Archive for janvier 2nd, 2014

On déflore l’année avec les dix trucs qu’on aimerait ne plus jamais revoir sur les terrains anglais en 2014.

Nous revoilà après des vacances footo-sociologiques à Hull. Quelle ville mes enfants. Dans les pubs et centres de réadaptation à la vie normale, on a rencontré un tas de traumatisés des tribunes, des rescapés de la grande époque « centres au quatrième poteau » de Bernard Mendy et mitraillages tous azimuts d’Altidore. Témoignages poignants, les mecs cauchemardent toujours, on vous racontera ça un jour dans un Exclusif.

Avant d’envoyer du lourd très sérieux bientôt (eine kolossal dossier sur l’histoire du foot noir britannique), on démarre l’année dans la frivolité et les ronchonnades avec un top 10 inspiré de cet article. Mais très différent et beaucoup, beaucoup plus politiquement incorrect.

# 1. Les proprios à la masse

Comme Vincent Tan à Cardiff City (ci-dessus) ou Assem Allam à Hull City.

Le premier, qu’on jurerait tout droit sorti du casting de Tintin et le Lotus Bleu, a changé la couleur et l’écusson du club pour des raisons loufoques (voir article TK) et viré un manager parfaitement compétent y’a une semaine.

Le second est parti dans un gros délire patronymique. Après avoir changé le nom du club (Hull City Association Football Club) en Hull City Tigers y’a quelques mois, il veut imposer Hull Tigers pour la saison 2014-15 (la fédé décidera). Ses raisons sont scotchantes : « Le terme “City” fait trop nul et quelconque, Tigers est plus porteur en Asie du Sud-Est et ailleurs. » Il y est aussi allé de son tacle assassin à l’encontre des supporters du club et leur chant City till we die : « Bah, ils peuvent mourir dès qu’ils le voudront. »

Le plus marrant dans l’histoire est encore de croire que les mecs de Hong-Kong, Kuala Lumpur ou Doha en ont quelque chose à secouer de Hull. Nous si, car on y va en vacances, mais en Malaisie ou dans le Golfe Persique, probablement pas.

# 2. L’échange de maillot à la mi-temps

Brendan Rodgers était furax quand il apprit que Mamadou Sakho avait échangé sa liquette avec Sam Eto’o et Phil Coutinho avec Oscar à la mi-temps de Chelsea-Liverpool le week-end dernier. Avant eux, il y a eu notamment Andre Santos et Robin van Persie.

Tu m’étonnes que Rodgers était vénère. Hallucinante cette nouvelle mode que l’on espère déjà consignée aux oubliettes de l’histoire du foot. Des gestes pareils mériteraient un bon carton rouge et une longue suspension, voire un écartelement en place publique si récidive.

Que les mecs prennent exemple sur Oldham Athletic (D3) en FA Cup en février 2013 contre Everton : le club est tellement fauché qu’on avait interdit aux joueurs du vieux jambon d’échanger leur maillot.

De grâce les footeux, épargnez-nous ces salamalecs de midinettes sur un terrain de foot, on n’est pas à un concert de One Direction bon Dieu.

# 3. Les consultants qui pleurent les managers de PL virés

Marre d’entendre les mêmes lamentations et se farcir d’interminables débats moroses dès qu’un manager de Premier League se fait limoger. Florilège :

« Le pauvre, il n’a pas mérité ça. »

« Quelle injustice ! Que le football est cruel. »

« Les propriétaires sont impitoyables et manquent terriblement de classe. »

« Y’a plus de loyauté de nos jours. »

« Mon Dieu, que va-t-il devenir ?  Sa carrière d’entraîneur est foutue maintenant. »

Voilà ce qu’aiment jérémiader à s’en rendre aphone les consultants en tirant une gueule d’enterrement.

Di Matteo, viré par Chelsea fin novembre 2012. Un an plus tard, il touchait toujours 130 000 £ / semaine de Chelsea... Horrible ce qui lui arrive, horrible.

Di Matteo, viré par Chelsea fin novembre 2012. Un an plus tard, il touchait toujours 130 000 £ / semaine de Chelsea... Inhumain.

Par pitié les gars, basta. Y’en a marre de votre sentimentalité de bazar, marre de cette pornographie de l’émotion abrutissante. Vos marches funèbres, réservez-les aux managers de D3 et D4 qui, eux, ont vraiment le droit de s’inquiéter sur leur avenir quand le couperet tombe.

OK, certains ne le méritent pas mais la plupart si. Et pis s’apitoyer sur le sort de mecs qui palpent tous minimum 2M £/an (sans les primes), souvent après une lucrative carrière de joueur, qui se barrent avec une indemnité de ouf et retrouveront un poste similaire à X millions par an quelques mois plus tard - ou une planque dans les instances, un poste de directeur sportif, un taf en or dans le Golfe Persique, en Russie, Chine, etc. - est non seulement indécent mais risible.

Et on monte de trois crans dans l’insupportabilité quand les journalistes ajoutent le ridicule : « Un grand professionnel qui est parti la tête haute, avec dignité. » Manquerait plus que le mec, ingrat de chez ingrat, crache sur la moquette en passant à la caisse encaisser ses 5 millions. Certes, tentant dans certains clubs, mais bon, pas une raison.

Messieurs les observateurs du football, moins de violons et plus de décence s’il vous plaît.

# 4. Les écharpes de l’amitié

Faut avoir l’esprit sacrément tordu pour inventer des trucs pareils. Ces friendship scarves avec dessus deux féroces rivaux qui semblent se faire l’amour font honte au football de club.

Chelsea ami-ami avec Liverpool, pas vraiment non (pour ne parler que d’eux). Y’a pas si longtemps, ces deux clubs se haïssaient et les supps de Chelsea détournaient les paroles des chansons traditionnelles de Merseyside, telle « In my Liverpool home », pour en faire des horreurs [1] (ou chantaient « You’ll never work again » au plus fort de la crise). OK, on prône pas un retour aux années 80 mais on dit un gros NON à la disneyification du foot anglais.

What next? Des écharpes Newcastle ♥ Sunderland pour le Tyne-Wear derby avec love-in avant le match au nom de l’amitié entre les peuples (Geordies et Mackems) ? Non, entre ennemis jurés, on s’écharpe, et pis c’est tout.

Achetez plutôt des pin's sains, comme celui-ci (photo prise au hasard sur Google Images)

Achetez plutôt des pin's sains, comme celui-ci (photo prise au hasard sur Google Images)

Surtout, n’hésitez pas à nous dénoncer tout lecteur de TK possesseur de telles écharpes (notre adresse email est en haut à droite. Toute délation sera récompensée, confidentialité assurée).

# 5. Les supporters-touristes

Ils (et elles, y’a un tas de nanas) viennent de Singapour, Dubaï, Houston, Moscou, Seoul, Kuala Lumpur, Bangkok ou Cherbourg. Ils ont récemment découvert Arsenal, Chelsea, Man United ou Liverpool (vous n’en trouverez pas qui ont découvert, mettons, Bolton ou Wigan) mais ont déjà le déguisement complet du glory hunter, y compris ces putains d’écharpes confraternelles. Là où ils passent, le supportariat local trépasse car ils font grimper les prix des places de 10 % par an.

On les croirait en pélérinage à tout mitrailler à l’iphone, ils ponctuent chaque phrase d’un « awesome, man », ne connaissent rien du club ou de l’effectif hormis les vedettes, créent des bouchons à la buvette à la mi-temps because ils pigent rien au menu et se croient chez McDo à commander des Big Mac, ne chantent jamais mais applaudissent à se casser les mains et poussent plein de petits cris stridents tels des ayes-ayes en rut. Ce sont les supporters-touristes, ou vice-versa.

On les espère beaucoup moins nombreux dans les stades anglais en 2014. Qu’ils restent chez eux à supporter leurs clubs qui ont sûrement davantage besoin de leur soutien que les mastodontes anglais. Your country needs you folks.

# 6. Les spectateurs-Thermos

Ils/elles sont abonné(e)s depuis des décennies (mais y’a des jeunes aussi, leurs chiards/petits-chiards), toujours à la même place, se sont gravement embourgeoisé(e)s et se pointent au stade 10 minutes avant le coup d’envoi car le reste ne les intéresse pas, seul le « spectacle » compte, et encore.

Ils regardent surtout les publicités dans le programme de match, râlent quand des jeunes se lèvent pour chanter et n’hésitent pas à cafter auprès des stadiers s’ils entendent un gros mot, sortent leurs biscuits secs toutes les 20 minutes, ont parfois une batterie de petits Tupperware comme au pique-nique, dégainent la Thermos de camping à la mi-temps car ils ne se déplacent plus depuis longtemps à la buvette (juste aux toilettes, faut bien évacuer le thé) et se barrent souvent avant la fin du match. Ce sont les spectateurs-Thermos.

Bon, cela dit, ils sont pas si nombreux que ça mais on les remarque et ils me foutent le bourdon.

# 7. Les joueurs qui refusent de célébrer un but contre leur ancien club

Pour certains, OK, c’est justifié, mais pour la plupart, absolument pas. Exemple : Danny Graham, attaquant de Hull City, en photo ci-dessus. Le mec ne marque quasiment jamais (2 buts en 34 matchs de PL en 2013, presque 2 000 heures de jeu) et pour le seul pion qu’il plante cette saison (contre Swansea le 9 décembre), il tire la tronche et se contente d’un vague salut papal comme s’il revenait de Lourdes où il était parti quémander un miracle, sous prétexte qu’il a porté le maillot Swan une saison et demie. Tout cela est grotesque.

Mais célèbre ton but mon gars, fais des galipettes, exulte, chante, crie, saute, je suis sûr que t’en meurs d’envie et va peut-être te falloir attendre 2015 pour ton prochain pion alors lâche-toi bon dieu, lâche-toi. Pis faut pas déconner, c’est Hull qui te paie à vendanger maintenant, pas Swansea, alors sois un minimum reconnaissant. Les instances devraient introduire une nouvelle règle : l’obligation de célébrer un but, sous peine d’annulation (du but et du contrat).

# 8. Les équipes françaises en Premier League

Châteauneuf Uni évidemment, THE référence en la matière. Contrairement à une idée répandue mais sans fondement aucun, TK n’a rien contre Newcastle, absolument rien, ou si peu. Mais voir autant de Frenchies dans un club anglais, ça craint quand même un peu (s’ils étaient mauvais encore, ça craindrait pas du tout mais là, non, c’est insupportable).

Surtout dans un club où l’entraîneur déclarait ceci en 2006 sur Arsenal et son contingent étranger : « Il faut recruter anglais, le championnat s’appelle English Premier League. Sinon nous pourrions perdre l’âme même du football britannique : le joueur anglais. » Sans parler du voeu le plus cher de Sir John Hall (l’ancien propriétaire des Mags), qui était de voir 11 Geordies fouler la pelouse de Saint James’. Enfin, y’en a déjà deux occasionnellement, les frères Ameobi, mais à mon avis c’est pas ce que John Hall avait dans l’idée niveau calibre.

# 9. Les présentateurs français qui causent mal l’Angleterre

On ne leur demande pas d’avoir étudié trois ans à Cambridge et de parler avec l’accent BBC mais ça fait un bail que le foot anglais est diffusé sur Canal +, beIN & co, alors, entre autres horreurs, entendre ce pauvre John O’Shea toujours prononcé O’Chie après tant d’années, ça pique sévèrement les oreilles et pas que. Faites un petit effort les mecs, merde, je sais pas moi, demandez à Louise Ekland de vous filer des cours, matez Sky de temps en temps, prenez un stagiaire anglais, que sais-je encore.

C’est O’Ché bon dieu, comme le truc que les bébés agitent. Alors s’il vous plaît Dear readers de TK, si vous avez un hochet qui traîne chez vous, envoyez-le fissa à Canal et beIN. Comme astuce mnémonique y’a pas mieux, ils vous remercieront. Allez, on envoie tous nos hochets à Stéphane Guy.

# 10. Les ambiances radio FM

Un conseil aux clubs de Premier League : virez toutes ces chansonnettes que vous passez à fond les décibels avant le match et à la mi-temps (hormis l’hymne du club évidemment). On n’en peut plus de cette soupe musicale, on est pas à Glastonbury bordel. Ras-les-tympans de tous ces gimmicks utilisés pour faire passer la pilule de la disparition de l’ambiance. Y’a plus de bruit dans une morgue marseillaise que dans nos stades anglais. Faut agir et vite.

A la place, remettez des sections debout dans les stades de Premier League, menez une vraie politique de tarifs Jeunes abordables (public beaucoup trop âgé - 41 ans de moyenne), introduisez de vraies sections Chants avec de vrais gueulards et saupoudrez-moi tout ça de quelques ultras pour que nos stades anglais revivent et re-vibrent.

Les Ultras de Crystal Palace (Holmesdale Fanatics) à Selhurst Park, l'une des meileures ambiances anglaises

Les Ultras de Crystal Palace (Holmesdale Fanatics) à Selhurst Park, l'une des meilleures ambiances anglaises

Le pire, c’est quand les haut-parleurs crachent du Pet Shop Boys ou du Tina Turner après un but. Pouah. Pis entendre « You’re simply the best, better than all the rest » après un pion de Danny Graham fait vraiment tout drôle, des coups à croire que ton club se fout ouvertement de ta gueule.

Kevin Quigagne.

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[1] A Old Trafford ou Stamford Bridge, « In My Liverpool Home » devint « In your Liverpool slums » (dans vos bidonvilles de Liverpool). On retrouve toute la sauvagerie des Eighties condensée dans ces paroles « évolutives » (le couplet sur Hillsborough sera évidemment ajouté plus tard). J’ai traduit pour vous :

Dans vos bidonvilles de Liverpool,
Vous cherchez de quoi bouffer dans les poubelles,
Vous trouvez un rat mort et pour vous c’est le pied,
Dans vos bidonvilles de Liverpool,
Vous chiez sur la moquette et pissez dans la baignoire,
Vous doigtez votre grand-mère et trouvez ça génial,
Dans vos bidonvilles de Liverpool,
Vous parlez avec un accent rarissime,
Vous portez un survêt’ rose et avez les cheveux bouclés,
Votre maman fait la pute tandis que papa est en taule,
Vous ne pouvez travailler à cause de votre putain de QI
Dans vos bidonvilles de Liverpool.
Vous ne chantez plus sur Munich
Depuis que 96 des vôtres gisent au sol
Dans vos bidonvilles de Liverpool.