Le club de Pep Guardiola fait de la tauromachie. Il danse, fait durer le plaisir. Joue avec son adversaire puis met fin à ses jours une fois qu’il en a assez. Mais là où le matador fait durer le plaisir pour le public avant tout, le Bayern doit attendre, presque contraint de patienter, pour que son plan de jeu fonctionne. Car c’est à force de faire tourner le ballon qu’il épuise son adversaire. Pas besoin d’augmenter sensiblement le rythme, il faut surtout attendre que les résistances de l’opposant baissent: cette saison, les Bavarois ont marqué quatre fois en première période et vingt-deux en seconde. Et les seuls buts qu’ils ont encaissés l’ont également été dans les quarante-cinq premières minutes, une statistique loin d’être anodine après plus d’un mois de compétition.

UN BANC REMPLI DE GROS POISSONS

Ces chiffres sont en partie dus au coaching. Grâce à un banc largement supérieur à celui des équipes qu’il rencontre, Pep Guardiola peut se permettre de faire entrer des joueurs qui, en plus d’être frais, sont d’un talent égal ou supérieur à celui des titulaires. C’était notamment le cas de Robert Lewandowski, lancé à la mi-temps à la place de Thiago Alcantara contre Wolfsbourg (5-1), match où il mit cinq pions en neuf minutes. Ainsi, plutôt qu’une forme de coaching gagnant accidentel, où entre un homme moins bon que le titulaire mais qui doit faire la différence sur sa fraîcheur, il y a un coaching gagnant volontaire – même si, dans ce cas précis, le Polonais était touché à la cheville et préservé. Celui-ci table sur une baisse de niveau de l’adversaire, dont le buteur pourra encore plus profiter que s’il avait disputé les premières minutes, face à une équipe en place et en forme. Évidemment, c’est un luxe que l’on se permet quand les remplaçants sont également très forts.

Mais les forces du Bayern sont aussi ses faiblesses. Si les Bavarois doivent attendre que leur adversaire se fatigue à courir après le ballon pour pouvoir marquer, ce qui est pour l’instant le cas dans la majorité des rencontres, c’est bien qu’ils sont incapables de trouver la faille quand celui-ci est au maximum de ses moyens physiques. Ce qui laisse à penser, en extrapolant, qu’une formation qui subirait un peu moins le jeu, perdant peu d’énergie à courir après le ballon, ou qui, hypothétiquement, serait composée de marathoniens jamais fatigués, n’encaisserait jamais de buts. On l’a vu contre Augsbourg (2-1), il a fallu attendre les dernières secondes pour que la victoire, pourtant largement méritée au vu des occasions, soit acquise – et ce de manière litigieuse. Le constat est donc là : le Bayern, aussi fort qu’il puisse être, ne sait pas faire de différences absolues.

LA CATALOGNE EN BAVIÈRE

Quand il était au Barça, Pep Guardiola pratiquait déjà le jeu de possession, résumé sous un terme de tiki-taka qu’il déteste (“Je hais toutes ces passes, faites juste pour passer, tout ce tiki-taka. C’est tellement stupide et ça n’a aucun sens. Tu dois passer la balle avec une intention claire, avec pour objectif d’aller vers le but adverse. Ça ne doit pas être des passes pour des passes”) et qui lui a permis de remporter tant de titres. Dans cette équipe, il y avait des constantes : des latéraux offensifs, des joueurs techniques et endurants au milieu capables de gagner la bataille dans l’entrejeu pour assurer une possession (largement) supérieure à l’adversaire, et des éléments pouvant faire des différences devant. Ceux-ci, hormis lors de la récupération de balle haute au pressing, ne faisaient que peu d’efforts intenses et réservaient leur énergie pour quelques accélérations. C’est ainsi que Lionel Messi, qu’on pouvait voir marcher durant de très longues séquences, avait les moyens d’exploser face au but sans que son relatif désintérêt ne nuise à son équipe. Tellement forte dans son expression collective, la formation catalane segmentait les rôles, dominant tout en faisant des impasses grâce à la qualité technique de ses élements et un jeu de position proche de la perfection.

Le Bayern de Guardiola, s’il reprend les mêmes concepts, a toutefois quelques limites. Outre l’absence d’un Lionel Messi, accélérateur de particules, passeur et buteur qui fait peser une menace constante et libère, de fait, ses partenaires du marquage, il avait également en Andrés Iniesta un régulateur aux allures de détonateur. Si Xavi, que l’on retrouve en partie en Thiago au Bayern, et Busquets, désormais incarné par Xabi Alonso, ont des équivalences dans leur rôle, aucun milieu de terrain axial du Bayern ne peut porter le ballon, dribbler et également faire la passe qui tue. Thiago, Vidal, Xabi, Javi Martinez et les autres peuvent parfois faire quelques dribbles mais sont loin d’avoir les qualités de l’Espagnol. La responsabilité pèse donc en grande partie sur les épaules des joueurs de couloir. Pendant longtemps, il s’agissait de Robben et Ribéry, comme l’expliquait Guardiola lui-même dans Herr Pep. Rattrapés par leur âge et les pépins physiques, ils n’ont pu contribuer lors des moments importants la saison dernière. C’est l’une des raisons de l’élimination contre Barcelone, échec toutefois pas infamant compte tenu des qualités de l’adversaire.

COMAN, CA MARCHE ; COSTA BRAVO

Pour palier cette absence, Guardiola a ciblé des joueurs au profil similaire à Robbery, recrutant Kingsley Coman et Douglas Costa. Des joueurs encore méconnus, prometteur pour l’un et jusque-là confiné à un championnat de seconde zone pour l’autre. Pourtant, ils sont les deux très bonnes surprises du début de saison, le Brésilien affolant les statistiques de passes décisives tandis que le Français, incorporé au groupe plus récemment, impose déjà sa patte. Samedi, face à Mayence (3-0), il a ainsi provoqué un penalty, donné une passe décisive et marqué. Ces deux joueurs ne sont pourtant pas les plus complets à leur poste ni des produits finis – il ne faudra d’ailleurs pas s’étonner s’ils accusent une baisse de régime en cours de saison. Ce qui leur permet de briller est simple : débarassés des efforts qui mobilisent de l’énergie – habituellement demandés aux dix joueurs de champ – mais ne sont pas directement productifs face au but adverse, ils se content de faire ce qu’ils savent. Percuter et apporter le danger.

Le Bayern joue chaque semaine une partition attendue, certes maîtrisée à la perfection mais qui, en elle-même n’est pas suffisante pour gagner. Les redoublements sont maîtrisés, les courses également. Mais, si la différence ne se fait que via des transmissions de balle, il y a le risque qu’un adversaire sachant parfaitement coulisser ne soit mis en danger que sur des frappes lointaines. Depuis leur côté, Coman et Costa apportent donc une variété bienvenue. Ils vont toujours de l’avant, prennent le ballon et le risque de le perdre, les partenaires étant de toute façon là pour les couvrir en cas d’échec. Un échec attendu par leur entraîneur puisqu’il leur est demandé de tenter des choses, là où l’on attend un certain conservatisme des autres pour éviter toute fausse note, une perte de balle qui pourrait être fatale en cas de contre. Là où les ailiers de Barcelone avaient pour mission première de libérer Lionel Messi, ceux du Bayern ont une grande responsabilité sur les épaules : ils doivent être mis dans la meilleure position possible pour faire la différence.

AU BON ENDROIT AU BON MOMENT

À droite, Coman n’hésite pas à tricoter pour faire craquer son adversaire. Les deux penalties obtenus en sont des preuves : le Français avait à chaque fois réussi à entrer dans la surface grâce à ses qualités dans les petits espaces et ses appuis tranchants, mais n’avait pas beaucoup de possibilités de centre ou de tir. Costa, lui, ne s’embarrasse pas trop. Certes, il sait faire des grigris et a une frappe pure, mais c’est surtout un joueur extrêmement rapide. Il pousse le ballon droit devant, accélère, passe son épaule devant celle de son adversaire et centre en bout de course. Cette action, aussi simple et répétitive qu’on la croirait issue d’un vieux PES, est pourtant d’une réussite totale. Il ne passe que cinq ou six fois par match mais, à chaque fois, réussit à donner des centres à ras de terre pile au bon endroit. Comme le Bayern est une équipe dont les joueurs n’hésitent pas à se projeter vers l’avant, il y a presque toujours quelqu’un pour pousser le ballon dans le but à bout portant. Surtout avec Lewandowski, en pleine réussite actuellement, et Müller, renard des surfaces absolu.

Le profil de Coman est peut-être ce qui manque au PSG actuel. Et il est amusant de constater que Lucas Moura cumule certaines qualités de Costa et Coman. Comme le second, il est encore un produit brut qui ne fait pas toujours les bons choix. Comme le Brésilien, il est très rapide, surtout balle au pied. Pourtant, il déçoit, victime d’un QI footballistique bien trop faible. Que le club parisien ait dû laisser partir gratuitement un jeune déjà devenu important au Bayern montre qu’il n’avait pas réalisé l’ampleur de son potentiel et ne savait pas comment l’utiliser – un manque de confiance qui a poussé le garçon à refuser les offres de contrat pro du PSG. Pourtant, Paris est l’une des équipes qui se rapproche le plus du club munichois dans son style de jeu, avec une possession de balle nettement supérieure à celle de ses adversaires en compétition domestique (63% pour le PSG, 68% pour le Bayern). Et qui pourrait donc se permettre le luxe de ne pas impliquer tout le monde dans les phases énergivores pour être plus décisif dans la surface de vérité. À la Juventus, Kingsley Coman jouait peu, mais si le Bayern a misé sur lui, c’est qu’il savait que ses qualités seraient très utiles, surtout placé à son poste d’ailier.

RELATIVITÉ DU SUCCÈS

Le Bayern, une nouvelle fois, est en excellente position pour gagner le championnat. Car la concurrence n’a pas les mêmes armes, mais aussi car son style de jeu le met à l’abri des mauvaises surprises. Certes, il aurait déjà pu (dû ?) perdre des points cette saison. Mais, s’il est moins flamboyant que le Borussia Dortmund, sa maîtrise du jeu fait qu’il évolue à un niveau plancher supérieur à quasiment toutes les équipes de Bundesliga. En temps normal, le Bayern est presque sûr d’avoir le ballon 70% du temps et de ne concéder que quelques occasions. Il suffit alors, entre guillemets, d’être sérieux sur ces phases et d’avoir un minimum de réalisme de l’autre côté du terrain. Beaucoup moins impressionnant que celui de Jupp Heynckes, rouleau compresseur mythifié par une dernière saison exceptionnelle, le Bayern de Pep est construit pour gagner le championnat. Le quatrième titre, loin d’être acquis vu le jeu formidable des hommes de Tuchel, est tout de même un largement atteignable si aucun coup du sort ne vient s’en mêler. Mais c’est en Ligue des champions que le test est le plus grand.

À force d’écraser le championnat, on en vient à penser que la Bundesliga est faible, ce qui n’est évidemment pas le cas (preuve en est la deuxième place au coefficient UEFA). Simplement, le style de jeu et l’effectif permettent de ne pas être mis en danger sur la durée d’une saison. En C1, il n’y a qu’un aller-retour – face à des adversaires préparés et habitués à dominer leur sujet en championnat. Les défenseurs bavarois, souvent au chômage technique et donc plus impliqués dans la relance que la défense pure, se retrouvent face à des joueurs très talentueux. Rien n’est pareil. Pep Guardiola le sait mais n’a pas encore trouvé la clé. Et on en vient à le décrier, relativisant ses succès passés sur la base de trois matches mal négociés contre des équipes au moins aussi bien équipées.

SUR LE TOIT DE L’EUROPE ?

Ce Bayern a les armes pour gagner la plus grande compétition européenne. Contrairement au Barça de l’an dernier, il n’est pas flamboyant. Et, contrairement à la Juventus, il ne sait pas être cynique. Son pragmatisme découle de la philosophie de son coach, il est proactif : défendre se fait avec le ballon et la solidité n’est que relative, une caractéristique déjà présente à Barcelone. Les Catalans pouvaient ne pas encaisser de buts pendant un mois avant de craquer d’un coup sous le poids de défaillances individuelles insoupçonnables quelques semaines plus tôt. Ce fut le cas du Bayern et notamment de Boateng l’an dernier, humilié par Messi sur un dribble alors qu’il avait été parfait pendant de longs mois.

Avec un milieu supplémentaire (Arturo Vidal) et des ailiers de talent, Guardiola se donne les moyens d’aller au bout. Vidal n’est pas Iniesta mais le profil de ce Bayern est sans doute le plus proche qu’il ait été de celui du Barça triomphant. La marge de progression existe encore dans la capacité à faire la différence sur le jeu de passes plutôt qu’individuel, car Douglas Costa ne sera sans doute pas capable de maintenir un rythme qui l’amènerait sur une saison à quarante passes décisives. Il suffirait que lui et l’autre ailier, Coman ou non, soient opposés à des excellents latéraux pour que les solutions manquent. Aucune équipe n’a la marge pour être certaine de gagner la Ligue des champions à partir du moment où elle jouerait à son niveau, mais le Bayern tend vers une certaine forme de perfection, celle imaginée par son entraîneur. Les limites inhérentes au jeu de possession seront toujours là mais, après plus de deux ans en Bavière, Guardiola doit montrer que les forces du système peuvent outrepasser ses limites. Que, sans Messi, il n’y a pas de tiki cata.

Christophe Kuchly

19 commentaires

  1. Raspou dit :

    Hello,

    Très sympa à lire, merci! Sauf erreur de ma part, le PSG n’a pas “laissé partir” Coman, il n’a pas pu s’opposer à son départ pour la Juve, Coman ayant refusé le contrat pro qu’on lui proposait.

  2. polobreitner dit :

    Moin,

    Excellent billet
    Deux trois remarques,
    - ce qui est impressionnant avec Guardiola -au delà de la technique- c’est le désir de toujours gagner, même pendant les arrêts de jeu, 91ème, 92ème, 93ème. C’est aussi une explication “aux écarts récents” en Buli alors que d’autres équipes assurent le nul.
    - à l’inverse, à chaque fois que le FCB est en danger (au niveau du calendrier), les autres équipes ne sont pas prêtes “à faire l’exploit.
    - Guardiola ne sera adoubé en Allemagne, comme l’écrit l’auteur, qu’en remportant la LdC. Le Bayern de “Don Heynckes” reste la référence pour le supporteur moyen, pas pour les techniciens qui décortiquent la tactique de Guardiola. Sams parler de l’”ibérisation” du club qui pose, tout de même, la question de la pyramide du football allemand clubs-Bayern-équipe nationale.

    Enfin, pour revenir au duel contre Barcelone, l’année dernière, on peut toujours se demander ce que cela aurait donné avec Messi (Robben) absent mais aussi Neymar (Ribéry) et Busquets (Alaba) sans oublier Suarez (Lewandowski) avec un masque…vivement la revanche…
    Et mon côté germanophile préfère le Bayern de Jupp Heynckes…on ne change pas les identités footballistiques du jour au lendemain.

  3. Jean-guy dit :

    @polobreitner
    Je ne comprend pas pourquoi opposer les supporters “moyen” fans de Heynckes et les grands “tacticiens” fans de Guardiola, comme si l’adoubement des “grands tacticiens” faisait de Guardiola le must dans le domaine. Quand je lis les lignes directrices des grands “tacticiens”, comme bien souvent chez les dé-managers,on ne retrouve que les mots clés de la démocratisation de la tactique Guardiola puis par extension, Bielsa: possession, pressing (souvent haut). Il ne s’agit que d’un football.

  4. les-de-managers dit :

    Merci pour la précision Raspou, on a légèrement ajusté le texte. Le joueur met son refus de signer sur le compte d’un manque de confiance du PSG, ce qui laisserait supposer une petite responsabilité du club, certes moins grande qu’un “pars, on s’en tape” puisque le salaire offert était décent.

  5. Cluj19 dit :

    Les objectifs du dirigeants du Bayern en recrutant Pep était clairs : gagner de manière plus constante. Sauf erreur de ma part, si le Bayern venait à être champion, ce serait la 1ère fois dans l’histoire de la Bundesliga qu’une équipe remporte 4 fois le titre de suite. 3e titre consécutif pour Pep, pas sûr non plus que cela ce soit déjà produit en Allemagne.

    La notion de supporters “moyen” fans de Heynckes me semble pertinente sur un point : Heynckes n’a fait “que” 2e la première année, et c’est surtout sur les 6 derniers mois de sa 2e saison qu’on a vu un Bayern rouleau compresseur, notamment en LDC. Répéter ce niveau de performance 2 saisons supplémentaires était loin d’être acquis. Heynckes a pour lui 6 mois d’état de grâce avec 3 titres majeurs, mais il n’a pas eu l’occasion de montrer ce que ce Bayern valait sur le long terme. Jouer en état de grâce pendant 6 mois est une chose, dominer un championnat plusieurs saisons de suite avec globalement un des footballs les plus ambitieux d’Europe, ça en est une autre.

    La question de “qu’est-ce qui se passe si mes détonnateurs trouvent plus fort qu’eux ?” n’est pas spécifique au Bayern. Le jour où Messi est éteint, ce n’est plus le même Barca non plus. Il se trouve juste qu’avoir de tels ailiers, c’est disuasif sur le papier, et aucun entraineur sain d’esprit ne compterait sur son seul latéral pour museler tout le match Costa ou Coman (cf. face à Mayence, où Coman se retrouve en 1vs1 au début de l’action où il obtient le pénalty). Cette nécessaire prise à 2 libère des espaces dans l’axe.

  6. Falcao dit :

    Bonjour,

    Merci pour ce billet très instructif, même si vouloir synthétiser la philosophie de Pep en 2 pages reste un exercice très ambitieux.

    Sans rentrer dans les détails, ce qui nous fascine le plus dans ce Bayern “catalan”, c’est surtout le concept Work in Progress. Pour les amoureux du foot, on peut s’attendre chaque weekend à des surprises rafraîchissantes. Des Master Class tactiques, de la compo souvent surprenante, à l’exécution des idées délirantes de Dr Pep.

    Quel autre coach contemporain de Guardiola est capable de se réinventer de la sorte ? Sous la contrainte (départs & blessures) ou de manière proactive pour surprendre ses adversaires ? QUI ? Kloppo ? Il a péri avec ses idées et il doit être entrain de “Bielser” ses concepts. Cholo ? on voit bien son Atleti à bout de souffle et ininspiré, malgré un effectif largement supérieur à celui des années passées. Mourinho ? Son Chelsea est l’expression de la stérilité et du nihilisme dans le foot. N’exister que dans la déconstruction, alors qu’il a les joueurs pour faire chavirer les aficionados du Jogo Bonito. Benitez ? sa dernière saison avec le Napoli…

    Roger Schmidt, Tuchel, Berizzo… d’excellents “produits”, en devenir. Attendant avant de juger.

    On peut même aller plus loin et comparer la philosophie de Pep à celle de ses prédécesseurs. Qui a pu mettre en place un concept novateur bâti pour durer ? Don Jupp ? La puissance de son Bayern était biologique. Elle a culminé et baissé avec la forme de son groupe, restreint. Okay, difficile d’être catégorique, puisque remercié avant terme. Mais le Board bavarois voyait venir le déclin.

    Je ne vois que le Séville d’Unai Emery/Monchi qui a une vraie philosophie capable de durer, malgré un turnover record. Mais on ne saura jamais ce que ces 2 cadors de la formule 2000 seront capable de faire en F1 !

    Rummenigge et Beckenbauer ont ramené Pep pour gagner des titers bien évidemment, mais pour laisser un concept structurant pour le club, garantie de truster le Top5 européen, sans casser la tirelire chaque 6 mois. Le triplé est un Nice To Have, même si le bavarois imbibé à la Weizen est un ingrat capricieux et gâté !

    Pour revenir au foot et au billet, dire que ce Bayern a des limites, faute d’un Iniesta accélérateur de particules, et qu’il va coincer face aux cadors, c’est fort en café. On y reviendra.

    Question :

    quel club peut actuellement se targuer d’avoir autant de variété dans le jeu ? Possession, percussion, poweplay, contres, buts crades de renards de surfaces, CPA, banc prolifique… ?
    Intrinsèquement, Le Real et loin derrière le Barça, peut être. Mais on verra qui arrivera au sommet et sans bobos, avril prochain. ça se jouera surement à rien. Au génie de la Pulga, à un volcan scandinave…

    Tchüss.

  7. Contrôle Lorientais dit :

    Merci pour cette analyse, comme toujours extrêmement éclairante.
    Serait-il possible d’avoir plus de précisions concernant le rôle de Vidal dans ce Bayern 2015/2016 ? Comment se positionne-t-il par rapport à Thiago ?

  8. polobreitner dit :

    @Jean-guy,

    Je n’oppose pas, je constate le ressenti d’un football sous Don Jupp très proche de l’identité footballistique allemande, et ça le supporteur allemand…il aime.
    Les attaques des “spécialistes” médias contre Guardiola sont sur la même ligne. Que les techniciens allemands défendent Pep et analysent son jeu est parfaitement logique. Je ne vois pas où est l’opposition. Le ressenti allemand est différent.
    Quant à Guardiola au Bayern, merci de ne pas oublier qu’il remplit -surtout- les caisses d’un club soucieux de se développer à l’international. Quant aux titres, pas besoin du génial catalan pour en remporter avec le Bayern.

  9. Christophe Kuchly dit :

    Contrôle Lorientais : Vidal monte petit à petit en puissance, on ne peut pas dire qu’il ait vraiment épousé un rôle bien défini. A priori, Guardiola voudrait en faire un piston, que ce soit comme en sélection. D’autant que Xabi fait bien le boulot mais n’est pas très mobile. Du coup Thiago est un peu décalé sur le côté. Un oeil aux heatmaps du Bayern peut aider à se rendre compte mais ça bouge tellement qu’elles sont parfois illisibles.

    Falcao : Je suis très client de Guardiola, sans quoi je ne m’enfilerais pas la grande majorité de ses matches depuis des années. Mais parfois ça tourne en rond, même si c’est généralement pendant moins de 90 minutes (s’il y en a uniquement 15 d’abouties ça peut suffire à marquer 3-4 fois). Je ne dis pas que ça va coincer, je ne le pense pas, mais il n’y a pas de marge. Si tu perds tes ailiers, je ne vois pas un mec faire la différence dans l’axe en perforation. Sauf si Vidal se (re)révèle. Il y a un an moins quelques semaines, je les voyais intouchables et ils se sont pris de plein fouet un trio d’attaque injouable soutenu par une organisation cohérente.

  10. polobreitner dit :

    @Falcao,

    Concernant Klopp, il est un petit peu dommage que l’Europe ne se soit pas intéressée au BvB version 2011 et 2012, pour moi supérieur à celui de 2013, malgré ses échecs européens (l’expérience ?).
    Enfin, ne pas oublier que l’une des causes de la “chute” de Dortmund l’année dernière est aussi liée à des joueurs qui se sont embourgeoisés, qui ont construit leur palmarès, certains sont même devenus champions du monde. L’envie n’est plus la même pour des gamins qui ont tout à prouver et donc acceptent les sacrifices imposés par le gegenpressing, notamment, et l’après 2014. Le Bayern en 2011 et 2012 s’en souvient douloureusement.
    Quant à Kloppo, ne pas oublier les filiations avec Rangnick ou avant Wenger et Sacchi.
    Mais je suis d’accord avec toi sur Tuchel, Schmidt et je rajouterai Weinzierl voire Zorniger.

  11. polobreitner dit :

    @Jean-guy,

    Je finis…Expliquer à une nation qui a tout raflé avec deux attaquants dès les années 60 et qui en a sorti quelques uns, que le modèle, aujourd’hui, c’est un faux 9…ben le supporteur allemand, qui n’a pas la mémoire courte, prend de l’aspirine afin de soigner son mal de tête.
    C’est l’une des explications pourquoi Lewandowski est considéré par certains comme le meilleur attaquant du monde : panel du faux 9 (à Dortmund, il jouait à ses débuts en attaquant de soutien) et du vrai 9.
    On n’efface pas Gerd Müller comme cela dans les consciences populaires.

  12. Benoit Fleck dit :

    @Christophe. Oui, le club a pris dans les dents un trio d’attaque injouable soutenu par une organisation cohérente, mais avec un gros handicap ( Robben/Ribéry/Alaba/Martinez out, Schweini je crois aussi et Lewa qui devait être à 50% ). Cela aurait été du domaine du miracle, que de battre ce Barcelone avec un effectif autant entamé.

    Comme, cette année, face à un tout gros, sans ailiers sur le terrain. Mais c’est valable pour le Bayern comme pour Barcelone ou le Real. Tu enlèves Messi/Neymar ou Ronaldo/Bale, ça devient tout de suite plus compliqué de battre les prétendants au titre.

    Personne n’a de la marge en CL, elle se joue sur quasi rien, et dans un contexte. Ce fameux rouleau-compresseur made in Jupp - et dit sait que j’ai aimé cette saison - elle est devenue un mythe, une valeur étalon impossible à atteindre. Les gens se souviennent du score face à Barcelone en oubliant que les espagnols jouaient avec un Messi sur une jambe, et quelques blessés. En oubliant que l’équipe passe à côté d’une élimination face à Arsenal, où les joueurs était fantomatique et qu’en finale, Neuer sauve les meubles pour que Robben ne donne le titre qu’en toute, toute fin de match.

    L’équipe était forte, très forte, mais elle n’avait pas non plus cette fameuse marge mentionnée, mais encore une fois, qui l’a ?

  13. Falcao dit :

    Hors sujet par rapport au billet, mais les commentaires flirtent avec ce thème récurrent :

    Les gars, la question qui revient concernant le top5 européen est la notion de réussite en LdC. Pas de trophée, c’est la cata ?? Ce qui est une hérésie sportive et une invention médiatique. Ce n’est pas des Highlander, il ne peut en avoir qu’un seul !

    Prenons le cas du Real et sa Decima. Hyper chanceux contre le BVB : Mkhirayan ne vendange pas, bye les Merengue. Ce même Real étouffé par le Bayern au Bernabeu. Le retour s’annonçait une formalité pour le Bayern. Erreur (vanité? Arrogance?) de jugement de Pep et Madrid en met 4 à l’Allianz. Finale, l’Atelti quasi…

    Bref, en terme de méritocratie, ce Real est vraiment le digne champion d’Europe ? Théoriquement, le Bayern méritait cette coupe. Mais les médias et le supporter lambda s’en fout. C’est cette défaite contre le Real et non pas celle contre le Barça qui est restée de travers dans le gosier bavarois.

    Idem pour l’Inter et d’autres champions en toque.

    A moins de se prendre un cador en 1/4, atteindre le carré final est le but réel de chaque grand club, et soyons sérieux, c’est le révélateur du niveau d’une équipe. La suite est souvent une question de chance, voir des petits détails. Tiens, Oliver Kahn peut disserter sur son traumatisme mancunien des heures durant.

    Pour faire court, j’estime que ce Bayern (sans Messi) est équipé pour aller en 1/2 de LdC… et accessoirement de remporter la Buli.

    Je parierai même que Honess a glissé à Pep une clause similaire dans son contrat ;)

    Bonne soirée.

  14. Revue de web n°6 (28 septembre/4 octobre 2015) | Chroniques sporTVistes dit :

    [...] Bayern Munich : le matador et ses estocades (Christophe Kuchly, Les Dé-Managers, 28/09/2015) : focus sur le Bayern 2015/2016 de Guardiola avec Coman et Douglas Costa à la place de Robben et Ribéry. [...]

  15. Christophe Kuchly dit :

    Bien d’accord avec les derniers commentaires. Battre les plus faibles et ensuite espérer que la pièce tombe du bon côté face aux équipes de niveau équivalent en fin de compet est généralement ce qui fait gagner la LDC. Et le grand Barça c’est Iniesta à la 93e contre Chelsea. J’ai écrit sur la demi-finale Bayern-Barça et Guardiola sur les Cahiers et le propos était relativement équivalent : les absences côté allemand font qu’on ne sait pas, même si dans tous les cas ça aurait été compliqué. Dans ces articles, et je l’effleure ici en parlant du Bayern de Jupp mythifié, il y a le rappel que cette équipe n’était pas une dynastie (j’insiste sur le “je” sans prétention mais pour dire que, si j’en parle pas dans ce texte-ci, c’est surtout pour pas trop me répéter). A peu de choses près, elle peut très bien ne pas gagner la C1. Et elle sort d’une saison vierge.

    Après, je pense que l’élimination par Barcelone, une fois qu’on l’a recontextualisée, doit malgré tout être prise en compte. Comme les défaites ça et là, notamment en Coupe. Tout aussi fort qu’il soit, le système Guardiola a des failles. Qui, dans l’absolu et vu son côté dictatorial, pourraient être encore mieux masquées, offrant une partie de la marge nécessaire. Bien sûr, parler de marge de progression ici n’a pas le même sens que si c’était le LOSC.

  16. polobreitner dit :

    “cette équipe n’était pas une dynastie”
    Perdre la finale LdC contre “boring Chelsea” de sieur di Matteo en 2012 et remettre le couvert en 2013…mentalement, cela vaut toutes les dynasties du monde, non ?
    Quant au “Barca-Bayern”, on l’a vu supérieur à l’équipe d’Heynckes à certains moments en 2013-2014, jamais sur la durée et surtout jamais au bon moment. En 2012-2013, à partir de février, ils sont injouables et même la défaite en 1/8ème retour à domicile contre Arsenal est une piqûre de rappel.
    Cette année, on a les CoCo (Costa, Coman) qui remplacent, pour le moment les Robbery, le banc est juste monstrueux et surtout pas d’excuse post CdM. A ce titre, le Meisterschale de Guardiola en 2015 est unique mais ses choix tactiques ont été faits en fonction d’une revanche contre le Real (élimination qu’il n’a jamais accepté) et c’est le Barca qui est sorti du chapeau.

  17. Christophe Kuchly dit :

    Mentalement oui, c’est très fort. Mais c’est la revanche d’un groupe uni autour d’un discours et d’une mission. J’entends par dynastie le côté “équipe tellement forte sur la durée qu’elle va toujours loin s’autogère presque”. Autant Tito Vilanova a pu reprendre une machine bien huilée après Guardiola, n’ayant “qu’à” revenir sur les expérimentations ratées de la dernière saison, autant Pep reprenait une équipe dont la puissance absolue était relativement neuve et ancrée sur des concepts moins établis (hors domination physique).

    Au-delà de ses conceptions du football, je pense que le fait de changer d’approche n’était pas une mauvaise idée parce que je ne sais pas si les derniers mois avant son arrivée étaient reproductibles, surtout une fois les objectifs atteints. Les dirigeants devaient partager en partie l’analyse, même si l’opportunité de prendre un Guardiola libre était difficilement refusable. Je minimise évidemment pas ce qu’a fait Jupp avec ses garçons, mais un certain discours anti-Guardiola, bien plus visible sur Twitter ou lequipe.fr qu’ici, sous-entendu que Guardiola a transformé une équipe invincible en bonne équipe. On peut ne pas être fan absolu de son football (je sais que c’est ton cas Polo et je comprends bien, mon patronyme confirmera que j’ai des racines germaniques très proches incarnées par des gens qui pensent la même chose), mais c’est forcément plus compliqué que ça.

  18. Polobreitner dit :

    Salut Christophe et merci de ta réponse.
    Mais je suis “fan” de Guardiola, sauf que j’espère avoir dépassé le stade de la révélation de la génialité qu’on met à toutes les sauces, un peu comme Martine va à la plage, Martine ramasse des champignons, … donc Pep au Bayern, Pep en Allemagne, Pep et la sélection allemande…un concept facilité par une presse nationale française qui a encore du mal à pointer l’Allemagne sur une carte et, bien entendu, vendue à la PL dont la science foot reste encore à prouver de mon point de vue. C’est ce que j’avais appelé à l’époque, les “Latins crétins” cf. L’amour idolâtre du Barcelone ou du foot espagnol (désolé l’autre Madrid et Séville…si toutes les équipes de foot jouaient comme cela, on se mettrait tous au bilboquet. Ce qui ne veut pas dire que ces deux équipes ne sont pas intelligentes, loin de là). Pareil dans d’autres domaines le Che c’est génial, Rosa Luxembourg, c’est qui ? Je m’egare.
    Et je trouve, qu’au delà de l’animation, le fait que le foot de Guardiola puisse se passer de défenseurs centraux m’interpelle plus que le reste. Mais je n’oublie pas non plus les critiques contre Guardiola (Favre est excellent là-dessus et sur la possession excessive) ni l’identité foot du ballon rond allemand (mais vu qu’en France, on ne sait plus ce que c’est, je ne m’étonne plus de voir le niveau d’un Losc-Canari…). Dans ce sens, le public allemand se reconnaît plus dans l’équipe de Heynckes que celle de Guardiola et je trouve cela très respectable car on se confronte. Cela me semble plus sain que d’entendre à tout bout de champs le meilleur c’est Guardiola (et ce n’est pas une critique de ton billet que je trouve excellent).
    C’est comme le débat sur “ce Bayern est trop vieux” alors que le vrai pb, c’est sur le marché est-il possible d’acheter, donc abordables au sens Bavarois bien sur, des joueurs capables de performer comme les Robbery.
    Enfin, et c’est un paramètre dont personne ne parle en France, l’impact de Guardiola sur les finances du club…et là, on est loin des considérations tactiques.

  19. Daniel dit :

    J’arrive 50 ans après la guerre mais je voulais juste réagir sur 2 points : le style de jeu et le jugement de Douglas Costa.

    Je commence par le second point : vous faites passer Douglas Costa pour un bourrin type Gareth Bale ou Antonio Valencia, alors que Costa est un joueur d’une finesse incroyable (centre de l’exter contre le HSV) et d’une tonicité incomparable. Il fait des accélérations verticales, ce qu’on lui demande vu que le jeu de passes de possession est plutôt horizontal voire diagonal au mieux, mais il sait aussi s’engouffrer et changer d’appuis. Bref, ce n’est pas un joueur R1 + carré comme vous le décrivez un peu trop rapidement.

    Concernant le style maintenant, étant supporter du Bayern depuis une quinzaine d’année, je peux dire que cette équipe est aussi victorieuse que chiante à voir jouer.
    OK Pep expérimente, il y a des surprises, mais c’est rarement spectaculaire. Ca joue beaucoup, beaucoup à la baballe, et il sacrifie le talent individuel de certains joueurs à leur poste de prédilection sur l’autel de la révolution tactique : Lahm au milieu (moins cette année) alors qu’il est facile dans les 3 meilleurs latéraux mondiaux, Alaba défenseur central alors qu’il est le meilleur espoir mondial au poste de latéral offensif gauche, Rafinha milieu,…

    Soyons clairs, Pep peut tenter des choses parce qu’il est quasi certain d’être champion. Aucun entraîneur aujourd’hui ne peut se permettre de prendre de risques, sauf à considérer le cas des indéboulonnables (Wenger, Pep).

    Je n’arrive pas, comme le commun des mortels, à tomber en pâmoison devant les concepts tactiques de Pep, dont on confirme si je lis certains ici qu’ils ont élitistes et inintelligibles des masses populaires. Pardon, mais l’ADN du Bayern c’est d’avoir les meilleurs joueurs allemands, formés au club ou non, et d’avoir un jeu + direct et + physique, et de miser sur la stabilité (hors période FC Hollywood).
    L’ibérisation de l’effectif marchera avec Pep, mais il faudra changer 50% de l’équipe s’il s’en va. Et ça, ça coûtera très cher au Bayern.

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