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Faut-il pénaliser les clients du maillot third?

Une proposition de loi des députés, préconisant la création d’une amende de 1.500 euros pour tout porteur d’un maillot third, dans l’espace public et même en privé, suscite la polémique.

Auteur : Gilles Juan le 2 Dec 2013

 


Comment en est-on arrivé à vouloir mettre une amende de 1.500 euros aux porteurs de maillots third? Avant de discuter le projet, revenons sur sa logique. On suppose généralement que l’offre économique existe parce que la demande préexiste (des gens veulent du foot à la télé? On leur en donne). Dans les faits, c’est plus compliqué que cela, bien sûr, car l’offre n’a pas besoin que la demande existe pour être créée, susciter du désir, et donc générer de la demande (y avait-il une "demande" de maillot third?). Pourtant l’offre dépend, en dernière instance, de la demande. S’il n’y a plus du tout de demande, l’offre n’a absolument aucune raison d’exister. La logique est donc d’annihiler la demande de maillot third en la sanctionnant lourdement: dès lors que la demande sera découragée, l’offre sera vaine.

 



 

Se faire le maillot

La logique ne voudrait-elle pas qu’on interdise directement le maillot third dans les vitrines du quartier des Halles et consorts? Problème: la FIFA interdit d’interdire l’offre de maillot third sur la voie publique... Pour contrecarrer une offre qu’on laisse libre de s’exhiber, on n’a donc pas d’autre choix que de pénaliser les porteurs de maillots.
 

Projet étrange et alambiqué, mais légitime pour de nombreux militants. "Le maillot third n’est-il pas un viol de l’identité du club?" Voilà ce que pensent les opposants au maillot third. Enfiler le maillot third n’est-il pas un acte de malfaiteur? Une complicité de crime? Les maillots third ne sont-ils pas un grand viol collectif de l’âme des clubs de foot? L’argument semble se tenir: tout en étant une insulte au bon goût, les maillots third méprisent la tradition, le respect et l’amour vrai du club. Mais de là à parler de viol, et de là à justifier une amende pour le porteur qui n’y est pour rien si l’offre existe… L’idée est loin de faire l’unanimité.
 

Des individus, choqués par le projet de loi, ont rédigé un manifeste dit du "3-4-3 de salauds". Ils y défendent grosso modo le droit de porter les maillots third, le droit de n’avoir aucun goût, aucun respect pour le marqueur traditionnel de l’identité d’un club. Qui a le droit de définir et d’imposer ce qui est moral? Ce qu’est l’amour? N’a-t-on pas le droit d’être un pauvre type sans éducation esthétique? N’a-t-on pas le droit d’être un salaud qui ne réalise pas, ou qui s’en fiche, s’il bafoue l’histoire d’un club?
 


Les droits du third

D’autres, moins égocentrés sur leurs droits et leur légitimité à eux, sont plus rationnels et convaincants: ils rappellent que les clubs n’appartiennent à rien d’autre qu’à eux-mêmes. Pourquoi un club ne serait-il pas libre de faire de son identité ce qu’il veut? S’il veut s’inspirer des stabilos pour habiller les joueurs de son club, qui a autorité pour lui dire non?
 

Si, pour faire analogie, un club était une personne, qui se permettrait de dire à un être humain ce qu’il doit faire de lui-même? Le corps d’un homme n’appartient à rien d’autre qu’à lui-même, et s’il veut en faire des choses incongrues, comme échanger des services sexuels contre de l’argent, ou plus étonnant encore, comme devenir arbitre dans un sport où il ne sera respecté par personne et insulté chaque semaine, c’est son droit! Il décide pour lui-même. Les clubs c’est pareil. Ils ne produisent pas ces maillots third sous la contrainte.
 

Bien sûr, ce n’est pas si simple. Car nombreuses sont les voies qui s’élèvent pour faire entendre que les clubs croient qu’ils sont libres alors qu’ils ne le sont pas. Drogués et asservis par le marketing et ses communicants avec leurs gros Mac, les clubs ne savent plus vraiment ce qu’ils font. En effet, comment peut-on décider, en toute conscience, de se déshonorer au point de proposer aux supporters un maillot third, dont les couleurs ne peuvent même pas être nommées tellement elles sont… dont les couleurs ne peuvent même pas être décrites!
 


Tout ce qu’on fait librement est moral

Si la remarque est crédible (certains mécanismes, certains chantages, économiques notamment, contraignent à subir les "choix" plutôt qu’à les prendre), elle camoufle souvent un paternalisme et un moralisme édifiants: parce que l’idée même de fabriquer un maillot third nous semble honteuse et immorale, nous refusons de considérer qu’elle puisse être le résultat du choix libre d’un autre. On refuse d’accepter qu’il ait pu y avoir consentement à la production du maillot third. Mais la seule question à se poser est: voulons-nous d’une société où l’État contrôle et doit valider les choix que chacun fait pour lui-même, ou voulons-nous une société où l’état laisse chacun libre de prendre les décisions qui le concernent? C’est la seconde branche qu’a choisie la société démocratique et libérale. Chacun décide pour lui-même ce qu’il fait de lui-même, à une seule condition: que nos choix libres ne mettent personne sous la contrainte. Ainsi, les adultes sont être responsables et responsabilisés: laissons-les faire tout ceux à quoi ils consentent.
 

Dans la mesure où le choix de produire un maillot third est aussi libre que celui de l’acheter ou non, l’amende aux porteurs de maillot third est une injustice profonde. C’est bien tenté, d’avoir camouflé une éthique personnelle ("je pense qu’il serait préférable de respecter les couleurs des clubs") en loi morale universelle ("il est interdit de transgresser les codes couleurs"). C’est bien tenté, d’avoir érigé son goût personnel ("quelle mocheté!") en canon de beauté indiscutable. Mais voilà: si certains clubs veulent s’exhiber, en vitrine, munis de maillots third, c’est leur problème à eux. On pourra seulement regretter que la demande n’ait pas d’elle-même sanctionné cette offre.
 


(a)Moralité

La lutte contre le maillot third n’est légitime que lorsqu’il s’agit d’identifier les éventuelles brutalités qui auraient la main mise sur les clubs au point de les forcer à faire ce qu’ils ne veulent pas faire.
 

Si le cas des brutalités contraignantes (donc coupables et lourdement condamnables) arrive fréquemment dans certains domaines, il ne semble pas que cela ait été rencontré dans le foot: les clubs ont librement consenti à la production des maillots third. Défendre une définition du respect du club n’est pas la même chose que l’imposer à tous. Au bout de la chaîne, le supporter qui se laisse aller, qui cède à la tentation, qui s’abandonne dans les manches d’un maillot third, est un individu influencé par d’aguicheuses publicités sans doute, mais ce supporter ne fait rien d’autre que consommer un produit qu’il était libre de refuser, et auquel il a le droit d’accorder de la valeur. Sa faute de goût est grande? Il n’y a cependant aucun préjudice. Il offense la morale? La morale n’est personne.

 

Réactions

  • Jean Luc Etourdi le 02/12/2013 à 04h13
    Rhétorique archi-convenue à propos de la morale et de la liberté. C'est pas comme si la prostitution était un enjeu de santé publique, hein (qui connaît Muriel Salmona parmi ceux qui se prononcent sur la question ?)...

    Il faut donc déduire de cet article que la Suède n'est pas une "société démocratique et libérale". Wokééé. Je ne connais pas exactement les opinions politiques de l'auteur, mais j'en profite pour dire que je suis stupéfait de voir à quel point de nombreux types de Gauche, parfois très radicaux, se transforment soudain en ultra-libéraux de la biroute quand il s'agit de prostitution. Voici ce qu'en pense une ex-prostituée (et pas une tapineuse de rue, non, une escort "par choix" à 300 euros la passe) : lien

    C'est marrant comme les hommes se découvrent soudain grands défenseurs des prostituées quand une loi propose de pénaliser les clients. Tout en étant restés dramatiquement silencieux à propos de la loi sur le racolage passif (que la future loi de pénalisation des clients va supprimer, d'ailleurs), alors que cette disposition les insécurisait fortement. Bref, cet article est une version socialement acceptable du manifeste "Touche pas à ma pute", paru dans Causeur. Une manière de défendre ce qu'il faut bien appeler un privilège masculin (98% des clients sont des hommes selon le rapport du député Guy Geoffroy).

  • Jean Luc Etourdi le 02/12/2013 à 04h16
    Par contre très bien la comparaison entre un article de consommation (un maillot de foot) et une prostituée. Car les clients les utilisent précisément comme des objets.

  • Cleaz le 02/12/2013 à 07h24
    Le troll ci-dessus n'arrivera pas à me gâcher cet article qui est le truc le plus drôle que j'ai lu sur les Cahiers depuis un moment....

  • Jean Luc Etourdi le 02/12/2013 à 09h17
    Ouais, sous couvert d'humour on raconte des horreurs. Classique.

  • Sens de la dérision le 02/12/2013 à 09h38
    Tout en étant restés dramatiquement silencieux à propos de la loi sur le racolage passif
    ---
    Je crois que c'est faux mais bon si tu veux parler de tout ça, tu peux faire un tour sur Foot et Politique, un chouette fil "pour drainer tous les trolls hors des autres fils."

    En ce qui concerne l'article, le problème c'est quand qu'il se focalise sur le maillot third alors que franchement les maillots... euh... first & second ne sont parfois pas mieux.

  • Gilles Juan le 02/12/2013 à 09h52
    Merci bien Cleaz!

    Cela dit, Jean Luc Etourdi n'est pas qu'un troll. Bien sûr, il est trop agressif en considérant que l'approche proposée est "convenue", alors qu'il est au contraire extrêmement difficile de valoriser le critère du consentement en cette période où l'on veut tout "moraliser" (capitalisme, école...) d'une part, et où ce à quoi on est "contraint de consentir" est terrible d'autre part.

    Difficile, notamment, car on est assimilé à des gens comme Beigbeder, dont le manifeste (auquel Causeur a collé un titre qui n'était pas celui des 343) n'est pas du tout le genre de truc dans lequel je me retrouve.
    (Je prends justement soin de pointer, certes brièvement mais quand même, la grossièreté qu'il y a à parler de son droit à soi - aller aux putes - lorsqu'il s'agit du corps des autres - les prostituées).

    Je ne le fais que brièvement, car on comprendra, j'espère, que l'article veut finalement critiquer la responsabilité des clubs, que rien ne devrait pousser à produire des maillots third. La com' prend le pas sur la tradition; c'est triste. Le problème de la prostitution est le proxénétisme - l'analogie montrait à la fois que la com' devient un maître à penser, et à la fois que ce maître n'a pas la force contraignante d'un proxénète: les clubs peuvent arrêter, s'ils le veulent. Ou continuer.

    Enfin, je doit dire à Jean Luc Etourdi qu'il est injuste lorsqu'il considère que la biroute fait tourner les têtes et les vestes: c'est lorsqu'il est, très généralement, question de morale que je me méfie. Le cas du corps est toujours complexe, parce qu'on l'éventualité d'en faire ce qu'on veut nous oppose à des valeurs extrêmement forte et légitimes (la santé, la "vie" concernant l'euthanasie... La vertu concernant la prostitution... La "morale" s'il s'agit de le vendre d'une manière ou d'une autre - prostitution ou vente d'un organe).

    Pour entrer dans le détail, c'est une critique du "consentement" qu'on doit faire (consentent-elles "vraiment"?). Mais on conviendra que sur ces pages, l'analogie avec l'actualité ne devait pas faire oublier l'essentiel: le premier degré de l'article, qui parle de foot.

  • Jean Luc Etourdi le 02/12/2013 à 09h56
    Le premier degré de l'article parle de foot, les autres degrés délivrent un message curieusement en contradiction avec le ton général du site...

  • Tonton Danijel le 02/12/2013 à 10h40
    Gilles Juan
    aujourd'hui à 09h52

    Difficile, notamment, car on est assimilé à des gens comme Beigbeder.
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    Beigbeder, auteur avant le manif des 3-4 pelos, du "Si personne n'achète, comment ça se vend?"

    Toujours un truc étrange concernant ces maillots thirds: il y a vraiment des types qui achètent ces horreurs? (peut-être les agents de la DDE des Bouches-du-Rhône, à la rigueur).

  • balashov22 le 02/12/2013 à 12h45
    Tonton, je vois souvent des grappes de maillots jaunes quand je vais à Gerland, je suppose donc que le third de je ne sais plus quelle année s'est bien vendu, et ça doit être pareil dans d'autres clubs.

  • magnus le 02/12/2013 à 13h31
    Lors de chaque match au Vélodrome, c'est un florilège de third de la saison en cours ou des précédentes. Résultat, des petits malins en profitent pour ressortir leur vieux maillot floqué Bakayoko, ça fait pas moins honteux.