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Feuilles de match et feuilles de maîtres

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  • Pascal Amateur le 01/11/2023 à 22h24
    Oui, oui, oui, "Le grand troupeau" de Giono, que je découvre (et termine). De ce roman, pris dans son ensemble, se dégage une tristesse tenace, c'est étonnant.

  • Jah fête et aime dorer Anne le 01/11/2023 à 22h45
    Est-ce à dire que c'est plus "quand notre cœur fait littéralement boum" que "yop la boum" ?

  • Loscoff-Plage le 02/11/2023 à 16h43
    Soljenitsyne

    Je viens de finir l'Archipel du Goulag ici et je voudrais partager ici quelques impressions de lecture, en espérant donner envie de lire ce monument.

    J'ai commencé à lire l'Archipel après le début de la guerre en Ukraine, avec un certain a priori, puisque l'homme est souvent cité par Poutine et que l'on m'a sans cesse répété sur les bancs de l'université que Soljenitsyne était nationaliste et antisémite. Il fallait lire Chalamov, Guinzbourg et oublier le vieux zinzin du Vermont. J'avais en plus trouvé Une journée d'Ivan Denissovitch assez fade par rapport aux magnifiques nouvelles de Chalamov. Ce qui s'explique facilement : Une journée d'Ivan Denissovitch est en réalité un récit écrit pour être publiable au moment du dégel, il s'agit de s'engouffrer dans la brèche ouverte par le XXe congré du PCUS. Tout ce que pense réellement Soljenitsyne du système communiste, les témoignages non censurés, tout cela a été conservé pour l'Archipel.

    Il faut d'abord dire ce qu'est ce livre : un pamphlet de plus de 1000 pages, une litanie d'horreurs qui décrit le système concentrationaire soviétique dans le détail, de l'arrestation jusqu'au camp, de 1917 jusqu'aux années 1960. L'ouvrage est à la fois une histoire des répressions depuis le coup d'Etat d'Octobre et un recueil de témoignages. Soljenitsyne a conscience de disposer de sources partielles et de chiffres incertains, et il appelle d'ailleurs ses "descendants" à faire l'histoire critique de l'URSS quand les archives seront ouvertes. Son but à lui serait plutôt de conserver la mémoire des faits et de coucher sur le papier ce qu'il pense vraiment : le système soviétique est par nature et dès le début une machine à broyer de l'humain.

    Le style de Soljenitsyne est assez particulier, très différent de celui de Chalamov ou Guinzbourg. C'est le Tolstoï moraliste dopé aux satires de Juvénal, un ricanement desespéré qui fait semblant d'applaudir les boureaux et leurs slogans pour mieux les tourner en dérision. Tout est tellement absurde que certains passages m'ont bien fait rire (l'histoire des marins suédois digne de Dovlatov). Lire l'Archipel est une expérience paradoxale : j'ai fait plusieurs fois une pause de quelques semaines, incapable d'encaisser les descriptions infernales qui s'enchaînent sans répit, tout en admirant l'écrivain capable de mettre des mots sur son calvaire et sur celui de ses semblables.

    Là où Soljenitsyne se rapproche de Tolstoï (et diffère de Chalamov), c'est qu'il y a chez lui une volonté de faire émerger un système moral de son expérience dans les camps, une sorte d'éthique anti-totalitaire pour le second XXe siècle. Cette éthique est profondément influencée par le christianisme, mais un christianisme de résistance, qui interdit au détenu de se compromettre avec l'administration des camps, une exigence morale qui refuse absolument que la fin justifie les moyens, que l'intérêt d'Etat prime sur l'individu. La Bible offre en outre un système alternatif de citations, de références et de principes que Soljenitsyne fait volontairement entrer en collision avec le discours soviétique.

    Normalement, vous commencez à voir comment Soljenitsyne a été récupéré par le pouvoir russe actuel. Ce retour aux "valeurs traditionnelles" est bien dans l'air du temps, d'autant que dans des écrits ultérieurs (discours à Harvard, essais des années 90 et 2000) Soljenitsyne a affirmé que le développement de la Russie ne pouvait pas se faire sur le modèle de l'Occident.

    Oui, mais. Quand on parcourt l'Archipel de long en large, deux idées reviennent régulièrement :

    - Pour son malheur, l'URSS n'a pas connu sa "dénazification" (il emploi ce terme même). Les bourreaux sont toujours en liberté, ils sont au pouvoir, ils règnent sur les prisons, ils coulent une retraite tranquille sous le soleil de Crimée. Le XXe congré du PCUS et les réhabilitations qui ont suivi, certes nécessaires, n'ont pas débouché immédiatement sur une remise en cause de l'idéologie soviétique. Surtout, la Tchéka, le NKVD, le MVD, finissent toujours par ressusciter sous un autre nom, et ce sont eux qui entrainent la Russie vers la catastrophe depuis que le tsar a créé l'Okhrana. Soljenitsyne, plutôt indulgent par ailleurs pour le régime tsariste, souligne que c'est le plus grand tort historique de la monarchie : avoir donné naissance à cette caste de nuisibles. Soljenitsyne a écrit noir sur blanc qu'il détestait les tchekistes. Sa veuve répète à longueur d'interviews qu'il aurait adoré la politique actuelle du Kremlin. Qui croire ?

    - Les Ukrainiens ont de bonnes raisons de détester le joug russe, et les Russes doivent absolument les écouter, s'en inspirer pour leur propre lutte. Soljenitsyne est solidaire du combat des Ukrainiens contre le pouvoir soviétique, il dénonce la famine des années 30 et la collectivisation. De toutes les nationalités du Goulag, ce sont les Ukrainiens qui retiennent le plus son attention. Il souligne que c'est l'anti-soviétisme radical des Ukrainiens de l'Ouest qui a permis les grandes révoltes du début des années 1950 dans les camps. Il montre comment les termes de "fascistes" et "banderovets" sont utilisés par l'administration des camps pour tenter de dresser les détenus de droit commun et le peuple contre les prisonniers politiques, division qui est gage de survie du système concentrationnaire. Tout cela commence à craquer un peu avant la mort de Staline, quand les Ukrainiens se mettent à tuer systématiquement les informateurs du MVD et à organiser un contre-pouvoir à la pègre au sein des camps. Bref, heureusement que plus personne ne lit ce pavé de 1000 pages en Russie, ça risquerait de chambouler certaines représentations.

    Enfin, sur l'antisémitisme de Soljenitsyne, je n'en ai pas trouvé la trace dans l'Archipel, au contraire, il souligne que l'antisémitisme est un vice partagé par Hitler et Staline. Peut-être a-t-il évolué dans ses écrits ultérieurs, notamment le tristement célèbre Deux cent ans ensemble, je ne sais pas, je ne l'ai pas lu. Je reste sur ma lecture de l'Archipel, dont j'ai souvent eu envie de vous traduire des citations, mais je me suis dit que cela encombrerait un peu trop ce fil. Et puis il faut le lire en entier. Si vous n'avez pas le temps, le premier chapitre ("Voués à la mort") et le dernier ("Les Quarante jours de Kengir") de la Cinquième partie vous donneront déjà une bonne idée de l'ensemble.

  • Red Tsar le 02/11/2023 à 18h41
    Merci, tu donnes effectivement bien envie de lire L'Archipel.
    Pour ma part, je n'ai pas un mauvais souvenir de la Journée d'Ivan D. Mais bon, là c'est plus de mille pages... À croire qu'il faut une unité de mesure particulière pour les romans russes, le kilo-page. J'ai plein d'hypothèses absurdes pour expliquer cette passion, mais si tu as des éléments d'explication, je suis preneur.

    Sinon, j'attendais un de tes passages dans le coin pour un conseil de lecture. À part Dersu Uzala, que lire en français sur l'« épopée » russe en Sibérie ? Toutes époques et tous coins de la Sibérie bienvenus.

  • Loscoff-Plage le 02/11/2023 à 20h21
    Pourquoi les romans russes sont-ils aussi longs ? Vaste question. Je dirais d'une part que le roman en Russie est au départ affaire d'aristocrates, donc de gens dont l'oeuvre est toute la vie, de gens qui ont le temps d'écrire. Tourgueniev, Tolstoï et Dostoïevski sont issus de l'aristocratie. Ensuite, quand ils écrivent, les Russes aiment bien envisager chaque fait sous ses moindres détails et remonter à ses origines. Je forme souvent des étudiants russes à la dissertation française, et il n'y a rien de pire pour eux au départ que de définir les limites d'un sujet, ils veulent toujours remonter au baptême de la Rus' en 988 ou au Dit de l'ost d'Igor. Enfin, il y a un prisme déformant de ce que les Français considèrent comme les classiques russes, souvent de longs romans, alors que les Russes sont d'abord et avant tout attachés à leur poésie : Pouchkine évidemment, mais des poètes peu lus en France comme Fet et Essénine sont encore véritablement populaires là-bas (même si la poésie perd du terrain, là-bas comme ailleurs). Tchekhov, maître de la nouvelle, doit être le deuxième écrivain préféré des Russes après Pouchkine. Donc eux-mêmes ne se sentent pas particulièrement spécialisés dans le roman fleuve.

    Sur la Sibérie, vaste sujet, mais j'avais bien aimé, avec quelques réserves, le roman historique de Leonid Youzefovitch, La Route d'hiver, qui raconte les derniers soubresauts de la Guerre civile russe en Yakoutie.
    Plus contemporain, j'ai une faiblesse pour l'oeuvre d'Alexeï Ivanov. Son deuxième roman Le Géographe a bu son globe raconte une randonnée organisée par un prof de géographie sibérien pour ses élèves. Ivanov a aussi commis un roman historique, Tobol, qui retrace la colonisation de la Sibérie, très intéressant, mais peu vindicatif.

  • Pascal Amateur le 02/11/2023 à 20h31
    Tchekhov reste un mystère pour moi. J'ai trouvé toujours ses pièces les plus connues sans grand génie, même en y donnant leur chance au théâtre à quelques reprises. Et des pièces moins connues étaient agréables, mais il y manquait aussi quelque chose. Serait-ce la psychologie sommaire ? Il faut savoir que l'hystérique Anna Karenine ne m'a pas semblé davantage avoir inventé l'eau tiède. Dostoïevski au contraire me plaît dans sa brutalité (et sa traduction brute chez Actes Sud).

  • Pascal Amateur le 02/11/2023 à 20h39
    (édit : pièces et nouvelles, s'agissant de Tchekhov. Mais ce sont surtout les pièces théâtrales qui me semblent faibles, je garde un souvenir enveloppant de nombre de ses nouvelles.)

  • Johnny Ringo le 03/11/2023 à 09h27
    C'est une lecture qui m'aura marqué aussi (presque physiquement ; comme toi Loscoff, il fallait que je le pose un peu parfois). L'ensemble est sidérant, c'est une lecture qui pèse, et à laquelle on pense.

    (Va savoir pourquoi, au milieu de tout le reste - et il y en a - le traitement des soldats me touchait particulièrement. Traités comme des sous-merdes... mieux valait ne pas rentrer et mourir au loin).

  • Elvis Castello le 03/11/2023 à 14h04
    Evguéni Zamiatine a écrit un petit chef d'oeuvre qui se passe quelque part dans l'extrême-orient russe vers la fin du XIXème : "Au Diable Vauvert".

  • Red Tsar le 03/11/2023 à 19h03
    Merci à toi et merci à Loscoff pour les recommandations.

    Le côté glaçant de Nous Autres m'a beaucoup marqué et j'ai le souvenir d'une comparaison intéressante avec 1984 : contrôler par les nombres (mathématiques appliquées) vs contrôler par les mots (langage et histoire). On peut aussi opposer les deux histoires d' "amour". Et sacrée vie pour Zamiatine !