Deux saisons pour le prix d’une pour inaugurer cette nouvelle série, car fusionnelles dans la médiocrité. Le tout agrémenté d’un bouquet final somptueux signé du Doc et d’un message pour les fêtes, en finnois.

Introduction ici.

L'écusson de United des années 1960 à 1973

L’écusson de United des années 1960 à 1973

Clap de fin pour la Holy Trinity

Finalement, privé de George Best pour le reste de la saison 1972-73, Man United se maintient un peu miraculeusement en finissant 18è, après un gros coup de collier dans l’emballage final : 6 victoires sur les 11 derniers matchs, soit autant que sur le reste de l’exercice. Lou Macari, milieu écossais arrivé en janvier, a sauvé la baraque, 5 buts en 16 matchs et probablement autant de passes décisives (aucune stat à cette époque - mais comment faisaient-ils bon dieu ?).

Bobby Charlton finit meilleur buteur d’un club en déliquescence sportive : 6 malheureux pions (sur 36 matchs). Denis Law affiche un bilan digne des Frères Ameobi ou d’un Danny Graham on fire : 1 but en 11 matchs (des pépins au genou expliquant aussi cela). Best en a inscrit 4, en 19 matchs, tous disputés avant décembre.

Tommy Docherty prend alors une décision grave : Bobby et Denis, 68 ans à eux deux et presque 500 buts pour United, sont priés d’aller faire valider leur carte Vermeil ailleurs. En fait, le Doc a tranché presque le coeur léger. Il dira plus tard (voir clip, à 2′10) : « Les joueurs vieillissants peuvent être comme un cancer dans le vestiaire, ils ne s’intéressent plus qu’à leur longévité, pas à la qualité de leur jeu. J’ai dû me débarrasser des boulets et je l’ai fait sans aucun état d’âme. » Charlton part entraîner Preston North End, D2 (ci-dessous à droite, échec et descente en D3) et le sosie de Benoît Poelvoorde signe à… Man City (où il avait joué en 1960-61).

Le départ de Bobby était attendu mais pas celui de Denis Law [1]. Docherty avait même promis à Law un prolongement de contrat et conclu un deal avec lui pour annoncer son départ, ou sa retraite, le cas échéant dans le courant de la saison suivante. C’est pendant une émission de foot qu’il regardait à la télé dans un pub d’Aberdeen que Law apprit, via le présentateur, son placement sur la liste des transferts…

Docherty semble nourrir encore l’improbable espoir de ressusciter la carrière de Best. Ça ou alors il tient à avoir ses entrées au Slack Alice (la boîte que Best vient d’ouvrir), qu’il fréquentera lui-même en y draguant tout ce qui bouge !

Une saison 1973-74 encore plus galère

L’intersaison a été calme côté recrutement. A l’instar d’Arsenal ces dernières années, le club a les pires difficultés à attirer du gros gibier, les meilleurs préférant aller - ou rester - dans les clubs du moment ou prometteurs, à savoir Leeds United, Arsenal, Liverpool, Derby County, Wolves, Ipswich Town, etc. Ce n’est pas le fameux A.B.U (Anyone But United - supportez n’importe qui sauf United) du début des années 2000 mais Anywhere But United.

Au 26 décembre, le meilleur buteur de Man United est… le gardien, Alex Stepney, qui a converti deux pénaltys.

Les joueurs clés de United sont dans l’ensemble peu connus et majoritairement écossais. Ils se nomment Alex Stepney (gardien), Jim Holton et Martin Buchan (arrières centraux), Willie Morgan (ailier), Brian Greenhoff (milieu défensif), George Graham (le futur manager d’Arsenal), Brian Kidd et Lou Macari qui commence à se faire un nom, sans oublier le jeune Nord-Irlandais Sammy McIlroy. Bref, pour le maintien, c’est pas gagné.

La saison démarre comme prévu, très mal : 4 défaites sur les 6 premiers matchs. Ça se reprend avant de repiquer sérieusement du nez : 20è à mi-parcours avec 14 malheureux points. Au 26 décembre, le meilleur buteur Red est… le gardien Alex Stepney, qui a planté deux pénaltys.

Entre deux pauses dans son tourbillon festif, George Best a réussi à disputer une douzaine de matchs (2 buts). Son club à lui va merveilleusement bien par contre. On l’y croise souvent évidemment, ainsi que les célébrités de l’époque, de Mick Jagger à Elton John en passant par Rod Stewart, Marianne Faithfull ou les vedettes de Man City, tels le play-boy Rodney Marsh ou son vieux pote Mike Summerbee (ci-dessous) avec lequel Best a ouvert une boutique de mode à Manchester.

Triste fin pour Bestie

Début janvier 1974, le club est 20è et la situation est très tendue. Tombe alors la goutte de champ’ qui fait déborder le jéroboam. Le 1er janvier, après une lourde défaite à QPR où Best a été transparent, Docherty et Best s’accrochent sérieusement. Rebelotte le 5 janvier pour un 32è de FA Cup contre Plymouth (D3) à Old Trafford. Mais cette fois-ci, la violente dispute sera fatale à Best.

Best devait jouer ce match contre les Pilgrims mais Docherty l’en empêcha, lui reprochant de s’être pointé au stade à moitié ivre et en trop galante compagnie. Au coeur de l’embrouille, ce fameux deal portant sur les « aménagements » de ses horaires d’entraînement. L’Ecossais reproche au Nord-Irlandais de manquer trop de séances ou de se pointer passablement éméché, ce qui n’était pas prévu dans l’arrangement. Best encaisse mal. Il pense que le Doc veut lui faire porter le chapeau des échecs du club et prend cette attaque pour une trahison. Et puis pour lui, le deal était que bon, il s’entraînait un peu quand il voulait… Best comprend alors qu’il ne rejouera plus jamais pour United.

Abattu, il assiste tout de même à la poussive victoire de son équipe (1-0). Après la rencontre, ce moment poignant : Best reste longuement assis dans les tribunes, seul dans un Old Trafford vide, tête plongée dans les mains. Il pleure, prostré, incapable de bouger. Il faut qu’un membre du staff aille le trouver et lui dise :

« Allez George, faut y aller, c’est fini, on va fermer »

La presse tabloïd défouraille les titres chocs, tel feu News of The World : « Best viré, pour la énième fois il s’était pointé ivre à l’entraînement ». Best et le Doc ne se parleront plus jamais (un froid glacial qui persistera jusqu’à la disparition du Nord-Irlandais en 2005).

Côté terrain, le club sombre totalement. Au 23 mars, United ne compte qu’une seule victoire en 1974 (1-0), en 11 matchs au cours desquels United n’a inscrit que 5 buts… La lanterne est rouge écarlate.

Best s’est bien remis du choc et c’est de loin qu’il observe la déchéance des Red Devils. Il est en effet très occupé : il vient d’ouvrir Oscar’s, une boîte-restaurant décorée sur un thème « chic décadent » qui fait un malheur à Manchester.

Mais surtout, il se retrouve au coeur d’un scandale retentissant : il est arrêté par la police pour cambriolage. Le délit aurait été commis à Londres en février, alors qu’il contait fleurette à l’Américaine Marjorie Wallace (ci-contre), Miss Monde 1973 et fiancée à un pilote de F1, Peter Revson. La miss l’accuse de lui avoir volé des bijoux, un manteau en vison, son passeport, du whisky et un chéquier ! Les Geneviève de Fontenay du concours ne rigolent pas avec ces transgressions libertines et défroquent la belle le 7 mars. Le 22 mars, Peter Revson se tue au cours d’une séance d’essais avant le grand prix d’Afrique du Sud. Wallace retourne alors aux USA et, dépressive, abandonne les poursuites judiciaires contre Best.

Crucifié par leur ex messie

La dernière ligne droite de la saison ressemblera à un long chemin de croix, le club ne quittant plus la zone de crucifixion. Cruellement, c’est  Denis Law qui plantera le clou de grâce, devant les 56 996 spectateurs d’Old Trafford, le 27 avril 1974 [2], à l’occasion de l’avant-dernière journée contre Man City. Talonnade victorieuse (1-0) à la dernière minute de l’ex King Denis of Old Trafford, qui ne célèbre pas son but. Instantanément, des centaines de supporters envahissent le terrain (clip, à 5 minutes, fin de match très chaotique). Quelques supps Citizens, évidemment ravis d’avoir vu Law envoyer Man United en D2 pour la première fois depuis 36 ans, s’en vont féliciter l’Ecossais mais ce dernier les repoussent vigoureusement.

Il décrira ce moment comme le plus douloureux de sa carrière, précisant tout de même (dans son autobiographie) : « Ma talonnade n’a pas envoyé United en D2 [comme il a été écrit], mais symboliquement ce but a confirmé leur sort. [...] En fait, j’ai été chanceux car sur la passe de Francis Lee, j’ai balancé ma jambe presque au hasard et c’est rentré. » Un geste heureux resté comme l’un des plus fameux caprices du destin du football anglais.

Le 29 avril 1974, Man United (21è) descend en D2, que les Reds avaient quitté en 1938.

Pour l’anecdote, à l’intersaison 1974-75, Best pense raccrocher quand apparaît au coin du bois un curieux personnage alors inconnu mais devenu depuis un incontournable histrion du football britannique : Barry Fry (ci-contre).

Fry, 29 ans [3], est le nouvel entraîneur de Dunstable Town, un petit club amateur du Bedfordshire (50 kms au nord de Londres). Petit mais costaud. Et bien givré. Le propriétaire est Keith Cheeseman, un riche industriel excentrique : il a filé son chéquier à Fry en l’invitant à recruter qui il veut. Il a même signé quelques chèques en blanc… Et Fry a réussi à faire venir George Best (ici) ! Naturellement, c’est dans un night-club que Best signe le contrat le liant à « Dunstabubble » comme le surnomme l’azimuté Fry.

En fait, Best connaissait Fry, un ancien reject de Man United au début des Sixties, décrit alors par un journaliste comiquement peu visionnaire comme « le futur Jimmy Greaves du Nord » (!). Quand Best débarqua à Manchester de Belfast à 15 ans, il était fauché et sans repère (pas encore professionnel, contrat d’apprenti à 8 £/semaine). Fry, d’un an son aîné, l’avait alors pris sous son aile et dépanné financièrement. Best ne l’oublia pas et quand Fry voulut faire connaître Dunstable au reste du monde, Best accepta de rejoindre le club (il joua trois matchs officiels - l’affluence de Dunstable fut multipliée par 150 ! Elle passa de 34 spectateurs à plus de 5 000. Dans la foulée, Best convainquit aussi l’international anglais Jeff Astle - 174 buts pour West Bromwich Albion en D1 - de jouer une saison pour Dunstable. Mais peu après Cheeseman fut emprisonné pour escroqueries, le club fit faillite et fut dissous).

Quant à Tommy Docherty, son passage de quatre ans et demi à Man United s’achèvera cocassement.

En 1975-76, si l’Ecossais a sacrément redressé Man United avec sa jeune équipe conquérante, jusqu’au bout à la lutte avec Liverpool pour le titre (3è au final), il a aussi bien redressé la jeune femme du kiné du club, Mary Brown (ci-dessus), avec qui il entretient une relation secrète.

Les tabloïds, feu News of the World en tête, dévoilent l’affaire et un scandale très puritain éclate (Docherty est alors marié depuis 27 ans avec 4 enfants).

Au grand dam des supporters (qui manifesteront leur colère dans la rue), le directoire limoge le Doc le 4 juillet 1977 pour « raisons de moralité » (clip) deux mois après avoir remporté une mémorable FA Cup face à Liverpool. Faisant montre d’un romantisme inhabituel chez lui, Docherty déclare : « J’ai été puni pour être tombé amoureux. »

Trente-six ans plus tard, Docherty, 85 ans, est toujours avec l’ex femme du kiné, heureux comme au premier jour. Finalement, le Doc était un grand sentimental.

Kevin Quigagne.

Teenage Kicks va prendre quelques vacances. Fini l’Ile de Man, Doncaster, Wigan ou Ben Nevis, cette fois, on joue la carte du dépaysement classieux et culturel : on va à Hull. Paraît qu’ils ont de jolis marchés de Noël là-haut et pis Hull vient d’être nommé UK City of Culture 2017. On reviendra quand on aura recensé tous les supps Tigers encore traumatisés par les centres au quatrième poteau de Bernard Mendy.

Une fois n’est pas coutume, c’est en finnois qu’on vous souhaite plein de bonnes choses pour les fêtes : Hyvää joulua, Hyvää Uutta Vuotta, hyvä juoma, rakastella ja rukoilla Sunderland car on vous laisse avec l’écusson du club à supporter pendant la trêve (même s’ils ne jouent pas) : le FC Santa Claus de Rovaniemi.

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[1] Contrairement à ce qu’on entend/lit souvent (que Law avait demandé à être transféré, etc.).

[2] Même si techniquement, avec un nul contre City, les autres résultats défavorables à United auraient de toute manière condamné les Red Devils à la descente.

[3] Barry Fry, 66 ans, est aujourd’hui directeur sportif de Peterborough FC (D3) et accessoirement beau-père du buteur de Brighton Craig Mackail-Smith - il a même récemment joué les sages-femmes !

5 commentaires

  1. 3L dit :

    Belle saison Rushie !

  2. Gunnersbury fc dit :

    God jul och gott nytt år! (réponse en suédois)

    Merci pour toutes ces bonnes chroniques!

  3. Standard ole ole dit :

    Superbe comme d’habitude….

    TK is the king, long live the King

  4. Claude KERVERN dit :

    Splendide cette relecture de MU dans les seventies. Avec QPR, c’était l’équipe que le préférais à l’époque. En D2, ils s’étaient retrouvés avec une moyenne de spectateurs au dessus des 50000. Et surtout, ils avaient une belle équipe avec des techniciens comme Macari (que j’ai croisé un matin de 78 près de sa pizzéria) et le génial Steve Coppell, ainsi que l’attaquant Stuart Pearson. Surtout, ils avaient assommé l’épouvantail Liverpool en finale de la Cup 77. Après, ils ont acheté les Scots McQueen et Jordan… Je me demande ce que l’Ecosse aurait fait en Argentine en 78 avec Mc Queen. Je me souviens de Rod Stewart chantant “Scotland, I’d walk a million miles for one of your goals”. Toute une époque!

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