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Cristiano, l'art du retournement

Le retourné anthologique réussi par Cristiano Ronaldo face à la Juventus mérite une exégèse. Il résume aussi le personnage: irritant mais irrésistible. 

Auteur : Gilles Juan le 4 Avr 2018

 

 

J’ai mal au coeur à l’idée d’écrire ce qui va suivre. Bien sûr, je n’ai jamais contesté les qualités objectives de Cristiano Ronaldo: il est fort du droit, du gauche, de la tête, de près, de loin, il est technique, il est puissant, il est rapide. Mais j’ai toujours considéré qu’il y avait, dans ses gestes, y compris ses audaces techniques, quelque chose de très rigide, de trop tendu, de mécanique. Bien huilée sans doute, mais disgracieuse, du coup. Pas de naturel, pas de fluidité. Un militaire au foot.

 

Mais hier, il a mis le plus beau des retournés. Jugement hâtif? Subjectif? Et Papin, et Rooney, et Simba? J’ai moi aussi voulu me dire ça, hier. Mais à tête reposée, je sais qu’il faut prendre modèle sur la dignité des supporters de la Juve qui l’ont applaudi hier, et trouver les mots pour rationaliser ce que j’ai éprouvé hier sans oser me l’avouer complètement.

 

 

 

 

Plus haut et plus droit

Deux raisons amènent à tenter un retourné: le ballon est derrière (on est dos au but), le ballon est trop haut. Sur ce dernier point, Ronaldo semble avoir proposé un nouveau record qui va sans doute être mesuré avec une précision un peu pathétique. Mais le fait est qu’il est monté haut, le salaud.

 

Dans ces moments-là, les choses ont l’air un peu miraculeuses: le centre est arrivé à la vitesse parfaite (suffisamment vite pour que le geste ne soit pas discrédité par la facilité du temps de préparation / exécution), à l’endroit idéal, tellement haut qu’il fallait déployer toute sa longueur et toute sa détente, et pas trop haut non plus pour pouvoir taper fort, du cou de pied.

 

Trop de retournés sont un peu des ciseaux latéraux. Là non. le dos de Ronaldo est pratiquement parallèle au sol, ce qui donne au geste une sorte de pureté. C’est moins difficile de rester un peu sur le côté, c’est moins entier. On reste dans le contrôle de ce qu’on voit, on ne prend pas le risque d’oublier le sol, on tombe mieux. À l’envers comme Ronaldo, on donne tout pour le ballon.

 

 

Plus à l’opposé

Le retourné de Rooney, plus beau parce qu’il va chercher la lucarne opposée? Penser cela, ce n’est pas regarder ce qu’il faut. Sans doute la trajectoire de la frappe de Ronaldo est-elle plus anodine, mais la singularité du retourné de Ronaldo ne concerne pas là où va le ballon, mais là d’où il vient. Ronaldo reprend un centre en retrait – regardez les compilations, c’est très rare. Il a dû aller chercher un ballon qui partait à l’opposé des cages, pour lui redonner une course dans le bon angle, vers les filets.

 

La plupart des retournés sont exécutés avec des centres qui viennent d’un joueur placé derrière le repreneur; ce dernier ne fait guère plus, en termes d’angle, qu’un flipper: il fait rebondir le ballon, en quelque sorte, ajustant à peu près un angle plus facile à trouver parce qu’il est ouvert à lui. Rooney avait vue sur le centreur et la cage; il a pivoté acrobatiquement pour faire réorienter, presque comme un rebond, la trajectoire du ballon. C’est très bien, déjà.

 

Ronaldo, c’est autre chose. Un retourné sur centre en retrait exige de renverser radicalement, de plier, de tordre, la trajectoire du ballon qui partait à l’envers. C’est plus difficile, donc c’est plus beau. Le retourné de Rivaldo, après un amorti sur un centre qui vient de derrière, a l’air bien simpliste à côté; il n’y a plus de recherche d’angle, c’est tout droit.

 

 

 

 

Plus Cristiano

Il fallait sans doute être bien gainé, pour réaliser cela. Avoir exécuté le geste mille fois à l’entraînement. Nourri ardemment le désir qu’un jour, en match, une telle passe arrive. C’est le secret de Ronaldo: l’abnégation, le narcissisme. Et c’est arrivé. Mais le moment de grâce passé, Ronaldo est redevenu lui-même. Il a célébré comme il sait faire: en donnant l’impression de montrer non pas qu’il est content, mais qu’il est très musclé. Quelle vulgarité ce type.

 

Il a dû être surpris de voir le public l’applaudir, lui si habitué à se complaire dans la faculté d’énerver l’adversaire. On dirait que ça l’a touché. Il a eu un geste simple, un geste modeste, qui ne lui ressemble pas, il a levé son pouce. Je suis triste que ce soit lui qui ait mis ce but, mais je dois faire pareil.
 

 

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Réactions

  • bcolo le 04/04/2018 à 11h48
    Merci d'avoir mis des mots sur ce que j'ai ressenti en voyant le résumé ce matin (je n'ai pas regardé le match). Ronaldo est un des plus grands buteurs de l'histoire, et un des personnages du foot les plus détestables par son nombrilisme, sa mégalomanie, son mépris des autres. En l'applaudissant, c'est peut-être le message que les supporters turinois ont voulu lui faire passer : mec, on est plus intelligents que toi.

    Ceci étant, vivement qu'il prenne sa retraite ou qu'il aille faire son numéro aux Etats-Unis, comme Zlatan. Ça nous fera des vacances.

  • Sens de la dérision le 04/04/2018 à 12h04
    Plus insupportable que Ronaldo : les gens qui passent leur temps à rappeler qu'il est insupportable.

  • Mevatlav Ekraspeck le 04/04/2018 à 12h06
    En terme d'exécution, qu'on prenne le terme dans le sens de la réalisation technique d'un geste, ou qu'on se place sous l'angle de la concrétisation d'une action par un but, on tient là une forme d'aboutissement ultime.

    C'est remarquable, inaccessible au commun des footballeurs, on ne peut qu'admirer et se taire.

    On n'est pas dans la catégorie du génie, du geste inventé, mais bien dans celui de la perfection.

    C'est d'ailleurs la plus belle définition de Ronadlo : le footballeur parfait. Physiquement, techniquement, tactiquement, on ne peut pas mieux faire à son poste.

    Je fais partie de ceux qu'il insupporte du fait de sa façon d'être sur un terrain, mais nier qu'on tient là un sommet de footballeur serait absurde.

    Ca s'appelle forcer le respect, bravo.

  • Tonton Danijel le 04/04/2018 à 12h12
    Sens de la dérision
    aujourd'hui à 12h04

    Plus insupportable que Ronaldo : les gens qui passent leur temps à rappeler qu'il est insupportable.
    - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

    D'autant plus qu'on oubliera cette caractéristique et qu'on se rappellera de ses gestes. Ronaldo n'est pas plus insupportable que ne l'étaient George Best, Pelé, ou Maradonna en leurs temps.

    Par contre, c'est le produit d'une autre génération, qui mise tout sur l'image (et celles-ci sont plus nombreuses), d'où le sentiment qu'il en fait plus que ses prédécesseurs pour se mettre en valeur à chaque match. Mais on s'en cogne au final. L'important reste qu'il soit devenu beaucoup moins individualiste sur le terrain.

  • AKK, rends tes sets le 04/04/2018 à 12h37
    Merci pour l’article.
    Exactement ce que je pense sans être capable d’écrire un dixième de ce très bon article.

  • bcolo le 04/04/2018 à 13h09
    Sens de la dérision
    aujourd'hui à 12h04

    Plus insupportable que Ronaldo : les gens qui passent leur temps à rappeler qu'il est insupportable.

    _________________________

    Ou que ceux qui passent leur temps à commenter les commentaires ?

  • Henri Désiré Landreau le 04/04/2018 à 13h15
    Sens de la dérision
    aujourd'hui à 12h04

    "Plus insupportable que Ronaldo : les gens qui passent leur temps à rappeler qu'il est insupportable."

    ==> +1, la somme de travail qu'il a dû fournir pour atteindre un tel niveau ne peut que forcer le respect. Surtout que son excellent niveau s'inscrit dans un collectif. Je n'ai pas le sentiment que ses collègues au Real ou au Portugal soient particulièrement insupportés par ce type.

    A l'inverse de Zlatan - je suis une légende, mais je me chie dessus 1 fois par an en ligue des Champions - Ibrahimovic.

  • Mama, Rama & Papa Yade le 04/04/2018 à 14h45
    Il a repoussé les frontières du narcissisme, c'est une évidence. CR7, c'est un Yohan Mollo livré avec toutes les options, même celles qui sont pas prévues au catalogue. CR7, c'est comme le projet qataro-parisien ou la grandeur de l'OM: un sujet de vannes du diaporama quand il va chercher abdos tout contractés sa demande de congés à la photocopieuse du service RH.

    Hier soir pour la 1ère fois il a réussi à ne pas me faire rire (enfin si, quand j'ai vu la tête de Zidane avec la main sur le crâne et les yeux écarquillés). Pour hier soir, pour ce qu'il a suscité dans les gradins d'un stade hostile et parce que c'est toujours sympa à voir ce genre de scènes (sans faire de french-bashing de base, reste à se demander si il aurait été applaudi chez nous, quelque soit le stade...)

    PS: moi aussi j'aurais préféré que ce soit un autre qui le marque, ce chef d'oeuvre. J'avais en tête Kevin Bérigaud, allez savoir pourquoi...

  • Yul rit cramé le 04/04/2018 à 16h03
    Depuis hier soir, j'en veux à mon chien qui a réclamé une promenade et qui m'a fait manquer ce but en direct...

    Du coup je n'ai pas connu cette sensation de voir l'improbable se réaliser sous nos yeux.
    De vivre ce geste et la réaction qui ont suivi en direct, eux qui resteront dans l'histoire de la LDC comme la volée de Zidane en finale.

    Ce but est très bien décrit dans l'article, c'est une prouesse athlétique, rendue possible par une inspiration de génie et les circonstances qui permettaient sa réalisation.
    Vous imaginez la sensation que l'on doit avoir quand on marque un tel but devant un stade plein, dans un match à enjeu, que le public hostile vous rend hommage. Il ne le montrera et le dira sûrement jamais, mais même lui, intérieurement il a du bouillir !
    Il avait un sourire fier et franc qu'il a rarement je trouve.

  • Ba Zenga le 04/04/2018 à 18h05
    Merci Gilles pour cet article très bien écrit, comme d'habitude.

    Je vais probablement paraître dissonant par rapport à ce qui se dit ici en général sur Cristiano Ronaldo, voire carrément subjectif et parfois contradictoire, mais cela fait bien longtemps désormais que je kiffe ce type.

    Je suis admiratif de sa carrière, de son implication, de son travail. D'avoir accompli avec une telle régularité de tels exploits, tout en étant contemporain de Messi. Depuis 2014, il a atteint selon moi un niveau qui lui permet d'être considéré comme un monstre, juste pour ce qu'il a réalisé. J'aime ses failles humaines justement, son port altier et sa débauche d'énergie, quand beaucoup y voient une démarche robotique.

    En plus, j'aime les boulards assumés et justifiés (vu ce qu'il réalise) et j'ai une tendresse pour les faux méchants. C'est comme dans Dragon Ball, je me vois difficilement nier que Goku est le meilleur, mais je suis team Vegeta et Piccolo. Je dois être sacrément relou, en fait...

    Hier, je regardais le match dans le kebab du coin et on s'est tous levé au moment du but. Complètement hallucinés et admiratifs du geste. J'étais content d'avoir bougé mon cul du canapé pour aller voir le match. Merci pour cette émotion. Je n'en demande pas beaucoup plus au football et à ses acteurs.