Ni buts ni soumises » Sur la route de Vancouver – Quatrième station, Algarve

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Sur la route de Vancouver – Quatrième station, Algarve

Les Bleues ont réussi leur retour en Algarve en accédant de façon convaincante à la finale. La défaite face aux États-Unis permet de rappeler que si les Bleues en feront partie, elles ne seront pas les seules favorites en juin.

Cette compétition a également donné aux observateurs de précieuses informations sur le groupe et particulièrement sur les joueuses qui ne faisaient pas partie jusque là du onze de départ. Et nul doute que le staff en a tiré encore plus d’enseignements.

L’Algarve Cup est un dérivé des habituels stages que les équipes nordiques font fréquemment au soleil dans la péninsule ibérique en février ou mars avant que leur saison ne débute. Au début des années 90, la Coupe du monde n’a connu qu’une seule édition, le football n’est pas olympique pour les femmes et la phase finale de l’Euro ne comporte que quatre équipes.

Autant dire que quand la fédération suédoise, soutenue par ses homologues norvégiennes et danoises propose d’organiser une compétition d’équipes nationales comme stage de reprise, cela ne doublonne pas avec des compétitions qui n’existent pas encore. Les moyens alloués à la pratique féminine étant alors assez limités, il n’est pas toujours facile de rencontrer des équipes de l’autre bout du monde et les calendriers n’étant pas surchargés (la Coupe d’Europe n’existe pas encore), il est encore possible de bloquer plusieurs semaines pour organiser un tournoi.

Un petit mondial

Le choix du lieu se porte sur l’Algarve et c’est donc la fédération portugaise qui devient l’organisateur principal.

Ce sont ces raisons historiques qui permettent encore aujourd’hui l’existence de ce tournoi qui réunit désormais toutes les meilleures nations mondiales alors que trois années sur quatre il y a une phase finale importante (au moins pour les équipes européennes) trois mois plus tard.

Les dates du tournoi étant désormais des dates du calendrier Fifa des matchs internationaux, d’autres tournois ont été créés pour les équipes qui n’étaient pas invitées en Algarve. Les fédérations anglaise, écossaise et néerlandaise ont ainsi créé la Cyprus Cup (rejointes depuis par la fédération finlandaise) dont les Bleues étaient tenantes du titre.

Christen Press et les États-Unis s'envolent vers une dixième victoire en Algarve

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En cette année de Coupe du monde, presque toutes les meilleures équipes du monde voulaient jouer l’Algarve Cup. La France était de retour après sept ans d’absences et le Brésil était présent pour la première fois. Six des 8 meilleures équipes mondiales étaient présentes, et en dehors du Portugal, toutes les équipes faisaient partie du top 201. Cette densité a provoqué une modification du système de compétition : jusque là, il y avait deux poules de « première division » qui jouaient le titre et une troisième poule dont le vainqueur pouvait au mieux jouer un match de classement contre les mal classés des deux autres.

Désormais, les trois poules sont sur le même plan, la finale se jouant entre les deux meilleurs premiers2.

Le bon parcours des Bleues

Le tirage au sort, qui n’en était pas un puisque la composition des poules avait été faite pour éviter d’opposer des équipes qui se retrouveront en juin, proposait à la France une progression dans la difficulté en commençant par le Portugal, passant par le Danemark et finissant par le Japon. Ayant remporté leurs trois matchs pendant que dans le groupe le plus difficile, la Suède, l’Allemagne et le Brésil s’étaient neutralisés (une victoire et une défaite chacun dans leurs oppositions directes, le Brésil ne parvenant pas de plus à battre la Chine), les joueuses de Philippe Bergerôo ont pu accéder à la finale où elles ont été battues par les États-Unis.

Les deux matchs les plus convaincants ont été ceux contre le Danemark et le Japon avec des scénarios diamétralement opposés : un premier où les Bleues ont mené 3-0 au bout d’un quart d’heure avant de gérer, un second où elles étaient menées à la mi-temps avant de faire différence en deuxième période.

Ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’agit des deux rencontres « du milieu » du tournoi. Toutefois, les autres équipes étaient aussi confrontés à la problématique de la gestion de l’entrée dans le tournoi puis à celle d’un quatrième match en une semaine.

Gaëtane Thiney et Eugénie Le Sommer

Gaëtane Thiney et Eugénie Le Sommer

Pour des raisons différentes, le match d’ouverture et la finale ont été joués avec des équipes plus remaniées par rapport à l’équipe type supposée que les deux autres. Contre le Portugal, l’idée était de profiter du tournoi pour voir certaines joueuses à l’œuvre comme la charnière Sabrina Delannoy-Anaïg Butel. Contre les États-Unis, ce sont diverses petites blessures qui ont amené à jouer de nouveau avec la même charnière. On peut considérer qu’une moitié d’équipe type (Wendie Renard, Laura Georges, Amel Majri, Louisa Necib voire Élodie Thomis) manquait au coup d’envoi.

Même si Anaïg Butel a fait un bon tournoi et plutôt une bonne finale, même si Laure Boulleau sera peut-être titulaire au Canada (mais en l’absence d’Amel Majri elle a joué la quasi intégralité des quatre matchs tout comme Jessica Houara à droite) et même si la place à droite d’Élodie Thomis n’est pas aussi sûre que celle à gauche de Louisa Necib, il est assez logique que l’équipe qui a affronté les États-Unis à Faro soit moins forte que celle qui les avait battus un mois plus tôt à Lorient.

Soit pour tester une autre configuration, soit pour sécuriser une équipe un peu affaiblie, le sélectionneur avait choisi de délaisser son habituel 4-4-2 lors de la finale en musclant sont milieu avec Kheira Hamraoui et en décalant Eugénie Le Sommer sur la gauche d’un 4-3-3. Il est difficile de déterminer la part du système dans une défaite où la France a surtout été dominée sur les coups de pieds arrêtés et a fait preuve d’un peu de naïveté sur le but de Christen Press.

Claire Lavogez

Claire Lavogez

Ce système peut fonctionner, c’est celui de Lyon où évoluent une majorité des joueuses concernées et celui dans lequel a joué la France avec Bruno Bini. Mais dans la configuration proposée, il diminue beaucoup l’influence de Gaëtane Thiney qui n’est jamais aussi forte qu’en deuxième attaquante et celle d’Eugénie Le Sommer qui sait jouer sur un côté mais dont la puissance et le sens du but sont très utiles dans l’axe. À la rigueur, il serait peut-être plus efficace de faire permuter les deux joueuses.

Toutefois, le but d’un tel tournoi est justement de tester ce genre de configuration face à une vraie adversité plutôt que dans des matchs où la différence de niveau est telle que presque n’importe quel schéma fonctionnerait. Et de ne pas attendre que les événements l’imposent pour chercher au cours d’une phase finale une solution qui convienne.

Le bilan des Bleues est quasiment parfait en vue de la Coupe du monde. On peut presque penser que la défaite en finale est plutôt une bonne chose pour éviter d’arriver avec une trop grosse étiquette de favorites et une trop grande confiance qui peut confiner à la suffisance. Là les choses sont claires : il faudra être au maximum et avoir un brin de réussite.

Le groupe des 23 conforté

Philippe Bergerôo l’avait annoncé, il allait profiter de l’Algarve pour donner du temps de jeu à d’autres joueuses. Il a été aidé en cela par les absences et les blessures, même si l’on peut penser que certaines joueuses aurait été aptes s’il s’était agi de la Coupe du monde et pas d’une préparation trois mois avant. Là, c’était l’occasion de ne pas trop tirer sur certains organismes et de voir d’autres joueuses.

À première vue, cela ne devrait pas avoir bouleversé l’idée qu’on se fait de la liste des 23 : des quatre joueuses appelées pour pallier les forfaits, seule Emmeline Mainguy ne comptait aucune sélection et elle n’a pas joué une minute. Elle a sans doute été appelée après son excellent match de Coupe contre Lyon parce qu’Amandine Guérin était déjà en Croatie avec l’équipe de France B où le staff voulait la voir jouer.

Anaïg Butel

Anaïg Butel

Le plus significatif est sans doute l’appel (dès la première liste, alors que les trois autres ont été appelées plus ou moins en urgence) d’Aurélie Kaci pour remplacer numériquement Louisa Necib. Elle a été préférée à des joueuses comme Camille Catala, Marina Makanza ou Viviane Asseyi. Toutefois, la Parisienne n’a quasiment pas joué, tout comme Sandie Toletti et Marine Dafeur. Cette dernière est celle des quatre qui compte le plus de temps de jeu (soit 13 minutes) mais tellement peu alors que les deux latérales titulaires ont joué tous les matchs qu’elle ne semble pas dans la concurrence. Peut-être que si le forfait d’Amel Majri avait eu lieu plus tôt et qu’elle avait été là à temps, elle aurait pu jouer contre le Portugal dans le match réputé le plus facile mais rien n’est moins sûr.

Pendant le même temps, l’équipe de France B jouait l’Istria Cup en Croatie avec des équipes de second rang européen (voire de troisième) et le Costa Rica, qualifié pour la Coupe du monde mais privé de Shirley Cruz. Elles ont fini à la quatrième place, battue 2-1 en match de classement par l’Autriche, après avoir battu le Pays de Galles et concédé des nuls au Costa Rica et à la Bosnie-Herzégovine. Une performance sérieuse mais où il semble qu’aucune joueuse n’ait montré vraiment qu’il était absolument anormal qu’elle ne soit pas au Portugal.

La jeunesse s’affirme

Si ce mois de mars a changé quelque chose, c’est sans doute plutôt dans le rapport de force au sein du groupe, dans l’équipe type et les joueuses qui vont entrer souvent en jeu.

Claire Lavogez a été titulaire et convaincante lors des deux matchs contre le Danemark et le Japon et son entrée avait été décisive contre le Portugal. Quand il a fallu changer les choses en finale, c’est elle qui est entrée avec Kenza Dali.

La Parisienne a confirmé dans ce tournoi qu’elle était presque une titulaire sur un côté. Elle a profité de l’absence de Louisa Necib puis de la petit blessure d’Élodie Thomis pour jouer les trois premiers matchs. Il y a sans doute une vraie concurrence à droite avec Élodie Thomis, plus qu’à gauche où Louisa Necib reprendra naturellement sa place et où Kenza Dali est de toute façon moins à l’aise. À moins donc que tout le monde ne soit mis d’accord par Claire Lavogez.

Anaïg Butel a joué trois matchs et demi, un peu par la force des choses avec les absences et blessures diverses de Laura Georges, Wendie Renard et Griedge Mbock mais avec succès. La Guingampaise n’a par contre pas eu l’occasion de montrer grand chose en se blessant dès son premier match et ne jouant finalement qu’une mi-temps.

Enfin Kadidiatou Diani a fait plusieurs bonnes entrées pour bloquer et dynamiser le couloir droit, même si elle a été plus en difficulté comme titulaire dans le 4-3-3 de la finale.



Un commentaire pour “Sur la route de Vancouver – Quatrième station, Algarve”

  1. Il est possible d’ améliorer la formule de l’Algarve en passant de 3 poules de 4 à 4 poules de 3 et en instaurant demi finale et finale. Soit toujours 4 matchs.

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