Archive for août, 2014

Teenage Kicks démarre sa cinquième saison avec une preview des championnats de Football League (D2 à D4) et Premier League. A tout saigneur, tout honneur, on entame donc avec la D4 (suite et fin aujourd’hui), ce minot avec ses clubs tout pouilleux et leurs buvettes qui puent la Marmite mais qui réservent aussi quelques surprises.

Deuxième partie de la preview D4. Si vous avez honteusement raté la première, elle est ici.

Le classement après quatre journées (sur 46). Liste et carte des 24 clubs.

Le sketch Benny Hill anglo-français (suite et fin)

L’étrange attelage se poursuit deux mois (Renard manage l’équipe en tandem avec l’adjoint de l’entraîneur limogé, Le Roy se pointe à l’occasion mais juste pour les matchs, le proprio magouilleur tente de sauver le club du redressement judiciaire). Selon les médias anglais, cet « arrangement contractuel » est censé tenir jusqu’à la fin de saison, suivi en principe d’un vrai contrat de deux ans. Détail cocasse : le salaire de Le Roy (le « contrat moral » n’était donc pas complétement philantropique) est partiellement financé par Dr. Johnny Hon, un Docteur en psychiatrie et businessman de Hong-Kong qui siège au directoire du club (il a étudié localement et s’est fait bienfaiteur des causes locales). La barque un peu bancale est néanmoins menée à bon port puisque le maintien est confortablement assuré, Cambridge finissant 13è.

Nul besoin d’être Grand Maître en art divinatoire pour prédire la suite. La saison à peine terminée et sentant peut-être une implosion imminente, Le Roy reprend sa bourlingue, direction le Congo. « Je n’étais là que pour aider mon ami Hervé Renard », lâche-t-il à un canard local. Bizarrement, il se repointera en novembre 2004 pour diriger un entraînement avant un match de FA Cup ; Renard est nommé entraîneur en mai 2004 mais, après un bon début, est licencié mi décembre 2004 (Cambridge est 23è) ; le club vend son stade 2m £ en leaseback pour payer ses dettes (et en devient donc locataire, à 200K/an) ; le club est placé en redressement judiciaire en avril 2005 ; le psychiatre de Hong-Kong démissionne du directoire ; Cambridge finit 24è et descend en D5 où il végétait jusqu’à aujourd’hui. Welcome back en Football League à Cambridge United donc.

Toujours en proie à des problèmes de trésorerie, les U’s ont dû décrocher leur sésame aux play-offs. On aura donc Oxford et Cambridge en D4 cette saison (une première depuis dix ans). Si ça ne devrait pas trop faire bander footballistiquement parlant, ça relèvera le niveau intellectuel de la division, au moins sur le papier.

Les clients à la descente

Aussi nombreux que les candidats à la montée. Aux avant-postes, le minot Accrington Stanley, sempiternel relégable en puissance mais toujours là depuis 2006, un miracle permanent.

L’ex international anglais et Southampton legend James Beattie (ci-contre) est toujours aux manettes. Il a grandi localement et assume cette fonction plus par passion et défi qu’autre chose (il ne touche que 4 000 £/mois). Et gérer le plus petit club de Football League est un challenge permanent. Il faut, entre autres casse-tête, jongler avec la gestion ric-rac de l’effectif, négocier serré pour se faire prêter des joueurs pour peanuts, solutionner les incessants problèmes de logistique ou d’infrastructure et composer avec un budget scoubidou d’à peine 2m £. Un exemple : l’an dernier, les 4 attaquants touchaient 6 000 £/mois… à eux quatre ! En août 2013, Beattie dut même sortir 40 000 £ de sa poche pour payer des arriérés fiscaux du club, menacé d’interdiction de transfert. Il a même dit devoir parfois s’occuper des billets des supporters en déplacement et nettoyer lui-même les toilettes du club… Pour un gars qui roulait en Lamborghini et touchait 150 000 £/mois il y a peu, c’est un sacré dépaysement.

La ville d’Accrington (35 000 habitants, Lancashire, comté berceau du football) occupe une place privilégiée dans l’histoire du football anglais, le genre d’endroit qui fait saliver les puristes et les geeks du ballon rond : Accrington FC était l’un des douze clubs fondateurs de la Football League en 1888 (formé en 1876, dissous en 1896 ; puis Accrington Stanley prit la relève en FL de 1921 à 1962, avant d’être également liquidé en 1966… pour être reformé en 1968, en non-League jusqu’en 2006 donc. D’où leur devise officieuse : The Club that wouldn’t die, le club qui refuse de mourir).

L’effectif paraît léger et ça risque une nouvelle fois de coincer. 1 seul point de gratté en 4 journées. Enfin, ils se sont renforcés devant : Francis Jeffers a été libéré, c’est déjà ça de pris.

Il convient également de caser ici le petit Morecambe car les Shrimps (Crevettes) flirtent souvent avec la relégation, mais comme vous devez vous en battre les paupières avec une épuisette taille XL de ces Crevettes, inutile d’épiloguer sur ces minots qui servent les meilleurs meat pies du pays (petite tourte fourrée à la viande – et à la bière parfois, steak & ale pie –, mets emblématique de la gastronomie britannique de stade). Ils arrivent même à les vendre à Harrod’s, balèze. Peut-être devraient-ils se reconvertir en restaurant finalement.

J’ les pourris, j’ les pourris mais pour l’instant, ils me foutent la honte car ils signent un début tonitruant : 12 points engrangés sur 12 possibles, le seul des 72 clubs de Football League à signer un 100 % !  Ils doivent ce meilleur début de leur histoire au duo Paul Mullin (19 ans) & Kevin Ellison (35 ans, vieux briscard de la Football League, signalé par TK dans la preview D4 2013-14), déjà 7 buts pour le prolifique tandem.

J’aurais donc logiquement dû mettre Morecambe dans la rubrique « Les candidats à la montée » mais j’ai vraiment un mal de chien à me dire que Morecambe peut réellement monter… (ils ne sont en Football League que depuis 2007 mais faillirent bien accéder à l’étage supérieur en 2010, ils finirent 4è et furent sortis en demi-finale des play-offs).

On craint aussi pour Exeter City, l’un des rares clubs professionnels anglais gérés par ses supporters, via le Exeter City Supporters Trust. Les Grecians vont mal financièrement et ont dû se séparer d’une dizaine de joueurs, dans l’ensemble expérimentés (ils ont contracté un prêt d’urgence auprès de la Football Professional Association en juin et fonctionneront avec un budget réduit). Equipe par conséquent très jeune.
Le manager, Paul Tisdale (ci-dessous, en vert et rose donc) est en place depuis plus de huit ans, de loin l’actuel record de Football League. Tombé dans le management par hasard et par des voies de traverse (la filière universitaire, fait rarissime en Angleterre), l’ex Saint a réussi l’exploit de faire passer Exeter de la D5 à la D3 avec une équipe quasiment inchangée. Ne vous étonnez pas s’il arpente toujours la zone technique sapé comme un Lord branché, Tisdale est le meilleur pote du designer de mode Ted Baker, confiait-il en août 2010 dans feu l’excellent magazine Non-League 24.

Tisdale forme un solide duo avec son adjoint Steve Perryman, l’ex Tottenham legend, mais ses jours sont peut-être comptés. Un mauvais point aux Grecians : les billets les plus chers de la division (détails), pas super chouette pour un club managé par les supporters. Ah ces supps, décidément, de plus en plus embourgeoisés…

La dernière fois qu’Exeter a connu de grosses turbulences (il y a une douzaine d’années, épisode totalement surréaliste, voir mon article là-dessus), ils avaient fait appel à Michael Jackson et Uri Geller (qui habitait localement) pour les sortir du fossé, Geller jurant « d’utiliser ses pouvoirs paranormaux pour faire maintenir Exeter ». Ouais, bon, il a dû perdre son mojo l’ami Uri car Exeter était illico descendu en D5 avec des dettes pas possibles et un redressement judiciaire au cul (et donc, les supps avaient pris le relais). Alors prions fort pour qu’ils s’en sortent…

Les joueurs à surveiller

Hormis ceux déjà cités ici, mentionnons :

- La moitié de l’équipe de Bury, en particulier Mickey Adams, Ryan Lowe, Pablo Mills, Daniel Nardiello, Danny Rose, Kelvin Etuhu et Tom Soares. Les deux premiers sont des anciens de la maison et les deux derniers des milieux expérimentés qui ont longtemps évolué dans les divisions supérieures, y compris Premier League.

- Abu Agogo, Dag & Red, ex attaquant de 24 ans reconverti en milieu, en forme (2 buts).

- Kwesi Appiah, Cambridge, attaquant prêté par Crystal Palace. A 24 ans, le Londonien formé au « Club internet » d’Ebbsfleet en est déjà à son 14è club et son 9è prêt. C’est son deuxième passage chez les U’s, il y avait claqué 10 pions en 14 matchs en 2013 (en D5).

- Danny Hollands, Portsmouth, milieu de 28 ans passé par la D2. Prêté par Charlton en fin de saison dernière, il en profita pour claquer 5 buts en 7 matchs.

- Liam Lawrence, Shrewsbury, 32 ans, milieu. Grosse expérience du haut niveau : 250 matchs avec Portsmouth, Stoke et Sunderland en PL ou D2, 15 capes irlandaises et deux saisons au PAOK en Superleague grecque. Longtemps ailier, il joue milieu central depuis deux saisons. Sera le taulier des Shrews.

- Ricky Miller, Luton. Cet attaquant de 25 ans a claqué 28 buts en D6 l’an passé et pourrait être l’une des révélations de l’année s’il gratte suffisamment de temps de jeu.

- John-Joe O’Toole, Northampton, milieu offensif de qualité, 13 buts avec Bristol Rovers l’an dernier.

- Stuart Parnaby, Hartlepool, latéral droit chevronné, 8 saisons de Premier League avec Birmingham City et surtout Middlesbrough. Peu utilisé à Boro, il a fait le court déplacement chez les Monkey Hangers où il retrouve (comme manager) Colin Cooper, son ancien coéquipier de Boro.

- Billy Paynter, Carlisle United, 30 ans, bon buteur de Football League. A laissé passer sa chance en D2 (Southend, Brighton, Leeds, Doncaster) mais loin d’être un peintre (OK, OK, je me suis pas foulé pour la (res)sortir celle-là).

- Reuben Reid, Plymouth, avant-centre de 26 ans passé par West Brom, 17 buts en D4 la saison dernière (2è meilleur buteur de la division).

Chez les jeunes :

- James Collins, Shrewsbury, solide attaquant irlandais de 23 ans formé à Aston Villa, de retour chez les Shrews après une saison ratée chez les Ecossais d’Hibernian (les Hibs ayant été relégués, il est tout excusé). N’a pas perdu de temps pour se rattraper : déjà 3 buts en 3 matchs de championnat.

- George Francomb, Wimbledon, milieu de 23 ans formé à Tottenham et Norwich, excellent distributeur et centreur.

- Jake Howells, Luton, milieu/ailier gauche de 23 ans, ex Espoir gallois.

- Luke James, Hartlepool, attaquant de 19 ans, 13 buts l’an dernier. A signé un nouveau contrat mais est convoité par plusieurs clubs de D2/D3, dont Peterborough.

- Jed Wallace, Portsmouth, milieu offensif très vif de 20 ans et international U19 anglais, excellent la saison dernière (meilleur buteur, 7 buts).

Les vieux de la vieille

- Patrick Agyemang, Portsmouth, 34 ans. Ex Wimbledon & QPR et 2 capes ghanéennes. Pas sûr qu’il joue beaucoup par contre.

- Luke Chadwick, Cambridge. L’ex milieu/ailier de Man United, 33 ans, évoluait chez les faux Dons de Milton Keynes (D3) ces dernières années. Retour au bercail pour le natif de Cambridge, prêté aux U’s par le Franchise FC en fin de saison dernière.

- David Connolly, Portsmouth. Attaquant de 37 ans, joueur le plus expérimenté de D4, 41 capes irlandaises et ancien de D1 (Sunderland, Wigan, Feyenoord, entre autres). Pourrait être (re)prêté, ne s’entendrait pas des masses avec le nouveau manager.

- Richard Cresswell, York City. Avant-centre de 37 ans, pilier de Football League (joua même en PL) et de retour au bercail.

- L’increvable Jamie Cureton, Dagenham & Redbridge, 39 ans et 32 buts en championnat des deux dernières saisons. En 20 ans de carrière pro (14 clubs, 261 buts/753 matchs), ce bourlingueur a connu toutes les divisions, y compris la PL avec Norwich.

- Marlon Harewood, Hartlepool. Attaquant de 35 ans d’une efficacité toute relative mais grosse expérience du haut niveau : il a joué dans 4 clubs de Premier League, dont West Ham et Aston Villa.

- Jason Koumas, Tranmere, 35 ans. Ce milieu offensif classieux a évolué parmi l’élite (avec West Brom et Wigan, aussi 34 capes galloises) et revient à ses premières amours.

- Ryan Lowe, 36 ans, Bury, 19 buts l’an dernier avec Tranmere (alors en D3).

- Matt Oakley, Exeter, 37 ans. Ex Saint et Ram (Derby County), 22è saison pour le milieu de terrain, dont 12 en Premier League. Encadrera la classe biberon des Grecians (flopée de joueurs de 18-22 ans).

- Mark Tyler, Luton, 37 ans. considéré comme l’un des meilleurs portiers de D4 avec Matt Duke (Northampton) et Barry Roche (Morecambe). 23 clean sheets l’an dernier en championnat de D5, record Hatter.

- Paul Wotton, Plymouth, 37 ans. Vieux briscard de la Football League, aussi employé comme entraîneur.

Les entraîneurs en vue

L’an dernier, je vous présentais Gareth Ainsworth, Phil Brown, James Beattie, Justin Edinburgh et Nigel Worthington (tous toujours en place), cette année on s’intéresse à :

- Colin Cooper, Hartlepool. Grosse carrière de joueur (11 saisons de Premier League avec Forest et surtout Middlesbrough, 2 capes anglaises). Tente depuis un an de revitaliser Pools, descendu de D3 en 2013 et un peu moribond depuis deux ans.

- David Flitcroft, Bury. En place depuis une demi-saison chez les Shakers, ce jeune manager (40 ans) est déjà très coté.

- Nicky Mellon, Shrewsbury. L’Ecossais a fait passer Fleetwood Town des profondeurs de la non-League à la Football League (certes, avec un gros budget) et pourrait bien faire remonter illico des Shrews qui ont les crocs. D’ailleurs, ils ont tapé Leicester avant-hier soir en League Cup, 0-1.

- Richard Money, Cambridge. L’ex défenseur de Liverpool est experimenté et devrait maintenir les U’s.

- Gary Rowett, Burton Albion (qui a sorti QPR en Coupe de la Ligue hier soir, 1-0). Fait du super boulot chez les Brewers depuis 2012 et la fin de l’ère Paul Peschisolido, ce Canadien plus connu en Angleterre pour être le mari de Karren Brady, vedette TV et vice-présidente de West Ham, que son pote David Cameron vient de nommer peer (droit de siéger et buller/ronfler avec les 800 autres plutocrates de la Chambre des Lords). Il se dit que les Conservateurs veulent hausser son profil politique afin de la pole-positionner pour la mairie de Londres aux élections de 2016 (et ensuite, après Boris Johnson, Brady future Premier Ministre ? Brady PM, God help us all…).

- John Still, Luton. A enfin extrait les Hatters de la non-League. Grosse cote en Football League, est l’homme qui fit accéder Dagenham & Redbridge à la FL avec des bouts de ficelles.

Les plus grosses et plus faibles chambrées

L’affluence moyenne de D4 était de 4 352 la saison dernière, ce qui est fort honorable vu qu’une place de D4 coûte en moyenne 20 £ et un abonnement environ 350 £ (pour 23 matchs).

Les grosses chambrées :

- Fratton Park (Portsmouth) devrait continuer d’attirer une moyenne d’environ 15 000 spectateurs cette saison (15 461 l’an passé, + de 10 000 abonnés).

- Le promu Luton Town, ex pensionnaire de D1 de 1982 à 1992 (et également dans les années 1950), devrait faire autour de 8 500.

- Plymouth, Southend ainsi qu’Oxford ont fait respectivement 7 304, 5 959 et 5 923 l’an passé.

Les p’tites chambrées, moins de 2 000 : Accrington, Dag & Red et Morecambe.

Le club à suivre

Luton Town, évidemment. Champion de Conference National (D5) haut la main, 19 points d’avance. Est l’un des favoris pour la montée en D3.

Luton, c’est aussi un cas à part. Hormis Stockport County, passé de la D2 en 2002 à la D6 en 2013, aucun club anglais n’a jamais dévalé les cinq divisions professionnelles aussi spectaculairement que les Hatters : encore en D1 en 1991-92 (avec dans ses rangs notamment l’ex Caennais Brian Stein), le club avait dégringolé en D4 en 2001.

Après un sursaut d’orgueil dans la première moitié des Noughties (D2 en 2005-07), Luton sombra de nouveau et l’impensable est arrivé en 2009 : l’ex pensionnaire de l’élite a quitté la Football League (D2 à D4), synonyme de statut, visibilité et aussi de revenus bien plus substantiels qu’en D5 (la différence entre les deux niveaux est d’1m £ par an minimum, hors billetterie).

Les raisons de cette dégringolade jusqu’en non-League sont autant sportives qu’administratives. Mais ce qui a fait très mal, outre le redressement judiciaire en 2007 (et la pénalité de 10 points), ce sont les 30 points de déduits pour la seule saison 2008-09 (irrégularités diverses, détails). Mauvais timing pour Luton, car c’est l’époque où les instances avaient décidé de taper fort sur les mal gérés, les mauvais payeurs et les margoulins, un serrage de vis précipité par le fiasco ITV Digital de 2002 (ici), alors le principal bailleur de fonds de la Football League, effondrement qui eut de sérieuses répercussions pendant longtemps. Après 2002, on assista en effet à une cascade de redressements judiciaires et retraits de points sans précédent dans l’histoire du foot anglais (outre Luton) : Boston, Wrexham, Cambridge, Bury, Rotherham, Leeds, Darlington, Bournemouth, Stockport, Rotherham, Southampton, Hartlepool, Crystal Palace… Plus de 200 points de pénalité au total furent infligés entre 2003 et 2010 (précisons toutefois que Leeds avait largement creusé sa tombe alors que les Whites étaient en Premier League, tout comme Portsmouth plus tard).

Luton ne put remonter le déficit mais décrocha tout de même le Football League Trophy (Coupe des clubs de D3 & D4), victoire 3-2 à Wembley contre Scunthorpe, grâce à un but du mythique Claude Gnakpa en prolongation devant 55 000 spectateurs.

Cette remontée en Football League après cinq ans de purgatoire chez les non-Leaguers fera aussi du bien à la ville, dont l’image a morflé ces dernières années (« berceau » de la puante English Defence League et réputation de « nid à terroristes », ici et ici par exemple).

Le succès a rameuté les clubs voisins et Luton a perdu plusieurs joueurs clés, notamment Andre Gray (30 buts/44 matchs l’an dernier, transféré à Brentford en D2) et Ronnie Henry, le leader et capitaine de l’équipe parti chez les rivaux de Stevenage.
Pour s’imposer, Luton comptera sur Andy Drury (milieu expérimenté de 30 ans), Pelly Ruddock Mpanzu (puissant milieu de 21 ans), Paul Benson (17 buts l’an dernier). Sans oublier bien sûr l’étonnant Steven McNulty, défenseur central de 31 ans (ci-dessous à gauche – élu meilleur Hatter l’an dernier s’il vous plaît), surnommé « sumo » par les supps, eu égard à ses 90 kilos pas franchement 0 % matière grasse.

S. McNulty, une bedaine à rendre jaloux Steve Elliott (Cheltenham, à droite)

A noter que tous ces surnoms (“The Beast” pour Akinfenwa ou “Sumo” pour McNulty) ne sont pas follement originaux, d’autres avant eux les ont portés. Jon Parkin, ex pilier de Football League, s’est aussi fait appeler “The Beast” – bestial, mais dans un autre registre – et Tomas Brolin, Neil Ruddock et surtout le légendaire Micky Quinn – ex Newcastle et aujourd’hui célèbre présentateur radio – furent également surnommés “Sumo” par les supps, qui aimaient chanter sur Quinn : « He’s fat, he’s round, he cost a million pound, Micky Quinn, Micky Quinn » avant de balancer dans sa direction des meat pies achetées/volées/braquées à la buvette (aucune classe ces Mags). Et un jour, devant la tribune Gallowgate – le Kop de St James’ Park – Quinn en récupéra une et la croqua devant un Kop hilare ! Ses 86 kilos, pour 1,78m, ne l’empêchèrent toutefois pas de claquer 233 buts en championnat.

Luton Town, c’est aussi un stade très pittoresque avec un extraordinaire accès à la tribune supps extérieurs, ci-dessous. Voir l’article TK sur ces stades britanniques très spéciaux.

Le club à pas suivre

Aucun club réellement antipathique ou superflu comme MK Dons en D3, Millwall en D2 ou Newcastle United en PL mais « l’habitat naturel » de Dag & Red étant la non-League, on n’en voudra pas aux Daggers d’y retourner. Et pis les Daggers ont Joss Labadie dans l’effectif, un disciple de Luis Suárez (il aime croquer), raison de plus.

[oui, hormis l’update sur Labadie, c’est un copié-collé sur l’an dernier, j’ai pas changé d’avis]

Les pronos TK montées et descentes

J’avais réussi un petit 2/6 dans mes prédictions l’an dernier, scorant sur la montée de Chesterfield et Fleetwood mais me plantant dans les descentes. J’ai tout de même fait mieux que ce cancre de Didier Féco, en charge de la Premier League (0/3) mais moins bien que Pan Bagnat qui a scoré 4/7 avec sa D3 (lucky bastard) et Matthew Dymore (3/6 - mais bon, ça compte pas, il avait le condamné d’office Yeovil dans sa division, la D2). Je n’ai toujours pas digéré cette humiliation alors j’ai passé mes vacances à tester différents systèmes de pronos sur un tas d’animaux. Je pronostique donc :

Montées (4) : Bury, Luton, Portsmouth, Shrewsbury.

Descentes (2) : Accrington Stanley, Exeter.

Kevin Quigagne. 

Teenage Kicks démarre sa cinquième saison avec une preview des championnats de Football League (D2 à D4) et Premier League. A tout saigneur, tout honneur, on entame donc avec la D4 (1ère partie aujourd’hui), ce minot avec ses clubs tout pouilleux et leurs buvettes qui puent la Marmite mais qui réservent aussi quelques surprises.

Le classement après quatre journées (sur 46) et la liste & carte des 24 clubs.

Les rubriques :

- Les prétendants à la montée
- Le sketch Benny Hill anglo-français (bonus D4)
- Les clients à la descente
- Les joueurs à surveiller
- Les plus grosses et plus faibles chambrées
- Le club à suivre
- Le club à pas suivre
- Les vieux de la vieille
- Les entraîneurs en vue
- Les pronos TK montées et descentes

Les prétendants à la montée

Une douzaine, pour 4 places (3 automatiques + 1 aux play-offs). Championnat toujours serré, 13 points d’écart seulement entre les 7 premiers l’an passé et 14 la saison précédente (sur 46 matchs). Des budgets homogènes, autour de 3m £ pour la majorité des clubs (approx. 1,8m pour les plus gueux), expliquent ce tassement. Et c’est tant mieux car sans favori qui ne se dégage vraiment, on devrait encore vivre une passionnante saison de D4.

Luton Town, ex D1 (surtout années 80-1992), traité dans la deuxième partie, rubrique « Le club à suivre ». Le promu de D5 (champion avec 19 points d’avance sur le deuxième, Cambridge United) est un peu le nouvel épouvantail de la D4 même si les Hatters ne semblent pas avoir l’effectif pour jouer la montée automatique, surtout depuis le départ de leur buteur Andre Gray (30 buts/44 matchs l’an dernier) à Brentford, D2. Ça pourrait le faire cependant, peut-être via les play-offs. Départ moyen, 5 points engrangés sur 12 possibles.

Bury, moribond et endetté depuis quelques saisons (relégué de D3 en 2012-13, saison pendant laquelle le club fut temporairement interdit de transfert et dut emprunter de l’argent à la PFA – syndicat des joueurs – pour payer les salaires), ce club de Greater Manchester a récemment trouvé son sauveur : Stewart Day, un businessman de 32 ans qui fait dans l’immobilier étudiant. Epaulé par trois associés fraîchement élus dans un directoire renouvelé, ce lifelong fan a sauvé le club d’un redressement judiciaire probable en injectant 2m £ depuis la reprise du mourant en juin 2013 (surtout pour rembourser les dettes). Un gros bon point d’entrée pour le nouveau boss : les billets en baisse, les moins chers de la division même, seulement 15 £ la place (prix unique) et des abonnements très raisonnables à 250 £ (et ouais, 300 € est bien inférieur à la moyenne de la D4 anglaise). Bury fête ses 130 ans cette saison et Day veut faire revenir les 15 % de spectateurs qui ont déserté ces dernières années. A correctement commencé la saison, 7 points pris, mais seulement 5 buts inscrits.


Friends Reunited, tout le monde est back cette saison.

Portsmouth. A fini 3è après une saison fébrile et peu convaincante (22è à sept journées de la fin) mais listé d’office ici vu son standing et aussi car j’ai une tendre affection pour l’ex club de Vincent Péricard (Fratton Park est l’un de mes tous premiers stades anglais visités, il y a presque 35 ans). Un superbe emballage final réalisé sous le leadership d’Andy Awford, l’ex Pompey legend nommé manager fin mars : 5 victoires et 2 nuls sur les 7 derniers matchs. A peut-être sauvé le club de l’humiliation suprême pour un ex Gros : la descente en non-League. A commencé fort, 10 points pris.

L’obstacle principal vers la remontée demeure l’instabilité de Pompey – 3 managers et 41 joueurs utilisés l’an dernier (même si les choses s’améliorent) – et, corollaire naturel, la fragile situation financière (là aussi, ça va mieux, des travaux de mise aux normes porteront Fratton Park à 20 000 places), conséquences d’un quinquennat cauchemardesque : quatre propriétaires désintéressés et magouilleurs, une ambiance hall de gare (77 joueurs en transit sous l’ère Harry Redknapp 2.0 ; normal, ‘Arry touchait – légalement – des commissions sur les achats-ventes), trois relégations, deux redressements judiciaires et plus de dettes qu’un ministère grec. Refonte totale en avril 2013 : 51 % du club appartient désormais à 2 300 supporters via le Portsmouth Supporters Trust et le reste à 11 actionnaires fortunés qui ont injecté plus de 50 000 £ chacun dans le nourrain (2.5m £ collectés au total).

On est loin du Pompey qui s’offrait Peter Crouch pour 11m £, payaient ses vedettes 300 000 £/mois, faisait trembler l’AC Milan en coupe d’Europe (un 2-2 chanceux pour les Rossoneri, acquis dans les dernières minutes) et flambait en Premier League (8è en 2008). C’était pourtant y’a à peine cinq ans…

Le discret John Portsmouth Football Club Westwood (c'est son nom officiel, si si)

Le discret John Portsmouth Football Club Westwood (c'est son nom officiel, si si)

Comme lors des deux dernières saisons, Burton Albion pourrait bien de nouveau surprendre (4è et finaliste des play-offs en mai dernier). Les Brewers, des minots coincés entre Derby et la conurbation de Birmingham (2,5m d’habitants), ne sont en Football League que depuis 2009 (merci Nigel Clough, fils de) mais visent déjà crânement la D3. Va cependant falloir marquer un peu plus, seulement 47 pions l’an dernier (en 46 matchs), 20è attaque de D4. Les résidents du Pirelli Stadium ont commencé pied au plancher, déjà 10 points au compteur.

Southend United et Oxford United (encore un autre ex pensionnaire de D1, dans les Eighties), 6 000 spectateurs chacun de moyenne (contre 4 200 pour la D4), respectivement 5è et 8è la saison dernière, devraient pourraient être aux avant-postes en fin de saison (surtout Southend). Enfin bon, ça c’est la théorie car Oxford connaît quelques turbulences en coulisses et sur le terrain actuellement (zéro point en 4 matchs ! 8 défaites de championnat d’affilée, record du club. Finalement, j’aurais dû mettre ces losers dans la rubrique « Clients à la descente »).
On souhaite bonne chance au jeune et nouveau manager d’Oxford, Michael Appleton (38 ans), qui poursuit sa grande tournée nationale des clubs Barnum : a managé Portsmouth, Blackpool et Blackburn depuis 2011. Bref, en trois saisons, Appleton a dû prendre dix ans et avaler deux caisses d’anxiolytiques. Allez, encore un petit effort et un passage par la case Leeds/Port Vale/Newcastle et le mec sera bon pour la clinique psy avant la quarantaine.

Parmi les quatre relégués de D3 (et donc forcément candidats à la montée), Shrewsbury et Tranmere Rovers semblent les mieux placés pour retrouver l’étage supérieur, surtout le premier cité. Les Shrews ont enregistré pas moins de 17 arrivées (dont le milieu australien James Wesolowski et Liam Lawrence, ex Sunderland & Stoke) qui remplacent les 20 prêtés (!) de l’effectif passé et pourraient faire mal si la mayonnaise prend bien entre tous ces nouveaux. A noter la présence dans l’effectif de l’attaquant toulousain Jean-Louis Akpa-Akpro, 29 ans et déjà vieux routier de la Football League. Bon démarrage, 8 points et 9 buts marqués.

Shrewsbury Town Football Club pourrait jouer les trouble-fête. Ici, leur ancien écusson, de 1993 à 2007, avec la chouette devise du comté (que nos lecteurs non Latinistes – on en a quelques uns, notre grande tare - ne s’excitent pas, ça veut pas dire “salopes en fleur”).

Tranmere Rovers, le troisième club pro de Merseyside et forcé de vivre à l’ombre de ses deux illustres voisins malgré le gros bassin de population local (320  000 habitants de ce côté-ci de la Mersey, appelé le Wirral – évidemment, ces glory hunters supportent en majorité EFC ou LFC), est néanmoins en proie à de sérieux problèmes financiers depuis quelques années (2m £ de dettes), difficultés qui ont forcé le club à vendre des jeunes espoirs tels Aaron Cresswell (aujourd’hui à West Ham) et surtout Dale Jennings, au Bayern Munich, un ex caïd de 21 ans « promis à un grand  avenir » selon la formule rigolote consacrée. Après deux ans glamour (mais pas wunderbar) en Bavière, Jennings porte aujourd’hui les pâles couleurs de Barnsley (D3). Et ouais, les carrières de footeux sont souvent parsemées de reality checks bien cruels.

L’arrivée d’un nouveau duo de propriétaires il y a deux semaines, le couple Mark et Nicola Palios (lui, ci-dessous en photo, est un ex milieu des Rovers et ex chief exec déchu de la FA – célèbre en Angleterre pour cette histoire fédérale de fesses mêlant Sven-Goran Eriksson, who else – et elle, avocate et businesswoman), devrait toutefois relancer ce club qu’on n’avait plus vu traîner en D4 depuis 25 ans. Le proprio partant, l’homme d’affaires Peter Johnson (depuis 27 ans aux commandes) a été grand seigneur, il leur a fait cadeau des 5m £ que le club lui devait, sympa.

Une raison supplémentaire de s’intéresser un peu à Tranmere : ils ont le nom le plus cool de la D4 dans leur effectif, Max Power, milieu de 21 ans formé au club.

Même si la montée paraît hypothétique (surtout avec leur mauvais départ, 2 points), mentionnons également Carlisle United puisque les Cumbrians descendent de D3, eux qui entamaient leur première (et dernière) saison de D1 il y a exactement 40 ans (ils finirent lanterne rouge et descendirent en compagnie de Luton et Chelsea). Carlisle a utilisé la bagatelle de 47 joueurs l’an dernier (dont notre Pascal Chimbonda national, aujourd’hui en D3 grecque), même pour les standards de Football League c’est beaucoup (pléthore de prêts et contrats courts, 3 200 mouvements enregistrés pour les 72 clubs de FL en 2012-13, y compris renouvellements de contrats).
Club notable pour son stade, Brunton Park, tellement vétuste que quand les producteurs du bon téléfilm United (sorti en 2011, sur le crash de Munich) cherchèrent un stade pour filmer les scènes de foot des années 50 et 60, c’était quasiment le seul à faire l’affaire sans trop de retouche ! (y’a encore des populaires sans toit et des rangées entières de vieux sièges en bois dans la tribune principale par exemple). Un nouveau ground serait vaguement dans les cartons, mais pas avant une bonne décennie (problèmes de financement, le club traîne 2m £ de dettes).

York City a fait une belle saison 2013-14 sous la houlette du très expérimenté Nigel Worthington, 7è et battu de justesse par Fleetwood en play-offs. Les Minstermen ont réalisé une phase retour de feu (aucune défaite après la fin janvier !) et sont  invaincus depuis 7 mois (4 nuls en ce début de saison).

On espère aussi voir Plymouth bien figurer, cette grosse cylindrée de D4 plus habituée aux étages supérieurs, D2/D3 (mais qui n’a jamais goûté à l’élite ; avec 261 000 habitants, c’est la plus grande ville anglaise dans ce cas). Toutefois, les Pilgrims sont dans le dur depuis le redressement judiciaire de 2010-11 (17m £ de dettes – il en resterait un tiers à rembourser) et ne semblent pas en mesure de jouer les premiers rôles, malgré leurs 7 000 fidèles (la fameuse Green Army) et leur budget de plus de 4m £. Ils ont cependant fini 10è l’an passé et remontent doucement la pente après les désastreux exercices 2011-12 et 2012-13 où ils frisèrent la descente en non-League.

Plus tous jeunes les fantassins de la Green Army mais toujours prêts à faire des centaines de kms pour soutenir le club aux 4 coins du pays

Plus tous jeunes les fantassins de la Green Army mais toujours prêts à faire des centaines de kms pour soutenir le club aux 4 coins du pays

Y’a Cheltenham Town aussi parmi les prétendants mais vu que c’est probablement le club qui m’intéresse le moins en Angleterre,  j’ai rien à dire sur eux, hormis qu’ils ont bien commencé (10 points), ce dont vous vous foutez probablement autant que moi.

Et pour finir cette rubrique, un souhait : que l’AFC Wimbledon s’en sorte mieux que l’an passé où ils finirent 20è, à trois points seulement du premier relégué.

Le manager des Dons, Neil Ardley, a fait le ménage cet été en virant une douzaine de joueurs. Ayant trouvé ses gars trop inexpérimentés et légers physiquement, l’ex milieu du Crazy Gang a aguerri et musclé l’effectif. Résultat des courses : une dizaine d’arrivées, un mélange de jeunes et de profils chevronnés et/ou bien bâtis, tels Adebayo “The Beast” Akinfenwa, le footballeur le plus costaud au monde (1,80m, 100 kilos de muscles) et Matt Tubbs (prêté par Bournemouth, D2), goal machine de 30 ans présenté par TK dans cet article de 2011 sur Crawley. Pour les hisser vers le haut de tableau, ils compteront aussi sur G. Francomb, le p’tit jeune qui monte, sur les expérimentés B. Fuller (Player of the Year 2014 du club), D. Bulman et l’ex international irlandais A. Bennett, capitaine. Les Dons ont pas mal démarré, 7 points.

Akinfenwa soulève 180 kilos en développé-couché

Akinfenwa soulève 180 kilos en développé-couché et produit l'énergie cinétique d'un TGV une fois lancé

J’ai toujours l’espoir un peu fou de les voir rejoindre MK Dons en D3 et exterminer les imposteurs (dans mon rêve à épisodes entamé il y a douze ans, Milton Keynes prendrait 50 points de pénalité pour malversations et descendrait en D4 ; là, des champignons et xylophages maléfiques inventés par Vinnie Jones devenu scientifique fou transformerait Peter Winkelman en homme-compost, fusillerait leur pelouse et leurs tribunes ; les faux Dons devraient fuir et se nomadiseraient car personne ne voudrait les accueillir, sous peine de représailles de Vinnie et son pote Hollywoodien Sylvester Stallone. Descentes successives jusqu’en Pub League, l’équivalent de la corpo. Entre-temps, Vinnie Jones aurait racheté leur stade sur ebay pour peanuts – car MK Dons en redressement judiciaire permanent –, aurait trouvé l’antidote à son champignon et legué le complexe de 30 000 places au Supporters Trust de Wimbledon. Avec l’argent, les Dons remonteraient les divisions).

Bon, mon scénario rêvé a mal commencé puisque Milton Keynes a battu Wimbledon 3-1 au premier tour de la Coupe de la Ligue il y a deux semaines. Bastards.

Gros Luton-Wimbledon qui fleurait bon les Eighties il y a dix jours, victoire des Dons 1-0 grâce à Matt Tubbs sur une action typiquement Crazy Gang années 80, du pur route-one football : dégagement de 75 mètres du gardien sur l’attaquant et but, voir clip (à 20 secondes).

Le sketch Benny Hill anglo-français

Un bonus sympa qui porte sur un épisode anglo-français exquis de l’histoire récente de Cambridge United, le deuxième promu avec Luton Town.

En mars 2004, à la stupéfaction générale, le petit Cambridge (22è de D4 et fauché) nomme le tandem Claude Le Roy-Hervé Renard comme manager & adjoint. Dès le départ, c’est le flou artistique le plus total sur la nature du contrat et les attributions de chacun. Le « Sorcier Blanc » déclare à un journal local que sa nomination n’en est pas vraiment une et que sa démarche est totalement désintéressée (« C’est avant tout un contrat moral », lâche-t-il au quotidien de la ville).

Interviewé par Canal Plus, le globe-trotter explique (propos rapportés dans le magazine When Saturday Comes de mai 2011) : « Je me suis engagé avec Canal Plus et me dois de leur être loyal. Quand je me suis retrouvé libre [après une pige en Chine], j’ai dit que je serais prêt à donner un petit coup de main à Cambridge, c’est le deal entre nous. On n’a jamais parlé argent ou quoi que ce soit. J’y vais simplement pour faire un audit. »

OK, très charitable au demeurant d’aider les pauvres mais ce n’est manifestement pas ce qu’a compris le président-proprio de Cambridge, l’homme d’affaires Gary Harwood, amateur d’envolées lyriques un brin grandiloquentes : « En faisant venir Claude, nous avons recruté l’un des managers les plus respectés d’Europe, sinon du monde. C’est peut-être la nomination la plus sensationnelle de l’histoire du club. Quand nous aurons, je l’espère, assuré notre place en Football League, Claude pourra bâtir une équipe conquérante et attrayante qui visera bien plus haut. »

Dans un élan émotionnel très « Feux de l’amour », Harwood ajoute (toujours dans cet article de WSC # 291) :

« Claude m’a dit Gary, mon coeur est à Cambridge et y sera jusqu’à ma mort. Je crois sincèrement qu’il s’est vraiment pris d’amitié pour Cambridge United. »

L’étrange attelage se poursuit deux mois (Renard manage l’équipe en tandem avec l’adjoint de l’entraîneur limogé, Le Roy se pointe à l’occasion mais juste pour les matchs, le proprio magouilleur tente de sauver le club du redressement judiciaire). Selon les médias anglais, cet « arrangement contractuel » est censé tenir jusqu’à la fin de saison, suivi en principe d’un vrai contrat de deux ans. Détail cocasse : le…

A suivre. Kevin Quigagne.