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Feuilles de match et feuilles de maîtres

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  • Kireg le 08/09/2022 à 17h25
    Tu aimes Larry McMurtry, le Stade Rennais et Zelda. Veux-tu m'épouser ?

    Tu es définitivement un homme de goût à trouver « Lune Comanche » et « Les rues de Laredo » au niveau. Ce n'est pas l'avis de ton frère, ni celui des cuistres qui rôdent ici.

    Et c'est en effet très difficile de passer après « Lonesome Dove ». J'ai choisi d'enchaîner avec « Shibumi » qui est finalement bien mieux que ce que pouvait laisser croire les cinquante premières pages. Et là, comme je le disais, je pars sur un DFW.

    J'ai par ailleurs eu la chance de parler de « Lonesome Dove » sur France Bleu pour une petite chronique. C'est ici (émission du 6 septembre) à partir de 22'12 : lien

  • Pascal Amateur le 08/09/2022 à 17h32
    Moi je crois surtout qu'ils se sont fait refourguer un "Breizh of the Wild" en loucedé. Le Breton est naïf.

  • Red Tsar le 09/09/2022 à 17h22
    En écho aux discussions qui ont lieu en ce moment sur le FilPol et le fil Sciences, je vous partage ici quelques notes de lecture (sans gif) du dernier ouvrage d'Yves Citton : Altermodernités des lumières, sorti en février au Seuil. Pardon pour les abondants copier-coller, mais c'est tellement pratique...
    Je précise que je ne suis pas spécialiste du sujet, juste un lecteur curieux. Que JSVB n'hésite pas à venir froncer les sourcils et à rectifier/compléter ce qui doit l'être.


    A- L'auteur
    Yves Citton n'a jamais caché ses engagements. Il est d'ailleurs probablement davantage connu du grand public pour son Économie de l'attention. Nouvel horizon du capitalisme ? (2014) que pour ses recherches. Il n'en reste pas moins un vrai expert de son sujet, la littérature du XVIIIème siècle. Sa volonté de faire en sorte que la recherche puisse nourrir des engagements se retrouve, par exemple, dans son rôle dans la revue Multitudes.
    Altermodernités des lumières est, en tout cas, très sérieux, avec tout ce qu'il faut d'appareil critique, de notes infrapaginales, etc. On est parfaitement dans les canons des attendus d'une publication de type universitaire (rien à voir avec Chollet, dont le nom a percolé par ailleurs).


    B- Le contexte

    Yves Citton inscrit son travail dans une double filiation.
    1. Il se met dans les pas du fameux Nous n'avons jamais été modernes (1991) de Latour et de ses « hybrides ». Le titre est explicite, je ne bavarde pas plus sur le sujet. Dans le même esprit, Citton discute également à plusieurs reprises de L'Héritage des Lumières. Ambivalences de la modernité, de Lilti (2019).
    2. Citton reprend la notion d'altermodernité, en la passant au pluriel, de Negri et Hardt (Empire, en 2000, et Multitudes, en 2004). L'altermodernité est présentée comme « une diagonale qui puisse (se) nourrir des forces de résistance aux oppressions et aux ravages de la modernité, sans toutefois s'enfermer ni dans la nostalgie idéalisant une prémodernité mythique ni dans l'attitude négative d'opposition et de résistance qui caractérise l'antimodernité ». « Il ne s'agit donc pas de réfuter le rationalisme traditionnellement associé aux Lumières (françaises), mais de le réinscrire au sein d'une diversité de formes d'intelligence – toutes précieuses, toutes incomplètes, même si (ou parce que) parfois incompatibles entre elles. »

    Selon lui, cette vision implique trois déplacements :
    a. reconnaître les nuisances causées par la civilisation, la science, les techniques, bref, la « modernité »... (comme, déjà, dans le second Discours de Rousseau ou le Supplément au voyage de Bougainville de Diderot) ;
    b. renverser les séquences temporelles et prendre en compte le fait que le plus souvent la résistance précède le dispositif mis en place par la modernité, qui capture après coup l'« excédent de créativité » des résistances (on retrouve là toute une partie du propos du Nouvel esprit du capitalisme, 1999, de Boltanski et Chiapello) ;
    c. reconnaître l'existence des altermodernités, ni avant ni après la modernité, mais coextensive à la modernité, et donc l'existence de multiples modernités, y compris non européennes : autant de bifurcations possibles qui n'ont pas été prises. Citton écrit ainsi : « La sensibilité altermoderne ne cherche nullement à rebrousser chemin, mais à inventer un autre chemin que celui sur lequel s'est fourvoyée la modernité ».

  • Red Tsar le 09/09/2022 à 17h22
    C- L'intention

    « L'agenda indissociablement épistémologique, social et politique qu'articule cet idéal républicain repose sur une opposition binaire entre modernité et antimodernité. »

    « Les partisans de cet idéal républicain ont de très bonnes raisons de souligner certains acquis (liberté d'expression, égalitarisme formel, émancipation légale des femmes, protection des minorités sexuelles) remportés au terme de longues luttes contre des privilèges et des dominations iniques. Mais, ici aussi, les terrains de lutte sur lesquels se concentre ce front républicain souverainiste (stigmatisation des musulmans, criminalisation des jeunes de banlieues, dénégation des rémanences coloniales au sein du présent) ont pour effet d'exacerber les crispations identitaires qu'il prétend combattre – exacerbation qui lui permet en retour de justifier son intransigeance. »

    « Pour s'arracher à ce cercle vicieux qui, en France comme ailleurs, fait arriver au pouvoir politique les agendas les plus nauséabonds et les plus autodestructeurs, ce livre propose de casser le verrou que constitue l'opposition binaire – réelle mais trompeuse – entre modernité et antimodernité. La modernité n'est pas un bloc (identitaire) à prendre ou à laisser. Elle est elle-même un champ de bataille et de négociations entre des tendances très diverses entre elles. Notre vision commune des Lumières réduit cette pluralité contradictoire à une vulgate figée et réductrice, qui impose son consensus en écrasant un certain nombre d'alternatives internes à la modernité. Ce sont quelques-unes de ces « altermodernités » que les chapitres de cet ouvrage proposeront d'explorer. »

    À cette fin, Citton s'appuie sur les Rousseau et Diderot d'époques tardives, ainsi que sur des « auteurs mineurs […] exclus du canon majoritaire », une « tradition alternative située à la marge des Lumières, plutôt qu'en opposition à elles ». Ces sources « ne sont ni pro-, ni pré-, ni anti-modernes – avec pour conséquence qu'on n'a pas su où les caser, dans des histoires de la littérature et de la pensée censées mettre de l'ordre dans le chaos des traces recueillies du passé. On les a donc laissées croupir là où elles étaient : dans l'oubli. Ce livre propose de leur donner une nouvelle visibilité en les identifiant à ces alternatives internes aux Lumières que seraient les altermodernités. »

  • Red Tsar le 09/09/2022 à 17h23
    D- L'organisation de l'ouvrage

    Je dois dire au préalable que je me suis vraiment régalé avec les extraits des textes présentés : histoires farfelues de loups-garous, arnaqueur qui fait fortune en vendant de la merde (au sens propre) à des crédules, récits rocambolesques du Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki... Plein de belles pistes de lecture-plaisir.

    I. Alter-religions
    - Citton dit clairement qu'il ne s'agit pas de la faire la promotion de telle religion et encore moins des hiérarchies ecclésiales, de la calotte ou que sais-je, simplement de rappeler qu'il existe des formes de sagesses dans les croyances, leçons de sagesse parfois oubliées par la modernité.
    - Citton montre que certains textes altermodernes (contes avec des créatures fantastiques d'une grande diversité : sylphes...) contiennent par exemple des formes de tolérance supérieures à l'intolérance de celle de certains incroyants voulant imposer leurs normes ou des appels aux doutes utiles pour tempérer le discours scientifique/technique quand il verse à son tour dans la croyance, le principe d'autorité ou qu'il est utilisé pour le pillage écologique (Citton cite ici un exemple tiré Mohamad Amer Meziane : « L'économie fossile suppose une lisibilité profane du monde souterrain libérée de toute « superstition ». Les dragons doivent cesser d'exister afin que se déploient les empires sous la terre. […] Cette souveraineté souterraine est indissociable de l'émergence de la géologie moderne, mais aussi d'un nouveau type de rapport aux sous-sols dont l'exploitation se rationalise, traduisant une forme de désenchantement du monde souterrain dans la ''conscience européenne'' » - je n'ose pas aller jusqu'à faire le lien avec l'écoféminisme, vu la manière dont ce courant multiforme est perçu ici...).
    - Il y a toute une réflexion de fond sur le rôle de la fiction, du masque, du travestissement, etc., qui permettent de rendre compte du réel et de déjouer les impostures plus efficacement que certains discours scientifiques (« la meilleure façon de neutraliser les dangers de la machine à croyances n'est pas de lui opposer une machine à vérité, mais d'en déjouer les apparences par le moyen d'autres apparences » ou bien : « Que tous ces jeux d'acteurs, de costumes et de décors n'aient aucune réalité référentielle n'empêche toutefois nullement ces simulacres de produire des effets bien réels »).

    II. Alter-économies
    - Là encore, Citton montre que la création du discours économique se pare d'une rationalité qui verse en réalité dans la croyance, fait appel au fétichisme, valorise la tromperie, l'exploitation et la « gouvernance par les nombres » (il cite ici Supiot)...
    - Or Citton montre que, dès les Lumières, il existait d'autres approches, notamment une « économie des amabilités » (tirée notamment de faux journaux de femmes et de Marivaux). Comme vous avez bien suivi (j'en suis sûr), il ne s'agit pas de refuser la modernité ni de refuser l'économie, mais de refuser que ne compte que la seule rentabilité dans l'économie. Dès le XVIIIème, des voix portent cette exigence chez les alter-lumières.

    III. Alter-socialités
    - « Contrairement au modèle libertin qui a tellement fasciné la critique littéraire dix-huitiémiste, les romans sentimentaux proposent un idéal d'échange, de partage, où le partenaire est reconnu comme sujet de désir (et non comme simple objet de plaisir). Ma satisfaction passe par la sienne ». Citton rappelle au passage la « part énorme » que Rousseau et Diderot accordaient aux sentiments dans leur pensée : « Bien davantage qu'un intégrisme rationaliste, ce qui s'y trouve dénoncé, c'est un certain dévoiement de la référence à la raison. »
    - Les alter-socialités des Lumières montrent des chemins pour reconnaître l'autre (notamment dans la séquence coloniale), le lien de l'homme à son environnement. Il s'appuie également sur un texte pour développer le concept d'« agglobulation » : ni pro-mondialisation ou anti-mondialisation ou pro ou anti-local, mais capacité à articuler les échelles.
    - Citton valorise les zones de « mi-droit » (par opposition, tout à la fois, aux zones de non-droit et aux zones où le droit brime la vie), qui permettent des ajustements collectifs.
    - Plus largement, il s'agit de consentir à ne plus être seul, de passer du « je peux » au « j'ai besoin des autres ».

  • John Six-Voeux-Berk le 10/09/2022 à 00h03
    Merci pour cette présentation. Je n'ai pas retrouvé mes fiches de lecture (de "Mythocratie", "lire interpréter actualiser", "Zazirocratie", "Pour une interprétation des controverses scientifiques"...) ; je vais essayer de dire comment je comprends ce que fait Citton.

    En effet, Citton s'inspire de Latour depuis un moment, et comme lui considère que les concepts sont trop sérieux pour être laissés aux penseurs purs. Comme Latour et ses excursions au théâtre, Citton est depuis longtemps tenté de sortir de son rôle d'universitaire classique pour produire ce qu'il appelle des "contre-fictions" lien

    Contre-fictions politiques : pas au simple sens d'exposition d'un scénario alternatif (ce qui serait déjà pas mal) ou de récits à thèse étroite, mais aussi des manières de raconter autres. Je crois que c'est cette dimension, intéressante, qu'il tire de sa pratique d'universitaire spécialiste d'abord de littérature, mais surtout de littérature du XVIIIème.

    Au-delà des quelques références toujours évoquées (tels contes de Candide, telle utopie de Montesquieu, tel roman, qui éclipse tous les autres, de Prévost, etc.) la fiction est dans un état d'effervescence fabuleux au XVIIIème siècle ; j'ai presque envie de dire que le roman du XVIIIème est beaucoup plus expérimental et divers que celui du grand siècle du roman, le XIXème siècle. Les genres et sous-genres prolifèrent, les oeuvres mineures mais pas encore limitées par des attendus génériques stricts se multiplient ; et cette multiplication s'accompagne d'une réflexion attentive sur la "fiction" en tant que telle, et sur ses pouvoirs (de guérison, de transformation, d'empoisonnement, de découverte, d'exploration, etc.).

    Il y a des merveilles que l'on n'imagine pas : chez Prévost, des choses atroces et puissantes (La Jeunesse du commandeur, ou bien mieux, l'Histoire d'une grecque moderne), chez Lesage, celui de Gil Blas, "Les Aventures du Chevalier de Beauchesne" sont une bizarrerie inimaginable, etc. Et avant tous ceux-là, les oeuvres de Courtilz de Sandras (celui dont s'est inspiré Dumas pour ses mousquetaires) sont d'une intelligence et d'une subtilité qui nous dépassent, pauvres lecteurs naïfs que nous sommes à croire que le sommet du subtile est atteint chez Proust ou Joyce ("Les Mémoires de la Marquise de Fresnes", ou son best seller à l'époque, "les Mémoires de LCDR"). Mais il faudrait encore signaler Madame de Villedieu, Chasles, La Morlière, j'y passerais la nuit. Et à l'aube, il faudrait encore que je vous parle du "Chef d'oeuvre d'un inconnu" de Mathanasius (pochade hilarante, mais sinistre à force d'être obsessionnelle, sur le travail des spécialistes de l'interprétation : 2 tomes de gloses sur une chanson grivoise qui devient, du fait même de ces commentaires, un chef d'oeuvre équivalent à l'Iliade) ; ou que je reparle des Mille et nuits d'Antoine Galland, des Contes de Perrault...

    Citton connaît très bien tout cela : il a travaillé, et travaille encore, avec des spécialistes qui ne se contentent pas de lister des sources, d'éditer la pléiade de Casanova ou de Diderot (qui lui-même est plus que très fort ; sans parler des fictions de Rousseau JJ), mais qui prennent au sérieux les pratiques fictionnelles de ce que l'on appelle rapidement les Lumières. La fiction au XIX, et même au XX, apparaissent presque comme des espaces trop balisés : oui, oui, c'est grand, c'est beau, c'est maîtrisé, mais ça a perdu la fraîcheur des premiers moments où l'on découvrait avec extase les possibilités infinies du récit écrit. On tombe dans le psychologique (aussi subtile soit-il), un réalisme de fond, des techniques narratives rodées. Les chefs-d'oeuvre du XIX sont presque pauvres en nouveautés radicales.

    Que cette floraison de possibles ait eu lieu dans un contexte où le politique institutionnel (et le philosophie) est verrouillé n'est probablement pas un hasard. Avant d'être un siècle rationaliste ou même néo-dogmatique, le siècle des Lumières est une époque de fictions, et qui voue les fictions à prendre en charge tout ce que l'on ne se permet pas d'élaborer sous d'autres formes.

    Citton donc souhaiterait (d'après mes souvenirs de lecture, qui semblent confirmés par ta présentation de son ouvrage) renouer avec cette pratique de la fiction exploratrice et novatrice (avant que l'esthétique à la Flaubert la neutralise - la tue en fait). Mais aussi avec une interprétation plus libre, qui relève presque de la fiction : c'est là qu'intervient un des héros de Citton, Stanley Fisch ("Quand lire, c'est faire"), le seul spécialiste de littérature qui avait réussi à se faire payer autant que les pontes de la law school de son université... "tout simplement" en réussissant à faire valoir ses qualités d'interprètes des textes. (Petite parenthèse les "littéraires" qui ont l'habitude de manier des discours modalisés sont souvent surpris de la maladresse des "philosophes", et autres gens sérieux, à manier ces mêmes modalisations).

    Conclusion : tout cela est extrêmement sympathique (et flatteur pour celui qui travaille dans le secteur de l'interprétation littéraire), mais, je crois, ne peut pas aboutir à grand chose. Les conditions de production et de réception de la fiction ne sont pas comparables avec celles qui prévalaient sous l'Ancien Régime ; les personnes mêmes qui pourraient contribuer à un hypothétique renouveau des "contre-fictions" ne jouent pas le même rôle - et ne sont probablement pas aussi bien "formées" que celles qui ont participé à l'ébullition narrative du XVIIIème siècle. Et puis surtout, la fiction littéraire s'est constituée en champ autonome et n'entretient, le plus souvent, que de vagues relations de reflet avec la réalité sociale.

    Et tous les grands mots de Citton ont fini par sonner un peu creux à mes oreilles (au point que je n'ai pas dû lire, ni même parcourir, ses 4 ou 5 derniers livres). Parce que les "fonctionnalistes" du XVIIIème s'abstenait, au contraire de Citton, de dire qu'ils allaient tout révolutionner par le récit : ils pensaient par le récit. Et Citton n'est pas toujours le plus précis pour décrire cette "pensée narrative".

    Pour ce qui est des "sentiments" (qui ne sont ni les "passions", ni les "émotions") "opposés" à la "Raison", je reviendrai dans longtemps.

  • Red Tsar le 10/09/2022 à 16h44
    Grand merci pour cette mise en contexte très riche, qui éclaire bien des choses.

    Dans Altermodernités, j'ai l'impression que Citton reste plus modeste dans sa démarche que dans les ouvrages précédents que tu présentes. Peut-être espère-t-il ainsi toucher davantage le grand public. Ici, il cherche surtout à dépasser le binarisme qui nous imposerait soit de rallier le camp de la « modernité telle qu'elle est » soit de rallier celui des « antimodernes ».

    Pour Citton, le recours aux « Lumières » doit permettre, d'une part, de montrer que cette opposition est factice, d'autre part, de nous donner des matériaux pour construire une « altermodernité ».

    En tout cas, le corpus mobilisé en appui de la démonstration est effectivement d'une incroyable richesse et d'une folle inventivité. Vivement l'effondrement pour avoir le temps de lire tout ça.

  • Red Tsar le 10/09/2022 à 16h45
    [Petit saut latéral]

    Dans le même esprit, en fouillant un peu (vraiment un peu...) la question, j'ai découvert La Petite-Fille de la sorcière. Enquête sur la culture magique des campagnes au temps de George Sand, en tout cas sa recension ici : lien
    Le début du compte-rendu est très marqué par l'atroce actualité de l'époque, mais ensuite l'auteur entre dans le vif du sujet.

    Extraits :
    « L'ouvrage se donne comme ambition de revisiter, à partir d'une relecture dépoussiérée des ouvrages ''champêtres'' de George Sand, la culture magique des campagnes. Par culture magique, il ne faut pas entendre un univers mental ancré dans la superstition, mais plutôt des manières d'être dans son environnement, des croyances qui impliquent certaines attitudes sociales. Comme le note Vincent Robert, ''la croyance aux sorts et à la sorcellerie, aux fées et au loup-garou s'intégrait fort bien à ce que l'historien britannique E. P. Thompson a appelé l'économie morale des foules d'Ancien Régime, puisqu'elle complétait en quelque sorte les préceptes de la morale commune et l'enseignement positif de l'Église''.
    Voir dans cette culture autre chose qu'une superstition, c'est se donner la possibilité d'y lire une forme de compatibilité avec les soubassements fraternitaires dont la République s'est fait le porte-voix en février 1848. C'est à cette condition qu'on peut lire dans La Petite Fadette, suggère Vincent Robert, le ''récit d'un processus de modernisation, mais qui se fait sans violence symbolique, sans rupture culturelle'' […].
    George Sand participe d'une stratégie mise en œuvre par un ensemble d'acteurs déçus par le virage conservateur de l'automne 1848. Ce dialogue entre lettrés républicains et croyances populaires n'est pas à sens unique : Vincent Robert montre comment la culture politique républicaine est née, en partie, de ''l'entrecroisement de la culture républicaine des quarante-huitards et de la sorcellerie, l'association paradoxale des formes de pensée les plus archaïques et de la modernité politique''. En particulier, la figure double de la République (qui peut être conservatrice et répressive ou démocrate et émancipatrice) se nourrit de la psychologie que l'on prête aux sorcières dans les campagnes, capables de faire des sorts bons ou mauvais. C'est Marianne elle-même, symbole de la République, qui est construite sur le modèle de la sorcière : ''Divinité ambiguë surgie du fond des siècles, magicienne et sorcière venue du Midi et du centre de la France, Marianne réapparue sous la Deuxième République'' […].
    Dans La Petite Fadette, Sand tente d'éviter les impasses d'une ''acculturation forcée''. Ces impasses sont celles où l'on s'enferme inévitablement si l'on ignore que l' ''on ne transforme pas ce qu'on ne comprend pas, ou si mal, surtout quand on prétend le faire du haut de sa supériorité sociale et culturelle'' […].
    On peut voir dans cet ouvrage un véritable dévoilement d'une philosophie politique sandienne inscrite dans l'écriture romanesque […]. Vincent Robert nous donne ainsi à voir, dans l'écriture de George Sand, quelque chose de cette mission qui était celle des ''jeunes filles'' sorcières : gardiennes des ponts et des passages, chevilles ouvrières de la communication des groupes sociaux entre eux, des êtres et des mondes qu'a priori tout sépare. La sorcière, comme plus tard Marianne, devient possiblement un trait d'union entre les êtres jusqu'à faire société et à se révéler ''instrument d'intégration'' ».

    Bon, allez, il est l'heure de passer aux choses sérieuses.

  • Balthazar le 10/09/2022 à 18h26
    Je viens de relire quelques vieilles pages de ce fil et je trouve qu'on devrait reparler de poésie, faire revenir Julow et le petit prince, et demander tous en chœur à Aristofan de nous organiser un beau Wimbledon.

    (Mais ça peut attendre qu'on ait tous lu "Ceux qui restent".)

    (Et merci John et Red Tsar pour vos derniers échanges.)

  • Red Tsar le 10/09/2022 à 18h58
    Oups... Je me rends compte que j'ai posté au mauvais endroit, désolé. Je pensais être sur le fil Habitus... Coup de bol, ça tombe pas trop mal.