Ni buts ni soumises » Sur la route de Vancouver – Première station, Offenbach

« Les (presque) meilleures joueuses du monde 2014

La faible rotation de Lyon »

Sur la route de Vancouver – Première station, Offenbach

La France est qualifiée pour la Coupe du monde, ce n’est pas vraiment un exploit mais c’est déjà ça. Le sélectionneur a maintenant huit mois pour faire une équipe capable de gagner la Coupe du monde. Et ce n’est sans doute pas avec les mêmes ingrédients que pour se qualifier.

Tout comme le premier match de l’année contre la Suède, la victoire 2-0 en Allemagne a montré une équipe de France solide et finalement assez réaliste.

Tout comme son prédécesseur à la tête des Bleues, Philippe Bergerôo pratique une communication où il a un peu tendance à exagérer les obstacles et les embûches surmontées par son équipe.

La qualification pour la Coupe du monde a été présentée comme un chemin semé de ronces nommées Autriche ou Islande. La réalité, c’est plutôt que tout autre résultat qu’une qualification aurait été un grave échec vues les différences de niveaux1.

Depuis 2001, la France n’a manqué que la Coupe du monde 20072, la faute à un match manqué dans la douceur angevine un après-midi de septembre contre les Pays-Bas. Euro et Coupe du monde, la France va donc participer à sa 7e phase finale sur 8 possible depuis une quinzaine d’années. Elle commence donc à être une habituée.

Outre son propre niveau, l’augmentation du nombre de qualifiées (de 8 à 12 pour l’Euro, de 5 à 8 pour la Coupe du monde) transforme cette partie en une formalité pour une équipe de France qui s’était toujours sortie des phases qualificatives de l’Euro à 8 (entre 1997 et 2005).

Le discours et la méthode

Pourtant, Philippe Bergerôo n’a jamais semblé considérer ces qualifications comme une formalité et a clairement limité les essais et innovations pendant sa première année de mandat. À tel point qu’entre matchs officiels et amicaux de prestige, il n’aura tenté de vraies expérimentations que lors du tournoi de Chypre, particulièrement contre les Pays-Bas pour un troisième match pourtant décisif où il laissait Wendie Renard, Camille Abily, Louisa Necib et Gaëtane Thiney sur le banc au coup d’envoi, et lors du match contre le Brésil à Remire-Montjoly, disputé 4 jours après la finale de la Coupe de France Lyon-PSG à 7000 km de là et qui concernait 16 des 25 sélectionnées, dont la plupart des titulaires habituelles.

L’équipe type a assez peu évolué avec le changement de sélectionneur même si le système a évolué, passant du 4-3-3 au 4-4-2. Mais la différence est surtout dans l’animation, la « meneuse » de Bruno Bini passant « deuxième attaquante » chez Philippe Bergerôo, et les « ailières » devenant « milieux excentrées ». Le principal changement se situe à l’arrière droit où Jessica Houara a supplanté Corine Petit, la première étant même la deuxième joueuses la plus utilisée du nouveau sélectionneur tandis que la seconde a disparu des listes.

Pour le reste, l’équipe type des éliminatoires ressemble de très près à celle de l’Euro, Amandine Henry remplaçant Sandrine Soubeyrand.

Toutefois cela n’a pas empêché le nouveau sélectionneur d’apporter sa touche de nouveauté avec 7 nouvelles joueuses en un an3, soit autant que Bruno Bini (et moins que’Élisabeth Loisel qui en avait lancé 12 mais à une autre époque).

Rendez-vous le 5 juillet

Dans le même ordre d’idée, les choix n’ont pas été marqués par le signe de l’audace, tant pour les compositions de départ que pour les choix en cours de match qui ont pu sembler prudents face à des équipes contre lesquelles il était sans doute possible d’enfoncer le clou plutôt que de tenir le résultat.

Pour le comprendre, il faut sans doute se replacer dans les objectifs fixés au sélectionneur : se qualifier pour la Coupe du monde et la remporter (ou au moins bien y figurer). Or ces deux objectifs ne demandent pas les mêmes armes. Ce n’est pas obligatoirement l’équipe qui sera le plus capable de marquer 15 buts plutôt que 5 à la Bulgarie qui sera celle la plus à même de remporter un match à enjeu contre l’Allemagne ou les États-Unis.

C’est pourquoi il est sans objet de se baser sur l’impression des matchs de qualifications pour imaginer l’équipe de France qui jouera au Canada.

Les choses sérieuses

Pour la préparer, Philippe Bergerôo dispose maintenant de 8 mois qui seront consacrés à des matchs certes amicaux mais face à des adversaires huppés : après l’Allemagne, ce seront le Brésil et la Nouvelle-Zélande qui se dresseront sur sa route en novembre, puis sans doute les États-Unis et de nouveau l’Allemagne en début d’année prochaine, sans compter l’Algarve Cup où la France devrait rencontrer trois ou quatre adversaire parmi les 6 meilleurs mondiaux (États-Unis, Allemagne, Japon, Suède, Brésil plus la Norvège et le Danemark qui ne sont pas dans les 6).

On peut même faire commencer cette préparation par la victoire convaincante 3-0 contre la Suède en février dernier et la tournée d’été où les Bleues ont affronté le Brésil puis deux fois les États-Unis. L’organisation de cette dernière était quelque peu acrobatique, entre les délais de récupération et les trajets mais c’est sans doute aussi une bonne manière de préparer l’enchaînement de matchs que sera la Coupe du monde.

À huit mois d’écart, la composition alignée contre l’Allemagne n’a différé de celle qui avait débuté contre la Suède qu’en raison de deux blessures : Laure Boulleau et Amandine Henry ont ainsi laissé leur place à Amel Majri et Kheira Hamraoui, avec des fortunes diverses. Si la première se pose comme une titulaire en puissance, la seconde n’a pas marqué de points, son abattage physique étant contrebalancé par de trop nombreuses pertes de balles.

Place aux jeunes

La grande nouveauté du match contre l’Allemagne a été l’entrée en jeu de Claire Lavogez qui symbolise la nouvelle phase de la préparation : maintenant que les Bleues sont qualifiées, maintenant que les Bleuettes de la génération dorée (voire « La relève ») n’ont plus aucun objectif en catégories de jeunes, le sélectionneur va chercher à en intégrer pour compléter son groupe pour la Coupe du monde et préparer les années futures. Griedge Mbock et Sandie Toletti étaient déjà apparues mais si la Guingampaise est restée dans le groupe en dehors de la période liée à la Coupe du monde M-20, la Montpelliéraines n’était plus apparue depuis le premier match de l’année, celui contre la Suède. Contre l’Allemagne, elle était de retour, accompagnée de Claire Lavogez et de Kadidiatou Diani, ce qui portait à 4 le nombre de joueuses de l’équipe M-20 chez les A. Bien sûr, ces convocations sont aussi liées aux absences sur blessures de Kenza Dali et Marie-Laure Delie.

L’état de la liste

L’équipe de France compte une petite quinzaine de joueuses qui sauf blessure ou méforme prolongée est assurée de traverser l’Atlantique au mois de juin. Il reste donc 7 ou 8 places à prendre pour le groupe de 23 et une vingtaine pour la liste élargie de 35 (dont 4 gardiennes).

Chaque rassemblement sera l’occasion de faire le point sur les chances des unes et des autres. On partira du principe qu’il devrait y avoir 3 gardiennes, 8 défenseuses et 12 milieux ou attaquantes, ces catégories étant mêlées à dessein.

Les gardiennes

Sarah Bouhaddi sera titulaire et Céline Deville sera numéro 24. La place de troisième est à prendre. Karima Benameur semblait bien en piste mais sa position de troisième gardienne du PSG lui offre peu d’occasions de se mettre en valeur. Laetitia Philippe a ensuite tenu la corde mais les deux derniers matchs ont vu l’appel de Méline Gérard et d’Amandine Guérin. Les deux gardiennes présente à la Coupe du monde M-20, Solène Durand et Romane Bruneau sont remplaçantes à Montpellier et à Juvisy, donc avec peu de chances de se montrer. Le deuxième nommée est par ailleurs toujours sélectionnable en équipe de France M-19.

Bien malin qui pourrait dire qui occupera les deux strapontins restant (celui des 23 et celui des 35). D’ailleurs, s’il est probable qu’il s’agira de joueuses déjà citées, ce n’est pas une certitude.

Amandine Guérin (Soyaux)

Amandine Guérin (Soyaux)

Les défenseuses

Wendie Renard est capitaine, Jessica Houara est quasiment la joueuse de base du sélectionneur, elles seront au Canada et sur le terrain. Laura Georges semble être repassée devant Sabrina Delannoy en charnière centrale, mais la capitaine du PSG est la première solution dans l’axe comme à droite.

À gauche, Laure Boulleau a toujours été titulaire quand elle était apte, et en son absence Amel Majri semble avoir réglé la concurrence. Il est encore un peu tôt pour faire de la Lyonnaise une partante certaine, mais plus que ses trois titularisations lors des quatre derniers matchs et sa présence régulière dans le groupe tout au long de l’année, ce sont ses performances en club et en sélection qui font qu’il y a peu de doute.

Griedge Mbock Bathy semblait s’être fait une place au tournoi de Chypre où elle avait été titularisée trois fois sur quatre. Depuis elle n’a plus joué une minute même si elle a été rappelée de façon systématique après la Coupe du monde M-20. Elle devrait être du voyage.

Il ne reste donc qu’une place à prendre dans un secteur qui semble à peu près bouclé. Anaig Butel est régulièrement appelée et postule logiquement même si son profil de défenseuse purement axiale peut la desservir. Les autres joueuses déjà appelées depuis un an sont Marine Dafeur, Julie Soyer et Corine Petit. Elles postulent sans doute pour la liste élargie, au même titre que celles qui ont été appelées en équipe B comme Kelly Gadea, Caroline La Villa (actuellement blessée), Marion Makuch ou Marion Torrent.

Amel Majri (Lyon)

Amel Majri (Lyon)

Les milieux et attaquantes

Eugénie Le Sommer est-elle milieu comme quand elle joue côté droit ou attaquante quand elle joue dans l’axe ? Élodie Thomis est attaquante mais de l’autre côté, Louisa Necib est milieu.

Dans la mesure où les équilibres se font sur l’ensemble de ces postes, le plus simple va être de compter 12 joueuses au milieu et en attaque, dont 4 capables de jouer récupératrices axiales, 4 milieux excentrées ou ailières et 4 devant dans l’axe (9, 9½ ou 10), la plupart pouvant jouer plusieurs de ces rôles.

Amandine Henry, Camille Abily, Élise Bussaglia, Louisa Necib, Élodie Thomis, Eugénie Le Sommer, Gaëtane Thiney et Marie-Laure Delie seront dans les 23.

Il reste donc quatre places à prendre mais certaines sont déjà réservées. Kheira Hamraoui est régulièrement appelée, elle a passé un cap au PSG et son impact physique fait d’elle la première solution de remplacement d’Amandine Henry. Elle n’a pas entièrement réussi son match contre l’Allemagne mais elle reste le premier choix pour la quatrième place de récupératrice. De même, Marina Makanza est la première remplaçante de Louisa Necib côté gauche, ce qui ne laisse certes pas beaucoup de place.

À droite, sa coéquipière Montpelliéraine Viviane Asseyi a un moment eu le même rôle mais en l’absence d’Élodie Thomis, c’est souvent Eugénie Le Sommer qui a été décalée. De plus, lors des matchs de l’automne, c’est Kenza Dali qui a été titularisée. Blessée, elle n’était pas là contre l’Allemagne, mais elle a sans doute une carte à jouer.

Parmi les autres joueuses plus ou moins régulièrement appelées mais sans vraiment de temps de jeu, on trouve Camille Catala, Pauline Crammer, Inès Jaurena et Laetitia Tonazzi. La néo-Montpelliéraine étant la seule a avoir été rappelée contre l’Allemagne.

C’est le secteur de jeu où on a le plus de chance de voir apparaître de nouvelles jeunes joueuses d’ici la Coupe du monde. Sandie Toletti, Claire Lavogez et Kadidiatou Diani ont déjà passé la tête. D’autres pourraient suivre comme par exemple Aïssatou Tounkara.

L’équipe de France B qui s’est réunie deux fois en début d’année peut aussi servir de marchepied comme elle l’a déjà fait pour Anaig Butel, Pauline Crammer, Kenza Dali, Julie Soyer ou pour les gardiennes Méline Gérard et Amandine Guérin. On gardera donc un œil attentif sur les performances de joueuses comme Laura Bourgouin ou Julie Machart.

Sandie Toletti (Montpellier)

Sandie Toletti (Montpellier)

Joueuses utilisées par Philippe Bergerôo depuis sa prise de fonction (21 matchs)
Nom Prenom Date de naissance Temps de jeu Titularisations
Necib Louisa 23/01/1987 1717 19
Houara Jessica 29/09/1987 1575 17
Bouhaddi Sarah 17/10/1986 1530 17
Renard Wendie 20/07/1990 1487 17
Thiney Gaëtane 28/10/1985 1418 16
Georges Laura 20/08/1984 1381 15
Bussaglia Elise 24/09/1985 1314 13
Le Sommer Eugénie 18/05/1989 1280 14
Thomis Elodie 13/08/1986 1204 16
Henry Amandine 28/09/1989 1167 14
Delannoy Sabrina 18/05/1986 1159 13
Abily Camille 05/12/1984 1078 13
Delie Marie-Laure 29/01/1988 943 12
Boulleau Laure 22/10/1986 709 8
Deville Céline 24/01/1982 360 4
Mbock Bathy Nka Griedge 26/02/1995 352 3
Petit-Franco Corine 05/10/1983 328 4
Makanza Marina 01/07/1991 300 2
Hamraoui Kheira 13/01/1990 298 3
Majri Amel 25/01/1993 282 3
Dali Kenza 31/07/1991 181 2
Soyer Julie 30/06/1985 180 2
Tonazzi Laetitia 31/01/1981 171 1
Asseyi Viviane 20/11/1993 135 1
Butel Anaig 15/02/1992 106 1
Catala Camille 06/05/1991 52 0
Dafeur Marine 20/10/1994 46 1
Toletti Sandie 13/07/1995 45 0
Kaci Aurélie 19/12/1989 33 0
Lavogez Claire 18/06/1994 24 0


Un commentaire pour “Sur la route de Vancouver – Première station, Offenbach”

  1. Les places dans la liste des 23 pour le mondial vaudront donc très chères, enfin les places restantes quoi, car comme vous l’avez montré bon nombre sont déjà prises. J’espère qu’il y aura quand même quelques bonnes surprises.

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