Archive for janvier, 2011

Nouvelle rubrique où l’actualité du football anglais du mois écoulé est passée au crible. Et ça tombe bien, janvier a été un mois aussi chargé que loufoque. Première partie aujourd’hui, du 1er au 10.

Samedi 1er janvier

L’ouverture officielle du mercato d’hiver est déclarée. La chasse au gibier démarre tambour battant avec quelques noms ronflants qui circulent (Michael Owen Hargreaves, David Beckham, Charles N’Zogbia, Roque Santa Cruz, David Bentley - enfin lui, c’est surtout le nom de famille qui en jette).

Grosse activité pour la majorité des clubs, surtout ceux en difficulté, adepte de la chasse au leurre. Rien qu’à eux deux, West Ham et Liverpool ont une bonne trentaine de noms sur leur wish-list, dont du Rennais (M’Vila et Marveaux). Les rabatteurs ont quelques mammifères intéressants dans le viseur mais, en majorité, surtout de la bécasse européenne ou d’origine non certifiée, du grand tétras, ainsi que divers spécimens de la famille des mustélidés et corvidés.

Camouflage de rigueur pour débusquer sa proie

Camouflage de rigueur pour débusquer sa proie

Chez des clubs argentés, la grande vénerie est lancée. Parmi les cibles principales: Per Mertesacker et Gary Cahill (Arsenal), David Luiz (Chelsea), Edin Dzeko (Manchester City), Luis Fabiano et Lassana Diarra (Tottenham, et Manchester United pour ce dernier), Anders Lindegaard et Marek Hamsik (Manchester United), Luis Suarez (un peu partout, surtout Tottenham et Liverpool) et Robbie Keane (partout partout, même à Wolves et Leicester).

Seul Blackpool n’a sorti ni gros calibre, ni appeau, ni hutteau de camouflage, ni besace, rien. Ian Holloway (dit « Ollie ») n’aime guère ces périodes cynégétiques, où rien n’est carré ni franc. Tout est compliqué, alambiqué, nébuleux, presque ésotérique ; même pour acquérir un buteur de D3, il faut sortir le grand jeu pendant deux plombes en multipliant les salamalèques. Et pis, faut discutailler avec ces tordus d’agents, causer gros salaires, pinailler sur les primes à la signature, vérifier à la loupe des textes de contrats amphigouriques, ergoter sur les bonus en tout genre et les exorbitantes commissions d’agent, élaborer des clauses à tiroirs et autres modalités abracadabrantes. Tout cela a le don de sérieusement agacer notre Ollie.

Sans compter que les joueurs sont de plus en plus capricieux et difficiles, même ceux des divisions inférieures. Au dernier mercato (été 2010), même des joueurs de D2 et D3 ont refusé de venir à Blackpool, ils touchaient plus chez eux à Bristol City ou à Southampton… Blackpool n’a dépensé que 45 000 £ en commissions d’agent en 2010 ; Chelsea et Liverpool plus de dix-huit millions à eux deux (voir article et listes des agents’ fees de Premier League ainsi que celles de Championship). L’article explique la raison principale de cette nouvelle version footeuse de la décroissance : Blackpool oblige les joueurs à payer la majorité des commissions ! Ollie a tout de même une cible : Adam Hammill, l’ailier buteur des Tykes de Barnsley, D2 (mais le Scouser préférera les Wolves de l’ex Tyke Mick McCarthy).

Aston Villa, aux ambitions Big Fouriennes, annonce la couleur. Après l’énorme déception Gueïda Fofana, il faut annoncer du encore plus lourd aux supporters Villans sevrés d’excitation depuis les grandes années d’euphorie européenne, a long time ago. C’est là que Gégé dévoile son masterplan pour décrocher le cocotier : il veut acheter Omar “who the friggin’ hell are you” Cummings, illustre Jamaïcain anonyme des Colorado Rapids. Par ailleurs, Gégé contacte tous les agents immobiliers du royaume pour relocaliser Stephen Ireland dans une bâtisse rose (visitez la maison de Stephen Ireland).

Blackburn Rovers, dont le propriétaire Venky’s (marchand de volaille) a vendu plein de dindes pendant les fêtes, a les caisses pleines et veut es payer un joli p’tit filet garni : Maradona (super manager), Ronaldinho (circus master) et David Beckham (super sub). Mais ce dernier se voit plutôt coq sur Londres que poulet de batterie dans la basse-cour du Lancashire.

Blackburn veut Maradona, Ronaldinho et Beckham. Et Russell Martin (Norwich)

Blackburn veut Maradona, Ronaldinho et Beckham. Et Russell Martin (Norwich)

Jamie Redknapp (fils de), ex Red et actuel porte-étendard du clean living familial à l’anglaise (Marks & Spencer, Nintendo, etc.), a croisé David Beckham à Harrods au moment des soldes de Noël. Brève conversation  que le TK vous rapporte, en exclusivité (authentique, à quelque chose près) :

BECKS : « Jamie, j’sais pas quoi faire d’ici la mi mars. Ça m’ dirait bien de jouer chez ton daron aux Spurs, surtout que j’ai maté le calendrier, ils affronteront Man United et le Milan AC dans les semaines à venir »

REDKNAPP : « Ça s’rait trop génial Goldenballs, j’vais lui en toucher deux mots »

Interrogé par notre envoyé spécial TK, Harry Redknapp confirme qu’une rencontre fortuite a bien eu lieu dans le célèbre magasin londonien, et en profite pour réitérer sa volonté de faire signer Becks jusqu’au 19 mars. Petit problème, son club, le L.A. Galaxy, traîne les tongs. Les deux obstacles majeurs qui freinent les négociations portent sur le montant et les modalités du prêt.

L'avenir de Tottenham. Mais Bale est pas mal aussi.

L'avenir des Spurs. Mais Bale n'est pas mal non plus.

Primo, les deux clubs ne sont pas d’accord sur la réelle valeur d’une pige Beckham. Outre le fait que la structure du contrat de Becks avec L.A. Galaxy est complexe, ce qui pose problème dans le deal est cet accord de partage entre Becks et AEG (propriétaire du club californien) sur les droits d’image, supérieurs au salaire annuel (6,5 millions de $). En résumé, Spurs juge Galaxy trop gourmand.

Deuxio, la durée du prêt fait tiquer les beach boys californiens. Ces derniers insistent pour que Becks soit de retour à l’entraînement au plus tard le 10 février (la MLS reprend le 15 mars). Délai jugé trop court par Tottenham qui essaie de trouver un moyen de le libérer le 10 février… tout en le gardant sous la main jusqu’à la mi-mars !

Beckham, qui a grandi dans l’est londonien et fit partie de la School of Excellence des Spurs de 1987 à 1991, n’a plus joué en Premier League depuis mai 2003. Cependant, la tentation est trop forte pour ce qui pourrait bien être la dernière chance de Becks de se montrer en Europe. Sa propriété (surnommée « Beckingham Palace ») se trouve à Sawbridgeworth, au bord de la même autoroute qui mène directement au centre d’entraînement de Tottenham, à Chigwell, à quinze minutes de chez Becks (par hélicoptère).

The perfect media match, selon When Saturday Comes

When Harry meets David... Un mariage médiatique made in heaven

Par ailleurs, le Daily Telegraph publie un « Spécial Liverpool » où il est fortement question du remplacement imminent de Roy Hodgson. Le rôle de Damien Comolli, Director of Football Strategy, y est (re)précisé. L’ex recruteur d’Arsenal sera chargé de conseiller John Henry et Tom Werner (respectivement propriétaire et président du club), sur le choix du nouveau manager (qui devra travailler en très proche collaboration avec le Français), ainsi que sur le recrutement et la ligne du club sur le long terme. Il est beaucoup question dans ce dossier de la « sabermetrics revolution » aux Boston Red Sox (le club de baseball que John Henry a revitalisé). La sabermetrics est « l’utilisation d’outils statistiques pour étudier objectivement le baseball ». Comolli se serait mis aussitôt pitcher pour mieux piger.

 

Samedi 1er et dimanche 2 janvier

21è journée de Premier League. Résultats, résumés de match et statistiques ici (cliquez sur « report » pour les stats sur chaque match).

Manchester United (premier) aborde la nouvelle année invaincu en disposant difficilement de West Bromwich Albion, 2-1 aux Hawthorns, chez les Baggies, qui ont largement dominé, surtout dans l’entrejeu, mais sans pouvoir concrétiser aucune de leurs treize occasions (contre quatre pour United). Ces derniers demeurent le seul club professionnel anglais sur les cinq divisions professionnelles à réaliser cet exploit. Pour son 400è match en Premier League, Gary Neville peut s’estimer très chanceux d’être resté sur le terrain. Sa faute sur Graham Dorrans dans la surface aurait logiquement dû être sanctionnée d’un pénalty. Buts de Chicharito et Wayne Rooney (meilleur joueur de United, par défaut), son premier dans le jeu depuis mars 2010. Première faute de Rio Ferdinand depuis… le 11 avril 2010. Son dernier jaune remonte à mars 2009. Sa faute sur Jerome Thomas coûte cependant un pénalty à United, que Peter Odemwingie rate… Huitième défaite pour WBA sur les onze derniers matchs de championnat.

Ailleurs, Arsenal dispose facilement de Birmingham City 3-0. Grosse performance collective (avec Nasri homme du match) et confirmation de la bonne tenue des Gunners en déplacement (21 points de pris sur 33 possibles). Lamentable comportement de Lee Bowyer qui, fidèle à son habitude, se signale par deux gestes dangereux et antisportifs sur Bacari Sagna.

Arsenal un poil chanceux cependant d’ouvrir le score à la 13è, sur un coup-franc généreusement accordé à Robin Van Persie qui s’est écroulé comme s’il venait de se faire tasériser (Birmingham aurait aussi dû bénéficier d’un pénalty à la 35è sur une main non sifflée du même van Persie). Les trois mille supporters Gunners entonnent : « We’ve got Cesc Fabregas, you’ve got Lee Bowyer. » Effectivement, ça résume bien l’écart de classe entre ces deux formations sur ce match.

Liverpool dispose de Bolton 2-1 le lundi (devant la plus faible affluence pour une journée de New Year’s Day - 35 400 - depuis un match contre Notts County… en 1983 ! 33 644).

This is empty

This is empty

Joe Cole, qui remplace N’Go à la 82è, marque le but libérateur dans les arrêts de jeu. Cependant, les heures de Roy Hodgson sont comptées. Bolton, qui n’a pu aligner que quatre remplaçants (sur les sept autorisés), semble en perte de vitesse.
Nouvelle année mais toujours la même chanson pour Chelsea à Stamford Bridge où Aston Villa tient les Blues en échec, 3-3, avec une fin de match sensationnelle (trois buts dans les dernières minutes). Gros match des Villans, où Ciaran Clark s’est une nouvelle fois illustré (homme du match) ainsi que Brad Friedel, Ashley Young, Emile Heskey et Richard Dunne. Chelsea reste cinquième.

Manchester City continue son trek quelque peu poussif en battant Blackpool 1-0 (mais aurait dû l’emporter 4-1). Encore une « clean sheet » pour Man City, la dixième de la saison (de Jong homme du match). Neuf points sur neuf possibles pendant les fêtes, assurément un bon Noël pour les Citizens.

Tottenham bat Fulham 1-0. Luka Modric est élu homme du match. Une jolie tête de Gareth Bale fait la différence dans ce match équilibré (son douzième but de la saison, toutes compétitions confondues).

Sunderland entre dans le top six grâce à sa victoire (flatteuse) 3-0 sur  Blackburn Rovers. Après un match incroyable des Black Cats contre Blackpool trois jours avant, et une défaite 0-2 à domicile (pas moins de trente-trois occasions de but pour les Mackems !), l’équipe Number One du Nord-Est se replace dans la course à la Ligue Europe.

 West Ham (16è) enregistre une rare victoire dans le « six-pointer » du week-end, 2-0 contre Wolves (20è).

 

Le TOP XI TK du week-end est le suivant :

———————Hart—————-

Wilkinson——Bramble—-Shawcross—–Clark

J Morrison—–De Jong—–Gerrard—–Nasri

 ———-K Jones————–Torres—-

Remplaçants : Friedel, Clichy, Barton, Adam, Walcott, Malbranque, Rooney

Le FLOP XI TK du week-end est le suivant :

—————–Gordon—————

P Neville——Johnson—-Givet—-Elokobi

Larsson—-Parker—–Bowyer—-Stanislas

——-Pavlyuchenko——-C Cole——–

Dimitar Berbatov est toujours en tête du classement des buteurs, avec quatorze réalisations (suivi par Carlos Tevez, 12, et Andy Carroll, 11), tandis que Florent Malouda caracole en tête des « creative players », avec soixante occasions de buts créées (suivi par Stuart Downing, 53, et Matthew Etherington, 51).

 

Lundi 3 janvier

Marvin Morgan, avant-centre de Aldershot (D4), entre dans le Twitter Hall of Shame par la grande porte. Après s’être fait huer par une poignée de spectateurs guère morgane de lui lors du Aldershot - Hereford du jour (férié), après sa douche, Marvin twitte :

 « Je remercie les supporters qui m’ont sifflé quand je suis sorti. J’espère que vous crèverez tous. »

C’est pas sympa pour les courageux (malades ?) qui se les gêlent à voir les « Shots » batailler dans le championnat pas trop glamour de League Two et payent la bagatelle de 19 £ le billet pour voir quand même souvent de la daube (et à 380 £ l’abonnement adulte, c’est plus cher que dans huit clubs de Premier League !). La réaction du club ne se fait pas attendre, Morgan est suspendu et se prend une forte amende (et sera prêté dans un club de D3 quatre jours plus tard). Un moyen comme un autre d’accélérer un transfert, en montant d’une division.

Mardi 4 janvier

Lee Bowyer (Birmingham City) écope de trois matchs de suspension pour deux incidents de « violent conduct » sur Bacari Sagna lors du Birmingham - Arsenal du premier janvier. L’arbitre n’avait pas vu, la F.A si (elle a le pouvoir de sanctionner rétrospectivement).

Le paria du foot anglais qui a grandi à Poplar (tout comme Harry Redknapp), une enclave de l’est londonien coupée du monde extérieur par des voies express, un canal et une ligne de chemin de fer, a porté successivement les couleurs de Charlton, Leeds, West Ham et Newcastle (à lire ce fascinant article du Guardian sur la vie de Lee Bowyer, l’ex international anglais qui valait 9 millions de £ en 2002).

Lee Bowyer et José Bové, même combat : « On a pas le même Mac Do, mais on a la même passion. »

Bowyer dans ses oeuvres

Bowyer débuta sa carrière par une suspension pour usage de cannabis à dix-huit ans et détient le record de cartons jaunes depuis la création de la Premier League, avec quatre-vingt-dix-huit biscottes (devant Kevin Davies, quatre-vingt-douze). Grand fan de José Bové (il partage son goût pour la destruction de Mac Do, et a fait sien du slogan préféré de l’Aveyronnais « On a pas le même Mac Do, mais on a la même passion. »), Bowyer compte aussi à son actif cinq rouges (le record, huit, appartenant à trois joueurs : Patrick Viera, Duncan Ferguson et Richard Dunne, aussi détenteur du record de buts contre son camp, huit).

 

Mardi 4 et Mercredi 5 janvier

22è journée de Premier League. Résultats, résumés de match et statistiques ici (cliquez sur « report » pour les résumés et stats sur chaque match).

Manchester United bat Stoke 2-1, grâce à deux buts de l’excellent Chicharito et un bijou signé Nani. Sans totalement convaincre (malgré dix-huit occasions), United signe ainsi la plus longue série de match invaincus en championnat depuis l’ère des Invincibles Gunners (quarante-neuf matchs sans défaites, entre mai 2003 et octobre 2004).

A domicile, Arsenal est tenu en échec 0-0 par un Manchester City qui fait encore dans le BTP (bétonnage). Huit tirs cadrés pour les Gunners, zéro pour les Citizens. Grosse domination des Londoniens quasiment tout le match (trois occasions sur les montants) sans pour autant concrétiser. Bon match de Jack Wilshere. Bacari Sagna se fait bêtement expulser à la 90è pour un demi-coup de boule sur Zabaleta, malchanceux de se prendre un rouge dans l’incident.

La sinistrose continue pour Chelsea (défaite 1-0 contre la lanterne rouge Wolves). Ronald Zubar est élu homme du match. Des Blues qui enregistrent la pire série depuis 1996, une seule victoire sur les neuf derniers matchs. Inefficacité chronique des Londoniens, seize occasions, contre trois pour leur adversaire.

Sunderland bat Aston Villa 1-0 à Villa Park, les Villans qui tombent dans la zone rouge pour la première fois depuis 2002. Emile Heskey, qui signe un formidable raté (il frappe la barre à trois mètres des buts) réussit à se faire expulser à la 69è. Phil Bardsley en profite pour planter une belle frappe dans le petit filet à la 80è.

La zone rouge n'était pas prévue dans le calendrier

Le dévissage dans la zone rouge n'était pas inscrit au calendrier

Everton bat Tottenham 2-1, buts de Coleman et Saha (premier but de l’ex Messin depuis onze mois).

Blackburn défait logiquement un piètre et peu combatif Liverpool, 3-1. Benjani, titulaire pour la première fois depuis deux mois, se sert du rab et signe un « brace » (doublé). Le Canadien David Hoilett se fait remarquer chez les volaillers. Gerrard fête son 550è match en rouge par un but à la 81è (avant de rater un pénalty trois minutes plus tard). Les heures de Roy Hodgson sont comptées.

Newcastle écrase West Ham 5-0 dans un match où Leon Best, ex joueur de Coventry (D2), inscrit un hat-trick… pour sa première titularisation en Premier League ! Joey Barton signe une grosse performance, une de plus. Affreuse prestation des Hammers qu’Avram Grant décrit comme « a bad day at the office ». De l’humour Brentien, sûrement.

Fulham dispose d’un West Brom en perdition, 3-0 pour les Cottagers qui s’extirpent de la zone rouge. Les Baggies commencent à payer un effectif léger (ils avaient été forcés d’aligner trois défenseurs inexpérimentés). Même nombre d’occasions des deux côtés (douze) mais la finition était londonienne aujourd’hui.

Enfin, à Blackpool, superbe match entre les Seasiders et Birmingham City (victoire des Brummies 2-1, la première en terre blackpoolienne depuis 1960). Vingt occasions contre la bande à Holloway, contre douze pour leur adversaire. Charlie Adam élu homme du match.

 

Vendredi 7 janvier

Un téméraire employé d’Ipswich Town (D2), probablement masqué et planqué derrière une vitre blindée, annonce à Roy Keane qu’il est viré.

Keane et les Tractor Boys, terminé

Keane et les Tractor Boys, terminé

L’Irlandais, nommé manager des Tractor Boys en avril 2009, n’avait pas réussi à tirer le club vers le haut du classement malgré les fortes sommes investies en recrutement (près de dix millions de £). Ipswich, grosse cylindrée de D2, et financé par le milliardaire Marcus Evans, est dix-neuvième et a enregistré sept défaites sur les neuf derniers matchs. En attendant, le club se prépare à accueillir Arsenal en demi-finale de la Coupe de la Ligue le 12 janvier. Roy Keane devient le douzième entraîneur de League Football (premier League et Football League) à se faire limoger depuis le début décembre.

A Newport County au Pays de Galles (D5 anglaise), Dean Holdsworth manager du club gallois (et ex buteur vedette de Wimbledon FC, à qui Sam Hammam, le très fantasque propriétaire, avait promis un chameau s’il marquait vingt buts en une saison), annonce le recrutement d’une légende vivante du foot anglais : Ade Akinbiyi.

Le Nigérian (quinze millions de £ en frais de transfert cumulés) forma un duo mythique avec Trevor Benjamin à Leicester City au début des années 2000, pendant lesquelles les deux bouletteurs marquèrent péniblement une dizaine de buts à eux deux en deux saisons. Le South Wales Argus (quotidien gallois spécialisé dans les footeux d’occasion), déchaîné, sort les gros titres :

« Newport County fête l’arrivée de l’homme à 15 millions de £ qui a aidé Notts County au titre et à la montée en D3 »

 Aider Notts County ? Akinbiyi avait disputé dix bouts de matchs pour zéro but.

Akinbiyi a surtout fait du bien aux salles de muscu de Leicester et d'ailleurs

Akinbiyi a surtout fait exploser le chiffre d'affaires des salles de musculation de Leicester et d'ailleurs

Samedi 8 janvier (matin)

Roy Hodgson est limogé. L’Ecossais Kenny Dalglish assurera l’intérim jusqu’en fin de saison. Dalglish, légende vivante des Reds (et vice Ballon d’Or en 1983), recruté au Celtic en 1977 pour remplacer Kevin Keegan parti à Hambourg, avait été entraîneur à succès chez les Reds de l’été 1985 à février 1991 (entraîneur-joueur lors des deux premières saisons, trois titres de champion, et deux FA Cup). Dalglish s’inscrivait alors directement dans la lignée des grands entraîneurs Reds issus de la mythique «Boot Room» : Bill Shankly (1959-1974), Bob Paisley (1974-1983) et Joe Fagan (1983-1985).

Plus tard, entre 1991 et 1995, Dalglish avait su faire fructifier les millions de Jack Walker, et profiter de l’insolente réussite du duo SAS (Shearer And Sutton) pour remporter le titre avec Blackburn Rovers. Il avait ensuite été manager à Newcastle United de janvier 1997 à la fin août 1998 (post ère glorieuse de la « Keegan Revolution », Kevin et ses fameux « Entertainers », principalement Andy Cole, Alan Shearer, Faustino Asprilla, Peter Beardsley, Keith Gillespie, Les Ferdinand et David Ginola - dont l’Ecossais ne voulut plus, ce que El Magnifico n’a jamais digéré). Avait suivi l’obligatoire pige glasvégienne (au Celtic, un an, Director of Football puis manager, avant d’être remplacé par Martin O’Neill) et enfin, en 2009, un retour à Anfield, en tant que responsable du centre de formation et ambassadeur du club.

Newport County, Pays de Galles, lendemain gueule de bois de l’annonce choc. L’ennui porte conseil. Dean Holdsworth a visiblement repris ses esprits, il annule le recrutement d’Ade Akinbiyi, annoncé en fanfare la veille. L’ex Don livre le concentré de sa réflexion au South Wales Argus qui a remballé ses gros titres pour annoncer la volte-face comique :

 « En définitive, nous avons pensé qu’Ade ne correspondait pas à ce que nous recherchons, et que ce n’était peut-être pas le bon moment pour le faire venir. »

Samedi 8 et dimanche 9 janvier

32è de finale de FA Cup. Traditionnel Third round, répit bienvenu pour les organismes éprouvés de Premier League, après un Noël surchargé. Pas mal de coiffeurs et de jeunes sont alignés. Tous les résultats, résumés et stats de match ici. Parmi les scalps et autres surprises du chef :  

Crawley (D5) 2 - 1 Derby (D2)

Stevenage (D4) 3 - 1 Newcastle

Burton Albion (D4) 2 - 1 Middlesbrough (D2)

Southampton (D3) 2 - 0 Blackpool

Brighton (D3) 3 - 1 Portsmouth (D2)

Bristol City (D2) 0 - 3 Sheffield Wednesday (D3)

Norwich (D2) 0 - 1 Leyton Orient (D3)

Sunderland 1 - 2 Notts County (D3)

 

Joli carton de Chelsea sur Ipswich, 7 - 0. Journée de chien pour les Tractor Boys, qui sont même tombés en panne sur le chemin du retour…

Superbe rencontre au Walkers Stadium où le Leicester City de Sven-Goran Eriksson a tenu la dragée haute à Man City, co-leader de la Premier League (2-2, voir le clip du résumé du match). Grosse prestation de Sol Bamba, la nouvelle recrue ivoirienne de Sven, transférée de Hibernian une semaine auparavant pour une « undisclosed fee » (de 250 000 £). Le routard Suédois avait connu l’ex Parisien Bamba pendant sa pige sud-africaine avec les Eléphants, et ce dernier démarre sa carrière anglaise en fanfare en étant élu homme du match. Encore plus fort, l’ex Parisien a marqué… après quarante-quatre secondes, sur sa première touche de balle dans le foot anglais !

Le maître et l'élève se retrouvent (du temps de la Lazio)

Le maître et l'élève se retrouvent (du temps de la Lazio)

Un match que Manchester City dédie à Neil Young, joueur légendaire du club, et atteint d’un cancer en phase terminale. Young était un attaquant vedette du club (108 buts) dans les années euphoriques (fin années 60-début années 70) et buteur lors de la finale de Coupe des Vainqueurs de coupe contre le Gornik Zabrze en 1970 (victoire de Man City 2-1). Beaucoup de supporters (ainsi que Roberto Mancini) portaient pour l’occasion des écharpes rouge et noire, aux couleurs du Milan AC, celles brièvement adoptées par Joe Mercer et Malcolm Allison à la fin des années 60, et qui furent également celles de la finale de FA Cup entre Man City et Leicester en 1969 (but victorieux de Young).

En 1972, Man City remplaça Young par Rodney Marsh. Le Mancunien pur sucre déclina rapidement (problèmes extrasportifs) et arrêta sa carrière à 31 ans, avec soixante livres sterling en poche ainsi qu’un rendez-vous à la Job Agency locale. Il exerça ensuite divers métiers, dont déménageur, magasinier et laitier (on voit mal Carlos Tévez ou de Jong aujourd’hui au volant d’une camionnette de laitier !). L’argent collecté grâce à la vente de milliers d’écharpes ira à Neil Young et sa famille, ainsi qu’à un hôpital de Manchester.

A l’Emirates, les Gunners ont bien failli se faire sortir par Leeds, 1-1, pénalty de Fabregas à la 90ème (match d’appui le 19 janvier).

Pour la première fois depuis 1960, toutes les équipes du Nord-Est (Newcastle, Sunderland, Middlesbrough - D2 - et Hartlepool, D3) sont éliminées à ce stade la compétition qui voyait les équipes de Premier League et Championship (D2) entrer dans le bal.

Grosse polémique à Blackburn où Rovers recevait QPR (premier de D2). Après un duel au sol à la régulière entre Gaël Givet et Jamie Mackie (le buteur des Hoops, neuf buts cette saison), ce dernier s’en sort avec une double fracture tibia-péroné. El Hadji Diouf ne trouve alors rien de mieux à faire que se pencher sur Mackie et, selon ce dernier, lui hurler des insanités suivantes : « Fuck you, fuck your leg, you’re a disgrace. »

Etonnant langage châtié de Diouf. Le terme « disgrace », sans faire partie d’un registre de langue soutenu (il est excessivement employé dans le jargon foot), paraît incongru dans la bouche de Diouf. A la limite, « fucking disgrace », mais « disgrace » tout seul, et dans le feu nourri de l’action, c’est surprenant. Soit la douleur a fait halluciner Mackie, soit Diouf s’est mis secrètement aux Chiffres et aux Lettres anglais (Countdown), comme le dicte l’air du temps. Fini le hip hop, basta les Wags siliconée, le dernier accessoire hip chez les footeux, c’est une boîte de Countdown. Deux footballeurs s’y sont récemment distingués, l’ex défenseur de PL Clarke Carlisle, ainsi que Neil McKenzie, qui avaient tous deux été loin dans la compétition.

S'est-il mis aux Chiffres et aux Lettres ?

S'est-il mis secrètement aux Chiffres et aux Lettres ?

La grave blessure de Mackie est un coup dur de plus pour QPR, le club venant en effet de perdre son autre buteur, Patrick Agyemang (fracture de stress jambe droite). Enorme coup de gueule de Neil Warnock, entraîneur de QPR, après le match. L’aboyeur du Yorkshire est en forme :

« C’est scandaleux. Mes joueurs étaient furieux contre Diouf. Jamie Mackie est au sol, il se tord de douleur avec une jambe cassée et Diouf l’insulte copieusement. Ça fait des années que je pense que Diouf est tout juste bon à vivre dans un caniveau. Je le qualifierais bien de rat d’égout, mais ça serait trop insultant pour les rats d’égout. Ce type est le dernier des derniers et ça m’étonnerait qu’il reste bien longtemps à Blackburn car Steve Kean [manager] veut bâtir une nouvelle image autour du club et je le vois mal accepter ce genre de comportement dans le vestiaire ! Il va vite partir à mon avis, et bon débarras. J’espère qu’il partira à l’étranger, il nous manquera pas. »

Manque de bol pour Warnock, loin de fustiger son joueur, le club le défend en invoquant… la sacro-sainte et bien pratique « duty of care » de l’employeur ! Ben voyons. De son lit d’hôpital, Jamie Mackie déclare :

« J’essaie de ne pas penser à Diouf… Quand j’y pense, je n’ai qu’une envie, enlever mon plâtre et aller le trouver. »

A Old Trafford, toujours pour ces 32è de FA Cup, Howard Webb (arbitre de Man United - Liverpool), fétichiste du 32, se retrouve au cœur d’une controverse pour avoir accordé aux Red Devils un pénalty discutable à la 32ème seconde (faute peu évidente de Agger sur Berbatov) et avoir expulsé Gerrard à la 32ème minute (voir l’action). Quelques heures plus tard, Ryan Babel mettra Webb sur son 31, via Twitter of course, en y allant de ses commentaires sarcastiques sur le célèbre policier de Rotherham.

Webb, selon Babel, Twitter fou

Webb, selon Babel, Twitter fou de la Toile

Juste avant Noël, lors d’une « journée conseil » à Blackpool FC (initiative de la Premier League pour, entre autres raisons, développer le respect entre joueurs et corps arbitral), Monsieur Webb, arbitre de la finale de la dernière Coupe du Monde et récemment fait Officier de l’Ordre de l’Empire Britannique, avait conseillé aux joueurs Tangerine de davantage… se laisser tomber ! Déclaration de Ian Evatt, arrière central des Tangerines :

« Cette rencontre avec Howard Webb nous a ouvert les yeux. Il m’a par exemple expliqué pourquoi rien n’a été sifflé contre Tévez quand il m’a pris le pied aux abords de la surface [et a marqué]. Concrètement, j’ai été trop honnête, et suis resté debout. Monsieur Webb nous a dit que si j’étais tombé, l’arbitre aurait probablement sifflé faute. En gros, on est trop naïf, on vient de D2, où le jeu est plus honnête. Bien sûr, on va pas se mettre à tricher, mais faut arrêter d’être trop naïf dans les duels, pas en faire des caisses mais bien faire comprendre à l’arbitre quand il y a faute. »

Dimanche 9 janvier

Nouvelle polémique Twitter. Glen Johnson (arrière droit de Liverpool), a lancé une attaque au vitriol contre Paul Merson (ex Arsenal et international anglais) qui l’avait critiqué sur Sky, dans le Soccer Saturday de la veille. L’ex Gunner avait jugé ses prestations décevantes cette saison. Johnson a sorti le bazooka sur Twitter :

« Les commentaires d’alcolos ou de drogués ne me font généralement ni chaud ni froid, mais qui est Paul Merson pour porter des jugements sur les joueurs ? C’était vraiment un joueur plus que moyen. La seule raison qu’il est là [consultant], c’est parce qu’il a gaspillé tout son argent dans le jeu. Quel clown ! ».

Merson et Gazza

Merson et Gazza

Les commentaires effarants d’imbécillité de Johnson furent effacés devant le tollé provoqué, mais l’ex-Hammer remit l’ouvrage sur le métier et martela de plus belle :

« Je vois vraiment pas pourquoi on fait autant de foin sur cette affaire. Les gens qui passent leur temps à donner leur opinion devraient aussi accepter un jour que quelqu’un d’autre livre son opinion. »

 

Kevin Quigagne.

Samedi prochain, à 16h, il est probable qu’Alex Ferguson aligne un onze titulaire différent du précédent pour la 158ème fois d’affilée. Une curieuse statistique qui ne veut finalement pas dire grand-chose.

Le mardi 30 avril 2008, Manchester United affronte Barcelone en demi-finale de Ligue des Champions. Résolument pragmatique, Ferguson aligne la même équipe que lors du match aller, à un Rooney près (remplacé par Nani). Probablement en verve après leur qualification pour la finale, MU écrase West Ham à domicile quatre jours plus tard, avec le même onze que celui ayant vaincu Barcelone. Cette rencontre du 3 mai 2008 constitue le point zéro, puisque le manager écossais n’a plus jamais aligné une équipe similaire d’un match à l’autre. En toute rationalité, plusieurs raisons peuvent l’expliquer.

Avec 278,5 millions de livres de revenus en 2009, Manchester United est le troisième club le plus riche d’Europe, derrière les deux géants espagnols. Qui dit club riche dit effectif élargi. Mais, derrière cet écran de fumée, une statistique vient contrecarrer cette idée reçue : sur la moyenne de cette première partie de saison 10/11, huit joueurs ont commencé plus de neuf matchs sur dix à Barcelone, tandis que douze joueurs ont débuté au moins six matchs sur dix au Real Madrid. A Manchester, seul Vidic a été aligné d’entrée plus de 90% des matchs, et huit joueurs ont pris part à 60% des rencontres. Pourtant, les effectifs professionnels des trois clubs demeurent numériquement équivalents. Alors, choix des entraineurs ou talent plus homogène ? La réponse, s’il en existe une, est à situer entre les deux.

A Manchester comme ailleurs, personne n’est jamais certain de jouer le prochain match. De l’extérieur, van der Sar, Evra, Ferdinand, Vidic et Rooney paraissent inamovibles, quand ils ne sont pas blessés (on y reviendra). Le reste des postes varie au gré des blessures, des formes et méformes, et des adversaires.

En 2008/09, ils sont dix-neuf joueurs à avoir commencé au moins un match sur trois. Ils n’étaient plus que dix-sept l’année suivante, mais la confiance rendu aux joueurs semble plus équitable (c’est l’année de la victoire en League Cup).

Les blessures redondantes

Les blessures n’épargnent aucun club, et surtout par United. Les longues blessures de Ferdinand et de Vidic en 2009/10 ont bousculé la stabilité défensive de l’équipe. En ajoutant celles de Brown et Evans, c’est sa crédibilité qui était remise en jeu (vous préférez Carrick-Fletcher ou Yepes-Camara en défense centrale ?). Obligé de composer avec les contraintes inhérentes à la pratique sportive, Ferguson a sans cesse dû bouleverser son schéma-type.

Le centre de formation (et d’évolution)

A Carrington, certains jeunes rongent leur frein en attendant de fouler la pelouse d’Old Trafford. Comme Wenger et quelques autres, Ferguson profite de la League Cup pour évaluer ses jeunes pousses. Il n’hésite également pas à faire du turn-over en phase de poules de Ligue des Champions, lorsque les premiers matchs l’ont convaincu d’une qualification probable.

La tactique

Avec l’âge, Ferguson veut sans doute atténuer le choc des surprises et des retournements de situation. C’est pourquoi, depuis plusieurs années, il aligne un onze prudent et conçu par rapport aux qualités et faiblesses de l’adversaire, alternant le 4-4-2 et le 4-5-1 (en privilégiant Rooney en pointe, de préférence). Il refuse donc de prétendre son équipe-type au-dessus de toutes les autres ; c’est sa qualité, c’est aussi son défaut.

Ainsi, certains joueurs, tels que Park, Anderson, Nani en 2008/09 ou Berbatov en 2009/10, ont joué à la grâce des équipes qui se présentaient face à Manchester. Park jouait par exemple tous les matchs face aux clubs du Big Four, pour son endurance et ses capacités défensives.

L’absence de doutes

Sur ces deux dernières saisons, hormis des débuts de saison difficiles, United est une équipe qui ne doute presque pas, trouvant très facilement une place sur le podium du championnat d’Angleterre et allant loin en Ligue des Champions. Il est donc plus facile de faire souffler les titulaires habituels lorsqu’on est premier que lorsqu’on se bat pour une place européenne.

La confiance dans les cadres

Gary Neville, Paul Scholes et Ryan Giggs ont 108 ans à eux trois. Qu’il est loin le temps où ils jouaient des secondes phases de groupes en Ligue des Champions face à Bordeaux. Ferguson leur témoigne cependant une confiance chaque année renouvelée. Il sait que ses joueurs ne sont plus capables de jouer deux fois par semaine, mais reste conscient de l’importance de leur présence sur et en-dehors d’un terrain.

A travers toutes ces raisons, plus celles que l’auteur a pu oublier, Manchester United apparait avant tout comme un collectif, capable de s’adapter aux changements tout en restant, cependant, tributaire de la présence de quelques joueurs-clés et de leurs performances.

Matchbox vintage - Tottenham Hotspur 4 - 2 Newcastle United (3 décembre  1994)

Saison 1994-1995 historique, puisque c’est la dernière à compter 22 clubs et l’avant-dernière à limiter le nombre de remplaçants à trois. Elle voit les Rovers de Blackburn glaner leur premier titre de champion d’Angleterre depuis la première Guerre Mondiale. En ce début décembre, Tottenham et Newcastle ne s’affrontent pas pour du beurre.

Buts : Sheringham (14, 38, 70), Popescu (79) ; Fox (31, 41)

La saison précédente, les Magpies, alors promus, terminaient à une très belle troisième place, et en cette fin d’année, la chance continue de leur sourire (troisième après 16 journées). Ayant précédemment terminé à trois points du premier relégable, Tottenham ne peut pas en dire autant. Avant Newcastle, les Spurs occupent une laborieuse quatorzième place. Ce match de début décembre 1994 promet du spectacle : pire défense du championnat contre deuxième meilleure attaque.


Tottenham

Walker

Austin - Calderwood - S. Campbell - Mabbutt

Anderton - Howells - Barmby - Popescu

Sheringham - Klinsmann

Coach : Gerry Francis (en charge depuis trois matchs)

Newcastle

Srnicek

Hottiger - Venison - Neilson - Beresford

Fox - Beardlsey - Watson - Clark

Mathie - A. Cole

Coach : Kevin Keegan (en charge depuis deux ans et demi)

Le match

Seize ans, cela semble une éternité. Certains inscrivaient leur fils au club de football, d’autres y jouaient dans la cour d’école. Tottenham jouait en blanc et Newcastle en bleu. Jurgen Klinsmann n’entrainait pas encore le Toronto FC, mais Kevin Keegan avait déjà quelques cheveux blancs.

En cette fin d’automne anglais, le match démarre paisiblement. Comme à Wimbledon, les spectateurs observent les vingt-deux acteurs se rendre la possession. A la 14ème minute, sur une nouvelle perte de balle au milieu du terrain, Barmby récupère le ballon, transmet à Anderton qui, sur un pas, réalise un bijou de passe entre les jambes de son adversaire direct et les deux défenseurs centraux. Sheringham, seul à seize mètres, catapulte le ballon en lucarne de l’extérieur du droit. De quoi réchauffer quelque peu l’atmosphère.

Mais Newcastle trône sur le podium du championnat, et se doivent de l’assumer. Un quatre d’heure plus tard, après un centre d’Hottiger venu de l’aile droite, Clark hérite finalement du ballon sur son aile gauche. Sans contrôle, il place son centre sur la tête de Fox, le plus petit joueur du match. Walker est battu est sur sa gauche.

Les deux équipes se neutralisent dans le jeu, sans parvenir à percer la défense adverse. A la 35ème minute, sur une déviation de Cole, Mathie prend l’avantage sur la défense centrale, mais Calderwood et Walker veillent et obligent l’attaquant Magpie à remettre en retrait pour Clark. Une rare opportunité malheureusement gâchée, dont profite Tottenham pour rebondir. Dans la continuité de cette action, après moult erreurs techniques et sorties en touche, Popescu obient un corner. Anderton trouve Sheringham aux six mètres, complètement esseulé. Sa reprise de volée à ras de terre rentre aux faveurs du poteau rentrant et de la négligence de Clark, pourtant collé à la ligne mais qui manque son dégagement.

Mais, à croire que Newcastle aime le danger, les Magpies vont vite retrouver la faille. Sur un coup-franc aux vingt mètres décalé sur la gauche, la défense des Spurs repousse dans les pieds de Clark qui, aux seize mètres, frappe sans réfléchir. Cela lui réussit davantage puisqu’il trouve le poteau. Fox a suivi, et pousse le ballon dans le but vide.

Malgré une dernière possibilité pour le renard Klinsmann, l’arbitre siffle la pause. Sheringham : deux, Fox : deux. Half-time.

Tottenham semble prendre l’avantage, en début de deuxième mi-temps. Le milieu de terrain, dont le tout jeune (20 ans) et déjà imposant Barmby, montre de l’influence, sans toutefois rendre leurs attaquants très dangereux. Passés un but d’Anderton refusé pour hors-jeu, et une belle occasion ratée du malchanceux Clark, c’est Sheringham qui se (rere)met en évidence. A la 70ème minute, sur une contre-attaque enclenchée par Klinsmann sur la droite, l’allemand fait la diagonale, passe à l’anglais sur sa gauche qui transmet instantanément à Austin sur son aile droite. Celui-ci se met sur son pied gauche, et trouve Klinsmann seul aux six mètres. Celui-ci a le temps de contrôler, de refaire ses lacets et de cirer ses chaussures, mais préfère jouer le ballon de la tête. Srnicek repousse dans les pieds de Sheringham, qui ne se fait pas prier. Triplé et cinquantième réalisation sous le maillot des Spurs.

Newcastle tente de revenir, en vain cette fois. Et Tottenham enfonce le clou dix minutes plus tard. Sur une perte de balle de la défense centrale, Popescu récupère le ballon aux quarante mètres, dribble un premier venu, passe trois hommes-gruyères à l’aide d’un une-deux et tire aussitôt aux dix mètres. Srnicek, délaissé par une défense apathique, ne peut qu’effleurer le ballon.

En fin de match, Klinsmann a doublement l’occasion de laisser une trace sur la feuille de match, mais la barre transversale et son plat du pied trop ouvert ont finalement raison de sa ténacité. Full-time.

Première victoire pour Gerry Francis depuis son arrivée à Tottenham, qui finira la saison septième, à dix points de Newcastle, sixième, et à vingt-sept points de Blackburn. La Premier League n’a pas attendu le Big Four pour connaitre de gros écarts.