Avec ce premier bonus, en deux parties, je vous explique en quoi les succès de la saison 2009-2010 étaient prémédités : c’était écrit !

Comme vous le savez, le roman préféré de Margarita est Le Maître et Marguerite, de Boulgakov. Rien de plus normal : c’est l’histoire de l’OM.

Oui : le Maître, c’est moi.

- Première partie -

C’était à Marseille au déclin d’une journée printanière particulièrement chaude. Deux citoyens firent leur apparition à une terrasse sur le Vieux Port. L’OM connaissait alors quelques difficultés, malgré un palmarès récemment enrichi.
Un inconnu se joignit à eux, et leur conta une histoire diabolique : celle de nouvelles victoires de l’OM, écrite par un nouvel actionnaire du club. Oui, le Grand livre de l’Histoire de l’OM, ouvert à une page blanche, et complété par un successeur à Bernard Tapie.
L’inconnu avait beau insister sur la véracité de ces faits, sur l’avènement prochain d’un successeur qui remporterait de nouveaux titres avec l’OM, Bernard Tapie et Jean-Claude Gaudin n’en voulaient rien croire. Ils en riaient presque, mais un rire anxieux. Car l’étranger les inquiétait, et ce d’autant plus lorsqu’il leur annonça, comme preuve de ses talents de visionnaire, que la tête de Bernard Tapie n’allait pas tarder à tomber, avec tous les détails de sa chute.
Énervé par l’inquiétude qui montait en lui, Bernard Tapie décida de s’en aller précipitamment. C’est alors qu’un peu plus loin, subitement, la Justice recouvrit Bernard Tapie et, sur les pavés qui montaient vers la grille du quai d’embarquement du Phocéa, fut projeté un objet rond et de couleur sombre. L’objet heurta la grille, sauta sur le pavé puis roula jusqu’au milieu du quai, où il s’arrêta. C’était la tête coupée de Bernard Tapie.

L’inconnu s’enfuit, et Jean-Claude Gaudin ne réussit pas à le suivre, malgré l’aide du syndicat des taxis. Après un bain dans l’eau glacée du port pour s’éclaircir les idées, il décida de se rendre à la Commanderie, où s’étaient déjà massés les employés de l’OM.
Malheureusement pour lui, pendant son bain, ses vêtements laissés sur une bitte d’amarrage lui avaient été dérobés. Néanmoins, l’urgence de la nouvelle était telle que Jean-Claude Gaudin prit le diabolique parti de traverser Marseille. À pied, du fait d’une grève à la RTM en raison des mauvais résultats de l’OM.
À la Commanderie, l’extraordinaire chute de Bernard Tapie était évidemment sur toutes les lèvres. Mais cette histoire fut bientôt étouffée par le brouhaha de la foule : le spectacle de Jean-Claude Gaudin en slip était un scandale affreux, malpropre, dégoûtant, révoltant. Il ne prit fin que lorsqu’une camionnette eut emporté loin des portes de la Commanderie, dans un hôpital psychiatrique, le pauvre Jean-Claude Gaudin.

Pendant ce temps, l’inconnu de la terrasse sur le Vieux Port persistait dans son imposture qui ne cessait de gagner en envergure : il organisa un grand spectacle dans l’enceinte du Stade Vélodrome. Alors que José Anigo, vêtu d’un costume à carreaux, d’une casquette de jockey et d’un pince-nez, était déjà dans l’arène, deux autres assistants de l’étranger demeuraient pour le moment encore dans les coulisses : Didier Deschamps, lequel portait un chapeau melon, et une canine saillait de sa bouche, rendant hideuse sa physionomie, par elle-même singulièrement abjecte ; et Jean-Claude Dassier, un immonde et gigantesque chat noir qui se tenait diaboliquement debout sur ses deux pattes arrières.
Alors que soixante mille personnes assistaient au spectacle, personne ne releva la supercherie, et tous furent abusés par les millions d’euros gambadant sur la pelouse. En sortant du stade, aucun ne remarqua qu’il n’avait pourtant pas vu de football, et que tous avaient été dépouillés par l’équipe de José Anigo.

Dans sa chambre d’hôpital, Jean-Claude Gaudin rencontra un autre patient. Celui-ci, qui se prétendait écrivain, lui rapporta une histoire invraisemblable, mais qui retint toute son attention : l’homme aurait déjà écrit certaines pages à venir du Grand livre de l’Histoire de l’OM. Saisi par la coïncidence, Jean-Claude Gaudin voulu en savoir plus.
L’écrivain lui raconta alors qu’il était interné pour avoir prétendu pouvoir faire gagner des titres à l’OM. Il lui fit par ailleurs deux révélations fracassantes.
La première eut stupéfait quiconque l’aurait entendue, Jean-Claude Gaudin en tête : l’étranger qu’il avait rencontré avec Bernard Tapie en terrasse sur le Vieux Port n’était autre ni moins que le Diable.

La seconde était plus nébuleuse : il lui conta l’histoire d’une femme, son amante, avec laquelle il avait longtemps vécu un amour passionné, à l’abri des regards. Impressionné par celle qu’il aime encore, l’écrivain avait toujours refusé de lui dire son nom. De fait, elle en avait été réduite à l’appeler « Maître », de son propre choix.
Il avoua une certaine jalousie à l’égard de celle-ci : il lui paraissait qu’elle était autant amoureuse de lui que du récit qu’il écrivait en vue de compléter les pages blanches du Grand livre de l’Histoire de l’OM. Si elle venait le voir chaque jour, elle ne manquait jamais de lire et de relire encore les lignes de cette fascinante épopée.
Un jour, il présenta son roman à une maison d’édition. Avec un rire diabolique, l’éditeur lui renvoya son manuscrit en pleine figure, prétendant n’avoir jamais rien lu d’aussi absurde : de nouveaux trophées remportés par l’OM ? La belle arnaque ! Quelle imposture ! Comment oser se moquer autant des lecteurs et des spectateurs ?
Ce refus atteignit profondément le Maître. Il sombra progressivement dans la déprime, avant de tomber terriblement malade. N’ayant rien d’autre pour se réchauffer que des tongs et du vin blanc, il décida un soir d’hallucination de brûler son manuscrit. Sa compagne arriva juste à temps pour en sauver quelques feuillets : avec un faible cri, elle arracha du poêle, de ses mains nues, le dernier paquet de feuilles que les flammes avaient commencé de ronger par en-dessous, et elle les jeta sur le plancher.
Honteux de son échec, et sali par la critique, le Maître légua toute sa fortune à celle qu’il aimera toujours, et lui dit de s’enfuir, avec l’espoir qu’elle l’avait oublié.

Dans les rues de Marseille, après la farce dont les supporteurs avaient été victimes au Stade Vélodrome, la grogne et le chaos se répandirent plus rapidement que les ordures.

(à suivre)

__________
Les passages en italique sont repris ou inspirés de la traduction de Claude Ligny, pour : Mikhaïl Boulgakov, Le Maître et Marguerite, Paris, Pocket n°4229, 2008, 581 pages.

3 commentaires

  1. Marc Berdoll dit :

    Bob tu as laissé Troglo à la plume ?

  2. JL dit :

    Les brumes septentrionales sont bien plus dangereuses que soleil méridional pour les ciboulots fragiles.

  3. Marseille vu du ciel » Blog Archive » Le Maître et Margarita (2/2) dit :

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