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Walter Frosch : la grenouille, le ramoneur et le prince

Walter Frosch est une légende: même s'il n'a pas eu la carrière de George Best, il partage avec celui-ci saillies mémorables et hygiène de vie discutable. 

Auteur : JauneLierre le 16 Nov 2021

 

Inconnu en dehors de l'Allemagne [1], Walter Frosch y est une légende, en particulier au FC Sankt Pauli où il a évolué de 1976 à 1982. Après Willi Lippens dans le numéro 6 de la revue des Cahiers du football, partons à la découverte d'un personnage de roman.

Né en 1950 à Ludwigshafen Rheingönnheim en Rhénanie-Palatinat, il commence à jouer au football à l'âge de cinq ans. Il évolue dès ses seize ans en Première ligue amateur Sud-Ouest au sein de l'Arminia Ludwigshafen avec une licence spéciale de la DFB, avant de signer après la saison 1969/70, à dix-neuf ans, son premier contrat pro avec le SV Alsenborn en Regionalliga Sud-Ouest.

 

 

Son salaire à l'époque: 160 marks de salaire de base, 300 marks de prime de victoire et 10.000 marks d'argent de poche. Auxquels il faut ajouter 160 marks par semaine en tant que ramoneur, plus 40 de prime de lavage car il se douchait toujours à la maison.

Le "club de village" du SV Alsenborn jouit d'une notoriété dans l'ensemble de l'Allemagne, à l'image d'Auxerre ou Guingamp quelques années plus tard en France. Avec seulement 7.000 habitants, ce sont 13.000 spectateurs qui assistent régulièrement aux matches.

Un 400 mètres à trois heures du matin

Pour la saison 1974/75, la DFB procède à une restructuration des niveaux de Bundesliga et refuse d'accorder au club - pourtant qualifié - une licence professionnelle, si bien que le SV Alsenborn et donc Frosch doivent retourner au statut amateur. Au cours de cette saison, "Froschi" la grenouille [2] se fait déjà remarquer au point qu'un reportage lui est consacré par une chaîne locale [3].

 

 

Lors de la trêve hivernale Frosch s'engage aussi avec le FC Kaiserslautern, club de l'élite voisin dont Alsenborn est en quelque sorte la banlieue.

Curieusement, Fritz Walter, idole de Kaiserslautern, recommande le joueur auprès du Bayern quelques jours après la signature du contrat. Sur l'insistance du manager du club de Munich, Robert Schwan, Frosch signe un autre contrat avec le Bayern de Beckenbauer et rejoint la Bavière à l'intersaison.

Frosch montre déjà une certaine confiance en lui, et va jusqu'à gifler son nouveau coéquipier Jupp Kapellmann parce qu'il se moque de lui. Lors d'un entraînement sous la direction d'Udo Lattek, celui-ci lui demande pourquoi il ne centre jamais du pied gauche. Frosch répond:"Parce que les autres ne le font pas non plus.

- Si tu n'as pas envie, pourquoi ne vas-tu pas prendre ta douche? 

- Mais j'y vais."

Évidemment, le FCK a déposé une réclamation auprès de la fédération et, le temps que le contentieux se règle, Frosch part se mettre au vert... à Majorque. "Se mettre au verre", aurait volontiers écrit Antoine Blondin, car Frosch est porté sur la bouteille et la fête. En bon ramoneur, il fume aussi comme une cheminée.

La DFB tranche en faveur de Kaiserslautern et Frosch écope au passage de quatre mois de suspension, si bien qu'il ne fait ses débuts en Bundesliga que le 23 novembre 1974. Avec le FCK, il termine treizième et septième de la Bundesliga et contribue à hisser le FCK en finale de la Coupe 1976, perdue 0-2 contre le Hamburger SV, alors en pleine ascension.

 

 

Frosch commence à bâtir sa légende sur le terrain et en dehors. À la veille d'un match contre Schalke, il veut "ne boire que deux ou trois ouzos chez les Grecs", traîne dans les bars jusqu'à trois heures du matin et finit par défier ses collègues sur un 400 mètres. Il leur donne cent mètres d'avance et remporte malgré tout la course. La récompense: dix litres de bière.

Le matin suivant, quand l'entraîneur et futur sélectionneur Erich Ribbeck demande: "C'est quoi ces yeux rouges?", Frosch répond: "Conjonctivite!" Ses coéquipiers rapporteront qu'une fois, il s'était énervé dans un bar contre un gaillard de deux mètres en le menaçant de coups s'il disait ne serait-ce qu'une "stupidité de plus sur le FCK". Le lendemain, il se présente couvert de bleus à l'entraînement.

« Ribbeck avait juste peur que je "corrompe" mes coéquipiers »

Tout cela n'entame pas ses performances car en 1976, Frosch se trouve même convoqué en équipe nationale B par Jupp Derwall, alors co-entraîneur (sélectionneur national deux ans plus tard). Le joueur décline l'invitation par sa phrase la plus célèbre: "Walter Frosch ne joue qu'en équipe A ou en sélection mondiale".

Le défenseur dispute cinquante matches pour l'équipe du Palatinat au cours desquels il marquera quatre buts. "Mes performances étaient bonnes, Ribbeck avait juste peur que je 'corrompe' mes coéquipiers. J'étais trop souvent dehors la nuit."

Les choses se tendent aussi vis-à-vis des dirigeants, certains membres du conseil d'administration du FCK s'étant laissés entraîner dans un bar du quartier aux lampes rouges de Kaiserslautern, alors que Frosch était en coulisses avec sa petite amie, propriétaire de l'établissement. La légende voudrait aussi qu'il ait annoncé à Erich Ribbeck qu'il allait coucher avec sa femme.

À l'été 1976, Walter est transféré vers le FC St. Pauli, en 2. Bundesliga. Comme à Kaiserslautern, il devient l'une des pierres angulaires de la défense, et le club enchaîne une série de 27 matches sans défaite, si bien que l'équipe dirigée par Diethelm Ferner réussit à se qualifier pour la 1. Bundesliga à l'issue de la saison 1976/77.

 

 

La saison suivante sera non seulement celle de la première confrontation en 1. Bundesliga, mais aussi celle de la première victoire dans le derby hambourgeois: le 3 septembre 1977 voit le succès historique du club à la tête de mort contre le Hamburger SV au Volksparkstadion sur le score de 0-2. "Nous n'avons pas bu tout une journée avant le match. Après, nous avons bu pendant huit jours."

Mais Walter Frosch et Gino Ferrin, autre pilier de la défense, sont absents pendant des mois pour cause de blessure, ce qui entraîne des problèmes en défense. Frosch revient pour disputer dix-huit matches, mais n'évite pas la relégation au FC Sankt Pauli, qui acquiert à l'occasion le statut de Fahrstuhlmannschaft, littéralement "équipe ascenseur" [4].

La saison suivante, sous la direction de Josef Piontek, futur sélectionneur du Danemark, Frosch mène l'équipe à la sixième place. Le club connaîtra ensuite des problèmes financiers et, la saison 1980/81, la licence professionnelle du club est révoquée, aussi Sankt Pauli se retrouve à disputer l'Amateuroberliga Nord.

« S'il voyait la lumière d'un pub quelque part, il y allait »

À Hambourg comme à Kaiserslautern, le joueur fréquente bien sûr les bars et autres lieux autour de la célèbre Reeperbahn.

Dietmar Demuth, coéquipier à St. Pauli: "Ce qui comptait vraiment pour lui c'était le terrain - même s'il sortait beaucoup le soir. Nous faisions souvent la tournée des bars ensemble. Si je lui disais: 'Rentrons tranquillement à la maison', mais qu'il voyait la lumière d'un pub quelque part, il y allait. Il y a des histoires légendaires sur ces soirées, mais elles ne sont pas vraiment destinées à être connues du public."

Frosch fume toujours, beaucoup, jusqu'à trois paquets par jour. Son hygiène alimentaire n'est pas en reste comme l'évoquera Buttje Rosenfeld, autre coéquipier à St. Pauli: "Lorsque nous nous entraînions deux fois par jour, il se rendait au Schaschlik-Schorsch [5] à l'heure du déjeuner et se régalait d'une grosse portion avec des oignons."

Frosch appartient à cette race de défenseur rugueux, chevelus et généralement moustachus dont nous avons eu quelques spécimens en France à la même époque. Lors de sa première saison au FC St. Pauli en 1976/77, il obtient un record de cartons jaunes - dix-huit ou dix-neuf, car il subsiste un doute sur le nombre.

 

 

Deux matches avant la fin de la saison, il aurait déclaré à la presse hambourgeoise: "Contre Solingen et lors du dernier match contre le Wacker Berlin, je recevrai un carton jaune, ce qui m'en fera vingt, et c'est un chiffre rond, n'est-ce pas?" Notre provocateur est ainsi à l'origine de la suspension automatique après quatre cartons jaunes, que la DFB instaure à la suite de ce record (qu'il détient donc toujours).

Lors du match du FC Kaiserslautern contre Schalke, au lendemain du 400 mètres nocturne, Frosch avait pour adversaire l'international Erwin Kremers. "Dans les premières minutes du match, je l'ai envoyé trois fois au-dessus de la rambarde. Kremers a été remplacé au bout de dix-huit minutes, c'était réglé"...

En 1995 à la veille du derby, au cours d'un échange avec Peter Nogly, défenseur du HSV de 1969 à 1980, Frosch semble se languir du bon vieux temps (vers 3:40): "Aujourd'hui, si tu tacles par-derrière, tu prends tout de suite un jaune ou un rouge, tu es vite exclu. Ce n'est plus possible. Autrefois tu pouvais en dégommer trois."

« Mon plus grand adversaire a toujours été le bistrot »

Pourtant, Buttje Rosenfeld, comme d'autres, loue son état d'esprit: "Son visage caractéristique exprimait la fermeté et le distinguait sur le terrain lors des duels. Pourtant, il n'était pas très lourd, peut-être 70 kg, une silhouette plutôt maigre. Mais à cause de sa combativité, tous les adversaires avaient peur de lui. Il s'est toujours battu à fond - à l'entraînement comme en match." Ne jamais lâcher, telle était sa devise.

Diethelm Ferner, entraîneur de Walter Frosch au FC St. Pauli: "Walter était un bon joueur, mais il n'était ni brutal ni injuste. Il a aussi toujours entraîné ses coéquipiers, parfois avec quelques injures. (...) Ce qui le distinguait avant tout, c'était son optimisme. Je me souviens que nous avions eu un début de saison très erratique. Il est venu vers moi: 'Coach, ne vous inquiétez pas, nous allons monter, nous allons le faire.' Et c'est arrivé. C'était un vrai combattant."

Au début d'une interview à la mi-temps de la Journée des légendes, en 2007 (voir plus bas), on peut également entendre l'arbitre du jour: "C'est un gars correct, je le connais depuis longtemps, il a toujours cherché à jouer proprement et avec fair-play." Frosch jouera 170 matches pour le FC St. Pauli et inscrira 22 buts. Il sera élu dans le onze du siècle par les lecteurs du Hamburger Abendblatt en 2010.

Après un changement d'entraîneur à la saison 1982/83, qui comprenait un rajeunissement de l'équipe, il rejoint l'Altonaer FC 1893 (autre club hambourgeois et rival du FC St Pauli), avec lequel il se hisse en Oberliga Nord, équivalent de la troisième division, en 1984. Après trois saisons et 32 matches d'Oberliga, il met fin à sa carrière.

Il dirige ensuite trois bars et restaurants. "Mon plus grand adversaire a toujours été le bistrot. Dans le passé, en tant que joueur actif, je me battais devant le bar, aujourd'hui je me bats derrière le bar."

Après un premier établissement à son nom, Frosch tient le restaurant Antikes à Hambourg-Lokstedt, où la clientèle apprécie les nombreuses anecdotes de ce personnage unique. Le dernier est le clubhouse d'un autre club de Hambourg, le SC Victoria, qui organise chaque année depuis 2012 un tournoi Walter Frosch, dont les bénéfices sont destinés aux enfants atteints du cancer.

« Je préfère m'en griller une que tirer un coup »

Car Frosch devra lutter pendant des années contre la maladie. Dès 1995, une première tumeur du larynx est diagnostiquée. En 2007, plus de vingt-cinq ans après sa dernière apparition dans le club de Hambourg, il foule à nouveau la pelouse du Millerntor pour la Journée des légendes. Il a arrêté l'alcool, mais fume toujours autant et explique sa "situation" au journaliste à la mi-temps par un changement intervenu précipitamment.

 

 

Fin 2008, sa santé se détériore considérablement: après une défaillance aiguë d'un organe due à une septicémie, il reste dans le coma pendant cent onze jours, doit suivre un traitement médical intensif et réapprendre à parler et à marcher. Même si les tumeurs malignes ont disparu, les radiations ont détruit ses dents et paralysé ses vertèbres cervicales: "Plus possible de faire une tête."

Lors d'un match à domicile du FC St. Pauli, les supporters brandissent une banderole portant sa devise: "Niemals aufgeben Walter Frosch!" Ne jamais lâcher.

Il s'en sort, mais c'est un simple sursis car, de ce combat, on sort rarement gagnant, et sa dépendance à la cigarette est trop forte: "Je préfère m'en griller une que tirer un coup." En 2012, il fait une dernière apparition au Millerntor et, en 2013, un arrêt cardiaque le plonge dans un état végétatif durant plusieurs semaines.

Walter Frosch décède le 23 novembre 2013 à la Schön Klinik Hamburg Eilbek à l'âge de soixante-deux ans. Il est enterré à Ludwigshafen-Rheingönheim, sa ville de naissance.

 

 

Frosch aura eu une trajectoire de comète, incandescente comme les cigarettes qu'il fumait, qui est allée de pair avec une forme d'autodestruction. Mais son état d'esprit volontaire, doublé d'un talent footballistique indéniable, lui aura permis, même brièvement, d'évoluer à haut niveau.

Conscient que sa carrière aurait pu être tout autre et, interrogé à ce sujet, il répondait: "Je n'ai aucun regret. J'ai appris à connaître Dieu et le monde grâce au football et je me suis beaucoup amusé." Il laisse aussi une trace particulière dans l'histoire du football allemand: Walter Frosch, bester Mann!

 

[1] Achtung, toutes les sources et tous les liens de cet article n'existent qu'en allemand.

[2] En allemand, "Frosch" signifie grenouille et "einen Frosch im Hals" est l'équivalent de notre "chat dans la gorge".

[3] Voir aussi l'autre version publiée par la SWR pour le 70e anniversaire de sa naissance.

[4] Le FC St. Pauli restera au mieux trois saisons en 1. Bundesliga, la dernière montée datant de 2010 suivie aussitôt d'une relégation.

[5] Sorte de kebab du coin, le chachlik ou chachlyk est une spécialité de brochettes de viande marinée et grillée populaire dans les pays de l'ex-URSS.

 

Réactions

  • JauneLierre le 17/11/2021 à 20h25
    Si on ajoute une façon de parler particulière et un accent régional, ce qu'il raconte, notamment dans la première vidéo, est parfois incompréhensible.

  • JauneLierre le 17/11/2021 à 20h29
    Je découvre à l'instant la préexistence d'un article en français : lien. Je ne l'avais pas identifié car ayant débuté mon travail de synthèse avant sa parution. Et j'avoue ne plus trop faire appel à Gogol comme moteur de recherche.

  • theviking le 17/11/2021 à 23h12
    C'est vrai qu'on a du mal à comprendre son accent (ou plutôt sa façon de parler) dans la première vidéo, alors à la fin, quand il a son paquet de clopes dans les chaussettes, y a plus d'espoir ! (Enfin, j'ai dû comprendre des mecs comme ça à 3h du mat dans un kneipe, mais faut un contexte !)
    Merci beaucoup pour l'article en tout cas.

  • theviking le 17/11/2021 à 23h14
    Et j'ai bien aimé l'idée de prime de douche pour ceux qui la prennent chez eux, je trouve ça vraiment étonnant !

  • Mangeur Vasqué le 18/11/2021 à 21h37
    Ha ha, excellent en effet les 40 marks de prime lavage-douche.

    Au passage, il a des faux airs de Domenech joueur le Walter lien.

    Dans le même genre de prime loufoque, y’avait une “prime cigarettes” dans certains clubs foot anglais des années 1940-50, tel Newcastle United qui donnait des cigarettes à tous ses joueurs (même non fumeurs) en guise de prime. On pensait fermement à l’époque que le tabac avait des vertus médicales et viriles (en France aussi d'ailleurs, pareil pour l'alcool, fallut quand même attendre 1956 pour que l'alcool soit interdit dans les cantines d'écoles primaires & collèges lien (!) et 1981 dans les lycées lien, c'était quasiment toujours du vin coupé à l'eau, du cidre ou de la bière). J’en parlais dans cet article lien #10 “Pause cigarette”. Les non-fumeurs les refilaient ou revendaient. La marque favorite des clubs était les Player’s lien

    L’un des bénéficiaires de ces primes clopes à Newcastle United fut l’immense Jackie Milburn, l’un des tous meilleurs joueurs de l’histoire du club (238 buts/494 matchs), sa statue de presque 4 mètres trône devant St James’ Park. Il recevait tellement de cigarettes du club, en guise de prime, qu’en fin de match quand les supps lui demandaient un autographe il leur distribuait des clopes ! Il en est mort d’ailleurs, à 64 ans en 1988, cancer du poumon.

    Il convient cependant de préciser que jusqu’en 1961 (en fait, de 1901 à 1961, aboli seulement après une menace de grève), il y avait un “salary cap”, très bas (20 £/semaine, à peine plus qu’une secrétaire), donc les clubs utilisaient tout une gamme de primes compensatoires.

  • Mangeur Vasqué le 18/11/2021 à 22h57
    Fascinant tout ça, merci. Je n’avais pas relevé la réfèrence à ce bon Nobby dans le clip, j’viens juste de m’en rendre compte en le rematant. Effectivement, Jason King pour le look et Nobby Stiles pour le côté hargneux, grinta de ouf et tacleur redoutable.

    Moins pour le reste cependant, le Mancunien était très croyant et avait un lifestyle plutôt clean, pas d’alcool, pas teufeur, etc. Par contre, comme Walter, il fumait beaucoup, surtout en tant que manager années 1975-1985. Il est mort à 78 ans l’an dernier (démence + cancer prostate) mais connaissait de gros problèmes de santé depuis longtemps. Il n’était pas non plus bagarreur hors des terrains. Des joueurs comme Norman Hunter (du “Dirty Leeds” de Don Revie), Ron Harris (Chelsea), Tommy Smith (Liverpool) ou David Mackay (Tottenham) auraient été plus idoines car ils cochaient toutes les cases Frosch ou presque (teigneux, bastonneurs, portés sur la boutanche pour certains, etc.). Mais vu que Stiles, champion du monde 1966 et C1 en 1968 avec Man United, était bien plus connu que ces derniers à l’étranger, logique que les journalistes allemands aient Stiles comme référence number 1, surtout avec la finale de 1966.

    Y’a une anecdote anglo-française pas piquée des cockchafers sur Nobby Stiles : son “tacle” sur Jacky Simon (qui devient “Jacques” dans le Guardian lien) dans l’Angleterre-France de poule Coupe du monde 1966, un morceau de virilité légendaire : lien. Désolé pour la mauvaise qualité du clip au passage, y’a bien ce clip Daily Motion lien mais le tacle assassin n’y figure pas (clip DM avec commentaires de Thierry Roland ! Roland qui l’appelait d’ailleurs “Stil” – Stiles se prononce “staïlze”, un “stile” est d’ailleurs un terme bien connu des randonneurs, “échalier” en français).

    La Fifa critiqua vivement Stiles pour cette faute et fit pression sur la FA pour que le sélectionneur (Alf Ramsey) n’aligne plus Stiles. L’incident fit grand bruit, jusqu’au ¼ contre l’Argentine, ce fameux match houleux qui est l’acte fondateur de la grande rivalité footballistique anglo-argentine (l’expulsion par l’arbitre allemand d’Antonio Rattin, qui nous fit la totale lien : il refusa de quitter la pelouse, fit un p’tit tour du terrain avec un coach en insultant des spectateurs, et je crois bien aussi qu’il s’assit ou essaya de s’asseoir sur le tapis rouge menant à la loge royale de Wembley… ; le sélectionneur anglais, Alf Ramsey, traita les Argentins “d’animaux”, etc. Bref, disons que la “Main de Dieu” de Maradona 20 ans plus tard c’était un peu “payback time” pour les Argentins, sur fond de contexte Guerre des Malouines trois ans plus, cette guerre qui fit réélire Thatcher triomphalement, en tout cas en bonne partie, la poussée nationaliste en 1982-83 étant l’une des trois raisons principales du retentissant succès thatcherien, le plus depuis : 397 député.e.s conservateurs é lien contre 209 pour les Travaillistes de Michael Foot, un “swing” de 110 circos par rapport à l’élection précédente, celle de 1979).

    Même la famille royale y alla de son “shocking” sur ce tacle de Stiles… (l’action s’était déroulée juste devant la loge royale). Pas mal de grandes figures footeuses de l’époque (Billy Wright, Danny Blanchflower, Joe Mercer…) condamnèrent le geste de Stiles, fulminant que ce tacle “faisait honte au football anglais”. Tu parles… Même refrain d’indignation faux cul dans les médias.

    Là-dessus la FA, alors très soucieuse de la réputation fair play des Anglais, ordonna à Alf Ramsey de ne plus aligner Stiles. Ramsey convoqua Stiles dans son bureau, avec le “Senior International Committee” de la FA dans la pièce d’à côté qui attendait nerveusement sa décision (un comité qui, depuis la fin du dernier sélectionneur, Walter Winterbottom manager 1946-1962, ne sélectionnait plus directement les joueurs mais qui avait toujours beaucoup d’influence).

    Donc là, moment très officiel et solemnel, Ramsey demanda à Stiles si son geste avait été intentionnel, etc. Ce dernier jura que non (évidemment) et expliqua que c’était involontaire, que c’était juste du mauvais timing de sa part (lol). Ramsey accepta son explication sans trop approfondir disant à Stiles “faire totalement confiance à sa parole d’Englishman” (faut dire que Stiles lui était indispensable dans le rôle de “midfield enforcer”, le chargé des basses besognes).

    Et là Ramsey sort du bureau, va voir les “Blazers” de la FA (leur surnom, hautement péjoratif) et leur dit une phrase restée célèbre pour sa noblesse et théâtralité : “Si vous m’interdisez d’aligner Nobby Stiles pour le reste du tournoi, alors Messieurs, voici ma dé lien (en leur tendant une vague démission griffonnée sur papier en-têté FA).

    Le chantage fonctionna et la FA n’insista pas, Nobby Stiles put donc continuer à jouer les shérifs de l’entrejeu, et ils eurent bien besoin de lui contre les Argentins en ¼…

    Et ensuite vs le Portugal en demi-finale, Ramsey chargea Stiles de “s’occuper” d’Eusébio. Y’a cet échange entre Ramsey et Stiles passé à la postérité pour son côté Tontons Flingueurs : Ramsey : “Tu te charges d’Eusébio, mets-le moi hors d’état de nuire”. Stiles : “Juste pour ce match ou pour toujours, boss ?”. Un Eusébio qu’il retrouva en finale C1 de 1968, Man United vs Benfica (4-1), et qu’il réussit à museler. Eusébio ne lui en tint pas rigueur, les 2 hommes se retrouvèrent en 2005 à Manchester https://i. lien.

    Un personnage ce Nobby Stiles. Il avait mangé trop de bonbons dans sa jeunesse de Gavroche misérable, pendant les années 1940 (le NHS – le service national de santé britannique, créé par les Travaillistes en 1948 – n’était pas encore très développé et sa famille ne pouvait se payer des soins dentaires adéquats) et le pauvre avait une dentition “tombstone teeth” lien comme disent les Anglophones (imaginez un de ces vieux cimetières anglais avec ses pierres tombales bien déglinguées, disparues ou de guingois), et il lui arrivait de perdre son dentier dans le bourbier qu’étaient souvent les terrains, et en plus il était totalement myope, pas idéal pour le foot. Au quotidien il portait des grosses lunettes triple foyer mais sur un terrain il jouait avec des lentilles de contact souples, mais ce type de lentilles était encore au stade embryonnaire, elles prenaient la buée, etc. et le pauvre Stiles parfois ne voyait pas grand chose sur le terrain. Un jour, à la mi-temps d’un match international U23 ou A contre L’Écosse je sais plus, l’entraîneur le charge de “s’occuper” de Billy Bremner. Donc, peu après la reprise Stiles découpe dûment Bremner. Enfin, celui qu’il pensait être Bremner... Car il n’avait pas découpé le teigneux Écossais mais un autre joueur (adverse…) beaucoup moins dangereux !

    Après la Coupe du Monde 1966, la cote de Stiles chuta (blessures et concurrence) et il ne fut plus guère sélectionné.

  • Mangeur Vasqué le 18/11/2021 à 23h10
    Pis scusi pour les 2 liens bidons.

    Le premier, fin du 4è paragraphe, n'est pas un lien en fait, j'ai posté : "397 député.e.s conservateurs élu(e)s" (mais "élues" en écriture inclusive, avec les points) - sans mettre de lien donc - et visiblement le système aime moyen l'écriture inclusive (comme moi en règle générale mais des fois c'est pratique) car il a accepté le premier (député.e.s) mais pas le deuxième, et a mis un symbole de lien à la place. Je viens de retenter et pareil.

    Le deuxième, sur la rencontre Eusébio-Stiles en 2005, est une photo émouvante, celle-ci : lien

  • Mangeur Vasqué le 18/11/2021 à 23h22
    Y'a visiblement un bug avec les liens et le symbole lien ce soir. Dans le 8è paragraphe, il faut lire "démission" après "voici ma".

    @ JauneLierre. Y'a des livres en allemand sur Walter Frosch?

    J'imagine aussi que "11 Freunde" a dû sortir des articles/dossiers papier sur lui, t'es au courant ? (ils ont en tout cas sorti des - courts - articles en ligne, je viens d'en lire un).

  • Toni Turek le 19/11/2021 à 21h52
    Merci beaucoup pour cette lecture, JauneLierre !
    (Est-ce un épisode isolé ou est-ce appelé à devenir récurrent ?)

  • JauneLierre le 21/11/2021 à 15h55
    Je ne sais pas s'il y a des livres mais on peut le supposer. Et je te confirme que 11Freunde est bien une des sources pour mon texte; c'est d'ailleurs de leur article qu'est issu mon "bester Mann" final. Hormis la fiche wikipédia, j'ai utilisé 5 autres articles dont le mien n'est en fait que la synthèse.
    Merci encore pour tes commentaires, je reste ébahi devant ta capacité à produire des textes fleuves proches du récit oral tout en ayant un niveau écrit aux vertus littéraires indéniables.
    Ah, et la référence à Nobby Stiles ne m'est (re)venue qu'en revoyant la vidéo dans l'article...

La revue des Cahiers du football