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Entre les hooligans et Sarkozy...

C'est un peu l'inconfortable position de ceux qui comme nous prônent la répression contre la violence dans et autour des stades, et sont les témoins de l'opération de communication du ministre de l'intérieur sur le très médiatique football.
Auteur : Jamel Attal le 23 Jan 2003

 

Si l'on pouvait craindre (ou espérer) que les médias soient un peu à court de sensationnel pour faire monter la sauce du PSG-OM de Coupe de France (voir la Revue de stress), c'était sans compter sur l'hyperactivité de notre ministre de l'intérieur, qui en une réunion Place Beauvau lundi et une sortie tonitruante devant les députés mardi, a subitement chaussé les crampons. Celui-ci ne pouvait manquer de profiter à la fois du potentiel médiatique du football, d'une merveilleuse illustration pour l'efficacité sécuritaire de notre gouvernement et d'une excellente diversion sur un sujet moins discutable que l'ensemble des autres mesures actuellement débattues à l'Assemblée. Du velours, surtout avec l'incroyable faculté des médias à se faire les auxiliaires enthousiastes des campagnes de communication gouvernementales ("guerre", "croisade", "offensive" sont les termes très neutres ayant qualifié cette opération dans la presse). Habilement, dans les consignes qu'il a données aux acteurs du football réunis lundi au ministère, Nicolas Sarkozy a demandé de "faire preuve de sévérité dans les décisions concernant la violence entre les joueurs, les tricheries et le mauvais exemple en général" (AFP 21/03). Prince de l'amalgame et des raccourcis, le maire de Neuilly a trouvé matière à son opportunisme dans le monde du ballon et aura même fait de Fiorèse son complice involontaire. Vitrine et réalité Et comme, depuis moins d'un an, on a l'impression que l'histoire s'est réduite à un scénario tragique écrit sur mesure, des incidents graves se sont déroulés en marge de Nice-PSG, une bagarre dans les tribunes ayant fait un blessé grave par arme blanche (en l'état de nos informations au moment de la mise en ligne), succédant aux débordements lyonnais du début de semaine. À l'autre bout de l'échelle de gravité des actes désormais prohibés, la panthère rose qui a envahi la pelouse de la Beaujoire écopera de 15.000€ d'amende, ce qui fait cher le costume. Évidemment, si c'est pour dire que les matches de football ne doivent pas justifier de dispositif militaire, qu'il faut éradiquer les racistes et sanctionner sévèrement les fauteurs de trouble (notamment en appliquant strictement les interdictions de stade), nous sommes totalement d'accord. Et nous voilà bêtement coincés entre les hooligans et Nicolas Sarkozy (ça nous apprendra à voter Besancenot au premier tour :-) Alors on rappellera que pendant que le ministre de l'intérieur amuse la galerie, il fait voter une loi sécuritaire qui criminalise la pauvreté et réduit les libertés individuelles, tandis que le gouvernement auquel il appartient applique progressivement le programme du MEDEF. Comme dans du beurre. Reste à aussi voir si la tolérance zéro dans les stades impliquera de museler toute forme d'expression des supporters, comme cela en prenait le chemin avec l'application abusive des lois Alliot-Marie (voir Nettoyage à sec). D'autre part, les autorités ont intérêt à bien cerner le problème si elles ne veulent pas qu'il leur retombe lourdement sur les pieds. Les acteurs à impliquer sont nombreux (les clubs en premier lieu), et il n'est pas dit que le durcissement ne convienne pas aux groupes hooliganisants, qui s'épanouissent dans l'affrontement, ni que les associations de supporters ne soient pas atteintes par le regain de tension. Il n'est pas sûr qu'un coup de matraque magique suffise à régler les problèmes. Pour conclure, nous avions évoqué, le 22 avril dernier, un ouvrage indispensable de Laurent Mucchielli sur la manipulation des "chiffres de la délinquance", leur exploitation politique et leurs experts patentés (comme un certain Xavier Raufer). Il vient de sortir en poche, et par les temps qui courent, on ne saurait trop recommander sa lecture. Une postface rédigée en septembre dernier, livre un éclairage accablant sur les événements politiques du premier semestre 2002. Laurent Mucchielli est historien et sociologue, chercheur au CNRS et co-signataire, avec le groupe Claris, d'un texte paru dans la rubrique Rebonds de Libération ce mardi 14 janvier.

La Découverte, 7€50.

Réactions

  • Athouni le 26/01/2003 à 22h08
    Juste un rappel :

    Qui sont les brillants "experts" sur lesquels se basent nos politiques pour justifier la tolérance zéro ?

    Alain Bauer : c'est à lui que s'adressent les maires pour "s'informer" sur les question de sécurité.

    Qui est-il ?

    PDG d'une société privée de sécurité public : AB (Alain Bauer) Associate.

    Xavier Raufer : A écrit un bouquin avec Bauer. Tous deux surmédiatisés

    Qui est il ?

    Fondateur du groupuscule d'extrème droite Ordre Nouveau, et redacteur en chef la revue d'extrème droite Elite Européenne.

    On en rirez presque : On a quand même un ministre délégué au liberté locale (Devedjian) qui a appartenu de 19 à 22 ans a ce groupe d'extreme droite ! L'enculé s'est justifié : "un accident de jeunesse" (sic).

    Pas étonnant que nos hommes politiques aient peur de la jeunesse : Putain eux, ils étaient terrifiant !!! Je dis ils parce que Madelin et Longuet (tous deux UMP) font partis des co-fondateurs...

    Sources : lien

    Si vous souhaitez un résumé des analyses sérieuses (Mucchielli je pense) sur le sujet de l'insécurité :

    lien

    Comme la question de la montée de l'extreme droite et de ses discours qui ne se limitent pas au FN est lié :

    lien

    Et

    lien





  • piem le 27/01/2003 à 00h42
    Dans l'ensemble, le synope a filé un paquet de ref' interessantes...

    PV.. la digression sur les 20 % France d'en haut, 60 % du milieu qui lui faisait plutôt confiance à tort (dans cette nouvelle forme de dialectique France d'en haut / France d'en bas), 20 % France d'en bas était lié à mon pbe de compréhension de tes propos par rapport à la représentativité... Je pensais effectivement que tu disais (voulais dire) à ceux qui s'exprimaient ici qu'ils étaient la France d'en haut et non pas le sens que tu en as donné, avec lequel je ne peux être que d'accord. Cette digression est issue essentiellement de l'interprètation de Todt de cette dialectique qu'il nie profondément. Maintenant, évuidemment, vu ton explication, ça n'avait rien à voir... Dans le sens que tu as expliqué, effectivement, les occidentaux sont assez peu représentatifs des problèmes du monde.

  • NoNo93 le 27/01/2003 à 01h20
    PV ma remarque ironique sur le fait que je n'était pas humain, venais du fait que tu dis : la condition humaine fait que çà existera toujours...
    Je me méfie de cette généralisation là, la condition humaine çà veut rien dire tellement çà regroupe de cas différents.
    Alors effectivement dans la réalité il y aura toujours des gens pour profiter des autres plus faibles y compris sexuellement. C'est une réalité...
    Mais de là à dire que quand qqn dit "la prostitution est inacceptable" c'est une grosse connerie un cliché qui fait rien avancer etc. y'a un pas.
    C'est un constat, tu peux pas dire que c'est une connerie juste parcequ'un fléau est irradicable pourquoi critiquer ceux qui ont la volonté de le dénoncer ou de le combattre tout çà parceque leurs efforts sont vains (et ta façon de présenter et de contreargumenter les choses est suffisamment négative voir cynique pour donner cette impression)
    La grande partie de la prostitution sont des femmes en esclavage par des réseaux, une autre grosse partie sont des femmes qui n'ont pas le choix économiquement parlant, une faible minorité doit le faire par plaisir/facilité
    Donc je vois pas trop le cliché gauchisant humano j'sais plus quoi, quand je dis que vu la réalité de la prostitution on doit tout faire pour lutter contre cette forme d'esclavage en chassant les réseaux sans pitié, donner aux gens les moyens de se passer de faire çà (en leur apprenant un métier, en les soutenant financiérement et moralement etc.), et apprendre aux consommateurs à réfléchir un peu moins qu'avec leur queue...
    On y arrivera pas et y'a un boulot monstre mais c'est pas une raison pour pas essayer.
    Maintenant tu dis de légaliser... J'vois pas la différence si c'est l'état le mac et je vois pas non plus en quoi çà arrangera le sort des filles ni empéchera les débordements... Au pire y'aura encore plus de chance qu'elles fassent çà toute leur vie...
    Le vrai cliché ou tabou peut etre un peu plus dur à combattre dans notre société serait plutot l'image de la femme et de la sexualité véhiculée par les médias et la publicité...

  • Athouni le 28/01/2003 à 17h52
    Salutations,

    Et hop un petit copier/coller :

    politique dans le hall d'immeuble
    RETOUR SUR LA LOI DITE « DE SÉCURITÉ QUOTIDIENNE »




    Pris au mot, le droit pénal français semble parfois badiner. Ainsi des «
    troubles de jouissance ». Ce terme, qui peut laisser songeur, désigne tout
    ce qui peut poser une gêne à la jouissance de sa tranquillité. Le tapage
    nocturne est un trouble de jouissance, puisqu'il empêche le sommeil du
    juste. Le stationnement d'un petit agrégat d'individus qui empêcherait une
    personne de gagner son domicile, au pied de son immeuble ou dans son hall
    d'entrée est également un trouble de jouissance. Tapage nocturne et
    rassemblement abusif dans une partie commune d'immeuble, dûment constatés,
    sont des infractions, constatées par les services de police, sanctionnées
    par des amendes. Il en va ici de dispositions anciennes, presque confondues
    dans les origines de la police, visant à ce que chacun, en particulier dans
    les espaces exigus de nos villes, jouisse de la tranquillité qui lui est
    due.

    En juin 2001, le gouvernement Jospin déposa en urgence un projet de « Loi
    sur la sécurité quotidienne » (LSQ), afin de renforcer les dispositions
    relatives à la tranquillité des citoyens, dans la droite lignée du colloque
    de Villepinte sur la ville. Les attentats du 11 septembre intervinrent en
    pleine session parlementaire et les députés entreprirent alors de renforcer
    tout un ensemble de dispositions et d'en introduire de nouvelles. La LSQ
    adoptée le 15 novembre 2001 comporte un étrange article 52, fruit d'une
    initiative des députés, mais soutenue par le gouvernement, qui prévoit la
    possibilité de « faire appel » aux « forces de police ou de gendarmerie
    (.) »pour « rétablir la jouissance paisible [des] lieux », en cas «
    d'occupation des espaces communs du bâti par des personnes qui entravent la
    libre circulation des locataires ou empêchent le bon fonctionnement des
    dispositifs de sécurité et de sûreté ou nuisent à la tranquillité des
    lieux ».

    Bref : rien qui n'existât déjà. Ces rassemblements sont déjà réprimés. Ils
    justifient déjà l'intervention policière. Pourquoi alors répéter dans une
    loi ce qu'il est déjà donné à la police de faire ? Pourquoi faire poursuivre
    par la loi ce qu'elle poursuit déjà, en l'occurrence un « trouble de
    jouissance » ? Est-ce seulement l'expression sans effet d'une acnée
    sécuritaire, qui transforme la loi en carré de libre expression offert à un
    gouvernement en quête de voix et d'alliance conservatrices ? Examinons de
    près les débats parlementaires autour de ce petit article. Essayons en outre
    de lire la loi vue depuis le bas, des lieux et des situations où elle est
    censée se voir appliquée. Les vicissitudes des intentions parlementaires et
    les conditions concrètes d'application de la loi illustrent au mieux les
    cinq ans de législature Jospin en matière de contrôle social des cités
    urbaines : l'angoisse pour principe, le retrait et l'escalade pour pratique.

    Dès l'introduction de l'amendement qui devait aboutir à cet article, les
    députés qui en étaient les auteurs tenaient à souligner qu'ils répondaient à
    une demande extérieure : l'article était tenu pour « très attendu par la
    police et la gendarmerie [1] ». Il fut dès lors introduit comme tel, mais
    s'enrichit au cours de la discussion parlementaire de deux choses. D'abord,
    il créait un délit « d'occupation des espaces communs (.) d'immeubles (.) »,
    puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 _ d'amende. Le Sénat,
    lorsqu'il examina la loi, voulut qu'en l'occurrence, lors de l'intervention
    de la police ou de la gendarmerie, « le refus d'obtempérer [fût] constitutif
    du délit de rébellion [2] ». Cette dernière proposition fut rejetée par
    l'Assemblée nationale, qui refusa également la création d'un délit pénal
    d'occupation des halls d'immeuble. Au final, donc, la loi n'énonça rien
    d'autre que ce qu'elle disait déjà : les forces de police ou de gendarmerie
    peuvent légitimement mettre un terme aux troubles de jouissance.

    Qu'avait voulu le Sénat ? En faisant de l'occupation d'immeuble un délit
    pénal (et non plus une simple infraction), il élevait une pratique sociale
    propre à une classe d'âge bien déterminée, qui partage conditions sociales
    et habitat. Il élevait l'occupation de « tuer le temps entre copains dans
    son hall d'immeuble » au rang de délit. Certes, ce loisir de fortune, au fil
    du temps, a engendré un conflit inévitable ; conflit entre ceux qui
    stationnent (dans les parties communes) et ceux qui résident (dans les
    parties privatives). Faire de ce conflit une affaire de justice et non plus
    de voisinage revient à définitivement étiqueter comme criminelle la triste
    habitude prise de tenir les murs. Bien entendu, ces rassemblements peuvent
    aussi servir des fins autres que l'oisiveté en pure perte, comme les recels
    et trafics divers, voire les menaces et violences faites à autrui, notamment
    aux femmes. Mais ces actes sont déjà des délits, voire des crimes, déjà
    poursuivis comme tels. La proposition sénatoriale sur les rassemblements
    dans les halls d'immeuble semblait donc signer la criminalisation de
    l'occupation oisive de l'espace par les jeunes des grands ensembles urbains.

    Mais à cette création de délit, sévèrement sanctionné, le Sénat ajoutait un
    bien curieux codicille : lors de l'intervention de la police, « tout refus
    d'obtempérer [serait] constitutif du délit de rébellion ». Bien étrange
    ajout, en effet. Comme son nom l'indique, un refus d'obtempérer est une
    infraction : c'est un. refus d'obtempérer, à la loi, à l'autorité légitime.
    Ce qui définit la rébellion est cependant, selon l'article 433-6 du Code
    pénal « le fait d'opposer une résistance violente à une personne dépositaire
    de l'autorité publique ». L'amendement défendu par le Sénat ne voulait donc
    rien d'autre que qualifier toute tension entre les policiers intervenant
    dans un hall d'immeuble et des jeunes qui s'y étaient rassemblés en
    imputation légitime de violence exercée par ces derniers à l'encontre des
    premiers. Légitime, parce que d'emblée posée par la loi. Mais légitime
    aussi, parce que l'autorité à l'encontre de laquelle s'exercent les supposés
    refus d'obtempérer est l'autorité légitime, la police, dont les témoignages
    jouissent de l'assermentation et donc d'une présomption de vérité [3]. Ce
    délit spécifique assorti d'une sanction exorbitante rappelle à sa manière
    les 27 infractions spécifiques à l'indigénat que la loi française établit en
    1874 à propos de l'Algérie, incriminations par lesquelles les parlementaires
    de l'époque voulaient maintenir l'ordre et la domination des colons. On
    trouvait dans ce funeste catalogue la réunion sans autorisation, l'acte
    irrespectueux, ou bien le propos offensant vis-à-vis d'un agent de
    l'autorité même en dehors de ses fonctions [4]. La peur face au désordre et
    la toute-puissance confiée aux policiers, qui autrefois prenaient corps dans
    une politique de discrimination raciale, fut en 2002 envisagée par les
    sénateurs non plus comme une politique raciste, mais comme une politique de
    discrimination visant cette fois explicitement les jeunes oisifs des
    banlieues françaises.

    On comprend mieux la logique qui animait les sénateurs. À ce stade de
    l'examen, il s'agissait tout autant de criminaliser une pratique juvénile
    que de faire de toute agrégation de jeunes en bas de chez eux une atteinte
    violente à l'autorité publique, pourvu qu'elle soit seulement constatée par
    des policiers. Atteinte à l'autorité punie d'un an d'emprisonnement et 100
    000 F d'amende, puisque commise en réunion (article 433-7 C. pén.). La
    Commission des lois du Sénat criminalisait certes une pratique auparavant
    seulement contraventionnelle. Mais ce n'est pas le plus singulier. Le plus
    inquiétant, dans ce projet, était qu'il voulait restaurer l'ordre public en
    faisant de ces zones de voisinage et de sociabilité des zones de
    souveraineté sans partage de l'État, par la suprêmatie incontestable de la
    police. Le Sénat n'imaginait ainsi pas d'autre solution aux troubles
    indéniables que pose la vie commune dans ces espaces si difficiles à vivre
    que l'imputation systématique et souveraine d'atteinte violente à l'État.
    Car c'est bien de cela qu'il s'agissait. Le Sénat, par la voix du rapporteur
    de sa Commission des lois, s'offusqua du retrait de ses deux amendements (le
    délit spécifique et l'imputation de rébellion) par l'Assemblée nationale,
    qu'il accusait ne pas « préciser les moyens permettant le rétablissement de
    « la jouissance paisible de ces lieux », et de priver « le dispositif (.) de
    toute portée normative [5] ». Les « moyens » ? L'escalade et la montée aux
    extrêmes. La « portée normative » ? Une souveraineté sans loi lorsque la loi
    se porte vers les jeunes des cités de banlieue.

    Ce n'est ni par courage ni par offre d'idées meilleures que les députés
    rejetèrent cette solution. Un député Démocratie libérale s'adressant au
    ministre lui disait sur le ton de la vérité la mieux partagée : « Vous savez
    bien, monsieur le ministre, que la police a du mal à pénétrer dans certaines
    cités et n'accepte de s'y rendre que si elle est sûre de ne pas déclencher
    un embrasement [6] », ce à quoi le gouvernement fit répondre : « Le Sénat a
    cru devoir retenir une sanction, mais je ne suis pas sûr de la faisabilité
    d'une telle disposition. Or, rien n'est pire qu'un texte inappliqué [7]. »
    Au final, la loi se contenta de définir un cadre très général à
    l'intervention de la police (« la tranquillité des lieux »), sans toutefois
    rien définir de neuf. Puisque rien ne paraît pire qu'un texte inappliqué, le
    gouvernement adopta un texte déjà existant.

    Ce faisant, il rejeta certes la rébellion unilatérale et souveraine, c'est
    l'arbitraire pur qui fait la loi. Mais il consacra, par la loi, l'enclave
    policière que constituent les espaces occupés par des jeunes qui ne peuvent
    en occuper d'autres et qui, n'occupant que ceux-là, ne peuvent que s'occuper
    par l'occupation des espaces, leur appropriation, et la gêne d'autrui, voire
    la violence à son égard. L'enclave policière : voilà ce que la loi se borne
    à constater lorsque l'imagination de ceux qui la conçoivent n'a pour seul
    horizon qu'enfermer jeunes et policiers dans un dialogue reclus, dialogue
    sans fin ni finalité. La loi se plaît à intimer aux policiers l'injonction
    de dire à des jeunes d'aller s'occuper autrement, feignant d'ignorer que
    l'occupation des espaces communs est la seule occupation qui leur reste,
    lorsque ni l'école ni le marché du travail ne les accueillent.

    On ne sera pas surpris, dans ces conditions, que ces situations sans horizon
    débouchent, par définition, sur des configurations d'escalade. Les policiers
    étant les seuls acteurs sociaux investis par la loi pour faire face aux
    situations générées par l'oisiveté des jeunes (hommes) des grands ensembles,
    leurs ressources restant toutefois toujours les mêmes (le contrôle
    d'identité et la contrainte), il n'est pas surprenant de constater une
    cristallisation des situations tendues au pied des immeubles des cités. La
    loi sur la sécurité quotidienne, sur ce chapitre, prend bonne note des
    situations impossibles dans les cités urbaines, et se contente, en les
    enregistrant, de pérenniser les pratiques qui, c'est le propre des logiques
    d'escalade, contribuent à les rendre plus impossibles encore. Ces îlots de
    jeu tendu que sont les pieds d'immeuble et les cages d'escalier, la loi les
    consacre, et jette avec un égal mépris policiers et jeunes dans un face à
    face sans horizon, à l'envi répété. La loi abdique aux relations ancrées
    entre les jeunes et les policiers le privilège de faire le droit, et prend
    acte de la permanente imminence de la violence dans de telles situations.
    Les cages d'escalier ainsi honorées par la loi deviennent des zones d'un
    droit autre, que les mêmes députés se plaisent souvent à décrire comme « de
    non-droit » : zones dont la paix publique est garantie par des rapports
    fortement interpersonnels, qui reposent de ce fait sur une forte
    probabilité, partagée des deux côtés, d'arbitraire et de recours à la
    violence.

    L'enseignement qu'il faut tirer de ce petit épisode législatif apparaît très
    nettement. Saisis par la loi, les ensembles urbains révèlent la peur des
    politiques à leur égard. En réponse à cette peur, la solution d'exercice
    d'une souveraineté aveugle, d'un droit parfaitement inique, ne semble jamais
    loin. C'était la solution, en l'occurrence, sénatoriale. Face à cela, la
    prudence politique, que veut incarner le gouvernement, ne lui inspire que
    l'abandon des situations de force en l'état. Rien de surprenant à voir des
    potentialités violentes se répéter dans ces cages d'escalier. Rien de
    surprenant non plus à voir ces pieds d'immeuble ou ces cages d'escalier
    faire l'objet d'investissements passionnels, de revendications territoriales
    et collectives, dont l'enjeu semble, vu de loin, absurde. Rien de surprenant
    enfin à voir des jeunes prêts à tout risquer pour la défense de l'intégrité
    de leur portion de hall d'entrée, face à des policiers que tout met en
    devoir d'adopter des comportements identiques. Dans une telle logique de
    mimétisme consolidé par le droit, où la loi se fait seulement vertu de
    rendre plus probable ce qui est déjà, la violence s'érige en terme majeur
    des échanges entre les policiers et les jeunes, en horizon d'attente, en
    règle du jeu ; règle que le gouvernement Jospin se plut en l'occurrence à
    faire loi.

    Ce texte est extrait du recueil Contre les politiques sécuritaires et
    l'apartheid social(L'Esprit frappeur, juin 2002), publié par le Réseau
    contre la fabrique de la haine

    Sociologue des institutions pénales, Fabien Jobard vient de publier Bavures
    policières ? La force publique et son usage(La Découverte, « textes à
    l'appui », 2002).