Archive for octobre, 2014

The Back Page, tout près de Saint James’ Park (SJP), est la librairie-boutique de football la plus fournie de la planète. C’est aussi le hang-out intello préféré d’Hatem Ben Arfa et de nombreux amateurs de foot du monde entier. C’est du Back Page qu’HBA a voulu lancer ce que les médias ont (erronément) appelé sa « contre-attaque », juste avant qu’Alan Pardew n’expédie l’artiste incompris à Hull City. Rencontre avec son boss atypique, Mick Edmondson, a man you don’t meet every day comme chantaient les Pogues.

Voir intro ici. Réponse au Concours TK & nom du gagnant plus bas.

[Cliquez sur les photos pour les agrandir]

Interview, dernière partie

Back Page est très international. Y’a dix minutes ici, y’avait deux clients australiens, un Grec, un Milanais et un Norvégien. D’ailleurs, le Milanais, hilare, voulait acheter le maillot anti Sunderland “Have you ever seen a Mackem in Milan*?” On vient vraiment du monde entier chez toi ! [*basé sur le mythe mensonger que Sunderland - les Mackems - n'aurait jamais disputé de coupe européenne. J'ai évidemment tenté en douce de dissuader ce touriste de l'acheter mais en vain, ça le faisait trop marrer ce couillon].

Ah oui, j’ai vu ça, le Milanais a vraiment flashé sur ce t-shirt ! Oui, ça vient des quatre coins de la planète. On a tous les profils, du simple curieux au mordu de football memorabilia. On a par exemple un prêtre qui vient de Londres une fois par an et reste cinq heures à chaque visite. Un autre fidèle vient du Kent [sud de l'Angleterre] deux fois par an, il arrive à la gare le matin, vient direct ici, reste la journée, ne sort pas de la boutique et repart en fin d’après-midi prendre son train pour le Kent. Le mec fait 1 200 bornes A/R dans la journée rien que pour venir ici. C’est une sorte de pélérinage pour certains.

Y’a peu de boutiques comme la mienne dans le monde et elles sont plus petites. La deuxième plus grosse, après nous, est apparemment à Melbourne en Australie mais des Australiens m’ont assuré que c’est beaucoup plus petit qu’ici en terme de stock. Y’en a quelques unes disséminées en Europe continentale mais plus modestes. Nos clients, qui viennent donc d’absolument partout, nous disent souvent qu’ils n’ont rien de tel chez eux. Y’avait deux boutiques un peu similaires à Londres et Manchester, Sports Pages, mais elles ont fermé.

C’est difficile en fait de s’en sortir avec juste une boutique qui ne ferait essentiellement que du livre. C’est aussi pour ça que j’ai diversifié le business, avec Back Page Travel notamment, notre site Internet qui marche bien ou des ventes d’articles dédicacés (livres, ballons, photos, maillots, affiches, billets, etc.) par des joueurs ou sportifs célèbres.

Quels articles vendez-vous le plus ?

Hormis les livres, les programmes de match. On essaie de se garder les plus rares cependant. On a un superbe spécimen actuellement, un Liverpool-Newcastle de 1908 à Anfield imprimé sur un mouchoir en papier !  Il est authentique, il porte la mention « Programme Officiel ». On en avait un de 1898 y’a peu mais on ne l’a plus.


On trouve même du matos toxique chez Mick (le “M word” - si vous ne pigez pas, matez entre Millwall et Montrose).

T’as des supps de Sunderland comme clients ?

Oui, quelques-uns, certains viennent même ici les jours de match à SJP [nda : j'espère qu'aucun Black Cat ne traînait dans la boutique vers 16-17h samedi dernier, au moment où S'land se faisait désosser 8-0...]. On a même eu des anciens joueurs de Sunderland qui nous ont rendus visite, comme Len Ashurst ou Dennis Tueart, ce dernier est venu souvent d’ailleurs [nda : Tueart est un ex international anglais qui remplaça Pelé au New-York Cosmos. Resté célèbre pour ses reprises de volée et retournés acrobatiques, ici et ici - à 47 secondes - par exemple].

T’as déjà eu des réflexions de clients du style « Mais que foutent des trucs sur Sunderland ici ? » Je te demande ça car le fanzine de Sunderland, A Love Supreme, a dû être retiré de la vente sur Newcastle parce qu’il était régulièrement vandalisé [selon son rédac chef, que j'ai interviewé l'an dernier].

Non, jamais.

[Pour me convaincre de la grande tolérance qui règne en ces lieux, Mick me montre le rayon livres Black Cats et la vitrine « Produits de club » où Sunderland occupe une place respectable]

Félicitations pour ta vitrine  Mick, tu as un beau p’tit coin Sunderland mais pourquoi il est au ras du sol comme ça ? [2è en bas en partant de la gauche sur la photo]

Réponse de Mick sous la photo…


Si le coin Sunderland est au ras du sol, c’est « pour que quand un Black Cat se met à quatre pattes pour examiner les articles, on puisse facilement lui mettre un bon coup de pied au cul. »

[Dageek remporte notre cadeau (ça sent le vécu, ailleurs, faudra que tu nous racontes…). Bravo à lui et aux deux autres lecteurs qui ont proposé grosso modo la même réponse mais après Dageek]


Allez, un gros zoom sur le coin Sunderland pour me venger.

Il y a toujours eu une forte rivalité entre Newcastle et Sunderland. Par exemple, dans les lettres à leurs familles pendant la Grande Guerre, les soldats originaires de Newcastle ou Sunderland se plaignaient davantage de devoir partager les tranchées avec des supps de Newcastle/Sunderland que de leurs conditions épouvantables ! Mais ce qu’on sait beaucoup moins, c’est que dans les années 50-60, pas mal de supps de Newcastle allaient voir Sunderland, et vice-versa, car aucun match de championnat n’etait diffusé à la télé à cette époque et les supps étaient sevrés de football. Comment as-tu vu évoluer cette rivalité plutôt bon enfant avant les Seventies mais très tribale depuis ?

D’abord oui, tout à fait, les anciens m’ont raconté comment en effet les supps des deux clubs non seulement se toléraient mais assistaient aux matchs de l’un ou l’autre club sans haine particulière, même si la rivalité a bien sûr toujours existé. Tout ça a changé radicalement dans les années 70 avec l’arrivée du hooliganisme de masse. Y’a beaucoup moins de violence aujourd’hui mais c’est devenu très tribal en effet.


Sunderland-Newcastle à Roker Park, 5 avril 1980. La ségrégation dans les stades apparut en 1973 et se généralisa au milieu des Seventies (mais souvent fragile et aléatoire, e.g sur la photo, un grillage et un mince cordon de policiers pour séparer les deux camps)

C’était comment par ici dans les années 1975-90 mettons, au plus fort du hooliganisme ?

Affreux bien souvent, y’a eu beaucoup de violence ici. A partir de 1982, j’ai assisté à tous les matchs de Newcastle à domicile et à l’extérieur et c’était chaud, surtout contre des clubs comme West Ham, Chelsea et Leeds. Ils avaient les plus grosses firms de hooligans et se déplaçaient par centaines. J’ai aussi vu des Newcastle vs Sunderland et vs Middlesbrough vraiment violents, avec batailles de rue, etc. Personnellement, je n’ai jamais participé à aucun acte violent mais il m’est arrivé d’être pris dans ce déferlement de violence. Même quand c’était calme en apparence, y’avait une tension permanente et on sentait que ça pouvait éclater à tout moment.

Tu faisais les déplacements ?

Ouais, je prenais ce qu’on appelait les Football Specials [trains dont j’ai parlé dans cet article TK]. Wow, le premier que j’ai pris de Newcastle, j’en revenais pas. J’arrive à la gare et je vois des centaines de supps habillés en tenue de combat, avec des grosses bottes, des Dr Martens bout acier, etc. Y’avait aussi pas mal de skinheads & assimilés, c’était chaud.

Newcastle United a eu plusieurs firms notoires. La première a été la Bender Squad. Ces mecs étaient vraiment tarés, ils se faisaient appeler ainsi (Escadron Biture) car ils ne faisaient que picoler. En règle générale, ils ne cherchaient pas activement la violence car ils savaient pertinemment que la violence viendrait à eux. Leur truc à eux étaient de squatter un pub et les alentours immédiats avant le match pendant des heures en matant méchamment tout le monde, sans bouger. C’était assez terrifiant. Fatalement, au bout d’un moment, ça pétait.

La Newcastle Mainline Express (NME) est arrivée un peu après, avec la scène Casuals du début des Eighties, y’a eu les Gremlins aussi, au milieu des Eighties.

[nda : Certains de ces hools sont toujours plus ou moins actifs, à l’écart des stades désormais très sécurisés, cf les violences dans le centre-ville de Newcastle après le derby d’avril 2013. Ces firms, ou leurs vestiges, aiment se déplacer à l’étranger, matchs amicaux, européens ou compétitions internationales avec les Three Lions. Par ailleurs, sans en exagérer l’importance, on assiste depuis quelques années à une résurgence du hooliganisme « juvénile », liés ou non aux anciens hools. Ces casseurs, quand ils sont organisés, reprennent parfois le nom des anciennes firms en y ajoutant Baby ou Youth/Young (Villa Youth à Aston Villa, Young Baby Squad à Leicester, etc.). 290 mineurs étaient interdits de stade en 2010, presque 10 % du total d’IDS].

Y’avait aussi pas mal de violence à l’intérieur des stades bien sûr.

Oui. Le gros truc à l’époque, pour toute firm digne de ce nom était ce qu’on appelait « The taking of an end », la prise d’une tribune, si possible le Kop local. Les hooligans arrivaient tôt au stade et essayaient d’envahir tout ou partie d’une tribune pour s’approprier les lieux. C’était une façon d’humilier les supps locaux.

Les firms de Newcastle ont fait ça plusieurs fois à Roker Park [l'ancien stade de Sunderland] et un jour même, il s’est passé un truc inédit : 2 000 supps de Newcastle ont pris possession d’une tribune à Roker Park… pendant un Sunderland-Birmingham City. Les supps Magpies avaient secrètement décidé de ne pas aller voir NUFC mais plutôt d’aller foutre le bordel à Roker Park. Dans le même genre, le pire que j’ai vu est en 1985 quand 400 gars de la firm NME ont envahi la tribune Fulwell à Roker Park en plein match… Bagarre générale qui a débordé sur la pelouse, jets d’objets en tout genre, match interrompu.


La prise de la tribune Fulwell à Roker Park fait partie du « folklore » hool local, tout comme les batailles rangées entre les Gremlins et les Seaburn Casuals (principale firm de Sunderland). Chaque membre de firm payait minimum 1 £ par semaine pour couvrir les frais de justice et amendes infligées par les tribunaux.

En mai 1987, ça a été spectaculaire aussi, toujours à Roker Park pour une demi-finale des plays-offs entre Sunderland (D2) et Gillingham, D3 [nda : à l’époque, première saison des play-offs, le 20è de D2 affrontait le 5è de D3]. Y’avait 2 000 supps de Newcastle dans le stade, dont moi. On avait fait le déplacement juste pour espérer voir Sunderland descendre en D3 et fêter ça devant eux, car c’était sûrement le match le plus important de leur histoire. Sunderland a gagné 4-3 mais est descendu en D3 [la première – et seule – fois de leur histoire] car battu 3-2 à l’aller. Super journée pour les 2 000 supps Magpies, on a vu Sunderland se faire reléguer en D3 !


Gwen, l’exaspérée propriétaire d’un barbier-coiffeur de South Shields (banlieue de Newcastle), a dû contacter la presse (voir article) pour supplier certains supps Magpies d’arrêter de l’insulter et/ou s’en prendre à son commerce : ces ignorants prenaient les couleurs traditionnelles d’un barbier outre-Manche (le rouge et blanc) pour un soutien affiché à Sunderland. Mais jusqu’où la connerie ira-t-elle se nicher ?

[Anecdote amusante pour détendre l’atmosphère. En 1998, Barry Welsh, un inconditionnel Black Cat gare sa voiture à Newcastle pour la nuit. Sa caisse est entièrement décorée aux couleurs de Sunderland (rayures rouge et blanches, maillot Black Cat en guise de housses de siège, fanions, etc. similaire à celle ci-dessous). Quand il la récupère le lendemain, elle a été totalement repeinte noire et blanche et un maillot Magpie a été collé à la Super Glue à une vitre…]

Alors, en deux mots car on aurait pas assez de la journée : c’est quoi ce bordel avec Pardew et votre équipe ? Vous êtes mal barrés là… [ITW réalisée avant la victoire 1-0 vs Leicester samedi, Newcastle est actuellement 18è]

[Il s’anime] Je déteste sa façon d’appréhender son boulot, ce type est condescendant et profondément ignorant… Tout ce que j’attends d’un employé de Newcastle United, qu’il soit footballer, manager, dirigeant, entraîneur, préparateur, tea lady, vendeur de programme, peu importe, c’est qu’il donne 100 % pour le club. C’est un honneur de bosser pour NUFC et ceux qui représentent le club doivent se donner à fond.

[J’enfonce le clou] OK, l’abnégation, la gnaque, tout ça, mais ça ne suffit pas, vous êtes dernier là hein. Je sais, on en a déjà parlé [voir deuxième partie] mais j’aime bien ce sujet de conversation…

[Il s’anime de plus en plus] Mais Pardew n’a pas la tête à Newcastle, c’est ça le vrai problème, on dirait qu’il s’en fout. Ce type est un vrai embarras pour nous, il met des coups de boule aux joueurs adverses, il pousse et insulte les managers adverses, les arbitres même parfois, et c’est jamais sa faute ! C’est toujours la faute des supps. Ce type est NUL ! Les 28 derniers managers limogés en Premier League affichaient tous un meilleur bilan que Pardew. Avant le match contre Swansea (2-2) Newcastle United n’avait marqué qu’UN seul but à l’extérieur… et c’était un but csc d’un joueur de Liverpool ! 3 victoires en championnat depuis Noël dernier… et je pourrais continuer comme ça longtemps.

Vos nouveaux Frenchies là, Cabella et Rivière, t’en penses quoi ?

Ils me semblent justes, surtout Rivière. Cabella est trop léger mais il est encore trop tôt pour le juger définitivement. Je crois que dans une équipe forte, il sortirait davantage son épingle du jeu. Rivière n’a rien montré pour l’instant, pire même, il a été nul. Désolé d’en revenir à Ben Arfa et Yanga-Mbiwa mais ces deux joueurs sont largement supérieurs à ce qu’on a en ce moment et pourtant, on les a prêtés. L’un des problèmes de Pardew est sa gestion humaine [man-management] catastrophique. T’imagines Kevin Keegan avec Ben Arfa ? Il te l’aurait pris par l’épaule et lui aurait redonné confiance, il ne l’aurait jamais prêté.

J’imagine que t’es pas non plus un grand fan du propriétaire, Mike Ashley…

[Très remonté] Mike Ashley ne comprend ni ce club ni le football, il ne comprend pas Tyneside [conurbation de Newcastle], il ne comprend pas ce que le foot signifie pour les gens ici. Le football ici, c’est une religion. Tout le monde parle foot non stop, bien plus qu’ailleurs. Son problème aussi c’est qu’il s’est entouré de gens incompétents. Au début, le président était Chris Mort, un gars super, proche des supps, je l’ai rencontré plusieurs fois. C’est Ashley lui-même qui l’a fait venir. Pis il a vite été remplacé par Derek Llambias, un nul ce type [remercié en juin  2013, remplacé par Joe Kinnear].

Quand Ashley a fait venir Keegan comme manager [janvier 2008], c’était indéniablement un geste positif mais il a aussi embauché Dennis Wise comme Directeur sportif, une grosse erreur [nda : Keegan se brouilla vite avec Wise, qui, selon Keegan, décidait unitéralement des transferts. Tout ça se termina au tribunal fin 2008]. Wise ici fut le premier signe qu’Ashley faisait venir n’importe qui. Wise est un Londonien qui n’a aucune affinité avec Tyneside et ne comprenait rien à cette région. On ne demande pas des gens qui soient d’ici mais au moins qui comprennent notre région. Depuis Wise, ça n’a été qu’un long catalogue de désastres, Pardew, Llambias, Kinnear…. Le seul point positif a été de faire venir Graham Carr [responsable de la cellule recrutement], c’est un Geordie, il comprend le club et sait comment on fonctionne.

Parlons fanzines NUFC. Ton zine Black & White Daft a cessé de paraître début 2013, Toon Talk a aussi jeté l’éponge l’an dernier et les deux autres, True Faith et The Mag, les « historiques » (41 ans d’existence à eux deux) ne paraissent plus qu’en numérique depuis six mois malgré leur bonne santé papier [supposition car obtenir des chiffres est compliqué]. Explique-nous ce qu’il se passe.

Je préfère ne pas trop m’avancer là-dessus car je ne sais pas exactement ce qui est arrivé à True Faith et The Mag. Je sens juste que ça va devenir difficile pour les fanzines de survivre en format papier. Le numérique permet de davantage coller à l’actu, d’inclure des liens et d’étoffer le contenu. Tu me dis que A Love Supreme [fanzine de Sunderland] a l’air de bien se porter mais ça ne m’étonnerait pas s’il virait au numérique d’ici peu.

[nda : Mick ne souhaite pas s’étendre sur le sujet mais il semblerait que le principal distributeur du réseau et stockiste – WHSmith, également grosse chaîne de maisons de la presse – ait fortement augmenté les coûts de distribution dernièrement]

Tu te déplaces à tous les matchs européens de Newcastle depuis deux décennies et je lisais ton reportage sur Bordeaux dans le # 12 de ton fanzine [Bordeaux-Newcastle, 2-0, déc. 2012]. Sans vouloir te flatter, c’est excellent, vivant, marrant, etc. Tu as adoré Bordeaux, hormis les CRS qui ont parqué les 1 200 supps Magpies pendant 45 minutes alors qu’il n’y avait aucun problème mais passons. Tu savais que les supps là-bas mettent des lamas dans le tram ? [je lui explique et lui montre des photos]

[Il éclate de rire] J’en reviens pas, ils ont mis un lama dans le tram, ah ah ! Oui, j’ai vraiment adoré Bordeaux, la ville, les gens, les bars, super. Y’a une autre ville que j’ai adoré en France quand on y a joué en 1996 c’est Metz, super ville. Tu savais que Robert Pirès a failli signé pour vous ? [Sunderland]

[Surpris] Ah bon ? Non, je savais pas.

Ouais ouais, du temps de Dalglish [manager de Newcastle de janvier 1997 à fin août 1998]. Ce qui se disait alors c’est que Newcastle voulait recruter Pirès et donc Dalglish avait chargé son adjoint, Terry McDermott, de s’en occuper. Mais McDermott a mal compris et a recruté Pérez, Lionel Pérez…

[Incrédule] Qu’est-ce que c’est que cette légende urbaine à la Luther Blissett à l’AC Milan… Pérez était gardien et a atterri à Sunderland !

Ça paraît dingue mais c’est pourtant ce qu’on m’a dit, quelqu’un de bien informé en plus. D’ailleurs, Newcastle a bien acheté Pérez, avant de vous le refiler. Oui, oui, c’est vrai, il n’a jamais joué pour nous car il était troisième gardien mais Newcastle l’a bien recruté, à la place de Pirès donc. Pas fins les mecs quand même ! [nda : en fait, Pérez a bien été un Magpie – sans jouer pendant deux ans, barré par Shay Given et Steve Harper – mais seulement après son passage réussi à Sunderland où il se fit remarquer par son originalité, ses prouesses et sa coupe péroxydée].

Lionel Pérez, “cult hero” à Sunderland (1996-1998), cireur de banc à Newcastle (1998-2000)

C’est comme votre Peter Reid [Manager de Sunderland de 1995 à 2002]. Ben, il a recruté Milton Núñez mais c’était le mauvais Núñez !

Ah ben tu vois ça, ce n’est absolument pas étonnant !

Je crois aussi que Pardew et Kinnear ont recruté le mauvais De Jong l’an dernier, Luuk au lieu de Siem qui est chez nous cette année…

Quel livre de football en anglais sorti récemment recommanderais-tu ?

Black & White Daft ! [le sien] Non, sérieusement, je recommanderais All With Smiling Faces de Paul Brown [supp de Newcastle, auteur reconnu et contributeur pour le Guardian, When Saturday Comes, etc.]. Il vient de sortir, c’est sur les trois premières décennies de Newcastle United et le football à cette époque-là, passionnant.


Paul Brown, avec son livre All With Smiling Faces. Le titre est un vers tiré de Blaydon Races, célèbre chanson du repertoire de folk local (Geordie) écrite en 1862 et devenue ensuite l’hymne de la ville/du coin et du club. Chanson qu’on entend malheureusement rarement à SJP mais qui fait frissonner, voir clip (interprétée ici par Graeme Danby, ténor d’opéra originaire de Newcastle).

Sur notre blog, Teenage Kicks, il m’arrive souvent d’écrire des choses vraiment super gentilles sur vous et je t’ai offert un beau cadeau pour mettre sur vos murs [ça],  alors tu n’as pas le choix : dis-moi un truc sympa sur Sunderland AFC.

Euh… [il réfléchit] euh… un truc sympa sur Sunderland, euh… [long silence, grimaces et grattage de front]…

Tu dois me trouver un truc là hein, t’y coupes pas…

Euh… Ah oui, j’ai vraiment aimé le geste des supps Black Cats après le décès tragique de John Alder et Liam Sweeney [supps Magpies disparus dans le crash du vol MH17 en Ukraine et qui se rendaient en Malaisie pour voir NUFC en tournée]. Beaucoup de supps Magpies ont vraiment apprécié ce geste spontané, merci à eux, ça nous a touchés.

Ton prono pour le prochain derby [dimanche 21 décembre, à SJP], une troisième p’tite victoire Black Cats d’affilée dans votre jardin, hein ?

Mais non ! Je vois bien un 1-0 pour nous. Cela dit, je trouve nos deux clubs très faibles cette saison et j’ai bien peur que ce derby accouche d’une purge.

Très faible, très faible, parle pour toi hein ! [c’était donc avant le 8-0 à Southampton…] Merci beaucoup de ta disponibilité Mick.

Kevin Quigagne.

The Back Page, tout près de Saint James’ Park (SJP), est la librairie-boutique de football la plus fournie de la planète. C’est aussi le hang-out intello préféré d’Hatem Ben Arfa et de nombreux amateurs de foot du monde entier. C’est du Back Page qu’HBA a voulu lancer ce que les médias ont (erronément) appelé sa « contre-attaque », juste avant qu’Alan Pardew n’expédie l’artiste incompris à Hull City. Rencontre avec son boss atypique, Mick Edmondson, a man you don’t meet every day comme chantaient les Pogues.

Voir intro ici.

[Cliquez sur les photos pour les agrandir]


Mick, devant le temple.

Concours cadeau TK

Et on en profite pour organiser le troisième concours cadeau TK, la question est en bas d’interview, vous verrez, avec un peu d’imagination c’est jouable. Le plus près de la réponse remportera le cadeau. Joli p’tit lot à gagner : le kit du parfait supporter des Three Lions, idéal pour se faire agresser ou vandaliser sa voiture pendant l’Euro 2016 dans la joie et la bonne humeur, avec :

- 1 drapeau England 91 x 61 cms

- 2 drapeaux England 38 x 25 cms avec système hampe plastique conçu pour accrocher aux rétros extérieurs de votre voiture, ou à vos oreilles si bourré ou sans caisse

- 1 pin’s England et 1 pin’s ballon, tous deux luminescents avec, s’il vous plaît, effet clignotant à la con (enfin, le fabricant décrit ça ainsi : « with dramatic blinking effect »)

Le tout (état neuf, dans l’emballage d’origine) envoyé dans un sac du Back Page, la classe. Je n’ai pas acheté ça à Back Page hein, mais dans une Foir’Fouille anglaise en juin. Ce qui est génial avec les Three Lions, c’est que comme ils sont toujours éliminés rapidos, t’attends une semaine après le début du tournoi et tu peux avoir toute la panoplie officielle du parfait supp pour le prix d’une conserve de baked beans.

Si le vainqueur n’aime pas se faire agresser dans la joie et la bonne humeur ou qu’il supporte une autre nation britannique ou l’Irlande, on lui achetera un magazine de foot anglais de son choix ou un bouquin en rapport avec le foot anglais/britannique. S’il supporte Newcastle United, il aura droit à un cadeau exceptionnel : 2 magazines et 2 bouquins (tous sur Sunderland).

Interview, deuxième partie

Moi : Mick, venons-en à « l’affaire Ben Arfa » du début août puisque le Back Page en a été l’épicentre. Il a été abondamment dit et écrit qu’Hatem Ben Arfa a voulu y organiser une sorte « d’opération anti Newcastle United ». Les médias étrangers et français donc, qui se sont contentés de relayer leurs homologues anglais, ont parlé de « contre-attaque », « duel », « pied de nez », « bras de fer », « contre-soirée » etc. Bref, tout le lexique belliqueux du rapport de force y est passé et HBA s’est bien fait tailler. Ta version please.

Mick : Déjà, il est faux de dire ou écrire qu’Hatem Ben Arfa a voulu organiser quoi que ce soit pour se défendre. Que les choses soient claires : Hatem n’a jamais, jamais cherché à organiser une quelconque contre-attaque ou une dédidace en forme de « réglement de comptes » comme ça a été dit, écrit et commenté ad nauseam.

La vérité est que tout ça a été monté en épingle par les médias anglais et repris machinalement par tous les autres. Un malheureux concours de circonstance au niveau du timing respectif des deux parties [NUFC et HBA] a fait se téléscoper les choses et tout ça a vite tourné au cirque médiatique sans que ni moi ni Hatem ne puissions contrôler quoi que ce soit. Les médias en ont fait une affaire Ben Arfa vs Pardew mais ce n’est absolument pas ce qu’il s’est passé concernant sa venue ici. Il faut vraiment que les gens connaissent la vérité, je vais t’expliquer.

Ouais s’il te plaît car moi j’étais en vacances, totalement deconnecté de l’actu foot et ce n’est que bien après que j’ai lu quelques trucs et entendu les potins des échotiers locaux. Alors, que s’est-il réellement passé ?

Bon, reprenons depuis le départ. Comme Hatem adore cet endroit et qu’il vient de temps en temps, y’a quelques mois je demande à Bruno [Sevaistre, un proche d'HBA, voir 1ère partie] : « Est-ce qu’Hatem accepterait de venir ici pour rencontrer les supps, discuter avec eux, signer quelques autographes, etc. ? », comme on l’a déjà fait avec certains joueurs. Hatem dit OK, pas de problèmes. Donc, on arrange ce meet & greet pour juste avant le début de saison mais sans arrêter de date exacte car Bruno devait me recontacter le moment venu.

Début août, Bruno me confirme par téléphone que c’est bon, Hatem viendra. J’étais en vacances chez de la famille donc j’organise ça comme je peux. Je reviens le dimanche 10 août pour voir Newcastle-Real Sociedad à St James’ Park en amical et dans la soirée, on annonce sur notre site la venue d’Hatem. La saison reprenait le 16 août et fallait donc faire ce meet & greet avant le redémarrage Premier League et comme Bruno prenait l’avion pour la France le 13 août, notre seule date possible était le mardi 12 août, à 18 heures.

Dans le même temps, Newcastle United avait confirmé la tenue de l’Open day le 12 août [entraînement exceptionnellement ouvert aux supps, à SJP, le seul de l’année, rencontre avec les joueurs, etc.]. Coïncidence totale, je t’assure. D’une part, on n’avait que le 12 comme date possible, et d’autre part, on a d’abord arrêté la date avant de savoir quand exactement l’Open day se tiendrait. De toute manière, comme l’Open day finissait à 14 heures, Bruno me dit : « Hatem peut et veut faire les deux, l’Open day et ton Meet & greet en soirée, pas de soucis, on viendra, Hatem y tient. »

Mais le lendemain, le lundi 11, problème. Le club dit à Hatem : « Tu as décidé de rencontrer des supps le jour même de l’Open day du club et faire ta propre séance décidace, OK. Mais inutile de te pointer à l’Open day du club alors. »

Ah ouais carrément, le club a refusé qu’il vienne à l’Open day alors ?

[Vénère]. Oui, carrément, ils ont refusé, sans plus d’explication. Les médias ont déduit que comme Hatem avait été exclu de l’Open day, il avait décidé, par représailles disons, d’organiser sa contre-attaque sous la forme d’une séance dédicace/autographes. Dingue. C’était juste une coïncidence niveau dates mais il était parfaitement disposé à participer à l’Open day bien sûr, il voulait faire les deux.

Comme je te l’ai dit, je n’étais pas sur Newcastle mais je sais qu’il s’est dit dans les médias qu’Hatem comptait plus ou moins vider son sac pendant ce meet & greet ici même.

Oui, il s’est raconté ça mais ce n’est pas du tout, du tout ce qu’on comptait faire. On avait bien précisé sur notre site Internet qu’Hatem venait chez nous rencontrer les supps, discuter avec eux, sans cérémonie. Jamais dans notre esprit ou le sien il s’agissait de régler des comptes ou créer des problèmes.

Cette rencontre avec les supps a finalement été annulée. Ça n’aurait pas été possible de la maintenir et expliquer à tous ce qu’il s’était passé ?

Non, car entre-temps un cirque médiatique s’était créé et le jour J, un tas de journalistes se seraient pointés ici pour poser des questions à Hatem sur Pardew par exemple, ce qui n’était bien sûr pas du tout l’objet de sa venue ici. Bref, ça aurait été le bordel. Donc, on a dû annuler et mis un bref message sur notre site pour expliquer. Ensuite, les médias ont raconté tout un tas de trucs plus ou moins fantaisistes.

C’est vrai que dans ce genre d’affaire l’approximation règne et la course aux clics prime, au final on ne s’embarrasse pas de vérifications, même parfois parmi les médias dits « de qualité » les plus connus (broadsheets, selon le terme anglais consacré), je l’ai souvent constaté en Angleterre. Surtout quand le joueur en question a un problème d’image (le cas de Ben Arfa en France), les médias se disent parfois que bah, tout passera de toute manière alors pourquoi « s’emmerder » à perdre du temps à vérifier !

Oui, c’est dingue. Les médias racontent parfois vraiment n’importe quoi dans ce genre d’histoire. Tout s’enchaîne à une vitesse folle et tu assistes impuissant à un emballement incontrôlable en te demandant d’où ils sortent tout ça.

Dans ce lien par exemple, le journaliste/pigiste/stagiaire écrit : « Hatem Ben Arfa a décidé de contre-attaquer […] le milieu international français a décidé d’organiser au même moment, dans une librairie toute proche des installations des Magpies, sa propre séance de dédicaces. » Alors que s’il avait vérifié rapidos sur le site du club (ici), il aurait vu que la séance de NUFC finissait à 14 h et non pas « au même moment » que celle du Back Page prévue pour 18 h, comme indiqué clairement sur votre site. Et donc que, ne serait-ce qu’au niveau timing, ça ne pouvait pas coller avec une soi-disante intention de nuire de la part d’Hatem Ben Arfa. Le problème est que ce site, pour ne prendre que celui-là, est très lu et largement repris. Sous cette brève, il y a par exemple 271 réactions, énorme pour un simple communiqué. Tout ça participe à l’instauration d’un climat particulier et fausse le débat à la longue. On cherche à faire le buzz coûte que coûte et au diable les faits quoi.

Oui, tout à fait, c’est un danger permanent. Dans notre affaire, un média comme Talksport par exemple [plus grosse radio sportive britannique] a brodé et raconté un peu n’importe quoi, qu’Hatem avait absolument cherché à faire sa propre séance dédicace, qu’il n’avait pas tenu ses engagements sur ce coup-là et laissé tomber, déçu les supps au final, etc.

Hatem t’a contacté depuis ?

Oui, 4 ou 5 fois. Il est même venu me voir ici le jour de l’annonce de son départ pour Hull City.

Evidemment, t’aurais préféré qu’il reste…

Bien sûr. Mais ce Pardew alors… [vénère]… Quand on pense que Pardew a prêté Mapou Yanga-Mbiwa à l’AS Rome ! Putain, Yanga-Mbiwa a récemment été élu « Défenseur du mois » en Italie ou Meilleur débutant en tout cas… L’autre soir, contre Man City, t’as vu hein, il a totalement muselé Aguero. Yanga-Mbiwa est un crack, l’AS Rome veut même le faire signer du coup, et Pardew, lui, il le prête ! C’est hallucinant.

Le problème est que beaucoup de vos joueurs ont été « Pardewed » comme disent vos supps [To be Pardewed = perdre ses qualités, devenir ordinaire, souvent à cause d’un mauvais positionnement ou d’une frilosité offensive], Pardew faisait par exemple jouer Yanga-Mbiwa arrière droit l’an dernier et la liste des mal-positionnés est longue…

Effectivement, elle est longue ! Quand on a payé 6m £ pour Yanga-Mbiwa, Pardew savait pourtant bien qu’il avait été Champion de France avec Montpellier en arrière central mais bon, va y comprendre quelque chose à Pardew…

On y reviendra sur Pardew et Mike Ashley plus tard mais changeons de sujet. Quels autres footballeurs ou sportifs connus viennent ou sont venus ici ?

Oh, beaucoup, des footballeurs de Newcastle United bien sûr, Bob Moncur est venu, quasiment toute l’équipe du sacre européen de 1969 en fait, Malcolm Macdonald est venu plein de fois, Alan Kennedy aussi [Magpie avant de devenir une Liverpool legend]. Parmi les plus récents, Philippe Albert venait souvent et vient toujours, on a eu Tino Asprilla, Shay Given… Dans l’équipe actuelle, Tim Krul est passé, Cheik Tioté aussi, pas mal de fois. Nile Ranger également… [sans ses flingues espérons]. Quelques commentateurs aussi, comme Martin Tyler [ex Sky].

Pour ce qui est des autres sports, parmi les plus connus on a eu Greg Rutherford, le Champion olympique 2012 du saut en longueur, on l’aide dans les recherches qu’il fait sur Jock Rutherford, son arrière grand-père qui a longtemps joué à Newcastle United et à Arsenal au début du siècle dernier. Egalement feu Alex Higgins, il venait à l’occasion [ancien champion du monde de snooker décédé en 2010 dans des conditions particulièrement tragiques, très connu au Royaume-Uni – en partie pour son lifestyle agité].

Quels événements organisez-vous au Back Page ?

Des lancements de livres, des dédidaces, des discussions, ce genre de chose. Ça permet à tous de rencontrer des gens intéressants et d’échanger. C’est ça aussi le Back Page.

Tu es également auteur d’ailleurs, n’est-ce pas ?

Oui, j’ai publié le livre Black & White Daft* sur la période NUFC 1979-1984. Il s’est correctement vendu, on en a écoulé 3 000 juste via Back Page et Amazon.

Je finis la suite actuellement, de 1984 à 1990, ça devrait sortir Noël prochain en principe. Le livre s’achèvera sur cette terrible demi-finale des play-offs (pour la montée en D1) contre Sunderland en mai 1990 [nda : match A/R mémorable, Sunderland l’emporta 2-0 à SJP au retour, les supps Mags n’apprécièrent pas et envahirent le terrain dans l’espoir de faire abandonner le match. Bande de mauvais joueurs. Peine perdue évidemment. Deux ans plus tard, l'arrivée de Kevin Keegan (manager) et, surtout, des moyens du duo John Hall-Freddy Shepherd, propulsera Newcastle United dans une dimension bien supérieure].

J’ai aussi dirigé le fanzine éponyme pendant quelques années mais on l’a arrêté début 2013**, pour se concentrer sur la boutique et le reste, car c’est très prenant.

[* bouquin intéressant qui contient beaucoup de coupures d'époque de la presse – sur la violence, le racisme, etc. –, de témoignages de supporters et de quelques historiens de club sur cette période sombre du football britannique. ** Bien malheureusement car B&WD était excellent].

Parlons de Newcastle et de la perception qu’ont ses fans de supporter « un grand club ». Une fois, t’as voulu m’impressionner en me disant que le maillot 1995-96 de NUFC [ci-dessous, ère des entertainers de Kevin Keegan] était le plus vendu au monde à l’époque.

Je t’avoue que j’ai toujours franchement du mal à y croire. T’as des preuves, des chiffres ?

Des preuves concrètes, des chiffres, non, mais c’est un fait : ce maillot était le plus vendu au monde à l’époque. Contacte Adidas si tu ne me crois pas. Je ne sais plus où j’ai lu ça mais c’est la stricte vérité.

[J’insiste car tout ça me paraît hautement suspect].

Ecoute, Adidas vendait même plus le maillot NUFC que celui de la Mannschaft à l’époque !

[Je deviens extrêmement sceptique, encore plus qu’en entendant Blair s'ériger en grand thuriféraire des valeurs de gauche ou Cameron nous parler d’égalité des chances… Je ne peux m’empêcher de lâcher un pouffement].

Cette équipe des Entertainers était certes superbe et a d’ailleurs bien failli remporter le titre mais de là à être aussi populaire mondialement, hmm. Je vivais dans le Yorkshire à l’époque et j’ai bien cette période en tête même si je ne suivais pas trop les clubs du North-East. [Je décide de faire dans la brachycérophilie] En fait, les gens aimaient surtout Keegan, Ginola, Asprilla et [Les] Ferdinand, plus que Newcastle United en tant que club…

Mais je t’assure que c’est vrai. Ça peut paraître dingue mais c’est la pure vérité. Tu sais, Newcastle United était le second club de tous les supporters du pays, à part bien sûr ceux de Man United [qui jouait le titre] et Sunderland. Honnêtement, je t’assure, Newcastle etait massive, à l’époque, en Angleterre tout le monde adorait Newcastle et portait la tunique noire et blanche, c’est un FAIT !

[Une vive discussion s’ensuit, sur ce dévastateur syndrome du massive club dont certains supps sont gravement atteints, phénomène fréquemment appelé « delusions of grandeur » en anglais. Putain, j’ai même dû endurer des supps de Middlesbrough l’autre jour me répéter que leur club était « massive ». C’est vrai qu’avec Hartlepool et Darlington comme voisins, je comprends que le sens des réalités des Smoggies soit totalement flingué].

Dans ton livre [sorti en 2009], qui traite de la période Newcastle 1979-84, tu écris ou quelqu’un d’autre écrit je ne sais plus [le livre contient beaucoup de témoignages de supps] : « Newcastle était alors l’un des clubs les plus connus et majeurs de l’époque. » Vu que vous étiez en D2 pendant toute cette période-là, vous n’avez pas l’impression de vous big up un chouia, non ?

Mais non, c’est un fait : Newcastle est l’un des plus grands clubs anglais de ces 120 dernières années en terme d’affluence et de fanbase au niveau international.

[Je fais une moue dubitative]

En Angleterre, surtout dans le Nord, dans des villes moyennes où il n’y a pas de club pro, le maillot le plus porté est celui de NUFC. Tiens, par exemple, avec ma famille on va souvent à Scarborough [station balnéaire de 50 000 habitants du Yorkshire, sans club pro depuis 15 ans] et ben je t’assure que le maillot de Newcastle United est celui qu’on voit le plus.

Je connais ce coin-là et j’ai pas remarqué que vous y étiez si populaire mais bon. [Je contre-attaque] Le fait est que vers 1989-92, avant l’argent de J. Hall & F. Shepherd, vous étiez vraiment un petit club, 20è de D2 en 1992, les gens l’ont oublié ça. Vous faisiez parfois à peine 6 000  spectateurs à SJP, comme contre Oldham en septembre 1989. 6 000, ça fait léger pour un « gros club » !

[Il me reprend de volée] Mais où t’as trouvé des chiffres pareils ?!!! 6 000 spectateurs en championnat, t’as lu ça où ?

Sur la fiche Wikipedia de votre saison 1989-90 (celle-ci), en D2 donc. Il est marqué que vous aviez fait 6 167 spectateurs à domicile contre Oldham. [Avec un peu de mauvaise foi, j’omets de préciser que c’était en Coupe de la Ligue, espérant qu’il ne relèvera pas mais Mick connaît TOUTES les affluences du club depuis des décennies]

[Vénère] Et ben c’est une connerie, ce n’était absolument pas en championnat et en plus SJP était en travaux à cette époque, j’étais à ce match d’ailleurs [Il assiste à tous les matchs à domicile depuis 32 ans]. Tiens, suis moi…

[Il m’emmène dans un bureau, bourré de docu sur Newcastle et me retrouve instantanément tous les programmes des matchs de NUFC pour la saison en question, programmes qu’il a en plusieurs exemplaires. Effectivement, c’est archi faux, leur plus petite affluence en championnat cette saison-là était d’environ 15 000. Mon bluff grossier a lamentablement foiré. Mick savoure son moment…]

[Touché mais pas out, je remets une cartouche] Ouais, enfin bon, vous étiez en D2 quoi, alors ces histoires de « grand club », je veux bien mais ça ne tient pas la route. Votre dernier trophée remonte à 1969 et votre dernier titre de champion d’Angleterre à 1927 !

Je vais te raconter un truc. On a des clients qui, quand ils vont en vacances au Portugal, en Espagne, à Ibiza, Majorque, Tenerife ou ailleurs, s’asseyent à la terrasse d’un bar par exemple et s’amusent à compter le nombre de maillots de clubs non espagnols qu’ils voient. Ben, beaucoup me disent que celui de Newcastle, toutes saisons confondues, est le plus porté.

Ils boivent quoi tes clients Mick ? Et avec ce soleil qui tape fort, ça arrange pas… Me dis pas que le maillot de Newcastle est plus porté à l’étranger que celui que de Man United, Liverpool ou Arsenal.

Si je te jure, tu feras l’expérience si tu veux, je te baratine pas. Peut-être que ces dernières années on a un peu baissé en popularité, mais on a toujours eu un énorme soutien à l’étranger et un gros rayonnement international.

Domestiquement, on a toujours été dans le top 3 en moyenne. Dès le début des années 1900, on avait parmi les plus grosses affluences. Je vais te dire, avant le crash de Munich 1958, on faisait plus que Man United, FACT ! De la création de la Football League (1888) au crash de Munich, Le grand Man United ne nous a battu que 13 saisons sur les affluences moyennes, 13 saisons seulement, sur environ 60.

Ecoute-moi bien, en 1946-47 et 1947-48, on était en D2 et malgré ça on avait les affluences les plus élevées de toute la Football League [qui incluait alors la D1], respectivement 49 379 et 56 839 de moyenne par saison, devant Man United et compagnie. FACT ! Et on était en D2 !!!

[Ma moue est telle que j’en ai des crampes aux muscles faciaux. Il me sort un livre – Through the turnstiles – bourrés de stats et tableaux comparatifs avec les autres clubs. Effectivement, il semble avoir raison. Ou alors il a fait imprimer une fausse version du bouquin rien que pour faire chier les visiteurs Black Cats. Je lui dis que je vérifierai tout ça dans ma doc personnelle mais j’accuse le coup et réponds que je note simplement qu’ils étaient en D2, comme souvent au cours de leur négligeable existence].

Félicitations en tout cas pour ta vitrine « Produits dérivés de club » Mick, tu as un beau p’tit coin Sunderland [2è en bas en partant de la gauche sur la photo, cliquez pour mieux admirer]. Mais t’aurais pu le mettre un peu plus haut hein, pourquoi il est au ras du sol comme ça ?

Et bien, s’il est au ras du sol, c’est que…

Question Concours cadeau : selon vous, comment Mick va-t-il expliquer l’emplacement ras du sol choisi pour le coin Sunderland ?

Kevin Quigagne.

A suivre.

The Back Page, tout près de Saint James’ Park, est la librairie-boutique de football la plus fournie de la planète. C’est aussi le hang-out intello préféré d’Hatem Ben Arfa et de nombreux amateurs de foot du monde entier. C’est du Back Page qu’HBA a voulu lancer ce que les médias ont (erronément) appelé sa « contre-attaque », juste avant qu’Alan Pardew n’expédie l’artiste incompris à Hull City. Rencontre avec son boss atypique, Mick Edmondson, a man you don’t meet every day comme chantaient les Pogues.


Mick, avec l’iconique maillot 1993-95 des Magpies (enfin, « iconique », c’est eux qui racontent ça)

(Avertissement. En tant que supp de Sunderland, j’ai dû faire preuve d’un minimum de bienveillance à l’égard de nos voisins de Newcastle United pour obtenir cette ITW. A partir de cet instant précis donc, je fais entrer TK dans une dimension totalement inconnue et mal maîtrisée : il se peut que j’écrive quelques vagues amabilités sur les Magpies. Si cela devait se produire, que nos lecteurs supps Black Cats ne lancent pas tous une fatwa contre moi).

Pour un Black Cat, le plus dur en poussant la porte du Back Page, véritable shrine (musée, lieu de culte) dédié aux Magpies, n’est pas tant la prolifération de maillots et articles NUFC en tout genre ou la propagande soft mais pesante (grand club, grands joueurs, massive ceci, massive cela). Non. Ce qui fait vraiment mal, c’est que la télé de la boutique, son à donf, passe en boucle des DVDs de NUFC avec une prédilection pour la victoire 5-1 sur Sunderland fin octobre 2010. Evidemment, les Gardiens du Temple, Mick et Dave (le bras droit du boss), se gardent bien de mettre les DVDs où on les rosse 3-0 ou 9-1 à SJP (OK, le 9-1 date un peu, ni radio ni télé à l’époque mais c’est pas une raison).

La souffrance est intense mais l’endroit est unique et son proprio fascinant, alors j’encaisse en silence. Malgré mon appartenance à la tribu ennemie et sa grosse charge de travail, Mick m’a accordé 90 minutes in situ. L’occasion de discuter bouquins, Newcastle United, HBA, Téléfoot, Pardew, hooliganisme, rivalités, Serge le Lama et autre.

[Cliquez sur les photos pour les agrandir]


Un calicot qui en jette.

Mick, qui es-tu ?

J’ai 48 ans, je suis Geordie [habitants de Newcastle et environs] et je supporte Newcastle United depuis toujours. J’ai ouvert le Back Page en novembre 2003. Je suis accro au foot et à United depuis tout petit et j’ai toujours rêvé de créer un endroit comme le Back Page. J’ai aussi joué au football à un honnête niveau dans ma jeunesse.

Je suis aussi DJ dans des pubs et boîtes de Newcastle le week-end, sous le pseudo Mad Mick DJ, ça fait 30 ans que je fais ça. C’est mon métier de départ et c’est d’ailleurs cela qui m’a permis d’ouvrir le Back Page, financièrement et au niveau de ma disponibilité. J’anime un show également, le Mad Mick Show avec des danseuses et tout, c’est au Beyond Bar dans le centre-ville, on s’éclate bien.

T’es trop modeste pour le dire mais je sais, par Dave [son adjoint] que tu as évolué à un excellent niveau à Newcastle United avec les U18, avant qu’une série de blessures ne t’oblige à raccrocher. T’as d’ailleurs joué avec Paul Gascoigne, avec lequel tu es resté ami, c’est bien ça ?

Oui, j’ai joué en Jeunes à Newcastle United de la fin des Seventies au début des Eighties. J’ai effectivement joué avec Paul Gascoigne et on a fait des essais ensemble dans trois clubs pros en tant que jeunes stagiaires, dont Ipswich Town un an après leur triomphe en C3 [1981], sous le grand Bobby Robson. On est ensuite restés amis avec Paul, on se voit toujours à l’occasion, comme Noël dernier mais il vit dans le Sud maintenant. Malheureusement, j’ai dû raccrocher les crampons assez tôt à cause de blessures aux jambes et aussi pour une autre raison : je refusais de jouer le samedi après-midi parce qu’il était hors de question pour moi de rater un match de Newcastle United !

Bel exemple de sacrifice pour son club. Quel est ton tout premier souvenir de Newcastle United ?

Quand on a gagné la Coupe des villes de foires en 1969, j’étais à l’aéroport pour accueillir les héros de retour de Hongrie, les Bob Moncur, Pop Robson, Wyn Davies & co. J’avais seulement 3 ans ½ mais je m’en souviens.

Ah oui, cette fameuse coupe que vous n’auriez jamais dû gagner puisque vous aviez fini 10è de D1 la saison précédente. Quelle bande de vernis alors* !

Attends, attends, on a rien volé hein, les règles sont les règles et on a été admis à la régulière !


30 mai 1969, devant St James’ Park, Newcastle United présente sa Coupe d’Europe des villes foireuses après sa victoire en matchs A/R sur l’obscur club d’Újpest Doza (y’avait que des tocards dans cette coupe en bois cette saison-là de toute manière, même les Glasgow Rangers ont atteint la demi-finale, c’est pour dire)

[*Je persiste et signe : ce sont de sacrés vernis. NUFC avait fini 10è en 1968 et n'était donc absolument pas qualifié pour la Inter-Cities Fairs Cup. Mais les Magpies eurent un coup de bol monstrueux : a) Man United finit 2è et aurait dû disputer la Fairs Cup mais fit la C1 car qualifié d'office en tant que Champion d'Europe sortant b) Everton, 5è, aurait aussi dû la jouer mais comme Liverpool, 3è, la disputait et qu'un seul club par ville était autorisé, pas de Toffees c) idem pour Tottenham et Arsenal, respectivement 7è et 8è et barrés par Chelsea, 6è, qui la disputa d) West Bromwich Albion, 9è, aurait dû donc prendre la place restante mais, en tant que vainqueur de la FA Cup 68, disputa la C2 et libéra ainsi une place. Par un hallucinant et insupportable concours de circonstance de cocu de sa race, Newcastle hérita donc de la dernière place en C3]

Ton premier match à St James’ Park, c’est quand ?

Le 28 août 1971, j’avais 5 ans, un souvenir extraordinaire, c’était Newcastle v Liverpool, et le premier match sous nos couleurs de Malcom Macdonald [NUFC legend], et bim, « Supermac » claque un hat-trick pour son baptème du feu à SJP, 3-2 pour Newcastle ! En plus, il est sorti sur civière avec deux dents cassées sur un choc avec Ray Clemence. Bref, il est d’emblée devenu un terrace hero de SJP.

1977-78 est ma première saison complète à domicile, celle où j’ai assisté à tous les matchs de championnat à SJP. J’ai un abonnement depuis ce temps-là et je n’ai raté qu’un seul match à domicile depuis 1977, contre Tottenham en 1997, manque de bol, j’étais témoin à un mariage. A partir de 1981, je n’ai quasiment rien raté à l’extérieur jusqu’à fin 2003 ou j’ai ouvert Back Page, ce qui a rendu tout déplacement impossible vu que Back Page est ouvert 7 jours/7.

Toute ma famille depuis mon grand-père et avant ont toujours supporté Newcastle. Ma mère, 84 ans, était encore abonnée jusqu’à récemment mais des problèmes de santé l’ont forcée à décrocher.

Tu organises aussi les déplacements de supps via le Back Page Travel Club, n’est-ce pas ?

Effectivement. Newcastle United ne s’occupe plus des déplacements maintenant car en fait, au fil des ans, on leur a piqué le business !

On est plusieurs comme ça à proposer nos services aux supps. Ici au Back Page, on organise les déplacements depuis 11 ans, j’ai rempli jusqu’à 28 bus pour des matchs à l’extérieur. Il faut être membre pour faire nos déplacements, mais l’adhésion à vie n’est que de 3 £. On a plus de 10 000 membres.

Présente-nous ta boutique si particulière s’il te plaît.

Back Page est situé dans le Chinatown de Newcastle, tout près de St James’ Park.

Une épouvantable pièce à ajouter au lourd dossier des terribles conditions de travail et de vie des travailleurs chinois : ceux de Newcastle doivent se cogner cette vue 24 h/24, 7 j./7, 365/365.

La spécialité du Back Page est le livre de sport, surtout de football, on a plus de 3 000 titres de foot différents en rayon. On vend aussi sur Amazon, via le Market Place, on est même souvent moins cher qu’eux et pour les bouquins rares ou difficiles à obtenir on les bat largement niveau prix.

Mais je vends de tout ici, ça va des produits dérivés classiques (DVDs, mugs, pin’s, t-shirts, etc.) aux maillots vintage rares, en passant par des souvenirs personnels d’une certaine valeur, des photos dédicacées ou des ballons signés par des joueurs (football memorabilia), tout ce qui a rapport au football en fait. On fait environ 90 % de football car à Newcastle c’est surtout le foot, c’est une véritable religion ici. Mais c’est aussi une question de place car on est un peu à l’étroit par rapport à notre gros stock donc je privilégie le foot pour l’instant. Quand on (ré)ouvrira le sous-sol, je diversifierai davantage vers les autres sports.

Ça ne se voit pas sur ma photo, mais le ballon de York City (à droite) vaut plus que le Newcastle United. La honte.

Tu comptes t’agrandir en partie pour accommoder ton extraordinaire collection de programmes de match, n’est-ce pas ?

Oui, j’en ai plus de 200 000. On m’en donne ou vend, j’en ai récupéré beaucoup chez des collectionneurs, dans des foires et salons spécialisés, un peu partout. Au fil des décennies, j’ai amassé ce qui doit être la plus vaste collection de programmes de match au monde.

Au premier étage, on propose uniquement les programmes des matchs de Newcastle depuis des décennies, je sais pas exactement combien on en a mais c’est en milliers. La grande majorité de mes 200 000 programmes sont toutefois conservés au sous-sol dans une salle encore fermée au public mais qu’on espère ouvrir bientôt. On compte réorganiser le sous-sol pour justement l’intégrer au magasin et vendre nos programmes mais cela va prendre du temps [nda : j’ai eu la chance de voir et parcourir cette incroyable collection au sous-sol et c’est impressionnant, il y en a absolument partout, des dizaines de bacs, cartons et étagères remplis de programmes. Le genre d'endroit où, si t’amènes ton matelas et une glacière bien remplie, tu passes un week-end de rêve]. Faut tout refaire et aussi installer la télésurveillance car y’a quelques années, quand cette salle faisait partie du magasin, on a subi de la fauche, dont un maillot à 800 £.

Une fois que tous ces programmes du sous-sol seront référencés, étiquetés, évalués et soigneusement présentés dans des bacs spéciaux, on les mettra en vente. Mais c’est un travail considérable comme tu peux l’imaginer, surtout niveau évaluation car ça exige beaucoup de recherche, faut contacter des spécialistes, etc. Et s’agit pas de se planter : la valeur d’un  programme de match varie énormément, de quelques pence à des centaines de £, voire bien plus.

Le Back Page est un endroit très civilisé : il y a même une section Sunderland, non vandalisée lors de ma visite. Pas de doute, nous sommes chez des connaisseurs.

T’as reçu pas mal de médias étrangers depuis quelques années, dont des Français. Je sais que Téléfoot par exemple a rappliqué quand Cabaye a signé à Newcastle. Il est sympa Christian Jean-Pierre en vrai ?

Christian who? [J’explique]. Non, ça me dit rien… Oui, TF1 est venu ici et pas mal d’autres télés du monde entier ces dernières années, allemandes, néerlandaises, scandinaves, etc. En 2012, pour les Jeux Olympiques [football à SJP], on a eu des TV brésiliennes, elles ont débarqué sans trop prévenir avec leurs grosses caméras et toute l’équipe de foot ! Les mecs n’en revenaient pas de découvrir notre boutique.

Y’a quelques années, les mecs de Sky Sports TV étaient souvent fourrés ici, moins aujourd’hui. Pas forcément pour filmer ou autre mais ils adoraient le Back Page et aimaient venir discuter. C’est aussi un rendez-vous de passionnés d’horizons divers. Tu vois par exemple là, en une demi-heure, on a eu 4 ou 5 nationalités en boutique et on a discuté, échangé, plaisanté [nda : souvent aux dépens de Sunderland…]. C’est cosmopolite et enrichissant, c’est tout à fait le genre d’endroit que je voulais créer au départ. [nda : un repaire anti-Sunderland donc]


Une partie de la boutique.

Ouais, j’y reviendrai, j’ai même repéré un Milanais louche qui voulait acheter un T-shirt pas sympa sur Sunderland… Mais parlons d’abord d’Hatem Ben Arfa, un client régulier du Back Page, vous avez d’ailleurs des photos de lui en visite ici sur vos murs. Il vient souvent ? Il vous achète quoi, des poupées Pardew pour y planter des aiguilles ?

[Il se marre] Il est venu plusieurs fois oui. Tu sais, j’ai pas mal discuté avec lui et je te jure, jamais je n’ai entendu Hatem dire un mot de travers sur Alan Pardew, jamais.

Hatem est un gars adorable, super sympa, il vient ici et il écarquille de grands yeux comme un gamin qui découvrirait un magasin de jouets. Il est très curieux, il me pose un tas de questions sur Newcastle United, l’histoire du club, le stade, les supporters, tout. Il regarde les vieilles photos, nos objets, etc. Hatem est vraiment un gars en or et il a Newcastle United dans la peau. Malheureusement, l’anglais d’Hatem est un peu juste alors c’est Bruno qui fait l’interprète. Ça me flingue qu’on l’ait prêté à Hull.

Bruno ?

Oui, c’est un proche d’Hatem, il le connaît depuis l’âge de 12 ans et est souvent avec lui. Il est réalisateur, il a fait un gros docu sur lui et d’autres jeunes joueurs en préformation [nda : s’agit de Bruno Sevaistre. Les 16 volets de sa série A la Clairefontaine – sur la Promotion 86 – sont sur youtube, voici le premier, sympa à regarder].

Venons-en à « l’affaire Ben Arfa » du début août puisque le Back Page en a été l’épicentre. Il a été abondamment dit et écrit qu’Hatem Ben Arfa a voulu organiser ici même une sorte « d’opération anti Newcastle United ». Les médias étrangers et français donc, qui se sont contentés de relayer leurs homologues anglais, ont parlé de « contre-attaque », « duel », « pied de nez », « bras de fer », « contre-soirée » etc. Bref, tout le lexique belliqueux du rapport de force y est passé et HBA s’est fait tailler. Ta version please.

Déjà, il est faux de dire ou écrire qu’Hatem Ben Arfa a voulu organiser quoi que ce soit pour se défendre. Que les choses soient claires : Hatem n’a jamais, jamais cherché à organiser une quelconque contre-attaque ou une dédidace en forme de « réglement de comptes » comme ça a été dit, écrit et commenté ad nauseam.

La vérité est que tout ça a été monté en épingle par les médias anglais et repris machinalement par tous les autres. Un malheureux concours de circonstance au niveau du timing respectif des deux parties [NUFC et HBA] a fait se téléscoper les choses et tout ça a vite tourné au cirque médiatique sans que ni moi ni Hatem ne puissions contrôler quoi que ce soit. Les médias en ont fait une affaire Ben Arfa vs Pardew mais ce n’est absolument pas ce qu’il s’est passé concernant sa venue ici. Il faut vraiment que les gens connaissent la vérité, je vais t’expliquer.

Ouais s’il te plaît car moi j’étais en vacances, totalement deconnecté de l’actu foot et ce n’est que bien après que j’ai lu quelques trucs et entendu les potins des échotiers locaux. Alors, que s’est-il réellement passé ?

Bon, reprenons depuis le début…

A suivre.

Kevin Quigagne.

Il y a cent ans, le jeune manager anglais Fred Pentland débutait un périple européen qui durerait plus de vingt ans. Une aventure qui débouchera sur un évènement aussi sensationnel que majeur : l’apparition du tiki-taka en Espagne.

Les Britanniques ne se sont pas contentés de codifier les règles du football et taper les premiers dans le cuir, il s’en faut. Ils ont aussi largement contribué à sa dissémination et son essor de par le monde, tels d’infatigables missionnaires du ballon rond. Ironique rictus de l’histoire : alors que les clubs et leurs dirigeants imposaient autocratiquement le kick and rush dans la Perfide Albion, bon nombre de sujets de sa Majesté enseignaient au reste de la planète un tout autre modèle, universellement considéré aujourd’hui comme plus élégant, plus efficace et, non sans une pointe de condescendance, plus noble.

Souvent marginalisés ou rejetés au pays pour leurs idées trop audacieuses ou avant-gardistes, beaucoup de ces voyageurs visionnaires devinrent très convoités à l’étranger. Parmi les grands pionniers, Fred Pentland, un gentleman excentrique qui fumait le puro (type de cigare) pendant les entraînements en portant costard-cravate par des chaleurs étouffantes. Mais Pentland, c’est surtout celui qui inculqua patiemment aux Espagnols les principes et vertus du beau jeu.

Golgoths versus Esthètes

En schématisant (car la réalité est évidemment plus nuancée), on pourrait résumer l’histoire stylistique du football sur son premier siècle d’existence - approximativement de 1860 à 1960 - à l’opposition entre deux grands courants : le jeu rudimentaire et physique vs celui basé sur la créativité et technique. En Angleterre, une fois réussie la greffe du passing game écossais sur le football anglais au cours des années 1870 (avatar qui le délesta de ses dernières traces rubgystiques - voir mon dossier là-dessus), on privilégia la physicality et ce que beaucoup ont appelé pudiquement direct football. Les raisons de cette orientation tiennent principalement à l’origine historique et sociale du sport au Royaume-Uni, ainsi que peut-être également au climat (les terrains lourds favorisant le kick and rush), bien que ce dernier point parfois avancé par les historiens du football soit moins convaincant, pour diverses raisons.

Pendant plus d’un siècle, le long-ball game, route one football ou hoofball (autres surnoms du kick and rush, terme inventé dans les années 1950) régnèrent quasi hégémoniquement en Angleterre. Indépendamment des tactiques et dispositifs utilisés (principalement le 2-3-5 avant le crucial changement de la règle du hors-jeu en 1925, qui accoucha du WM, un 3-2-2-3 révolutionnaire), la grande majorité des managers anglais optèrent donc pour une approche robuste et sans fioritures. Puis, l’influence des coupes d’Europe d’abord, à partir de 1955 (ajoutée à la multiplication des rencontres internationales), ainsi qu’une lente pollinisation croisée et hybridation entre les deux « blocs », changeront quelque peu la donne et brouilleront les cartes. Pour autant, nombre d’entraîneurs britanniques ne furent jamais convaincus par cette soi-disante supériorité du physique. Dès le début du XXè siècle, leurs voix dissonantes s’élevèrent mais ils furent soit ignorés et absorbés par le système soit poussés à l’exil. Fred Pentland fut l’un de ces « dissidents » qui dut aller prêcher sa bonne parole à l’étranger [1].

Exil forcé

Après une honnête carrière d’attaquant/ailier de D1 de 1903 à 1913 (principalement à Blackburn Rovers et Middlesbrough - 5 capes anglaises) écourtée par une blessure au genou, Pentland se sent l’âme d’un manager. A Boro, il a évolué aux côtés de l’extraordinairement prolifique avant-centre Steve Bloomer (deuxième meilleur buteur de l’histoire de l’élite anglaise - 317 buts -, derrière Jimmy Greaves et devant Thierry Henry) un personnage qui comptera dans le développement du football à l’étranger, en particulier en Espagne.
Fin avril 1914, à 40 ans, Bloomer raccroche les crampons et conseille à Pentland de le suivre en Allemagne où, pense-t-il, leur vision du football, tout en jeu court et en mouvement, rencontrera plus de succès qu’en Angleterre où la grande majorité des dirigeants et directoires de clubs (omnipotents, jusqu’à sélectionner eux-mêmes les joueurs) ne jurent que par un kick and rush rigide. Les Européens s’initient alors au football et les Britanniques, qui le pratiquent déjà assidûment depuis un demi-siècle, sont vus comme les principaux détenteurs et diffuseurs du savoir.

En juillet 1914, Bloomer se fait embaucher par le Britannia Berlin 92 (aujourd’hui le Berliner SV1892, club amateur) et Pentland prend en charge l’équipe d’Allemagne Olympique.
Las, la guerre éclate deux mois plus tard et Pentland est envoyé dans le camp de prisonniers civils de Ruhleben près de Berlin, où il retrouve Bloomer ainsi que de nombreux autres footballeurs britanniques. Il y restera quatre ans et partagera son temps entre le coaching sportif de militaires allemands et l’organisation d’un championnat interne de football. La guerre terminée, il est nommé entraîneur de l’équipe de France Olympique - ci-dessous - qui se prépare pour les J.O 1920 d’Anvers (elle sera éliminée en demi-finale par la Tchécoslovaquie).

Espagne, terre d’accueil

Peu après, Pentland reprend son baton de pélerin, direction l’Espagne. A l’époque, il n’est guère de terres potentiellement réceptives au football laissées en friche par les Britanniques. Pour beaucoup de ces pays et territoires, la démarche ne relevait pas d’un quelconque prosélytisme ou d’une « évangilisation » footballistique planifiée mais simplement d’un processus naturel, une inévitabilité due à une forte présence planétaire britannique. Dans les pays que ces derniers n’exploitaient pas directement (au propre comme au figuré) dans le cadre de leur vaste Empire, cette population britannique, sédentaire ou itinérante (parfois militaire), transmettait son savoir-faire dans d’innombrables domaines (commerce, industrie, ingénierie, mines, sidérurgie, chemins de fer/transports, chantiers navals, import-export, textile, agriculture, banque/finance, presse/publicité, assainissement, administration, diplomatie, etc.).

Parfois, ce furent des autochtones anglophiles ou des tournées de clubs britanniques qui contribuèrent à accélérer un engouement naissant (e.g le fameux club londonien Corinthian FC en Afrique du Sud en 1897, Swindon Town en Argentine-Uruguay en 1912 ou Chelsea et Exeter City au Brésil en 1914 [2]). Un exemple plutôt inattendu de ce quadrillage serré du terrain planétaire est l’Amérique du Sud : rien que dans la région de Buenos-Aires à la fin du XIXè siècle, on estime la diaspora britannique (Irlande incluse, puisque intégrée au Royaume-Uni) ou d’origine britannique (descendants d’expatriés/colons) à environ 60 000 âmes.

Sur le continent européen, et notamment l’Espagne, ce sont surtout les relations commerciales et industrielles avec le Royaume-Uni qui sont à l’origine du développement du football. Les cités portuaires espagnoles situées sur la façade Atlantique [3] seront parmi les premières bénéficiaires de cet essor (à l’instar du Havre AC en France), notamment celles où l’industrie navale, la mine et/ou la sidérurgie dominent.

nos amis du Moustache Football Club).

Le Havre AC, doyen des clubs français et fondé par des Anglais. En gros donc, Vikash Dhorasoo, c’est la faute aux Rosbifs (crédit photo : nos amis du Moustache Football Club).

C’est dans ce contexte riche en brassage humain, en échanges et opportunités de toutes sortes que Fred Pentland arrive au Racing de Santander en 1920.

Du kick and rush espagnol au tiki-taka anglais

Le Racing est un club en plein développement et Pentland s’y taille immédiatement une belle réputation. Il attire vite la convoitise d’un gros morceau : le voisin de l’Athletic Club (Athletic Bilbao), déjà huit fois vainqueur de la Coupe du Roi (le championnat national de la Liga n’existe pas encore - créé en 1928 - mais la Copa del Rey a démarré en 1903). Preuve de la forte popularité des entraîneurs brito-irlandais : Pentland est remplacé au Racing Santander par le Dublinois Patrick O’Connell, un ex Red Devil qui dirigera Los Racinguistas pendant sept ans puis d’autres clubs espagnols (dont le Barça) jusqu’en 1949.

Le nouveau club de Pentland a été co-fondé en 1898 par des étudiants espagnols anglophiles aidés d’ouvriers navals et gueules noires britanniques (principalement originaires de Sunderland et de Southampton/Portsmouth, d’où le maillot rouge et blanc). L’Athletic a essentiellement été managé par des Anglais (adeptes du kick and rush) depuis sa fondation, dont Billy Barnes, un ancien attaquant de QPR temporairement exilé en Espagne en 1914 pour échapper à la Grande Guerre (il donnera à l’Athletic trois Coupes du Roi). Le football espagnol se professionnalise doucement et l’Athletic offre à Pentland un confortable salaire mensuel de 1 500 pesetas assorti de primes.

C’est chez Los Leones que Pentland va gagner ses galons de grand entraîneur. Décrit par Wikipedia comme ayant « révolutionné le football alors pratiqué par l’Athletic », celui que l’on surnomme désormais El Bombín (l’homme au chapeau melon) fait en effet découvrir à ses protégés un football patient mais vif, basé sur la conservation du ballon, les passes courtes et les enchaînements rapides.
En fait, un tel jeu avait déjà été pratiqué par l’Athletic avant Barnes mais trop sporadiquement pour imprégner le club d’une quelconque « philosophie » de jeu. Pentland tient à former des joueurs complets, polyvalents et à l’aise balle au pied. Il a notamment évolué trois saisons à Blackburn Rovers où le même style de jeu était prisé et il s’en inspire (pour comprendre pourquoi Blackburn, voir article TK - en particulier la footnote [5] - sur les débuts du football anglais et l’influence écossaise, surtout dans le nord de l’Angleterre). Il professionnalise l’équipe, innove et pendant les entraînements qu’il a modernisés et rendus quasi quotidiens, Pentland martèle ses mantras : circulation et maîtrise du ballon, possession, occupation de l’espace, fighting spirit et discipline.

Son jeu posé, conquérant, s’appuyant également sur une présence physique solide, contraste avec les standards ibères existants. Jusqu’ici, le style péninsulaire se caractérisait fortement par son aspect direct, surnommé par les autochtones The English Way ou le « 1-2-3 » (trois passes maximum du gardien à l’attaquant). Fait a priori étonnant mais génétiquement logique : ce modus operandi avait été transmis par des immigrés Britanniques ou rapporté du Royaume-Uni par des Espagnols/Portugais.

Pentland vient tout bonnement d’exporter avec succès l’ancêtre du tiki-taka sur le sol espagnol. Cette rupture avec un passé encore tout frais est un moment séminal dans l’évolution du football ibérique et le séduisant template préconisé par l’Anglais sera vite copié et reproduit ad infinitum dans toute la péninsule.
En 1923, Pentland remporte la Copa del Rey avec l’Athletic. Les joueurs adoptent alors une coutume étrange : à chaque victoire significative, ils lui chipent son chapeau melon et le piétinent. El Bombín en commande alors une vingtaine par saison… La même année, Steve Bloomer, celui qui lui avait conseillé de partir en Allemagne neuf ans plus tôt, le rejoint au Pays Basque pour y coacher le Real Unión Club de Irún, l’un des dix clubs fondateurs de la Liga en 1928-29. Bloomer remportera la Copa del Rey 1924 avec les Txuri-beltz, battant le Real Madrid 1-0 en finale.

Succès sportif phénoménal

En 1925, après deux saisons blanches et des envies d’ailleurs, Pentland signe pour l’Atlético Madrid (alors appelé Athletic Madrid, info ici sur ses liens forts avec l’Athletic Bilbao), un club ambitieux qui vient de se faire construire un stade de 36 000 places. Les Colchoneros atteignent la finale de Coupe du Roi en 1926 mais Pentland a la bougeotte et file à Oviedo l’année suivante, avant de revenir chez à l’Atlético en 1927 pour y remporter le championnat régional du Campeonato del Centro. Au printemps 1929, à la demande du sélectionneur espagnol, il fait même une pige comme entraîneur-adjoint de la Roja le temps d’un match et en profite pour battre l’Angleterre 4-3 le 15 mai 1929 à Madrid devant 45 000 spectateurs, la première défaite de ses compatriotes contre une sélection non britannique. Sa cote est au zénith et il retourne à l’Athletic Bilbao.

Le retour du fils prodige va s’avérer extrêmement fructueux : doublé Liga-Copa del Rey en 1930 et 1931. Le 8 février 1931, l’Athletic inflige au Barça la plus lourde défaite de son histoire : 12-1.

Les titres 1932 et 1933 échappent de peu aux Basques (2è derrière le Real Madrid) mais pas la Coupe du Roi ces deux saisons-là. En 1933, Pentland repart à l’Atlético Madrid. Il y reste deux saisons avant que la guerre civile ne l’oblige à rentrer en Angleterre, où il pige comme entraîneur-adjoint de Brentford (D1) en 1936 avant d’aller manager un petit club du Nord-Ouest de janvier 1938 à l’orée de la Seconde Guerre Mondiale. Entre-temps, l’Athletic a continué sur sa lancée et remporté les titres 1934 et 1936 (ce dernier sous la houlette de l’Anglais William Garbutt, surnommé « The Father of Italian football » par l’auteur Paul Edgerton).

Le 8 décembre 1959, le presque octogénaire Pentland foule la pelouse d’un San Mamés archicomble pour donner le coup d’envoi d’un Athletic-Chelsea donné en son honneur (photo ci-dessus). L’Athletic l’a invité pour lui remettre une haute distinction locale. Une reconnaissance on ne peut plus méritée : les Rojiblancos ont remporté douze trophées sous Pentland. A son décès, le 16 mars 1962, un service religieux en sa mémoire sera célébré dans la « cathédrale » San Mamés.

Méconnu et largement oublié en Angleterre, Pentland est considéré au Pays Basque comme le réel fondateur de l’Athletic, celui qui lui donna ses lettres de noblesse et lui permit de rivaliser longtemps avec les grands. A ce titre et d’autres, on se remémore souvent ce gentleman en lui réservant une place de choix dans la mémoire et l’iconographie footballistiques basques. Idem pour l’Espagne, heureuse héritière de sa formidable legacy qui perdure aujourd’hui, avec la vigueur et le succès que l’on sait. Pour sûrement encore longtemps.

Kevin Quigagne.

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[1] Notons toutefois qu’une proportion de ces exilés ne connaissaient que le kick and rush ou ne juraient que par lui et c’est ce style qu’ils enseignèrent aux étrangers, qui l’adaptèrent aux données locales (morphologie et mentalité de la population, climat, etc.) ou, le plus souvent, le firent considérablement évoluer.

Cette vague d’émigration d’entraîneurs britanniques contient une dimension « alimentaire » quasiment jamais mentionnée (est-elle considérée comme insuffisamment noble ?) mais indéniable. Dès la professionalisation (1885) et le lancement de la Football League (1888), le football devint extrêmement populaire en Angleterre, tant au niveau spectateurs que pratiquants. Naturellement, nombre d’ex joueurs pros souhaitèrent ensuite entraîner ou rester dans le milieu. Or, jusqu’en 1921, seules deux divisions professionnelles existaient, D1 et D2 (une grosse trentaine de clubs), ce qui limitait considérablement les débouchés. Cette implacable réalité incita nombre d’entre eux à tenter leur chance ailleurs, au moment où ce sport se développait considérablement et se professionnalisait à travers le monde.
Il en fut de même pour les travailleurs britanniques ; souvent, ils s’expatriaient pour gagner bien davantage (en particulier dans la construction des chemins de fer où les ouvriers/contremaîtres pouvaient doubler, voire tripler, leur salaire britannique) et/ou échapper au chômage (e.g crise des années 1930).

[2] Ce sont en fait des centaines de déplacements/tournées à travers le monde que des dizaines de clubs britanniques amateurs ou professionnels effectuèrent entre les années 1890 et 1930, souvent sur invitation et pour répondre à une très forte demande, surtout après la première guerre mondiale (liste non exhaustive ici). Ces tournées étaient parfois épiques (2 mois ½ A/R de bateau entre l’Europe et l’Amsud) et même déterminantes. Hormis celles citées dans l’article, certaines sont restées célèbres, tel Exeter City au Brésil l’été 1914 ; la Seleção disputa même son tout premier match contre les Grecians en juillet 1914, un mois après la création de la fédération brésilienne, largement imputable à Charles Miller, considéré comme le père du football brésilien (profitons-en pour mentionner également l’influence de Tom Donohue et d’Oscar Cox dans la naissance du foot au Brésil).

[3] Mais pas que sur la façade Atlantique, e.g le Recreatico de Huelva en Andalousie, originellement Huelva Recreation Club (aujourd’hui en D2), plus vieux club espagnol encore en activité - feu le Rio Tinto FC, créé par des Britanniques, le précéda de onze ans -, fondé en décembre 1889 par Alexander Mackay et Robert Russell Ross, deux médecins écossais de la mine de cuivre du Rio Tinto, propriété britannique (l’industriel allemand Wilhelm Sundheim participa activement également à cette création). En bons notables victoriens (voir article TK, notamment le passage sur la Muscular Christianity, sous l’intertitre « Un curé et un franc-maçon pour donner le coup d’envoi »), ces deux Britanniques se souciaient de la condition physique de leurs prochains et mirent les ouvriers au football/sport. Un mois plus tard, des Britanniques fondèrent Sevilla FC (ici), le premier club spécifiquement créé pour la pratique du foot. Histoire d’éviter les sempiternelles chicaneries de dates entre pionniers (cf Notts County et Stoke City en Angleterre), précisons que le club omnisport du Gimnàstic de Tarragona fut fondé en 1886 mais n’assembla sa première équipe officielle de foot qu’en 1910.

Cher Danny,

Je ne me remets pas de ton départ. Il m’attriste profondément et bouscule mes certitudes. Il est devenu le facteur déclenchant de mes récentes inquiétudes. Celles, notamment, de devoir supporter un club banal. Il y avait eu le limogeage de David, en avril dernier, mais je refusais d’y voir un signe avant-coureur. Je me disais que c’était un cas isolé, un faux-pas sans conséquence. Je me trompais.

Je suis d’autant plus attristé que je comprends les raisons qui t’ont poussé à partir. Tu te baladais tranquillement dans les couloirs de l’hôtel Overlook, Danny, on t’a vu grandir et progresser. Et soudain, cette année, deux frères jumeaux font face à toi et t’obligent à t’arrêter : Angel et Radamel. Ils te regardent en souriant. Tu as peur. Tu ne peux pas reculer. Mais tu ne peux plus attendre. Il y a d’autres enjeux. L’amour de ton club a des limites. Alors, tu fuis par une porte dérobée. Chambre 263. Celle d’Arsenal. Mieux que rien. Tu prétends avoir toujours regardé les Gunners à la télévision avec intérêt. Personne n’y croit, mais qu’importe. A Londres, on te fait confiance.

A Manchester, Alex a toujours compté sur toi. Il connaissait ton potentiel, il t’a couvé, chéri et a patiemment attendu ton éclosion. Si l’on s’en réfère aux standards actuels, elle est venue tardivement, mais c’est la force de Manchester United : former les jeunes, les prêter, les protéger, les faire jouer progressivement, et ne cesser de croire en eux. Au club depuis une quinzaine d’années, tu symbolisais toute la qualité de la formation mancunienne.

Je ne veux pas voir revenir Alex ; je souhaite seulement que les valeurs du club, dont il a hérité et qu’il a renforcées, soient perpétuées. Ton départ ne laisse rien augurer de bon dans ce sens, Danny. Le club est parmi les plus riches de la planète, et tend à le rester. Une deuxième année sans Coupe d’Europe serait vécue comme une catastrophe. Pléthore de pseudo-supporters se tourneraient alors vers des gagnants, le voisin City ou l’honni Chelsea. Les ventes de maillots dégringoleraient et, horreur !, le cours plongerait en Bourse. Pour anticiper, l’équipe dirigeante actuelle s’est mise en tête d’acheter des joueurs à prix d’or, dont le recrutement ne se justifie pas toujours sportivement et dont l’arrivée surprend en cette année de transition. Tout cela ne me dit rien qui vaille. Et le surnom de Van Gaalacticos, encore moins. Nous ne sommes pas une somme d’individualités, nous sommes censés être un collectif.

Tu sais, Danny, il y a encore peu de temps, supporter une équipe étrangère était mal perçu, en France. On t’accusait d’opportuniste ou de traître à la patrie. Les contempteurs ne comprenaient pas mon choix ; or, ce n’en est pas un. Ça m’est tombé dessus, sans que je me l’explique de manière rationnelle et datée. Sans doute ma passion pour Manchester United est-elle née au fil des images vues à la télévision et a-t-elle évoluée au gré des années et des joueurs qui ont arboré le diable rouge sur leur poitrine. Au fond de moi, et un peu bêtement, je préfère Cristiano Ronaldo à Messi, Veron à Riquelme, Van Nistelrooy à Inzaghi, et même Prunier à Thuram.

Je suis bien conscient que cette passion produit des sentiments très ambigus, et que ces griefs adressés aux nouveaux visages de mon équipe ne résisteront pas longtemps aux résultats positifs futurs. Mais toi, tu resteras à part, Danny. Bien qu’ils en retrouveront très vite, les gens qui t’ont poussé dehors ont perdu du crédit à mes yeux. Et je tâcherai de ne pas l’oublier.

Bonne route et à bientôt,

Matthew