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Newcastle sous pavillon saoudien, ou le football anglais post-Brexit

La saga du rachat de Newcastle United par un fonds souverain saoudien raconte à la fois le NUFC, le North East et le Royaume-Uni sorti de l'UE. 

Auteur : Kevin Quigagne le 14 Oct 2021

 

La Premier League a validé le rachat de NUFC, pour environ 300 millions de livres (355 millions d'euros), après l’avoir rejeté l'an dernier, nullement pour de vulgaires histoires de droits humains mais, très vraisemblablement en raison du contentieux avec le Qatar pénalisant BeIN Sports au Moyen-Orient, aujourd'hui réglé.

Les autorités ont déclaré avoir, depuis, reçu "l’assurance que le fonds souverain d'Arabie saoudite [le Public Investment Fund, PIF, nouveau propriétaire du club], est autonome et indépendant de l’État saoudien" ainsi que "des garanties légalement contraignantes que le Royaume d'Arabie saoudite ne contrôlerait pas Newcastle United".

Un rachat immédiatement dénoncé par Amnesty International et d’autres groupes de défense des droits humains, ainsi que par Hatice Cengiz, la fiancée de Jamal Khashoggi, dont le meurtre en novembre 2018 aurait été commandité par le prince héritier Mohammed Ben Salman, selon la CIA.

 

La Premier League, embarrassée et sommée de s’expliquer par les dix-neuf autres clubs de l’élite, tous opposés à cette opération aux allures de putsch, se retranche derrière ces "assurances", bien que la décision questionne forcément la moralité d’un tel deal.

Les condamnations sont cependant minoritaires et globalement timides, même de la part des députés travaillistes locaux pourtant d’habitude prompts à réagir vigoureusement dans ce genre de dossier (le sponsor Wonga de NUFC, la Super League, etc.), tant le curseur des "valeurs" et de l’acceptabilité a coulissé, en football et dans la société.

Un cap a été franchi, ce qui a fait titrer au site satirique The Daily Mash: "Les Talibans sur le point d’acheter Middlesbrough FC". Un scénario si farfelu que ça? 

À peine acheté, déjà en vente

Acquis en 2007 pour 134 millions de livres au controversé duo d’hommes d’affaires Sir John Hall-Freddy Shepherd par Mike Ashley, propriétaire de la non moins controversée enseigne Sports Direct, adepte entre autres du contrat de travail "zéro heure" et des méthodes musclées, NUFC a en fait été mis en vente de manière permanente. 

Après maintes tentatives avortées, Mike Ashley a finalement réussi à se débarrasser du bébé qu’il n’avait jamais vraiment voulu, lui qui de son propre aveu n’aime guère le football et a utilisé le club comme caravane publicitaire.

Quatorze longues années de désillusions sportives et de désamour et entre les supporters et Ashley, arrivé en héros libérateur après le turbulent règne Hall-Shepherd, qui avaient acquis le club pour des clopeanuts dans l’ère préhistorique (trois millions de livres en 1992, avant le big bang de la Premier League), et empochèrent une plus-value de 146 millions.

"Du rêve, de l’espoir!", "Un avenir radieux, enfin!", "Nous retrouvons dignité et fierté!", "Ashley a dégagé, génial!", "Les leçons de morale, basta"… C’est le genre de chose que l’on entend depuis jeudi dernier dans les rues de l’élégante capitale du North East.

Il y flotte comme un parfum d’euphorie mêlé à de l’indignation (contre les "donneurs de leçons"), pour peu qu’on aborde des supporters, par exemple au mythique pub The Strawberry, à l’ombre de St James Park (pub rebaptisé "La Fraise" en pleine Frenchmania) ou au Back Page, dont il fut question sur Teenage Kicks et chez So Foot.

Si quelques voix supportariales et autres, notamment celle de Pride in Football (fédération des groupes de supps LGBT+ en Grande-Bretagne), se sont élevées en évoquant le dérèglement complet de la "boussole morale" (mais a-t-elle jamais existé dans le football ?), la nouvelle a été chaudement accueillie par la majorité de la Toon Army.

L’influent Newcastle United Supporters Trust (NUST, 13.000 membres), un organisme souvent à l’origine des nombreuses campagnes de type "Ashley Out", s'est ainsi pleinement positionné en faveur des Saoudiens. Dans un sondage organisé en avril 2020, 97% des 3.397 membres sondés approuvaient le rachat. Jeudi après-midi, ils étaient 15.000 autour de St James Park à fêter l’heureux événement.

Nervous breakdown dans le North East

Ce takeover s’est forgé dans un contexte local et national particulier, et ces élans d’espoir et de fierté, mâtinés de rancœur, portent au-delà du simple football. Des sentiments devenus revendications qui s’inscrivent en contrepoint de l’extrême morosité ambiante, sur fond de Brexit et de crises tous azimuts.

Le Brexit, cette espèce de gros nervous breakdown uchronique (qualifié de "névrose très britannique" par le journaliste-écrivain Finlan O’Toole), menace tout particulièrement le North East, à la fois la région britannique la plus liée économiquement à l’Union européenne et la plus dotée en fonctionnaires (32% à l’arrivée des Conservateurs en 2010, environ 23% aujourd’hui). Il s'ajoute à une grosse décennie de sous-investissement, de coupes budgétaires sauvages et de stigmatisation. 

Malgré ses liens étroits avec l’UE et ses réussites (l’usine Nissan de Sunderland – 40.000 emplois directs et indirects – s’est implantée à Sunderland en 1987 grâce à l’adhésion à l’UE, à une époque de chômage record et de forte désindustrialisation), le NE a voté "Leave" à 58%, essuyant, comme d’autres coins défavorisés du Nord, de vives critiques venues des prospères régions du Sud et des home counties (comtés ceinturant le Grand Londres).

Le NE était très majoritairement travailliste il y a peu (General Elections de 2017), mais les Conservateurs de l’über-populiste Boris Johnson ont gagné du terrain depuis leur victoire écrasante aux élections de 2019, grâce à une forte percée dans le "Red Wall" – anciens fiefs travaillistes pro-Brexit des Midlands et du Nord.

Johnson, qui progresse à coups de promesses de régénération et de slogans chocs éculés (comme la fameuse "Northern Powerhouse", plan de croissance cameronien toujours d’actualité, censé s’attaquer à la fracture régionale) ou nouveaux, tel son mantra du "levelling up" (nivellement… par le haut) martelé à toutes les sauces.

Des formules creuses, mais auxquels beaucoup s’accrochent, faute de mieux, en l’absence d’une opposition soudée et volontariste. Marcus Rashford, de facto leader de cette opposition,ayant fait reculer le gouvernement en quelques campagnes Twitter bien senties, s’est déjà montré plus efficace pour combattre les inégalités grandissantes que les trois derniers leaders travaillistes réunis [1].

Dégagisme et football local moribond

Le football local a également souffert, dans la région. Pour beaucoup, ce changement radical de dimension et d’image, aussi discutable ou nauséabond soit-il, est un peu le fruit (pourri) d’une revanche, une sorte de "Brexit du football". Une sécession, sans quitter le giron, qui fait de Newcastle United un club incarnant la revanche des "left behind" (délaissés) du North East et le concept des citoyens "somewhere" (quelque part) théorisé par l’essayiste David Goodhart. 

On peut y voir une forme de révolte dégagiste par rapport aux vexations du passé, aux douleurs du présent et au prêchi-prêcha ambiant, une revanche sur ces clubs blindés et opaques, londoniens, mancuniens et autres. Voire un coup au système, et à ces politiciens moralisateurs "qui ne savent que se gaver". Tous pourris, soit, alors autant les rejoindre, en tapant encore plus fort.

Newcastle a été par deux fois relégué en Championship depuis 2008 et n’a plus fini dans le top 10 depuis neuf saisons. On y cultive la nostalgie en se passant en boucle le film d'années phares pas si lointaines, celles de l’ère Bobby Robson (1999-2004) ou des "Entertainers" de Kevin Keegan avec Ginola, Asprilla ou Shearer – ce dernier acheté 15 millions de livres, alors record mondial.

Même les frasques aéroportuaires à la Booba-Kaaris de Craig Bellamy ou Lee Bowyer se fritant avec Kieron Dyer en plein match attendrissent le Magpie de base. Ils n’avaient certes pas inventé le bidon de deux litres, mais au moins, se dit-on, ils avaient le club dans la peau en ces temps bénis. Alan Shearer, qui a qualifié le rachat de "special day", aurait accepté un rôle d’ambassadeur au club, ce qui pourrait compromettre ses activités de consultant pour la BBC.

Sunderland, sorte de Ground Zero du Brexit avec sa symbolique usine Nissan et son "Metric Martyr" [2], rival honni mais solide générateur de passion locale et de saine rivalité tribale, s’est effondré. En guise de symbole, les emmerdes Black Cats ont demarré l’année du référendum: descente en D2, puis D3 dans la foulée, là où ils végètent toujours.

Il n’y a guère plus que Netflix pour s’intéresser à eux. On compte désormais sur l’incongru nouveau propriétaire de vingt-trois piges, Kyril Louis-Dreyfus, fils de Robert et Margarita, pour redorer le blason de cette autre institution locale. Les supps en sont presque à regretter ce fada de Paolo di Canio, c’est pour dire. Les trois autres clubs professionnels (Middlesbrough, Hartlepool, Gateshead) sont descendus ou galèrent.

Un "joyau qu’il faut polir"

Le messie de l‘histoire est donc le fonds d’investissement public saoudien PIF (Public Investment Fund, 600 milliards d'euros d’actifs et bras financier de Riyad), qui possède 80% des parts de NUFC, le reste se répartissant entre RB Sports & Media des frères David & Simon Reuben (10%), qui pèsent 25 milliards d'euros, et le fonds PCP Capital Partners d’Amanda Staveley (10%), une financière britannique basée à Dubaï et qui a mené le deal à la hussarde.

Amanda Staveley est probablement la femme la mieux accointée du Golfe Persique, avec un carnet d’adresses premium constitué dès les années 1990 en ouvrant un resto près de Cambridge, à Newmarket, la Mecque britannique du pur-sang qui prospère grâce aux familles royales du Golfe, en particulier les Maktoum de Dubaï, qui menacent régulièrement de plier bagage (pour les haras français) à la moindre embrouillette. Le Saoudien Yasir Al-Rumayyan, directeur du PIF, est le président non exécutif du club.

 

 

Staveley, qui aurait tenté d’acquérir Liverpool en 2017 pour 1,5 milliard de livres (Fenway Sports Group, proprio du LFC, avait démenti), avant de se rabattre sur NUFC fin 2017 (l’offre d’environ 275 millions de livres fut jugée insuffisante), devrait cogérer le club au jour le jour avec Jamie Reuben, fils de David [3]. Elle dit être "tombée follement amoureuse" du club un jour d’octobre 2017 lors d’un match contre… Liverpool. "Newcastle est unique. C’est un fantastique joyau dont toutes les facettes ont besoin d’être polies", a-t-elle commenté jeudi dernier.

Dans cette lutte multibandes (Ashley, Staveley, les frères Reuben, la Premier League, BeIN, MBS, les clubs de PL, la guerre diplomatique Arabie Saoudite-Qatar, le gouvernement Johnson, les nombreux supporteurs anti-Ashley, les avocats pitbull, les tribunaux, les organisations de défense des droits humains…), Staveley et Ashley ne lâchèrent jamais l’affaire.

La Premier League avait pourtant bloqué le rachat au printemps 2020, non pas tant pour des questions éthiques (nonobstant la question brûlante des droits humains et du sportswashing) ou en raison du contrôle direct du NUFC par l’État saoudien, qu'à cause de l’interdiction de la chaîne qatarie BeIN Sports – diffuseur officiel de la Premier League au Moyen-Orient – et de son piratage par le saoudien BeoutQ. BeIN désormais autorisée par Riyad, les obstacles étaient levés.

200 millions pour le maintien

Newcastle vise désormais le titre à moyen terme, mais les priorités cette saison seront ailleurs, assure Staveley, soucieuse de préserver l’image du club en prenant grand soin de rappeler à l’envi que NUFC "ne sera pas dirigé par l’Arabie saoudite mais par le PIF, un fonds indépendant du pouvoir et orienté vers le commercial".

Cela n’a pas atténué la colère, un poil hypocrite, des dix-neuf autres clubs de PL, tous opposés au rachat et qui ont saisi la FA, fédération anglaise. Ils sont surtout préoccupés par le possible préjudice d'image causé au produit Premier League, ce qui pourrait affecter les futurs droits TV. Inquiets, également, de voir surgir ce club-État, une situation vite assimilée à de la "concurrence déloyale".

Quoi qu’il en soit, le discours officiel des nouveaux patrons diffère, pour l’instant, de l’arrivée bling bling à Manchester City du Thaïlandais Thaksin Shinawatra en mai 2007, puis de l’Émirati Sheikh Mansour un an plus tard – un deal également négocié par Staveley qui faisait de City un club anglais dirigé par un État.

Il s’agit surtout de calmer le jeu et se montrer prudent dans les déclarations. L’accent est donc d’abord mis sur l’importance des infrastructures, à améliorer urgemment (Academy) ou même reconstruire (centre d’entraînement).

Compte tenu de la situation sportive du club, avant-dernier et sans victoire, il faut cependant s’attendre à voir débarquer du ronflant au mercato d’hiver. D'autant que le Fair-play financier est bien plus souple en Premier League qu’ailleurs en Europe, et que NUFC a un "crédit FFP" de plus de 100 millions de livres. Si souple que Newcastle peut dépenser 200 millions de livres cet hiver sans enfreindre aucune règle. 

Les Saoudiens, de nouveaux amis à choyer

Dans ses premières déclarations, Staveley, évacuant les points gênants par des formules convenues, reprend les éléments de langage favoris du gouvernement Johnson. Il est question "d’investissements saoudiens qui financeront des projets de régénération urbaine dans le North East à hauteur de plusieurs centaines de millions de livres" car, insiste Staveley, "Nous tenons à investir davantage dans le nord de l’Angleterre. Niveler par le haut fait partie de nos intentions."

De fait, depuis le début de ce soap opera, le gouvernement Johnson ne semble jamais loin, même s’il dément toute implication dans les négociations. En avril dernier, le Daily Mail révélait cependant que MBS avait contraint Boris Johnson à intervenir contre le blocage du rachat, le premier ministre prenant au sérieux la menace d'un "pourrissement dans les relations anglo-saoudiennes" [4].

Le gouvernement, selon des sources fiables, aurait par ailleurs exigé "d’être tenu au courant par le détail" de l’avancée des négociations depuis 2020 et, selon des journalistes du Chronicle(principal quotidien régional), aurait même organisé au moins une réunion avec la Premier League sur ce dossier. 

La forte poussée nationaliste au Royaume-Uni, dans les années 2010, et le Brexit, son principal avatar, ont rebattu les cartes du soft power et de la géopolitique mondiale. Dans cette nouvelle ère du "Global Britain", où les Conservateurs et les médias pro-Brexit (fortement majoritaires) pérorent que l’avenir du pays se jouera loin de la vieille Europe et son carcan bruxellois, les Saoudiens et autres pays du Golfe sont devenus des "amis et alliés" à choyer. 

La ministre des Affaires étrangères Liz Truss l'a confirmé lors de la conférence annuelle du Parti conservateur, la semaine dernière. Une nécessité économico-stratégique également induite par l’obligation post-Brexit de renégocier des centaines d’accords, traités et contrats commerciaux – souvent en position de relative faiblesse, d’où une certaine fébrilité, voire servilité.

Dimanche, Newcastle accueillera Tottenham en championnat, probablement sans l’entraîneur Steve Bruce. L’ancien défenseur emblématique de Manchester United est l’auteur dans les années 1990 de trois polars bien sanglants, tellement barrés et stylistiquement improbables qu’ils sont devenus cultes.

Dans cette délirante trilogie, le héros, un manager en activité, résout des meurtres de vestiaire et combat des mafieux irlandais qui tentent de l’abattre lui et son staff, après que les services secrets britanniques l'ont kidnappé – tout cela en continuant tranquillou à coacher l’équipe première.

Rebondissements en pagaille, assassinats, enlèvements, trahisons, complicités en haut lieu, réunions top secret, crises diplomatiques… On se prend à rêver que les Saoudiens conservent ce bon Steve, au moins dans un rôle "d’écrivain en résidence", à l’instar de Barnsley FC ou Tottenham et leur "poet in residence". Le thriller qu’il pondrait, sans forcément puiser dans son imagination fertile, vaudrait son pesant de muffins.

[1] L’utilisation des réseaux sociaux par Marcus Rashford figure désormais au programme du Brevet des collèges anglais (option "Étude des médias"). 

[2] Feu Steven Thoburn, l’homme "dont les bananes amorcèrent le Brexit", sur les marchés de Sunderland et héros originel des "eurosceptiques" après que l’Union Européenne interdit l’utilisation du système de mesures impériales en 2000.

[3] Jamie Reuben est l’ex directeur du comité de campagne 2012 à la réélection de Johnson comme maire de Londres, et l’un des plus gros donateurs du Parti conservateur au Royaume-Uni . Il fait partie d’un groupe de lobbyistes surnommé "The Advisory Board", soupçonné de bénéficier d’un accès privilégié au Premier ministre et au ministre de l’Économie.

[4] Relations au beau fixe depuis l’élection de Boris Johnson qui a fait reprendre la vente d’armes vers l’Arabie saoudite, un temps gelé grâce à l’association CAAT (Campaign Against Arms Trade) du fait de la situation humanitaire au Yémen.

 

Réactions

  • jeannolfanclub le 14/10/2021 à 11h34
    Excellent !

  • Mangeur Vasqué le 14/10/2021 à 22h51
    Le dernier combat du Camarade Rashford : faire annuler la baisse de 20 £/semaine du "Universal Credit" (décidée début août par le gouvernement), des prestations sociales augmentées d’autant pendant la pandémie et que touchent presque 6 millions de personnes. En justification du maintien voulu par Rashford : les très fortes hausses du coup de la vie cette année, depuis la fin de la période transitoire et l’entrée en application du Brexit le 1er janvier 2021.

    Et bingo, une nouvelle fois, Rashford pourrait avoir gain de cause, au moins partiellement, le gouvernement ayant annoncé récemment envisager des solutions pour compenser cette baisse des prestations.

    lien

  • Sens de la dérision le 15/10/2021 à 08h55
    Un bien beau panier de crabes semble-t-il mais l'hypocrisie des autres clubs anglais est assez formidable.

    Ça a l'air intéressant ce qu'il fait Rashford, ça serait un chouette sujet pour les Cahiers (comment ça ? je demande un article ? non non pas du tout !)

  • magnus le 15/10/2021 à 09h54
    L'article se clôt quand même sur un suspense insoutenable: Steve Bruce est-il meilleur écrivain que coach?

  • Mangeur Vasqué le 15/10/2021 à 18h41
    @ Sens.

    Ouais, c’est super ce que Rashford fait, c’est un peu le Jock Stein ou Brian Clough de l’ère moderne quoi. J’ai évoqué Stein & Clough et leur conscience sociale dans ce dossier sur le foot british dans la grève des mineurs. lien

    @ Magnus.

    Bruce n’a pas été trop trop mal chez nous, Sunderland (2009-2011, 2 saisons de PL et un bout de 2011-12, dont une 10è place un peu inespérée en 2010). Il avait fait venir de bons joueurs, dont Lorik Cana et Darren Bent, qui claqua 24 buts en championnat 2009-10 (sa seule grosse saison en PL, après ça sont arrivées les blessures et une motivation en berne).

    Il s’est fait limoger fin nov. 2011 après une mauvaise série. Ça s’est mal fini, il a chouiné un peu et a rendu les fans Black Cats responsables de son limogeage (!), lesquels, selon lui, ne l’avaient jamais accepté et l’avaient même pourri en lui rendant la vie impossible juste because c'était un Magpie... Yeah, right.

    Excuse bien facile évidemment. Bruce est un Magpie pur jus, il a toujours supporté Newcastle United, ayant grandi dans le quartier ouvrier de Wallsend à l'est de Newcastle, célèbre localement pour le Wallsend Boys Club (aussi car Sting y a grandi), un club de quartier, Wallsend donc (appelé ainsi car c’est là que se terminait le Mur d’Hadrien, à l’est, ce mur qui marquait la frontière la plus septentrionale de l’Empire romain, y’a un musée interactif aujourd’hui, bâti sur un ancien Fort de Segedumum, il reste quelques vestiges du mur ( lien).

    Le Wallsend Boys Club est très connu en Angleterre pour avoir formé plus de 80 professionnels (pas mal pour un simple club de quartier !), dont Alan Shearer et l’ex Red Devil Michael Carrick. Bon, maintenant ils en forment très peu de pros évidemment car les gamins doués sont kidnappés dès le berceau par les centres de formation des clubs pros.

    Le Wallsend Boys Club n’est pas seulement un club de foot mais une sorte de club social/oeuvre caritative, qui fait beaucoup pour les jeunes de ce quartier, qui s’étale le long du fleuve Tyne. C’est une institution locale, créée par les chantiers navals au début des années 1900, au départ pour fournir aux jeunes apprentis loisirs et entretenir leur forme physique aussi.

    Des chantiers navals aujourd’hui presque totalement disparus à Newcastle et dans la région, il reste juste quelques boîtes ingénierie marine.
    Pa exemple, une rue de Wallsend dans les années 50-60, ça ressemblait à ça : lien

    C’était un secteur énorme localement à la fin 19è-début 20è. A l’époque, la moitié des navires construits au monde sortaient des chantiers du coin, installés sur la Tyne (Newcastle), la Wear (Sunderland) et la Tees (Middlesbrough). Au départ, l’essor phénoménal de la construction navale dans la région était directement liée à la grosse production de charbon vu qu’avant que le train arrive, le charbon était mis sur des bateaux qui partaient vers les autres régions britanniques et au-delà, vers l’empire, les pays du (très mal nooméCommonwealth etc.

    Évidemment les artisans du Brexit ont joué à fond sur cette corde sensible de l'héritage industriel, promettant que tout ça (ces industries disparues qui faisaient la fierté du pays) allait revenir, que les gouvernements Conservateurs feraient magiquement redémarrer à grande échelle tous ces secteurs une fois sorti de cette foutue Union Européenne à la solde de l'axe du mal Berlin-Paris, ces bureaucrates non élus avec leurs infâmes règles sclérosantes asphyxiant le Royaume-Uni et l'empêchant de se développer et renouer avec son glorieux passé (“Boris Johnson’s government pledged to ‘bring shipbuilding back to the UK’ as it prepared to finalise its exit from the European Union”). lien

  • Mangeur Vasqué le 15/10/2021 à 18h53
    (Correction: "Au départ, l’essor phénoménal de la construction navale dans la région était directement lié à la grosse production de charbon vu qu’avant que le chemin de fer arrive, le charbon était mis sur des bateaux qui partaient vers les autres régions britanniques et au-delà, vers l’empire, les pays du (très mal nommé) Commonwealth. Y'avait pas grand chose de mis en commun ou partagé dans la richesse du Commonwealth.").

  • Mangeur Vasqué le 15/10/2021 à 19h38
    Le quartier de Wallsend à Newcastle, c’est aussi là ou grandit Sting, qui revient de temps en temps sur les bords de la Tyne, il lui arrive de faire des bœufs dans des pubs comme le superbe Crown Posada en centre-ville. Je me souviens d’un en particulier y’a quelques années avec Eric Burdon (le chanteur des Animals, groupe originaire de Newcastle) et des musicos locaux, dont Kathryn Tickell, lien, une violiniste du cru également spécialiste de la cornemuse locale, et que connaît bien ma belle-sœur, une ex musicienne professionnelle qui a fait carrière dans cet instrument. Bon, j’étais pas à ce bœuf hein, mais je me souviens que j’aurais adoré y être !

    Pour revenir à Steve Bruce, les nouveaux proprios, dont Amanda Staveley est le visage et la représentante principale donc (avec son mari, également financier, très discret), n’ont apparemment pas réussi ces derniers jours à convaincre Brendan Rodgers, Rafa Benítez (déjà manager Mag 2016-2019) & co de rappliquer à St James' Park, donc ce bon Steve Bruce reste en place pour la venue de Tottenham dimanche, ça leur laisse un peu de temps pour ferrer leur prochaine victime.

    Un peu embarrassée je crois la nouvelle direction de ces « camouflets », alors ils ont repackagé ces mini échecs en : « Steve Bruce mérite une sortie digne pour marquer son 1,000è match en tant qu’entraîneur ». (“Owners feel Bruce merits dignified exit with 1,000th game”, lien).

    Steve Bruce était un sacré dur au mal en tout cas en tant que défenseur. J’ai en tête quelques interviews d’attaquants des années 1980-90 qui, quand on leur demandait quels défenseurs étaient à la fois dur et réglo, citaient souvent Steve Bruce. Je me souviens en particulier du “hardman” Mick Harford, lien, qui racontait avoir tout fait à "Brucey" pendant un match (coups de coude vers le visage, coups de savate, insultes et j’en passe) et au coup de sifflet final Bruce va le voir l’air méchant, Harford se dit qu’il va se prendre une volée d’insultes, voire plus, et Bruce lui serre la pogne en lui disant : “Merci, un bon vrai combat d’hommes ce match, j’ai adoré”.

    J’avais lu le premier de sa trilogie, “Striker” (admirez la couverture ! lien), en à peine 90 minutes (très court, 130 pages), mais malheureusement on me l’avait prêté, j'ai jamais acheté ses bouquins. Je dis malheureusement car ils valent bonbon aujourd’hui, je les aurais certainement revendus. Très durs à trouver (jamais réédités à ma connaissance), sont cultissimes aujourd’hui donc très chers, jusqu’à £1 000 et plus sur ebay ou amazon. lien

  • Mangeur Vasqué le 16/10/2021 à 00h12
    "Un bien beau panier de crabes semble-t-il mais l'hypocrisie des autres clubs anglais est assez formidable."

    C’est le bal des faux-culs. Y’a à peine sept mois 6 d’entre eux (Arsenal, Chelsea, Liverpool, Man City, Man United et Tottenham) annonçaient soudain leur intention de quitter la PL pour disputer cette Super League qu’ils envisageaient de créer avec 6 autres sécessionistes européens. Sans visiblement avoir consulté les autres clubs de PL. Et maintenant ils chouinent auprès des autorités PL (un meeting s’est tenu y’a 3 jours) qu’on les a pas consultés, que tout ça c’est pas juste, que ce rachat va ternir l’image de la PL, etc.

    Ils se soucient surtout du fait qu'avec l'arrivée de ce nouveau "superclub" ça devrait faire un club de plus à se disputer 4 places CL dans peu de temps (je dis “devrait” car ne sous-estimons jamais la capacité de foirage des Magpies). A moins que l'UEFA accorde une place supplémentaire à la PL, MBS doit bien avoir de bons potes à Nyon j'imagine, donc pas impossible que la PL se retrouve avec 5 qualifiés CL d'ici peu.

    Guère étonnant de voir que les détracteurs les plus virulents à ce meeting étaient (paraît-il) Everton, Man United et Tottenham, 3 clubs bien plus susceptibles de jouer la 3è ou 4è place qualificative LC que les autres gros. Pour eux effectivement, plus que pour mettons, Chelsea ou Man City, c'est pas une bonne nouvelle (en plus Man City, bon, vu leur proprio ils seraient gonflés de trop l’ouvrir. Chelsea aussi probablement, vu le passé plus que trouble d’Abramovitch lien).

    En fait y’a deux groupes bien distincts dans les 19 : la huitaine de clubs en début de saison pouvant prétendre à une place en CL et le reste des troupes (bcp moins préoccupés à mon avis par ce takeover), étant donné que j’pense que tout le monde se fout de la Ligue Europe, donc la concurrence supplémentaire pour décrocher une place LE ne doit pas déranger grand monde.

  • San-Antonio hier à 10h59
    @Sens de la dérision
    "Ça a l'air intéressant ce qu'il fait Rashford, ça serait un chouette sujet pour les Cahiers (comment ça ? je demande un article ? non non pas du tout !)"

    La BBC a sorti un documentaire cet été sur les actions (hors des terrains) de Marcus Rashford.
    On sent - un peu - le plan com' piloté par Roc Nations mais on ne peut pas douter de la sincérité de Rashford en voyant ça. Il y est touchant, il se rend compte de la chance qu'il a et il veut réellement oeuvrer pour "la communauté" (ce terme est aussi positif au UK qu'il est négatif en France).
    La manière dont il fait plier Boris Johnson et ses sbires pour que les repas continuent à être servis aux enfants même pendant les vacances scolaires a le goût sucré d'une friandise.


    @Mangeur Vasqué
    T'as déjà pensé à faire un podcast ?
    Je suis sérieux, le podcast c'est l'avenir, tout le monde aura bientôt le sien alors autant commencer par ceux qui ont des choses intéressantes à raconter !!

  • Lionel Joserien hier à 17h17
    Pas mieux.
    Merci MV, très content de te relire.

La revue des Cahiers du football