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Henry, la cheville des plus grands

Autoportrait craché – Je suis Thierry Henry, trente-sept ans, ancien footballeur professionnel. Je suis l'attaquant qui célébrait ses buts sans joie, ce qui a été mal compris. Je poursuivais d'autres buts, tout simplement. 

Auteur : Jérôme Latta le 17 Dec 2014

 

 

J'aime le football, je le connais par cœur. On ne peut pas m'enlever ça, mais c'est un peu mon drame. Je suis entré en football comme un gamin émerveillé qui continue à regarder le spectacle. J'ai cessé d'être un gamin et d'être émerveillé, pas d'avoir l'impression d'être un invité. Mauvais de la tête, mais excessivement cérébral. J'ai tendance à trop réfléchir, à n'être spontané que sur le terrain. Self-conscious, disent les anglo-saxons, dont je maîtrise très bien la langue.

 

Pour être honnête, je n'ai même jamais réussi à me débarrasser d'un léger sentiment d'imposture, du doute que je n'étais pas un si grand joueur. D'où le besoin d'entendre les autres me le dire, et la nécessité de les en convaincre pour qu'ils m'y aident à leur tour. Vous voyez, ma statue devant l'Emirates, c'est l'aboutissement rêvé. Eh bien ça m'a laissé un peu perplexe: ce n'était toujours pas moi, et pas seulement à cause de la ressemblance douteuse. "Le moi je est un autre", a dit un poète – ou Joey Barton, je ne sais plus.

 

 

 

 

Il paraît que j'ai un ego démesuré. Moi qui ai joué avec Youri Djorkaeff, je rigole. Et pour ce qui est de parler avec le sourcil levé et la paupière un peu lourde, Drogba m'a enfoncé. Mais je me suis inspiré du Snake, comme de Canto d'ailleurs, deux types qui ont su être leurs meilleurs attachés de presse. Ne laissez personne écrire votre propre légende, ou alors tenez-lui la main. Je vous mets au défi de trouver des déclarations de ma part dans lesquelles je me célébrerais façon Eto'o ou Ibrahimovic, ou dans lesquelles je dézinguerais un entraîneur ou un coéquipier.

 

Je suis plus subtil. Regardez Trezeguet – que j'aime bien, là n'est pas le problème. Je n'ai jamais rien dit contre lui. Les bons tueurs agissent avec un silencieux. Et les meilleurs laissent agir des hommes de main. Il fallait voir comment Duluc et les autres ont présenté à mon avantage des stats qui ne l'étaient pas du tout. Quand ils ont dit que David et moi, on n'était pas complémentaires, pour conclure que c'était lui qui n'était pas complémentaire avec moi, quel spectacle! J'ai été bien aidé par Domenech, qui avait parfaitement compris lequel de nous avait le plus d'influence. Non, pas sur le jeu, ça il n'en avait aucune idée. Après, j'ai pu filer tranquillement vers le record de buts. À mon rythme: personne ne fera remarquer aujourd'hui que je suis à 0,41 buts par match en bleu, alors que David s'était arrêté à 0,48 avec bien moins de temps de jeu. Je lui faisais trop de passes décisives.

 

La seule fois où je me suis vraiment planté, c'est après France-Irlande 2009. Sur le terrain, la fin justifie les moyens. Je n'ai pas compris que pour le public, c'était la honte de passer comme ça, en étant aussi mauvais. Et j'en ai trop fait en m'asseyant à côté de l'Irlandais à la fin du match, ça s'est vu que je calculais l'effet pour la caméra. Bon, il n'y a jamais que Christophe Dechavanne et un ou deux autres imbéciles qui se sont déchaînés, mais j'ai senti le vent tourner. Heureusement, TF1 et les autres ont continué à mettre leur puissance de feu à mon service, et j'ai compris l'intérêt stratégique de la situation. En définitive, je ne suis pas vraiment critiqué: les médias et les copains disent que je suis injustement critiqué, saisissez la nuance. Eux-mêmes ne s'y sont jamais aventurés.

 

Mauvaise période pour moi, 2010. À Barcelone, j'étais dépassé par le Pedro de l'année, en France on annonçait déjà la fin de ma carrière en sélection. Pire que tout, je devais rejouer à gauche, la hantise de toute ma carrière. On a dit que j'avais supplié Domenech de m'emmener en Afrique du Sud. C'est mal me connaître. Je l'ai juste regardé quand il est venu chez moi. Et je lui ai promis d'accepter un statut de remplaçant. Là-bas, je lui ai fait payer ça. Privé du brassard, en concurrence avec Gignac: il y a des limites. Quand j'ai vu le bordel, je n'ai pas levé le petit doigt dans le vestiaire, ni le cul de mon siège dans le bus. En plus les mecs ont pensé que c'était moi la taupe. Ils pensent ce qu'ils veulent, penser n'est pas leur fort. La seule accélération que j'ai placée, c'est pour accourir à la convocation de Sarkozy à l'Élysée. Bon, là non plus je n'étais pas à ma place.

 

Il était temps de retrouver ma vraie dimension. Tout étant affaire de proportion, j'ai filé vers la MLS. La Coupe du monde n'était pas encore finie que Téléfoot titrait "Henry, star à New York". Aux États-Unis, les espaces dans les défenses se sont eux aussi agrandis. Et là-bas, on s'y connaît en célébrations. Les miennes ont été diffusées en Europe, où personne n'a eu besoin de savoir ce que je faisais pendant le reste du match. J'ai compris que mon mojo était définitivement revenu avec mon retour express à Arsenal début 2012. Quel coup de génie. Un but décisif en Cup – là je n'ai pas pu m'empêcher de sourire –, un autre en championnat. Ils ont dit que j'écrivais l'histoire. Parfois, on jurerait que ce n'est pas une métaphore.

 

Il fallait durer, c'était important de durer. Passé un certain point, vous êtes une légende, point barre. Enfin, une légende et un palmarès, des lignes et des lignes de palmarès, et de records. Incontestables. Il faut mettre les chiffres de son côté, les accumuler. Vous comprenez pourquoi je n'allais pas rigoler après chaque but, maintenant? Peu ont réussi, comme moi avec Arsenal, à être à ce point le joueur d'un club. Tant pis si je l'ai un peu étouffé, sur la fin. Mon étiquette de meilleur-buteur-de-l'histoire-de-l'équipe-de-France fait oublier que je n'ai pleinement réussi aucune phase finale avec elle. Peut-être que j'ai toujours été trop occupé à défendre ma position. Vous avez oublié mon retour en Espoirs après 98? Non, ne parlez pas d'école d'humilité à ce sujet, cela avait été exactement le contraire.

 

Voilà, je suis arrivé au bout de la route et, croyez-moi, je n'ai aucun regret: je suis à ma place. Personne ne me la prendra plus. Ni dans l'histoire, ni dans le bus, ni dans l'axe.
 

Réactions

  • Jean-Luc Skywalker le 17/12/2014 à 13h21
    Ce qui nous empêche (à nous les vrais puristes, adorateurs de Pastore et de Riquelme, et détracteurs de CR7, hinhinhin) d'apprécier vraiment Henry, c'est surtout l'ombre portée au roi David finalement. C'est vraiment impardonnable.

  • Loul le 17/12/2014 à 13h28
    J'ai aussi bien apprécié ce portrait plein de recul et loin d'une hagiographie qui aurait été moutonnière.

    Henry conclut une fort belle carrière de très haut niveau.
    Je crois que je lui en veux de s'être vu trop beau, de ne pas avoir su s'inscrire à sa juste place (pourtant bien élevée déjà) pour sublimer le collectif dans lequel il s'inscrivait au lieu de tenter d'en tirer profit pour lui même.
    Je pense particulièrement aux Bleus où son envie d'être calife après la première retraite de Zidane crevait les yeux.

    A mon sens, avoir sacrifié Trezeguet est une des pires c****ries collectives qui a pu être faite concernant l'équipe nationale qui aurait pu escompter de bien meilleurs résultats avec le sniper franco-argentin qui est un des plus grands purs avant-centres que j'ai jamais pu voir évoluer.
    Et dans cette éviction Henry a un rôle (parmi d'autres), un rôle coupable. Mais voilà servir cet autre joueur lui déplaisait...

    Je l'ai déjà écrit ailleurs, mais Henry n'est pas selon mon analyse (un peu azimutée si vous voulez) un grand avant-centre.
    C'est un grand attaquant avec une belle pointe de vitesse et une science du jeu certaine.
    Mais devant le but ?
    Oui il a enquillé des buts à la pelle, mais ce n'était pas vainqueur de duels, ce mort de faim qui fusille l'adversaire, ce joueur de poker à la science fascinante (contrairement à certains renards des surfaces dont un particulièrement évoqué plus haut).
    L'action qui restera jamais associée à son jeu en est une illustration emblématique : ce déboulé suivi d'un amour d'enroulée de l'intérieur du pied droit qui permet de marqué en lucarne opposé en niant le gardien placé alors hors de position, ne pouvant pas intervenir.
    Henry ce n'est pas le buteur naturel, c'est le buteur qui a développé une technique (très performante mais in fine efficaces dans certains schémas de jeu seulement) pour faire son trou et marquer autant que possible.

    Ce n'est pas moins méritoire (à la limite ça l'est même plus) mais en terme de classification des buteurs selon leur efficacité, il n'est pas tout en haut mais bien un étage au dessous.
    On pourrait aussi évoquer son jeu de tête médiocre pour s'interroger sur l'opportunité d'en avoir parfois fait la seule pointe offensive des Bleus...

    On gardera aussi de lui cette image d'un joueur qui en est très soucieux comme le souligne parfaitement notre chef d'espadrilles préféré.
    Avec un peu plus d'humilité il aurait été bien plus grand (et sa carrière peut-être plus belle)...


  • Ba Zenga le 17/12/2014 à 14h03
    Complètement d'accord avec Loul sur le profil de Henry et le sacrifice de Trezeguet, un peu moins avec Raspou au sujet de ce futur où l'on évoquera nos souvenirs de quand nous étions jeunes et larges d'épaule. Parce que je pense justement que ce qui lui manquera, c'est cette émotion qui traverse les années. A cause de son détachement, mais pas que.

    J'aurai toujours ce goût amer en pensant à lui, ce côté faux. Contre l'Irlande, je ne lui reproche pas sa main, je lui en veux d'être resté sur le terrain à vouloir s'excuser de façon ridicule. De ne pas avoir assumé son geste face aux micros.

    Pour l'Afrique du Sud, qu'il ait supplié de le prendre comme joueur, alors qu'il était fini, plutôt que de se proposer comme membre du staff et servir l'équipe plus que sa propre histoire. D'avoir fermé les yeux dans le bus, avant de filer chez Denisot et Sarkozy pour ne rien dire.

  • Sens de la dérision le 17/12/2014 à 14h08
    On pourrait aussi évoquer son jeu de tête médiocre pour s'interroger sur l'opportunité d'en avoir parfois fait la seule pointe offensive des Bleus...
    -----
    Au moins Trezeguet lui avait un sacré jeu de tête, même au milieu du terrain (impossible de trouver une vidéo de ce geste du beau Trezeguet).

    Sinon je pense personnellement que c'est Trezeguet qui ne voulait pas jouer avec Henry et que les différents sélectionneurs ont toujours privilégié celui qui faisait le plus d'efforts défensifs (oui c'est un troll, mais c'est du même niveau que le reste des attaques sur Henry non ?).

  • Lucho Gonzealaise le 17/12/2014 à 14h25
    C'est pas un peu procès d'intention que vous faites sur l'attitude d'Henry ? Ca repose sur quoi d'autre que du biétrysme (et quelques déclarations de Domenech) cette idée qu'Henry est un melon sur pattes ?

    Sinon Loul, je te conseille de regarder les compilations des buts d'Henry sous le maillot d'Arsenal (l'intégralité est trouvable facilement) et tu verras que finalement, il y a beaucoup moins d'enroulées au second poteau qu'on ne croit et bien plus de buts de renard également. De toute façon, on est d'accord pour dire que personne n'a jamais vendu Henry comme un buteur pur, mais c'était un attaquant complet, comme l'est Benzema, qui savait faire jouer ses coéquipiers (voir ses stats de passes décisives avec Arsenal) et qui savait marquer. Qu'est-ce qu'on peut demander de plus à un attaquant, en étant de bonne foi ?

  • Jean-Luc Skywalker le 17/12/2014 à 15h25
    Certes, Lucho, mais je rejoins ceux dont Ba Zenga qui pensent que " ce qui lui manquera, c'est cette émotion qui traverse les années. A cause de son détachement, mais pas que." C'est bête, mais la joie du buteur qui vient de marquer, voire celle du joueur qui vient de faire un geste décisif (cf Marquinhos contre le Barça), ça compte.

  • Charterhouse11 le 17/12/2014 à 15h29
    Loul
    aujourd'hui à 13h28

    Avec un peu plus d'humilité il aurait été bien plus grand (et sa carrière peut-être plus belle)...
    **********

    "Bien plus grand", n'exagérons rien, la marge avec les plus grands n'est pas immense.
    Quant à une carrière plus belle, je ne vois pas ce qu'il faudrait lui rajouter...

  • Tonton Danijel le 17/12/2014 à 16h26
    Surtout que je vois pas ce que l'humilité a à voir là-dedans...

    Platini qui n'a jamais voulu dire le moindre bien de Zidane était tout sauf humble, il me semble (mais Larios n'était pas Trézéguet...).
    Idem pour Pelé accueillant les records de Leo Messi.
    Et que dire de Cruyff,qui n'a cessé de critiquer tous les différents sélectionneurs néerlandais (dont Rijkaard, qui pour son malheur à diriger les Pays-Bas ET le Barça), sous couvert qu'il aurait mieux fait qu'eux.
    Beckenbauer? Je n'ai jamais entendu dire que l'humilité était sa qualité première.

    Tu rajoutes Zlatan et Saméto, j'ai presque l'impression qu'au contraire, pour être très grand dans ce milieu, il ne faut douter de rien...

  • Wallemme, être au frais le 17/12/2014 à 18h14
    L'attaquant est rapide mais adroit, bon de la tête et pas con, finisseur et pas avare d'efforts. Il éblouit au milieu des stars, les pousse à la sortie mais rate ses entrées.
    Foutu genou, j'avais foi en toi Louis Saha. C'était toi le meilleur, c'était toi le plus beau.

  • Moravcik dans les prés le 17/12/2014 à 18h55
    D'accord tonton, mais à mon avis plus que d'arrogance en elle-même il est ici en fait plus question de coefficient de sympathie. Le Henry tout minot m'était très sympathique, le Henry expérimenté ne m'est plus sympathique (du tout) depuis très longtemps. Là où l'arrogance de certains (Cantona étant l'exemple type) donne de la personnalité, un côté presque mythologique, et peut même exprimer de l'humour (comme chez Ibrahimovic), chez Henry elle le fait juste passer pour un type franchement antipathique.

    Après ça n'est qu'un ressenti extérieur hein, je ne le connais bien sûr pas personnellement le Titi. Mais rien que sur Knysna, sans même avoir à me fier à de quelconques rumeurs, je vois mal comment son attitude peut être défendue.


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