Samedi prochain, à 16h, il est probable qu’Alex Ferguson aligne un onze titulaire différent du précédent pour la 158ème fois d’affilée. Une curieuse statistique qui ne veut finalement pas dire grand-chose.

Le mardi 30 avril 2008, Manchester United affronte Barcelone en demi-finale de Ligue des Champions. Résolument pragmatique, Ferguson aligne la même équipe que lors du match aller, à un Rooney près (remplacé par Nani). Probablement en verve après leur qualification pour la finale, MU écrase West Ham à domicile quatre jours plus tard, avec le même onze que celui ayant vaincu Barcelone. Cette rencontre du 3 mai 2008 constitue le point zéro, puisque le manager écossais n’a plus jamais aligné une équipe similaire d’un match à l’autre. En toute rationalité, plusieurs raisons peuvent l’expliquer.

Avec 278,5 millions de livres de revenus en 2009, Manchester United est le troisième club le plus riche d’Europe, derrière les deux géants espagnols. Qui dit club riche dit effectif élargi. Mais, derrière cet écran de fumée, une statistique vient contrecarrer cette idée reçue : sur la moyenne de cette première partie de saison 10/11, huit joueurs ont commencé plus de neuf matchs sur dix à Barcelone, tandis que douze joueurs ont débuté au moins six matchs sur dix au Real Madrid. A Manchester, seul Vidic a été aligné d’entrée plus de 90% des matchs, et huit joueurs ont pris part à 60% des rencontres. Pourtant, les effectifs professionnels des trois clubs demeurent numériquement équivalents. Alors, choix des entraineurs ou talent plus homogène ? La réponse, s’il en existe une, est à situer entre les deux.

A Manchester comme ailleurs, personne n’est jamais certain de jouer le prochain match. De l’extérieur, van der Sar, Evra, Ferdinand, Vidic et Rooney paraissent inamovibles, quand ils ne sont pas blessés (on y reviendra). Le reste des postes varie au gré des blessures, des formes et méformes, et des adversaires.

En 2008/09, ils sont dix-neuf joueurs à avoir commencé au moins un match sur trois. Ils n’étaient plus que dix-sept l’année suivante, mais la confiance rendu aux joueurs semble plus équitable (c’est l’année de la victoire en League Cup).

Les blessures redondantes

Les blessures n’épargnent aucun club, et surtout par United. Les longues blessures de Ferdinand et de Vidic en 2009/10 ont bousculé la stabilité défensive de l’équipe. En ajoutant celles de Brown et Evans, c’est sa crédibilité qui était remise en jeu (vous préférez Carrick-Fletcher ou Yepes-Camara en défense centrale ?). Obligé de composer avec les contraintes inhérentes à la pratique sportive, Ferguson a sans cesse dû bouleverser son schéma-type.

Le centre de formation (et d’évolution)

A Carrington, certains jeunes rongent leur frein en attendant de fouler la pelouse d’Old Trafford. Comme Wenger et quelques autres, Ferguson profite de la League Cup pour évaluer ses jeunes pousses. Il n’hésite également pas à faire du turn-over en phase de poules de Ligue des Champions, lorsque les premiers matchs l’ont convaincu d’une qualification probable.

La tactique

Avec l’âge, Ferguson veut sans doute atténuer le choc des surprises et des retournements de situation. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, il aligne un onze prudent et conçu par rapport aux qualités et faiblesses de l’adversaire, alternant le 4-4-2 et le 4-5-1 (en privilégiant Rooney en pointe, de préférence). Il refuse donc de prétendre son équipe-type au-dessus de toutes les autres ; c’est sa qualité, c’est aussi son défaut.

Ainsi, certains joueurs, tels que Park, Anderson, Nani en 2008/09 ou Berbatov en 2009/10, ont joué à la grâce des équipes qui se présentaient face à Manchester. Park jouait par exemple tous les matchs face aux clubs du Big Four, pour son endurance et ses capacités défensives.

L’absence de doutes

Sur ces deux dernières saisons, hormis des débuts de saison difficiles, United est une équipe qui ne doute presque pas, trouvant très facilement une place sur le podium du championnat d’Angleterre et allant loin en Ligue des Champions. Il est donc plus facile de faire souffler les titulaires habituels lorsqu’on est premier que lorsqu’on se bat pour une place européenne.

La confiance dans les cadres

Gary Neville, Paul Scholes et Ryan Giggs ont 108 ans à eux trois. Qu’il est loin le temps où ils jouaient des secondes phases de groupes en Ligue des Champions face à Bordeaux. Ferguson leur témoigne cependant une confiance chaque année renouvelée. Il sait que ses joueurs ne sont plus capables de jouer deux fois par semaine, mais reste conscient de l’importance de leur présence sur et en-dehors d’un terrain.

A travers toutes ces raisons, plus celles que l’auteur a pu oublier, Manchester United apparait avant tout comme un collectif, capable de s’adapter aux changements tout en restant, cependant, tributaire de la présence de quelques joueurs-clés et de leurs performances.

3 commentaires

  1. arnaldo01 dit :

    Très bon article.
    Merci !

  2. Mayoul Vonsalsz dit :

    Il manque le facteur le plus important à mon avis. Même si Ferguson à toujours eu une grosse autorité, la gestion d’égo des starlettes du foot est devenue très importante. Une grosse équipe (financièrement parlant) a fatalement plusieurs gros joueurs pour un seul poste. Il n’y a plus vraiment de “n°1” et “n°2” sur certains postes.

    Le tout est donc de les faire jouer régulièrement et pas que face aux petites équipes. Les managers qui ne prennent pas en compte ce facteur ont souvent droit au “l’encadrement du club m’a manqué de considération, dans cette situation je ne peux que partir”… Généralement on se sépare de ces joueurs, mais le gain qualitatif de l’équipe s’en ressent fatalement (voire le financier si l’achat d’un autre joueur se révèle plus élevé que le transfert du premier).

    Pour garder un effectif content, il faut donc aligner tous les joueurs considérés comme importants régulièrement, ce qui implique le turn-over. Quel interêt de faire jouer Neville plutôt que Rafaël ? Faire en sorte qu’ils soient contents tous les deux.

    Evidemment ce n’est possible que pour une grosse équipe ayant de nombreux matchs dans de nombreuses compétitions, mais je crois que c’est le cas du club cité en exemple non ?

  3. bonoman dit :

    Je pense que Fergie s’est peut être également assoupli avec l’âge (et l’expérience) et à comparativement été moins dur avec des jeunes en grand devenir, comme Ronaldo (qu’il a recruté à même pas 18 ans rappelons-le), qu’il n’a pu l’être avec des Giggs ou des Beckham avec l’âge. Sinon, c’était le clash assuré et le départ prématuré; et certainement pas pour 94M!

    On a des histoires fabuleuse de Ferguson déboulant dans un début de soirée pour ramener Becks et/ou Giggs je crois, par la peau des fesses car il y’avaut match. Bon pas sur du détail, mais il s’est passé des choses comme ça tout de même.

    Impensable de voir ça de nos jours. Et dans n’importe quel club d’ailleurs.

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