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Le placard dans le vestiaire

Révéler son homosexualité semble encore impossible pour les footballeurs professionnels, mais l'heure des coming out se rapproche forcément. 

Auteur : Jérôme Latta le 27 Oct 2021

 

Article extrait du dossier "Amour" du numéro 6 de la revue des Cahiers du football. Illustrations SLip.

Depuis sa publication, L'Équipe Magazine a recueilli le témoignage de Ouissem Belgacem et, lundi 18 octobre, un joueur de Premier League s'est confié au Sun - toujours anonymement, tandis que, le 27 du même mois, l'Australien Joshua Cavallo, joueur d'Adelaide United, révélait son homosexualité.

 

Zéro. C'est en Europe le nombre de footballeurs professionnels en activité ayant révélé leur homosexualité. À moins de croire en une exception statistique - comme l'Iran, le monde du football serait absolument exempt d'homosexuels -, il faut bien en conclure qu'une loi du silence y règne et que le prix à assumer pour un coming out est encore jugé exorbitant par les concernés. 

Rien n'aurait vraiment changé depuis 1990 et la révélation par Justin Fashanu de son identité sexuelle, qui avait suscité opprobre et ostracisme de la part de ses confrères, des médias et du public, contribuant à son suicide huit ans plus tard ?

Depuis, deux mains suffisent pour compter les coming out de footballeurs professionnels, la plupart étant le fait de jeunes retraités, comme l'ancien international allemand Thomas Hitzlsperger en 2014, ou de niveau modeste, tel le Suédois Anton Hysén en 2011. 

"Être ouvertement gay et poursuivre une carrière ne m'a jamais semblé une option"

Pour les joueurs en carrière, il faut regarder vers les États-Unis, où Robbie Rodgers et Collin Martin sont sortis du placard en 2013 et 2018. Le premier ne l'avait fait qu'en quittant Leeds United et la Premier League pour rejoindre le LA Galaxy. Le second, à seulement vingt-trois ans et alors qu'il évoluait au Minnesota United en MLS, révélait au passage que ses coéquipiers étaient au courant et l'avaient assuré d'un "soutien inconditionnel". 

Leur solidarité ne s'est pas arrêtée là : en octobre 2020, alors qu'il évolue sous le maillot du San Diego Loyal en USL, son équipe quitte le terrain pour protester contre une insulte homophobe proférée par un adversaire

Cela semble plus compliqué en Europe. À l'été 2020, un joueur de Premier League révèle être gay, via la Fondation Justin Fashanu, dans une lettre ouverte anonyme. "Je me sens piégé et j'ai peur qu'exposer la vérité n'empire ma situation. Je ne me sens pas prêt à le partager avec mon équipe ou mon entraîneur", regrette son auteur. 

Thomas Beattie, modeste joueur anglais formé à Hull City, "out" à trente-trois ans après avoir raccroché les crampons, résumait le dilemme l'an dernier : "Être ouvertement gay et poursuivre une carrière dans le football ne m'a jamais semblé une option. J'ai eu l'impression de ne pas pouvoir être footballeur et accepter qui j'étais. Tout, autour de moi, me faisait comprendre que ces deux mondes étaient ennemis, et j'ai dû en sacrifier un pour survivre". 

La vie privée des homos doit rester privée, tandis que les hétéros peuvent instagrammer leur épouse-trophée à volonté. Ce contexte dissuasif oblige à une vie de dissimulation, poussant parfois à afficher de fausses petites amies ou à réprimer sa propre sexualité, non sans dommages psychologiques.

Les footballeurs sont-ils particulièrement homophobes ? Le football est-il, plus que d'autres sports, un "fief de la virilité" selon les termes des sociologues Eric Dunning et Norbert Elias, portant même un "idéal de virilité normatif" selon ceux de l'historien George L. Mosse ? Pas spécialement, répond Dominique Bodin, pour qui le problème est plus global (lire ci-dessous). 

"Plus les joueurs ont des amis homosexuels, plus ils sont tolérants"

Pourtant, en 2013, une étude conduite par l'Institut Randstad, l'université de Bordeaux-Segalen et le Paris Foot Gay auprès de treize clubs de L1 et L2 indiquait que 41 % des répondants exprimaient "des opinions hostiles à l'homosexualité", contre 8 % chez les pratiquants d'autres sports. Le chiffre montait à 50 % dans les centres de formation. 

Or les footballeurs ne se distinguaient que par leurs opinions homophobes, nettement moins par leur sexisme et pas du tout par leur racisme. Selon l'étude, qui recommandait de "briser cette norme", ils se montraient cependant beaucoup moins intolérants à l'idée d'avoir un coéquipier gay, 67 % estimant par exemple que "cela ne changerait rien". 

"Plus les joueurs ont des amis homosexuels, plus ils sont tolérants. Malheureusement, 80 % des pros n'ont aucun ami gay dans leur entourage", notaient les auteurs. Parce que les homos restent cachés dans le milieu, ou parce qu'ils ont renoncé à l'intégrer ?

Pour enrayer le cercle vicieux, certains militants espèrent le coming out d'un joueur de l'élite afin de lancer un mouvement. "J'en veux beaucoup aux joueurs qui se cachent. Sans eux, on n'arrivera jamais à avancer. Pourtant, aujourd'hui, une star de Ligue 1 n'aurait rien à perdre, tous les sponsors sont gay-friendly", plaidait Yoann Lemaire dans L'Équipe, au moment de présenter son documentaire Footballeur et homo, au cœur du tabou. 

En 2004, après s'être déclaré, il avait été mis de côté puis exclu par son club amateur ardennais. Les esprits sont peut-être plus prêts qu'on ne le croit, et l'expérience a montré que les craintes initiales étaient démenties par un accueil enthousiaste et une libération personnelle. Les études réalisées depuis le début des années 2000 indiquent aussi une évolution positive des attitudes des sportifs envers les gays. 

"Quand les supporters feront-ils leur coming out ?"

Encore faut-il que l'environnement devienne plus favorable. Antoine Griezmann a affirmé qu'il soutiendrait un coéquipier qui s'y risquerait, le Suédois Albin Ekdal (Sampdoria) ou le Britannique Troy Deeney (Watford) se sont exprimés dans le même sens. De telles prises de position restent rares, mais les dérapages - comme celui de Patrice Évra qui avait lâché sur Snapchat, en mars 2019 : "Paris, vous êtes des pédés Ici, c'est les hommes qui parlent"  - le deviennent aussi.

L'environnement, c'est aussi le public : comment réagirait-il ? Les associations en sont encore à faire prendre conscience de l'homophobie ordinaire des invectives lancées en tribune. 

"On se demande souvent quand un joueur pro connu fera son coming out mais, pour nous, la vraie question est plutôt : 'Quand les supporters feront-ils leur coming out ?', confiait en mai 2019 à L'Équipe Magazine Dave Raval, fan d'Arsenal et cofondateur des "Gay Gooners", groupe de supporters LGBT qui revendique huit cents adhérents - de quoi peser au stade et dans les esprits. 

La difficulté semble bien de mettre des actions concrètes en face du mantra "Il faut faire évoluer les mentalités". La charte contre l'homophobie dans le football avait été signée en 2005 par une partie seulement des clubs pros, sans grands effets. 

Au printemps 2019, la LFP a adopté un plan d'action élaboré avec des associations, comportant des livrets et des ateliers de sensibilisation, complétés d'un serious game intitulé "Un gay dans mon équipe ?", tous destinés aux centres de formation. Elle s'associe aussi à la journée mondiale contre l'homophobie, mais, en mai 2019, le port d'un brassard arc-en-ciel par les capitaines avait été inégalement respecté.

La cause n'avance manifestement pas assez vite pour inciter un footballeur homo à la faire sienne. Il suffirait peut-être d'un ou deux coming out pour enclencher un mouvement et imposer à tous que la tolérance est désormais de rigueur. Et pour démontrer que le poids médiatique à assumer est moindre que les bénéfices d'une vie libérée du secret, y compris sur le terrain.

Lire aussi : "Personne n'en parle"

 

LA REVUE DES CAHIERS DU FOOTBALL, NUMÉRO 6

Réactions

  • Mangeur Vasqué le 27/10/2021 à 17h37
    Merci Jérôme pour cet article.

    Au sujet des Fashanu, voir cet article sur Justin Fashanu signé Pan Bagnat paru dans Teenage Kicks, lien)

    Situation désolante, et comme tu l’écris quasiment personne (en activité) n’ose en parler, par ex. ce joueur de PL qui s’est confié au Sun la semaine dernière – anonymement.

    Seule une petite poignée de footballeurs professionnels, souvent une fois les crampons raccrochés, accepte de s’exprimer sur ce sujet. La peur de s’afficher sans doute, ou d’avoir un propos pouvant être mal interprété, la peur de recevoir des tombereaux d'insultes et menaces sur les réseaux sociaux, la peur de se faire chambrer/insulter dans les stades (via les chants par exemple), etc. Par exemple, les supporters de Brighton (& Hove Albion FC, considérée la ville la + “LGBTQ-friendly” du pays) ont pas mal évoqué ces dernières années les insultes homophobes que leur équipe ou qu’eux mêmes essuient de la part d’autres supps, lien, ou lien ou lien, etc.

    Bon, ce qui est certain c’est que le premier (depuis Justin Fashanu) ne portera pas le maillot des Magpies (ceux de Newcastle United, pas Notts County).

    Je me souviens d’un gros focus là-dessus dans l’émission Football Focus sur BBC1, y'a environ 6-7 ans, et ne serait-ce que trouver un seul footballer pour venir en parler s’avéra extrêmement compliqué. Au bout d’un mois de recherche, seuls Joey Barton et Jermaine Jenas acceptèrent d'en parler devant les caméras.

    L’éloquent Jermaine Jenas et Joey Barton, personnage très controversé par ailleurs (il est de nouveau, dans l’oeil du cyclone, lien et lien), mènent depuis des années des campagnes de sensibilisation à la cause LGBTQ+ dans le football. Tous deux ont déclaré recevoir régulièrement des menaces ou “pressions”. Ils ont demandé à des sportifs britanniques de haut niveau hors football, notamment l’ex rugbyman international gallois Gareth Thomas (par ailleurs victime d'une agression à caractère homophobe en 2018, lien) et l’ancien basketteur NBA John Amaechi lien, d’approcher les clubs de Premier League sur ce sujet mais aucun parmi ces derniers n’était intéressé…

  • Mangeur Vasqué le 27/10/2021 à 18h05
    Par ailleurs, signalons également l’excellent documentaire BBC “Britain’s Gay Footballers” de 2012 (visionable sur Youtube, liens ci-dessous), présenté par Amal Fashanu, la fille de John Fashanu, le frère cadet de Justin. John Fashanu, l’un des leaders du Crazy Gang de Wimbledon ( lien, lien, lien) et qui entretint avec son frère aîné Justin une relation très difficile.

    Amal Fashanu, ici avec son père John, qu’elle n’épargne pas dans ce docu, notamment au sujet de sa réaction très hostile lorsque Justin fit son coming out dans le Sun en octobre 1990 : lien. Le moment dans le docu où Amal décide d’avoir une discussion franche avec son père sur sa réaction d'alors est assez poignant, et rare dans ce cadre de docu mainstream.

    Les 4 parties sur Youtube:

    lien
    lien
    lien
    lien

  • Tonton Danijel le 28/10/2021 à 19h52
    Une question me turlupine: Vous avez décidé de reposter ces deux articles à l'occasion du coming-out de Josh Cavallo ou c'est une pure coïncidence?

  • la rédaction le 29/10/2021 à 10h47
    Plutôt à l'occasion du témoignage anonyme du joueur de Premier League publié par The Sun. Le temps de préparer la mise en ligne, ça a donné la coïncidence avec Josh Cavallo.