Archive for the ‘Live’ Category

Série sans (trop de) bla bla, juste quelques photos cultes et leurs légendes.

Ouais enfin, un peu de bla bla quand même, mais juste ce qu’il faut. Ces perles sont tirées directement du Net ainsi que de plusieurs livres-photos style coffee-table books.

Vous avez de la chance, on refait un Concours cadeau, ça se passe aux # 9 et # 10 en fin d’article. Faut dire qu’il nous reste le joli cadeau England du dernier concours sur les bras, Dageek - le gagnant - n’est pas un grand fan des Three Lions et a préféré recevoir autre chose.

Pourtant, qu’il est beau notre cadeau England (état neuf, dans l’emballage d’origine), le kit du parfait supporter des Three Lions, idéal pour se faire agresser ou vandaliser sa voiture pendant l’Euro 2016 dans la joie et la bonne humeur, avec :

- 1 drapeau England 91 x 61 cms

- 2 drapeaux 38 x 25 cms avec hampe plastique pour accrocher aux rétros extérieurs de votre voiture, ou à vos oreilles si bourré ou sans caisse

- 1 pin’s England et 1 pin’s ballon, tous deux luminescents avec, s’il vous plaît, effet clignotant à la con (enfin, le fabricant décrit ça ainsi : « with dramatic blinking effect »)

Petit avertissement aux familles, surtout les respectables : Teenage Kicks est un blog pédagogique, ludique, pudique, plein d’autres -diques et même familial. Et oui, plein de lecteurs/trices bien sous tout rapport nous félicitent régulièrement pour nos concours sains et équilibrés à faire en famille, après l’église, autour d’une grande table ou d’une belle crèche. Ah, ces grands moments de complicité qui resserrent les liens tout en s’éveillant au monde merveilleux du football britannique, on en redemande. Toutefois, ce quatrième concours cadeau Noël Teenage Kicks est un poil plus festif et hardcore que les précédents. Bref, on vous conseille d’éloigner fissa p’tits Jésus, enfants et grands-mères si vous comptez participer.

[Comme d'hab' : cliquer sur les photos peut rapporter gros]

# 1. Mister Gadget

Mike Summerbee, vedette de Man City de la grande époque (brève fenêtre triomphale entre 1968 et 1972) et meilleur pote de George Best, se la pète avec ses gizmos dernier cri (Best, avec lequel il ouvrit notamment une boîte et des boutiques de mode, voir article).

# 2. Titi et sa boombox XL

Ah, ces excitants gadgets préhistoriques… Les jeunes d’aujourd’hui ne savent pas ce qu’ils ont raté. Et ouais, c’était comme ça avant l’Ipod, fallait se faire installer un tourne-disque dans son tableau de bord ou se trimballer un ghetto-blaster des familles. Petit clin d’oeil en forme de mini hommage pour cet immense joueur qui vient d’annoncer sa retraite sportive. Allez, faisons le pari, je suis sûr que même nos lecteurs irlandais apprécieront la photo.

# 3. La banderole la plus malavisée de l’histoire du foot ?


« 3 ans d’excuses et c’est toujours nul à chier. Au revoir Fergie »

Il y a 25 ans ce mois-ci, Man United est au plus mal et dégringole vers la zone rouge. Fin décembre, c’est la crise. La vraie, la dure, la tatouée. La saison précédente à été inquiétante (11è place, sandwiché entre deux minots, Wimbledon et le promu Millwall) et le bilan depuis la mi-novembre est catastrophique : 6 défaites et 2 nuls. Même le promu et grand rival Man City les a corrigés, 5-1 à Maine Road. Hors-champ, c’est tout aussi désastreux. Les affluences sont mauvaises (36-38 000, dix mille de moins que trois ans auparavant), le club est sur le point d’être vendu (bradé même) et les médias se délectent de rappeler que Man United n’a plus été champion d’Angleterre depuis 22 ans. Et pour rien arranger, l’ennemi juré Liverpool affiche une santé insolente. Alex Ferguson, en poste depuis trois ans, est très menacéThe knives were out », dira-t-il plus tard sur cette période).

Après une nouvelle défaite, à Crystal Palace, un supporter sort la fameuse banderole. La tribune extérieur l’acclame. D’autres supps sortent une bâche « Fergie Out ». On applaudit et approuve bruyamment. La presse mitraille le maudit bout de drap et Match Of The Day relaie la protestation le soir même.

De l’autre côté de Manchester, Howard Kendall, fraîchement nommé manager des Citizens, est pressenti pour succéder à Fergie. Il se dit que le propriétaire-président, Martin Edwards, a lancé l’ultimatum suivant à l’Ecossais pour le 7 janvier 1990, en 32è de FA Cup : « Si l’équipe ne bat pas Nottingham Forest la semaine prochaine, tu seras remercié. » Un Forest alors managé par Brian Clough et qui a fini 3è de PL la saison précédente. Bref, le défi est relevé.

Ce fameux 7 janvier 1990 arrive. Et le mini-miracle se produit. United bat Forest 1-0 au City Ground au terme d’un match très engagé. But de la tête de Mark Robins, un jeune inconnu issu du centre de formation qui n’avait que 180 minutes de foot dans les jambes cette saison-là. Le pion de Robins est immédiatement baptisé par les journaux « Le but qui sauve la peau de Fergie » (et aussi sa carrière de manager ? Possible car pas sûr que Siralex aurait continué – en Angleterre en tout cas – après cet échec).

Man United remportera la FA Cup quatre mois plus tard, finira 13è de Division One et gagnera la Coupe des Vainqueurs de Coupe la saison suivante. La suite, on la connaît. Comme quoi, les carrières tiennent souvent à peu de chose. Un but de la doublure du remplaçant en 32è de coupe…

Pete Molyneux, le supp à l’origine de la banderole, est devenu un people local. Mais la célébrité, c’est parfois dur à porter car comme il le dit dans cet article, « on n’a pas arrêté de me chambrer après ça ». On le croit volontiers.
Quand Fergie a raccroché en mai 2013, ce bon Pete a choisi l’auto-dérision à Old Trafford pour marquer le coup :

Dans la foulée, il a aussi sorti un bouquin, sur ses 50 saisons (plus de 2 000 matchs) à suivre son club adoré.

# 4. Ça s’éclate de partout

Sunderland-Leicester, 1er octobre 2000. Darren Eadie et Kevin Phillips (à droite) ont opté pour l’éclate soft tandis que Niall Quinn et Gerry Taggart préfèrent la version musclée.

Ce même week-end, Thierry Henry marquait le plus beau but de sa carrière, clip.

# 5. L’Avenir du foot anglais, selon le Daily Mail…

Photo de novembre 2007 paru dans le DM, sous un article intitulé : « 60 raisons de croire que l’avenir du foot anglais n’est pas aussi sombre qu’on pourrait le penser… »

Nul besoin d’être un grand connaisseur du foot anglais pour constater que peu de ces jeunes (alors âgés de 17-18 ans) ont réussi à ne serait-ce que s’imposer en Premier League et encore moins à continuer sur leur lancée internationale (seuls Theo Walcott et Micah Richards ont été capés chez les A). La plupart de ces ex futurs cracks évoluent aujourd’hui dans les divisions inférieures, surtout D3, quand ils jouent encore.

Ce qui n’est plus le cas de Michael Johnson, l’ex wonderkid pour lequel Liverpool voulait offrir 10m £ en 2007 et qui a raccroché début 2013, à 24 ans (carrière à la Lee Sharpe, en accéléré. Voir son superbe premier but en Premier League, à 19 ans). Ni du Citizen Scott Sinclair pourrait-on ajouter, disparu des radars depuis plus de deux ans (pourrait partir ou être prêté au mercato d’hiver).

A découper et à coller gentiment à la face du prochain mec qui vous assure mordicus que tel crack est destiné à une « énorme carrière ». Si seulement c’était aussi simple que ça…

# 6. Crowdsurfing

La foule aide un ado à accéder aux premiers rangs lors de ce Chelsea-Arsenal à Stamford Bridge, novembre 1947.

# 7. Eh Arsène, cherche plus, on t’a trouvé la solution : la Tufspin

Les problèmes d’Arsenal et les blessures ne datent pas d’hier. Bertie Mee, le légendaire manager Gunner (1966-1976) qui redora le blason des Canonniers après presque deux décennies de disette ventremouiste, se plaignait déjà de son infirmerie trop remplie et du nombre élevé de joueurs blessés, surtout au genou (souvent synomyme d’arrêt de carrière à cette époque).

Mee, kiné de formation, commanda de suite des caisses de Tufspin. Particularité de cette grolle « révolutionnaire et unique » lancée sur le marché britannique en 1971 (l’année du doublé historique championnat-FA Cup d’Arsenal) : les crampons de devant tournaient, ce qui permettait au joueur de pivoter sans effort et ainsi s’économiser physiquement (enfin, en théorie…).

Bertie Mee kiffa tellement qu’il en vanta les mérites dans un magazine sportif : « Grâce à ses crampons avants montés sur un disque rotatif, Tufspin réduit les risques de blessures au genou, surtout au niveau du cartilage, et accroît la vivacité du joueur. »

# 8. Youpi, c’est Noël

Il y a trois jours, à l’Emirates (vs Newcastle). Je veux pas cafter mais au vu de ces images, le coupable semble être Mathieu Debuchy.

Il y a trois jours, devant le Stadium of Light (Sunderland vs West Ham). Putain, je pars en commander un tout pareil à Papa Noël, idéal pour négocier les sorties de pubs.

La joyeuse troupe Harry & ses Chèvres vous souhaitent un joyeux Noël, sur l’air du Merry Xmas Everybody du groupe Slade (1973, ça nous rajeunit pas). Enfin, c’est surtout nous qui devrions leur souhaiter un joyeux Noël car les Hoops sont 18è et affronteront Arsenal à l’Emirates le lendemain de Noël. Bon courage les gars, on espère que vous resterez en PL, vous nous divertissez follement.

Ne ratez surtout pas le clip de QPR… Et dire que cette p’tite connerie (très diffusée au Royaume-Uni) rapporte chaque année à Slade environ 750 000 £ en royalties !

# 9 & 10 : Concours cadeau TK Spécial Noël en famille

Voici les questions du Concours cadeau TK Spécial Noël en famille :

1) Qui sont les deux pères Noël sur la photo ci-dessus ? (tous deux très connus)

Niveau gâteries en duo, on n’a toujours pas fait plus hardcore que le Roo et Cristiano (août 2006, Man United v Sunderland). On en a vu pourtant de drôles sur les terrains depuis :

2) C’est quoi qu’est mieux ? Se faire…

a) fister par El Apache ?
b) sucer par CR7 ?
c) embrocher par Lamps ?

Je me suis réuni devant un huissier de justice et j’ai décidé de quoi qu’était le mieux, sur des critères précis que je ne peux malheureusement vous divulger. A vous de jouer. Fournir une raison à vos choix augmenterait vos chances de remporter notre fabuleux cadeau kit England. Vous avez une semaine.

Kevin Quigagne.



Dans la même série :
Photos insolites du foot british (1)
Photos insolites du foot british (2)

Le football grand-breton, ses instances nous répètent à l’envi depuis vingt ans, est un modèle d’intégration pour les non-Whites. Et il est indéniable que le  chemin parcouru cer dernières décennies est colossal. Mais terre d’accueil, le Royaume-Uni ne l’a pas toujours été et on a peine à mesurer à quel point la gravité de la situation il n’y pas si longtemps.

Voir introduction de ce dossier.

On estime qu’entre 1875 et 1914, les années formatives du football britannique, une vingtaine de joueurs noirs ou métis/non-blancs évoluèrent dans des clubs de Football League anglaise et écossaise (D1 et D2). Parmi eux, Andrew WatsonArthur Wharton et Walter Tull sont, de loin, les plus connus. L’histoire du football britannique antérieure à la Première Guerre mondiale n’a malheureusement gardé aucune ou peu de trace des autres (hormis John Walker, les Frères Cother à Watford, Fred Corbett et Hassan Hegazi), simplement quelques noms (et encore) dans les listes de joueurs.

Nous continuons notre voyage à travers l’histoire du football noir britannique (liens des volets précédents en bas d’article) avec deux pionniers de la période des années 1900 à l’avant-guerre : John Walker et Walter Tull.

[Comme d'hab', cliquez sur les photos pour les agrandir]

# 3. John Walker (1875 ou 1878-1900)

[Ni photo disponible sur Internet, ni fiche Wikipedia]

John Walker est le premier professionnel noir du football écossais et le premier Noir et premier joueur de champ noir de Football League anglaise (Andrew Watson, # 1, n’évolua pas en Football League).

C’est au début des années 2000 que des recherches établissent avec certitude que Walker (de père trinidéen et mère écossaise) joua professionnellement comme ailier pour le club de Leith Athletic (D2 écossaise, près d’Edimbourg), en mars 1898. L’arrivée de Walker ne passa pas inaperçue, les journaux de l’époque écrivant par exemple, en titre ou en commentaire :

« Belle prestation de “Darkey” Walker »

[le terme Darkie/Dark(e)y - bronzé, basané - fut l'épithète systématiquement collé par une partie de la presse à beaucoup de joueurs noirs jusqu'aux années 50, sans que cela ne dénote nécessairement une hostilité particulière. De fait, John Walker était très populaire parmi les supporters écossais, voir plus bas].

« Leith Athletic nous offre le spectacle unique d’un joueur de couleur évoluant dans l’équipe, un transfuge de Leith Primrose [petit club local] originaire d’Afrique noire ou ses environs. Ce nouveau joueur de couleur constituera une attraction à lui seul. »

En octobre 1898, Walker est recruté pour 50 £ par les voisins de Heart of Midlothian (D1). A Hearts, cet ailier gauche virevoltant touche un bon salaire (7 £/mois, soit le double d’un ouvrier) mais perd sa place après une dizaine de matchs et se retrouve réserviste.

En juin 1899, Lincoln City  (D2 anglaise) l’achète 25 £. Joueur technique (un poil croqueur, notent les journaux de l’époque), excellent centreur et souple (utile pour composer avec l’extrême rudesse du jeu), ce showman doté d’une grosse frappe des deux pieds ne pourra pleinement exprimer son talent bien longtemps. Pour raisons de santé, celui que les supporters surnomment « Wilkie » n’est guère aligné avec l’équipe première et, comme à Hearts, il doit jouer les coiffeurs. Une suspension pour un sérieux écart de conduite (dont on ignore la nature) le contraint à retourner en Ecosse fin 1899. La tuberculose l’emporte dans la fleur de l’âge en août 1900 (officiellement à 22 ans mais probablement 25).

Dans ses travaux séminaux sur John Walker, David Speed, historien de Hearts et du football écossais, note que Walker était très populaire auprès des supporters, aussi bien en Ecosse qu’à Lincoln, et eut même un fan club à Hearts ! La presse de l’époque, friande de sondages et autres classements de popularité (déjà !), ainsi qu’une gazette sportive écossaise le placèrent deuxième joueur le plus aimé des supporters Hearts, et ce malgré son faible nombre d’apparitions.

# 4. Walter Tull (1888-1918)

Walter Tull est le premier joueur de champ professionnel noir/métis à avoir évolué en D1 anglaise.

Né en 1888 dans le sud de l’Angleterre d’un père barbadien (fils d’esclave) et d’une mère anglaise. Avant même sa préadolescence, sa courte vie est déjà marquée par le malheur : ses deux parents sont décédés à deux ans d’intervalle et sa tante ne peut plus s’occuper des six enfants Tull. A 8 ans, il est envoyé dans un orphelinat de l’est londonien.

D’abord amateur dans un club local (Clapton FC), Tottenham, promu en D1, lui offre un contrat professionnel en 1909 alors qu’il finit son apprentissage en imprimerie. Il dispute une dizaine de matchs pour Spurs comme inside-forward (« inter » - sorte d’attaquant de soutien placé entre l’avant-centre et l’ailier dans ce dispositif, populaire jusqu’en 1925 et l’avénèment du WM).

Rapidement, il subit le racisme de la part de spectateurs. Cet article de la BBC rapporte un extrait de compte-rendu d’un Bristol City-Tottenham paru dans Football Star début octobre 1909. Le journaliste est révolté par ce qu’il a entendu dans les tribunes :

« Une partie du public a lâchement attaqué Walter Tull verbalement, dans un langage répugnant. Je voudrais dire à ces hooligans de Bristol (une minorité parmi les presque 20 000 spectateurs)  que  Walter Tull est un homme irréprochable et un modèle pour tout footballeur blanc, amateur ou professionnel. Aujourd’hui, il a été le meilleur avant-centre sur le terrain. »

Ce match contre Bristol City marquera un tournant dans la carrière de Tull. Après cet incident, il sera surtout aligné avec la réserve Spurs. Les raisons de cette soudaine mise à l’écart restent mystérieuses mais pour Dan Lyndon (enseignant et auteur de Walter Tull, Footballer, Soldier, Hero), Tottenham fut embarrassé par l’embryon de controverse qui se développa et voulut ainsi éviter toute fâcheuse redite.

Eté 1911, le club décide de le transférer. Il ne rejouera plus jamais en Football League. En octobre 1911, Tull part à Northampton Town, un club semi-pro ambitieux de Southern League, située directement sous la Football League professionnelle (alors juste D1 et D2). Les Cobblers sont dirigés par un grand innovateur qui deviendra un manager légendaire : Herbert Chapman. Tull y joue milieu jusqu’au début de la première guerre mondiale (111 matchs, 9 buts) et y devient une figure populaire. Les Glasgow Rangers s’intéresseront même à lui mais la guerre éclate et il se porte illico volontaire pour partir au front.

C’est chose faite en novembre 1914 (il s’engage avec le fameux Footballers’ Battalion). En 1917, il devient le premier officier noir de l’infanterie [1] (lieutenant), malgré un réglement militaire interdisant l’accession à ce rang à tout « nègre ou personne de couleur » (« seuls les hommes de pure descendance européenne peuvent devenir officier », stipulait le Code des Armées) car, voulait la croyance de l’époque, des Blancs n’auraient jamais accepté de se faire commander par un Noir.

Un corps d’armée où, dans des correspondances officielles, on utilisait des expressions telle que woolly-headed nigger (nègre aux cheveux crépus) pour parler de l’homme noir. Par sa grande compétence, son humanité et son courage, Tull avait fait tomber quelques barrières que l’on croyait immuables.

Il meurt au combat dans le nord de la France le 25 mars 1918, à 29 ans. Le commandant de son bataillon écrit ces mots au frère de Walter Tull :

« Walter était aimé de tous dans le bataillon. Il était très courageux et conscientieux. Le bataillon et la compagnie ont perdu un officier loyal et, à titre personnel, j’ai perdu un ami. »

Pendant très longtemps, jusqu’à la fin des années 1990, la seule trace de Walter Tull fut un simple nom, noyé parmi 36 000 autres sur ce mémorial d’Arras.
En 1999, le club de Northampton Town a érigé un mémorial près de son stade de Sixfields (à 5′20 dans ce clip sur W. Tull [2]) et obtenu de la mairie que l’avenue qui mène à Sixfields soit rebaptisée en son nom. Une statue serait également (vaguement) en projet près du futur stade de Tottenham.

Kevin Quigagne.

Les volets précédents :
(1) Introduction. Les premiers Blacks du football britannique
(2) Andrew Watson. Les premiers Blacks du football britannique
(3) Arthur Wharton. Les premiers Blacks du football britannique

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[1] A noter que contrairement à ce qui se lit sur ce sujet, Walter Tull ne fut pas le premier Noir officier de l’armée de terre, mais le premier dans l’infanterie. En effet, l’armée de terre avait promu deux officiers noirs dans sa division médicale avant lui. Merci à Rob Wickens pour cette précision (historien de Northampton Town et auteur de From Claret to Khaki: The Life of Walter Tull).

[2] A voir également sur W. Tull :

a) ce passionnant documentaire signé de BBC Four, le Arte anglais.

b) Walter’s War, téléfilm réalisé par BBC Four en 2008 et régulièrement rediffusé sur la BBC.

(ces deux productions BBC Four se sont directement inspirées du livre de Rob Wickens précité).

c) ce fascinant clip où Ian Hislop raconte l’histoire de W. Tull (Hislop est très célèbre au Royaume-Uni, comme homme des médias et journaliste - notamment rédac’ chef de Private Eye). Phil Vasili, historien du football noir britannique (voir volets précédents), apporte sa contribution ainsi qu’un éclairage sur les préjugés de l’époque.

d) ce court clip où l’auteur Michael Morpurgo parle également de W. Tull.

Enfin, la vie et carrière de Walter Tull en photos.

Je finis l’année vénère. Il est temps de cracher mon fiel.

L’an dernier, mes dix trucs à bannir étaient plutôt mœlleux. Mais l’époque se radicalise alors cette saison, j’ai sorti la Kalach et j’arrose.

[Cliquez sur les photos pour les agrandir]

# 5. Les médias qui big up les clubs lambda qui s’la pètent

[...] La réponse principale au concours cadeau est : Daniel Riolo.

Les réponses subsidiaires : Brisbois, Auclair, Pauwells (sûrement conditionné par son compatriote Philippe Albert).

Les gagnants sont : Bastien, Xavier, Sonic et Incendie Paillot qui font un 2/5 (40%), score assez minable mais les autres participants faisant 1/5 ou 0/5, ces petits compétiteurs l’emportent par défaut.

J’ai toujours pas décoléré, donc, comme promis, pas de cadeau. De toute manière, 40 % mériterait plutôt deux heures de colle qu’une récompense alors estimez-vous heureux et remerciez-moi de ne pas vous censurer temporairement ou à vie.

Vous pourrez vous rattraper au merveilleux Concours de Noël TK dans quelques semaines, avec un vrai cadeau à la clé. Je préfère vous prévenir : ça sera peut-être un cadeau-reject de mon Christmas anglais, vous savez, l’un de ces trucs stupides qu’on reçoit et qu’on cherche à refiler le plus vite possible. Ça ou un livre/magazine de foot anglais (mais n’allez pas cracher dessus pour autant, y’a des millions de petits pauvres qui rêvent de recevoir ne serait-ce qu’une mandarine à Noël, alors commencez pas à chouiner).

Nb : ça ne sera pas du style « Concours de Noël en famille autour du sapin et de la crèche » hein mais un truc hardcore où votre sagacité sexuelle sera testée. Vaudra donc peut-être mieux éloigner les p’tits Jesus, enfants et grands-mères avant d’y participer. Enfin, vous faites comme vous voulez.

Total Respect.

Total Respect.

# 6. Les supporters de la « BPL »

BPL = Barclays Premier League. BPL, c’est comme ça qu’une chiée de néo-Footix dangereusement contaminés par le virus corporate l’appellent. Exemple de phrases navrantes trouvées sur google :

« Les joueurs sud am déchirent tout en BPL cette saison »

« Mignolet et Cech c’est le top en BPL »

« La BPL est la ligue de soccer anglaise de première division » (sic)

« La BPL est un championnat avec ses leaders et ses relégables, mais avant tout un championnat ou voir Sunderland battre manchester utd est chose (presque) courante »

(euh, pas vraiment non - seulement deux fois depuis le lancement de la PL - mais passons).

Je ne vous cache pas mon inquiétude pour la nouvelle génération qui a grandi à coup d’acronymes, de hashtags et de foot virtuel. Je refuse cependant de condamner. Il faut avant tout écouter, dialoguer et éduquer. Ces jeunes Padawans ont probablement simplement péché par ignorance. Peut-être se sont-ils simplement égarés et attendent avec anxiété une lanterne pour éclairer leur chemin, une lumière pour les inspirer, une main pour les guider, un doigt pour leur indiquer la voie. Je peux être cette lanterne, cette lumière, cette main, ce doigt.

En attendant de trouver mon doigt et tout le reste les gars, si vous lisez mon message pédagogique, sachez qu’il n’y a QU’UNE seule Premier League au monde, c’est l’anglaise, et donc la seule abréviation possible est PL, ou, à l’extrême extrême limite, EPL (English Premier League).

BPL, sans déconner…


La seule vraie BPL                                                   Virez-moi tous ces guignols

# 7. Les consultants/journalistes dinosaures

Comprendre : le vieil « expert » ex-pro qui nous les brise menu à longueur d’année avec son foot à papa. Le gus a joué dans les années 60, 70 ou 80, bien avant le Big bang (l’arrivée de la Premier League) et n’a pas actualisé son disque dur depuis des décennies. Enfin, façon de parler car l’ordi n’existait pas quand il jouait.

Tantôt amer, tantôt nostalgique, mais souvent archaïsant, on jurerait le consultant/journaliste dinosaure tout droit extrait d’une capsule temporelle enterrée dans les Seventies et que l’on vient de déterrer. Il utilise le langage du passé et tend à tout juger à l’aune de ce « bon vieux temps » ultra folklorisé et sublimé, une espèce d’Arcadie footballistique idéalisée et figée dans un passé mythifié qui n’a jamais existé ailleurs que dans son imagination.

Ce Zemmour du ballon rond, qui ferait presque fait passer feu Thierry Roland pour un progressiste enragé, aime commencer la semaine sur les ondes en tartinant sur les inévitables « polémiques » du week-end et en se demandant tout haut, sur l’air du « Ah, elle est belle l’Angleterre du foot, tiens ! », ce qu’auraient dit/fait/pensé Bill Shankly ou Brian Clough à la place de X ou Y (en général, un manager étranger dézinguable en toute sécurité), sans intégrer dans son questionnement-raisonnement la légère évolution des choses depuis Shanks et Old Big ‘Ead (surnom de Clough).

Au travers des inflexions et tics langagiers du consultant/journaliste dinosaure, transparaît une influence marquée de cette rhétorique politique de type passéiste qui revient en boucle dans les débats d’actualité ou sociétaux, cf ces nombreuses références mélancoliques diffuses des uns et des autres aux figures tutélaires d’antan (Churchill, Thatcher, Scargill, Michael Foot, etc. - De Gaulle, Jaurés ou Blum en France, voire même Jeanne D’Arc pour les plus obscurantistes. Sont aussi probablement mentionnés : les Plantagenêts, Guillaume le Conquérant, Clovis et ce bon Pépin le Bref).

# 8. Les publicités de partis politiques dans les stades

Si le réglement de la fédération anglaise interdit aux spectateurs de brandir des affiches/banderoles à caractère politique ou syndical dans les stades anglais, il laisse en revanche aux clubs toute latitude en ce domaine. Et dans les clubs de D4 et non-League (sous la Football League - D2 à D4), là où le financement est souvent problématique, il n’est pas rare de voir des partis ou députés se faire mousser sur les panneaux publicitaires ou dans les encarts du programme de match (ainsi que des syndicats sponsoriser des petits clubs, surtout par le passé).

La plupart du temps, on ne fait guère attention à ces incursions. Mais UKIP, c’est différent, on les remarque et ça fait un peu couiner les dents. Perso, je mettrais tout le monde d’accord en boutant tous ces partis hors des stades, z’ont rien à y faire. Surtout UKIP.

En mai 2015, se tiendront les General Elections, on élira les 650 députés britanniques et le leader du parti vainqueur sera nommé Premier Sinistre. Une nouveauté : l’arrivée fracassante sur la scène politique de UKIP, UK Independence Party.

UKIP c’est le new kid on the block qui inquiète les trois Gros (Labour, Conservatives & Lib Dems), surtout les deux premiers, qui se partagent 86 % des députés de la House of Commons. UKIP est le premier acteur politique depuis un bail à pouvoir tailler des croupières au duopole précité. Enfin, en théorie car UKIP n’a jamais eu de député* et ne risque pas d’en avoir des masses en mai prochain, une poignée au maximum (because le système électoral british, le first-past-the-post, scrutin uninominal majoritaire à un tour). Leur présence obligera tout de même Travaillistes et Conservateurs à durcir leur programme et composer avec eux (et plus si affinités -  ententes, magouilles), surtout évidemment dans les 200 circonscriptions étiquetées swing seat ou marginal seat, là où l’avance du député sortant ne dépasse pas 10 %. Avec UKIP dans le rôle d’arbitre et Conservateurs & Travaillistes au coude à coude, la baston promet donc d’être chaude (ci-dessous la 15-day average trend line of poll results from 6 May 2010 to 7 November 2014. En rouge, les Travaillistes ; bleu, Conservateurs ; jaune, Lib Dem ; violet, UKIP).

UKIP, c’est nouveau, c’est europhobe, c’est caricaturalement populiste, ça défouraille tous azimuts sur l’étranger, l’immigré, Bruxelles, l’establishment politicard britannique, la mondialisation, les impôts, donc ça cartonne dans les sondages : approx. 33 % de « capital sympathie » et 16 % d’intention de vote. Et ça commence à bien s’engraisser (merci les généreux donateurs ex Conservateurs, tel le businessman Paul Sykes qui a leur déjà filé 7m £) et donc à s’offrir des espaces pub un peu partout, comme ci-dessus à Aggborough, le stade de Kidderminster Harriers FC (D5), voir article.

Le leader de ce parti férocement eurosceptique est Nigel Farage, ci-dessous, un ancien de la City scolarisé dans une école à 30 000 £ l’année, un mec qui connaît donc bien la vraie vie quoi.
Derrière la façade perma-bronzée de ce bateleur hors pair au demeurant sympathique (dans un style chiraquien : proximité, picole, goût des campagnes électorales), aux antipodes de son prédécesseur (le très coincé Robert Kilroy-Silk), se cache en réalité un dangereux politicien, qui rêve de tout privatiser, de quasi supprimer la BBC TV (qu’il considère probablement comme horriblement « gauchiste »), un type qui admire Putin et fricote au parlement européen avec le parti polonais d’extrême droite Nowa Prawica, dont le Führer est le grand démocrate Janusz Korwin-Mikke (anti état, anti système électoral, raciste, sexiste et négationniste). Apercu de ses idées dans ce clip intitulé “What the Ukip leader really thinks“).

Starifié par les tabloïds quand il insulta Herman Van Rompuy, alors président de l’UE (clip), Farage semble prôner un « modèle » de type libertarien, l’anarchie économique quoi. Je dis « semble » car le discours UKIP est très fluctuant, sans doute une stratégie pour ratisser le plus large possible (mais pas forcément car pas sûr qu’ils aient de quelconque stratégie hormis leur axe anti-EU, anti-immigrés. Faut dire que la cohérence et UKIP, ça fait deux, ils s’adaptent au gré des opportunités et humeurs populaires en un temps record. Dès qu’on leur pose des questions précises et argumentées, ça se décompose vite. Enfin, passons car si on commence à s’attarder sur les apories du discours UKIP, on y sera encore à Noël).

Bref, UKIP n’est pas franchement très rassurant et on peut déplorer, en dehors de toute considération politique (sort of), qu’un club de football ait jugé judicieux de les accueillir. Alors évidemment, comme beaucoup de petits clubs pros, « Kiddy » est dans le rouge et le Trust des supporters (KHIST) a même dû leur filer une rallonge à l’intersaison pour payer les salaires. OK, hormis quelques clubs financés par un sugar daddy généreux, personne ne roule sur l’or dans ces divisions, mais bon UKIP, ça fait sacrément tache.

[*enfin si, deux depuis peu - élections partielles - mais c'était des transfuges du parti conservateur déjà députés, des Frondeurs qui ont utilisé un trou de souris juridique pour démissionner du parlement et se représenter sous l'étiquette UKIP. Par ailleurs, UKIP compte 24 eurodéputés, dont Nigel Farage]

# 9. Les supporters girouettes

Bon, prenons un exemple précis et parlant… qui pourrais-je donc bien choisir en toute objectivité-neutralité-impartialité… des supps d’un club passe-partout qui changent souvent d’avis et avec fortes amplitudes… Oh la la la, y’en a pas mal de ces clubs avec supps girouettes mais bon faut en choisir un, donc… je sais pas, au hasard, voyons… euhhhhhhhhh… je sais pas, mettons Newcastle United, mais vraiment au hasard alors.

Depuis 2011, leurs supps sont plus volages qu’une horde de Don Juan hyper testostéronés. Because Pardew bien sûr. Un vrai conte footballistique des temps modernes en multiples actes, voici les principaux :

Décembre 2010 : Pardew remplace Chris Hughton, à la surprise générale puisque le club est 11è. Le Londonien est accueilli très froidement, because : a) c’est un Londonien, comme Mike Ashley et Dennis Wise, l’ex bras droit d’Ashley et poil à gratter de Kevin Keegan deux ans plus tôt b) il n’a pas prouvé grand-chose.

Saison 2011-12 : encensé après la 5è place des Magpies. Est surnommé « Pardiola » sur les bords du Tyne et élu Manager Premier League de l’année par la LMA (League Managers Association).

Saison 2012-13 : Avant d’être flingué en 2012-13 (Newcastle 16è) puis définitivement achevé en 2013-14 avec moultes protestations anti-Pardew dans le stade et la ville (manifs, bus anti-Pardew & Mike Ashley). On entend un max de « Pardew est fini », « Pardew est mort », « Pards est grillé, il n’a plus d’avenir en PL », etc.

Début de saison 2014-15 : déchaînement sur les réseaux sociaux, avec notamment le fameux sackpardew.com. C’est officiel : le mec est un bon à rien et sa tête doit tomber.

Et pis, à partir de mi octobre 2014, miraculeux regain de forme : Newcastle aligne 5 victoires de suite en PL et passe de la dernière place ex-aequo au haut de tableau. Du jour au lendemain, Pardew est réhabilité et redevient le messie qu’il était en 2011-12 (« Vraiment un super manager, son coaching est impressionnant, il faut qu’il reste » ai-je entendu plusieurs fois… après avoir entendu le contraire des mêmes personnes deux mois avant). Etonnant que personne n’ait créé Pleasedon’tsackpardew.com.

# 10. Les prédictions à la con des « experts »

Surtout de ceux qui « awfulise » sans arrêt comme disent les psychiatres anglais, les Cassandre, les catastrophistes professionnels, les adeptes de la dystopie permanente, les fanas de l’Apocalypse, les doom merchants. Cas d’école : Southampton FC. A l’intersaison, les Saints perdent la moitié de leur ossature et là, grosse panique chez TOUS les observateurs du foot anglais (les Cahiers feront livrer une Dacia haut de gamme à celui qui, preuves à l’appui, nous trouve un gars qui était serein sur leur saison à venir à l’intersaison). Bim, les mecs passent l’été à noircir papier ou écran sur le thème du « Mon Dieu, quel terrible exode, Soton va se vautrer, les Saints ne s’en remettront jamais, ils vont descendre » etc. Koeman arrive, recrute malin et on connaît la suite.

Y’a même un mec spécialisé dans le football anglais et qui se vante de bien le connaître depuis un bail qui écrivait début juin : « Bref, il risque de plus rester grand monde au 31 août. Le dernier sorti éteint la lumière… »

Ah, ah, quel blaireau, un vrai Footixón comme pourraient dire les Espagnols.

J’imagine que vous mourez d’envie de savoir qui est ce Footix de troisième zone, hein ?

Ben c’est…






































































































… Kevin Quigagne…






























Kevin Quigagne (KQ qui a la honte et qui va aller se cacher sous un pouf et y rester jusqu’à Noël).

Je finis l’année vénère. Il est temps de cracher mon fiel.

L’an dernier, mes dix trucs à bannir étaient plutôt moelleux. Mais l’époque se radicalise alors cette saison, j’ai sorti la Kalach et j’arrose.

Bon, pis y’a un Concours cadeau aussi, le cadeau est pas génial (si Kdo y’a) mais vous aurez sûrement une idée alors autant y participer.

Concours cadeau TK

C’est bientôt Noël et faut fêter ça paraît-il. Alors, forcé et contraint, on organise le quatrième concours cadeau TK. La question est au # 5, faut deviner le nom d’un célèbre et remarquable journaliste/consultant de foot français, un mec exceptionnel. Plutôt piégeux à mon avis mais je ne veux pas vous influencer.

Bon, j’viens de réfléchir, pour le cadeau en fait c’est pas sûr du tout, ça dépendra de mon humeur, j’verrai si j’ai décoléré d’ici jeudi. Ça dépendra aussi de quel club anglais vous supportez bien sûr, on offre pas nos beaux cadeaux comme ça à n’importe qui, normal.

# 1. Le Wenger bashing


Banderole déployée lors du WBA-Arsenal d’avant-hier (0-1)

Marre des chouineries d’un tas de supps Gunners depuis des années, en évidence dans les phone-ins des stations de radios anglaises, à commencer par les animateurs eux-mêmes, tel Adrian Durham sur Talksport (présentateur vedette d’obédience trollesque) qui ne jouit jamais autant que quand il allume Arsène, dans sa quotidienne The Daily Arsenal par exemple. On sature vraiment là…

Certes, on pourrait sûrement reprocher pas mal de choses à Wenger ; son agaçante cécité sélective, qui se déclenche quand l’arbitre avantage son équipe (”Sorry, I didn’t see it“), le fait qu’il ne sache toujours pas zipper sa doudoune (elle lui a encore foutu la honte ce week-end) et ses occasionnelles erreurs digne d’un entraîneur corpo. Mais il fait ce qu’il peut avec ce qu’il a (un board longtemps radin et vraiment bizarre) et ce qu’il a accompli devrait forcer le respect permanent. Au lieu de ça, la moitié des supps Gunners semble passer leur temps à chouiner et se lamenter.

Mais peut-être les supps Gunners préféreraient-ils échanger leur standing et jouer à Vis ma vie de raté avec leur dispendieux voisin et éternel loser Tottenham, hein ?

Bande d’ingrats va, vous méritez à peine de supporter MK Dons tiens*.

[*petite anecdote marrante : j'ai tweeté ça hier soir ("Bande d'ingrats etc.") et ça a été RT par les mecs de MK Dons, ces cons n'ont pas capté que je me foutais d'eux. Quelle bande de nases alors].

# 2. Les supps qu’encouragent l’adversaire

L’an dernier, je pouffais sur ces risibles « écharpes de l’amitié » (# 4). Cette année, c’est une nouvelle mode inquiétante qui m’irrite les poils de partout : les mecs qu’encouragent leur adversaire du jour.

Comme sur le fil Twitter des supps français de Sunderland (ouais ouais, ça existe, y’a vraiment des Français qu’habitent en France, qu’ont jamais foutu les pieds à Sunderland et qui supportent les Black Cats ; j’ai pas encore encore décidé si c’est classe ou grotesque. Pour moi qui supporte Sunderland, c’est un vrai cas de conscience auquel il me faut réfléchir, je suis partagé, faut que j’appelle SOS Philosophes - mais je pencherais plutôt pour la 2).

Exemples relevés sur ce fil Sunderland : « Bon match aux Spurs » (13 sept.) et « Bon match aux Toffees » (9 novembre).

Allez, encore des clap clap et une poignée de main. Notre foot suivra-t-il ce triste chemin ?

Et oh les Bisounours, c’est quoi ce délire, vous vous croyez où là ? On dirait Questions pour un Champion avec ses candidats qui s’applaudissent non-stop les uns les autres et jouent à qui va faire exploser le premier le salamalèkomètre (après avoir fait exploser le pauvre buzzer sur lequel ils tapent comme des bûcherons shootés au crack).

Arrêtez-nous illico ces courbertinages hein, on vous a jamais appris les mauvaises manières de stade ? On n’encourage JAMAIS ses adversaires, au mieux on les ignore, au pire on les déteste. Au moins le temps d’un match évidemment, car après, rien n’empêche de trinquer ensemble (même avec ceux de MK Dons, eh ouais, même avec eux, ben ouais, on est comme ça les vrais supps, on se pourrit mais on sait aussi fraterniser - bon après, rien n’interdit de glisser un peu de mort aux rats dans les pintes des MKistes mais bon, c’est de bonne guerre. De toute manière ils n’auraient jamais dû voir le jour, alors bon, c’est pas comme s’ils avaient une existence légale, hein).

# 3. La prolifération de titres niais et farpaitement inutiles

Dans la presse je veux dire, je parle pas des titres style « Vainqueur de la Coupe des villes de foires » que certains clubs insignifiants ont décroché, parfois sur un gros malentendu (pas de nom mais bon, suivez mon regard).

Titres qu’on trouve même dans les journaux dits « de qualité », les broadsheets (souvent appelés quality newspapers). Du genre :

« Prochaine journée de championnat : le manager de X déclare que son équipe peut battre Y »

(A-ton déjà entendu un manager dire le contraire dans toute l’histoire du football ?)

ou

« Michael Owen pense que Chelsea a une bonne chance de finir champion »

(un grand prophète ce Michael Owen).

# 4. Les supps qui s’ font leur sandwich en tribune


Un Glory Hunter se tartine un casse-dalle peanut butter pendant le Man City-CSKA Moscou du mois dernier. C’est nouveau, ça vient de sortir et ça file le bourdon.

L’an dernier, je vous présentais un nouveau profil de supporter particulièrement navrant, le spectateur-Thermos (# 6). Cette saison, une nouvelle race encore plus déprimante a fait son apparition : le supp-qui-sort-le-matos-pour-se-préparer-leur-sandwich-en-plein-match.

Là, j’avoue que les mots me manquent pour commenter cette photo, ces cons m’ont scotché. Je sais pas moi, si le mec a vraiment faim, il peut pas sortir une pomme ou une banane ? Ça serait plus rapide et pratique que d’ sortir son sac pique-nique, non ?


Rigolez pas, c’est probablement déjà dans un stade près d’chez vous.

What next bordel ?… Des coins cuisines en tribune pour s’faire sa popote à la mi-temps ? Des hôtesses, en attendant les robots, qui passeront dans les travées avec des chariots McDo ? Des superettes dans les coursives ? On peut franchement se demander si les buvettes existeront encore dans dix ou quinze ans. Les amateurs de la pause jambon-beurre-pinard des buvettes d’antan (dont bibi) commencent franchement à flipper.


On manque justement de faiseurs de sandwichs en G-B, cool pour le mec sur la photo.

Une déliquescence qui aurait rendu vénère Raoul Volfoni (Bernard Blier) dans les Tontons flingueurs. Raoul et son mythique : « On n’est quand même pas venus pour beurrer les sandwichs. »

Et ben si Raoul, et ben si, te répondrait effrontément le type sur la photo, « Je suis bien venu assister à ce match hyper important de Ligue des Champions pour beurrer mes sandwichs, au beurre de cacahuète en plus. Et alors, ça te fait hyperventiler ? »

(Non, Raoul, non, du calme, repose cette mitraillette, non Raoul, range ton porte-avion, fais pas un carnage, ne ventile pas aux quatre coins du stade à cause de ce demi-sel, ce n’est qu’un cave).

# 5. Les médias qui big up les clubs lambda qui s’la pètent

Prenons un exemple au hasard de club ordinaire qui, pour d’obscures raisons, se retrouve bigged up comme pas possible dans les médias et qu’on nous présente régulièrement comme un Real Madrid en puissance.

Allez, au hasard, prenons, je sais pas moi, qu’est-ce qu’on pourrait prendre… voyons voir… un club lambda qui se la pète bien… qui pourrais-je donc bien choisir… allez, je sais pas, mettons Newcastle United, mais vraiment au hasard. Que n’entend-on pas, sans arrêt, sur ce club qui attirait 6 000 spectateurs y’a pas si longtemps (j’invente rien) et qui a gagné des queues d’ navet depuis 1969 (et encore, leur Coupe des villes foireuses c’était sur un énorme malentendu, voir ici). Florilège : a) « Immense club », b) « Grand club historique », c) « Un grand stade », d) « Un stade toujours plein » e) « Club encore en Ligue des Champions y’a pas si longtemps », etc. Pulvérisons ces grotesqueries avec des FACTS :

a) Un immense club ? … Aucun titre national de D1 depuis 1927.

b) Grand club historique ? … Argument ridicule : tous les clubs sont historiques.

c) Un grand stade ? … Ouais, et alors, ça prouve quoi ? Le National FC de Manaus joue aussi dans un grand stade. Idem pour MK Dons, Sheffield United, Coventry, FC Bari et des dizaines d’autres à travers le monde.

d) Un stade toujours plein ? … Ouais, comme 90 % des clubs de PL.

e) Club encore en Ligue des Champions y’a pas si longtemps ? … Euh, « y’a pas si longtemps », Blackburn aussi était en Champions’ League, Liverpool dominait le football européen, Luton et Wimbledon faisaient régulièrement trembler l’élite, Forest et Aston Villa était champion d’Europe avec des anonymes, on pouvait finir vice-champion d’Angleterre avec d’illustres inconnus (Watford, 1983) et Carlisle United était 1er de D1 (1974).

Pffff.


Avant la méga hype, y’avait pas grand monde à Saint James’ Park dis donc.

Et tout ça juste parce que Newcastle était blindé y’a vingt ans (record du montant de transfert battu en 1996 avec Alan Shearer), que pas mal de Frenchies y ont joué, que Ginola y a flambé, et que comme El Magnifico est sympa, célèbre et toussa, alors on adule NUFC pavloviennement en réécrivant l’histoire au passage. Et comme par miracle NUFC, anonyme club habitué à la D2 jusqu’au début des Nineties, devient un superclub devant lequel on devrait tous se prosterner dans une admiration béate et servile.

Ben moi je dis Non, Non, Non, basta, y’a des gens qui souffrent en silence à cause de ces mensonges, il faut dénoncer haut et fort ce scandale. Dénoncer ce lavage de cerveau permanent, cette mascarade, ces tartufferies orchestrées par les ayatollahitos de la pensée unique. Je suis pas nombreux dans ma bande mais j’ai un allié de poids, un soutien inattendu, un journaliste/consultant très connu qui n’est autre que _______.

Et ouais, étonnant mais c’est le seul journaliste/consultant qu’est jamais tombé dans ce piège grossier. Parce qu’on la lui fait pas à ce grand connaisseur, on le dupe pas comme ça lui, oh non. Alors quand B________, ________, ________ (sûrement conditionné par son compatriote ________  _______t) ou un auditeur-Footix nous entonnent leur désolante antienne du « Newcastle-immense-club-historique-avec-des-supporters-uniques », ben mon ________ il les tacle, il leur fait une ordonnance sévère, il les ventile aux quatre coins du studio.

Félicitations ________, merci et continue à refuser cette soupe infâme servie en boucle par les Driblous de tous poils, les Super Victor des médias foot aveuglés par la hype et autres rhéteurs révisionnistes. Et si décides un jour d’écrire un bouquin sur les grands mythes du football ou, mieux, de prendre les armes sur ces questions pour bouter ces Goalix hors des ondes, tu peux compter sur moi, je serais à tes côtés dans ton juste combat. Jusqu’à la mort.

¡No pasarán! ¡Hasta la Victoria Siempre!

Question Concours cadeau* : Qui est donc ce merveilleux journaliste/consultant ?

Et pis donnez-moi svp le nom des 3 autres journalistes/consultants + celui de l’ex joueur pro pendant que vous y êtes (surtout les deux derniers noms car bel indice, les 2 derniers ne sont pas français).

Résultat dans moins de 48 heures (*Euh, pour le cadeau, je promets rien…).

A suivre.

Kevin Quigagne.

Le football grand-breton, ses instances nous répètent à l’envi depuis vingt ans, est un modèle d’intégration pour les non-Whites. Et il est indéniable que le chemin parcouru ces dernières décennies est colossal. Mais terre d’accueil, le Royaume-Uni ne l’a pas toujours été et on a peine à mesurer la gravité de la situation il n’y pas si longtemps.

Voir introduction de ce dossier.

On estime qu’entre 1875 et 1914, les années formatives du football britannique, une vingtaine de joueurs noirs ou métis/non-blancs évoluèrent dans des clubs de Football League anglaise et écossaise (D1 et D2). Parmi eux, Andrew Watson, Arthur Wharton et Walter Tull sont, de loin, les plus connus. L’histoire du football britannique antérieure à la Première Guerre mondiale n’a malheureusement gardé aucune ou peu de trace des autres (hormis John Walker, les Frères Cother à Watford, Fred Corbett et Hassan Hegazi), simplement quelques noms (et encore) dans les listes de joueurs.

Aujourd’hui, la star incontestée parmi ces pionniers : l’extraordinaire Arthur Wharton.

[Comme d'hab', cliquez sur les photos pour les agrandir]

# 2. Arthur Wharton (1865-1930)

Arthur Wharton est le premier professionnel noir « avéré » du football britannique (il est toutefois probable qu’Andrew Watson le devança - à Bootle FC -, voir volet précédent) et, à ce titre, il est considéré comme le pionnier du football noir au plan international.

Wharton « Le bronzé »

Né en Côte-de-l’Or en 1865 (pas l’ancêtre du 21 mais l’ancien nom du Ghana, Gold Coast) dans une famille de la bourgeoisie locale. En 1882, ce fils d’une Ghanéenne-Ecossaise et d’un pasteur grenadien-écossais est envoyé faire des études religieuses en Angleterre (il avait déjà été scolarisé dans une école de Londres de 1875 à 1879), d’abord près de Birmingham puis, en 1884, à Darlington (60 kms au sud de Newcastle). Au grand dam de son père, Wharton ne deviendra pas missionnaire méthodiste comme lui mais sportif professionnel.

Sitôt arrivé à « Darlo » (surnom de Darlington), il envoie valser ses bouquins pour se mettre au sport et au football en particulier, jouant dans plusieurs clubs de la région du North East, y compris à Newcastle East End (aujourd’hui NUFC), parfois en même temps. Ce butinage peut étonner aujourd’hui mais avant l’officialisation du professionnalisme en 1885, les contrats n’existant pas, un joueur pouvait être licencié dans un club et lui faire des infidélités [1] (comme dans le cas d’Andrew Watson). Une flexibilité extrême adaptée à ce football sans championnat fait de coupes locales et de matchs amicaux, ce qui permettait au joueur d’aller voir ailleurs si son club se faisait éliminer tôt dans une compétition.

En 1885, il signe à Darlington FC (les Quakers) où il joue gardien. Facétieux et extraordinaire showman - il déconne souvent avec le public en plein match ou fait des acrobaties sur la barre transversale -, « Darkie Wharton » (Wharton Le bronzé, son surnom), est adoré de tous et décrit comme « magnifique » ou « invincible » par la presse.

Darlington FC (1883-2012), ex club de Football League, aujourd’hui réincarné en Darlington 1883 (D8). Les derbys Darlington-Bury en D4 (jusqu’aux années 2000) avaient acquis une petite notoriété car ils opposaient les Quakers de Darlo (To quake = trembler) aux Shakers de Bury (les Secoueurs). Une confrontation où la fébrilité était forcément de mise (le trait d’esprit favori des commentateurs du match). Notez la loco à vapeur sur l’écusson de feu Darlington FC : et ouais, c’est chez eux que tout a démarré (première ligne ouverte au transport de passagers au monde en 1825, entre Darlo et Stockton. Loco fabriquée à Newcastle car… Bon j’arrête, j’ai promis dans le dernier article que TK ne se transformerait pas en La Vie du Rail).

Un sportif d’une polyvalence époustouflante

D’une vélocité exceptionnelle, Wharton bat le record du monde du 100 yards (91,5 mètres) au championnat national de l’Amateur Athletics Association à Stamford Bridge en juillet 1886, 10 secondes pile, chrono réalisé deux fois d’affilée de surcroît (qualif et finale). Un record qui tiendra 24 ans. Le football commençant à attirer du public (c’est l’époque ou le foot devient un spectator sport) et donc brasser de l’argent (même en amateur, la période du shamateurism – amateurisme marron – n’étant pas révolue), il se dirige naturellement vers ce sport en plein essor et délaisse temporairement le cricket, la gymnastique, la boxe et le cyclisme où il se distingue également. Wharton excelle d’ailleurs dans tous les sports !

Aperçu de ses talents : en 1887, il bat le record du contre-la-montre entre Preston et Blackburn en vélo ; en 1888, il gagne sa vie comme coureur à pied ; de 1889 à 1895, il sera cricketeur professionnel pendant six étés, le football faisait relâche d’avril à septembre (cette pratique se développera et des dizaines de footballeurs joueront professionnellement au cricket – de fin avril à août – jusqu’aux années 1970-80 [2]).

Malgré sa vélocité exceptionnelle, on conseilla à Wharton de jouer gardien. Les préjugés d’alors voulaient qu’un Noir manquait de « panache » pour évoluer comme joueur de champ.

En août 1886, un an après la légalisation du professionnalisme, Wharton est recruté par Preston North End en tant que semi-pro. Il y joue d’abord ailier puis rapidement, comme à Darlington, on lui conseille d’être gardien, malgré sa fulgurante pointe de vitesse (les préjugés d’alors voulaient qu’un Noir manquait de « panache » pour évoluer comme joueur de champ [3]). Avec Preston, il dispute la demi-finale de FA Cup 1887 contre West Bromwich Albion. PNE est donné largement favori mais s’incline 3-1.

Fantasque, il aime faire des coups pendables, comme baisser la corde ou tout autre matériau qui sert parfois de barre transversale au moment où un adversaire arme son tir… (il fallut attendre le milieu des années 1880 pour que la barre en bois se généralise).

C’est à cette époque que plusieurs journalistes du nord de l’Angleterre militent pour la sélection de Wharton en équipe d’Angleterre et nombre de supporters de Preston partagent leur avis. Toutefois, Wharton a un détracteur influent, un certain Bosh Whispers, journaliste à The Athletic Journal, un quotidien de l’époque. Le 29 octobre 1887, Whispers y publie cette diatribe raciste :

« Les spécialistes s’accordent à dire que si Wharton garde les buts de Preston North End en FA Cup, PNE n’aura que peu de chance de passer. C’est aussi mon avis. Mais ce basané est-il suffisamment intelligent pour comprendre que le poste de gardien n’est pas fait pour les clowns ? »

Mais le racisme, dans toute son abjection, Wharton l’avait déjà rencontré. Il se l’était pris en pleine face deux ans auparavant. En 1885, il remporte largement le 100 yards d’un meeting d’athlétisme à Middlesbrough mais les juges attribuent la première place – et une belle prime – au sprinteur arrivé deuxième. De rage, Wharton se saisit de son prix, un saladier, et le fracasse aux pieds des organisateurs. Quelques mois plus tard, à un autre meeting, Wharton entend deux compétiteurs brailler : « Mais bon sang, pourquoi doit-on courir avec un nègre ? Bah, d’ toute manière, pas d’ soucis, on va battre ce foutu nègre sans problèmes. » Wharton leur propose alors une alternative pour régler ça : un match de boxe, lui contre eux deux, là, maintenant, au bord de la piste. Les deux racistes baissent la tête et tournent les talons.

Un héros invisible

Malheureusement pour la trajectoire de sa carrière, Wharton quitte Preston North End en 1888, au moment même où la Football League démarre (premier championnat professionnel créé au monde, 125 ans fêtés l’an dernier). L’édition inaugurale sera remportée haut la main par PNE, surnommé The Invincibles à partir de 1889 car ils termineront la saison invaincus avec 18 victoires et 4 nuls.

C’est Rotherham Town qui offre à Wharton son premier contrat professionnel en 1889, mais ce club n’évolue qu’en Midland League, l’un des nouveaux championnats régionaux de l’époque qui tenteront vaguement de concurrencer la Football League avant de lui servir d’antichambre (feeder league). C’est à cette époque que Wharton se met sérieusement à boire, ce qui lui est très aisé : il tient un pub tout en continuant à jouer.

En 1894, il est recruté par Sheffield United (D1) comme doublure de l’extraordinaire gardien William “Fatty” Foulke (ci-dessous), 1,90m pour 125 kilos (150 en fin de carrière, il cassa la barre en bois en s’y pendant lors d’un match en 1896 – on le voit en action quelques secondes dans cet extraordinaire clip de 1902 d’excellente qualité, à 2’04). Wharton évolue aussi ailier à l’occasion.


Ne cherchez plus l’origine du mal qui touche les gardiens anglais : ça remonte à l’ex international (!) William “Fatty” Foulke.

Le 23 février 1895, contre Sunderland, Wharton devient le premier professionnel noir à disputer un match de D1. Toutefois, la cote de Foulke grimpe et Wharton ne disputera que trois rencontres parmi l’élite. A 30 ans passés, il bifurque vers le football semi-pro et, en 1897, en tant qu’entraîneur-joueur de Stalybridge Rovers près de Manchester, il recrute… Herbert Chapman, le futur légendaire manager d’Huddersfield et Arsenal.

Entre-temps, sa vie dissolue va bon train : il engrosse sa belle-soeur et sombre dans l’alcoolisme. Il finira sa carrière sur l’aile à Stockport County (D2), disputant son dernier match contre Newton Heath le 1er février 1902, des Heathens qui deviendront Manchester United deux mois plus tard (voir article TK).
Au total, Wharton n’aura disputé qu’une quinzaine de matchs officiels dans 8 clubs en 17 ans mais il laissera une trace sans commune mesure avec ses modestes statistiques. Une trace demeurée longtemps invisible : malgré son extraordinaire polyvalence au plus haut niveau, son unique personnalité et son statut de cult hero dans tout le nord ouvrier du pays, Wharton ne figure dans aucun livre et revue sportives de l’époque (tels les almanachs et autres Who’s Who annuels des footballeurs et sportifs).

Wharton, victime du « racisme scientifique » ?

Son après-football sera tragique. En 1902, Wharton postule pour un emploi dans l’administration coloniale du Ghana mais la Gold Coast Colonial Administration considère sa carrière sportive professionnelle comme une régression sociale et rejette sa candidature. Pour eux, Wharton « s’est vendu » (la GCCA est un monolithe rongé par le népotisme, peut-être aussi la raison du rejet).

Selon moi, une autre théorie envisageable pour expliquer ce singulier refus est à rechercher du côté de l’idéologie impérialiste et ségrégationniste de l’époque. Il est possible que les formidables qualités physiques d’Arthur Wharton dans tant de domaines irritèrent, voire inquiétèrent, les expatriés britanniques du Ghana, purs produits de la pensée victorienne pour lesquels la suprématie de la race blanche était une évidence (en parfaite adéquation avec les théories fumeuses du « racisme scientifique », très en vogue à l’époque, surtout dans les colonies, car elles servaient de justification à l’impérialisme européen, cf la taxonomie raciale).
L’empire britannique est alors au faîte de sa puissance commerciale et démographique (englobant un quart de la population mondiale – « L’empire sur lequel le soleil ne se couche jamais », selon la formule de l’époque) et Arthur Wharton, par son insolente réussite, obligeait les tenants d’une telle doctrine à reconsidérer leurs positions ; un repositionnement intellectuel radical qui aurait été de nature à remettre en cause l’ordre racial établi.


Cette étude hautement scientifique de l’armée US en 1917 confirme nos doutes sur les Belges

Devant ce revers, Wharton n’a d’autre choix que de rester dans le South Yorkshire (Sheffield et Rotherham) où il reprend successivement la direction de plusieurs pubs, ce qui n’arrange en rien sa santé. En 1915, il déménage à Doncaster où il travaillera une quinzaine d’années comme pousseur de chariot dans la mine de charbon d’Edlington, tout en continuant à noyer son blues dans l’alcool. Le 12 décembre 1930, à 65 ans, il meurt sans le sou dans un sanatorium de Doncaster (d’un combo syphilis-épithélioma, cancer de la peau).

Après l’oubli, la reconnaissance

Wharton sera enterré au cimetière d’Edlington dans une pauper’s grave, une sépulture anonyme réservée aux indigents. C’est là qu’il gît, oublié de tous, jusqu’en mai 1997 quand les organisateurs du projet Football Unites – Racism Divides créé en 1995 par des supporters de Sheffield United (ici, une initiative qui s’est récemment conclue ainsi) collectent suffisamment d’argent pour lui offrir une pierre tombale.

Lors d’une commémoration au cimetière d’Edlington où sont présents deux descendantes de Wharton, l’écrivain Phil Vasili [4] déclare :

« Grâce à cette pierre tombale, Arthur Wharton est de nouveau visible et a retrouvé une certaine dignité. Arthur connut une fin de vie attristante mais ce n’était pas un personnage triste. Il mena sa vie comme il l’entendait, malgré les obstables placés sur son chemin. »

Sur sa stèle est inscrit :

« A la mémoire d’Arthur Wharton
Recordman mondial en sprint et
premier footballeur noir professionnel.
Athlète, il courait aussi vite qu’un train
lancé à pleine vitesse, du début à la fin.
Gardien, il était capable avec ses poings
de dégager prodigieusement loin [5].
Il aimait s’accroupir dans un coin du but
et quand un tir arrivait, bondir pour
accomplir un arrêt formidable. »

En 2003, Wharton est intronisé à l’English Football Hall of Fame et, en 2010, la Fondation Arthur Wharton est créée. Avant l’Angleterre-Ghana du 29 mars 2011, la legacy d’Arthur Wharton est officiellement reconnue par la FA qui dévoile une statuette en son honneur. Brendan Batson (dont on reparlera dans cette série), l’ex défenseur de West Bromwich Albion et aujourd’hui employé par la FA comme consultant for equality, déclare (clip) :

« Le parcours d’Arthur Wharton marque le point de départ du voyage effectué par tous les joueurs noirs. »

Le mois dernier, une superbe statue en bronze de cinq mètres a été érigée devant le Centre National du Football à Burton-upon-Trent, voir clip.


La superbe statue d’Arthur Wharton au Memorial Garden du National Football Centre de Burton. Deux autres seraient prévues à Darlington (enfin, c’est dans les cartons depuis 2007 et vu l’état actuel du club c’est pas gagné…) et aussi à Rotherham (on attend avec impatience celle de William “Fatty” Foulke devant Bramall Lane à Sheffield !).

A voir, cette jolie animation en poème sur la carrière de Wharton et ce clip realisé par Phil Vasili et Shaka Hislop.

Kevin Quigagne.

Les volets précédents :
(1) Introduction. Les premiers Blacks du football britannique
(2) Andrew Watson. Les premiers Blacks du football britannique

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[1] On appelait ces joueurs des guest players (To guest for : offrir ses services à d’autres clubs). Pratique courante pendant la Seconde Guerre mondiale où, dans le cadre de la Wartime League, les joueurs s’alignaient fréquemment dans les clubs environnant leur lieu d’affectation. Bill Shankly par exemple, qui s’engagea dans la RAF en 1939 à 26 ans (il jouait alors à Preston North End), porta les couleurs d’Arsenal, de Luton, Norwich et Partick Thistle à Glasgow. Et même de Liverpool le temps d’un match !

[2] Il m’est arrivé de lire dans les médias de football français (et parfois anglais) que ces joueurs aimaient faire les deux – foot et cricket –, qu’ils ne pouvaient se passer ni de l’un ni de l’autre, etc. Oui, c’était sans doute des mordus mais la vraie raison de cette pratique était surtout financière. L’expression clé ici est « maximum wage/salary cap ». Ce plafond salarial qui sévit de 1901 à 1961 était peu élevé, à peine supérieur au salaire moyen anglais, et encore plus bas l’été. Les primes à la signature étaient interdites (officiellement tout du moins…), seul un loyalty bonus était versé (à partir de 1922) après cinq ans dans le même club. Les primes de match/victoire/nul étaient autorisées mais faibles. Nombre de footballeurs connus travaillaient en dehors des terrains, même des légendes du foot anglais, tel l’immense Tom Finney (76 capes anglaises, 30 buts) qui bossa un temps comme plombier tout en jouant professionnellement (d’où son surnom, The Preston Plumber). Et même après l’abolition en janvier 61, il fallut attendre une bonne quinzaine d’années pour que la majorité des footballeurs gagne bien leur vie. Par exemple, le salaire moyen des formidables Gunners qui réussirent le doublé Championnat-FA Cup en 1971 (les Pat Rice, Peter Storey, Frank McLintock, George Graham, Charlie George & co) n’était que de 55 £/semaine, soit seulement 30 % de plus que le salaire moyen britannique, et ce dix ans après l’abolition du wage cap ! (la moyenne des footballeurs anglais était alors d’environ 70 £, soit environ le double du salaire moyen britannique).

On comprend alors l’engouement pour le cricket pro l’été si on excellait dans ce sport. Une douzaine de footballeurs-cricketeurs réussirent à devenir international dans les deux sports (liste non exhaustive ici). Le dernier cricketeur-footballeur de renom fut Ian Botham (ou Sir Ian Botham plutôt), immense cricketeur anglais et brièvement footballeur pro en D3/D4 dans les années 1980, aujourd’hui personalité médiatique de type « grande gueule sympa ». Parmi les contemporains connus, citons également Andy Goram, gardien international écossais de 1985 à 1998, Glasgow Rangers legend et personnage haut en couleur ; il décrocha aussi plusieurs capes écossaises au cricket. Les frères Neville avaient aussi le potentiel pour être cricketters de haut niveau mais choisirent le foot (bien malheureusement diront certains beaucoup).

[3] Le rôle et les prérogatives du gardien était très différents d’aujourd’hui. Jusqu’en 1891, l’absence totale de marquage sur le terrain (voir ici, milieu d’article) autorisait le gardien à faire usage de ses mains n’importe où. En 1891, il fut limité à sa moitié de terrain puis à sa surface à partir de 1912.

[4] Phil Vasili est un ancien footballeur semi-pro et le plus éminent spécialiste anglais du football noir britannique. Il est l’auteur de Colouring Over the White Line: The History of Black Footballers in Britain, de The First Black Footballer: Arthur Wharton, 1865-1930 et de Walter Tull, 1888-1918, Officer, Footballer.

[5] Hormis son exceptionnelle vitesse, Wharton était réputé pour ses interventions musclées aux poings, emportant tout sur son passage, autant pour envoyer le ballon très loin que pour se protéger (les gardiens étaient alors exposés à une grande brutalité, en toute « légalité »).

Le football grand-breton, ses instances nous répètent à l’envi depuis vingt ans, est un modèle d’intégration pour les non-Whites. Et il est indéniable que le chemin parcouru ces dernières décennies est colossal. Mais terre d’accueil, le Royaume-Uni ne l’a pas toujours été et on a peine à mesurer la gravité de la situation il n’y pas si longtemps.

Voir introduction du dossier.

On estime qu’entre 1875 et 1914, les années formatives du football britannique, une vingtaine de joueurs noirs ou métis/non-blancs évoluèrent dans des clubs de Football League anglaise et écossaise (D1 et D2). Parmi eux, Andrew Watson, Arthur Wharton et Walter Tull sont, de loin, les plus connus. L’histoire du football britannique antérieure à la Première Guerre mondiale n’a malheureusement gardé aucune ou peu de trace des autres (hormis John Walker, les Frères Cother à Watford, Fred Corbett et Hassan Hegazi), simplement quelques noms (et encore) dans les listes de joueurs.

Aujourd’hui, le daddy de tous les pionniers : Andrew Watson.

# 1. Andrew  Watson (1856-1921)

Né le 24 mai 1856 à Georgetown, Guyane britannique (aujourd’hui Guyana), fils d’un riche planteur écossais de sucre à canne et d’une Guyanienne.

Premier football joueur métis au monde à décrocher une sélection internationale, pour l’Ecosse en 1881, Watson, principalement arrière, était considéré à son apogée comme l’un des tous meilleurs footballeurs de l’époque. Il est également le premier métis à avoir joué en FA Cup, en 1882, avec le club de London Swifts FC. Et contrairement à ce qui est communément admis, il est probable que ce fut Andrew Watson et non Arthur Wharton qui devint le premier footballeur professionnel noir du football britannique.

Élémentaire mon cher : Watson était un vrai crack

Scolarisé à Londres où il pratique assidûment le football, à 19 ans, Andrew Watson démarre des études combinées de mathématiques, ingénierie et philosophie naturelle [sciences] à l’université de Glasgow mais abandonne rapidement son cursus pour se spécialiser dans la mécanique navale.
Arrière central, latéral ou milieu de terrain (généralement dans un dispositif 2-3-5 en Ecosse et 2-2-6 en Angleterre où il partit jouer à partir de 1882 – grosse évolution par rapport au 1-1-8 des années 1860-70 !), il entame en 1874 un parcours ascendant dans les principaux clubs de Glasgow. Après un bref passage au Maxwell FC, il est recruté par l’ambitieux Parkgrove FC où il restera jusqu’en 1880. Le Scottish Football Association annual de 1878-79 classe Watson parmi les meilleurs joueurs en activité.


QPFC et leur belle devise : « Jouer pour le plaisir de jouer » (voir article “Les plus insolites écussons du foot british”).

En avril 1880, Watson est logiquement recruté par le plus grand : les Glasvégiens du Queen’s Park FC [1]. QPFC, déjà quadruple vainqueur de la Scottish Cup, est alors le plus important club du pays et même du Royaume-Uni, un club au rayonnement extraordinaire (« l’équivalent de Man United, Juventus et Real Madrid réunis », nous précise cet intervenant – de 50 secondes à 1’55 – dans ce fascinant clip qui retrace la vie d’Andrew Watson).

En tant que factotum et match secretary, Watson s’occupe également activement de la gestion du club, notamment de l’organisation des matchs à l’extérieur – y compris en Angleterre –, tâche ô combien compliquée à l’époque ! (il n’était pas rare que la moitié des joueurs s’égare en route ou arrive le soir pour un coup d’envoi prévu en début d’après-midi. Sans parler des risques et accidents en tout genre ; selon une blague de l’époque, il était fortement conseillé de souscrire une assurance-vie avant tout déplacement en train ! Rien que pour l’année 1872 par exemple, 1 100 personnes décédèrent dans des accidents ferroviaires – principale raison de ce carnage : les sociétés de chemin de fer traînaient les pieds pour investir dans la sécurité – e.g, dans des systèmes de frein efficaces ! – et la signalisation indiquant la présence de deux trains sur la même voie ne fut rendue obligatoire qu’à partir de 1888. Sujet passionnant mais rassurez-vous, TK ne s’est pas associé à La Vie du Rail alors passons).

Départ pour l’Angleterre

Le 12 mars 1881, Watson décroche sa première sélection pour un Angleterre-Ecosse à Londres (1-6, devant 8 500 spectateurs) où il est d’ailleurs nommé capitaine. Il ne sera capé que trois fois par l’Ecosse (re-victoires fleuves 5-1 sur l’Angleterre et le Pays de Galles) car il partira jouer – et travailler – en Angleterre en 1882 et le réglement de la fédération écossaise interdisait la sélection de joueurs non résidents en Ecosse.


A. Watson, 1880, premier debout en partant de la gauche

S’il est impossible d’établir avec certitude les raisons de son départ d’Ecosse, on peut supposer que l’aspect financier fut étranger à cette décision car Watson était déjà fortuné [2] et épousait vraisemblablement les principes prônés par Queen’s Park FC, le club qui le fit connaître, ainsi que son pendant anglais, le fameux Corinthian FC où il évoluera plus tard [3] (club dont la réincarnation moderne, Corinthian-Casuals – D8 – affrontera les Corinthians de São Paulo dans deux mois au Brésil, ici).

Toutefois, l’argent commençait à irriguer le football et la question financière ne saurait être éludée. En effet, au moment où Watson émergea en tant que joueur de haut niveau, il pouvait être lucratif d’évoluer en Angleterre, bien que le professionnalisme n’y soit pas encore établi… officiellement du moins. Dans la pratique, les paiements se généralisèrent dès la fin des années 1870 (quelques billets étaient glissés dans les chaussures après le match – c’est l’ère du shamateurism, l’amateurisme marron), avec souvent, pour les meilleurs, une offre d’emploi en sus. Il arrivait même que des joueurs écossais, lors de ces fréquentes tournées de matchs amicaux dans le Nord de l’Angleterre [4], disparaissent en plein tour et signent pour un club anglais qui leur faisait miroiter une vie facile ! (un travail peu contraignant, ou même parfois fictif, avec de belles primes de match à la clé, comme ce fut le cas en 1879 pour deux joueurs du club glasvégien de Partick Thistle FC qui signèrent sur le champ à Darwen FC, un club de Blackburn qui leur offrait un job reposant dans le textile et de généreux émoluments - c’est l’un des tous premiers cas avérés de défection).

Fortement poussée par une trentaine de clubs influents de l’époque (Preston North End, Accrington FC et Aston Villa en tête) qui menaçaient de créer leur propre fédération et championnat professionnel, la Football Association anglaise officialisa le professionnalisme en 1885. Mais ce dernier n’arriva en Ecosse qu’en 1893, ce qui explique la prolifération de joueurs écossais à l’époque en Angleterre, surtout dans le Nord (ils étaient aussi recherchés pour leurs qualités de passeur, ayant développé le jeu de passe, principalement grâce à Queen’s Park FC – voir ici et la footnote [1] plus bas).

Sa position sociale le préserve du racisme

Alors qu’il évolue depuis deux saisons aux London Swifts (1882-1885), Watson fait un crochet par le Corinthian FC de Londres. Avec lui, en décembre 1884, Corinthian étrille Blackburn Rovers 8-1, alors tenant de la FA Cup et considéré comme le meilleur club anglais.

Après un retour aux Queen’s Park de Glasgow saisons 1885-87 (où il en profite pour décrocher sa troisième Coupe d’Ecosse), Watson est recruté par feu Bootle FC en 1887, club ambitieux de la banlieue de Liverpool et grand rival d’Everton (LFC n’avait pas encore été créé). Un club qui offrait salaires et primes aux meilleurs joueurs de l’époque, dont Watson faisait partie. S’il n’a jamais été établi qu’il toucha de l’argent de Bootle, on peut légitimement le penser. A Liverpool, il reprend ses études en mécanique navale et obtient son diplôme en 1892. Il raccroche alors les crampons pour parcourir les mers du globe.

Aucun fait de racisme ne semble avoir été relevé à son encontre pendant sa carrière, même si les préjugés de l’époque en matière raciale étaient virulents – thème que nous aborderons dans le prochain volet, sur Arthur Wharton (il convient aussi de souligner la rareté ou brièveté des comptes-rendus de match entre 1880 et 1890, surtout dans les clubs où Watson évolua. La presse foot ne se développera réellement qu’à l’avénement du professionnalisme à partir de 1885 et à la création de la Football League en 1888).
A ce sujet, une thèse intéressante est développée dans le clip sus-cité (à 2’00) : c’est très probablement l’effet de nouveauté (l’un des rares Noirs de Glasgow) ainsi que son standing social élevé qui préservèrent Watson du racisme, au contraire des milliers d’Irlandais paupérisés dont l’ostracisme était le lot quotidien.

On sait peu de choses sur sa vie après le football. Jusqu’à la mi 2013, nombre d’historiens du football (dont ceux du Scottish Football Museum d’Hampden Park) pensaient que Watson avait émigré en Inde puis en Australie où il aurait disparu vers 1900. Toutefois, de récentes découvertes montrent qu’il est mort d’une pneumonie à Londres en 1921. Il est enterré au cimetière de Richmond, sud-ouest de la capitale. Il a été intronisé au Scottish Football Hall of Fame en 2012.

Kevin Quigagne.

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[1] J’ai pas mal écrit dans TK sur Queen’s Park FC et le passing game révolutionnaire qu’ils développèrent, en particulier dans cet article de 2013 (footnote [5]) et ici. Leur surnom, The Spiders, a probablement été inspiré par leur jeu de passe caractéristique « en toile d’araignée », cette toile qu’ils tissaient pour étouffer leurs adversaires (il existe une autre version, voir footnote [5]).

Watson mit un point d’honneur à porter les couleurs de Queen’s Park FC, club de Glasgow originellement « élitiste » (pour l’élite). Les Spiders, éternels tenants d’un amateurisme pur et dur, ont toujours obstinément refusé de passer professionnel. QPFC, aujourd’hui en D4 écossaise, a la particularité d’évoluer à Hampden Park à Glasgow (53 000 places) devant… 600 spectateurs en moyenne. Jusqu’à l’ouverture du Maracana en 1950, Hampden Park était le plus grand stade au monde, pouvant accueillir 150 000 personnes. QPFC, dix fois vainqueur de la Scottish Cup, est le seul club ayant atteint à la fois une finale de Scottish Cup et de FA Cup.

[2] Très jeune, à 13 ans, Watson hérita de son père d’une vaste fortune tirée de l’actionnariat dans les nombreuses compagnies florissantes de chemin de fer (35 000 £, l’équivalent d’environ 20m £ aujourd’hui)

[3] Belle et noble histoire que celle du Corinthian FC, extraordinaire club multisport fondé en 1882 (dissous et amalgamé avec les Casuals en 1939), partiellement en réaction à l’insolente santé du foot écossais national et de club, surtout le Queen’s Park FC. Corinthian était composé d’amateurs aisés, et tout comme leur modèle des Queen’s Park FC, ces gentlemen prônaient un amateurisme absolu et un degré de fair-play sans doute unique dans l’histoire du football. Malgré leur supériorité durable sur des clubs pros et huppés qu’ils affrontaient en amical (en 1904, ils fessèrent même Manchester United – D2 – 11-3 !), ils rejetaient toute idée de compétition, sauf à partir de 1923, où ils acceptèrent à contrecoeur de disputer la FA Cup. Dans cette coupe, ils attirèrent des affluences considérables, jusqu’à 60 000 spectateurs, e.g contre Chelsea en 1930 (voir ce court historique).

Les joueurs du Corinthian FC refusaient également de tirer ou marquer les pénaltys (et leur gardien quittait son but quand ils concédaient un pénalty) et, chose extraordinaire, si un adversaire s’était blessé ou fait expulser, ils renvoyaient l’un des leurs au vestiaire pour équilibrer les débats ! (pas de remplacement à l’époque bien sûr, c’est venu bien plus tard, années 1960). Ils s’interdisaient aussi de protester auprès de l’arbitre. La première guerre mondiale eut largement raison de leur existence (ils perdirent 22 joueurs) et le club périclita même si une version moderne existe toujours (Corinthian-Casuals, sud de Londres, évoqués dans l’article. Evidemment, eux tirent les pénos et jubilent quand un adversaire est expulsé).

En 1910, une tournée du Corinthian FC au Brésil donna l’idée à des cheminots de São Paulo de fonder leur propre club, le Sport Club Corinthians Paulista. Cet article traite en partie de ces tournées des clubs britanniques, d’une importance essentielle pour le développement du football à travers le monde.

[4] En l’absence de tout championnat organisé (jusqu’en 1888 en Angleterre, 1890 en Ecosse), les clubs disputaient des coupes locales/régionales, la FA Cup ou la Scottish Cup, de nombreux matchs amicaux ainsi que des matchs internationaux pour les meilleurs, contre les autres « nations » britanniques (l’Irlande avait alors une équipe unifiée, jusqu’en 1924), notamment lors du British Home Championship – 1884-1984 – premier tournoi international de football au monde. Les championnats structurés n’avaient pas encore vu le jour – le premier fut la Football League, en 1888 – et les clubs s’affrontaient dans les nombreuses coupes (parfois 4 ou 5 coupes coexistaient par ville/région) ou en amical, particulièrement s’ils étaient éliminés de toutes les coupes.

Le football grand-breton, ses instances nous répètent à l’envi depuis vingt ans, est un modèle d’intégration pour les non-Whites. Et il est indéniable que le chemin parcouru ces deux dernières décennies est colossal. Mais terre d’accueil, le Royaume-Uni ne l’a pas toujours été et on a peine à mesurer la gravité de la situation il n’y pas si longtemps.

Aujourd’hui considéré comme le plus grand melting-pot footballistique de la planète (une centaine de nationalités sont représentées dans le football professionnel britannique cette saison), une certaine Grande-Bretagne du football a longtemps été hostile aux non-Whites, tout au long du XXè siècle.

On pense parfois (erronément) que le racisme en G-B ne surgit qu’avec l’émergence de joueurs noirs ou métisses [1] au sortir des Sixties. Pourtant, ce poison commença réellement à se manifester il y a plus de cent ans, puis procéda par petites touches hideuses jusqu’aux années 60, avant de se généraliser à partir des années 70, largement porté par la montée du hooliganisme et l’infiltration du National Front dans le football. Dans son livre Colouring over the white line (publié en 2000), Phil Vasili, le plus éminent spécialiste anglais en la matière, écrit ceci (sur la période 1920-1970) : « Depuis les années 20, le racisme ordinaire a confiné des générations de joueurs noirs à la périphérie du football. »

Depuis peu, un indispensable travail mémoriel et d’information, malheureusement insuffisamment relayé, est entrepris pour que les premiers joueurs noirs, ceux qui « paved the way » (ont ouvert la voie), ne soient plus oubliés ou consignés aux zones d’ombre de l’histoire. Car des premières manifestations du racisme à la création de Kick it out et un travail collectif de sensibilisation sur le sujet, le chemin fut long et tortueux.

Ce volumineux dossier, sur lequel je travaille depuis plus de quatre ans [2], s’attachera à présenter chronologiquement et contextuellement une sélection de joueurs qui ont jalonné l’histoire du football noir britannique. En ce sens, il faut comprendre le « premiers » du titre non comme un strict historique des pionniers du genre mais comme un panorama des joueurs qui ont compté dans la trame du football noir/métis britannique (premier footballeur noir professionnel, premier Africain à évoluer au Royaume-Uni, etc.). Ces hommes durent souvent subir le racisme et les préjugés les plus abjects, un ostracisme qui affecta non seulement leur carrière mais aussi leur vie, surtout entre 1960 et 1990. Tous, à leur manière, apportèrent leur pierre à l’édifice du changement.

« Les joueurs noirs dans ce club [Crystal Palace] apportent leur grosse technique et leur talent à l’équipe. Mais le collectif a aussi besoin de joueurs blancs pour équilibrer les choses et injecter de l’intelligence et du bon sens dans le jeu. »

Ron Noades, propriétaire de Crystal Palace, en 1991 dans un documentaire de Channel 4 intitulé GB United [3]. Ce genre de propos, exprimé librement, publiquement et en toute impunité, n’était pas rare il y a peu.

Depuis 2010, après une décennie de relative accalmie [4], de nombreuses « affaires » d’ampleur diverse ont ravivé le spectre du racisme dans le football britannique. Si beaucoup sont ou semblent légitimes (celle-ci, sortie par le Daily Mail, est particulièrement édifiante), certaines résultent purement de l’emballement médiatique et/ou de l’hystérie collective, cf cette pseudo polémique ridicule. Parallèlement, le débat autour de la très faible proportion de managers (et membres du staff) noirs dans le foot british a été relancé [5].

Face à ce tourbillon de controverse et d’agitation permanentes, il m’a semblé opportun de tranquillement remonter le cours de l’histoire jusqu’à sa source. Bien connaître le passé, c’est aussi se donner la chance de mieux interpréter le présent. Une banalité doublée d’une évidence sans doute, mais qu’il convient plus que jamais de marteler.

A venir bientôt.

Kevin Quigagne.

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[1] Certains des footballeurs choisis dans ce dossier (surtout pré-1950) ne sont pas noirs au sens contemporain du terme (de peau noire) mais métis*. Toutefois, ces métis, alors souvent affublés de l’injurieux darkie/dark(e)y (basané, bronzé), étaient considérés comme noirs par la population et la presse. Dans les documents historiques sur le football britannique, c’est l’adjectif black (parfois le substantif Negro) qui est utilisé à propos de ces pionniers, et ce sans doute afin de marquer la différence de perception avec notre époque. Comme l’observait si justement l’écrivain américain Ralph Emerson, « Language is the archives of history ».

[*parenthèse socio-lexicale : métis = of mixed race/heritage ou dual heritage disent les Britanniques, bien que mixed race soit parfois controversé. Le terme half-caste, encore fréquemment utilisé il y a quinze ans par tous, tend à disparaître publiquement car au mieux considéré comme désuet, au pire comme péjoratif, à cause de son origine étymologique - castus = « pur » en latin -, son passé colonial et son sens en Inde ainsi que dans d'autres sociétés].

[2] Ce dossier très volumineux (il devrait dépasser les 200 000 signes) est toujours en cours d’écriture et pourrait ne pas être achevé à temps si j’arrêtais d’écrire pour TK en fin de saison comme c’est probable. Pour faciliter la digestion, je l’ai organisé en volets indépendants et il pourra donc s’accommoder d’une publication partielle le cas échéant. Sa publication s’étalera sur plusieurs mois.

[3] Il peut sembler ironique qu’un personnage connu, investi de responsabilités importantes et larges - professionnelles, morales, humaines - tienne de tels propos (« manque d’intelligence ») d’une manière aussi exposée : publiquement, devant des caméras télés, dans le cadre d’une émission programmée sur laquelle il avait probablement un droit de regard en amont et aval (rendant difficilement crédible l’argument usuel de la « maladresse sémantique »). Manque d’intelligence vous disiez ?

[4] Ou de sous-médiatisation/moindre mise en lumière, tant l’utilisation exponentielle d’Internet et des réseaux sociaux depuis dix ans a profondément modifié les paramètres et circuits traditionnels du traitement de l’information. Simultanément, la multiplication des émissions de type phone-in a amplifié l’effet « caisse de résonance » créé par Internet.

Toutefois, même si notre perception a pu s’en trouver altérée, il n’en demeure pas moins que la question de la discrimination, dans sa globalité, - racisme, xénophobie, homophobie, propagation de stéréotypes raciaux ou nationaux/préjugés douteux/prénotions fortement connotées (ensemble de préconceptions dont le milieu du football en général ne semble guère chercher à s’affranchir), etc. - se pose toujours avec acuité dans le football, cf cet extrait d’une étude de 2011 publiée dans le Journal of Ethnic and Racial Studies : 56 % des 1 000 personnes interrogées (supporters, joueurs, ex joueurs) pensent que le racisme est présent au niveau des directoires de club. Pour la plupart de ces sondés, ce racisme s’exprime surtout insidieusement, sous des formes voilées : « [...] most suspect a form of unwitting or institutional racism in which assumptions about black people’s capacities are not analysed and challenged and so continue to circulate. » Sur ce sujet, lire cette brillante analyse de Jérôme Latta.

[5] Seulement 3 managers BME (Black and Ethnic Minority) sur les 92 clubs professionnels de League Football (Premier League + Football League - aucun sur la vingtaine de clubs pros de Conference National, D5) et seulement 19 employés BME dans des senior coaching positions sur les 552 répertoriés par cette étude (page 7). Sans forcément évoquer la Rooney Rule à tout bout de phrase, on peut légitimement s’interroger sur ces chiffres et les raisons de cette sous-représentation. Rappelons que, selon la PFA (l’équivalent anglais de l’UNFP), la proportion de joueurs professionnels BME est de 25-30 % et qu’elle atteint 18 % dans les formations d’entraîneur ou liées au terrain (coaching courses).

Si le football anglais a dominé la scène européenne des Seventies aux Nineties, on ne peut pas en dire autant de ses maillots.

Le consensus est unanime : le pire maillot de football jamais créé est le Rodeo Fringe. Instantanément reconnaissable grâce à ses lanières en cuir, il fut porté par les éphémères Colorado Caribous en 1978 (ci-dessous). In-dé-trô-na-ble.

Mais ne nous gaussons pas trop. Des horreurs, il en eut aussi des wagons dans le football anglais, surtout au cours des Nineties, la décennie de tous les massacres. Les 12 premiers de la Dirty Dozen qui salopèrent le plus la tunique sacrée sont ici et les 13-22 ici.

Aujourd’hui, troisième partie de notre plongée dans ce Hall of Shame du maillot anglais : présentation des classés 23è à 33è. Et pour lire moins bête, voir dossier TK en trois volets sur l’historique du maillot anglais (1, 2, 3).

# 23. Notts County 1994-95 (D2), maillot extérieur

Design très pique-nique écossais pour les (premiers) Magpies, cornemuse, kilt et sporran livrés en sus. Mal leur en prit, ils finirent bon dernier cette saison-là et furent relégués en D3 après 4 saisons en D1/D2. Bien fait pour leur gueule.

Verdict TK : franchement, qu’attendre d’un club surnommé les Magpies, hein ?

# 24. Newcastle United 1990-93 (D2), domicile

Le design utilisant des rayures fines fit fureur à la fin des Eighties. Les designers pensaient que ça faisait plus raffiné, tout en lorgnant sur le marché streetwear et leisurewear (adaptation des maillots en vêtements portables en toutes circonstances).

A l’évidence, Umbro, le designer de ce spécimen Magpie, ne savait plus sur quel pied rayé sautiller. Rayures fines ou moyennes, ou larges ? Espacées ou rapprochées ? Et les manches, on les raye comment ? A force d’atermoiements et tâtonnements, l’imagination des gars d’Umbro s’enraya et ils produisirent cette version textile d’une réponse de Normand bourré, une hésitation officiellement nommée le « Torino » et rapidement surnommée le « Bar code shirt ». Une aberration asymétrique que les joueurs ne portèrent pas en exhibant fièrement le trophée D2 en mai 1993, le club refilant à tout le monde le maillot de la saison suivante, designé par Asics. Et dire que Kevin Keegan était le manager à l’époque…

Verdict TK : on a ce qu’on mérite et généralement moins si on supporte les Magpies.

# 25. Newcastle United 2009-10 (D2 – une nouvelle fois), extérieur

Pour qu’on ne m’accuse pas injustement de m’acharner sur ces pauvres Mags, je vais laisser un neutre s’exprimer, en l’occurrence Ian Holloway. Ce bon Ollie, alors manager de Blackpool, écrivait ceci dans le programme du match Blackpool-Newcastle du 16 septembre 2009 (Blackpool joue en orange, d’où leur surnom, les Tangerines – mandarines) : « Je suis ravi que Newcastle ait décidé ne pas jouer avec leur tenue extérieure jaune, sinon je crois que les spectateurs auraient eu l’impression d’assister à un match entre salades de fruits. »

Verdict TK : un autre grand comique aurait adoré ce maillot : Bourvil.

# 26. Newcastle United 1997-98 (PL, enfin atteinte), extérieur

[Que voulez-vous que je vous dise hein, je m’acharne pas, je constate, c'est tout]

Encore un coup d’Adidas, qui innove avec une incrustation sérigraphique voilée de l’écusson du club sur le maillot en deuxième rideau. Effet hallucinogène garanti, on aurait cru voir une apparition divine (Poséidon ?) dans une grotte. Cette abomination inspirée du maillot de 1885 (ici) de Newcastle East End (le club qui fusionna avec Newcastle West End pour donner NUFC en 1892) couperait presque l’envie de s’enfiler des Newcastle Brown, le nectar local (le sponsor à l’étoile bleue). Porté trois matchs seulement, trois défaites.

Verdict TK : Immonde, immonde, immonde. On devrait réinstaurer la peine capitale pour des monstruosités pareilles.

[bon, c’est pas qu’on s’ennuie mais va p'êt' falloir penser à passer à des vrais clubs]

# 27. Sunderland 1997-99 (D2/PL), extérieur et third 1998-99

Effet or brillant particulièrement repoussant. Guère étonnant que ce chiffon peine à atteindre 15 £ sur ebay. Le maillot exter 1998-99 est presque aussi répugnant :

La direction du club manquait vraiment d’inspiration à l’époque. Pour fêter le déménagement au Stadium of Light en 1997, l’écusson fut aussi totalement changé. On passa de ce crest original et évocateur :

à cet insipide truc corporate :

Verdict TK : Indigne d’un grand club.

# 28. Workington AFC 1995-96 (D7), domicile

Non, vous ne rêvez pas, il s’agit bien d’un oeuf frit sur le maillot. Yes, un putain de fried egg avec la mention « The Big Breakfast » plastronnée bien en évidence.

Comme l’explique ce site ici, The Big Breakfast, une émission de la chaîne Channel Four (C4 pour les intimes, créée en 1982 et censée initialement être intello-décalée-hipstérisante), voulut absolument sponsoriser un petit club amateur, comme un couple de bobos adopterait un chat errant de Birmanie ou un hérisson accidenté de Madagascar. Et pas n’importe quel club amateur : les bons Samaritains de C4 insistèrent pour parrainer le pire club de la Northern Premier League Division Two (à l’époque, D7).

Ça tomba malencontreusement sur Workington AFC, là où Bill Shankly fit ses gammes d’entraîneur et aussi premier club de Grant Holt qui bossa comme docker localement tout en s’alignant pour les Reds. Sur le papier, ces Reds n’étaient pas les plus mauvais (les pires qu’eux au classement déclinèrent cette invitation à l’humiliation publique) mais, vu qu’ils avaient fini antépénultième du championnat, ils firent largement l’affaire. Et comme la spécialité culinaire de ce superbe coin d’Angleterre (Cumbria) est la fameuse Cumberland Sausage, niveau English breakfast, ça collait parfaitement. Manquait plus que le bacon et les baked beans pour que le carnage soit complet.

Workington bénéficia d’une forte exposition médiatique mais, malgré les coups de pub de Robbie Williams, Richard Branson, Chris Evans et d’autres poids lourds de la scène people british, ils ne touchèrent pas un centime de quiconque. Ils devinrent juste la risée de l’Angleterre, pour que dalle. La lose totale quoi. Enfin, ils se consolèrent en terminant 16è, contre 20è la saison précédente. Ce maillot est devenu un collector’s et se vend 50-60 £ sur les sites vintage.

Verdict TK : pitresque mais un oeuf est un oeuf (enough is enough) comme disent les Anglais à Pâques.

# 29. Liverpool 1994-96, third

Encore une bavure signée Adidas. Avec ses écussons de toute taille et ses effets péteux similaires au # 26 (en encore moins « subtil »), ce Third ressemble à un mauvais papier peint d’une salle d’attente de cirque (si y’avait une salle d’attente et du papier peint dans un cirque).

Verdict TK : le port de ce spécimen est fortement déconseillé aux cueilleurs de champignons (trop psychédélique, mauvais trip assuré).

# 30. Liverpool 2014-15, third

Je vous épargne la prose boursouflée du designer, Warrior (extrait : « Elégant, stylé et qui améliore la performance grâce à ses innovations technologiques »), ce truc est infâme. Après les horreurs Candy de 1988-1991 (voir le volet # 2), le # 29 et le maillot « Space Invaders » de l’an dernier, les incorrigibles Reds persistent, signent et s’enfoncent.

Verdict TK : et après, on s’étonne qu’ils galèrent domestiquement depuis 1990.

# 31. Manchester United 1990-92 (D1), extérieur

Oui, oui, c’est bien Ryan Giggs, en pyjama. Au début des Nineties, les designers cherchèrent par tous les moyens à torpiller la tradition. Ici, Adidas choisit de mettre au placard le classique blanc du maillot exter et le bleu foncé du third pour introduire cette singulière synthèse qui irrita fortement les supps de Man United. Et pour cause : le bleu ciel rappelait furieusement le look du rival City, ainsi que l’horrible Candy de Liverpool.

Verdict TK : espérons que Van Gaal n’insiste pas pour resusciter ce maillot vintage, ça les assoupirait encore plus.

# 32. Watford 1993-95 (D2), extérieur

Surtout, ne réglez pas votre écran : ce maillot est vraiment flou. Il est aussi affublé d’un motif papier peint lowcost années 70. Vu le sponsor, Blaupunkt, il fut vite surnommé « The TV interference kit ». Où ont voulu en venir les designers de Hummel ? Nul ne le sait mais on peut penser qu’ils taquinaient la bouteille ou étaient atteints d’une diplopie incurable.

Verdict TK : on n’ose pas imaginer dans quel état Elton John était pour avoir laissé passer ça.

# 33. Wigan 1993-94 (D4), extérieur

Comme si végéter en bas de classement de D4 dans l’un des pires stades d’Europe de l’Ouest (voir # 2) n’était pas assez douloureux, le club infligea cette infamie à ses pauvres supporters. Résultat : Wigan enregistra le pire classement de son histoire en Football League cette saison-là, 19è de D4.

Le designer, le mal nommé Matchwinner, trop fier de sa trouvaille, jugea bon de décliner son design à la noix en x exemplaires et l’étala sur les tuniques de Preston (ci-dessous), Oxford et Bristol Rovers. On ne s’éternisera pas sur le classieux sponsor, Heinz, la coupe est déjà assez pleine comme ça (de Ketchup évidemment).

Verdict TK : ma théorie « Plus un maillot est hideux, plus le club rame » n’est peut-être pas si fumeuse que ça.

Kevin Quigagne.

Dans la même série :

Les pires maillots du foot anglais (1)

Les pires maillots du foot anglais (2)

Il y a dix-huit ans cette semaine, le 9 novembre 1996, Ali Dia faisait ses débuts anglais, en D6. Deux semaines plus tard, ce parfait inconnu sera aligné en Premier League. La légende du plus grand magicien du football britannique était née.

Ali Dia, un braqueur de génie plus qu’un magicien diraient certains. Un Spaggiari qui aurait réussi son magistral bluff au culot pur, sans haine ni violence, mais surtout sans talent et dans l’improvisation quasi totale. Retour sur le plus extraordinaire tour de passe-passe de l’histoire du football.

De remplaçant en D6 à l’élite en quelques jours

Mi novembre 1996, Graeme Souness, manager de Southampton, reçoit un appel enthousiaste de George Weah (voir clip). Le Libérien lui recommande chaudement un vrai crack, son cousin, un certain Ali Dia. La carte de visite de l’attaquant en jette un max : récemment titulaire au Paris Saint-Germain et international sénégalais, 13 capes. Et mieux ajoute Weah, le cousin est en confiance et chaud comme la braise, il vient de marquer deux buts en sélection nationale. Cerise sur le pudding, il est gratos. Seule légère anomalie dans ce tableau idyllique, Dia est licencié dans un club de D6 (près de Newcastle) où il n’a disputé qu’un bout de match. Un poil étrange a priori pour un international sénégalais chevronné mais si on commence à s’arrêter sur ce genre de détail, hein…

Aussi excité qu’un dirigeant Magpie encaissant le chèque de Liverpool pour Andy Carroll, « Souey » (surnom de Souness) oublie les fondamentaux au vestiaire. Il ne vérifie rien et ne se demande ni ce que fait un tel joueur dans un obscur club de non-League ni pourquoi ce Sénégalais est le cousin d’un Libérien… Non, rien de rien, zilch de zilch. Le bourru Ecossais convoque illico le présumé prodige pour un essai.

En fait de crack, le sosie de Tom Selleck récupère une pipe d’une trentaine d’années, qui n’a pas plus évolué pour le PSG qu’il n’est de la famille de Weah, et encore moins bien sûr Lion de la Téranga. Et, évidemment, ce n’était pas Weah au bout du fil…

A son arrivée, le jeudi 21 novembre, des reporters locaux interrogent Souey sur ce petit nouveau à la dégaine singulière (il court vraiment bizarrement). L’ex Red leur en met plein la vue : « Dia est un international sénégalais qui a joué avec Weah au Paris Saint-Germain et qui évoluait en D2 allemande l’an dernier. Il est à l’essai quelque temps, on va voir ce qu’il vaut. »

La veille, Dia aurait dû être aligné dans un match de réserve contre Arsenal mais la rencontre fut reportée pour cause de terrain inondé. Au grand dam du canard local, le Daily Southern Echo : « Ali Dia, ex vedette du Paris Saint-Germain est actuellement à l’essai chez les Saints. Ce rapide attaquant sénégalais a été recommandé par George Weah, FIFA World Footballer of the Year 1995. Las, un terrain impraticable l’a privé de cette occasion d’impressionner le public. »

Enregistré d’urgence, sorti en catastrophe

Pressé par la cascade de blessures qui décime les rangs Saints, le club lui fait signer un contrat d’un mois et l’enregistre d’urgence auprès de la Premier League (Premiership à l’époque). Et zou, c’est parti, Souey lui confirme qu’il sera remplaçant dès le lendemain contre Leeds. A peine 48 heures après son arrivée, Dia est déjà officiellement joueur de PL et s’apprête à affronter le Leeds de Lucas Radebe, Ian Harte, Lee Bowyer, Tony Yeboah et Ian Rush.

Matt Le Tissier : « Hallucinant. On aurait dit Bambi sur glace quand il courait. »

A la 32è minute, Matt Le Tissier doit sortir, claquage. Entrée de Dia. Il disputera une cinquantaine de minutes et aura même une occasion de but (mi vendangée) avant que Souey ne le sorte en fin de match. Soton perd 2-0 et l’Ecossais se pique la honte de sa vie. Verdict de Matt le Tissier dans le FourFourTwo # 214 d’avril 2012 (ainsi que – un peu – dans ce court article):

« Je n’ai rien compris au sketch Dia, hallucinant. On aurait dit Bambi sur glace quand il courait. J’ai été hyper surpris qu’il me remplace contre Leeds. La veille à l’entraînement, il avait été mauvais. On pensait en fait que c’était un anonyme qui avait gagné un concours avec comme premier prix le droit de s’entraîner dans un club pro, un truc comme ça. Le samedi, on le voit dans notre vestiaire et on se dit : Ah ben c’est sympa comme cadeau, le gars a aussi gagné le droit d’assister à notre préparation de match.Mais non, le mec faisait partie de notre effectif !

Quand je suis sorti sur blessure contre Leeds, il était censé me remplacer poste pour poste mais il se baladait sur le terrain sans discernement aucun. Le plus étrange c’est qu’il courait partout comme un poulet sans tête mais n’allait jamais où le ballon se trouvait… Il n’a quasiment pas touché un ballon du match, c’était presque comique. Je crois qu’il essayait d’éviter le cuir en pensant que s’il ne touchait jamais la balle, au moins on ne pourrait pas lui reprocher d’avoir été mauvais. »

Sujet tabou à Southampton, dindon de la farce

L’idole de Xavi continue :

[…] Le lundi, il était censé être à l’entraînement mais on ne l’a plus jamais revu. C’est là qu’on a appris qu’il avait été recommandé par George Weah, enfin quelqu’un se faisant passer pour lui. C’était franchement très embarrassant pour le manager et c’est vite devenu un sujet tabou dans le vestiaire. Au final, Dia a débarqué le vendredi, s’est blessé le samedi en étant nul, s’est fait soigner le dimanche par le kiné et s’est barré le lundi, en nous laissant une belle note d’hôtel et d’autres frais. »

Le 3 décembre 1996, le Daily Southern Echo publie l’entrefilet suivant : « Suite à l’essai non concluant d’Ali Dia et sa piètre performance contre Leeds, le joueur sénégalais a été libéré par Southampton FC. »

On apprend alors que juste avant Southampton, Dia avait réussi à décrocher un essai dans plusieurs clubs professionnels, dont Port Vale, Gillingham, Bournemouth et Coventry City (alors en Premier League). Les Sky Blues s’étaient vite rendus compte qu’il n’avait aucune chance de devenir pro et encore moins d’évoluer en PL (« Vraiment médiocre » fut en substance le retour des entraîneurs à la hiérarchie du club). Harry Redknapp à West Ham reçut également un coup de fil de « l’agent de Dia » mais le madré ‘Arry renifla l’entourloupe (et puis il venait de se faire avoir avec Marco Boogers – qu’il avait acheté 1 million £ sans le voir jouer –, alors chat échaudé etc.).

Souey n’a jamais voulu trop élaborer sur le sujet. Interrogé là-dessus par FourFourTwo en 2004, il a simplement déclaré qu’il n’était pas responsable de son inclusion dans le groupe des 16. Propos contredit par l’un de ses adjoints d’alors, Terry Cooper, qui lui affirme avoir essayé de dissuader Souey de l’aligner mais que ce dernier l’ignora et justifia sa décision par une pénurie de joueurs opérationnels.

PSG, Ginola, grosse Mercedes et Coupe d’Afrique des Nations

Après Southampton, Dia retourna dans le North-East où il disputa huit matchs sous les couleurs de Gateshead FC, petit club de D5 situé en banlieue de Newcastle. L’incroyable Dia réussit même à toucher une prime à la signature de 1 500 £, payée par les supporters Heed ! (surnom du club). Paul Thompson, l’un des joueurs Heed de l’époque se souvient (dans le même FourFourTwo) :

« C’est sûr qu’il était unique… A son arrivée, il n’arrêtait pas de nous parler de sa super Mercedes, mais sans nous préciser que c’était un modèle tout pourri vieux de 15 ans. Et pis un jour, il s’est pointé à l’entraînement au volant de cette fameuse Merc et là, on était tous pliés de rire. Une autre fois aussi,  il nous a tous invités royalement à venir le voir jouer en Coupe d’Afrique des Nations ! Il nous racontait avoir joué au Paris Saint-Germain avec David Ginola et nous avait montrés une photo de lui et Ginola apparemment ensemble dans une boîte de Newcastle. Notre entraîneur fréquentait un peu Ginola [alors à Newcastle United] et lui a parlé de Dia mais le Français ne le connaissait absolument pas. Les supps ont un peu regretté de s’être cotisé pour payer sa prime à la signature mais Dia est vite devenu un brin culte, il a même eu un chant à son honneur, peu élogieux* certes mais dès qu’il l’entendait, il se sentait fier et souriait. Pis un nouveau manager est arrivé et l’a viré, après l’avoir aligné à peine dix minutes, sur un match : il l’a fait rentrer à la 78è pour le sortir à la 86è ! Dia a quitté le club en février 1997 et on n’a plus jamais entendu reparler de lui. »

[*« Ali Dia, is a liar, is a liar » Contrairement aux apparences, ça rime. Faut prononcer Dia à l’anglaise et avec une pointe de malice : « Daï-a (comme l’adjectif dire = médiocre dans ce contexte, comme dans Dire Straits – mais là, il s'agit de l’expression in dire straits = dans une situation très difficile/désespérée. En fait, un chant des supps de Soton récupéré par les ceux de Gateshead. Petite astuce mnémotechnique innocente : pensez à Kieron Dyer, même prononciation…]

Un aigle royal dans un monde de buses

Il y a quelques années, un mini « culte Dia » est né et nombreux sont ceux aujourd’hui qui aimeraient retrouver le phénomène, histoire d’actualiser cet extraordinaire chapitre du football anglais, trop brutalement clos. Un autre motif plus nostalgique se cache aussi sans doute derrière cette traque soft :  l’envie de donner une suite à ce fabuleux épisode du folklore footeux, devenu entre-temps bien immatériel du patrimoine footballistique mondial. Un épisode que l’on sait aujourd’hui, ère Internet oblige, à jamais inédit.
En 2001, précise FourFourTwo, Dia obtient un diplôme en commerce à la Northumbria University de Newcastle puis on perd sa trace. Natalie Heath, la Responsable des Anciens Etudiants de l’université, a elle aussi joué les détectives mais sans succès : « Tout comme vous [FourFourTwo], on a aussi essayé de le localiser mais en vain. Aucune idée d’où il se trouve. » Même constat d’échec côté médias britanniques. Toutes les pistes ont été explorées, de la fédération sénégalaise aux ambassades du Senégal et Libéria à Londres en passant par les journalistes sportifs de Dakar (« Ali Dia ? Désolé, inconnu au bataillon »), chou blanc sur toute la ligne. Une lueur d’espoir est apparue en 2008 quand FourFourTwo a réussi à lui parler un bref instant au téléphone mais Dia ne s’est pas livré et a illico changé de numéro.

La presse british, du Guardian au Daily Mail en passant par le Sun ou le Times, catalogue aujourd’hui systématiquement Ali Dia dans le pigeonhole (case) « Pires footballeurs ayant foulé les pelouses du pays » (voir Legacy & References). Mais ces journaux font gravement fausse route, Dia ne saurait être réduit à je ne sais quel classement déshonorant censé se prononcer doctement sur le vertigineux manque de talent de tel ou tel flop. Et puis, on sait tous ce qui sort des pigeon holes… Le pigeon dans l’histoire, ce n’est sûrement pas ce bon Ali.

L’affabulateur hors pair qu’était Ali Dia plane bien au-dessus de cette obstination malsaine à vouloir l’enfermer dans une médiocrité éternelle. Céleste, insaisissable, inclassable, Dia est un artiste de l’imposture dont l’étoile brille de mille feux dans la galaxie des sublimes orfèvres de la mystification. Et en filant à la vitesse de la lumière, sa bonne étoile adresse un magistral bras d’honneur à tous, à commencer par les journalistes qui n’ont rien pigé au film. Dia, c’est le canular du siècle, un putain de hoax qui restera à jamais inégalé. Ali Dia est le plus grand génie de l’histoire du football. Point barre.

Kevin Quigagne.

The Back Page, tout près de Saint James’ Park (SJP), est la librairie-boutique de football la plus fournie de la planète. C’est aussi le hang-out intello préféré d’Hatem Ben Arfa et de nombreux amateurs de foot du monde entier. C’est du Back Page qu’HBA a voulu lancer ce que les médias ont (erronément) appelé sa « contre-attaque », juste avant qu’Alan Pardew n’expédie l’artiste incompris à Hull City. Rencontre avec son boss atypique, Mick Edmondson, a man you don’t meet every day comme chantaient les Pogues.

Voir intro ici. Réponse au Concours TK & nom du gagnant plus bas.

[Cliquez sur les photos pour les agrandir]

Interview, dernière partie

Back Page est très international. Y’a dix minutes ici, y’avait deux clients australiens, un Grec, un Milanais et un Norvégien. D’ailleurs, le Milanais, hilare, voulait acheter le maillot anti Sunderland “Have you ever seen a Mackem in Milan*?” On vient vraiment du monde entier chez toi ! [*basé sur le mythe mensonger que Sunderland - les Mackems - n'aurait jamais disputé de coupe européenne. J'ai évidemment tenté en douce de dissuader ce touriste de l'acheter mais en vain, ça le faisait trop marrer ce couillon].

Ah oui, j’ai vu ça, le Milanais a vraiment flashé sur ce t-shirt ! Oui, ça vient des quatre coins de la planète. On a tous les profils, du simple curieux au mordu de football memorabilia. On a par exemple un prêtre qui vient de Londres une fois par an et reste cinq heures à chaque visite. Un autre fidèle vient du Kent [sud de l'Angleterre] deux fois par an, il arrive à la gare le matin, vient direct ici, reste la journée, ne sort pas de la boutique et repart en fin d’après-midi prendre son train pour le Kent. Le mec fait 1 200 bornes A/R dans la journée rien que pour venir ici. C’est une sorte de pélérinage pour certains.

Y’a peu de boutiques comme la mienne dans le monde et elles sont plus petites. La deuxième plus grosse, après nous, est apparemment à Melbourne en Australie mais des Australiens m’ont assuré que c’est beaucoup plus petit qu’ici en terme de stock. Y’en a quelques unes disséminées en Europe continentale mais plus modestes. Nos clients, qui viennent donc d’absolument partout, nous disent souvent qu’ils n’ont rien de tel chez eux. Y’avait deux boutiques un peu similaires à Londres et Manchester, Sports Pages, mais elles ont fermé.

C’est difficile en fait de s’en sortir avec juste une boutique qui ne ferait essentiellement que du livre. C’est aussi pour ça que j’ai diversifié le business, avec Back Page Travel notamment, notre site Internet qui marche bien ou des ventes d’articles dédicacés (livres, ballons, photos, maillots, affiches, billets, etc.) par des joueurs ou sportifs célèbres.

Quels articles vendez-vous le plus ?

Hormis les livres, les programmes de match. On essaie de se garder les plus rares cependant. On a un superbe spécimen actuellement, un Liverpool-Newcastle de 1908 à Anfield imprimé sur un mouchoir en papier !  Il est authentique, il porte la mention « Programme Officiel ». On en avait un de 1898 y’a peu mais on ne l’a plus.


On trouve même du matos toxique chez Mick (le “M word” - si vous ne pigez pas, matez entre Millwall et Montrose).

T’as des supps de Sunderland comme clients ?

Oui, quelques-uns, certains viennent même ici les jours de match à SJP [nda : j'espère qu'aucun Black Cat ne traînait dans la boutique vers 16-17h samedi dernier, au moment où S'land se faisait désosser 8-0...]. On a même eu des anciens joueurs de Sunderland qui nous ont rendus visite, comme Len Ashurst ou Dennis Tueart, ce dernier est venu souvent d’ailleurs [nda : Tueart est un ex international anglais qui remplaça Pelé au New-York Cosmos. Resté célèbre pour ses reprises de volée et retournés acrobatiques, ici et ici - à 47 secondes - par exemple].

T’as déjà eu des réflexions de clients du style « Mais que foutent des trucs sur Sunderland ici ? » Je te demande ça car le fanzine de Sunderland, A Love Supreme, a dû être retiré de la vente sur Newcastle parce qu’il était régulièrement vandalisé [selon son rédac chef, que j'ai interviewé l'an dernier].

Non, jamais.

[Pour me convaincre de la grande tolérance qui règne en ces lieux, Mick me montre le rayon livres Black Cats et la vitrine « Produits de club » où Sunderland occupe une place respectable]

Félicitations pour ta vitrine  Mick, tu as un beau p’tit coin Sunderland mais pourquoi il est au ras du sol comme ça ? [2è en bas en partant de la gauche sur la photo]

Réponse de Mick sous la photo…


Si le coin Sunderland est au ras du sol, c’est « pour que quand un Black Cat se met à quatre pattes pour examiner les articles, on puisse facilement lui mettre un bon coup de pied au cul. »

[Dageek remporte notre cadeau (ça sent le vécu, ailleurs, faudra que tu nous racontes…). Bravo à lui et aux deux autres lecteurs qui ont proposé grosso modo la même réponse mais après Dageek]


Allez, un gros zoom sur le coin Sunderland pour me venger.

Il y a toujours eu une forte rivalité entre Newcastle et Sunderland. Par exemple, dans les lettres à leurs familles pendant la Grande Guerre, les soldats originaires de Newcastle ou Sunderland se plaignaient davantage de devoir partager les tranchées avec des supps de Newcastle/Sunderland que de leurs conditions épouvantables ! Mais ce qu’on sait beaucoup moins, c’est que dans les années 50-60, pas mal de supps de Newcastle allaient voir Sunderland, et vice-versa, car aucun match de championnat n’etait diffusé à la télé à cette époque et les supps étaient sevrés de football. Comment as-tu vu évoluer cette rivalité plutôt bon enfant avant les Seventies mais très tribale depuis ?

D’abord oui, tout à fait, les anciens m’ont raconté comment en effet les supps des deux clubs non seulement se toléraient mais assistaient aux matchs de l’un ou l’autre club sans haine particulière, même si la rivalité a bien sûr toujours existé. Tout ça a changé radicalement dans les années 70 avec l’arrivée du hooliganisme de masse. Y’a beaucoup moins de violence aujourd’hui mais c’est devenu très tribal en effet.


Sunderland-Newcastle à Roker Park, 5 avril 1980. La ségrégation dans les stades apparut en 1973 et se généralisa au milieu des Seventies (mais souvent fragile et aléatoire, e.g sur la photo, un grillage et un mince cordon de policiers pour séparer les deux camps)

C’était comment par ici dans les années 1975-90 mettons, au plus fort du hooliganisme ?

Affreux bien souvent, y’a eu beaucoup de violence ici. A partir de 1982, j’ai assisté à tous les matchs de Newcastle à domicile et à l’extérieur et c’était chaud, surtout contre des clubs comme West Ham, Chelsea et Leeds. Ils avaient les plus grosses firms de hooligans et se déplaçaient par centaines. J’ai aussi vu des Newcastle vs Sunderland et vs Middlesbrough vraiment violents, avec batailles de rue, etc. Personnellement, je n’ai jamais participé à aucun acte violent mais il m’est arrivé d’être pris dans ce déferlement de violence. Même quand c’était calme en apparence, y’avait une tension permanente et on sentait que ça pouvait éclater à tout moment.

Tu faisais les déplacements ?

Ouais, je prenais ce qu’on appelait les Football Specials [trains dont j’ai parlé dans cet article TK]. Wow, le premier que j’ai pris de Newcastle, j’en revenais pas. J’arrive à la gare et je vois des centaines de supps habillés en tenue de combat, avec des grosses bottes, des Dr Martens bout acier, etc. Y’avait aussi pas mal de skinheads & assimilés, c’était chaud.

Newcastle United a eu plusieurs firms notoires. La première a été la Bender Squad. Ces mecs étaient vraiment tarés, ils se faisaient appeler ainsi (Escadron Biture) car ils ne faisaient que picoler. En règle générale, ils ne cherchaient pas activement la violence car ils savaient pertinemment que la violence viendrait à eux. Leur truc à eux étaient de squatter un pub et les alentours immédiats avant le match pendant des heures en matant méchamment tout le monde, sans bouger. C’était assez terrifiant. Fatalement, au bout d’un moment, ça pétait.

La Newcastle Mainline Express (NME) est arrivée un peu après, avec la scène Casuals du début des Eighties, y’a eu les Gremlins aussi, au milieu des Eighties.

[nda : Certains de ces hools sont toujours plus ou moins actifs, à l’écart des stades désormais très sécurisés, cf les violences dans le centre-ville de Newcastle après le derby d’avril 2013. Ces firms, ou leurs vestiges, aiment se déplacer à l’étranger, matchs amicaux, européens ou compétitions internationales avec les Three Lions. Par ailleurs, sans en exagérer l’importance, on assiste depuis quelques années à une résurgence du hooliganisme « juvénile », liés ou non aux anciens hools. Ces casseurs, quand ils sont organisés, reprennent parfois le nom des anciennes firms en y ajoutant Baby ou Youth/Young (Villa Youth à Aston Villa, Young Baby Squad à Leicester, etc.). 290 mineurs étaient interdits de stade en 2010, presque 10 % du total d’IDS].

Y’avait aussi pas mal de violence à l’intérieur des stades bien sûr.

Oui. Le gros truc à l’époque, pour toute firm digne de ce nom était ce qu’on appelait « The taking of an end », la prise d’une tribune, si possible le Kop local. Les hooligans arrivaient tôt au stade et essayaient d’envahir tout ou partie d’une tribune pour s’approprier les lieux. C’était une façon d’humilier les supps locaux.

Les firms de Newcastle ont fait ça plusieurs fois à Roker Park [l'ancien stade de Sunderland] et un jour même, il s’est passé un truc inédit : 2 000 supps de Newcastle ont pris possession d’une tribune à Roker Park… pendant un Sunderland-Birmingham City. Les supps Magpies avaient secrètement décidé de ne pas aller voir NUFC mais plutôt d’aller foutre le bordel à Roker Park. Dans le même genre, le pire que j’ai vu est en 1985 quand 400 gars de la firm NME ont envahi la tribune Fulwell à Roker Park en plein match… Bagarre générale qui a débordé sur la pelouse, jets d’objets en tout genre, match interrompu.


La prise de la tribune Fulwell à Roker Park fait partie du « folklore » hool local, tout comme les batailles rangées entre les Gremlins et les Seaburn Casuals (principale firm de Sunderland). Chaque membre de firm payait minimum 1 £ par semaine pour couvrir les frais de justice et amendes infligées par les tribunaux.

En mai 1987, ça a été spectaculaire aussi, toujours à Roker Park pour une demi-finale des plays-offs entre Sunderland (D2) et Gillingham, D3 [nda : à l’époque, première saison des play-offs, le 20è de D2 affrontait le 5è de D3]. Y’avait 2 000 supps de Newcastle dans le stade, dont moi. On avait fait le déplacement juste pour espérer voir Sunderland descendre en D3 et fêter ça devant eux, car c’était sûrement le match le plus important de leur histoire. Sunderland a gagné 4-3 mais est descendu en D3 [la première – et seule – fois de leur histoire] car battu 3-2 à l’aller. Super journée pour les 2 000 supps Magpies, on a vu Sunderland se faire reléguer en D3 !


Gwen, l’exaspérée propriétaire d’un barbier-coiffeur de South Shields (banlieue de Newcastle), a dû contacter la presse (voir article) pour supplier certains supps Magpies d’arrêter de l’insulter et/ou s’en prendre à son commerce : ces ignorants prenaient les couleurs traditionnelles d’un barbier outre-Manche (le rouge et blanc) pour un soutien affiché à Sunderland. Mais jusqu’où la connerie ira-t-elle se nicher ?

[Anecdote amusante pour détendre l’atmosphère. En 1998, Barry Welsh, un inconditionnel Black Cat gare sa voiture à Newcastle pour la nuit. Sa caisse est entièrement décorée aux couleurs de Sunderland (rayures rouge et blanches, maillot Black Cat en guise de housses de siège, fanions, etc. similaire à celle ci-dessous). Quand il la récupère le lendemain, elle a été totalement repeinte noire et blanche et un maillot Magpie a été collé à la Super Glue à une vitre…]

Alors, en deux mots car on aurait pas assez de la journée : c’est quoi ce bordel avec Pardew et votre équipe ? Vous êtes mal barrés là… [ITW réalisée avant la victoire 1-0 vs Leicester samedi, Newcastle est actuellement 18è]

[Il s’anime] Je déteste sa façon d’appréhender son boulot, ce type est condescendant et profondément ignorant… Tout ce que j’attends d’un employé de Newcastle United, qu’il soit footballer, manager, dirigeant, entraîneur, préparateur, tea lady, vendeur de programme, peu importe, c’est qu’il donne 100 % pour le club. C’est un honneur de bosser pour NUFC et ceux qui représentent le club doivent se donner à fond.

[J’enfonce le clou] OK, l’abnégation, la gnaque, tout ça, mais ça ne suffit pas, vous êtes dernier là hein. Je sais, on en a déjà parlé [voir deuxième partie] mais j’aime bien ce sujet de conversation…

[Il s’anime de plus en plus] Mais Pardew n’a pas la tête à Newcastle, c’est ça le vrai problème, on dirait qu’il s’en fout. Ce type est un vrai embarras pour nous, il met des coups de boule aux joueurs adverses, il pousse et insulte les managers adverses, les arbitres même parfois, et c’est jamais sa faute ! C’est toujours la faute des supps. Ce type est NUL ! Les 28 derniers managers limogés en Premier League affichaient tous un meilleur bilan que Pardew. Avant le match contre Swansea (2-2) Newcastle United n’avait marqué qu’UN seul but à l’extérieur… et c’était un but csc d’un joueur de Liverpool ! 3 victoires en championnat depuis Noël dernier… et je pourrais continuer comme ça longtemps.

Vos nouveaux Frenchies là, Cabella et Rivière, t’en penses quoi ?

Ils me semblent justes, surtout Rivière. Cabella est trop léger mais il est encore trop tôt pour le juger définitivement. Je crois que dans une équipe forte, il sortirait davantage son épingle du jeu. Rivière n’a rien montré pour l’instant, pire même, il a été nul. Désolé d’en revenir à Ben Arfa et Yanga-Mbiwa mais ces deux joueurs sont largement supérieurs à ce qu’on a en ce moment et pourtant, on les a prêtés. L’un des problèmes de Pardew est sa gestion humaine [man-management] catastrophique. T’imagines Kevin Keegan avec Ben Arfa ? Il te l’aurait pris par l’épaule et lui aurait redonné confiance, il ne l’aurait jamais prêté.

J’imagine que t’es pas non plus un grand fan du propriétaire, Mike Ashley…

[Très remonté] Mike Ashley ne comprend ni ce club ni le football, il ne comprend pas Tyneside [conurbation de Newcastle], il ne comprend pas ce que le foot signifie pour les gens ici. Le football ici, c’est une religion. Tout le monde parle foot non stop, bien plus qu’ailleurs. Son problème aussi c’est qu’il s’est entouré de gens incompétents. Au début, le président était Chris Mort, un gars super, proche des supps, je l’ai rencontré plusieurs fois. C’est Ashley lui-même qui l’a fait venir. Pis il a vite été remplacé par Derek Llambias, un nul ce type [remercié en juin  2013, remplacé par Joe Kinnear].

Quand Ashley a fait venir Keegan comme manager [janvier 2008], c’était indéniablement un geste positif mais il a aussi embauché Dennis Wise comme Directeur sportif, une grosse erreur [nda : Keegan se brouilla vite avec Wise, qui, selon Keegan, décidait unitéralement des transferts. Tout ça se termina au tribunal fin 2008]. Wise ici fut le premier signe qu’Ashley faisait venir n’importe qui. Wise est un Londonien qui n’a aucune affinité avec Tyneside et ne comprenait rien à cette région. On ne demande pas des gens qui soient d’ici mais au moins qui comprennent notre région. Depuis Wise, ça n’a été qu’un long catalogue de désastres, Pardew, Llambias, Kinnear…. Le seul point positif a été de faire venir Graham Carr [responsable de la cellule recrutement], c’est un Geordie, il comprend le club et sait comment on fonctionne.

Parlons fanzines NUFC. Ton zine Black & White Daft a cessé de paraître début 2013, Toon Talk a aussi jeté l’éponge l’an dernier et les deux autres, True Faith et The Mag, les « historiques » (41 ans d’existence à eux deux) ne paraissent plus qu’en numérique depuis six mois malgré leur bonne santé papier [supposition car obtenir des chiffres est compliqué]. Explique-nous ce qu’il se passe.

Je préfère ne pas trop m’avancer là-dessus car je ne sais pas exactement ce qui est arrivé à True Faith et The Mag. Je sens juste que ça va devenir difficile pour les fanzines de survivre en format papier. Le numérique permet de davantage coller à l’actu, d’inclure des liens et d’étoffer le contenu. Tu me dis que A Love Supreme [fanzine de Sunderland] a l’air de bien se porter mais ça ne m’étonnerait pas s’il virait au numérique d’ici peu.

[nda : Mick ne souhaite pas s’étendre sur le sujet mais il semblerait que le principal distributeur du réseau et stockiste – WHSmith, également grosse chaîne de maisons de la presse – ait fortement augmenté les coûts de distribution dernièrement]

Tu te déplaces à tous les matchs européens de Newcastle depuis deux décennies et je lisais ton reportage sur Bordeaux dans le # 12 de ton fanzine [Bordeaux-Newcastle, 2-0, déc. 2012]. Sans vouloir te flatter, c’est excellent, vivant, marrant, etc. Tu as adoré Bordeaux, hormis les CRS qui ont parqué les 1 200 supps Magpies pendant 45 minutes alors qu’il n’y avait aucun problème mais passons. Tu savais que les supps là-bas mettent des lamas dans le tram ? [je lui explique et lui montre des photos]

[Il éclate de rire] J’en reviens pas, ils ont mis un lama dans le tram, ah ah ! Oui, j’ai vraiment adoré Bordeaux, la ville, les gens, les bars, super. Y’a une autre ville que j’ai adoré en France quand on y a joué en 1996 c’est Metz, super ville. Tu savais que Robert Pirès a failli signé pour vous ? [Sunderland]

[Surpris] Ah bon ? Non, je savais pas.

Ouais ouais, du temps de Dalglish [manager de Newcastle de janvier 1997 à fin août 1998]. Ce qui se disait alors c’est que Newcastle voulait recruter Pirès et donc Dalglish avait chargé son adjoint, Terry McDermott, de s’en occuper. Mais McDermott a mal compris et a recruté Pérez, Lionel Pérez…

[Incrédule] Qu’est-ce que c’est que cette légende urbaine à la Luther Blissett à l’AC Milan… Pérez était gardien et a atterri à Sunderland !

Ça paraît dingue mais c’est pourtant ce qu’on m’a dit, quelqu’un de bien informé en plus. D’ailleurs, Newcastle a bien acheté Pérez, avant de vous le refiler. Oui, oui, c’est vrai, il n’a jamais joué pour nous car il était troisième gardien mais Newcastle l’a bien recruté, à la place de Pirès donc. Pas fins les mecs quand même ! [nda : en fait, Pérez a bien été un Magpie – sans jouer pendant deux ans, barré par Shay Given et Steve Harper – mais seulement après son passage réussi à Sunderland où il se fit remarquer par son originalité, ses prouesses et sa coupe péroxydée].

Lionel Pérez, “cult hero” à Sunderland (1996-1998), cireur de banc à Newcastle (1998-2000)

C’est comme votre Peter Reid [Manager de Sunderland de 1995 à 2002]. Ben, il a recruté Milton Núñez mais c’était le mauvais Núñez !

Ah ben tu vois ça, ce n’est absolument pas étonnant !

Je crois aussi que Pardew et Kinnear ont recruté le mauvais De Jong l’an dernier, Luuk au lieu de Siem qui est chez nous cette année…

Quel livre de football en anglais sorti récemment recommanderais-tu ?

Black & White Daft ! [le sien] Non, sérieusement, je recommanderais All With Smiling Faces de Paul Brown [supp de Newcastle, auteur reconnu et contributeur pour le Guardian, When Saturday Comes, etc.]. Il vient de sortir, c’est sur les trois premières décennies de Newcastle United et le football à cette époque-là, passionnant.


Paul Brown, avec son livre All With Smiling Faces. Le titre est un vers tiré de Blaydon Races, célèbre chanson du repertoire de folk local (Geordie) écrite en 1862 et devenue ensuite l’hymne de la ville/du coin et du club. Chanson qu’on entend malheureusement rarement à SJP mais qui fait frissonner, voir clip (interprétée ici par Graeme Danby, ténor d’opéra originaire de Newcastle).

Sur notre blog, Teenage Kicks, il m’arrive souvent d’écrire des choses vraiment super gentilles sur vous et je t’ai offert un beau cadeau pour mettre sur vos murs [ça],  alors tu n’as pas le choix : dis-moi un truc sympa sur Sunderland AFC.

Euh… [il réfléchit] euh… un truc sympa sur Sunderland, euh… [long silence, grimaces et grattage de front]…

Tu dois me trouver un truc là hein, t’y coupes pas…

Euh… Ah oui, j’ai vraiment aimé le geste des supps Black Cats après le décès tragique de John Alder et Liam Sweeney [supps Magpies disparus dans le crash du vol MH17 en Ukraine et qui se rendaient en Malaisie pour voir NUFC en tournée]. Beaucoup de supps Magpies ont vraiment apprécié ce geste spontané, merci à eux, ça nous a touchés.

Ton prono pour le prochain derby [dimanche 21 décembre, à SJP], une troisième p’tite victoire Black Cats d’affilée dans votre jardin, hein ?

Mais non ! Je vois bien un 1-0 pour nous. Cela dit, je trouve nos deux clubs très faibles cette saison et j’ai bien peur que ce derby accouche d’une purge.

Très faible, très faible, parle pour toi hein ! [c’était donc avant le 8-0 à Southampton…] Merci beaucoup de ta disponibilité Mick.

Kevin Quigagne.