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Liverpool, tellement plus qu’un club. Une institution, un mythe, une terre de légendes. Ville et football se font qu’un : on y cultive le souvenir autant que l’espoir. Un club qui prend aux tripes et ne lâche plus. Jamais. Présentation de son Hall of Fame version Teenage Kicks.

Pour mieux comprendre la sélection de ce Hall of Fame Teenage Kicks, lire intro.

[Cliquer sur les photos peut rapporter gros]

Le Hall of fame TK du LFC (suite et fin)

Tommy Smith (1962-1978), principalement arrière central (mais aussi milieu et arrière droit les dernières saisons), 632 matchs/48 buts, 1 cape anglaise. Joueur emblématique du club, Bill Shankly disait de ce dur aux faux airs de Charles Bronson qu’il n’était pas né comme tout un chacun mais avait été extrait d’une carrière de pierres.

Tommy Smith à Jimmy Greaves (Spurs) dans le tunnel d’Anfield : « Tiens, prends ça, c’est le menu de l’hôpital voisin, t’en auras peut-être besoin »

Né à 200 mètres du stade, « Anfield Iron » arriva au club à 15 ans en 1960 et acquit rapidement une réputation de joueur doué techniquement (il joua même avant-centre avec la réserve et l’équipe première jusqu’en 1964) mais surtout de tacleur extrêmement rugueux, jusqu’à devenir l’un des hard men les plus craints du football anglais de l’époque (avec Dave Mackay de Tottenham, Ron “Chopper” Harris de Chelsea et Norman “Bites Yer Legs” Hunter de Leeds). Un jour par exemple, dans le tunnel d’Anfield avant un match contre Tottenham, Smith remit à l’extraordinairement prolifique attaquant Spurs Jimmy Greaves… le menu du Liverpool Infirmary, l’hôpital voisin !

Nommé capitaine en 1970, il finit sa carrière sur tout le front de la défense. Inscrivit le deuxième but Red de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions contre Mönchengladbach en 1977.

Smith, qui aimait faire de l’esprit musclé (du style : « J’ai jamais commencé une bagarre de ma vie mais j’en ai fini quelques-unes »), était un personnage controversé et entretint avec son coéquipier Emlyn Hughes l’une des relations intra-club les plus difficiles qu’ait connu le football britannique, au point un jour de féliciter un adversaire qui venait de faucher Hughes ! (selon les historiens du club, l’affection que Shankly portait à Hughes – Shanks priva Smith du capitanat en 1974 pour le donner à… Hughes – rendait Smith très jaloux).

La controverse à son sujet prend un tour plus sombre dans le livre Out Of His Skin – The John Barnes Phenomenon de Dave Hill (1989) où Smith expose tranquillement ses préjugés racistes [1]. Howard Gayle, le premier Noir à porter le maillot de Liverpool (1977-1983), donne de lui une image plus positive dans le livre après une période initiale difficile : « Au début, je me suis pas mal embrouillé avec lui […] mais une fois qu’il a vu que je ne me laissais pas faire, il est devenu super avec moi. »

Emlyn Hughes (1967-1979), latéral gauche puis milieu jusqu’en 1974, puis defenseur central, 665 matchs/49 buts, 62 capes anglaises, 1 but.

Recruté pour 65 000 £ à Blackpool (D1) en mars 67, « Crazy Horse » était un joueur complet, polyvalent (excellait aussi en arrière gauche) et extrêmement endurant : il lui arrivait d’aligner plus de 60 matchs par saison. Il aimait tellement le football qu’il jouait parfois le dimanche (en cachette) pour le petit club amateur de sa jeunesse, tout en étant international anglais ! Elu Joueur de la saison par la Football Writers’ Association en 1977. Emporté par une tumeur au cerveau en 2004, à 57 ans.

Kevin Keegan (1971-1977), avant-centre, 323 matchs/100 buts, 63 capes anglaises, 21 buts. Recruté à 20 ans pour seulement 35 000 £ à Scunthorpe (D4) où il évoluait sur l’aile droite, celui qui sera surnommé « Mighty Mouse » à Hambourg (la souris dévastatrice) ne tardera pas à devenir une superstar nationale puis planétaire, en remportant notamment le titre national et la Coupe UEFA peu après son arrivée.

Pendant six saisons, il forma avec John Toshack l’un des tandems offensifs les plus marquants du football. Double Ballon d’Or 1978 et 1979. Sa cote fut telle tout au long de sa carrière que même en D2 à Newcastle la trentaine passée (1982-1984), il était le joueur le mieux payé d’Angleterre (14 000 £/mois). Intronisé au English Football Hall of Fame dès sa création en 2002.

Kenny Dalglish (1977-1991), avant-centre/milieu offensif, 515 matchs/172 buts, 102 capes écossaises, 30 buts.

Recruté en 1977 du Celtic pour succéder à Keegan pour la somme record de 440 000 £. Convoité par Liverpool dès l’été 1966 à l’âge de 15 ans (ses parents s’opposèrent à son envol du nid familial glasvégien, « trop jeune »), ce joueur relativement lent mais exceptionnellement doué techniquement forma avec Ian Rush dans les années 80 l’un des duos les plus prolifiques du football (créant sans doute autant de buts qu’il en marqua). Premier joueur à inscrire 100 buts dans les championnats écossais et anglais.

Après la tragédie du Heysel et le départ surprise de Joe Fagan le lendemain du drame, « King Kenny » devint manager-joueur de Liverpool, puis manager à plein temps été 1987 (il disputa 3 matchs, en 1988 et 1990, avant de démissionner en février 1991). Re-managea LFC, de janvier 2011 à mai 2012. Récemment invité à siéger au directoire de LFC en qualité de non-executive director (sorte de super conseiller à temps partiel).

Le palmarès du plus célèbre numéro 7 Red étant trop fourni pour figurer ici, citons simplement ses deux titres de Footballer of the Year en 1979 et 1983 ainsi que son intronisation au English Football Hall of Fame dès sa création en 2002. Parmi les innombrables hommages décernés par les plus grands, celui de l’inénarrable Brian Clough sort du lot, évidemment :

« Kenny n’était pas épais mais il avait un cul énorme qui lui descendait jusque sous les genoux. C’est de là qu’il tirait sa force. »

Alan Hansen (1977-1991), arrière central, 620 matchs/14 buts, 26 capes écossaises. Recruté pour seulement 100 000 £ de Partick Thistle (club de Glasgow), « Jocky » (l’Écossais) est considéré comme le plus grand centre back du club.

Classieux et élégant sur le terrain, il est moins à l’aise devant les caméras (sévit depuis bien trop longtemps dans Match Of The Day, l’émission foot phare de la BBC, où il touche 40 000 £ par apparition. La Beeb a entendu la vox populi – il n’est guère apprécié – et a récemment annoncé son départ, qui fait suite au « rôle réduit » confié à l’ex Red Mark Lawrenson dans la même émission).

Graeme Souness (1978-1984), milieu, 359 matchs/55 buts, 54 capes écossaises, 4 buts. Acheté 350 000 £ à Middlesbrough pour remplacer Ian Callaghan. Archétype du milieu teigneux et ultra fiable, « Souey » fut pendant six saisons (et 15 trophées !) la locomotive de l’entrejeu Red où il incarna à merveille la puissance hégémonique de Liverpool. Son immense prestation lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions 1984 à Rome persuada la Sampdoria Gênes de le recruter. Prit les rênes du LFC d’avril 1991 à janvier 1994 mais avec beaucoup moins de succès. Célèbre pour avoir planté un énorme drapeau du Galatarasay – qu’il manageait – dans le rond central du Fenerbahçe après une victoire sur l’ennemi juré en finale de coupe de Turquie. Sévit aujourd’hui dans les médias, principalement sur Sky Sports.

Ian Rush (1980-1996), avant-centre, 660 matchs/346 buts (record du club), 73 capes galloises, 28 buts. Joueur vedette des Eighties timidement arrivé de Chester en avril 1980 à 18 ans pour 300 000 £ (record pour un moins de 19 ans),  la carrière du Gallois se décline en superlatifs. Buteur diaboliquement prolifique, « Rushie » se doubla d’un inlassable harceleur de défense.

Elu Joueur de la saison en 1984 (durant laquelle il claqua 50 pions) par ses pairs et la Football Writers’ Association ainsi que Soulier d’or européen, ses prouesses (et la faiblesse des salaires anglais) l’envoyèrent à la Juventus en 1987 où, faute de s’adapter, il ne resta qu’un an. De retour au bercail, il fit oublier son escapade italienne en éclipsant (en octobre 1992) le record de buts Reds que détenait Roger Hunt depuis les Sixties.

John Barnes (1987-1997), ailier gauche, 409 matchs/108 buts, 79 capes anglaises, 11 buts.

Joueur extrêmement complet (puissant, rapide, technique), l’Anglo-Jamaïcain de bonne famille recruté au Watford (D1) d’Elton John pour 900 000 £ était considéré comme l’un des meilleurs au monde à son poste à la fin des années 80 (malheureusement, il ne put exprimer son immense talent sur la scène continentale à cause de l’interdiction post Heysel faite aux clubs anglais de disputer toute compétition européenne pendant cinq ans – six pour LFC).

Surnommé « Digger » (d’après Digger Barnes dans Dallas !), ce fin dribbleur au pied gauche magique fut élu Player of the Year dès sa première saison Red (puis Joueur de l’année par la FWA). Fut repositionné au milieu en fin de carrière Red, suite à une blessure. Régala le Kop une dizaine d’années avant de rejoindre Kenny Dalglish (manager) et Ian Rush à Newcastle United été 1997. Le numéro 10 le plus célèbre du club affiche 754 matchs en vingt ans de carrière professionnelle

(crédit photo oldschoolpanini.com)

(crédit photo oldschoolpanini.com)

Robbie Fowler (1993-2001), avant-centre, 369 matchs/183 buts, 26 capes anglaises, 7 buts.

Natif de Toxteth (célèbre quartier multiculturel de Liverpool) et formé au club, « God » a toujours été l’enfant chéri des supporters Reds, autant pour son tempérament passionné que ses prouesses.
Passa professionnel le jour de ses 17 ans, en avril 92, avant de faire ses grands débuts en septembre 93. Auteur notamment du hat-trick le plus rapide de l’histoire de la Premier League en 1994 contre Arsenal : 4 minutes et 33 secondes. Inscrivit un minimum de 30 buts par saison (toutes compétitions de club confondues) de 1994 à 1997.

A partir de 2000, ses relations avec Gérard Houillier et son adjoint Phil Thompson se détériorèrent radicalement et, barré par Michael Owen et Emile Heskey, Fowler fut vendu au rival Leeds United fin novembre 2001 pour presque 12M £. A la surprise générale, l’enfant prodige (et terrible) revint à Anfield fin janvier 2006 pour étoffer l’armada offensive des Reds (Cissé, Morientes, Crouch et Kewell) et inscrivit 12 buts en 39 matchs (20 titularisations) jusqu’en mai 2007. Passe aujourd’hui ses diplômes d’entraîneur tout en gérant son volumineux portefeuille immobilier (une centaine d’appartements et maisons – il a même créé la Robbie Fowler Property Academy début 2013). Entre deux piges comme consultant pour les médias, il entraîne les jeunes de l’Academy du LFC.

Steven Gerrard (1998- ), milieu/attaquant de soutien, 639 matchs/161 buts (dont 100 en PL), 107 capes anglaises, 21 buts.

Formé au club, ce Scouser pur jus fait vibrer Anfield depuis une quinzaine d’années. Lancé dans le grand bain par Gérard Houllier fin 1998, cet ex latéral droit (sa position de départ) est devenue l’âme de l’équipe. Puissant, accrocheur, brillant tacleur, exceptionnel passeur et fin technicien, il forma avec Fernando Torres entre 2007 et 2010 un tandem offensif prolifique. A signé un prolongement de contrat de deux ans en juillet 2013.

Mais aussi…

Alex Raisbeck (1898-1909), arrière central écossais (8 capes), 340 matchs/21 buts. Acheté 350 £ à Hibernian, souvent considéré comme la toute première vedette du club.

Ron Yeats (1961-1971), arrière central écossais (4 capes), 454 matchs/16 buts. Solide capitaine emblématique des Sixties et protégé de Bill Shankly qui le fit venir d’Huddersfield, l’imposant (1,88m) « Rowdy » (le Turbulent – surnom inspiré par Rowdy Yates, joué par Clint Eastwood dans une série western des Sixties) fut souvent décrit comme un roc par Shankly, ce dernier invitant même les journalistes à faire le tour de l’ex ouvrier d’abattoir en le présentant à une presse amusée été 1961 ! Ce dur au doux nom de poète (W. B. Yeats) revint à Liverpool en tant que scout de 1986 à 2006.

Ray Clemence (1967-1981), gardien, 665 matchs, 61 capes anglaises. Ne concéda que 16 buts en championnat saison 1978-79 (sur 42 matchs, un record défensif qui tient toujours). Celui qui fut signé de Scunthorpe (tout comme Keegan) pour la somme dérisoire de 18 000 £ devint l’un des plus grands gardiens du football mondial dans les années 70 où il fut en concurrence nationale permanente avec Peter Shilton.

Michael Owen (1996-2004), avant-centre, 297 matchs/158 buts, 89 capes anglaises, 40 buts. Formé à Liverpool, remplaça progressivement Robbie Fowler sur le front de l’attaque Red. Parmi ses nombreuses recompenses individuelles, celle de Ballon d’Or 2001 est la plus notable. Aujourd’hui consultant dans les médias principaux et propriétaire d’une écurie d’une centaine de chevaux de course dans le Cheshire (sud de Manchester – on devrait d’ailleurs le voir jockey en 2014, pour des oeuvres caritatives).

Particularité

Parmi les nombreuses originalités de ce club hors norme (fondation insolite, le Kop, etc.), l’existence de la Boot Room est peut-être la plus singulière. Au tout début des années 60 lorsque la révolution Shankly se mit en branle, cette petite pièce de 10 m2 adjacente aux vestiaires et qui servait jusqu’alors de remise à chaussures fut transformée en laboratoire d’idées… et en piège pour staff adverse (autour d’un whisky et dans la bonne humeur, on y extrayait volontiers des informations précieuses ; Brian Clough s’en méfiait tellement qu’il n’y mit qu’une seule fois les pieds ! Et pourtant, il aimait picoler).

Pendant plus de trente ans, divers managers et membres du staff Red – Shankly, Bob Paisley, John Bennison, Joe Fagan, Reuben Bennett, Albert Shelley, Geoff Twentyman, Ronnie Moran, Tom Saunders, puis Kenny Dalglish dans les années 80 – s’y réunirent pour discuter de stratégie ou du fameux Liverpool Way, cette ligne directrice ou philosophie du club censée se transmettre d’un manager à l’autre. La Boot Room fut détruite en 1993 pour aménager une grande salle de presse lors de la rénovation d’Anfield et la transformation du stade en all-seater (rapport Taylor post Hillsborough).

Kevin Quigagne.

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[1] Page 91 : « Je n’ai pas de préjugés raciaux mais si un nègre devenait mon voisin, je déménagerais, et la plupart des Blancs ferait de même ».

Reflet de l’époque sans doute où le racisme « débonnaire » était monnaie courante et s’exprimait à haute voix, comme on le verra prochainement dans une série de Teenage Kicks consacrée à l’histoire du football noir au Royaume-Uni.