Archive for septembre 29th, 2011

3.

Le ton distancié et parfois ironique de ce décrochage régional East-Anglian à parution erratique est sur le point de se fissurer ce lundi 26 septembre pour laisser place à un impudique épanchement de sentimentalité brute. Il ne s’agit pas de faire de nécessité vertu face à une affiche somme toute mineure : Norwich -Sunderland. Il ne s’agit pas non plus de se laisser submerger par la bonhommie d’un public chaleureux et dévoué à son équipe. Le juste constat est qu’on a assisté lundi soir, dans les travées de Carrow Road, à un réjouissant match de football livré par une équipe des Canaries parfaitement enthousiasmante, solidaire, pugnace et dotée d’un bagage technique et tactique largement au-dessus de celui qu’on attend chez un promu.

Alors que les premiers débats laissent croire à un dispositif offensif direct et fruste reposant sur la seule gigue placée en pointe (Morison) vers lequel de longs ballons sont supposés converger, c’est finalement sur deux actions collectives millimétrées et foudroyantes que Norwich plante deux pions splendides. Grâce à deux latéraux tenant parfaitement leur couloir (Naughton, Pilkington) et grâce à l’inspiration d’un type plein de classe appelé Fox, dont les orientations de jeu instantanées sont admirables. Le supplément d’âme vibrant de cette charmante combinatoire s’appelle Wes Hoolahan qui est tout petit, vraiment petit, aussi petit que Morison, son partenaire en attaque, est grand. Le job de Wes Hoolahan consiste à courir indéfiniment entre les jambes des géants de la défense adverse, sur toute la largeur du terrain, pour y ratisser des ballons - ce qu’il parvient à faire souvent. Et quand il se loupe, c’est généralement pour pousser son adversaire à commettre une erreur technique, une passe approximative que récupérera sans mal un de ses partenaires. Adorable Wes Hoolahan, qui soulève dans les gradins des oh d’admiration malgré la tâche terriblement ingrate qui lui échoit.

Mais une ombre traverse le tableau. La face sombre des Canaries s’appelle Grant Holt. Il porte le numéro 9 et est entré en fin de match, en remplacement de Morison. Une mèche démodée et poisseuse est plaquée sur le front de Grant Holt. Grant Holt est un peu vouté, ses fesses sont basses et une bedaine naissante déforme son maillot. La silhouette de Grant Holt sur un terrain de football surprend. Cet homme est pourtant déjà une légende du club, auteur en deux ans et 85 matches de 50 buts pour Norwich.

Rien de ce que Grant Holt montre cependant ce lundi à Carrow Road ne fait écho à ses exploits passés. Ce type ralentit le jeu de son équipe, ne défend pas, commet des gestes d’antijeu manifestes et simule à la moindre occasion, déchainant de lugubres vociférations dans la foule acquise à sa cause malgré le grotesque de ses simagrées. Et je ne suis pas loin de croire que la réduction du score par Sunderland peu après son entrée lui est imputable, lui qui a changé l’esprit d’un match impeccablement fair-play jusqu’alors (et facilité par un arbitre dont le sifflet est pratiquement resté sec pendant 80 minutes).

Grant Holt appartient à la catégorie de mauvais génies vicelards que certains supporters  jugent indispensables sur les pelouses. C’est de sa faute si la prose est préférée ce soir à l’ode énamourée aux Canaries qu’auraient méritée les 80 premières minutes de jeu. A défaut d’ode cependant, ne rechignons pas à entonner le plus vieux chant de supporter d’Angleterre.