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Robin Friday (1952-1990), terrassé par un arrêt cardiaque dû à une overdose d’héroïne, aurait pu être un grand du football anglais. Au lieu de ça, il a été son enfant terrible le plus givré.

Lire intro ici.

[REP = Reading Evening Post]

The greatest footballer you never saw: THE ROBIN FRIDAY STORY

MAURICE EVANS, entraîneur à Reading : Je suis arrivé en juillet 74. Charlie [Hurley], le manager, m’avait beaucoup parlé de Robin, donc pour notre première séance d’entraînement début juillet, j’avais hâte de le rencontrer. Mais pas de Robin. Apparemment, il avait subi une opération chirurgicale pour se faire enlever des tatouages à la main et il portait un plâtre, mais personne savait où il était. Charlie est alors arrivé en s’écriant : « On l’a retrouvé ! Il a passé l’été dans une commune hippie en Cornouaille. Il est en route pour Reading. » Quelques jours après, on l’a aligné en amical contre Watford. Il n’avait pas touché un ballon depuis six semaines, et vous imaginez dans quel état il était dans les Cornouailles. Et ben, il a totalement éclaboussé ce match de sa classe. J’avais du mal à y croire… C’était un type incroyable.

REP, 12 juillet 1974

… Le monde du football s’est réveillé ce matin avec une nouvelle qui fait l’effet d’une bombe : Bill Shankly vient de démissionner et a décidé de prendre sa retraite.

[...] Reading Football Club a annoncé une perte de 16 000 £ sur l’année dernière. La dette du club s’élève désormais à 79 000 £.

REP, 24 juillet 1974

… Le manager Charlie Hurley dit placer beaucoup d’espoir en Robin Friday, cet attaquant arrivé en janvier et qui a eu un fort impact.

Ailleurs, surprise dans le petit club de Dunstable qui vient de recruter… George Best ! Ce dernier a déclaré : «  Tout ce que je veux, c’est de jouer au football, et c’est ce que Dunstable me permet de faire. » Barry Fry, le jeune manager du club, est ravi : « Incroyable, Dunstable a fait signer George Best ! C’est encore mieux que d’avoir Frank Sinatra qui chante à la mi-temps ! »


Barry Fry, un manager déjanté bien dans la lignée des Seventies

MAURICE EVANS : Charlie me dit : « Il faut absolument qu’on fasse déménager Robin à Reading, pour pouvoir le surveiller et avoir une idée de ce qu’il fait. » Je lui réponds : « Je sais pas si c’est une bonne idée, avec tous ces imbéciles qui traînent en ville, il suffit qu’il les fréquente et c’est terminé. »

ROD LEWINGTON, ami : C’est vrai qu’à l’époque y’avait une tripotée de sacrés numéros à Reading et ils idolâtraient tous Robin.

CHARLIE HURLEY, manager de Reading : On lui avait trouvé un appart tout près du club et on avait élaboré un plan pour qu’il se tienne à carreau et n’ait pas trop d’argent à claquer en ville. On retenait directement le loyer, les charges et les factures sur sa paye, si bien qu’il lui restait plus grand chose pour sortir. Mais ça changea rien car il était si populaire que plein de gens lui prêtaient de l’argent sans trop chercher à le récupérer.

ROD LEWINGTON : Il y avait aussi un tas de types qui profitaient de lui, pas dans le sens financier, mais de sa notoriété. Ils l’embarquaient souvent dans des tournées des grands ducs interminables et lui, il manquait de volonté pour refuser.

Il va sur la piste de danse, enlève son pantalon, et là, surprise : il était à poil. Il ne portait qu’une paire de bottes. Incroyable. Des fois, il prenait une nana dans la boîte, se trouvait une petite salle mitoyenne et ils baisaient.

REP, 6 août 1974

Reading 1 - Portsmouth 0

… Match amical durant lequel Friday a raté quelques belles occasions, mais on peut dire que sans lui le spectacle serait bien triste.

JOHN MURRAY, joueur : Moi, j’ai été viré de mon ancien club, Burnley, j’avais cassé la figure du manager là-bas et Charlie Hurley m’a récupéré - il devait avoir un faible pour les gars comme nous.

MAURICE EVANS : Robin était toujours fauché. Je n’arrêtais pas de lui prêter de l’argent, mais il me remboursait toujours.

ROD LEWINGTON : Le problème de Robin, c’est qu’il était trop généreux. Il donnait de l’argent à tout le monde et ne cherchait jamais à le récupérer.

MAURICE EVANS : Ses potes étaient bien barjots aussi, y’avait de sacrés timbrés, des chauffeurs de taxi aussi, qui l’emmenaient partout, le sortaient en boîte. Ils lui faisaient rencontrer des filles, ou carrément le mettaient direct dans un placard avec une nana et ils les laissaient faire leur truc.

ROD LEWINGTON : A l’époque, y’avait Churchill’s, la boîte la plus ringarde que Reading ait jamais eue, un truc super glauque. En fait, c’était une salle au-dessus d’une banque avec juste un comptoir et le minimum absolu pour fonctionner, une piste de danse et des cassettes pour la musique. C’était vraiment un endroit d’une nullité inégalée mais on pouvait y picoler toute la nuit. Tous les mecs qui se retrouvaient au Churchill’s étaient interdits d’entrée partout ailleurs. Un jour on y va avec Robin, après une séance au pub. Robin portait un long manteau et des hobnail boots [sorte de godillots militaires/Doc Martens avec crampons/clous à bouts arrondis - pour faire durer la semelle, ci-dessous].


La tenue de soirée de Robin Friday

Il se met sur la piste de danse, enlève son pantalon, et là, surprise : il était à poil. Il ne portait que ces pompes. Incroyable. Des fois, il prenait une nana dans la boîte, se trouvait une petite salle mitoyenne et ils baisaient. Nous, on se mettait devant la porte pour qu’ils soient pas dérangés. C’était le seul club de la ville qui fermait les yeux sur ce genre de chose.

JOHN MURRAY : Je me souviens que la première chose qu’il a faite en emménageant près du stade fut de repeindre tout en noir. Il disait que y’avait rien de pire que d’être défoncé et de devoir mater des motifs papiers peint plus étranges les uns que les autres.

REP, 17 août 1974

Reading 2 - Cambridge 0

… Superbe match de Robin Friday, qui, comme à habitude, a régalé l’assistance avec sa technique exceptionnelle.

REP, 24 août 1974

Rotherham 2 - Reading 1

… Belle tête de Robin Friday mais son but n’a pas suffi. Bien trop esseulé en pointe.

SYD SYMMONDS, ami : Robin était branché Heavy Metal, surtout le Alex Harvey Band et Led Zeppelin. Dès que t’allais chez lui, même à trois heures du matin, il te mettait ça super fort. Le voisin était un vieux type de presque 80 ans, Bill Smith, un ancien jardinier du Reading FC. Le pauvre, il a morflé, on lui a tout fait. La zique à fond, les gens qui tambourinaient à la porte à toute heure, les nanas qui balançaient des pierres sur les fenêtres… Pauvre vieux quand même.

REP, 2 septembre 1974

Reading 3 - Northampton 2

… But de Dick Habbin, superbement amené par Robin Friday.

REP, 7 septembre 1974

Scunthorpe 0  - Reading 1

… Tête victorieuse de Robin Friday, qui sort un énorme match. C’est son troisième but d’affilée.

REP, 9 septembre 1974

… Charlie Hurley a démenti que Sheffield United [haut de tableau de D1] a fait une offre pour s’attacher les services de Robin, supervisé pour la sixième fois par United cette saison. Toutefois, Friday n’est pas à vendre et s’il l’était, Reading en demanderait une forte somme, minimum 100 000 £.

MAURICE EVANS : Quand on jouait dans le nord de l’Angleterre, on se retrouvait parfois à la gare de Euston à Londres. Une fois, il s’est pointé en jean, avec bottes montantes en crocodile, t-shirt Deep Purple et rien d’autre, absolument rien. Quand on descendait à l’hôtel, les gens le regardaient et disaient « Mais c’est qui ce type ? »

CHARLIE HURLEY : Il essayait de suivre mes conseils, mais il y arrivait pas, son tempérament sauvage et indomptable le dominait. Il adorait boire, il était beau donc j’imagine qu’il avait pas trop de problèmes avec les filles. Ses fréquentations étaient folklos aussi !

MAURICE EVANS : Robin adorait les gens. C’était génial d’être avec lui, et comme c’était une vedette sur Reading, tout le monde voulait l’approcher. On a essayé de le protéger, de lui dire : « Ecoute Robin, prends conscience de tes qualités hors normes et de ta technique monstrueuse, ne sors pas autant, soigne ta forme et tu pourras signer n’importe où. » Mais lui, il nous regardait en se marrant et nous disait : « Putain, mais vous plaisantez ou quoi. M’entraîner tous les jours, faire des tours de terrain sans arrêt, ça m’intéresse pas. Si tu me donnes un ballon, je te fais ce que tu veux, mais bosser comme un dératé, pas question. »

REP, 12 septembre 1974

Reading 4 - Rotherham 2

… Bertie Mee, manager d’Arsenal, était à Elm Park hier soir et, selon un dirigeant des Gunners, il était là pour observer Robin Friday ou Dick Habbin. Superbe prestation de Robin Friday, notamment sa percée de la 11è minute, suivie d’une talonnade-passe qu’Henderson transforma en but.

REP, 14 septembre 1974

Reading 3 - Newport 0

… Superbe performance collective de Reading et but de Friday, son sixième cette saison. Habbin et Friday sont en tête du classement des buteurs. Un supporter a téléphoné au Evening Post jurant qu’il incendierait le stade si jamais le club vendait Friday !

REP, 14 septembre 1974

Reading 1 - Crewe 1

… Robin Friday s’est blessé à la cheville, on craint une fracture.

SYD SIMMONDS : Robin ne portait jamais de protège-tibias. Il sortait du vestiaire mal fagoté, chaussettes en berne après cinq minutes de match, tout débraillé, cheveux longs avec des tatouages Mild et Bitter [types de bière] sur sa poitrine.

REP, 20 septembre 1974

… Plus de peur que de mal, la blessure de Friday à la cheville est superficielle.

REP, 26 septembre 1974

… Chester 2 - Reading 0

Match plein de Friday mais insuffisant (il rate notamment une belle occasion), sous les yeux du manager de Liverpool, Bob Paisley, qui avait fait le déplacement pour observer Friday après avoir envoyé un émissaire à Elm Park en début de saison.

Friday à Liverpool avec Bob, ça aurait eu de la gueule !

Friday à Liverpool avec Bob, ça aurait eu de la gueule !

REP, 30 septembre 1974

Reading 4 - Southport 1

… Robin Friday, le roi des buteurs de Reading, est accusé de se comporter égoïstement envers le club et les supporters et de désavantager son équipe par ses fautes stupides qui entraînent des cartons. Il a déjà accumulé douze points disciplinaires et sera suspendu les deux prochains matchs, ce qui est malvenu pour le club qui vise la montée en D3, devenue impérative. Friday compte déjà neuf buts en championnat cette saison et RFC a plus que jamais besoin de lui pour atteindre ses objectifs. Il est à noter cependant que la réaction théâtrale des joueurs de Southport ne les honorent pas. Sur le coup de coude de Friday, le gardien s’est écroulé comme s’il venait d’être fusillé et quand Friday a mis un petit uppercut inoffensif sur le menton de Johnson (pour plaisanter), ce dernier a tout fait pour faire expulser le Royal.

CHARLIE HURLEY : En fait, Reading n’avait besoin que d’un avant-centre à cette époque : Robin Friday. A lui seul, il pouvait éliminer cinq joueurs. Jouer contre lui était un cauchemar et ces gars-là supportaient pas la façon insolente qu’il avait de mystifier ses adversaires. Et le pire truc en foot, c’est de jouer en ayant l’air de se foutre de l’adversaire.

REP, 1 octobre 1974

Rochdale 0 - Reading 2

… Une foule d’observateurs et de managers connus ont assisté au superbe match de Reading hier soir. Parmi les intéressés, il y avait les managers d’Aston Villa, de West Bromwich Albion, Manchester City, Coventry et le responsable de la cellule de recrutement de Leeds. Dick Habbin et Robin Friday, les deux joueurs observés, ont brillé dans ce qui était avant tout une belle performance collective. Reading est leader du classement.

Liverpool, Leeds, Arsenal, Aston Villa, Man City, Wolves, Sheffield United, Coventry… Un tas de clubs de D1 s’intéressèrent à Robin Friday mais sa réputation effrayait.

MAURICE EVANS : Je me souviens qu’un jour, on jouait contre Crystal Palace et Robin réalisait des trucs pas possibles sur le terrain. Terry Venables [alors manager de Palace] n’arrêtait pas de dire sur le banc d’à côté : « Mais putain, c’est qui ce mec ? » Venables voulait absolument le recruter, mais Palace était fauché et ils voulaient faire un échange de joueurs.

REP, 14 octobre 1974

Reading 1 - Shrewsbury 2

… Deuxième défaite d’affilée pour Reading. Il a été confirmé que chaque joueur recevra 60 £ de prime (car Reading reste dans le top four), et ce malgré la médiocre prestation des joueurs contre Shrewsbury.

DAVID DOWNS, historien du club : Un de mes amis jouait avec Robin à l’époque et c’est vrai que certains de ses coéquipiers ne l’aimaient pas trop, surtout des gars qui ne sortaient ou ne buvaient jamais, ils ne comprenaient pas son lifestyle.

CHARLIE HURLEY : Le truc avec Robin, c’est qu’il était incroyablement naturel, avec tout le monde. Je me souviens que quand le président du club ou les membres du directoire venaient dans les vestiaires, c’était tordant. T’avais Robin qui s’adressait à Sir Ernest Harrison [une huile] comme si c’était un vieux pote à lui, du style « Salut Ernie, ça roule ? » Lui et l’étiquette, ça faisait deux.

REP, 26 octobre 1974

Reading 0 - Barnsley 3

… Cinquième match de Reading sans victoire, la montée s’éloigne. Robin Friday ne jouait pas (grippe).

JOHN MURRAY : Le vendredi matin, je ramenais Robin chez lui en voiture. Y’avait toujours un tas de gens qui allaient et venaient, j’y comprenais rien. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il était fauché en permanence.

SYD SIMMONDS : S’il n’y avait aucun match en semaine, la plupart du temps, on picolait tous les jours et ensuite on sortait en boîte. Mais à partir du jeudi matin, il arrêtait la boisson. Un soir, en rentrant du pub, il me dit : « J’ai une surprise pour toi, une bonne pastille d’acide. On va se faire une super soirée. » Mais je lui ai répondu que je touchais pas à ça. Il a insisté en rigolant, pour lui c’était la routine, un moyen comme un autre de s’éclater.

REP, 18 novembre 1974

… Robin Friday écope de deux matchs de suspension devant le comité de discipline de la FA.

REP, 6 décembre 1974

… Le salaire moyen national est de 50 £ par semaine. Le prix d’une maison sur Reading est de 15 000 £.

REP, 6 janvier 1975

Crewe 1 - Reading 0

… Quatrième défaite d’affilée de Reading qui dégringole à la 12è place.

REP, 3 février 1974

Reading 3 - Workington 0

… Le plus beau succès depuis trois mois, dont un but tout en opportunisme et détermination de Robin Friday pour son cinquantième match avec les Royals. Mais une nouvelle fois, il a été salement malmené par ses adversaires.

REP, 8 février 1975

… Margaret Thatcher devient leader des Conservateurs et la première femme à diriger un parti politique britannique.

CHARLIE HURLEY : L’une des raisons pour lesquelles Robin et moi on s’entendait si bien c’est que j’étais toujours franc avec lui. Il me demandait souvent mon avis sur sa prestation, car il adorait parler. Il m’arrivait de lui dire qu’il avait été nul à chier. Il me répondait : « Mais j’ai été meilleur qu’untel quand même. » Je lui rétorquais qu’il ne devait jamais se comparer à Pierre, Paul ou Jacques. Souvent, il était difficile à gérer, et je pense qu’il fallait être irlandais comme moi pour gérer Robin !

DAVID DOWNS : Honnêtement, avant l’arrivée de Robin, Reading était un club très quelconque. A lui seul, il a transformé l’image du club. Une quantité formidable de gens l’idolâtrait, beaucoup de gens se rendaient spécialement à Reading juste pour le voir, il a fait venir beaucoup de monde.

REP, 28 février 1975

Northampton 0 - Reading 3

… Plus belle victoire à l’extérieur depuis quatre ans. Friday, blessé, fut remplacé à la 78è, pour la première fois depuis son arrivée au club.

REP, 19 mars 1975

Cambridge 1 - Reading 1

DAVID DOWNS : Je me souviens de ce match contre Cambridge, Robin s’était battu avec Brendan Batson [l'un des rares joueurs noirs de l'époque, qui deviendra célèbre à West Bromwich Albion, Nda]. Ron Atkinson manageait Cambridge et il aurait demandé à Batson de casser les jambes de Robin. Bon, à la fin du match, Robin et Batson se sont serrés la main et Robin lui a dit : « Sans rancune hein, j’ai rien contre les Noirs. Je suis mariée à une Noire. » Je crois que ça a déconcerté Batson d’entendre ça.

Batson, l'un des rares Noirs de D1 des Seventies, où le racisme gangrénait le football anglais

Batson, l'un des rares joueurs noirs de D1 à la fin des Seventies, une époque où le racisme gangrénait le football anglais

MAURICE EVANS : Le public adorait Robin et lui, ça lui donnait encore plus d’audace pour tenter des trucs improbables. Mais il ignorait totalement les consignes, il allait où bon lui semblait sur le terrain. Le seul truc que j’ai vraiment essayé avec lui c’est d’améliorer sa condition physique. Il n’aimait pas ça ! Il détestait courir, il pensait que ça ne servait strictement à rien.

REP, 3 avril 1975

Reading 3 - Exeter 1

… Superbe victoire de Reading. Friday malmené dès le coup d’envoi mais magnifique performance de sa part. Il marque son 17è but en championnat. Par ailleurs, Reading FC a annoncé que le club refuserait l’entrée du stade aux hooligans. Cette décision s’inscrit dans le cadre de la lutte contre le vandalisme.

SYD SIMMONDS : Robin dépensait beaucoup en chaussures, surtout dans ces bottes en croco, il en était dingue, il lui arrivait de claquer 100 £. Il allait les acheter sur King’s Road. Ça et les jeans, il ne portait que ça, tous les autres joueurs portaient l’uniforme du club, veston classe et pantalon gris, sauf Robin.

JOHN MURRAY : Je me souviens d’une fois où on revenait en train d’un match de coupe disputé dans le Nord-Est et l’équipe de West Ham était aussi dans le train ; y’avait Frank Lampard [senior], Clyde Best, Pat Holland et quelques autres. Je discutais avec Steve Death et les joueurs de West Ham au buffet du train quand soudain, Robin entre dans le wagon. Il avait une de ces touches ! Cheveux longs ébouriffés, blouson en cuir, t-shirt noir et jean. Et là il me dit : « John, paye-moi un putain de coup s’il te plaît. » Un des joueurs de West Ham me sort alors : « Putain de supporters, ils s’incrustent partout ! » Steve Death se tourne vers lui et lui fait : « Euh, en fait, c’est notre avant-centre. »

A suivre.

Dans la même série TK des grands tarés du foot british :
Lars Elstrup
Chic Charnley

Robin Friday (1952-1990), terrassé par un arrêt cardiaque dû à une overdose d’héroïne, aurait pu être un grand du football anglais. Au lieu de ça, il a été son enfant terrible le plus givré.

Intro ici.

[REP = Reading Evening Post]

DAVID DOWNS, historien de Reading FC : Pour son premier entraînement, dans un match 6 v 6, Robin n’a pas arrêté de savater les joueurs les plus expérimentés du club, si bien que plusieurs d’entre eux ont dû arrêter le match. Le manager lui a dit : « Oh, du calme Robin, va pas m’envoyer toute l’équipe à l’hosto. »

CHARLIE HURLEY, manager de Reading : Il s’entraînait comme il jouait. J’ai dû l’expulser plusieurs fois de séances d’entraînement, il savatait beaucoup, ses propres coéquipiers. Pour lui, les petits matchs c’était pareil que le championnat le samedi, il ne connaissait pas d’autre façon de jouer.

REP, 21 janvier 1974

… Reading n’a gagné que deux matchs sur ses quatorze dernières rencontres…

CHARLIE HURLEY : Dès le début, je me suis rendu compte que jamais j’arriverai à lui faire porter une chemise avec une cravate. Je me souviens lui dire en le faisant signer : « Robin, il faudrait que tu portes une veste ou un blazer de temps en temps. » Il n’en avait pas donc je lui en ai filé une. Il l’a mise, en jurant comme un charretier, on a pris une photo et il l’a aussitôt retirée. A cette époque, on a commencé à jouer le dimanche. Trois jours avant sa première possible titularisation, je lui dis : « Je vais peut-être t’aligner dimanche, contre Northampton. » Il me répond : « Boss, je vous promets, vendredi et samedi soir, je rentrerai sagement chez moi, je ne boirai pas, je ne me bastonnerai pas. » Là je lui fais : « Ecoute, un mensonge, à la limite ça me dérange pas, mais pas trois à la suite ! »

REP, 30 janvier 1974

… Reading 3 - Northampton 0.

Robin Friday, le joueur amateur qui a fait ses débuts pour Reading contre Northampton le week-end dernier a failli perdre la vie dans un accident du travail l’année dernière. Il revient sur cet accident : « Je suis tombé sur gros pieu de chantier qui m’a transpercé le derrière, l’estomac et a raté un poumon d’un cheveu. J’ai failli mourir. Je suis resté trois mois à l’hôpital. » Le manager Charlie Hurley doit maintenant décider s’il offre un contrat professionnel à Friday, ce qui représente un vrai dilemme pour ce dernier s’il acceptait car il ne toucherait que la moitié de son salaire actuel d’asphalteur. Friday a déclaré : « Je veux passer pro et jouer avec Reading. Pour l’instant je m’entraîne que deux soirs par semaine car je bosse à plein temps. Si je passais pro, je devrais abandonner mon boulot et réduire mon salaire de moitié. Mais je suis marié et j’ai un enfant, alors je dois considérer ma situation financière. »

REP, 3 février 1974

… Barnsley 3 - Reading 2.

Premier but de Friday, de la tête. Il a déclaré : « Je voulais d’abord la contrôler de la poitrine et ensuite mettre une talonnade, mais je me suis dit que valait mieux pas trop déconner. »

CHARLIE HURLEY : Contre Barnsley chez eux, on était menés 2-0. A la mi-temps, je leur ai passé une soufflante des familles. On a égalisé 2-2. Et là, ils ont fait rentrer un défenseur, je me suis dit : « Tiens, c’est bizarre, ils jouent à domicile et ils envoient un défenseur au lieu de mettre un attaquant pour remporter le match. » Logiquement, ils auraient dû faire rentrer un attaquant pour jouer la victoire. Au coup de sifflet final, Robin me dit : « Boss, vous savez le défenseur qu’ils ont fait rentrer, eh ben, en plein match, il est venu me voir et m’a demandé de signer pour eux. » J’ai compris qu’ils avaient fait rentrer ce gars pour déstabiliser Robin.

REP, 6 février 1974

… Robin Friday, le nouvel attaquant de Reading qui fait déjà tant parler de lui, vient de signer un contrat professionnel avec Reading. Il a démissionné hier de son poste d’asphalteur.

REP, 9 février 1974

… Charles Hurley, manager, a déclaré : « On a marqué 5 buts en deux matchs à l’extérieur, ça faisait longtemps qu’on avait pas joué de la sorte et Robin Friday a fait des débuts tonitruants avec nous. Il fait 1m85, n’a peur de personne et il est très technique. C’est un joueur que vous, les supporters, aurez hâte de voir sur notre pelouse de Elm Park. On espère donc vous voir nombreux demain. »

REP, 10 février 1974

Reading 4 - Exeter 1

… Malgré la pluie battante, quel spectacle ! Robin Friday pour ses débuts à domicile a livré une prestation absolument magique. Friday a accumulé les prouesses, a fait montre de détermination et d’enthousiasme, tant est si bien que les supporters peuvent d’ores et déjà s’inquiéter : combien de temps le club arrivera-t-il à le garder ? Robin Friday fut le grand artisan de cette victoire acquise dans le dernier quart d’heure, grâce à ses deux superbes buts. A la 80è minute, sur son aile, Friday a dribblé quatre joueurs avant de placer un tir croisé à ras de terre des 18 mètres qui a battu le gardien. Scènes de liesse en tribune, quel début de rêve ! Et ce n’était pas fini ! D’une belle tête, Friday a scellé la victoire de Reading…

REP, 12 février 1974

… Robin Friday déclare : « Charlie Hurley m’a donné ma chance et j’ai bien l’intention de la saisir, je donnerai 100 % pour le maillot. Ouvrir mon compteur de cette manière me remplit de bonheur. Mes adversaires du jour me m’ont pas épargné, j’ai pas arrêté de me prendre des coups, c’en était ridicule, on m’à même refusé un pénalty indiscutable, mais j’ai répondu avec ces deux buts. »

David DOWNS : Robin refusait de mettre des protège-tibias, à l‘entraînement comme en match. En fait, même passé pro il jouait comme s’il faisait un match entre copains au parc du coin. Il n’arrêtait pas de se prendre des coups sans arrêt, mais ça le gênait pas outre mesure.

REP, 16 février 1974

… Robin Friday est incertain pour le match, il peine à se remettre d’une blessure au mollet, contractée lors du match contre Exeter.

REP, 17 février 1974

Lincoln 0 - Reading 2

… Les adversaires n’ont guère été tendres avec Robin Friday, victime d’une bonne demi-douzaine d’attentats, et ce, dès la première minute de jeu, devant même sortir cinq minutes pour ce faire soigner après un tacle assassin. Mais au final, même s’il finit le match sur les rotules, sa somptueuse technique triompha de la boucherie lincolnaise. Deux passes décisives à son actif. Le second but est tout simplement la marque d’un génie hors pair. Il reçoit le ballon près du poteau de corner, élimine deux joueurs à ses basques, puis un autre, et adresse un centre repris victorieusement par Barry Wagstaff.

CHARLIE HURLEY : Le truc, c’est que dès le debut du match, tu pouvais être sûr que les arrières centraux chercheraient à casser Robin, histoire de le tester et voir sa réaction. Il se prenait des dizaines de coups, mais je l’ai jamais entendu se plaindre. Beaucoup d’attaquants à sa place auraient flippé. Mais lui, ça lui faisait l’effet inverse, plus on le savatait, plus il revenait à la charge. Je me souviens d’un match où un adversaire avait fait une crasse à Robin, et au moment ou ce type repassa devant lui, Robin le chopa par les testicules. L’arbitre avait tout vu, sans savoir comment réagir. C’était Robin tout craché ça.

ROD LEWINGTON, ami : Il picolait, de la bière surtout. Une lager très forte, appelée Colt 45. Je l’ai jamais vu boire des spiritueux.

ALF FRIDAY, père : Tu parles, il pouvait s’envoyer du Southern Comfort toute la soirée sans jamais être bourré !

ROD LEWINGTON : Je me souviens de lui un soir au Crown Pub, il sautait de table en table. Là-dessus, le proprio est arrivé et lui a dit qu’il serait interdit de pub. Robin a alors sauté sur le comptoir et ça a déclenché un bordel pas possible.

REP, 24 février 1974

Reading 5 - Doncaster 0

… Les beaux jours reviennent à Elm Park, plus belle victoire depuis 17 mois. Grâce à cette troisième victoire d’affilée, Reading est 7è. L’équipe a été transformée par Robin Friday, auteur d’une incroyable série : seize buts en cinq matchs ! Le clou de ce match fut encore un but de Friday qui valait le billet d’entrée à lui seul, un superbe brossé de l’extérieur au terme d’une somptueuse action.

DAVID DOWNS : Robin fit ce jour-là un truc que je n’ai jamais vu aucun joueur de Reading faire avant lui. A 25 mètres du but, dans un angle fermé, il a pris le ballon de l’extérieur et le cuir, que tout le monde voyait dehors, avait tellement d’effet qu’il a contourné le gardien et s’est fiché dans le petit filet intérieur.

REP, 3 mars 1974

Swansea 2 - Reading 1

… Robin Friday, auteur d’une prestation très décevante, averti pour langage ordurier envers l’arbitre.

REP, 11 mars 1974

Reading 2 - Workington 0

… Robin Friday est le grand artisan de cette victoire, superbe match.

REP, 16 mars 1974

Mansfield 1 - Reading 1

… Superbe prestation de Robin Friday, dans un match largement dominé par les visiteurs. Plusieurs fois, Friday s’est débarrassé de deux ou trois défenseurs, conservation du ballon irréprochable, et auteur de la passe décisive. Mais il est à déplorer les attentats incessants dont il fut victime. Force est de constater que les joueurs de quatrième division ont abandonné tout espoir de lui prendre le ballon à la régulière et ont opté pour des méthodes peu licites.

DAVID DOWNS : Robin était un pur avant-centre, mais quand son équipe souffrait, il n’hésitait pas à prêter main forte à sa défense et mettre le pied. Son style de jeu était très étrange. En fait, il restait souvent au milieu l’air de dire : « Passez-moi le ballon et je m’occupe du reste. » Et souvent, effectivement, il partait en dribble et finissait avec un tir.

CHARLIE HURLEY : Pour un avant-centre, il maîtrisait parfaitement l’art du tacle glissé.

REP, 20 mars 1974

Reading 1 - Barnsley 0

… Robin Friday a de nouveau donné le tournis à la défense adverse. Reading est désormais 5è.

REP, 27 mars 1974

Crewe 2 - Reading 1

… Charlie Hurley a décrété une double ration d’entraînement pour ses joueurs : « Ce que je sais, c’est qu’une dizaine de fautes ont été commises sur Robin Friday, 17 corners pour Crewe et 5 pour nous, ce qui donne une idée du spectacle, c’est-à-dire pas énormément de football. »

REP, 3 avril 1974

Reading 1 - Northampton 2

… Une belle performance du gardien de Northampton empêche le nul, malgré un superbe solo et tir de Friday dans les ultimes secondes. Cela semble compromis pour la montée en D3.

SHEILA FRIDAY, mère : Robin adorait la mode.

ALF FRIDAY : Il ne s’habillait jamais comme les autres.

SHEILA FRIDAY : Un jour, il s’est pointé en costume de satin et chemise en peau de lézard. Il aimait porter ce combo, toujours des trucs en lézard. Il était tout le temps fourré à Kensington Market, même quand il jouait à Reading, il demandait à son père de le conduire là-bas avant un match.

TONY FRIDAY : Il a été l’un des premiers sur Londres à porter un manteau en afghan, à 16 ans. Il se fringuait beaucoup hippy, il pouvait pas se passer de Kensington Market.


Le manteau afghan en peau de mouton tanné dans l’urine de mule était super tendance dans les années 70

REP, 6 avril 1974

Reading 0 - Scunthorpe 0

… Robin Friday de justesse disponible pour ce match (rhume), n’a pas cessé d’être malmené par ses adversaires, dès la première minute (coup à l’estomac).

REP, 12 avril 1974

Reading 4 - Torquay 0

… Victoire facile des Royals, avec le spectacle désormais classique d’adversaires s’acharnant sur Friday, sorti sur blessure à l’heure de jeu. Dommage, au moment où l’on retrouve le Friday de ses débuts. Le deuxième but fut le plus beau, avec un festival de Friday qui dribbla quatre joueurs avant de conclure d’un tir à ras de terre du gauche.

CHARLIE HURLEY : Robin était extrêmement direct et on se disputait souvent après les matchs. Ce qu’il détestait par-dessus tout, c’était s’il voyait que lui seul mouillait le maillot, ça le rendait furieux ça.

REP, 20 avril 1974

Reading 1 - Stockport 1

… Le pire match de Reading à domicile depuis 40 ans. On aurait assisté à un marathon entre deux escargots hors de forme qu’on se serait autant amusés. Un tir de Percy Freeman était tellement raté qu’il a sans doute atterri dans le jardin d’une maison sur Suffolk Road.

REP, 22 avril 1974

Reading 3 - Chester 0

… Superbe performance collective, cela promet une fin de saison captivante.

REP, 27 avril 1974

Chester 0 - Reading 0

… Reading et Robin Friday ont alterné le meilleur et le pire dans ce match. Friday a été le principal fautif, se compliquant inutilement la vie. Il traverse une période difficile. C’est le dix-neuvième match nul de la saison pour Reading.

REP, 16 mai 1974

… Charlie Hurley a révélé que le coriace buteur de Reading, Robin Friday, a joué les quatre derniers matchs avec un os de la cheville félé (résultats radio), sans s’apercevoir de rien ! Hurley a déclaré : « Il ne s’est jamais plaint de rien, on peut dire que c’est un sacré dur au mal. »

SHEILA FRIDAY : Il a joué avec un os à moitié cassé, pas vrai ?

ALF FRIDAY : Ouais. C’est un gars qui lui avait mis un gros coup un soir dans la rue. Bien plus tard, comme ça lui faisait toujours mal, Robin a filé à l’hopital et là ils se sont aperçus qu’il avait cet os à moitié cassé dans sa cheville. On lui a filé des béquilles et il a pas arrêté de faire le con dans les couloirs de l’hôpital à imiter un singe…

REP, 21 mai 1974

… Reading finit 6è et ne montera donc pas en D3. Mais un de nos joueurs est déjà sur le départ. Toutefois, supporters de Reading, ne vous inquiétez pas, cela serait juste pour se rapprocher d’Elm Park. En effet, le manager Charlie Hurley aimerait que Robin Friday, 21 ans, déménage de Londres vers Reading. Robin, devenue une véritable vedette depuis janvier, ne souhaite cependant pas quitter son appartement londonien (il vit au dix-septième étage d’une tour d’habitation HLM à Acton, ouest de Londres) pour une maison HLM près du stade de Reading. Il a déclaré : « Le boss veut que je vienne habiter ici, mais moi je préfère rester à Acton. Je n’aime pas trop la ville de Reading et comme j’ai un gros chien, Ziggy, si je déménageais ça serait pour vivre dans une maison avec jardin, pour ma femme et ma fille de 5 ans, et notre chien, donc faudrait que je devienne propriétaire. Financièrement, ça serait difficile. »

Des problèmes financiers (prêt immobilier) pourraient donc compliquer le déménagement. En effet, Robin a déclaré gagner 45 £ par semaine et ne sait pas à quel type de prêt il pourrait avoir droit. Il touchait jusqu’à 100 £ / semaine comme asphalteur.

REP, 3 juin 1974

… Un sondage effectué sur Reading révèle que presque un tiers des jeunes de la ville ont déjà consommé de la marijuana. Quarante pour cent ont affirmé avoir déjà essayé le LSD.

MAURICE EVANS, entraîneur à Reading : Je suis arrivé en juillet 74. Charlie [Hurley], le manager, m’avait beaucoup parlé de Robin, donc pour notre première séance d’entraînement début juillet, j’avais hâte de le rencontrer. Mais pas de Robin. On m’a alors dit qu’il avait subi une opération chirurgicale pour se faire enlever des tatouages à la main et qu’il portait un plâtre, mais personne savait où il était. Là, Charlie est arrivé en s’écriant : « On l’a retrouvé ! Il a passé l’été dans une commune hippie en Cornouaille. Il est en route pour Reading. »

Quelques jours plus tard, on l’a aligné en amical contre Watford. Il n’avait pas touché un ballon depuis six semaines, et vous imaginez dans quel état il était dans les Cornouailles. Et ben, il a totalement éclaboussé ce match de sa classe. J’avais du mal à y croire… C’était un type incroyable.

A suivre.

Dans la même série TK des grands tarés du foot british :
Lars Elstrup
Chic Charnley

Robin Friday (1952-1990), terrassé par un arrêt cardiaque dû à une overdose d’héroïne, aurait pu être un grand du football anglais. Au lieu de ça, il a été son enfant terrible le plus givré.

Paolo Hewitt, journaliste, et Paul McGuigan, l’ex bassiste d’Oasis, ont retracé son incroyable histoire dans un livre paru en 1997, The greatest footballer you never saw. The Robin Friday story. Un bouquin qui consiste en une série d’interviews et témoignages de proches et d’anciens coéquipiers, le tout accompagné de coupures de presse ainsi que d’interventions d’historiens des deux clubs où il évolua (Reading FC et Cardiff City, élu Player of the Century de ces deux clubs en 2000). Le tournage du film dédié au « Janis Joplin » du football (il fut aussi surnommé « Le Keith Richards du football ») commencera en août au Pays de Galles et ce biopique devrait sortir début 2015 (l’inclassable Russell Brand pourrait interpréter le rôle principal). En attendant, vous pouvez toujours mater ce clip et ceux-ci, ici et ici.

Plutôt que d’ajouter mon nom à la longue liste des articles et dossiers écrits sur Robin Friday, j’ai (Kevin Quigagne) traduit l’essentiel de ce fascinant livre. Et à mon humble avis, si vous ne devez lire qu’un bouquin foot cette année, ne cherchez pas plus loin.

The greatest footballer you never saw: THE ROBIN FRIDAY STORY

SHEILA FRIDAY, mère de Robin : On est mariés depuis 45 ans. Je viens d’Acton Green et Alf de South Acton [quartiers de l'ouest londonien]. On s’est rencontrés au Boathouse, à Kew. Tu t’en souviens Alf ?

ALF FRIDAY, père : Ouais, le Boathouse n’existe plus depuis longtemps d’ailleurs. A l’époque, nos parents nous interdisaient de trop s’éloigner, on pouvait juste aller au cinéma, ou dans le centre-ville d’Acton pour s’acheter un sandwich. C’était mieux que maintenant. Aujourd’hui, les gens sont obsédés par l’argent, c’est vital faut dire. On vivait bien plus simplement avant.

SHEILA FRIDAY : On s’est rencontrés à 17 ans et mariés à 20. Robin et Tony sont nés un an plus tard, le 27 juillet 1952, des jumeaux. On habitait toujours chez ma mère parce qu’à l’époque, c’était dur de se loger.

ALF FRIDAY : Ouais, on habitait tous chez elle. Son frère y créchait, sa mère et sa grand-mère.

TONY FRIDAY, frère : Robin et moi, on est nés à Hammersmith [ouest londonien], à trois minutes d’écart. On se ressemblait beaucoup, dans les traits, la façon d’être.

SHEILA FRIDAY : Mon père à joué au foot, à Brentford et aux Corinthian-Casuals. Il est mort il y a deux ans, à 93 ans. Quand les enfants avaient deux ans, on a déménagé dans une espèce de maisonnette préfabriquée à Acton Green [logements vite montés après la Seconde Guerre mondiale pour parer au plus pressé, Nda], et on y est restés sept ou huit ans.

ALF FRIDAY : A l’époque, je bossais dans une laverie, je faisais des livraisons et j’avais aussi d’autres petits boulots.

SHEILA FRIDAY : Robin et son frère étaient sages. Robin était très timide. Petits, ils me disaient : « Maman, si on te voit un jour parler à un autre homme que papa, on te parlera plus jamais. »

ALF FRIDAY : Ils s’entendaient super bien ces gamins, ils se disputaient jamais. Tony était le plus effronté.

SHEILA FRIDAY: C’est vrai. Mais tout ça a changé quand on a déménagé dans cette HLM de South Acton et que Robin a fréquenté Farraday School.

ALF FRIDAY : C’était plus pareil en effet. Quand tu vis dans une une maisonnette, tu peux surveiller tes gamins. Mais en immeuble HLM, s’ils sortent, tu les revois plus.

SHEILA FRIDAY : On a dû déménager car ce préfabriqué s’enfonçait dans le sol, alors on nous a envoyés dans cette cité HLM.

ALF FRIDAY : Quand on y habitait, c’était un quartier sympa, mais aujourd’hui, j’y traînerais pas trop.

TONY FRIDAY : Mon grand-père jouait à Brentford avant la guerre, en D1. Mon père a joué au football, mais à un tout petit niveau. Il bossait dans une laverie. Quand on habitait à South Acton, on surnommait le coin « Soap Sud Island » tellement y’avait de laveries [environ 600, qui travaillaient pour l'industrie hôtelière de l'ouest londonien, Nda].

ALF FRIDAY : Je jouais avec eux, dès tout petits.

SHEILA FRIDAY : C’est vrai, tu les emmenais au parc tous les jours, et même une fois voir Brentford alors qu’ils n’avaient que deux ans.

ALF FRIDAY : Ah ouais, et quel match de merde ce jour-là !

SHEILA FRIDAY : Tu finissais le boulot à la laverie à 16 heures et ensuite vous filiez à South Fields Park.

ALF FRIDAY : Non, non, je les emmenais à Acton Green. Robin jouait gardien, il était excellent. Il avait une sacrée frappe pour cinq ans, il te dégageait le ballon à une distance phénoménale ! C’est à ce moment-là que les premiers ballons à valve sont sortis, les anciens avec les lacets ont alors disparu.

SHEILA FRIDAY : La première tenue de foot qu’on leur a offerte à Noël était celle d’Everton. On a mis le cadeau au pied du lit et le matin, en rentrant dans leur chambre, on les a vus profondément endormis, vêtus de la tenue complète : chaussures, short et maillot !

ALF FRIDAY : Ils supportaient Everton car c’était vraiment le club phare quand ils avaient dix ans [1963 - champion d'Angleterre, photo ci-dessus]. Everton avait une belle équipe avec Alex Young, Brian Labone, etc. Après, ils ont supporté Brentford.

TONY FRIDAY : On jouait tout le temps au foot avec mon frère, tous les jours, grâce à mon père en fait, il nous emmenait partout. Sa carrière, Robin la doit à mon père. Plus tard, quand il est passé pro, mon père allait voir tous ses matchs.

ALF FRIDAY : Ils ne pouvaient pas s’empêcher de jouer, même dans la maisonnette ! A onze ans, Robin a joué pour l’équipe de son école, et puis pour le District. Il était très technique et jonglait comme personne, même avec une orange.

TONY FRIDAY : Il adorait George Best évidemment, aussi Pelé et Peter Osgood, mais quand il était plus jeune, celui qu’il admirait c’était Jimmy Greaves, parce que c’était un buteur hors pair.

SHEILA FRIDAY : Est-ce que vous saviez qu’il faisait de la boxe ?

TONY FRIDAY : Ouais, de la boxe et du tennis.

ALF FRIDAY : Et du cricket, c’était un putain d’excellent bowler. Il était grand, ça l’avantageait pour lancer.

TONY FRIDAY : A l’école, on avait des classes de niveau, moi j’étais avec les meilleurs et lui avec les cancres. Il était pas con mais les cours l’intéressaient pas. Il séchait constamment, il préférait aller retrouver les filles au parc du coin.

ALF FRIDAY : Robin était un gamin d’une gentillesse incroyable. J’ai passé tellement de supers moments avec lui. C’était sa personnalité, il pouvait être impossiblement adorable.

TONY FRIDAY : Le samedi matin, on jouait dans l’équipe de l’école, l’après-midi, pour notre club et le dimanche, en Pub League. Des fois, on faisait quatre matchs par week-end. On a commencé à jouer avec des adultes à 14 ans, pour la réserve de la Acton British Legion. C’est en jouant avec des plus vieux qu’on progresse.

ALF FRIDAY : A cet âge-là, Robin s’est mis à aimer le hard rock, il adorait Janis Joplin. Moi, je pouvais pas la supporter.

SHEILA FRIDAY : Il allait souvent au Roundhouse [salle de concert londonienne] le dimanche après-midi. Il dansait beaucoup aussi, dans les fêtes, c’était le meilleur danseur du coin, il impressionnait son monde.

TONY FRIDAY : Y’avait une émission le samedi soir, The Rock’n’ Roll Years, il adorait ça, et Desmond Dekker et toute la musique Ska. Mais ensuite, il s’est mis à écouter Janis Joplin. D’une certaine manière, la vie de Robin a un peu été le reflet de celle de Joplin.

TONY FRIDAY : Côté foot, on était toujours dans l’équipe du district, et on battait tous les autres districts, même les plus gros comme Islington, ou South London. Hormis Robin, on avait des joueurs comme Steve Perryman [qui deviendra une Tottenham legend, voir portrait TK], David Coxhill, un jeune de Millwall, ou Peter Carey, qui jouait à West Ham. Plusieurs sont passés professionnels. Jusqu’aux U14, Robin jouait dans les buts pour l’équipe du District, il était excellent et n’avait peur de rien, il aurait fait un excellent gardien pro mais il préférait marquer des buts.

ALF FRIDAY : C’est quand déjà qu’il a rejoint le centre de formation de Crystal Palace ?

TONY FRIDAY : A 13 ans. C’était pas Crystal Palace FC mais un club de ce quartier au nom similaire. Y’avait un entraîneur là-bas qui adorait Robin, un vrai coach, un ex pro.

ALF FRIDAY : Ah oui, Harry Medhurst, un ancien de Chelsea. C’est vrai qu’il l’adorait notre Robin. Moi-même, j’ai contacté Chelsea pour un essai, et ils l’ont accepté. Mais Il n’y est resté qu’un an. Ils vous gardent pas longtemps ces gros clubs, si vous leur plaisez pas, vous virez. C’était Tommy Docherty le manager à l’époque.

ALF FRIDAY : Mais jamais, même pas une fois, il n’a dit vouloir devenir pro, c’était vraiment pas son truc. Après l’épisode Chelsea, il s’est remis à jouer au foot avec ses copains.

TONY FRIDAY : A 13-14 ans, avant Chelsea, il a fait une saison à Queens Park Rangers. Mais bon, ça n’a pas collé, il était trop individualiste pour ces clubs. Par exemple en match, il choisissait jamais l’option la plus évidente, il essayait toujours des trucs pas possibles. Dans ces clubs, on te formate avant tout, et c’est ça qui cloche avec notre football.

TONY FRIDAY : On avait pas les mêmes potes avec Robin, on était pas toujours ensemble non plus. Il a commencé à sortir plus tôt que moi, avec les filles, tout ça. A 15 ans, il a commencé à prendre des pilules de speed. Moi, j’ai jamais touché à ça.

ALF FRIDAY : C’est un truc incontrôlable, quand un jeune grandit, on n’a plus de prise sur lui. C’est vrai que j’ai jamais été trop dur avec mes deux fils. Evidemment, je les engueulais vertement mais, au bout d’un moment, tu peux pas passer ton temps à juger et à diriger la vie des autres à leur place. S’ils ont envie de faire quelque chose, ils le feront.

TONY FRIDAY : C’était par périodes. A l’époque, si t’avais 15 ou 16 ans, tout le monde commençait avec des Blues [du speed], puis ensuite de la méthadone [produit de substitution à l'héroïne]. Robin en consommait beaucoup, mais sans être dépendant, enfin, façon de parler. Des rumeurs parfois couraient comme quoi il en prenait avant les matchs, mais c’est n’importe quoi.

ALF FRIDAY : Robin a quitté l’école à 15 ans. Il était très doué en dessin mais un beau jour, il s’est totalement arrêté de dessiner. J’ai pas compris pourquoi. Il dessinait Andy Capp, ses talents de dessinateur impressionnaient tout le monde. Pis subitement, il n’a plus touché un crayon.

 Statue du célèbre Andy Capp à Hartlepool (ville de son créateur), chômeur professionnel et footballeur bastonneur

Statue du célèbre Andy Capp à Hartlepool (ville de son créateur, région de Newcastle), chômeur professionnel et footballeur bastonneur

TONY FRIDAY : On jouait pour deux équipes de l’arrondissement, South Acton et St Cuthbert’s. Le type qui dirigeait tout ça s’appelait Harry Fountain, un ancien maçon qui devait avoir 70 ans. Un personnage ce Harry ! Même à 70 balais, il te mettait une droite, tu te relevais pas. Il adorait Robin et disait qu’il lui rappelait les joueurs d’antan. Je me souviens d’une victoire 6-0 match contre des plus vieux, Robin avait marqué les six buts. Harry a couru sur la pelouse et a embrassé Robin ! C’était la première fois de sa vie qu’il exprimait ce genre d’émotion.

TONY FRIDAY : Quand il a quitté l’école à 15 ans, Robin a été pris par une entreprise de plâtrerie pour lui enseigner le métier mais bon, le boulot et lui ça faisait deux.

SHEILA FRIDAY : Le grand-père de mon mari était plâtrier et Robin disait vouloir faire ce métier. Donc, quand il a quitté l’école, je l’ai emmené chez un gros artisan d’Ealing [ouest londonien], un truc très classe, avec de hauts plafonds et tout le tremblement, et ils l’ont pris. Mais il a démissionné au bout de deux mois. Ensuite, il a fait tout un tas de petits boulots, pas mal de jobs de livraison.

ALF FRIDAY : Ouais, il fallait que je l’aide le samedi, je bossais pas ce jour-là, il me disait : « Papa, s’il te plaît, je dois aller nettoyer des vitres, file-moi un coup de main. » Il grimpait aux échelles à une vitesse incroyable et il faisait des boulots de réfection mais sans même une brouette ! Il portait tout à la main… Quel numéro ce Robin, il nous faisait tous rire, il se foutait de tout.

SHEILA FRIDAY : Après, il s’est mis à l’asphaltage, hein ?

ALF FRIDAY : Ouais, grâce à un type qu’il a rencontré, mais il faisait pas les routes, juste les toits plats.

TONY FRIDAY : A 16 ans, il a fait un séjour en maison de correction. Bizarrement, ça l’a aidé. Il avait déjà un tas de petites condamnations à son casier mais ce qui l’a fait atterrir en maison de correction a été un vol d’autoradio, ou un truc comme ça. D’abord, on l’a envoyé dans un centre de détention pour mineurs, mais comme il était asthmatique, ils ne l’ont pas gardé. Puis trois mois plus tard, il s’est fait choper pour un autre truc, et on l’a envoyé à Feltham [gros établissement pénitentiaire londonien pour mineurs, Nda]. Il a fait 14 mois. Mais je peux te dire que leur équipe de foot à Feltham, elle gagnait tout quand Robin y jouait ! C’est là-bas qu’il a commencé à se muscler et à vraiment prendre du volume, faut dire qu’il avait trois repas par jour. Des fois, il jouait contre des équipes civiles, sous escorte. Feltham lui a même accordé une dispense pour qu’il joue en Juniors dans le District de Reading. Et vers la fin de sa détention, un type l’a repéré et a contacté Reading. Puis, après sa sortie, il a rencontré Maxine (ci-dessous), ils se sont maqués et ont emménagé ensemble à South Acton.

ALF FRIDAY : Il a toujours été sympa avec les gens de couleur. Toujours. Il s’entendait super bien avec eux. Et faut le souligner car à l’époque, la plupart des gars de South Acton voulaient surtout que ces gens-là retournent dans leur pays.

SHEILA FRIDAY : Robin avait 17 ans quand il s’est marié à Maxine. Elle avait un appart sur Larden Road. On était contre cette union mais bon, elle avait le bébé. Je suis allée au mariage à la mairie d’Acton mais pas Alf. Et puis, quelque temps après il est revenu vivre chez nous, il avait rencontré une autre femme, je me souviens plus de son prénom, une fille sympa et classe. D’ailleurs, il sortait toujours avec des filles un peu classieuses. Et puis il est retourné vivre avec Maxine.

ROD LEWINGTON, ami : A l’époque, il arrivait qu’un gars noir sorte avec une femme blanche mais tu voyais jamais un Blanc avec une Noire. A ma connaissance, Robin était le seul dans ce cas-là. Une fois de plus, il était unique.

TONY FRIDAY : Maxine habitait également Acton, Robin l’a rencontrée dans un pub, le White Hart. Y’avait une piste de danse dans ce pub et c’était l’endroit que les jeunes du quartier fréquentaient. Elle avait son propre appartement, elle s’entendait pas avec sa mère. Robin y restait souvent. Et c’est donc à cette époque que Maxine est tombée enceinte de Nicola. Maxine était sympa et très sociable. Robin jouait alors pour Hayes, et y’avait quelques gars limités dans l’équipe. Après un match, tout le monde est parti faire la fête, y compris Robin qui avait invité Maxine. Un gars a fait une réflexion, et Robin s’est battu contre deux types. A l’époque, c’était un rebelle, lui et la norme, ça faisait deux.

TONY FRIDAY : Un de nos amis jouait pour Walthamstow, un bon petit club amateur pétri de tradition. Robin a signé pour eux et a commencé à affoler les compteurs. Hayes, qu’était un plus gros club, l’a recruté. C’était bien plus près de chez Robin et on lui offrait 30 £ par semaine, le triple de ce qu’il touchait à Walthamstow. Y’avait des gars qui bossaient dans l’asphalte, ils lui ont proposé un boulot et Robin a accepté.

SHEILA FRIDAY : C’est là qu’il a eu son terrible accident, à 20 ans. La police m’appelle et me dit qu’il est à l’hosto. Six heures sur le billard.

ALF FRIDAY : Le plus incroyable, c’est que peu de temps après, il rejouait. Il était incroyablement fort.

TONY FRIDAY : Il se trouvait sur l’échafaudage et y’a eu un problème avec le cordage. Il a été déséquilibré, a chuté et a atterri sur ce pieu, qui lui est rentré dans le cul. Il a réussi à se dégager, un exploit en soi, faut dire qu’il avait beaucoup de force. Heureusement pour lui, ça s’est passé à Lambeth, tout près de l’hôpital St Thomas’s. Quand il s’est rétabli, son club de Hayes a affronté Bristol Rovers (D3) en FA Cup. Hayes a gagné et Robin a super bien joué. Le tour suivant, ils ont rencontré Reading (D4), 0-0, grosse prestation de Robin. Reading a remporté le match d’appui 1-0 mais Hayes méritait de gagner. C’est là que le manager de Reading, Charlie Hurley*, a repéré Robin [*Légende du football irlandais et de Sunderland. Voir article TK].

Début 1974, Robin Friday est recruté par Reading FC (D4).

ROGER TITFORD*, auteur et journaliste : Charlie Hurley était le genre d’entraîneur qui concevait le foot comme une bataille de tranchées. Il lui fallait des joueurs costauds, pas des petites natures. Pas vraiment du football élaboré, quoi. C’était son premier boulot dans le management - et ce fut aussi le dernier. C’est pas qu’il était contre le football élégant mais, à mon avis, le management en lui-même lui faisait peur. Je crois que la meilleure décision de sa carrière de manager fut de recruter Robin et d’oser l’aligner, tout le temps. Sous Hurley, Robin ne fut jamais remplaçant. Cela dit, je pense pas que Hurley avait un quelconque contrôle sur Robin en dehors du terrain.

[*Contributeur régulier du magazine When Saturday Comes, auteur du livre-photos The Legend of Robin Friday et accessoirement supp de Reading FC]

DAVID DOWNS, historien de Reading FC : La première fois que j’ai vu Robin jouer, c’était en 1973 à l’occasion d’un Reading-Hayes en FA Cup. Ce dont je me rappelle, c’est que Robin a mis un coup sur notre gardien, Steve Death, et que ce dernier a tellement boîté que l’arbitre a cru qu’il cherchait à gagner du temps et lui a mis un carton jaune. C’était la première fois en douze ans de carrière à Reading que Steve se prenait un avertissement !

CHARLIE HURLEY, manager de Reading : Il me fallait absolument un attaquant et j’allais souvent voir Hayes, qui jouait en Isthmian League, un excellent championnat [amateur/semi-pro]. Je connaissais la réputation de Robin, son passé en centre de détention pour mineurs, peut-être en prison, je ne sais pas trop. Quand on est entraîneur d’un club de D4, on regarde les joueurs sur le terrain, pas en dehors, car bon, on peut pas tout avoir. Après l’avoir observé plusieurs fois, je l’ai fait signer. Pour 750 £ ! Je l’ai enrôlé comme amateur, dans la réserve. Pour son premier match, il se pointe hyper en retard, vingt minutes avant le coup d’envoi, couvert de poussière de brique, des chaussures dégueulasses, bref, une vision d’horreur. Mais bon, sur le terrain, y’avait pas photo, il écrasait tout le monde. Il avait pas vraiment le sens du placement mais techniquement, il était époustouflant et doté d’une vision de jeu impressionnante. Je me suis dit qu’il fallait l’aligner avec l’équipe première.

DAVID DOWNS : Pour son premier entraînement, lors d’un match 6 v 6, Robin n’a pas arrêté de savater les joueurs les plus expérimentés du club, tant et si bien que plusieurs gars ont dû arrêter ce match. Le manager lui a dit : « Oh, du calme Robin, va pas m’envoyer toute l’équipe à l’hosto. »

A suivre.

Dans la même série TK des grands tarés du foot british :
Lars Elstrup
Chic Charnley

Le football, science occulte diablement inexacte, a érigé la prophétie fumeuse au rang d’art. De quoi rendre jaloux les économistes, politologues et autres bullshitologues, longtemps les maîtres en la matière. Mais surtout de quoi faire notre bonheur.

Suite et fin de notre show « Voyance & Prédictions en béton ».

Accrochez-vous bien, prévoyez un sofa et un large Whisky en cas de malaise car ça envoie du encore plus lourd qu’en première partie. Oh yes.

# 6. « Je ne vois vraiment pas David Silva réussir en Angleterre. »

Daniel Riolo, début de la saison 2010-11, au micro des Drôles de Dames.

Philippe Auclair : « Silva n’a pas très bien joué, etc. »

D. Riolo : « Normal, de toute façon, je ne vois vraiment pas Silva réussir en Angleterre, il n’a pas du tout le jeu et le profil pour faire grand chose dans le foot anglais et pis (etc. etc. etc. etc. etc. etc. ettttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttttc….) [...] Non mais ça, pfff, écoute, moi j’ t’ le dis hein. »

Et ouais, notre Daniel national a dit ça, oubliant que le foot anglais de championnat a bien changé depuis le kick and rush de son enfance (because grosse influence des étrangers, joueurs et managers). Un football où les petits gabarits légers peuvent parfaitement briller dorénavant. Rétrospectivement, un grand moment de radio que ce collector.

Inutile d’épiloguer sur la carrière de Silva à Man City, il a collectionné les louanges et sa vitrine à trophées est pleine à craquer (maintes fois élu Man of the Match et Player of the Month, également Man City Player’s Player of the Year 2011-12 ; deuxième Meilleur Citizen saison 2010-11 ; inclus dans l’équipe Premier League de la saison 2011-12 par la PFA, syndicat des joueurs).

[Félicitations à Coach et Pougli Kun qui ont trouvé la réponse. Après tirage au sort dans les règles de l'art, Coach remporte le cadeau. Merci à tous et toutes pour votre participation - Pougli, ne sois pas trop triste, c'est pas grand chose non plus... Allez, je vais être grand prince et te proposer le chantage suivant : si tu continues à nous lire et nous féliciter régulièrement dans les commentaires jusqu'au début juin - ensuite, TK prendra ses quartiers estivaux -, tu recevras toi aussi ton cadeau]

# 7. « C’est un championnat d’hommes, ils [Osvaldo Ardiles et Ricardo Villa] auront quitté l’Angleterre aux premiers flocons de neige. »

Tommy Smith sur les recrues Ossie et Ricky, été 1978.

L’arrivée des champions du monde argentins dans un Tottenham nouvellement promu en surprit plus d’un. Nombre d’observateurs doutèrent même ouvertement des capacités physiques d’Ardiles (1m69 et frêle) à réussir dans un championnat aussi rugueux. Parmi les plus sceptiques, Tommy Smith, défenseur emblématique de Liverpool de 1962 à 1978 et notoire grande gueule (voir Hall of Fame Liverpool sauce TK).

La suite donna évidemment tort aux doom merchants (Cassandre). Les qualités techniques d’Ardiles et sa vision du jeu firent vite taire ses détracteurs, voir Hall of Fame Tottenham sauce TK). Il resta dix ans à Tottenham (il vit d’ailleurs toujours en Angleterre) et fut même intronisé au English Football Hall of Fame en 2009. Ricky Villa, après une acclimatation difficile, réalisa cinq belles saisons chez les Spurs et entra au Hall of Fame Spurs en 2008.

L’imbécile cliché « de l’étranger exotique [non nordique] trop fragile pour le climat et le foot britanniques » perdurera encore deux décennies ; David Ginola, pour ne citer que lui, entendra le même genre de remarque à son arrivée en Angleterre en 1995.

Pour l’anecdote, Smith affronta Ardiles et Villa fin août 1978 en League Cup (avec Swansea City, D3, où il finit sa carrière), le premier match anglais de coupe du duo argentin. Dès la deuxième minute, en guise de « Welcome to English football », Smith mit un tel tampon à Ossie qu’il dut sortir peu après.

# 8. « Qu’on ne s’inquiète pas, le prix des billets Premier League se maintiendra à un niveau raisonnable. »

Bobby Charlton (et d’autres), vers 1993-94, par voie de presse.

Au décollage de la fusée Premier League en 1992, certains subodorent une flambée des prix et s’en inquiètent ouvertement. Le rapport Taylor (post-Hillsborough) a recommandé « que la structure du prix des billets soit maintenue à un niveau raisonnable, pour permettre à tous les spectateurs actuels de continuer à assister aux matchs » mais visiblement, les clubs n’ont pas lu le pavé, trop occupés qu’ils sont à transformer leurs stades en all-seaters. Les associations de supporters craignent que le prix sympa du sésame ne s’envole dans la stratosphère (un billet coûtait alors autant qu’une place de cinéma : 3,5 £ dans les kops d’Old Trafford et d’Anfield en 1990-91 par exemple, 60 £ pour un abonnement LFC - le moins cher cette saison est à 710 £).

Un pressentiment non partagé par nombre « d’experts » de l’époque. Le raisonnement de ces grands oracles est que les clubs se contenteront de la forte hausse des revenus médias (multipliés par six en quelques années - deal Sky en 1992 - et l’avenir £ s’annonce bandant) pour se financer et, respectueux de leur fanbase, continueront leur politique de prix abordables. Le bisournousisme ne date donc pas d’aujourd’hui.

Les deux assos nationales de supporters, la Football Supporters’ Association et la National Federation of Supporters’ Clubs (qui fusionneront en 2002), observent de près l’évolution de la situation - et des mentalités - et tirent la sonnette d’alarme (surtout la FSA, plus militante) : tous ces experts se trompent royalement et le supp de base risque de devenir bientôt une espèce en voie d’extinction. Peine perdue, personne ne les écoute et surtout pas les instances. Le reste, on le connaît (presque 1 000 % d’augmentation en moyenne depuis la création de la PL).

# 9. « Je ne vois pas Dennis Bergkamp réussir à Arsenal. »

Stuart Pearce, été 1995, dans les colonnes du Daily Mirror (ci-dessous). Voir # 10.

Trouage d’anthologie de Psycho. L’article est ici si vous voulez lire le truc, c’est marrant (Psycho qui devrait d’ailleurs être nommé manager de Forest d’ici peu, plutôt apparemment au démarrage de la saison prochaine. Il signerait alors son grand retour chez les Tricky Trees après 17 ans d’absence).

# 10. « Arsenal a foutu son argent en l’air en achetant Dennis Bergkamp. Nous [Tottenham], on a recruté un meilleur joueur, Chris Armstrong, pour bien moins cher. »

Alan Sugar, propriétaire de Tottenham de 1991 à 2001 (fortune faite dans l’informatique, Amstrad), en remet une couche pour notre bonheur, comme il sait si bien le faire. Il avait dû trop lire le Mirror cet été-là, c’est pire que fumer la moquette ce truc (surtout l’été, la « silly season »), ça ne pardonne pas.

Nul besoin de vous faire l’article, on sait tous ce que donna le Néerlandais chez les Gunners, il a même sa statue devant l’Emirates, du jamais vu pour un floppeur. L’attaquant Chris Armstrong, acquis pour la somme record (du club) de 4,5m £, fit une honnête carrière Spur avant de disparaître aussi rapidement que le vol MH370, pour finalement réapparaître sur les radars à 32 ans, mais à Wrexham (alors D3-D4).

Il était plus marrant quand il nous refourguait ses ordis tout pourris

Il était plus souriant quand il essayait de nous refourguer ses ordis tout pourris

Alan Sugar, lui, est resté toujours aussi miserable, on se demande si le gars a rigolé un bon coup une fois dans sa vie. Ne prend jamais de vacances et semble passer sa vie à s’écharper avec Donald Trump ou ce clown de Piers Morgan sur Twitter. Triste existence.

Enfin, tout n’est pas si négatif chez Lord Sugar, il a embauché Christian Gross comme manager, il a donc beaucoup d’humour. Bah, les tweetfights le changent de ses méga clashs avec Jurgen Klinsmann - qu’il recruta - et le monde professionnel footeux (florilège : « Je ne laverais même pas ma voiture avec un maillot porté par Klinsmann » et : « Les footballeurs sont tous des crevures finies, encore de plus belles ordures que les journalistes, ce sont les plus grosses saloperies qui marchent sur cette planête. Ils ne connaissent ni honnêteté ni loyauté et la plupart seraient en prison s’ils n’étaient pas sportifs professionnels. »).

Aujourd’hui très pris par ses multiples business (immobilier surtout) et vedette de l’émission à grande écoute The Apprentice sur BBC1. Ex groupie de Thatcher dans les Eighties, anobli par son pote Blair en 1999 (il donna ensuite 200 patates au parti travailliste), il siège aussi à la Chambre des Lords où je doute fortement qu’il traîne souvent.

# 11. « On va terroriser ces couards d’Européens. »

Malcolm Allison, manager-adjoint de Man City, en mai 1968.

11 Mai 1968, Man City vient de remporter le titre, devançant un Man United qui deviendra champion d’Europe deux semaines plus tard. A sa tête, en tandem avec le manager Joe Mercer, le flamboyant et visionnaire Malcolm Allison (ci-dessous, voir article TK de 2010).

Le foot british est alors au pinacle ; l’Angleterre est championne du monde et le Celtic et Man United ont brillamment remporté la C1 en 1967 et 1968 respectivement. Le zeitgest est clairement au patriotisme sévèrement burné. Non seulement Man City se la pète mais les Citizens croient dur comme fer que rien ne leur résistera et surtout pas ces tafioles de Latins, avec leur bouffe molle et leurs coutumes efféminées. Aux cuisses de grenouilles et castagnettes des Continentaux, les Britanniques répondent avec les Highlands Games et un hooliganisme naissant (le contexte politico-sociétal favorisait également cette méfiance envers l’étranger ; mais c’est un autre sujet, sur lequel je reviendrai dans un gros dossier à l’automne).

Manque de bol pour Allison, Man City giclera dès le premier tour de C1, sorti par le Fenerbahçe. Il leur faudra attendre 2011 pour revoir cette compétition, retrouvée surtout à la force du larfeuille (641m £ dépensés ces cinq dernières saisons rien qu’en transferts - pour seulement 161m £ de ventes joueurs -, de loin le solde le plus élevé de Premier League).

# 12. Deux-en-une :

1) « Ça devrait aller Stan, ils [les Hongrois] n’ont même pas une tenue réglementaire. »

2) « Regarde-moi ce petit gros là-bas [Ferenc Puskás]… On va les massacrer. »

1) Billy Wright, juste avant le mythique Angleterre-Hongrie du 25 novembre 1953, à son coéquipier Stan Mortensen.

2) Jimmy Andrews à Malcolm Allison (le chambreur du # 11), même match.

Fin 1953, le contexte anglais est à l’autosatisfaction méprisante. Les Anglais ont un terme pour décrire cette situation : « smugness », une extrême suffisance matinée de dédain affiché (« offensive satisfaction » et « irritatingly pleased with oneself » nous disent les dicos unilingues). Un complexe de supériorité malsain en quelque sorte - le type même de sentiment capable de transcender l’adversaire.

Outre le contexte historique de l’époque, deux raisons expliquent cet excès d’orgueil. D’une part, les Anglais n’ont encore jamais perdu à domicile contre une sélection non-britannique ou irlandaise (même si ça chauffe pour leur matricule, effarante défaite 1-0 contre les USA par exemple à la Coupe du monde 1950 et 2-2 chanceux contre la France à Highbury en 1951). D’autre part, domestiquement, Wembley vient de vivre sa plus belle finale de FA Cup, la fameuse Matthews Final de mai 1953, entre Blackpool et Bolton (4-3), illuminée par le génie de Stanley Matthews et l’efficacité de Stan Mortensen, auteur d’un hat-trick (le seul jamais inscrit à ce jour en finale FA Cup à Wembley). Quatre joueurs de Blackpool sont dans le Onze contre la Hongrie.

C’est l’ère de l’Angleterre qui se croit invincible, s’appuyant sur ses ailiers superstars même si vieillissants (Matthews, Tom Finney, etc. - c’est l’âge d’or de l’ailier) et sur son vieux W-M développé trente ans auparavant par Herbert Chapman… Un dispositif dépassé qu’exposeront dans toute son obsolescence les Hongrois. Mais ça, à une heure du coup d’envoi, les Anglais - joueurs, spectateurs, journalistes - sont très loin de se l’imaginer.

Dans le tunnel de Wembley, les deux équipes s’observent. En voyant la tenue peu orthodoxe des Magyars Magiques, Billy Wright, capitaine et taulier des Trois Lions, esquisse un sourire moqueur. Toisant de haut la bande à Ferenc Puskás et Sándor Kocsis, il invite ses coéquipiers à examiner ces joueurs qui portent « un maillot bizarre et des chaussures légères découpées comme des pantoufles basses » [voir article TK sur ce sujet]. Avant d’envoyer à Mortensen l’immortel : « Ça devrait aller Stan, ils n’ont même pas une tenue réglementaire. »

[We should be all right here Stan, they haven't even brought the proper kit]

Puis, alors que les Hongrois s’échauffent, Jimmy Andrews se tourne vers Malcolm Allison (joueurs de West Ham assistant au match) en montrant Puskás du doigt et lui fait :

« Regarde-moi ce petit gros là-bas… On va les massacrer. »

[Look at that fat little chap there... We will murder that lot]

Pourtant, les Hongrois ne sont pas n’importe qui : champion olympique 1952 et invaincus depuis 24 matchs (dont 20 victoires). On connaît la suite, les arrogants Anglais se prendront une magistrale claque tactique et la raclée de leur vie (6-3, un score très flatteur pour les Trois Lions diront les Anglais eux-mêmes). L’humiliation fut complète pour le grand Billy Wright quand Puskas le mit dans le vent d’un gracieux râteau avant de marquer dans la foulée. Ce qui valut à un journaliste du Times ce célèbre passage :

« Au moment où Billy Wright courut pour le contrer, Puskás, d’une majestueuse pirouette, fit glisser le ballon sous son autre pied. Wright fut mystifié par la feinte et continua sa course, tel un camion de pompier fonçant vers le mauvais incendie. Puskás, lui, pivota et planta le ballon au fond des filets pour le troisième but hongrois. [...] Les Hongrois ont marqué six buts mais auraient aisément pu en inscrire le double. »

Six mois plus tard, rebelote, en pire : pilée 7-1 au Nepstadion de Budapest.

Kevin Quigagne.

Le football, science occulte diablement inexacte, a érigé la prophétie fumeuse au rang d’art. De quoi rendre jaloux les économistes, politologues et autres bullshitologues, longtemps les maîtres en la matière. Mais surtout de quoi faire notre bonheur.

Les fanzinards-branquignols que nous sommes aimons jouer les Madame Irma dans notre chambre de bonne, sans grand succès ma foi. Cela dit, c’est bien plus marrant quand ce sont les vrais « experts » qui se vautrent magistralement. Dans aucun ordre particulier, voici donc ma sélection des plus belles prédictions en papier mâché du football anglais.

N’hésitez pas à tenter votre chance avec le jeu-concours # 6, cadeau sympa à gagner (promis, c’est pas une boule de cristal).
Même si vous n’avez aucune idée, allez, soyez sympas et miséricordieux, donnez un nom au hasard que j’ai pas l’air d’un con avec mon jeu-concours sans participants et me retrouve avec un cadeau péteux formidable sur les bras. Si aucun vainqueur, on prendra le plus près journalistiquement ou philosophiquement (ou alphabétiquement) de la réponse. Je suis généreux, je vous donne 72 heures pour trouver quel journaliste et visionnaire français a sorti l’énormité # 6.

# 1. « On ne peut rien gagner avec des gamins. »

Alan Hansen, consultant dans Match of The Day, le 19 août 1995 au sujet de la jeune équipe de Man United, vouée à un abject échec selon lui (le clip).

19.08.1995, première journée de championnat. Un Man United acnéique (composés des Fergie’s Fledglings, les grands ados Beckham, Butt, Scholes et Neville brothers - Giggs était absent) s’incline 3-1 face à Aston Villa. A l’intersaison, trois cadres sont partis, Mark Hughes, Paul Ince et Andrei Kanchelskis. Pour quelques experts, dont le soporifique Alan Hansen, c’est la grosse cata.

Pourtant, s’il s’était creusé la cervelle un chouia, l’ex Liverpool legend se serait souvenu que les Busby Babes remportèrent le titre national avec Man United en 1956 et 57 (21 et 22 ans de moyenne d’âge !). Huit d’entre eux disparaîtront tragiquement dans le crash de Munich du 6 février 1958, sinon les kids auraient probablement continué à cartonner.

Neuf mois plus tard, Man United (24 ans de moyenne d’âge) est champion d’Angleterre et remporte la FA Cup face à Liverpool…

Quant à notre devin écossais préféré, il est malheureusement resté cloué à son fauteuil BBC de Match Of The Day encore 19 ans (avec son triste compère Mark Lawrenson*), payé 40 000 £ par émission avec notre redevance alors que la BBC a licencié des milliers d’employés depuis dix ans. Alléluia, l’an dernier, la Beeb a enfin entendu la vox populi et décidé de le congédier (il arrêtera juste après la Coupe du monde 2014 ; putain, plus que trois mois à tenir).

Hansen, c’est aussi le mec qui, juste avant l’Euro 2012, avait prédit sur le site de la BBC (ici) que l’Allemagne, les Pays-Bas, le Portugal et l’Espagne atteindraient les demi-finales. Euh, plutôt duraille vu que les trois premiers cités étaient dans la même poule à deux qualifiés…

Evidemment, la phrase est devenue cultissime (Fergie s’en servira souvent pour motiver ses jeunes troupes) et a été décliné sous toutes les formes possibles et imaginables (t-shirts, merchandising, titres d’émissions de foot et fanzine, etc.).

[*Lawrenson, dit Lawro, également une ex Liverpool legend qui fait comater le peuple (éjecté du sofa de MOTD l'an dernier lui - remplacé par Alan Shearer), est aussi un fin voyant. Au début de la saison 2009-10, alors que Norwich City avait raté son début de championnat de D3, dont une raclée 7-1 à domicile contre le petit Colchester (d'ailleurs managé par... Paul Lambert, lequel désertera pour Norwich juste après ce match !), l'assommant Lawro avait eu cette illumination céleste : « Je crains pour les Canaries, je les vois descendre en D4. » Loin de dégringoler je ne sais où, Norwich aligna deux montées d'affilée pour atteindre la Premier League en 2011...].

# 2. « Mais pourquoi tu veux recruter Zidane alors qu’on a Tim Sherwood ? »

Feu le propriétaire de Blackburn, Jack Walker, à Kenny Dalglish, manager du club (été 1995). Certes, pas une prédiction pur jus mais une telle réplique aux faux airs prophétiques se devait de figurer ici.

En 1990, le magnat de l’acier et exilé fiscal Jack Walker vend sa boîte Walkersteel à British Steel pour 360m £ et rachète Blackburn Rovers, D2, son club de coeur (qu’il dirigera de Jersey), où il injecte quelques grosses pépettes.

La progression est fulgurante : montée en 1992, 2è en 1994 et titre un an plus tard, grâce notamment à son duo offensif de feu Shearer And Sutton (surnommé SAS) et Tim Sherwood, capitaine (citons aussi Colin Hendry, David Batty et Graeme Le Saux). Au printemps 1995, le Bordelais Richard Witschge, en prêt express à Blackburn, parle de Zidane à Dalglish et l’Ecossais flashe sur le duo Zizou-Dugarry. Las, quand il en cause à son boss il se prend un rateau des familles, avec, en bonus, la phrase immortelle. Zidane coûte pourtant moins que ce que Rovers a déboursé pour Sherwood en 1992 (5m £).

Pour la petite histoire, Ray Harford, l’adjoint et successeur de Dalglish en 1995-96, réessaya la saison suivante (Bordeaux atteint la finale de la C3) et faillit arracher le morceau. Les Girondins acceptèrent 5m £ pour Zidane, avant de le vendre 4m £ à la Juventus une semaine plus tard ; quant à Dugarry, il se montra trop gourmand au final (il voulait 20 000 £/semaine net, énorme salaire pour l’époque où la moyenne PL n’était que de 2 500 £/sem. et les mieux payés - Shearer, Sutton, Cantona, etc. - touchaient 10 000-15 000 £/sem. brut). Ce ne ne fut toutefois que partie remise pour voir du cador frenchie chez les Rovers, Chimbonda et Givet fouleront majestueusement la pelouse d’Ewood Park une bonne décennie plus tard.

# 3. « On ne fera jamais rien avec une équipe de James Milner. »

Graeme Souness, 20 avril 2005, déclaration au Daily Mirror.

L’ex hardman de Liverpool manage alors Newcastle United et Milner, 19 ans et acheté 3m £ à Leeds neuf mois plus tôt, a été discret avec les Mags (mais avec seulement 6 titularisations, guère étonnant que ce joueur très prometteur ne puisse s’épanouir). L’Ecossais a succédé à Bobby Robson et veut inverser la politique jeune du club - les Jenas, Bramble, etc. surnommés les « Bobby Babes » - en achetant de l’expérimenté et du vieux grognard.

Depuis, pour un loser, on peut dire que Milner (28 ans) a fait du chemin : 46 capes Espoirs, 45 capes Seniors avec les Trois Lions, champion d’Angleterre 2012 avec Man City et j’en passe. Quant à Souness, il a fini par trouver refuge sur Sky après une piètre carrière de manager (soyons quand même fair-play, le mec a failli recruter Ali Dia, il a planté le drapeau de Galatasaray sur la pelouse du Fener et il a viré Déco à Benfica pour le remplacer par Marc Pembridge. Alors rien que pour ça : Respect).

La citation de Souness ci-dessus est un résumé de l’originale, un peu longue pour mettre en exergue mais que voici :

« Même si j’adorerais manager ce club pour longtemps, je ne me vois pas faire de vieux os si je commence à bâtir une équipe de James Milner. Sans vouloir être critique à son égard, on ne construit pas une équipe avec des jeunes de 18 ou 19 ans. Ce ne sont pas eux qui vont me faire garder mon boulot. »

# 4. « Kevin Phillips aura du mal à marquer six buts cette saison. »

Rodney Marsh, consultant Sky, août 1999.

Eté 1999, Sunderland monte en Premier League, avec Kevin Phillips comme avant-centre vedette. L’ex Hornet (Watford), 26 ans, vient de marquer 14 buts en 34 matchs de championnat. Un rendement plus qu’honnête pour ce « joueur de Football League » (D2 à D4) qui affiche de belles qualités techniques et a même été capé par les Trois Lions en avril 1999. Mais au diable l’analyse prudente et étayée, pour Rodney Marsh, ex bellâtre bambocheur du foot anglais des années 60 & 70 (principalement QPR et Man City), Phillips est à l’évidence très limité et peinera à suivre le rythme.

Ce qui est priceless mec, ce      30 pions et Soulier d’or européen. Pas dégueu pour un loser
sont surtout tes pronostics

Plus la saison s’écoule, plus le pro-fête Marsh va manger son bob Ricard, coutures incluses. Sunderland sort une putain de saison et finit 6è ex-aequo, grâce surtout au duo Kevin Phillips-Niall Quinn, 44 buts PL à eux deux (l’Irlandais Quinn dans le rôle du remiseur, Phillips dans celui du finisseur). Super Kev a explosé les compteurs : 30 buts PL ! Pas mal pour un novice de l’élite révélé sur le tard et qui jouait encore en D7 à 21 ans. Consécration suprême, on lui remet le Soulier d’or européen (seul Anglais à l’avoir jamais reçu) et il continue à être sélectionné en équipe nationale (8 capes au total).

Aujourd’hui, l’increvable Phillips (41 ans en juillet prochain) claque toujours, à Leicester City, promu en PL.

Quant à Marsh, il n’est plus consultant depuis belle lurette après son limogeage de Sky en 2005 pour cette blague (?) bizarre censée amuser : «  David Beckham a rejeté une offre de Newcastle après les problèmes causés par la Toon Army en Thaïlande. » (crétin jeu de mot hyper approximatif entre Tsunami et Toon Army, l’un des surnoms de NUFC). Quand il trouve un média encore prêt à le faire taffer (rare), il sévit dans des émissions du style Celebrity Come Dine with me (« Un dîner presque parfait » pour has-beens fauchés) où il balance ses vannes grasses et sexistes admirablement conservées dans le formol des Sixties (les femmes à la cuisine et tout le tremblement).

# 5. « Si Dwight Yorke est un footballeur de D1, alors moi je m’appelle Mao Tse-toung. »

Tommy Docherty, 1990.

L’Ecossais, personnage haut en couleur du football britannique - ex manager de l’Ecosse, Chelsea et Man United - est consultant télé quand il sort cette perle (TK évoquait quelques fameux déboires du Doc dans cet article).
Pour nos lecteurs/trices les plus jeunes ou les plus incultes, le Trinitéen Dwight Yorke disputa son premier match de D1 en mars 1990 avec Aston Villa, et son dernier avec Sunderland dix-neuf ans plus tard. Entre-temps, il accomplit une formidable carrière anglaise. En point d’orgue, ses quatre saisons à Man United (acheté 13m £) où il forma un duo légendaire avec Andy Cole (67 buts en 65 matchs PL ensemble).

Bilan du raté qui devait végéter aux étages inférieurs : 19 saisons en D1, 3 titres de Champion d’Angleterre, 1 Ligue des champions + une chiée de coupes et récompenses individuelles (Premier League Player of the Season 1998-99, Golden Boot Premier League 1999, Champions League Top Goalscorer 1999, etc.).

Le Doc ne s’est jamais fait rebaptiser Mao mais a paraît-il longuement médité ce mot de Confucius : « Nul n’est prophète en son empire, surtout le Nul. » Z’étaient super philosophes ces Orientaux quand même, Joey Barton en raffole.

# 6. « Je ne vois vraiment pas David Silva réussir en Angleterre. Il n’a pas du tout le jeu et le profil pour faire grand chose dans le foot anglais. »

Jeu concours avec cadeau sympa à la clé : quel grand mage français (journaliste connu) a fait cette comique prophétie ?

Répondez dans les commentaires svp. On se revoit dans trois jours.

Kevin Quigagne.

(Quand on a le temps, on est sur Facebook et sur Twitter).

Présentation du Hall of Fame Spurs version Teenage Kicks.

Voir intro.

Suite et fin du Hall of fame TK de Tottenham Hotspur

Pat Jennings (1964-1977), gardien, 673 matchs/1 but. 119 capes nord-irlandaises.

Mythique portier britannique, souvent donné dans les dix meilleurs gardiens de l’histoire du football. Débarqué à Watford (D3) à 18 ans de son Ulster natal (où il bossait dans une société d’exploitation forestière pour 25 £/mois), il arriva à Tottenham à 19 ans. Jennings, jamais passé par un grand club ou un centre de formation, fut accueilli à Spurs avec un certain scepticisme ; il avait en effet la lourde tâche de remplacer l’excellent Bill Brown avec lequel il fut placé en concurrence les deux premières saisons.

Gardien très athlétique et précurseur, il préférait rester debout face à un attaquant lancé devant le but plutôt que de se coucher très tôt comme c’était alors la pratique. Ses années de gaelic football en Irlande l’avaient rendu complet et doté d’une coordination mains-pieds-jambes exceptionnelle (il lui arrivait de prendre des ballons aériens d’une main, comme au football gaélique -  « Ses mains étaient de vrais battoirs » disait de lui Bill Shankly).

En 1977, il fut malencontreusement vendu à Arsenal, le manager d’alors, Keith Burkinshaw, pensant que Jennings était sur le déclin (32 ans et venait de subir sa première blessure sérieuse). Une belle carrière de huit ans - et 327 matchs - chez l’ennemi juré  contredit le jugement hâtif de son ex entraîneur.

Elu deux fois Joueur de l’année, par la Football Writers’ Association (1973) et par ses pairs de la Professional Footballers’ Association (1976). Joua en équipe nationale jusqu’en 1986, à 41 ans. Il marqua son seul but de sa propre surface lors du Charity Shield 1967 ! Presque 1 100 matchs professionnels à son actif de 1963 à 1986.

Employé aujourd’hui par Tottenham comme entraîneur de gardiens de l’Academy et dans le relationnel du club. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2003.

Martin Chivers (1968-1976), avant-centre, 367 matchs/174 buts, 24 capes anglaises/13 buts.

« Big Chiv » (1m85) arriva de Southampton en janvier 1968, à 22 ans et pour 150 000 £, alors record anglais. C’était un jeune très prometteur (17 capes Espoirs) et il poussa Jimmy Greaves vers la sortie.

Ses deux premières saisons pleines (1970-1972) furent triomphales : 3è et 6è de D1, 1 C3, 1 League Cup, 78 buts en 122 matchs et 13 capes anglaises (7 buts). Forma un prolifique duo avec l’Ecossais Alan Gilzean. Une série de blessures lui gâcha sa fin de carrière Spurs (Bill Nicholson et Gilzean partis, le club faillit descendre en D2 en 1975 - ce sera chose faite en 1977). Quitta Tottenham pour la Suisse (Servette de Genève) où il fut sacré « Meilleur joueur étranger » saison 1977-78.

Troisième buteur de l’histoire du club (202 buts avec les matchs amicaux). Son record Spurs de 22 buts européens a récemment été battu par Jermaine Defoe. Sévit aujourd’hui dans les médias londoniens et employé par le club dans le relationnel.

Steve Perryman (1969-1986), milieu puis défenseur, 866 matchs/39 buts, 1 cape anglaise.

Perryman, ce sont d’abord des stats venues d’ailleurs : 655 matchs de championnat avec Spurs, dont 613 en D1 ; jusqu’à août 2011 (et Ryan Giggs), c’était le record de D1 anglaise pour un joueur de champ (mais le Londonien éclipse probablement le Gallois en temps de jeu). 866 matchs avec les coupes et 1 014 apparitions en comptant les coupes d’intersaison - aujourd’hui disparues - et matchs amicaux ! (aussi 84 matchs pour Oxford United et Brentford).

Quasi inconnu outre-Manche, longtemps sous-estimé au pays et archétype du joueur discret mais ô combien précieux, ce technicien besogneux aux trois poumons débuta professionnellement à 17 ans et fut nommé capitaine (permanent) à 24. Très polyvalent (milieu puis défenseur central et latéral droit), il décrocha six trophées majeurs avec Spurs, dont deux coupes d’Europe. D’une loyauté admirable, il rejeta les convoitises d’un Liverpool Champion d’Europe à l’intersaison 1977, et ce alors que Spurs venait d’être relégué en D2 !

Elu Joueur de l’année 1982 par la Football Writers’ Association. D’une grande modestie, Perryman se contente de dire que son rôle, quand il fut repositionné latéral (offensif) en 1978, « se limitait à transmettre le ballon à Glenn Hoddle qui faisait le reste. » Seul bémol : son unique cape anglaise, à 31 ans (à peine 20 minutes de jeu), alors que ses 17 capes Espoirs avait laissé entrevoir un avenir international. Un manque de reconnaissance que Perryman attribue à sa (trop) grande polyvalence, excellent dans plusieurs secteurs du jeu mais pas de « classe internationale » à un poste spécifique. Décoré de la MBE en 1986 (sorte de légion d’honneur britannique light) pour services rendus au football.

Après-carrière variée, ouvrit un magasin de sports, travailla dans les médias, managea plusieurs clubs (en Angleterre, en Norvège et au Japon - où il reçut la récompense de Manager de l’Année) avant de devenir le directeur sportif d’Exeter City en 2003 (toujours en place). Mais il aurait pu tout aussi bien faire sosie de Charles Bronson.

Glenn Hoddle (1975-1987), milieu, 490 matchs/110 buts, 53 capes anglaises/8 buts.

Formé à Watford, arrivé chez les Spurs à 16 ans ½. Se révéla au grand jour saison 1979-80 : 19 buts en 41 matchs (élu Jeune Joueur de l’année) avec également une première sélection anglaise.

Technicien hors pair et l’un des meilleurs créateurs que le football britannique n’ait jamais produit, il est souvent dit qu’il préféra s’exiler en France de 1987 à 1991 car son style « latin » et félin y était plus apprécié (le fait que Monaco payait bien mieux - et netto - que les plus gros clubs anglais de l’époque n’est probablement pas non plus étranger à son exil). A managé pendant une douzaine d’années une fois les crampons raccrochés, dont les Trois Lions et Tottenham.

(crédit photo : oldschoolpanini.com)

Deux dérapages notoires à son actif : un abject disque Diamond Lights en duo avec Chris Waddle et son odieuse déclaration sur le « mauvais karma » des handicapés ; on ne saurait dire laquelle de ces deux infamies est la plus condamnable. Sévit désormais dans les médias anglais tout en dirigeant son propre centre de formation en Andalousie, la Glenn Hoddle Academy ; également employé depuis peu par la F.A. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2007.

Osvaldo (Ossie) Ardiles (1978-1988), milieu, 385 matchs/37 buts, 52 capes argentines/8 buts. Acheté 325 000 £ au club porteño de Huracán (le record britannique était alors de 500 000 £, Kevin Keegan de Liverpool à Hambourg un an avant - mais l’inflation était galopante : un an plus tard, Steve Daley et Andy Gray iront respectivement à Man City et Wolves pour presque 1,5M £ chacun).

L’arrivée du champion du monde argentin (en compagnie de son compatriote Ricardo Villa - les premières vedettes étrangères de ce calibre à débarquer en Angleterre) dans un Tottenham nouvellement promu en surprit plus d’un et nombre d’observateurs doutèrent ouvertement des capacités physiques de ce petit bonhomme d’1,69m à réussir dans un championnat aussi rugueux. Tommy Docherty, grande gueule du football britannique et alors manager de Derby County prédisant comiquement « que les deux Argentins rentreraient au pays aux premiers flocons de neige. » Ses qualités techniques et sa vision du jeu firent vite taire les sceptiques.

Forma avec Glenn Hoddle un duo sublimement créatif qui permit à Spurs de régulièrement jouer les premiers rôles et réussir quelques coups d’éclat dans les années 80 : 4è en 1982 et 83, 3è en 1985 et 87, FA Cup 1981 et 1982, C3 en 1984.

Connut de sérieuses blessures (tibia cassé notamment) dans la deuxième partie de sa carrière Spurs après son retour du PSG - saison 1982-83 - où il avait demandé à être prêté, suite à l’ambiance pesante en Angleterre pour cause de guerre des Malouines (le conflit venant tout juste d’éclater, il fut même laissé de côté pour la finale de FA Cup 1982 contre QPR).

Son retour comme manager en 1993 se solda par un échec et il fut limogé en octobre 1994. Ses qualités de joueur et sa chaleureuse personnalité lui confèrent une place à part dans l’histoire du club et le coeur des supporters (Ossie n’arriva jamais par exemple à prononcer le nom du club, il disait « Tottingham »… Cela amusait follement les supps).

Vit toujours dans la même maison du Hertfordshire (nord de Londres) qu’il acquit il y a 35 ans avec sa prime à la signature. Dirige la Ossie Ardiles Soccer School tout en travaillant dans l’évènementiel et les médias. Récemment victime d’un accident de la route aux Malouines où il tournait un docu avec Ricky Villa (qui, lui, s’est payé un ranch près de sa ville natale avec sa prime à la signature - au passage, voici le plus beau but Spurs de Villa, inscrit pendant les prolongations du replay de la FA Cup final 1981, élu en 2001 Wembley Goal of the Century). Intronisé au English Football Hall of Fame en 2009.

Gary Mabbutt (1982-1998), milieu puis (surtout) arrière-central, 611 matchs/38 buts, 16 capes anglaises (1 but).

Cult hero du club, où il fut capitaine 11 ans, remporta la Coupe de l’UEFA 1984 et la FA Cup 1991 (fut moins chanceux en finale de la FA Cup 1987 contre Coventry où, après avoir inscrit le deuxième but des Spurs, il marqua contre son camp le but victorieux pour les Sky Blues).

Fin technicien et d’une grande fiabilité, il est considéré comme l’un des meilleurs défenseurs anglais des Eighties. Décoré de la MBE pour Services rendus au football. Immense serviteur Spurs, il est aujourd’hui l’un des ambassadeurs du club.

Paul Gascoigne (1988-1992), milieu, 112 matchs/33 buts, 57 capes anglaises/10 buts.

Après une superbe saison à Newcastle (élu Jeune Joueur de l’année et inclus dans l’équipe PFA 1987-88), Alex Ferguson obtint son accord pour signer à Man United. Le temps que Fergie revienne de vacances, Tottenham - orphelin d’un milieu créatif, Hoddle parti un an auparavant - avait persuadé Gazza de signer chez eux, pour 2M £. Sous la houlette de Terry Venables et aux côtés de Gary Lineker et son « compatriote » Geordie Chris Waddle, il étoffa son jeu et devint incontournable en sélection.

La finale de FA Cup en 1991 contre Nottingham Forest fut son dernier match de compétition pour Spurs et le plus mémorable, pour les mauvaises raisons :  horrible tacle-agression (à 40 secondes) sur Gary Charles et sur lequel Gazza se blessera gravement, au point de manquer toute la saison 1991-92. Recruté par la Lazio pour 5,5M £ en 1992 (les Romains l’avaient en fait enrôlé un an avant - pour 8,5M - mais sa grave blessure retarda le transfert). Intronisé au English Football Hall of Fame dès sa création en 2002.

Gareth Bale (2007-2013), arrière-gauche jusqu’en 2010-11, puis ailier/milieu gauche/offensif, 203 matchs/55 buts, 43 sélections galloises/11 buts (au 29/01/2014).

Formé à la prolifique Academy de Southampton où il s’avère d’une précocité rare (aligné dans l’équipe de D2 et international gallois dès 16 ans ¾), Bale est acheté 7M £ par Tottenham en mai 2007 après que Manchester United et Arsenal l’ont snobbé. Déjà, même en position d’arrière-gauche, il brille par sa dangerosité et sa grande créativité.  A Spurs, le bolide continue sur sa lancée mais se blesse et doit rater la deuxième partie de la saison 2007-08. Après un retour difficile (Benoît Assou-Ekotto en profite pour s’imposer en numéro 3), il revient en force début 2010.

Mais c’est la saison 2010-11 qui va le faire connaître sur la scène internationale, notamment son extraordinaire prestation en octobre 2010 contre Inter Milan en Ligue des Champions où il claque un hat-trick de feu devant un San Siro subjugé. Harry Redknapp le fait alors progressivement évoluer en milieu/ailier gauche, position où Andres Villas Boas le maintiendra début 2012-13, une extraordinaire saison pour le Gallois, auteur de 26 buts (souvent spectaculaires) en 44 matchs. Palmarès individuel déjà très fourni : inclus dans l’équipe UEFA de l’année 2011, Joueur PFA de l’année en 2011 & 2013, élu Joueur de l’année 2013 par la Football Writer’s Association et Young Player of the Year 2013 (seul Cristiano Ronaldo avait réussi ce triplé avant Bale). Vendu au Real Madrid fin août 2013 pour le montant record de 85M £.en profite pour s’imposer en numéro 3), il revient en force début 2010.

Mais aussi…

John Cameron (1898-1907), entraîneur-joueur écossais, avant-centre, 111 matchs/43 buts. Offrit au club sa première FA Cup, en 1901. D’autant plus remarquable que le club n’évoluait pas en Football League (alors D1 et D2) mais en Southern League, l’équivalent de la D3.

Jimmy Dimmock (1919-1930), ailier gauche, 438 matchs/112 buts, 3 capes anglaises.

Ted Ditchburn (1939-1958), gardien, 452 matchs, 6 capes anglaises. Considéré comme le plus grand portier du club, avec Pat Jennings et Ray Clemence.

Cliff Jones (1958-1968), ailier gauche, 378 matchs/159 buts, 59 capes galloises/16 buts. Joueur vif, excellent des deux pieds, cet ex ouvrier en métallurgie était considéré comme l’un des tous meilleurs ailiers mondiaux. Fit partie intégrante du redoutable dispositif offensif de l’ère Bill Nicholson. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2013 (seuls 5 autres Gallois y figurent - John Charles, Billy Meredith, Ian Rush, Mark Hughes et Ryan Giggs). Aujourd’hui l’un des ambassadeurs du club (ci-dessous, au centre).

Cyril Knowles (1964-1976), considéré comme le plus grand latéral gauche du club - avec Bale quand il l’était. 507 matchs/17 buts, 4 capes anglaises.

Alan Gilzean (1964-1974), avant-centre, 439 matchs/133 buts, 22 capes écossaises/12 buts. Forma un duo prolifique avec Jimmy Greaves d’abord, puis Martin Chivers ensuite.

Alan Mullery (1964-1972), milieu, 373 matchs/30 buts, 35 capes anglaises/1 but. Recruté pour remplacer Danny Blanchflower. Nommé capitaine en 1968 après le départ de David Mackay.

Martin Peters (1970-1975), milieu, 189 matchs/46 buts, 67 capes anglaises/20 buts. Champion du monde 1966 (également legend de West Ham bien sûr, ainsi que de Norwich). Intronisé au English Football Hall of Fame en 2006.

Keith Burkinshaw (1976-1984), manager, deuxième plus riche palmarès du club (avec Arthur Rowe) : 2 FA Cups et 1 C3, 2 places de 4è en 1982 et 83. Réussit la prouesse de faire venir O. Ardiles et R. Villa. Avec J. Cameron, A. Rowe et B. Nicholson, Burkinshaw complète le carré divin des grands entraîneurs Spurs du XXè siècle. A croire cependant que les Dieux du foot jugèrent que cela faisait trop pour un seul club car la revanche fut terrible : Tottenham eut ensuite droit à Christian Gross et Jacques Santini (clip mythique, ce qui est sûr c’est qu’il ne bossera jamais pour Berlitz).

Ray Clemence (1981-1987), gardien, 240 matchs, 61 capes anglaises. Arriva de Liverpool à 33 ans, auréolé d’un titre de Champion d’Europe en club. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2010.

Chris Waddle (1985-1989), ailier, 173 matchs/ 42 buts, 62 capes anglaises/6 buts. Recruté de Newcastle à 24 ans et devint titulaire en équipe d’Angleterre peu après son arrivée à Spurs. Très présent dans les médias anglais depuis quelques années, consultant et commentateur pour la BBC et ESPN. Vit à Sheffield depuis son retour de Marseille et joue toujours occasionnellement avec le club local de Hallam FC (surtout avec les vétérans mais parfois remplaçant avec l’équipe première, D10).

Gary Lineker (1989-1992), avant-centre, 138 matchs/80 buts, 80 capes anglaises/48 buts. Arrivé à 29 ans après trois saisons au Barça, Lineker finit ensuite sa carrière au Japon. Aujourd’hui présentateur de Match Of The Day sur la BBC. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2003.

Sol Campbell (1992-2001), arrière central, 315 matchs/15 buts, 73 capes anglaises/1 but. En 2001, devint le premier joueur du foot britannique à toucher 100 000 £/semaine en signant à Arsenal (salaire astronomique rendu possible par la gratuité du transfert).

Darren Anderton (1992-2004), ailier/milieu offensif, 335 matchs/51 buts, 30 capes anglaises/7 buts. Brilla au milieu des Nineties aux côtés de Sheringham, Ginola et (brièvement) Klinsmann avant qu’une série de blessures émousse sa vivacité (cruellement surnommé « sick note », certificat médical).

Teddy Sheringham (1992-97 et 2001-03), avant-centre, 277 matchs/125 buts, 51 capes anglaises/11 buts. Compensait son manque de vitesse par une technique et vision hors normes. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2009.

David Ginola (1997-2000), ailier gauche, 124 matchs/22 buts, 17 capes françaises/3 buts. Ecarté par Dalglish à Newcastle, El Magnifico s’en alla faire le bonheur des Spurs, au grand dam des supporters Magpies.

Ledley King (1999-2012), arrière central, 321 matchs/15 buts, 21 capes anglaises. Grand serviteur du club, des problèmes récurrents aux genoux le forcèrent à raccrocher les crampons à 31 ans (il s’entraînait à part et qu’une ou deux fois par semaine les dernières saisons). Aujourd’hui l’un des ambassadeurs du club.

Robbie Keane (2002-2008 et 2009-2011), avant-centre, 293 matchs/121 buts, 131 capes irlandaises/62 buts (compteur international toujours ouvert).

Jermain Defoe (2004-2008 et 2009-février 2014), avant-centre, 262 matchs/143 buts (au 29.01.2014), 55 capes anglaises/19 buts (compteur international toujours ouvert).

Particularité

La fondation de Spurs (= éperons) est originale. En 1882, une bande d’ex-lycéens cricketers issus de deux écoles privées huppées décident de monter un club pour s’occuper l’hiver (le cricket ne se pratiquant que printemps et été). Ces férus de Shakespeare vouent une fascination au héros shakespearien Harry Hotspur, un combattant au sang chaud qui utilisait excessivement ses éperons lors de ses épiques bastons à cheval contre les Ecossais et les Français. Il est d’ailleurs mort au combat, à la bataille de Shrewsbury (1403), en rajustant sa visière, paf, flèche dans le bec.

Ci-dessus, le premier club book de Tottenham. La page de gauche indique que le 1er match (amical) fut perdu 2-0, contre les « Radicals » le 30.08.1882. Seulement 2 matchs disputés cette saison-là – l’autre fut une défaite 8-1. La raison de ce calendrier  light : seulement 11 licenciés. Spurs ne démarra véritablement qu’un an plus tard.

Etant donc fortement imprégnés de cette dramaturgie guerrière, nos potaches fondateurs du club tiennent à choisir un nom véhiculant force et la virilité et s’accordent vite sur Hotspur FC. Pour éviter toute confusion avec un club voisin qui s’appelle London Hotspur, le « préfixe » Tottenham est ajouté en 1885.

Palmarès

Champion d’Angleterre : 1951, 1961

Vice-champion : 1922, 1952, 1957, 1963

Vainqueur de la FA Cup : 1901, 1921, 1961, 1962, 1967, 1981, 1982, 1991

Vainqueur de la League Cup : 1971, 1973, 1999, 2008

Vainqueur de la Coupe UEFA : 1972, 1984

Vainqueur de la Coupe des coupes : 1963

Kevin Quigagne.

Dans la même série :

Le Hall of fame de Liverpool FC (1/2)

Le Hall of fame de Liverpool FC (2/2)

Présentation du Hall of Fame Spurs version Teenage Kicks.

D’ici quelques jours, le site Hat-trick (foot britannique) fera son entrée sur le Net. L’une des originalités de Hat-trick sera ses « fiches de club », où le Hall of fame occupe une place de choix. Par manque de disponibilité, je ne pourrai être de l’aventure Hat-trick mais quand Romain Molina, créateur du site, me demanda en juin dernier si je voulais rédiger quelques fiches, je lui dis OK et choisis de faire Sunderland, Liverpool et Newcastle. Et comme personne n’était trop chaud pour faire Tottenham en grand format*, je me suis dévoué.

[*Traitement de faveur réservé par Hat-trick aux gros cubes, eg ma fiche Liverpool FC. La fiche Tottenham TK est une version très allongée par rapport à celle qui apparaîtra dans Hat-trick. Sunderland et Newcastle sont des fiches courtes selon les critères de HT, moins de 6 000 signes pour leur Hall of fame, Sunderland par contrainte éditoriale, Newcastle par obligation – trouver dix grands joueurs Magpies relève du tour de force, mais j’ai rien lâché et y suis parvenu]

Nb : une trentaine de joueurs ont été sélectionnés dans les deux sections - principales et secondaires - de ce Hall of Fame Tottenham, bien au-delà des recommandations initiales du boss de Hat-trick. Impossible d’en caser plus et donc d’inclure tous ceux qui auraient pu prétendre à une place ici. On pense notamment à Ron Burgess, Eddie Baily, Maurice Norman, John White, Mike England, Ralph Coates, Steve Archibald, Graham Roberts, Clive Allen et, récemment, Luka Modrić. Pour complément d’infos, voir ici.

Le Hall of fame TK de Tottenham

Arthur Rowe (1929-1939, joueur et 1949-1955, manager). Le plus emblématique entraîneur de l’histoire du club avec Bill Nicholson.

Né en 1906 tout près de White Hart Lane, Rowe intégra Spurs en 1921 et passa pro en 1929. Sa carrière Spurs comme arrière-central se déroula principalement en D2, fort honorablement (230 apparitions, 1 cape anglaise).

En 1939, cet amateur de beau jeu avide de découverte et d’échange partit disséminer son savoir en Hongrie comme entraîneur et conférencier. Il y exposa une philosophie s’inscrivant dans la filiation de courants qui seront à l’origine de l’émergence des Magyars Magiques (cf passages là-dessus dans Inverting the Pyramid de J. Wilson). Il fit forte impression et les instances hongroises ainsi que Gusztáv Sebes, le futur entraîneur de la grande Hongrie des années 50, voulurent l’enrôler comme entraîneur de l’équipe amateur pour les J.O de 1940 (finalement annulés). Mais la guerre éclata et Rowe retourna au pays.

En mai 1949, Rowe devint manager des Spurs, alors en D2 depuis 1935 (7 saisons, interruption de la Football League de 1939 à 1946). Il y développa le push and run, antithèse du kick and rush, un style fluide basé sur la possession, le jeu de passe et le mouvement ainsi que sur la polyvalence des joueurs clés (en définitive, une sorte de croisement avant-gardiste entre Tiki-taka et Total Football). C’était une révolution pour l’époque et les principes de ce visionnaire suscitèrent le scepticisme.

En 1950, Rowe fit monter le club en D1 et remporta le premier titre de champion d’Angleterre du club ; vice-champion en 1952. Les deux saisons suivantes, Tottenham sera nettement moins performant, pour cause d’effectif vieillissant et d’adaptation des autres clubs au style Spurs.

En mars 1954, la pression et le stress (Tottenham mal classé) eurent raison de la santé d’Arthur Rowe et son adjoint reprit les rênes. Décédé en novembre 1993 de la maladie d’Alzheimer.

Bill Nicholson (1938-1955, joueur et 1958-1974, manager). Surnommé Mister Tottenham pour sa longue association avec le club (68 ans), Nicholson est le plus titré parmi les grands entraîneurs Spurs (John Cameron, Arthur Rowe et Keith Burkinshaw).

Nicholson, devant les Bill Nicholson Gates installées en 1999

Le grand homme himself, inaugurant les Bill Nicholson Gates installées devant White Hart Lane en 1999

Arrivé à Londres de son Yorkshire natal à 16 ans, Nicholson avait été un élément clé de la superbe équipe d’Arthur Rowe, totalisant 344 apparitions d’abord comme arrière-central puis latéral droit.

C’est en tant que manager qu’il va devenir légendaire, en remportant le doublé Championnat-FA Cup en 1960-61 (le premier du XXè siècle) et une flopée de coupes, tout en maintenant les Spurs dans le Top 6 pendant la dizaine de saisons suivantes. L’ère Nicholson fut la plus triomphale de l’histoire du club : 1 titre de D1, 3 FA Cups, 1 C2, 1 C3 et 2 League Cups.

Le titre de 1961 fut  remporté classieusement et en mode bulldozer : 11 victoires d’affilée en hors d’oeuvre (record), 31 victoires/42 matchs en guise de plat sans résistance (record de D1 anglaise, jamais battu ou même égalé), 66 points (record de 1931 d’Arsenal égalé), des roustes à la pelle (Newcastle étrillé 7-0, Birmingham 6-0, etc. 115 buts marqués) et la FA Cup en dessert. Un doublé plus revu depuis Preston en 1889 ! La plus belle ère de Tottenham léguera, entre autres, plusieurs chants et livres ainsi que le film Those Glory Glory Days.

Beaucoup attribuent ce succès au style de jeu caractéristique pratiqué par Spurs : le pass and move. Cette marque de fabrique Spurs s’inscrivait dans la continuité du push and run révolutionaire d’Arthur Rowe, un style auquel Nicholson ajouta une touche de rugosité (Mackay notamment, ci-dessous). Le Spurs du début des Sixties étaient les grands entertainers du football anglais. Seule ombre au tableau : le succès en championnat post titre 1961 ne se confirma pas. Souvent dans le Top 5 mais plus jamais champion, Tottenham fut étiqueté cup team pendant l’ère Nicholson (7 coupes remportées), comme aimait à le rappeler Bill Shankly d’un ton volontiers goguenard.

Les raisons de la démission de Nicholson le 29 septembre 1974 sont multiples. Après 38 ans au club, une certaine lassitude l’avait gagné ainsi que l’appréhension de devoir rebâtir un effectif de zéro (mauvais début de saison, les nouvelles recrues n’étant pas à la hauteur - la descente sera évitée in extremis fin avril 1975). « Bill Nic » fut également marqué par la tournure que prit le football anglais au début des années 70 (généralisation du hooliganisme) et écoeuré par les violences qu’il vécut lors de la finale de la coupe UEFA Feyenoord-Tottenham quelques mois avant. En 1976, il revint au club comme conseiller du manager, Keith Burkinshaw, et y resta jusqu’en 1991. Membre du directoire de Spurs jusqu’à sa mort, en 2004. Tottenham fut son seul club en tant que joueur et entraîneur. Intronisé au English Football Hall of Fame en 2003. Voir article TK sur Bill Nicholson.

Dave Mackay (1959-1968), milieu central puis défenseur central, 362 matchs/63 buts, 22 capes écossaises, 4 buts.

Célèbre image de Mackay empoignant Billy Bremner en août 1966 après un tacle vicieux du teigneux milieu de Leeds (après deux jambes cassées – 1963 et 64 – Mackay était chatouilleux).

Célèbre photo de Mackay empoignant Billy Bremner en août 1966 après un tacle vicieux du teigneux milieu de Leeds (après deux jambes cassées – 1963 et 64 – Mackay était chatouilleux).

L’un des grands durs du football britannique, cet Ecossais aux faux airs de Lino Ventura est considéré par de nombreux supporters Lilywhites comme le grand patron du Hall of fame Spurs (avec Danny Blanchflower).

Alliait une forte présence physique à une vision hors norme et une intelligence du jeu souvent occultée - bien malheureusement - par le souvenir de joueur intraitable qu’il a laissé. Pour preuve, les observateurs d’alors s’accordent à dire que, parmi les défenseurs ou milieux, seul Bobby Moore lui était techniquement supérieur. Se cassa la jambe deux fois de suite en 1963 et 1964 mais revint admirablement bien, cette fois en défense centrale pour compenser la perte de vitesse occasionnée par les blessures, avec en prime le brassard de capitaine chipé à Danny Blanchflower. Non seulement il créa des wagons de buts aux côtés du même Blanchflower mais en marqua une bonne quantité aussi, ne rechignant pas à l’animation offensive. Intronisé au English Football Hall of Fame dès sa création en 2002.

Danny Blanchflower (1954-1964), milieu droit, 436 matchs/27 buts. 56 capes nord-irlandaises, 2 buts.

Elément clé du formidable Tottenham de l’ère Bill Nicholson avec lequel il développa une relation symbiotique. Fut nommé capitaine au début des Sixties.

Blanchflower était un joueur très complet loué pour sa grande vision et science du jeu (son relatif manque de vitesse étant le seul bémol). Ce fin technicien cérébral était aussi un meneur d’hommes et il est parfois dit que sa causerie churchillienne avant la finale de la Coupe des coupes 1963 galvanisa tant les troupes que le match ne fut qu’une formalité pour Tottenham (victoire 5-1 sur l’Atletico Madrid et première coupe d’Europe remportée par un club britannique).

Stratège hors pair, ses passes décisives (non comptabilisées alors) pour Bobby Smith, Cliff Jones ou Jimmy Greaves firent longtemps le bonheur des Spurs. Elu deux fois Joueur de l’année par la Football Writers’ Association (1958 & 1961).

Des problèmes aux genoux le firent raccrocher à 38 ans, il se reconvertit naturellement dans le journalisme et les médias où son éloquence était appréciée. En 1988, la maladie (d’Alzheimer) le força à se retirer. Décédé en décembre 1993 et intronisé au English Football Hall of Fame en 2003.

Bobby Smith (1955-1964), avant-centre, 319 matchs/210 buts, 15 capes anglaises, 13 buts.

Ce puissant et trappu Yorkshireman (1m76, 80-85 kilos) fut recruté par Chelsea à 17 ans en 1950 après un apprentissage comme forgeron. Barré par le grand Roy Bentley, il rejoignit Tottenham à 22 ans pour 18 000 £. Smith s’y imposa rapidement, marquant plus de 130 buts entre 1957 et 1960-61, saison du fameux doublé championnat-coupe.

Extraordinairement prolifique pour les Trois Lions mais son caractère bien trempé et ses piques régulières envers des dirigeants liés à la fédération le privèrent sans doute d’une belle carrière internationale. Il n’est pas anodin que Smith ait dû attendre octobre 1960 et l’âge de 27 ans ½ pour décrocher sa première sélection, malgré ses prouesses avec Spurs, un habitué du podium (2è en 1957, 3è en 1958, 3è en 1960). Avant le début des années 60 et la nomination d’Alf Ramsey comme sélectionneur, la sélection était l’affaire du England Committee Selection, une austère coterie fédérale qui ne goûtait guère les francs-tireurs tel Bobby Smith. Seuls des gentlemen ou favoris des huit membres de la commission - fort parfum de népotisme car groupe composé de directors de clubs - étaient jugés aptes à représenter le pays (ce qui frustrait terriblement le sélectionneur d’alors, Walter Winterbottom - 1946-1962 -, et ce dernier réussit à influencer la sélection vers la fin de son mandat, mais trop tard pour le pauvre Bobby).

En froid avec Bill Nicholson et l’état-major des Spurs, à 31 ans, Smith s’exila à Brighton & Hove Albion (D4) avant qu’une nouvelle série de blessures et des bisbilles avec la direction du club ne le poussent à raccrocher les crampons un an plus tard. Une sévère addiction aux bookmakers (fortes dettes), quelques affinités avec la bouteille, des problèmes récurrents aux genoux et un poids très fluctuant avaient précipité son arrêt (il pesait 105 kilos à l’intersaison 1964 ! Fut alors surnommé « Blobby Smith », Bobby la masse difforme). Malgré ces handicaps insurmontables pour le commun des joueurs, son chant du cygne chez les Mouettes de BHA fut remarquable : ses 19 buts propulsèrent les Seagulls en D3.

Son après-carrière fut tourmentée. Il fallait bien gagner sa vie et Bobby fit artisan, d’abord peintre-décorateur puis chauffeur de taxi, mais un malheureux accident de trottoir (chute dans un trou mal protégé par une bouche d’égout) finit de lui bousiller des jambes qu’il avait déjà bien esquintées. Une crise cardiaque suivit. Sa pension d’invalidité ne suffisant pas, la mort dans l’âme, il organisa la vente aux enchères de sa collection de médailles et trophées (titre, 2 FA Cups, coupe d’Europe, etc.). Terrible coup du sort, il se fit cambrioler du sol au plafond peu avant. La scoumoune jusqu’au bout.

Un petit geste de Chelsea lui mit du baume au coeur et une noisette de beurre dans ses baked beans : chaque Noël, le club londonien verse 1 500 £ à tous les membres de l’effectif du titre de 1955, le premier du club. Petite revanche sur un destin cruel car l’entraîneur avait placardisé Bobby Smith cette saison-là et il ne joua quasiment pas…  Décédé en septembre 2010 d’un cancer.

Jimmy Greaves (1961-1970), avant-centre/ailier droit & gauche/milieu central, 381 matchs/268 buts, 57 capes anglaises, 44 buts (fit partie du groupe Coupe du monde 1966 mais malheureusement pour lui se blessa avant les ¼, Geoff Hurst le remplaça, avec le bonheur que l’on sait).

Relativement méconnu à l’étranger (en partie à cause de son rôle mineur lors de la coupe du monde 1966), « Greavsie » commença son extraordinaire carrière en fanfare à Chelsea, où il avait déjà planté plus de 100 buts avant 20 ans (132 buts en 169 matchs chez les Blues).

Meilleur avant-centre de l’histoire des Spurs et l’un des plus grands du football britannique, voire mondial. Greaves, ce n’était pas simplement un phénoménal ratio buts/match tout au long de sa carrière professionnelle (0.70, 422 buts en 602 matchs) mais un flair player techniquement phénoménal, ce qui amena Milan AC à le recruter en avril 1961 (contre sa volonté mais Chelsea était endetté et accepta goulûment les 80 000 £ offerts - extraordinaire plus-value car Greaves leur avait coûté… 10 £, montant de sa prime à la signature).

Malgré une forte rémunération (600 £/mois, 7 fois son salaire de Chelsea, salary cap oblige) et de superbes stats (9 buts en 12 matchs de D1), l’expérience italienne de Greaves fut un échec sur le plan personnel (décrite comme un « cauchemar » dans son autobio de 2003).

Huit mois après sa signature, Spurs l’arracha aux Rossoneri pour la somme record (pour le foot anglais) de 99 999 £, car Nicholson voulut lui épargner la pression d’être le premier joueur britannique à 100K. Entre-temps, le plafond salarial anglais avait sauté et Greaves rentra au bercail assuré de toucher une belle prime à la signature et un salaire trois fois supérieur à ses maigres émoluments de Chelsea. Six fois meilleur buteur de D1 de 1959 à 1969 (41 buts en championnat saison 1960-61, à Chelsea), il marqua deux buts en finale de C2 contre l’Atlético Madrid (5-1).

Fin de carrière douloureuse. A 31 ans, Greaves sombra dans l’alcoolisme. Extraits-résumés de son autobio :

« Dans les années 70, j’avais plusieurs entreprises avec mon beau-frère et d’autres associés mais je ne me rappelle plus trop ces années-là, j’étais plus ou moins ivre de 1972 à 1977. [...] Je m’enfilais souvent 20 pintes dans la journée. Quand le frigo était vide, je conduisais jusqu’au supermarché du coin pour m’acheter une bouteille de vodka - conduire en état d’ébriété était culturellement acceptable - que je descendais en moins de 45 minutes. Je ne dormais jamais sans une bouteille au pied de ma table de chevet, comme ça, dès le réveil, allez hop, un p’tit coup. [...] Ma femme n’en pouvait plus et me quitta temporairement. Financièrement, j’étais dans le rouge. Avec de l’aide [médicale et familiale] j’ai réussi à m’en sortir et je n’ai plus touché une goutte d’alcool depuis février 1978. »

Jimmy Greaves, à droite. Le lait, c'est juste pour la photo.

Jimmy Greaves, à droite. Le lait, c'est juste pour la photo

Courageusement, il reprit le dessus et se refit une belle santé dans le club semi-pro de Barnet à la fin des Seventies, à 37 ans passés (Barnet évoluait en non-League, Greaves eut d’ailleurs quelques mois l’excentrique Barry Fry comme entraîneur). De 1985 à 1992, co-présenta la populaire émission télé Saint & Greavsie.

Personnage à la faconde intarissable et gouailleuse (voir clip), Greaves sévit toujours fréquemment dans les médias et est extrêmement demandé sur le lucratif circuit de l’after-dinner speech où il compte parmi les footballeurs les mieux payés (jusqu’à 15 000 £ par soirée/show. Il fit notamment pas mal de shows en duo avec George Best dans les années 90). Plus inhabituel chez les footeux, Greaves manie la plume à ses heures perdues et a co-signé plusieurs livres et romans en tandem avec l’auteur Norman Giller. Intronisé au English Football Hall of Fame dès sa création en 2002.

Kevin Quigagne.

A suivre.

Dans la même série :

Liverpool FC : le Hall of fame (1/2)

Liverpool FC : le Hall of fame (2/2)

Depuis l’Antiquité, les Grecques se sont fait les spécialistes des migrations. Des villes comme Syracuse, Naples, Marseille et tant d’autres doivent leurs créations à des colons grecs. À l’époque, l’Angleterre n’existe pas et puis même, on ne va pas se mentir, même si les Grecs ont quelques fois été plus loin que Gibraltar, c’était un tantinet loin pour ses marins plus fans du cabotage que du transatlantique. Si on pousse le curseur historique beaucoup plus près de nous, on commence à trouver les premiers liens forts qui unissent les Hellènes et les Anglais. En 1821, les Grecs se soulèvent contre l’occupant ottoman. La nouvelle de cette révolution fait le tour d’une Europe fascinée par l’histoire antique et en plein romantisme (le mouvement culturel les enfants, pas le fait d’acheter des fleurs tous les 10 mois), bref les Européens décident de soutenir cette révolution. Une aide loin d’être inutile, car si pendant deux ans les Grecs font douter les Turcs, ces derniers décident alors d’employer les grands moyens et d’appeler à l’aide le Sultan d’Egypte. Dès lors, les Grecs se font purement et simplement massacrer. Les Russes, les Français et les Anglais se rencontrent en 1827 et signent le traité de Londres. Une expédition est lancée et se solde par la victoire finale et la signature du traité d’Andrinople en 1829. Pour la petite histoire, le poète anglais Byron parti faire la guerre aux côtés des insurgés grecs, c’était d’ailleurs la grande mode chez les intellectuels de l’époque. En 1824, il débarque en Grèce avec l’argent et les armes des différents donateurs des comités philhellènes d’Angleterre, puis rejoint Missolonghi. Il redonne du moral aux troupes (en distribuant pas mal d’argent) et se prépare à combattre l’ennemi. Au cours d’un assaut, chargeant contre les Turcs, Byron est frappé par une balle et meurt sur le coup. C’était du moins la version officielle, qui fit la une des principaux journaux anglais et français. Malheureusement, la vérité est beaucoup moins glorieuse, les historiens découvrant alors qu’il était mort soit de la fièvre des marais, soit de la diarrhée. Il reste toutefois un héros de l’histoire de l’indépendance grecque.

Juste pour information

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Les Grecs désormais indépendants sont reconnaissants envers l’Angleterre et la France, mais c’est la guerre greco-turque (1919-1922) qui va entraîner une grande vague de migration des Grecs à travers la planète. Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les Ottomans consentent à donner des territoires en Anatolie (ouest de la Turquie actuelle) à la Grèce. Le leader nationaliste turc, un certain Mustafa Kemal, n’accepte pas cette occupation et lance une grande reconquête. Les Grecs sont rapidement vaincus et plus d’1 millions d’entre eux doivent quitter les territoires perdus. La Grèce ne pouvant pas accueillir tout le monde, elle pousse ses citoyens à partir à l’aventure. Beaucoup partiront aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, mais aussi en Angleterre. On estime aujourd’hui à plus de 200 000 le nombre de membres de la diaspora grecque, vivant en Grande-Bretagne.

Si les Grecs étaient des voyageurs, les footballeurs grecs quant à eux, ne le sont guère. Certains évoquent un manque de talent, mais c’est une ânerie sans nom. Les joueurs grecs sont talentueux, le problème c’est qu’ils appliquent jusqu’au bout la signification de « sport collectif ». Dans une équipe grecque, la star n’est pas un attaquant virevoltant ou un milieu raffiné. Non, la star c’est l’équipe, comme si l’esprit des phalanges d’Alexandre habitait encore l’esprit de nos amis hellènes (mais je m’enflamme). Alors nécessairement, quand un joueur grec part à l’étranger, il a du mal à s’adapter à un autre état d’esprit, ce qui est renforcé par le sentiment, qu’ont parfois les Grecs, d’avoir toujours raison et de ne pas avoir besoin de se remettre en question (cela n’est pas un jugement de valeur).

Place aux choses sérieuses et à ce petit panorama des joueurs grecs ayant évolué dans les divisions professionnelles anglaises depuis 1993.

Années 1990

Giorgos Donis « prota» : le premier

En 1996, Giorgos Donis débarque à Blackburn, lançant ainsi notre saga. Né en Allemagne, Giorgos débute en pro, en tant que milieu de terrain, au PAS Giannina, surnommé « l’Ajax de l’Épire ». Au bout d’une saison, il rejoint les rangs du Panathinaïkos et va véritablement impressionner la scène footballistique grecque. En 5 saisons, il prendra part à 107 matchs et inscrira 31 buts. Cerise sur le gâteau, il fait partie de ce magnifique Panathinaïkos, demi-finaliste de la Ligue des Champions 1996 (défaite 3/1 en cumulé face à l’Ajax, alors que le Pana avait été gagné à Amsterdam 0/1).

Ses performances ne passent pas inaperçues et c’est donc Blackburn qui débourse environ 4 millions d’euros (un record pour le championnat grec) pour s’attacher ses services. Là-bas, Donis ne marque pas les esprits, après une saison compliquée et 22 matchs pour 2 buts, il quitte l’Angleterre et retourne en Grèce, à l’AEK Athènes. La première tentative de colonisation a donc été un bel échec. Or, Donis est un récalcitrant et l’Angleterre se rappelle à lui, à peine une saison après. En 1999, il signe pour Sheffield United, bien décidé à y faire son trou. Sept matchs (1 but) plus tard, il quitte le club et rejoint Huddersfield en deuxième division locale. Là-bas, il fait une saison honorable (20 matchs), mais ne marque pas une seule fois.

L’Angleterre n’était visiblement pas faite pour lui, il décide de repartir à l’AEK Athènes, où il termine sa carrière en 2001. Depuis, il a embrassé une carrière d’entraîneur, passant notamment sur les bancs de l’AEK Athènes, de l’Atromitos Athènes ou du PAOK Salonique. Aujourd’hui, il entraîne l’APOEL Nicosie et est pressenti pour reprendre la sélection nationale grecque après le Mondial.

Le bilan anglais de Giorgos Donis :

- Blackburn Rovers (1996-1997) : 22 matchs, 2 buts

- Sheffield United (1999) : 7 matchs, 1 but

- Huddersfield Town (1999-2000) : 20 matchs

Danser le sirtaki et en même temps frapper dans un ballon n'est pas chose facile

Danser le sirtaki et en même temps frapper dans un ballon n'est pas chose facile

Nikos Dabizas « átukhos » : le malchanceux ;  et Giorgos Georgiadis « caeroscopicόs » : l’opportuniste

Aucun fan de Newcastle ne peut oublier Nikos Dabizas. D’ailleurs, aucun fan de Sunderland non plus. Par contre, Georgiadis ne peut pas en dire autant.

Né à Amintayo, au nord-ouest de la Grèce (en Macédoine, pas le pays, la région), Dabizas débute à 18 ans au Pontioi Verias, en 3ème division grecque. Il y restera 3 saisons, avant de se faire remarquer et de signer pour l’Olympiakos. Au Pirée, il réalise 4 grandes saisons, remportant deux fois d’affilée le titre de champion. En 1998, Newcastle flaire la bonne affaire et débourse 2 millions de livres pour faire signer le défenseur central.

Dans le nord de l’Angleterre, il s’impose très vite comme un titulaire inamovible. Son contrat qui devait prendre fin en 2002, est d’ailleurs prolongé jusqu’en 2004. L’ami Nikos n’a pourtant pas tellement de chance, participant à deux finales de Cup,1998 et 1999, mais n’en remportant aucune. En 2002, alors que Newcastle se déplace à Sunderland, il place un coup de tête victorieux dans la surface des « Black Cats ». Le score ne bougera plus et Dabizas deviendra par la même occasion une légende. Les supporters de Newcastle lui écrivent même une petite chanson :

« Who needs Wayne Rooney, when weve got Dabizas »

À l’été 2003, il souhaite aller voir ailleurs et dispose de l’accord de Newcastle. Manque de chance, il est victime d’un accident de la route et doit ronger son frein pendant 6 mois. En janvier 2004, il accepte la proposition de Leicester et quitte Newcastle. À nouveau, la chance le fuit, sa nouvelle équipe étant reléguée. Heureusement pour lui, Otto Rehhagel ne l’oublie pas et le sélectionne pour l’Euro 2004. Il finira champion d’Europe, mais ne prendra pas part à une seule minute de jeu, la faute à une blessure contractée juste après l’officialisation de la liste.

Alors qu’il peut quitter Leicester, en vertu d’une clause dans son contrat, il préfère rester afin d’aider le club à retrouver l’élite. Peine perdue, malgré deux buts à son actif, Dabizas et Leicester terminent la saison à une piètre 15ème place.

À 32 ans, il décide de retourner en Grèce et rejoint Larissa, ville coincé entre Athènes et Thessalonique. Il y jouera saisons saison, disputant 178 matchs et inscrivant 5 buts. Surtout, il y gagne une Coupe de Grèce, participera à la Coupe UEFA et éliminera Blackburn (3/2 sur les deux matchs, avec notamment un but de l’ancien Toffee Ibrahima Bagayoko).

En 2011, il prend sa retraite et devient directeur technique du Panathinaïkos, ne s’embarrassant pas de la rivalité entre les deux clubs.

Nikos, je crois que Laurent Robert veut ton corps.

Nikos, je crois que Laurent Robert veut ton corps.

Pour Georgiadis, dire que son passage en Angleterre se résume à une feuille blanche serait quelque peu exagéré. Non, en disputant 10 matchs avec Newcastle, Georgiadis a fait aussi bien que Stéphane Guivarch. Bon, en vrai il n’a pas été aidé par la concurrence de Gary Speed. Ses performances anglaises ne l’empêcheront toutefois pas d’être sacré champion d’Europe quelques années plus tard, bien aidé par son parcours dans différents clubs grecs comme le Panathinaïkos, l’Olympiakos ou le PAOK Salonique. Au final, s’il avait pu revenir en Angleterre via Sunderland, il l’aurait fait. Le mec a quand même joué au Panathinaïkos pendant 6 saisons, puis chez les rivaux du PAOK Salonique, pendant 4 saisons, avant de signer chez les rivaux de l’Olympiakos pour 2 saisons. Après l’Olympiakos, il rejoint l’Iraklis Salonique, club rival du PAOK Salonique, club qu’il rejoindra une nouvelle fois une saison plus tard. Bref, si l’ami Georgiadis a fait une piètre carrière en Angleterre, il peut toutefois ambitionner de reprendre le rôle de Bernard Kouchner au cinéma.

Giorgos Georgiadis rarement sur un terrain, souvent dans les gradins

Giorgos Georgiadis rarement sur un terrain, souvent dans les gradins

Le bilan anglais de Nikos Dabizas :

- Newcastle United (1998-2004) : 130 matchs, 11 buts

- Leicester City (2004-2005) : 51 matchs, 1 but

Le bilan anglais de Giorgos Georgiadis :

- Newcastle United (1998-1999) : 10 matchs

Vassilis Borbokis « motopodí̱lato » : la mobylette ; et Traianos Dellas « paidi » : l’enfant

En voilà un, qui au niveau de la réussite de son aventure anglaise, se situe à mi-chemin entre Donis et Dabizas. En 1997, âgé de de 28 ans, Borbokis débarque à Sheffield United contre 1 million de livres, pour occuper le flanc droit de la défense. Lors de son premier match, face à Sunderland, il délivre une passe décisive (sur un magnifique coup franc) et ouvre son compteur but.

http://www.youtube.com/watch?v=aJZ-thRITFQ

L’adaptation est totalement réussie, le joueur participe à 56 matchs (championnat et coupe), marque 6 buts et se qualifie avec son équipe pour les barrages d’accession en Premier League, ainsi que pour les demi-finales de la Cup. Sheffield se retrouve alors face à Sunderland. Le match aller se joue à Bramall Lane et très vite, Sunderland ouvre la marque par l’intermédiaire de Kevin Ball. À l’heure de jeu, le Brésilien Marcelo égalise et à la 76ème minute, c’est Borbokis qui inscrit le but de la victoire. Blessé, il ne peut pas prendre part au match retour et le natif de Serres assiste, depuis les tribunes, à la défaite 2/0 de ses coéquipiers.

À la fin de la saison, Steve Bruce arrive aux commandes de Sheffield et indique à Borbokis qu’il peut aller se faire voir chez les Grecs. Ce dernier accepte la décision de son manager, mais décide de rester en Angleterre et de s’engager avec Derby County. Borbokis ne parvient pas à y faire son trou et repart 6 mois après pour le PAOK Salonique.

Il continuera sa carrière pendant 5 saisons (PAOK, AEK Athènes et Anorthosis Famagouste) avant de prendre sa retraite. Depuis 2013, il est revenu à l’AEK Athènes en tant qu’entraîneur adjoint de Traianos Dellas, afin d’aider son club favori à retrouver la Super League.

Si l’on ne considère que la saison effectuée à Sheffield, l’aventure anglaise de Borbokis est un véritable succès. Un forum de supporters du club l’a d’ailleurs élu, deuxième meilleur joueur étranger de l’histoire du club, derrière le Norvégien Fjortoft, mais devant le Sud-Africain Ndlovu.

Son compatriote Dellas, arrivé la même année, n’aura pas laissé la même trace. Il faut dire que le défenseur central était un poil plus jeune, puisqu’âgé de seulement 21 ans. Une vingtaine de matchs en deux saisons, mais trois buts qui restent malgré tout dans la mémoire des supporters de Sheffield. Face à Tranmere, il rentre en jeu alors que son équipe perd 0/2. Il marquera un doublé, permettant à Sheffield de s’imposer 3/2. Plus tard, face à Portsmouth, pris d’un coup de génie, il s’élance des 30 mètres et inscrit le but de la victoire 2/1.

À part ça, pas grand-chose à signaler, il repartira en Grèce en 1999, plus précisément à l’AEK Athènes, qui devait avoir pas loin de 50 joueurs sous contrat à l’époque. Il tentera sa chance en Italie, avec Pérouse (2001/2002), puis avec la Roma (2002/2005), mais finira par revenir à l’AEK pour y finir sa carrière en 2012 (si l’on excepte deux saisons à Famagouste).

En avril 2013, à 2 journées de la fin, il remplace l’Allemand Lienen sur le banc de l’AEK pour tenter de sauver le club. Le miracle n’aura pas lieu, mais il est encore sur le banc à l’heure actuelle et est bien parti pour retrouver l’élite.

Les Anglais avaient Beckham, Borbokis était considéré comme le sex symbol grec

Les Anglais avaient Beckham, Borbokis était considéré comme le sex symbol grec

Le bilan anglais de Vassilis Borbokis :

- Sheffield United (1997-1998) : 56 matchs, 6 buts

- Derby County (1998-1999) : 16 matchs

Le bilan anglais de Traianos Dellas :

- Sheffield United (1997-1999) : 26 matchs, 3 buts

Thodoris Zagorakis « kapetànios » : le capitaine

Le capitaine de la sélection grecque à l’Euro 2004 a bien évolué en Angleterre. C’était en 1998, pendant deux saisons et sous le maillot de Leicester.

Star en Grèce et icône avec le PAOK Salonique, Zagorakis décide de tenter l’aventure anglaise, convaincu par le discours de Martin O’Neill. En deux ans, il disputera 50 matchs, marquera un but fantastique face à Manchester United et participera, quoique participer est un bien grand mot, à deux finales de League Cup. En 1999, Leicester se retrouve face à Tottenham, Zagorakis entre à la 90ème minute. Quelques instants plus tard, Allan Nielsen catapulte le ballon dans les cages de Kasey Keller. La poisse. Un an plus tard, l’an 2000, malgré les prévisions de Paco Rabanne, l’humanité n’a toujours pas disparu et Leicester se retrouve une nouvelle fois en finale de League Cup, mais face à Tranmere. Une nouvelle fois, Zagorakis assiste depuis le banc à cette finale. Sauf que cette fois, il ne rentrera pas, mais verra la victoire de son équipe (2/1).

http://www.youtube.com/watch?v=W6F60RCmFBY

En vrai, Zagorakis est à bout. Lui, le capitaine de la sélection grecque, l’idole de Salonique, se retrouve sans arrêt sur le banc, alors que son entraîneur lui avait déclaré toute sa confiance. Sitôt le marché des transferts ouvert, il décide de quitter le club et de repartir en Grèce, à l’AEK Athènes.

Par la suite, il profitera de la victoire à l’Euro pour faire une pige en Italie, du côté de Bologne. Malheureusement, l’équipe se retrouve reléguée et licencie Zagorakis, car incapable de payer son salaire. Celui-ci en profite pour revenir en héros à Salonique où il finira sa carrière en mai 2007. Un mois plus tard, il annonce qu’il devient président de son club de cœur, afin de l’aider à sortir d’une situation financière que ne renierait pas Portsmouth. Amenant un bon paquet d’investisseurs, ainsi que facilitant la mobilisation des fans, il améliore la situation du club, avant de laisser, à la surprise générale, sa place à Zizis Vryzas.

Texas Ranger

Texas Ranger

Le bilan anglais de Thodoris Zagorakis :

- Leicester City (1998-2000) : 50 matchs, 3 buts

Années 2000

Efstathios Tavlaridis « o tàvros » : le taureau

Si la Grèce a formé bon nombre de poètes, elle a aussi sorti Stathis Tavlaridis. Mélange entre le Minotaure et un Spartiate (AOUH), il débarque à Arsenal en 2001 en provenance de l’Iraklis Salonique. Considéré comme un diamant brut par Wenger, il avait tout de la brute, mais rien du diamant. L’Alsacien le comprend très vite, puisqu’il lui laissera les matchs de coupe et ne le titularisera qu’une fois en championnat. En 2003, il se retrouve prêté à Portsmouth, mais la magie ne prend pas non plus, 4 petits matchs et Tavlaridis retourne à Londres. Wenger commence à se dire qu’il s’est vraiment planté et puis Claude Puel passe un coup de téléphone. Il cherche un joueur capable de faire stadier si nécessaire. Tavlaridis arrive en prêt dans le Nord et bizarrement, il s’adapte plutôt bien, y restant 4 saisons. En 2007, il se laisse convaincre par Alain Perrin (déjà ça part mal) et signe pour Saint-Etienne. Trois saisons plus tard il repart en Grèce, à Larissa, puis à Heraklion avec l’OFI Crète, avant de se retrouver à l’Atromitos Athènes où il sévit encore aujourd’hui.

Fallait pas l'énerver aussi. Quelle idée de se promener en rouge...

Fallait pas l'énerver aussi...

Le bilan anglais d’Efstathios Tavlaridis :

- Arsenal (2001-2004) : 1 match

- Porstmouth, en prêt (2003) : 4 matchs

Angelos Basinas « kourasmenos » : le cramé

Lorsque Basinas arrive à Portsmouth, il a 33 ans et sort d’une saison personnellement peu convaincante avec l’AEK Athènes. À Portsmouth il a toute la confiance de Tony Adams, sauf que pas de chance, ce dernier se fait virer quelques heures seulement après le premier match de Basinas. Arrive alors Paul Hart, qui ne fait pas du tout confiance au Grec. Hart sauve Portsmouth, puis quitte le club en juillet, remplacé par Avraam Grant, ce qui incite Basinas à rester. Grant sera plus cool avec Basinas, lui permettant de jouer pas mal de matchs, il faut dire que le Grec était apprécié dans les tribunes de Fratton Park. Un sondage fait par un groupe de supporters, indiquait qu’ils n’étaient que 2 % à vouloir le voir partir, alors que 77 % estimaient qu’il apportait quelque chose à l’équipe. Son aventure anglaise se termina par une finale de Cup perdue face à Chelsea, qu’il n’eut pas le plaisir de disputer.

Après les Tavlaridis, Chalkias et Gekas, Basinas fut le dernier grec à porter le maillot de Pompey. Disons qu’ils n’étaient pas les meilleurs ambassadeurs du foot hellénique.

Il tentera pas la suite de se relancer en France avec Arles-Avignon, disputera 5 matchs et résilia son contrat. Une fin de carrière chaotique pour un joueur longtemps capitaine de la sélection grecque, après la retraite de Zagorakis, et sélectionné 100 fois.

Il voulait juste rendre service à Portsmouth et voilà, carton rouge.

Il voulait juste rendre service à Portsmouth et voilà, carton rouge.

Le bilan anglais d’Angelos Basinas :

- Portsmouth (2009-2010) : 17 matchs

Kostas Chalkias « antikathistontas » : le remplaçant

Chalkias, c’est l’histoire d’un gardien qui avait été pris pour renforcer le secteur défensif de Portsmouth et qui s’est révélé être d’une nullité extrême. En janvier 2005, alors qu’il est une valeur sûre du championnat grecque depuis deux ans, Chalkias quitte l’Iraklis Salonique et rejoint Portsmouth afin de remplacer un Jamie Ashdown particulièrement décevant. À peine 5 matchs plus tard, il est écarté au profit de … Ashdown. L’été suivant, le club recrute Sander Westerveld et Chalkias comprend que ça commence sérieusement à sentir la feta. En janvier 2006, il parvient à quitter le club et à rejoindre Murcie, où il ne sera pas titulaire. Il n’y restera que 6 mois avant de partir pour l’Aris Salonique, puis pour le PAOK Salonique (le mec aura réussi à jouer pour les trois plus gros clubs de la ville et est toujours en vie) où il mettra un terme à sa carrière en 2012, à 38 ans.

Sa pige à Portsmouth résume parfaitement sa carrière. En 16 ans de carrière, il n’aura été titulaire que pendant 6 saisons, n ’atteignant même pas les 300 matchs en championnat.

Soudain, Chalkias se rend compte que la Premier League c'est vachement plus dur que la Super League.

Soudain, Chalkias se rend compte que la Premier League c'est vachement plus dur que la Super League

Le bilan anglais de Kostas Chalkias :

- Portsmouth (2005-2006) : 5 matchs

Theofanis Gekas « achrisimopiitos » : l’inutilisé

Une légende, mais à l’envers. Pourtant c’est l’un des meilleurs attaquants grecs de ces 20 dernières années. Remontons à la période 2005/2007, le joueur a 25 ans et évolue au Panathinaïkos. En 2006 Bochum, alors en deuxième division allemande, souhaite le prendre, sauf que trop cher. Un an plus tard, le Panathinaïkos, fait signer Dimitris Salpingidis, l’attaquant star du PAOK Salonique. Normalement, Gekas aurait dû faire le chemin inverse, mais il refuse. Du coup, bras de fer et Bochum qui revient à la charge pour le prendre en prêt.

Une fois arrivé en Allemagne, Gekas se met à scorer but sur but et termine la saison avec 20 buts, Leverkusen est alors vivement intéressé par le profil de Gekas. Se monte alors un montage financier assez compliqué à comprendre. Gekas était prêté à Bochum, avec une option d’achat de 700 000 euros. Du coup, Leverkusen a payé 700 000 euros au Pana, puis a versé 1,5M d’euros à Bochum, avec l’obligation de redonner 4M si jamais Bochum parvenait à se maintenir une nouvelle fois (ce qui arriva).

Sa première saison à Leverkusen est en deçà des attentes, avec seulement 11 buts. Sa deuxième saison démarre encore moins bien, avec deux petits buts à la trêve. Le joueur veut partir et Portsmouth flaire la bonne affaire. Le 2 février 2009, le même jour que Basinas, Gekas est officiellement prêté à Pompey pour 4 mois. Tony Adams est alors très optimiste à son sujet et annonce même vouloir le signer définitivement. Quelques jours après, Adams est viré, et Hart arrive. Pas du tout le même son de cloche, Gekas ne joue pas et n’est même pas sur la feuille de match. Le 11 avril, événement, on joue la 92ème minute et Hart le fait rentrer à la place de Pennant.

Fin mai, il décide de résilier son contrat avec Portsmouth et quitte le club avec une minute de jeu dans les pattes.

Après être revenu en Allemagne (Leverkusen, Berlin, Francfort), être passé par l’Espagne (Levante), il joue depuis 2012 en Turquie à Konyaspor, devenant un des rares Grecs à avoir évolué en Turquie.

Gekas ne renforce pas du tout le cliché de l'homosexualité chez les Grecs.

Gekas ne renforce pas du tout le cliché de l'homosexualité chez les Grecs.

Le bilan anglais de Theofanis Gekas :

- Portsmouth (février—mai 2009) : 1 minute

Stelios Giannakopoulos « marathonodromos » : le marathonien

La terreur des floqueurs de maillot. Le petit chauve aura pendant cinq saisons arpenté le couloir gauche de Bolton, devenant une véritable légende au club. En 2003, alors qu’il a déjà 29 ans, Allardyce le fait signer à Bolton « car il sait comment marquer ». En effet, la feuille de stats de Stelios est jusque-là sympathique, avec 64 buts en 190 matchs pour l’Olympiakos, pas trop mal pour un ailier.

Sa première saison sous la liquette des Trotters est moyenne. Si le joueur dispute une trentaine de matchs, il ne marque que deux fois. Les deux saisons qui vont suivre seront largement supérieures. En 2004/2005, il prend part à 34 matchs de championnat et score sept fois. Sous son impulsion, Bolton termine à une très belle 6ème place, se qualifiant du même coup pour la Coupe UEFA et ne manquant la 5ème place qualificative pour les qualifications de Ligues des Champions que de 4 buts.

Une saison plus tard, il bat son record de deux unités, le portant à 9 réalisations. Sur la scène européenne, il participe à six matchs et marque un but. En championnat, Bolton confirme et se classe 8ème (56 points).

En 2006/2007, il est frappé par plusieurs blessures et ne peut participer qu’à 23 matchs de championnat, sans jamais parvenir à trouver le chemin des filets. Bolton finit tout de même par se qualifier à nouveau en Coupe de l’UEFA, en terminant 7ème (56 points).

Sa dernière saison avec Bolton est également tronquée par les blessures. Stelios ne joue que 15 matchs de championnat pour deux buts, mais participera à 8 matchs de coupe d’Europe, marquant une fois. À la fin de la saison, âgé de 34 ans, il souhaite revenir à l’Olympiakos pour y terminer sa carrière, mais le club du Pirée ne se montre pas intéressé. Ce n’est pas le cas de Phil Brown qui voit en Giannakopoulos un bon moyen d’apporter de l’expérience à son Hull City et le signe pour un an.

Malheureusement, le joueur n’arrivera jamais à se débarrasser de ses blessures et ne prendra part qu’à deux rencontres de championnat.

Six mois après son arrivée, il quitte Hull et rejoint Larissa, pour 1 an et demi. Ses premiers matchs sont très encourageants, puisqu’il marque 3 fois lors de ses 4 premiers matchs. Finalement, grâce son apport, Larissa parvient à accrocher une place en Ligue Europa.

Sa deuxième saison avec le club grec est moins réussie. À nouveau gêné par des blessures, ils entrent en conflit avec la presse sportive grecque, qu’il accuse de ne pas être juste avec Larissa. En décembre, il annonce qu’il met fin à sa carrière, à l’âge de 35 ans.

Cinq années de PL ça te change un homme. Il arrive il est Grec, il repart il est Ecossais.

Cinq années de PL ça te change un homme. Il arrive il est Grec, il repart il est Ecossais.

Le bilan anglais de Stelios Giannakopoulos :

- Bolton (2003-2008) : 137 matchs, 20 buts

- Hull (2008- janvier 2009) : 2 matchs

Kostas Konstantinidis « phantamasticos » : le fantôme

Né en Allemagne, Konstantinidis démarre sa carrière à Pierikos. Ses bons débuts le font remarquer par l’OFI Crète, puis par le Panathinaïkos. À Athènes, il va signer deux grosses saisons depuis sa position de défenseur central, tant et si bien que le Herta Berlin se porte volontaire pour l’accueillir contre 1,3 million d’euros. Ses deux premières saisons sont prometteuses, mais la troisième démarre plutôt mal. Le joueur veut donc aller voir ailleurs et Bolton croit flairer le bon coup et l’enrôle en prêt pour 6 mois.

Le joueur ne s’adaptera jamais à la vie en Angleterre et encore moins au football anglais. Il n’apparaîtra sur les pelouses anglaises qu’à deux reprises, puis repartira en Allemagne, du côté d’Hannovre, puis de Cologne. En 2006, il repart à l’OFI Crète, mais terminera sa carrière à Chypre, du côté du Nea Salamis Famagouste.

Pour l’anecdote, en 2003, alors qu’il est régulièrement appelé en équipe nationale (38 sélections depuis 1995), Konstantidinis décide de mettre fin à sa carrière internationale. Soit un an avant le sacre au Portugal, c’est couillon.

En voyant Bolton, Konstantinidis décida tout simplement de repartir directement en Allemagne

En voyant Bolton, Konstantinidis décida tout simplement de repartir directement en Allemagne

Le bilan anglais de Kostas Konstantinidis :

- Bolton (2002) : 3 matchs

Vassilis Lakis « grêgora » : le rapide

Lakis c’est le même profil que Giannakopulos, sauf que c’était plutôt sur l’aile droite qu’il sévissait.

Après deux saisons dans le modeste club de Panileiakos, Lakis fait le grand saut et rejoint l’AEK Athènes. Pendant six saisons, il va ambiancer le couloir droit à grands coups d’accélérations supersoniques, y disputant 145 matchs pour 37 buts.

En 2004, après avoir remporté l’Euro, Lakis est prêté pour une saison à Crystal Palace alors en Premier League. Il ne laissera pas beaucoup de souvenir aux supporters du club, ne jouant que 10 matchs. Malgré tout, s’il ne devait en rester qu’un, ce serait celui du match face à Arsenal, le 6 novembre 2004. À la 63ème minute, Henry ouvre le score, mais deux minutes plus tard, Aki Riihilahti égalise. Palace pousse, centre en retrait, Lakis est seul à 3 mètres de la ligne de but, mais il trouve le moyen de ne pas cadrer. À la fin de la saison, Palace est relégué et Lakis repart à l’AEK, sans jamais redevenir le joueur qu’il était avant son transfert en Angleterre.

Lakis, dans une épatante imitation de l'avion qui va se crasher

Lakis, dans une épatante imitation de l'avion qui va se crasher

Le bilan anglais de Vassilis Lakis :

- Crystal Palace (2004-2005) : 10 matchs

Georgios Samaras « elpida » : l’espoir

En 2000, à tout juste 15 ans, Heerenveen va chercher Samaras dans sa Crète natale. Deux ans plus tard, le jeune attaquant grec débute en Eredivisie et marque trois fois lors de ses quatre premiers matchs. Il finit par s’imposer dès l’année suivante, disputant 27 matchs et marquant 4 buts.

En janvier 2006 et après 88 matchs pour 25 buts, Samaras rejoint Manchester City contre 6 millions de livres. Lors de sa première demi-saison, il marque 4 buts en 14 matchs. Les observateurs qui voyaient en lui un futur « top-player » sont déçu par sa seconde saison, où il ne marque que 4 buts en 34 matchs. Résultat, le joueur est en manque de confiance et le club n’a plus vraiment envie de le voir dans son effectif. En janvier 2008, il part en prêt pour 6 mois chez les Celtic Glasgow et fera une demi-saison convaincante, 16 matchs et 5 buts. Tellement convaincante pour faire dépenser 2 millions de livres au Celtic.

Le joueur est alors en pleine confiance et va claquer la meilleure saison de sa carrière avec 15 buts en 31 matchs. Depuis, Samaras est devenu une idole chez les fans des Celtic et a été repositionné avec succès à un poste d’ailier gauche, où sa combativité fait des merveilles. Aux dernières nouvelles, il est fort probable que Samaras quitte les Bhoys à la fin de la saison, pour rejoindre Toronto et sa grosse colonie grecque.

Giorgos Samaras, tout simplement.

Giorgos Samaras, tout simplement.

Le bilan anglais de Giorgos Samaras :

- Manchester City (2006-2008): 54 matchs, 8 buts

Dimitrios Konstantopoulos « tychodiôctês » : l’aventurier

Après avoir débuté sa carrière dans divers clubs de secondes zones (Kalamata, Egaleo), le jeune gardien international espoir rejoint Farense au Portugal. Il n’y jouera pas un match, mais ses performances en équipe nationale espoir seront remarqué par l’entraîneur d’Hartlepool, Neale Cooper. Mis à l’essai, ses matchs avec la réserve et le départ du deuxième gardien, lui offre la possibilité de s’engager pour un an et demi avec le club. Il lui faudra un an pour prendre la place du gardien titulaire, Jim Provett, finissant même par être élu « Joueur de l’année » par les supporters du club.

En 2007, après 4 belles saisons sous le maillot des Pools, il s’engage avec Coventry City. Ses débuts sont convaincants, mais il disparaît petit à petit des écrans radars et finit par être prêté en 2008 à Nottingham Forest. Confiant, il se présente à son premier entraînement, mais subit une rupture du tendon d’Achille (obligatoire chez les Grecs). Retour à la case départ, puis nouveau prêt, à Swansea cette fois, pour un mois. Le club gallois est alors en Championship et Konstantopoulos doit remplacer le portier titulaire, De Vries, blessé à la jambe. En janvier 2009, Swansea fait de nouveau appel à lui, à nouveau pour un mois. Il ne jouera qu’une partie, le club gallois s’y prenant trop tard pour prolonger son prêt.

Ayant visiblement la cote au Pays de Galles, Konstantinidis rejoint Cardiff en prêt jusqu’à la fin de la saison, afin de suppléer Peter Enckelman et Tom Heaton. Lors de son neuvième match, face à Norwich, il fait une bourde qui permet aux Canaris d’ouvrir le score. Après cette défaite, le manager de Cardiff, Dave Mooney, engage Stuart Taylor et n’alignera plus jamais notre ami grec.

À son retour à Coventry, on lui signifie qu’il est licencié. Dimitrios rejoint alors Kerkyra (le club de Corfou) où il fait une saison pleine. Tellement pleine que l’AEK Athènes le choisit pour prendre la suite de Sebastian Saja. Malheureusement pour lui, il subit de plein fouet la crise financière du club athénien. Crise financière qui finit par se transformer en crise sportive, avec la relégation de mai 2013. Ne voulant pas poursuivre à l’AEK, il décide de résilier son contrat.

En août 2013, il s’engage pour six mois avec Middlesbrough et pourrait bien prolonger d’ici quelques jours.

C'est vrai que "Dimi" c'est tout de suite plus simple

C'est vrai que "Dimi" c'est tout de suite plus simple

Le bilan anglais de Dimitrios Konstantopoulos :

- Hartlepool United (2003-2007) : 117 matchs

- Coventry City (2007-2010) : 31 matchs

- Nottingham Forest, en prêt (2008) : 0 match

- Swansea City, en prêt (2008-2009) : 4 matchs ; et (2009) : 1 match

- Cardiff City, en prêt (2009) : 9 matchs

- Middlesbrough (depuis 2013) : 0 match

Sotiris Kyrgiakos « to thêrio » : la bête

Avec une défense Kyrgiakos-Tavlaridis, tu es tranquille, tu peux voyager même dans les coins les plus craignos au monde, ils t’assurent la sécurité d’après-match.

Kyrgiakos, c’est un mix entre Francis Lalanne et Zlatan Ibrahimovic. Un mec qui porte le catogan, tu as naturellement envie de le charrier. Pas Kyrgiakos.

Le brave Sotiris débute sa carrière au Panathinaïkos en 1998. Ses bonnes performances font que les Glasgow Rangers le font signer gratuitement en 2005. Un an plus tard, alors que les Rangers ne veulent pas vraiment le prolonger, Kyrgiakos dispose d’offres d’Everton, de Portsmouth, mais c’est finalement à Francfort que le Grec pose ses valises. Il y restera deux ans, avant de repartir pour le pays et l’AEK Athènes.

On est en 2009, le défenseur à 30 ans et sort d’une saison loin d’être grandiose avec l’AEK. Pourtant, Liverpool décide de le signer. Associé à Skrtel lors de sa première saison, il surprend en assurant l’essentiel. Il se signale notamment lors d’un derby de la Mersey en cassant la cheville de Marouane Fellaini. Ce geste lui vaudra un carton rouge, deux matchs de suspension, l’amour des supporters Reds et la haine des supporters Toffees. Sa deuxième saison est beaucoup moins bonne et le joueur disparaît peu à peu des feuilles de matchs.

En juillet 2011, Kyrgiakos repart en Allemagne, mais à Wolfsburg, où Felix Magath annonce qu’il « attend de lui un impact immédiat ». Six mois plus tard, en janvier 2012, le Grec revient en Premier League, du côté de Sunderland. Une demi-saison loin d’être influente dans la saison des Black Cats, puisque le joueur ne participa qu’à trois matchs.

Non je disais "Il est sympa ton catogan"

Non je disais"Il est sympa ton catogan"

Le bilan anglais de Sotiris Kyrgiakos :

- Liverpool (2009-2011) : 30 matchs, 3 buts

- Sunderland (janvier-mai 2012) : 3 matchs

Années 2010

Giorgos Karagounis « genicόs » : le général

Recordman des sélections en équipe nationale (131 matchs), Karagounis est certainement un des milieux de terrain les plus sous côtés du début du siècle. Suffisamment rare pour être dit, il n’aura porté les couleurs que d’un seul des gros clubs grecs, le Panathinaïkos.

Formé à l’Appolon Smyrni (fondé à Smyrne, puis délocalisé à Athènes suite à la guerre gréco-turque), Karagounis rejoint le Panathinaïkos en 1998. Il y restera 5 ans, disputant 118 matchs et marquant 25 fois. En 2003, premier tournant dans sa carrière, il rejoint l’Inter Milan et y restera deux saisons. S’il ne joue pas beaucoup, 21 matchs seulement, il deviendra très ami avec Moratti.

En 2005, il retourne sur les lieux du braquage grec de 2004 et signe au Benfica. Apprécié par les supporters du Benfica, mais détesté par les autres, il quitte le club en 2007, après 45 matchs et 3 buts.

À 30 ans, le voilà de retour au Panathinaïkos, décidé à y terminer sa carrière. En 2012, le joueur veut prolonger son contrat, mais pas le club. Ne voulant pas prendre sa retraite et sortant d’un Euro particulièrement réussi, Karagounis se négocie un dernier contrat avec Fulham. En 2013, alors que son contrat prenait fin en juin, le club lui propose une année supplémentaire.

Le voilà lié jusqu’en 2014, bien décidé à aider le club, basé à Craven Cottage, à se sauver.

L'amitié entre un Grec et un Bulgare finit toujours par donner du yaourt

L'amitié entre un Grec et un Bulgare finit toujours par donner du yaourt.

Le bilan anglais de Giorgos Karagounis :

- Fulham (depuis 2012) : 30 matchs, 1 but

Apostelos Vellios « o enkefalos » : le cerveau

Né à Salonique, Vellios débute à 16 ans en Super League avec l’Iraklis en 2008. Vite courtisé par les géants Olympiakos et Panathinaïkos, il reste dans son club formateur jusqu’en 2011, totalisant alors 21 matchs et 4 buts.

Son potentiel dépasse les frontières et c’est Everton qui le signe en janvier 2011 contre 250 000 livres. Débutant en réserve, il effectue sa première apparition trois mois plus tard, face à Aston Villa. Son premier but en équipe première interviendra en septembre 2011, face à Wigan. Couvé par Moyes, il impressionne face à Chelsea en marquant seulement 16 secondes après être entré en jeu. Souvent cantonné à l’équipe réserve, Vellios présente toutefois un ratio intéressant d’un but marqué toutes les 86 minutes de jeu. Attaquant complet, droitier, mais habile de sa tête, Vellios est vu comme un grand espoir du club.

Vellios se demandait souvent comment Anichebe pouvait être titulaire et pas lui.

Vellios se demandait souvent comment Anichebe pouvait être titulaire et pas lui.

Le bilan anglais d’Apostolos Vellios :

- Everton (depuis 2011) : 22 matchs, 3 buts

Charis Mavrias « o talantoúkhos » : le talentueux

Mavrias débute au Panathinaïkos en 2010. Il fait partie de cette génération « dorée » du football grecque, représentée par Ninis, Fetfatzidis ou encore Tatos.

Mavrias c’est un pur ailier, bon techniquement, qui a profité de la cure d’austérité du Panathinaïkos pour arriver en équipe première. En 2012, en marquant face à l’Olympiakos il devenait le plus jeune buteur de l’histoire des derbys entre le Panathinaïkos et l’Olympiakos. Après trois saisons, le jeune Mavrias totalisait 53 matchs de championnat, pour trois buts, mais également 11 matchs de coupe d’Europe et deux buts.

En août 2013, Sunderland, dans une optique de rajeunissement de son effectif, le fait signer. Ses débuts sont difficiles, la première division grecque ne reprenant que très tard en août, il manque de forme physique et ne prend part qu’à quatre matchs de championnat.

Grâce à Di Canio, Mavrias a pu perfectionner son levé de bras droit

Grâce à Di Canio, Mavrias a pu perfectionner son levé de bras droit

Le bilan anglais de Charis Mavrias :

- Sunderland (depuis 2013) : 4 matchs

Vangelis Moras « vouno » : la montagne

Né et formé à Larissa, Moras signe en 2003 avec l’AEK Athènes. Pendant 4 ans il assurera l’arrière-garde de l’Enosis avant de partir à la découverte de l’Italie et de Bologne.

Une nouvelle fois, il y restera quatre saisons, jouant 104 matchs et parvenant même à marquer un but.

En juillet 2011, le Panathinaïkos souhaite l’enrôler pour remplacer Jean-Alain Boumsong, mais l’intérêt ne sera jamais officialisé. Finalement, c’est Swansea qui récupère le beau bébé d’1m95, en se le faisant prêter pour trois mois.

Le 22 octobre 2011, il fait ses débuts avec le club gallois face à Wolverhampton (2/2). Ses débuts, mais aussi ses adieux, car plus jamais le joueur n’évoluera sous le maillot des Swans. En janvier 2012, son prêt n’est pas étendu et le joueur s’engage avec Cesena pour six mois.

Auteur de 15 matchs, son contrat n’est pas reconduit et il rebondit en Série B du côté de l’Hellas Vérone, club où il évolue toujours.

Le bilan anglais de Vangelis Moras :

- Swansea (octobre-décembre 2011) : 1 match

Moras félicité par ses partenaires. Non, attendez...

Moras félicité par ses partenaires. Non, attendez...

En espérant que cette lecture aura été instructive, je vous dit bonne année, à bientôt et athîo.

Didier Fecoidis

On ne présente plus le fil culte des Cahiers JRMV, ce repaire malsain du souvenir où de douteux hommages sont régulièrement rendus à ces étoiles filantes qui ont brièvement illuminé notre ciel footballistique avant d’exploser en vol. Et ben v’là sa version TK, sauce british évidemment.

C’est à l’Anglais Jason Lee que revient l’immense honneur d’inaugurer le Panthéon TK de ces carrières placées sous le signe de la « fall from grace ». Jason Lee est un ex-buteur (brièvement) vedette de Nottingham Forest dans les années 90 qui se perdit ensuite dans les tréfonds du foot anglais. Trajectoire banale me direz-vous. La raison de sa présence ici est ailleurs : Jason Lee est le seul footballeur au monde à avoir attribué l’échec de sa carrière prometteuse à sa coiffure. Et ça, c’est pas banal.

Tout pour réussir

Jason Lee naît paisiblement dans un quartier agité du sud de Londres en mai 1971, à un pouf de bulle savonnée d’Upton Park. Les Hammers n’en veulent pas mais Millwall et Charlton Athletic (D2) lui font les yeux doux. Ce sera Charlton.

Malgré ses qualités offensives, son engagement et sa carrure de déménageur de surface (1m91, 86 kilos), Lee ne perce pas chez les Addicks. En 1991, à 20 ans, il est vendu à Lincoln City (D4) où il se révèle : 21 buts en 93 matchs de championnat.

En 1993, rançon du succès, l’excentrique Barry Fry le fait venir à Southend United (D2) pour remplacer Stan Collymore, parti affoler les compteurs à Nottingham Forest. Chez les Shrimpers (Crevettiers), sans forcément déraciner les arbres, Lee fait son trou. Été 1994, une belle écurie de retour parmi l’élite après une saison en D2 l’acquiert, pour 200 000 £ : Nottingham Forest.

Le mythique Brian Clough a quitté le club un an auparavant et cela vaut mieux pour le bon Jason : jamais le « traditionnaliste » Cloughie ne l’aurait laissé pénétrer dans le temple Forest avec sa protubérance xérophyte plantée sur le crâne. Car, un an après son arrivée, Jason adoptera une coupe de cheveux des plus fantasques : une coiffure « ananas ».

Le classieux effectif du promu Forest (Stuart Pearce, Scot Gemmill, Kevin Campbell, Stan Collymore, Steve Stone, Bryan Roy, etc.) sort une saison 1994-95 de feu en Premier League : 3è et qualification pour la C3. Lee a surtout joué les bouche-trous mais le départ de Collymore pour Liverpool à l’été 1995 va lui permettre de faire fructifier son capital. Il a 24 ans et une belle carrière devant lui. En principe.

Le chant qui fait déchanter

En 1995-96, à la faveur d’un superbe début de saison (6 buts en 11 matchs), il devient un cult hero au City Ground. Tout baigne pour Jason qui rêve de consécration nationale avec Forest, 3è début novembre. Toutefois, quelques chants de tribunes et moqueries à son égard l’ébranlent. Certains supporters Reds le surnomment désormais Jason “Pineapple Head” Lee et les fans adverses le chambrent avec jubilation. Il commence à gamberger.

Désormais, quand Jason est dans les parages, tous les stades anglais résonnent du chant « He’s got a pineapple on his head », entonné sur l’air de « He’s Got the Whole World in His Hands », chanson américaine popularisée en Angleterre à la fin des Fifties, puis reprise (en l’adaptant) par les joueurs de Forest eux-mêmes en 1978, quelques mois avant le seul titre de champion d’Angleterre du club et les triomphales campagnes européennes de 1978 à 1980.

Tout cela aurait pu s’arrêter là, aux travées des stades anglais, et l’on se serait contenter d’ajouter un tableau truculent à la riche fresque du folklore footballistique britannique. Mais une émission de télé va venir bouleverser l’univers de Jason Lee et propulser le Londonien de la simple popularité gérable à la stratosphère de la notoriété déstabilisante (et, ce faisant, causer sa perte sportive, selon lui).

En effet, avec ces sombres Eighties désormais loin dans le rétroviseur et la Premier League lancée comme un TGV, le milieu des Nineties signale l’apparition d’émissions de football d’un type nouveau à la télévision. Celles-ci sont humoristiques, irrévérencieuses, débridées, parfois improvisées et surfent sur le zeitgeist du laddism (jeunes déconneurs attardés), telles Under the Moon et surtout Fantasy Football League.

L’émission qui allume la mèche

FFL est une émission très décalée qui s’est fichée de manière fracassante dans la petite lucarne un an plus tôt. Animée par un célèbre duo comique à l’esprit potache et l’imagination fertile, David Baddiel et Frank Skinner, elle sera diffusée de janvier 1994 à mai 1996 chaque vendredi soir après 23 h 30, à l’heure où les lads rentrent bourrés du pub. Jetez un œil sur ces deux extraits décapants : Jason Lee et Frank Clark (alors manager de Forest) et La revanche de Jason Lee.

L’avant-centre va alors voir ses rêves de gloire s’envoler dans l’enfer infrutescent qu’il s’apprête à vivre. Baddiel et Skinner font de lui l’une de leurs « mascottes » fétiches. Ils déclinent la coupe ananas sous tous ses angles, n’oubliant pas de tacler Jason Lee dès que ses performances manquent de pulpe (voir ces compilations). Lee se plaint ouvertement du rôle d’emblème souffre-douleur que l’émission lui colle (il parle de « vendetta » contre lui), estimant que cet acharnement fruto-sadique lui fait perdre ses moyens.

Le pire est cependant à venir. La pineapple fever met le feu à la région de Nottingham et au-delà. Le sujet enflamme les phone-ins des radios locales et cette foutue pineapple mania annonce un déchaînement fruitier irrationnel. Les boîtes du coin organisent des « soirées ananas », les médias se l’arrachent et campent devant chez lui (et sa famille), les grosses sociétés de fruits et légumes veulent lui faire tourner des publicités, le Télématin anglais en fait son idole, l’animateur vedette Chris Evans lui déroule le tapis rouge et les émissions foot radio & TV ne se lassent pas de nous servir du Jason Lee, l’homme-ananas qui plante. De moins en moins d’ailleurs.

Le jusqu’au-boutisme fruitier fait une victime

Tout s’accélère en 1996. En cette année d’Euro anglais (et apogée de l’ère lad), le show Baddiel-Skinner est devenu très populaire et la fixette Jason Lee croît, naturellement, sans pesticides. La culture intensive vire à l’obsession pour les deux comiques qui ne font pas un show sans un sketch où l’attaquant est ridiculisé. Le délire monoïdéique des deux empêcheurs-de-vendanger-en-rond va bien au-delà de la simple mise en boîte (d’ananas ?) : ils ont développé une vaste thématique Jason Lee. Tels deux lourdingues d’obédience jackassienne résolus à pousser le bouchon toujours plus loin, ils encouragent activement les téléspectateurs à envoyer photos ou clips en rapport avec l’ananas, ce que ces derniers font sans se faire prier. La BBC recevra mensuellement 200 lettres avec photos d’ananas utilisés dans toutes sortes de situations loufoques.

En mai 1996, Jason Lee craque : il se fait couper les dreadlocks les plus célèbres du foot et pose dans le Sun pour officialiser sa renaissance. Baddiel et Skinner reprennent le surnom que Lee s’est lui-même donné pour célébrer sa boule à zéro : Kiwi Head. Mais la plaisanterie a assez duré et l’émission s’arrête juste avant l’Euro, victime de complications judiciaires (menaces de poursuites) et d’une certaine aseptisation - ou professionnalisation, c’est selon - du paysage télévisuel.

Saison 1996-97, la méforme s’éternise pour Jason Lee (2 buts en 17 matchs). Sur l’année 1996, il n’a marqué que 3 fois en 25 matchs. Il maintient dans la presse que tout ce barnum est responsable de son long passage à vide et que cette foutue FFL a « bousillé sa carrière ». Début 1997, Lee est prêté en D2. Puis, fin mai 1997, tel un vulgaire fruit trop mûr, il est bradé, au prix coûtant. A 26 ans, Jason Lee quitte Forest et les feux de la Premier League, conscient que son heure de gloire s’est volatilisée, définitivement.

La suite aura un goût amer pour notre footeux amateur de broméliacées. Les 30 000 spectateurs d’un City Ground en liesse scandant son nom seront vite remplacés par les dogfights de la D4, disputés devant une poignée de surexcités qui ne manqueront pas de lui rappeler la douloureuse époque fruitière.

Le temps des regrets

Après une brève fulgurance à Watford (D3) en 1997-98 (11 buts et montée du club d’Elton John en D2), Lee sombrera dans l’anonymat de la Football League. Jason s’est vidé de son jus. Des problèmes avec Graham Taylor le feront atterrir à Chesterfield (D3) où la source se tarit (1 but en 28 matchs). Suivra une succession de contrats alimentaires et destinations obscures dix ans durant, jusqu’à l’orée de ses 40 printemps.

Le journeyman Jason Lee, 18 clubs en 22 saisons professionnelles (125 buts en 634 matchs), est persuadé d’avoir raté le coche à cause d’un catogan mal ficelé. D’aucuns trouvent l’argument capillotracté mais pour Jason, c’est clair, ce fut la coupe de trop. Sur cette folle période 1995-97, il déclarait dans une interview de la BBC en 2007 :

« Tout cela m’a beaucoup affecté, les chants, les moqueries, etc. Le truc a pris une ampleur démente, ça n’arrêtait pas, ma famille en a souffert, et ça a atteint son apogée pile au moment où je connaissais une baisse de forme [1996]. Quand tout ça a commencé, ça m’était égal, mais dès que l’entraîneur ne m’a plus titularisé, ça s’est compliqué. J’ai eu l’impression que le club était de plus en plus gêné par cette situation. [...].

J’ai le sens de l’humour, mais là, j’ai pris ça comme une attaque personnelle, en plus, avec tout ce que mes amis et ma famille devaient endurer au stade, ça m’a fait encore plus perdre mes moyens. Eux-mêmes, ça les a affectés, et ils étaient constamment sur la défensive. Je n’ai jamais rencontré Baddiel et Skinner, mais j’ai quand même pris ma revanche. Lors d’un match contre Chelsea, j’ai marqué le but égalisateur à Stamford Bridge, et je sais que Baddiel [supporter de Chelsea] était dans les tribunes ce jour-là. Ça m’a tellement euphorisé que j’ai fait durer les célébrations ! »

D. Baddiel et F. Skinner aujourd'hui, la cinquantaine épanouie

Baddiel et Skinner aujourd'hui, un poil plus mûrs

Baddiel et Skinner diront, bien plus tard, regretter leurs puérilités confinant au harcèlement moral. Ce dernier expliquera : « Se foutre de Gazza ou Peter Beardsley comme on le faisait, c’est une chose. Ces joueurs étaient extrêmement talentueux, avaient une énorme confiance en eux et se fichaient pas mal de la critique au fond. Mais Jason Lee était peut-être trop juste pour la Premier League. Il est possible que nos moqueries aient ravivé chez lui une certaine fragilité au point de le faire douter. »

Aujourd’hui, après une formation de journaliste et d’entraîneur (il anime actuellement des écoles de foot pour jeunes), l’attachant Jason Lee n’a plus à se préoccuper de sa tignasse : il a la coupe Kojak. Avec sûrement des regrets au niveau du timing. Ah, si seulement il avait pu être chauve à 24 ans…

Kevin Quigagne.

On déflore l’année avec les dix trucs qu’on aimerait ne plus jamais revoir sur les terrains anglais en 2014.

Nous revoilà après des vacances footo-sociologiques à Hull. Quelle ville mes enfants. Dans les pubs et centres de réadaptation à la vie normale, on a rencontré un tas de traumatisés des tribunes, des rescapés de la grande époque « centres au quatrième poteau » de Bernard Mendy et mitraillages tous azimuts d’Altidore. Témoignages poignants, les mecs cauchemardent toujours, on vous racontera ça un jour dans un Exclusif.

Avant d’envoyer du lourd très sérieux bientôt (eine kolossal dossier sur l’histoire du foot noir britannique), on démarre l’année dans la frivolité et les ronchonnades avec un top 10 inspiré de cet article. Mais très différent et beaucoup, beaucoup plus politiquement incorrect.

# 1. Les proprios à la masse

Comme Vincent Tan à Cardiff City (ci-dessus) ou Assem Allam à Hull City.

Le premier, qu’on jurerait tout droit sorti du casting de Tintin et le Lotus Bleu, a changé la couleur et l’écusson du club pour des raisons loufoques (voir article TK) et viré un manager parfaitement compétent y’a une semaine.

Le second est parti dans un gros délire patronymique. Après avoir changé le nom du club (Hull City Association Football Club) en Hull City Tigers y’a quelques mois, il veut imposer Hull Tigers pour la saison 2014-15 (la fédé décidera). Ses raisons sont scotchantes : « Le terme “City” fait trop nul et quelconque, Tigers est plus porteur en Asie du Sud-Est et ailleurs. » Il y est aussi allé de son tacle assassin à l’encontre des supporters du club et leur chant City till we die : « Bah, ils peuvent mourir dès qu’ils le voudront. »

Le plus marrant dans l’histoire est encore de croire que les mecs de Hong-Kong, Kuala Lumpur ou Doha en ont quelque chose à secouer de Hull. Nous si, car on y va en vacances, mais en Malaisie ou dans le Golfe Persique, probablement pas.

# 2. L’échange de maillot à la mi-temps

Brendan Rodgers était furax quand il apprit que Mamadou Sakho avait échangé sa liquette avec Sam Eto’o et Phil Coutinho avec Oscar à la mi-temps de Chelsea-Liverpool le week-end dernier. Avant eux, il y a eu notamment Andre Santos et Robin van Persie.

Tu m’étonnes que Rodgers était vénère. Hallucinante cette nouvelle mode que l’on espère déjà consignée aux oubliettes de l’histoire du foot. Des gestes pareils mériteraient un bon carton rouge et une longue suspension, voire un écartelement en place publique si récidive.

Que les mecs prennent exemple sur Oldham Athletic (D3) en FA Cup en février 2013 contre Everton : le club est tellement fauché qu’on avait interdit aux joueurs du vieux jambon d’échanger leur maillot.

De grâce les footeux, épargnez-nous ces salamalecs de midinettes sur un terrain de foot, on n’est pas à un concert de One Direction bon Dieu.

# 3. Les consultants qui pleurent les managers de PL virés

Marre d’entendre les mêmes lamentations et se farcir d’interminables débats moroses dès qu’un manager de Premier League se fait limoger. Florilège :

« Le pauvre, il n’a pas mérité ça. »

« Quelle injustice ! Que le football est cruel. »

« Les propriétaires sont impitoyables et manquent terriblement de classe. »

« Y’a plus de loyauté de nos jours. »

« Mon Dieu, que va-t-il devenir ?  Sa carrière d’entraîneur est foutue maintenant. »

Voilà ce qu’aiment jérémiader à s’en rendre aphone les consultants en tirant une gueule d’enterrement.

Di Matteo, viré par Chelsea fin novembre 2012. Un an plus tard, il touchait toujours 130 000 £ / semaine de Chelsea... Horrible ce qui lui arrive, horrible.

Di Matteo, viré par Chelsea fin novembre 2012. Un an plus tard, il touchait toujours 130 000 £ / semaine de Chelsea... Inhumain.

Par pitié les gars, basta. Y’en a marre de votre sentimentalité de bazar, marre de cette pornographie de l’émotion abrutissante. Vos marches funèbres, réservez-les aux managers de D3 et D4 qui, eux, ont vraiment le droit de s’inquiéter sur leur avenir quand le couperet tombe.

OK, certains ne le méritent pas mais la plupart si. Et pis s’apitoyer sur le sort de mecs qui palpent tous minimum 2M £/an (sans les primes), souvent après une lucrative carrière de joueur, qui se barrent avec une indemnité de ouf et retrouveront un poste similaire à X millions par an quelques mois plus tard - ou une planque dans les instances, un poste de directeur sportif, un taf en or dans le Golfe Persique, en Russie, Chine, etc. - est non seulement indécent mais risible.

Et on monte de trois crans dans l’insupportabilité quand les journalistes ajoutent le ridicule : « Un grand professionnel qui est parti la tête haute, avec dignité. » Manquerait plus que le mec, ingrat de chez ingrat, crache sur la moquette en passant à la caisse encaisser ses 5 millions. Certes, tentant dans certains clubs, mais bon, pas une raison.

Messieurs les observateurs du football, moins de violons et plus de décence s’il vous plaît.

# 4. Les écharpes de l’amitié

Faut avoir l’esprit sacrément tordu pour inventer des trucs pareils. Ces friendship scarves avec dessus deux féroces rivaux qui semblent se faire l’amour font honte au football de club.

Chelsea ami-ami avec Liverpool, pas vraiment non (pour ne parler que d’eux). Y’a pas si longtemps, ces deux clubs se haïssaient et les supps de Chelsea détournaient les paroles des chansons traditionnelles de Merseyside, telle « In my Liverpool home », pour en faire des horreurs [1] (ou chantaient « You’ll never work again » au plus fort de la crise). OK, on prône pas un retour aux années 80 mais on dit un gros NON à la disneyification du foot anglais.

What next? Des écharpes Newcastle ♥ Sunderland pour le Tyne-Wear derby avec love-in avant le match au nom de l’amitié entre les peuples (Geordies et Mackems) ? Non, entre ennemis jurés, on s’écharpe, et pis c’est tout.

Achetez plutôt des pin's sains, comme celui-ci (photo prise au hasard sur Google Images)

Achetez plutôt des pin's sains, comme celui-ci (photo prise au hasard sur Google Images)

Surtout, n’hésitez pas à nous dénoncer tout lecteur de TK possesseur de telles écharpes (notre adresse email est en haut à droite. Toute délation sera récompensée, confidentialité assurée).

# 5. Les supporters-touristes

Ils (et elles, y’a un tas de nanas) viennent de Singapour, Dubaï, Houston, Moscou, Seoul, Kuala Lumpur, Bangkok ou Cherbourg. Ils ont récemment découvert Arsenal, Chelsea, Man United ou Liverpool (vous n’en trouverez pas qui ont découvert, mettons, Bolton ou Wigan) mais ont déjà le déguisement complet du glory hunter, y compris ces putains d’écharpes confraternelles. Là où ils passent, le supportariat local trépasse car ils font grimper les prix des places de 10 % par an.

On les croirait en pélérinage à tout mitrailler à l’iphone, ils ponctuent chaque phrase d’un « awesome, man », ne connaissent rien du club ou de l’effectif hormis les vedettes, créent des bouchons à la buvette à la mi-temps because ils pigent rien au menu et se croient chez McDo à commander des Big Mac, ne chantent jamais mais applaudissent à se casser les mains et poussent plein de petits cris stridents tels des ayes-ayes en rut. Ce sont les supporters-touristes, ou vice-versa.

On les espère beaucoup moins nombreux dans les stades anglais en 2014. Qu’ils restent chez eux à supporter leurs clubs qui ont sûrement davantage besoin de leur soutien que les mastodontes anglais. Your country needs you folks.

# 6. Les spectateurs-Thermos

Ils/elles sont abonné(e)s depuis des décennies (mais y’a des jeunes aussi, leurs chiards/petits-chiards), toujours à la même place, se sont gravement embourgeoisé(e)s et se pointent au stade 10 minutes avant le coup d’envoi car le reste ne les intéresse pas, seul le « spectacle » compte, et encore.

Ils regardent surtout les publicités dans le programme de match, râlent quand des jeunes se lèvent pour chanter et n’hésitent pas à cafter auprès des stadiers s’ils entendent un gros mot, sortent leurs biscuits secs toutes les 20 minutes, ont parfois une batterie de petits Tupperware comme au pique-nique, dégainent la Thermos de camping à la mi-temps car ils ne se déplacent plus depuis longtemps à la buvette (juste aux toilettes, faut bien évacuer le thé) et se barrent souvent avant la fin du match. Ce sont les spectateurs-Thermos.

Bon, cela dit, ils sont pas si nombreux que ça mais on les remarque et ils me foutent le bourdon.

# 7. Les joueurs qui refusent de célébrer un but contre leur ancien club

Pour certains, OK, c’est justifié, mais pour la plupart, absolument pas. Exemple : Danny Graham, attaquant de Hull City, en photo ci-dessus. Le mec ne marque quasiment jamais (2 buts en 34 matchs de PL en 2013, presque 2 000 heures de jeu) et pour le seul pion qu’il plante cette saison (contre Swansea le 9 décembre), il tire la tronche et se contente d’un vague salut papal comme s’il revenait de Lourdes où il était parti quémander un miracle, sous prétexte qu’il a porté le maillot Swan une saison et demie. Tout cela est grotesque.

Mais célèbre ton but mon gars, fais des galipettes, exulte, chante, crie, saute, je suis sûr que t’en meurs d’envie et va peut-être te falloir attendre 2015 pour ton prochain pion alors lâche-toi bon dieu, lâche-toi. Pis faut pas déconner, c’est Hull qui te paie à vendanger maintenant, pas Swansea, alors sois un minimum reconnaissant. Les instances devraient introduire une nouvelle règle : l’obligation de célébrer un but, sous peine d’annulation (du but et du contrat).

# 8. Les équipes françaises en Premier League

Châteauneuf Uni évidemment, THE référence en la matière. Contrairement à une idée répandue mais sans fondement aucun, TK n’a rien contre Newcastle, absolument rien, ou si peu. Mais voir autant de Frenchies dans un club anglais, ça craint quand même un peu (s’ils étaient mauvais encore, ça craindrait pas du tout mais là, non, c’est insupportable).

Surtout dans un club où l’entraîneur déclarait ceci en 2006 sur Arsenal et son contingent étranger : « Il faut recruter anglais, le championnat s’appelle English Premier League. Sinon nous pourrions perdre l’âme même du football britannique : le joueur anglais. » Sans parler du voeu le plus cher de Sir John Hall (l’ancien propriétaire des Mags), qui était de voir 11 Geordies fouler la pelouse de Saint James’. Enfin, y’en a déjà deux occasionnellement, les frères Ameobi, mais à mon avis c’est pas ce que John Hall avait dans l’idée niveau calibre.

# 9. Les présentateurs français qui causent mal l’Angleterre

On ne leur demande pas d’avoir étudié trois ans à Cambridge et de parler avec l’accent BBC mais ça fait un bail que le foot anglais est diffusé sur Canal +, beIN & co, alors, entre autres horreurs, entendre ce pauvre John O’Shea toujours prononcé O’Chie après tant d’années, ça pique sévèrement les oreilles et pas que. Faites un petit effort les mecs, merde, je sais pas moi, demandez à Louise Ekland de vous filer des cours, matez Sky de temps en temps, prenez un stagiaire anglais, que sais-je encore.

C’est O’Ché bon dieu, comme le truc que les bébés agitent. Alors s’il vous plaît Dear readers de TK, si vous avez un hochet qui traîne chez vous, envoyez-le fissa à Canal et beIN. Comme astuce mnémonique y’a pas mieux, ils vous remercieront. Allez, on envoie tous nos hochets à Stéphane Guy.

# 10. Les ambiances radio FM

Un conseil aux clubs de Premier League : virez toutes ces chansonnettes que vous passez à fond les décibels avant le match et à la mi-temps (hormis l’hymne du club évidemment). On n’en peut plus de cette soupe musicale, on est pas à Glastonbury bordel. Ras-les-tympans de tous ces gimmicks utilisés pour faire passer la pilule de la disparition de l’ambiance. Y’a plus de bruit dans une morgue marseillaise que dans nos stades anglais. Faut agir et vite.

A la place, remettez des sections debout dans les stades de Premier League, menez une vraie politique de tarifs Jeunes abordables (public beaucoup trop âgé - 41 ans de moyenne), introduisez de vraies sections Chants avec de vrais gueulards et saupoudrez-moi tout ça de quelques ultras pour que nos stades anglais revivent et re-vibrent.

Les Ultras de Crystal Palace (Holmesdale Fanatics) à Selhurst Park, l'une des meileures ambiances anglaises

Les Ultras de Crystal Palace (Holmesdale Fanatics) à Selhurst Park, l'une des meilleures ambiances anglaises

Le pire, c’est quand les haut-parleurs crachent du Pet Shop Boys ou du Tina Turner après un but. Pouah. Pis entendre « You’re simply the best, better than all the rest » après un pion de Danny Graham fait vraiment tout drôle, des coups à croire que ton club se fout ouvertement de ta gueule.

Kevin Quigagne.

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[1] A Old Trafford ou Stamford Bridge, « In My Liverpool Home » devint « In your Liverpool slums » (dans vos bidonvilles de Liverpool). On retrouve toute la sauvagerie des Eighties condensée dans ces paroles « évolutives » (le couplet sur Hillsborough sera évidemment ajouté plus tard). J’ai traduit pour vous :

Dans vos bidonvilles de Liverpool,
Vous cherchez de quoi bouffer dans les poubelles,
Vous trouvez un rat mort et pour vous c’est le pied,
Dans vos bidonvilles de Liverpool,
Vous chiez sur la moquette et pissez dans la baignoire,
Vous doigtez votre grand-mère et trouvez ça génial,
Dans vos bidonvilles de Liverpool,
Vous parlez avec un accent rarissime,
Vous portez un survêt’ rose et avez les cheveux bouclés,
Votre maman fait la pute tandis que papa est en taule,
Vous ne pouvez travailler à cause de votre putain de QI
Dans vos bidonvilles de Liverpool.
Vous ne chantez plus sur Munich
Depuis que 96 des vôtres gisent au sol
Dans vos bidonvilles de Liverpool.