il y a de toute façon une variabilité importante.

Un groupe de la mort, mais pas seulement

Bien sûr, le groupe D (États-Unis, Australie, Suède, Nigeria) est présenté comme le « groupe de la mort ». Il l’est indubitablement, en regroupant l’équipe la mieux classée de trois des quatre chapeaux, plus le Nigeria (3e de son chapeau) qui vaut sans doute mieux que son classement. On serait pourtant bien surpris si les États-Unis et la Suède ne parvenaient pas à sortir tant l’écart, même avec les 10e mondial qu’est l’Australie semble important.

Le vrai « groupe de la mort » sera plutôt le groupe A qui est à la fois celui où la tête de série est la moins bien classée (8e) et où la moins bonne équipe est la mieux classée (Nouvelle-Zélande, 19e). Il s’agit du seul groupe où toutes les équipes peuvent finir à chacune des quatre places (et où bien sûr, la troisième place risque de ce fait de ne pas être qualificative).

De l’autre côté du spectre, le Japon et l’Allemagne sont particulièrement bien lotis. Les tenantes du titre en particulier auront comme plus rude adversaire la Suisse (18e et novice), et ont tiré l’adversaire le moins bien classé de deux chapeaux (Suisse et Équateur) et le deuxième moins bien classé du dernier (Cameroun).

Groupe A Groupe B Groupe C Groupe D Groupe E Groupe F
Canada Allemagne Japon États-Unis Brésil France
Chine Côte d’Ivoire Suisse Australie Corée du Sud Angleterre
Nlle-Zélande Norvège Cameroun Suède Espagne Colombie
Pays-Bas Thaïlande Équateur Nigeria Costa Rica Mexique

Difficile tirage pour les Bleues

Les réactions françaises au tirage au sort ont été plutôt positive. Pourtant il n’y a pas vraiment de quoi. Il suffisait de regarder les forces en présence pour savoir que le premier tour ne serait pas très difficile. Le tirage au sort l’a à peu près confirmé, mais la France se retrouve face à l’Angleterre qui n’est pas loin du pire du côté de l’Europe, au Mexique qui était derrière la Nouvelle-Zélande l’équipe la plus difficile du chapeau océano-américano-africain, et à la Colombie qui pour le coup vaut toujours mieux que les équipes asiatiques. Bref le tirage n’est pas difficile en soi, il n’est pas non plus le pire possible (celui là est pour les États-Unis) mais il est assez loin d’être le meilleur (celui là est pour le Japon). De toute façon, les Bleues vont sortir de poules et auront même droit à un faux pas.

Le risque de la phase éliminatoire

D’ailleurs en regardant le tableau, on en vient presque à souhaiter ce faux pas. La première place enverrait les Bleues affronter le deuxième du groupe E, vraisemblablement l’Espagne ou la Corée du Sud (sans doute un des duels à suivre du premier tour), puis en suivant l’Allemagne, les États-Unis et le Japon (en supposant que ces équipes fassent respecter leur rang). Alors qu’en finissant deuxième, les adversaires seraient (toujours en se basant sur un respect strict des rangs Fifa) la Norvège, le Canada puis le Japon et la finale contre les États-Unis.

Une troisième place enverrait suivant les cas les Bleues soit dans un huitième contre le Japon avec ensuite un parcours assez dégagé jusqu’à la finale, soit contre les États-Unis avec l’Allemagne à suivre. Le choix entre les deux dépendant des groupes d’où seraient issu les autres meilleurs troisièmes.

Ne pas se tromper d’objectif

Bien entendu, tout cela n’est que conjectures, et à partir du moment où on imagine que la France pourrait finir deuxième et ne pas respecter sont rang, on peut difficilement conjecturer sérieusement que tous les autres le respecteront. Bref, c’est un calcul que les Bleues ne pourront pas faire, d’autant moins que le match contre l’Angleterre sera celui qui ouvrira leur Coupe du monde.

Toutefois, cette petite prospective montre que la priorité devra être donnée à la phase éliminatoire, que le match le plus important ne sera certainement pas le premier et qu’un faux pas au premier tour ne sera pas rédhibitoire, et contrairement à d’autres systèmes de compétition, qu’il ne mettra sans doute pas les Bleues dans une plus mauvaise situation.

La compétition sera longue avec un match de plus que lors de toutes les phases finales précédentes, usante sur des pelouses synthétiques et pour arriver en demi-finales, il ne sera sans doute pas possible d’éviter de battre au moins l’un des 6 premiers du classement Fifa.

Tableau prospectif respectant le classement Fifa actuel3
8e de finale Quarts de finale Demi-finale Finale
Chine Chine États-Unis États-Unis
Suisse
États-Unis États-Unis
Corée du Sud
Allemagne Allemagne Allemagne
Pays-Bas
France France
Espagne
Brésil Suède Japon Japon
Suède
Japon Japon
Mexique
Norvège Angleterre Angleterre
Angleterre
Canada Canada
Australie


2 commentaires pour “Un chemin semé d’embûches”

  1. Un article aussi clair qu’enrichissant. Un seul mot: continuez.

  2. [...] le tableau ressemble de très près à celui qui était annoncé dès le tirage au sort (voir « Un chemin semé d’embûches »). 14 équipes sur 16 des huitièmes de finales avaient été prévues dans ce Mastermind [...]

Répondre