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La Bombonera, calibre 12

Carnets d'Amérique latine, ép. 4 - Dans la Doce, la tribune 12, la plus chaude de la Bombonera et peut-être du monde, on a tenté - en vain - de voir un match de Boca Juniors. 

Auteur : Antoine Zéo et Rémi Belot le 7 Avr 2022

 

Mon périple a commencé par le Stade Aztèque de Mexico en janvier et il s'achèvera, si tout se passe bien, avec le Maracana de Rio dans quelques jours. Entre les deux, nous avons quand même casé une virée à la Bombonera, à Buenos Aires, pour y voir un match de Boca Juniors et compléter le tableau des enceintes mythiques du continent.

Y voir un match, c'est un vrai défi. Déjà parce qu'obtenir une place dans le stade bleu et or relève un peu du parcours du combattant. Il n'y a pas de ventes en ligne ni au guichet : Boca jouant à guichets fermés toute l'année, il faut ruser pour obtenir son droit d'entrée.

 

 

Des agences proposent des billets aux touristes, il est également possible de passer par des sites de revente d'abonnements en ligne... Moi, j'ai trouvé un contact via un Français résidant sur place, qui nous transmet le numéro de Ramon, hincha du club, lequel nous promet des places pour le match du samedi soir contre Arsenal (les locaux, pas ceux de Londres).

Hostilités musicales

Nous, c'est moi et mon compadre Antoine des Cahiers du foot : on doit retrouver Ramon la veille dans le quartier chic de Palermo, à l'exact opposé du quartier popu de la Boca où joue le club de Dario Benedetto. Contre la moitié du montant du billet, il nous promet de nous réserver un pass qu'il nous remettra le lendemain, soir du match, dans un bar à quelques cuadras du stade (cuadras : pâtés de maisons, l'unité topographique de base dans les villes d'Amérique latine).

 

 

Le samedi à l'heure dite, Ramon n'est pas encore arrivé. En revanche, nous discutons en français avec la demi-douzaine de compatriotes qui, comme nous, ont réservé les places par son entremise. Il y a des fans de foot, qui ont également mis la Bombonera à leur calendrier footballistique du week-end (on a déjà vu un match de Racing à Avellaneda en début d'après-midi).

Pour d'autres, cela relève plus de l'attraction touristique : dans tous les guides, la sortie est clairement indiquée, noir sur blanc, comme l'un des must-see de Buenos Aires - on peut penser que pour une première expérience de foot au stade, c'est un peu extrême.

 

 

Pas de mauvaise surprise avec Ramon : il arrive avec quelques minutes de retard, nous remet les billets (des cartes magnétiques individuelles aux couleurs du club) et propose de nous amener en troupeau jusqu'à l'entrée, un peu à la manière des touristes américains qui suivent un parapluie au Louvre.

Nous nous perdons quelques minutes dans une allée noire de monde où une fanfare lance les hostilités musicales avec des chants à la gloire des Xeneises (les Génois, l'un des petits noms de Boca Juniors). Avec Antoine, nous décidons de nous émanciper du groupe pour humer un peu l'ambiance alentour. Sans trop traîner : les places ne sont pas numérotées dans la Doce.

Des mastards tatoués et un prof de socio

La Doce, c'est la tribune la plus chaude de la Bombonera. La réputation de Boca - le quartier - n'est pas exactement la meilleure de tous les quartiers de Buenos Aires (on déconseille par exemple d'y traîner le soir venu), et celle de la Doce est à l'avenant. C'est une tribune populaire.

 

 

Les stadiers ont repéré nos têtes de gringos, l'un d'eux nous déconseille de nous placer en plein cœur des gradins avec la "barra" (les ultras locaux). Plus facile à dire qu'à faire : une fois entrés au cœur de la tribune, y trouver sa place est un autre challenge. Nous avons beau être deux bonnes heures avant le coup d'envoi du match, il n'y a déjà plus beaucoup d'espace à partager. Les gens sont assis, tassés sur les côtés des gradins.

Dans le haut de la Doce, on est tassé également, mais en version debout. Alors nous nous frayons un chemin comme nous pouvons, et nous finissons par trouver un peu de place en plein centre de la tribune, juste derrière les buts. Il y a des femmes, des enfants (parfois très jeunes), et nous nous disons que le stadier a probablement un peu surjoué son rôle protecteur.

 

 

Nous ne nous sentons pas spécialement en insécurité, malgré les mastards tatoués et les gueules cassées qui nous entourent. Il y a même un type avec une tête de prof de sociologie qui chante à tue-tête les hymnes de la Doce. Il doit être le seul à ne pas avoir un maillot ou une veste aux couleurs de Boca. Mais il a quand même une petite paire d'Adidas assez élégantes, bleues et jaunes, forcément. Le sens du détail.

Match à l'aveugle

Le match commence dans une heure, mais la fanfare est déjà au taquet, dans les coursives du haut de la Doce. Les supporters aussi : ça chante, ça danse, ça saute. Nous essayons de capter des bribes de paroles, histoire de pouvoir accompagner la tribune et les joueurs durant la partie.

 

 

Ça dure comme ça jusqu'à quelques minutes avant le coup d'envoi. Et là, tout bascule. Le son des grosses caisses, trompettes et trombones se rapproche peu à peu de nous : la fanfare descend la tribune en traversant une foule bien dense à grands coups d'épaule et de cris d'avertissement. On nous fait gentiment comprendre qu'il faut libérer l'espace pour le leur laisser. Nous nous décalons tant bien que mal, en essayant de trouver un endroit où simplement se tenir.

 

 

C'est une main courante métallique, avec vue imprenable sur le terrain. Mais ça ne dure pas. Les habitués de la tribune montent sur les barrières, debout, en équilibre, s'agrippant aux grandes bannières de tissu bleu et jaune qui décorent la tribune et qui semblent en réalité tendues pour leur permettre de se hisser au-dessus du public. Nous ne voyons plus un centimètre carré de pelouse.

Par de subtils mouvements de tête ou déplacements latéraux, nous essayons quand même de capter quelques bribes de match. Au bout d'un quart d'heure, nous comprenons néanmoins que toute manœuvre du genre est inutile, et qu'il faut en prendre son parti. Alors, comme les habitués de la Doce : nous chantons, dansons, sautons.

 

 

Délire collectif

Tant pis, nous bougerons à la mi-temps pour voir du football, ailleurs dans la tribune ou au troisième anneau des gradins, juste au-dessus. Au gré des mouvements de foule, quand l'envie d'évacuer leurs bières prendra les hinchas de la Doce. Surprise : à la mi-temps, ça ne bouge pas d'un centimètre.

Nous essayons de fuir notre "carré VIP" par la droite, par la gauche, ou par en haut : en vain, nous sommes coincés par la densité de la tribune, et on nous explique gentiment (vraiment gentiment) que notre tentative est vaine. Alors nous restons sur place, peut-être quelques mètres plus haut, et continuons de profiter de l'ambiance.

 

 

Nous n'apercevrons pas vraiment mieux le rectangle vert en deuxième mi-temps, mais les supporters de Boca non plus. Nous avons d'ailleurs le sentiment que le match est secondaire. Les locaux marquent deux fois ? On ne sent pas vraiment la différence, dans le délire collectif qui habite non-stop l'ensemble des supporters depuis le coup d'envoi.

La fanfare, les chants, les danses, les cris n'ont pas cessé une minute depuis 21h30. Arsenal égalise deux fois, et c'est comme si de rien n'était - ou alors, ça chante encore plus fort. Au cœur du carnaval de la Doce, on célèbre moins le football que le club de Boca Juniors, le quartier, et surtout l'identité de cette tribune probablement unique au monde.

* * *

« Si quieren ver fiesta, vengan a la Doce

Porque esta es la hinchada mas loca que hay

Con bombo y trompeta, todas sus banderas, todos sus borrachos

Vamos los Xeneizes, vamos a ganar. »

« Si vous voulez faire la fête, venez dans la Doce

Parce qu'on a les supporters les plus fous

Avec nos tambours et nos trompettes, nos drapeaux, tous ces mecs bourrés

Allez les Génois, on va gagner. »

 

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La Bombonera, calibre 12

 

Réactions

  • Xeneise le 08/04/2022 à 17h30
    Merci pour cet article, plein de souvenirs qui reviennent. Te extraño Argentina.

  • Richard N le 09/04/2022 à 11h09
    De la Bombonera au Maracanã ? On se croirait revenu en 1977, avec Michel Platini et Marius Trésor... lien
    Un grand merci, Rémi, pour ces cartes postales...

  • dugamaniac le 09/04/2022 à 14h23
    Oui merci beaucoup, j'adore ces ambiances de stade partout dans le monde.
    La Doce donc ni pour les agoraphobes, ni pour les passionnés de tactique. Ca me va

  • Mangeur Vasqué le 18/04/2022 à 20h38
    Merci pour ces instantanés si dépaysants, toujours aussi plaisants à lire.