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Giresse 1982, la controverse de Valladolid

[saga Mundial 1982] Un jour, un but - Le 21 juin 1982 à Valladolid, Alain Giresse inscrit un but qui fait entrer le cheikh Fahd sur le terrain et dans l'histoire de la Coupe du monde. 

Auteur : Richard Coudrais le 21 Juin 2022

 

La rencontre a été à sens unique. L'équipe de France a surclassé celle du Koweït et mène 3-1 à dix minutes de la fin. Genghini, sur un superbe coup franc, Platini, le jour de son anniversaire, et Six, à la brésilienne, ont concrétisé une large domination tricolore en dépit de la réduction du score.

À dix minutes de la fin va pourtant se produire une des scènes les plus rocambolesques de l'histoire de la Coupe du monde. Aux abords de la surface de réparation, Genghini transmet à Platini qui sert idéalement Giresse.

Le Bordelais, sans opposition, s'avance jusqu'au gardien et marque d'une frappe du pied droit. C'est son premier but en équipe de France. Du moins le croit-il.

 

 

Le frère de l'émir

Alors que l'arbitre accorde le but, les Koweïtiens manifestent leur colère. Un coup de sifflet provenant des tribunes a en effet retenti dans le cours de l'action. Les défenseurs koweïtiens se sont arrêtés, persuadés que c'est l'arbitre en était l'auteur. La contestation se poursuit sur le bord du terrain.

Dans la tribune officielle, un homme agite les bras comme s'il demandait aux joueurs de quitter le terrain. Il s'agit du cheikh Fahad Al-Ahmed Al-Jaber Al-Sabah, président du comité olympique koweïtien, de la fédération de football, et accessoirement frère de l'émir Jaber III du Koweït.

Le cheikh quitte théâtralement la tribune pour surgir au bord du terrain. Les policiers n'osent pas intervenir. Le cheikh discute avec les joueurs, avec l'arbitre, se retrouve entouré de journalistes et se retire en applaudissant.

L'arbitre, le Soviétique Myroslav Stupar, a consulté son juge de touche et indique qu'il veut faire reprendre la partie par un entre-deux, signifiant que le but est annulé. La colère passe dans le camp des Français. Michel Hidalgo bondit de son banc et cherche à son tour à converser avec l'arbitre.

Vêtu d'un short et d'un polo rayé, le sélectionneur est stoppé énergiquement par les hommes de la Guardia Civil. Dans la confusion, il est même bousculé par un caméraman de la télévision, et offre à l'écran un visage qu'on ne lui connaissait pas, empli de colère et de ressentiment. Fou de rage, Michel Hidalgo décide de rentrer au vestiaire et de ne pas voir la fin du match.

 

 

Il ne verra ainsi pas le but de Maxime Bossis dans les toutes dernières secondes de la partie, donnant au score l'ampleur qu'il méritait : 4-1.

Amende honorable

Après la déroute initiale contre l'Angleterre, cette victoire facile remet l'équipe de France sur de bons rails. Un match nul contre la Tchécoslovaquie lui suffit désormais pour passer le premier tour.

Même si elle n'a pas influé sur le résultat final, l'affaire fera grand bruit. L'arbitre soviétique sera durement sanctionné par la FIFA, qui le radiera purement et simplement. Sa faute aura été d'avoir été confronté à une situation non prévue par les règlements.

À une époque où les arbitres ne disposaient pas d'oreillettes, il s'est retrouvé seul à devoir prendre une décision, et l'entre-deux lui a paru être la meilleure. La FIFA ne lui accordera aucune circonstance atténuante.

Ironie de l'histoire, comme l'explique le journaliste Thibaut Martinez-Delcayrou dans son livre Faute ! (éd. Hugo Sport, 2022), le règlement a été aménagé depuis l'affaire : au cas où une rencontre est arrêtée par un coup de sifflet venu des tribunes, l'arbitre doit relancer le jeu... par un entre-deux.

La Fédération koweïtienne et son désormais célèbre président recevront quant à eux un blâme et une amende pour conduite antisportive. Le cheikh Fahd fera amende honorable et adressera ses excuses.

Il deviendra par la suite un grand supporter du football français. Il trouvera le moyen de faire jouer Platini dans la sélection koweïtienne, puis invitera les Bleus à une tournée dans son pays fin 1989. Il perdra la vie en août 1990 abattu par les troupes irakiennes lors de l'invasion du Koweït.

 

RÉTRO COUPE DU MONDE 1982

13 juin. España 1982, nos années Naranjito

14 juin. Un jour, un but : Socrates, deux feintes et une mine

15 juin. Un jour, un but : Milla 1982, l'histoire manquée

16 juin. Un jour, un but : Robson 1982, coup de chaud à Bilbao

17 juin. Fennecs plus ultra

21 juin. Un jour, un but : Giresse 1982, la controverse de Valladolid

24 juin. Manu Amoros, forte tête

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28 juin. Un jour, un but : Genghini 1982, la lucarne bleue

4 juillet. Guerre froide au poteau de corner

5 juillet. Paolo Rossi, l'étoffe qu'on croyait perdue

8 juillet. Battiston, itinéraire d'une tunique oubliée 

 

Réactions

  • José-Mickaël le 21/06/2022 à 12h50
    Toujours très intéressant ! Mais je viens de nouveau chipoter (en fait c'est plus une réflexion que m'inspire l'article). À propos de : « Sa faute aura été d'avoir été confronté à une situation non prévue par les règlements. »

    Il me semble que sa faute a lieu dans une situation prévue : dès lors qu'il a sifflé pour accorder le but, le règlement lui interdit de changer d'avis. Des milliers d'arbitres étaient régulièrement confrontés à cette situation : lorsque les joueurs, ou l'entraîneur, ou même le président, viennent contester la décision. Situation qui existe toujours d'ailleurs. Parce que le contestataire est le frère de l'émir, c'était différent ? Du point de vue du règlement, je ne crois pas.

  • Richard N le 21/06/2022 à 15h08
    Chipotons, chipotons, il en restera toujours quelque chose :-)
    En fait, Stupar reste confronté à une situation rare au niveau de la Coupe du monde : celle d'un président de fédération qui descend des tribunes pour donner son avis sur une décision, et aussi celle d'une équipe entière déterminée à quitter la pelouse si le point est validé. A cet instant, le plus important pour Stupar est de sauver le match et de le conduire à son terme (témoignage lu dans le livre "Faute" de Thibaut Martinez-Delcayrou que je cite dans l'article). Stupar prend sa décision seul, il n'a pas d'oreillette (et je crois savoir qu'il ne parle pas anglais). Il pense que la FIFA lui en voudra moins de revenir sur sa décision que de siffler une fin anticipée du match. Réflexion faite dans un contexte compliqué et amplifié par la médiatisation du tournoi.

  • José-Mickaël le 22/06/2022 à 13h22
    OK, la différence c'était que toute l'équipe, avec l'appui du président de la fédération, menaçait de ne plus jouer le match (je crois même qu'ils avaient menacé de quitter l'Espagne et ne pas jouer le dernier match). Pour moi c'est prévu par le règlement : défaite 0-3 sur le tapis vert. Mais c'était effectivement nouveau en coupe du Monde.

    Remarque : le dernier match comptait pour du beurre vu que l'Angleterre avait battu la France et la Tchécoslovaquie. Mais c'est vrai qu'on peut imaginer des cas où le dernier match perdu sur le tapis vert peut fausser la compétition. Dans ce cas on doit retirer les résultats de toutes les équipes contre celle qui est disqualifiée (comme on le fait dans nos championnats lorsqu'une équipe est exclue à mi-saison), mais je ne sais pas si ce cas est prévu pour la coupe du Monde.

  • Vas-y Mako! le 22/06/2022 à 14h43
    Donc avec le nouveau règlement, un spectateur peut siffler une action dangereuse et faire en sorte que ma partie s’arrête et reprenne par un entre-deux?
    On a vu souvent ce cas de figure?