Le sujet de la semaine, c’est le 19ème titre de champion d’Angleterre gagné par Manchester United. Pour en savoir davantage, nous avons demandé à Mike Phelan, premier assistant d’Alex Ferguson, de nous donner le pouls côté coulisses. Révélations.

J'ai beaucoup de respect pour Didier et son passage à Chelsea.

J'ai beaucoup de respect pour Didier et son passage à Chelsea.

“Salut le TK,

J’ai regardé un peu  votre blog avant de vous écrire. Gros boulot, mais vous n’avez pas encore parlé de ce magnifique club de Burnley. Je vous enverrai quelques pdf, à l’occasion.

En ce moment, vous imaginez bien que l’ambiance est à la fête. Mais notre saison n’est pas finie, et tout le monde reste concentré pour la finale du 28 mai. On va même décider du sort de Blackpool, ce week-end. Il n’y aurait que moi, je dirais aux joueurs de lever le pied. Ian [Holloway, le manager de Blackpool, NDLR] m’a appelé, l’autre jour.

– Hey, Mike. Tu sais, ce serait bien qu’on gagne, dimanche. Si je te proposais une petite valise…

– Non, Ian, c’est ridicule.

– Une petite contrepartie, c’est le moins que je puisse faire.

– Vous êtes complètement à sec. Vous avez même recruté Grandin.

– Il collait bien avec notre étiquette de loser.

– Bon, par curiosité, combien tu comptes mettre dans ta valise ?

– Euh… Mike, on s’est mal compris : la valise est vide ! En revanche, elle a des roulettes.

Ah, ce Ian. Je pourrais lui offrir la victoire s’il me filait l’une de ses sublimes cravates orange. Mais Alex [Ferguson, NDLR] est un compétiteur, il refuse la défaite.

Moi, je suis arrivé en 1989 à United, presque trois ans après Alex. Ca grinçait déjà des dents, puisque le club n’avait pas gagné le championnat depuis plus de vingt ans. Alex lui-même n’avait encore rien gagné. C’est pour ça qu’il m’a recruté, vous pensez bien. De fait, quatre ans plus tard, on avait accumulé cinq titres, dont une coupe d’Europe. Mes cinq premiers et mes cinq derniers, c’est dire s’ils me sont chers.

Je suis parti lorsque la génération dorée commençait à éclore, un peu vexé qu’un petit con de vingt ans nommé Ryan ne me dribble puis m’humilie à la course.

Je suis devenu coach ici ou là, avant de revenir à Manchester en 1999. Alex m’a placé au Centre of Excellence, en me promettant qu’il ferait appel à moi dès qu’il y aurait un désistement. Je coulais des jours heureux, au Centre. Je participais à quelques réunions, j’allais voir des matchs. Je n’ai jamais su la teneur précise de ma mission. Au moment où je commençais à m’y intéresser un peu plus sérieusement, Alex m’a demandé de le rejoindre sur le banc.

Carlos [Queiroz, NDLR] et Alex formaient un couple très efficace. La presse résumait, un peu hâtivement, la situation en réduisant Carlos au cerveau et Alex à la gestion humaine. Bullshits, si vous me permettez l’expression. Alex possède un génie tactique hors du commun. Son problème, c’est qu’il vieillit et préfère donc minimiser les risques pour sa santé. Je tente bien de lui faire comprendre que la victoire sourit aux audacieux, mais je n’ai, hélas, pas beaucoup d’influence à ce point de vue. Excepté ces derniers mois, comme lors du match à Chelsea en Ligue des Champions qui m’a fait marquer des points. J’évite cependant de me glorifier sur ce fait, il est facilement irritable.

J’ai remplacé Carlos en 2008. Croyez-le ou non, je n’ai pas eu besoin d’une blowjob pour avoir son poste. Carlos avait d’ailleurs oublié son cerveau à Manchester, à l’époque. Je l’ai immédiatement prévenu, mais il n’est venu le chercher qu’il y a quelques semaines. Entre temps, il y a eu le Real Madrid, le Portugal et le transfert de Bébé. Sans cerveau, c’est toujours plus compliqué. Mais pour Bébé, on ne lui en veut pas. Acheter un ancien sans-abri, ça nous donne bon conscience.

Voilà, les gars, je vous ai à peu près tout dit. J’ai été un peu bavard, non ? J’aurais bien aimé parler un peu de votre championnat de France, mais je vois trop peu de matchs. Si, j’ai vu Brest-Lyon, hier soir. Je susurre souvent le nom d’Hugo Lloris à l’oreille d’Alex, mais il fait la moue. Il laisse les français à Arsène, c’est un accord plus ou moins tacite.  En échange, il nous laisse le championnat. C’est un good guy, Arsène.

(Sinon, j’ai pas l’habitude de critiquer trop vertement, mais pour ce que je comprends du français, le duo de commentateurs à l’œuvre hier soir était insupportable.)

Allez, je vous laisse, je dois déplacer ma voiture : Gibson va bientôt commencer son entrainement de frappes.

A bientôt,

Mike”

(Traduction : Bernard-Henri Lévy)

6 commentaires

  1. Fred Papy Carragher dit :

    Que du bonheur de lire cet article…

    Ah Mike , tu nous fais bien sourire Ils sont loins tes débuts aux Clarets et tu en parles toujours avec la même nostalgie :o)
    Pour Lloris , je comprends Alex.. il a le souvenir du divin chauve en mémoire

    Merci TK pour cette tranche de bonne humeur

  2. bonoman dit :

    “Allez, je vous laisse, je dois déplacer ma voiture : Gibson va bientôt commencer son entrainement de frappes.”

    La conclusion est énorme…et surement pas loin de la vérité ! N’est pas Paul SCholes qui veut!

    Ceci dit puisqu’on parle de Bébé, c’est vraiment un truc (oui, appelons le comme ça) que j’ai du mal à comprendre. Sérieusement, Fergie a t il pu recruter ce joueur, sans le voir jouer, contre une somme assez conséquente pour le coup ? (pour Chicharito, c’est peanuts, mais pour un mec qui ne figure même pas dans la réserve…)

    Y’a pas des arrangements de dessous de table, ou un service rendu à un pote là bas ?

    Vraiment mystérieux à mes yeux…

  3. Claude la Moule-Rinho dit :

    C’est Carlos Queiroz qui a foutu Bébé dans les pattes de son ancien boss mancunien non?
    M’est avis que le Portugais avait des photos compromettantes de Fergie, en Guêpière rose en train de fouétter Gary Neville à une soirée de Noêl du club ou un truc du genre.
    Le rougeaud écossais a dù s’incliner et acheter Bébé, mais a aussi fait en sorte que Queiroz n’ait plus sa place au panthéon du foot européen (il n’y avait plus que la fédé iranienne pour lui offrir un job non?)

  4. Kevin Quigagne dit :

    Ce mystérieux transfert de Bebe, on en a beaucoup parlé sur le fil anglais, et David Conn du Guardian encore plus, à lire absolument :

    http://www.guardian.co.uk/football/david-conn-inside-sport-blog/2010/sep/22/bebe-six-steps-manchester-united

    http://www.guardian.co.uk/football/david-conn-inside-sport-blog/2011/jan/20/manchester-united-bebe

  5. bonoman dit :

    Après lecture, et avec mon anglais scolaire, j’ai compris qu’il y’avait bien une histoire d’agent. Mendes ayant plus ou moins usurpé Bébé à son ancien agent, le même Mendes étant agent de Quieroz, qui a lui même conseillé le joueur à Ferguson…

    Surprenant que Fergie se soit laissé amadoué comme ça, mais bon si Queiroz a abusé de sa confiance pour lui refourgué l’enfin, afin que son agent (et peut etre lui même?) touchent une jolie prime… je crois qu’il est grillé pour le foot européen.

    Mais la morale de toute cette histoire, c’est qu’on ne laisse pas Bébé dans un coin ! 😀

  6. Kevin Quigagne dit :

    Extraordinaire histoire que celle de Bébé, qui est passé d’un orphelinat à Old Trafford en un an… (expliqué dans le premier lien, déjà mis dans le fil anglais des Cahiers l’été dernier).

    Petit récap. Abandonné dès sa prime enfance, récupéré par la grand-mère dans un quartier pauvre de Lisbonne, puis envoyé dans une sorte d’orphelinat, d’où, sans famille, sans éducation ni rien, il réussit à devenir footballer professionnel grâce au club amateur de Loures, qui avait noué des rapports avec cet orphelinat (et plus tard, avec 6 ados de son centre, il dispute la « European Street Football Festival » en Bosnie).

    L’agent Gonçalo Reis le repère alors. Et ce n’est que l’été 2009 que Bébé signe enfin un contrat avec le club de l’Estrela da Amadora (D3) où il effectue une saison. A ce moment là, Bébé vit toujours dans ce centre d’accueil pour orphelins.
    En fin de saison 2009-2010, Bébé a 19 ans et Reis le fait signer à Vitória de Guimarães (D1). Mais il ne va jamais jouer un match de compétition sous ses nouvelles couleurs, juste des matchs amicaux.

    C’est à ce moment, probablement via Reis & Queiroz, que des rumeurs circulent sur ce jeune, Espoir portugais, il intéresserait de grands clubs, etc. Vitória cherche à le garder et revalorise son contrat, etc. mais comment lutter avec les « powerhouses » que sont Real Madrid, Man U & co ?

    Vitória met la clause libératoire à 9M €, mais ça ne suffit pas pour décourager United qui le recrute le 9 août 2010, sans que Fergie l’ait vu jouer (son seul joueur recruté de cette manière, en 36 ans de manageuriat).

    Aujourd’hui, Bébé est (pour le moment) la recrue la plus désastreuse de sa carrière, sauf peut-être pour Ralph Milne (1988-1991), celui que Fergie considère officiellement comme sa plus grosse bévue de recrutement (mais à 170 000 £, pas vraiment de la même ampleur).

    Alors, pourquoi ? Fergie dit avoir fait confiance à Carlos Queiroz, son adjoint pendant 5 ans à Man U, et à des recruteurs portugais.

    Cette étrange affaire prend un caractère intriguant quand on examine ce qui s’est passé les jours précédents le transfert, où le très décrié Jorge Mendes (et son agence Gestifute) joua un rôle prépondérant, en se substituant à l’agent de Bébé, Reis (qui a porté plainte, etc.).

    Quel est le rôle ce Queiroz dans cette histoire ? (au-delà des « conseils » ?), ; Queiroz alors sélectionneur national (et viré peu après). Et Mendes est l’agent de Queiroz (comme de quasiment tous les joueurs portugais connus).

    Mendes aurait touché 3,6 millions d’€ dans la transaction

    (http://www.guardian.co.uk/football/david-conn-inside-sport-blog/2011/jan/18/jorge-mendes-super-agent)

    Alors, quel est le scénario probable ? David Conn, célèbre journaliste d’investigation du Guardian Sport, pense que Queiroz a recommandé Bébé à Vitoria, peut-être exagérant son potentiel (jamais facile à évaluer à 18 ans), ensuite Mendes est arrivé (évinçant du coup… l’agent de Bébé, Reis, qui a porté plainte), Vitoria a fait chauffer la clause libératoire, et ben, Fergie semble être tombé dans le panneau. Fergie avait-il un « service » particulier à rendre à Fergie, comme l’ont insinué certains ?
    Peut-être, ça s’est déjà vu, cf affaire Dennis Wise – Kevin Keegan à Newcastle fin août 2008.

    Mais la vérité est plus probablement que Fergie s’est laissé emporter (berner ?) par le foin fait autour de Bébé par Queiroz et d’autres, et n’a pas voulu laisser passer cette occasion qu’on lui présentait comme unique.

    Il a peut-être cru dégoter un « nouvel Javier Hernandez ». Comme il est ironique que l’année où Fergie recrute l’une de ses trouvailles de sa longue carrière (Chicharito), il harponne aussi l’une des pires, Bébé.

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