Les Kikonjoux montent à Paris

14/03/2009 – 11:29

Pendant l’année d’existence du Glas, nous n’avons eu cesse de promouvoir un tourisme parisien responsable fondé sur le respect de l’indigène survivant par-delà le périphérique. "Ce n’est pas parce que tout le monde n’a pas notre glorieuse culture et notre raffinement inimitable que nous devons tomber dans le complexe de supériorité", nous disions-nous, souvent émus par les tentatives touchantes des petits Kikonjoux pour paraître un peu moins ploucs.

Deux fois par an, néanmoins, les Kikonjoux montent à Paris – oui,  ils "montent", même quand ils viennent de Lille, c’est une élévation spirituelle, rien à voir avec la géographie. Bon, la première fois, ça compte pas vraiment, on les réunit tous Porte de Versailles, on leur fait bouffer des fromages et du saucisson pour qu’ils soient pas trop dépaysés et on leur envoie un Président et quelques Ministres pour leur faire croire que c’est eux la vraie France, ça les flatte.

Les Kikonjoux ont l’air réjoui, Iznogoud a l’air fourbe, jusque là tout roule… Mais quelqu’un pourrait-il sortir cette pauvre vache innocente de cet enfer?

La seconde fois dans l’année que le Kikonjou monte à Paris, c’est quand le club le moins éloigné de sa fosse à purin vient fouler la pelouse divine du joyau des joyaux:

Rigueur scientifique du propos, concision percutante du style: au Parc des Princes, on sait remettre le Kikonjou présomptueux à sa juste place.

Et c’est là, à cette seconde occasion, que le drame peut survenir: alors que vous êtes tranquillement, comme tous les samedis, en train de lire une pièce de Beckett à la terrasse des Deux Magots, votre portable sonne - enfin, sonne: vibre légèrement pour ne pas déranger votre voisin absorbé par la lecture du Magazine littéraire. Patatras: c’est ce si sympathique gargottier de Cassis où vous aviez mangé des fruits de mer l’été dernier avec Angelina, mais si, celui à gauche sur le port, il vous avait offert le digestif en multipliant les trilles de son accent chantant et là, enivré par l’alcool, l’air marin et le décolleté de votre compagne, vous aviez cru bon de faire le malin: - Ah mon brave, quel repas délicieux, je me suis régalé… Sans parler de votre conversation si vraie, si authentique, merci pour ça aussi… Vraiment, je voulais vous dire, si vous passez à Paris un jour, surtout faites-moi signe, n’hésitez pas, ça me ferait tellement plaisir de vous revoir. Et vous aviez eu l’idée grandiose de lui écrire votre numéro de portable - le vrai, en plus.

Pas de doute: c’est bien ce tavernier kikonjou tout en nuances qui s’invite à l’improviste dans votre vie.

Et c’est ainsi que la voix redoutée vous annonce que ce wique-endde l’Ohème joue à Paris et qu’avèque quelques collègues votre nouvel ami a fait le déplacement jusqu’à la capitale et que ça le mettrait en joie de vous revoire. Vous avez beau feinter, dire que vous êtes pris parce que vous attendez Godot, l’enthousiasme kikonjou et un vague sens de la parole donnée vous interdisent d’échapper au piège diabolique.

C’est la mine légitimement déconfite que l’auteur de ces lignes quitte le Quartier latin pour rejoindre son ami kikonjou.

Comme on pouvait le redouter, le kikonjou montant à la capitale ne se déplace pas seul: il y en a tout plein comme lui, histoire de se tenir chaud, de pas se perdre dans le métro et d’avoir quelqu’un à qui raconter, dans deux ans, "la fois où Marcel a pris le mauvais RER". Du coup, ils vous convient à leur agréable déjeuner - quel restau? aviez-vous demandé, ne pensant pas qu’on pouvait vraiment manger sur un bâteau-mouche.

A partir d’un certain degré d’affliction, il devient illusoire de vouloir rajouter des mots aux images.

Ensuite? Ensuite tout s’enchaine, c’est la catastrophe, le samedi qui aurait mérité d’être un vendredi 13… Contentons-nous d’un roman photo, c’est trop cruel:

A l’issue de cette journée mémorable, votre ami kikonjou est dans un état d’euphorie qui achève de vous le rendre insupportable. Il vous quitte avec force accolades, bavotant sans vergogne sur votre col en soie… Et bien sûr, comme vous réussissez à échapper à son étreinte, il ne peut s’empêcher de vous lancer "et au faîte, allez l’Ohème!!" - cri de guerre repris en choeur par ses cinquante semblables.

C’est bien évidemment le moral dans les chaussettes que vous rejoignez vos amis pour un after cosy dans un bar à la mode.

Devant votre air abattu, vos amis s’étonnent: que t’arrive-t-il? Vous leur racontez, et ils compatissent, sauf un, qui ricane:

- Plains-toi, plains-toi, avec ton Kikonjou marseillais… Ca pourrait être pire: moi, il m’est arrivé la même chose, mais après un déplacement en Lorraine…

- En Lorraine?

- Oui, la boulangère du bled où j’avais un séminaire d’entreprise, qui est venue à Paris avec son mari pour voir un PSG - Nancy…

- Aïe, dur…

- D’autant plus dur qu’ils sont venus deux fois: en Championnat et en Coupe de la Ligue.

- Ouuuhhhh… Et ils ressemblaient à quoi?

- Attends, j’ai justement une photo sur moi. Pour quand mes gamins ne sont pas sages. Généralement, ça les calme.

  1. 4 247 réponses to “Les Kikonjoux montent à Paris”

  2. Simplement, énorme !!!
    ( oui parceque j’en ai marre des gens qui se sentent obligé de dire (ou d’ écrire dans le cas qui nous occupe ici)le mot JUSTE avant tout les adjectifs.

    De Ced le 14/03/2009

  3. heureusement qu’il n’y a jamais eu de kikonjou Niort, limoges ou grenoble. Ah pardon, il y a eu un psg-grenoble mais qui alors, que les olympiens montent à la capitale se souvient de ce match grenoble paris, qui ne rentrera pas dans les annales ?

    http://nounoubelle.labrute.fr

    De brandao de morue le 14/03/2009

  4. Bravo!!!
    de la part d’un kikonjou toulousain!

    De oceano le 14/03/2009

  5. Je suis un peu vexé mais la qualité et la drôlerie, toujours aussi brillantes, font passer le suppositoire. Je vous en prie, restez!

    De mr.suaudeau le 14/03/2009

  6. Très drôle, mais y a vraiment des gens qui pensent comme ça?

    De Kolo Indigne le 14/03/2009

  7. Vivement un kikonjou Clermont et un kikonjou Brest. Comme ça, vous les aurez déjà sur place.

    De julien le 15/03/2009

  8. vous etes magiques!un point c’est tout!

    De le prince du parc le 15/03/2009

  9. comment ça “y a vraiment des gens qui pensent comme ca? “, tout le monde pense comme ça, c’est la réalité non ?
    allez psgeez

    De pjanic ta mère le 15/03/2009

  10. Je ne suis pas spécialiste des costumes folkloriques mais… ne sont-ce pas des kikonjoux charentais à la fin? Ou Berrichon? Ou vendéen? Enfin bref, des gars du centre ouest et non du nord est..?

    Sinon, muy bien!

    De Clément le 15/03/2009

  11. Cher Clément,

    Il s’agit bien de quiches lorraines. La blouse masculine courte laisse penser à un paysan du début du XIXe siècle: plus tard, on portera la blouse plus longue, jusqu’à mi-mollets.

    C’était la minute offerte par la Fondation “30 millions d’amis kikonjoux”.

    De Les Auteurs le 15/03/2009

  12. Merci, merci, je suis toujours ravi d’en apprendre plus sur les kikonjoux. Ça et les moulins à café, ce sont mes grandes passions.

    De Clément le 15/03/2009

  13. rien à voir, mais en tant que marseillais j’étais obligé de poster sur votre blog après une telle BRANLEE…
    Sisi vous savez, la grande brésilienne qui s’est éclatée les c… sur un cube orange, faisant au passage chuter Zenden de son piedestal ;)
    ah on dit Brandao? Au temps pour moi! N’empeche que deux passes (décisives) de suite c’était à prévoir, on était pas loin du bois de boulogne… euh du kop pardon!
    en tout cas, le bluff de PLG n’a pas marché cette fois, c’est vrai que jouer le titre avec la stratégie de Sochaux, c’était osé…
    consolez vous en vous disant que Rodez, Braga et Marseille, c’est presque pareil finalement :p

    vive les kikonjoux, et surtout ceux qui sentent le pastis et la sardine!

    >>> OM 4 EvR <<<

    De Ma "Tej son maillot" Kezman le 16/03/2009

  14. Bravo, les kikijoupatrébiens.

    Y compris pour votre sabordage, qui arrive à point nommé. Les réactions à vos articles commençaient à vraiment trop sentir le style de recalés des CDF. Voire carrément d’échappés de lequipe.fr.

    Bonne route.

    De jacob le 16/03/2009

  15. Excellent, très beau texte tout en finesse, tout en délicatesse avec parfois un soupçon d’auto-dérision !
    J’ai quitté Ma Mer pour Monter m’installer à deux pas de la Seine, et… c’est cool de faire le bof parfois, de passer pour un crétin aux yeux de imbéciles… et inversement.
    A au fait : Allez l’OHEEEEMEEE.

    Un obscure Marseillais vivant sous les lumières de la Capitale.

    De OHEMIEN le 16/03/2009

  16. “Les kikonjoux, montent à Paris, pour enc**** le PSG” ;-)

    De scal le 16/03/2009

  17. Coucou,
    C´est trop triste la réaction ci-dessus alors j´en ajoute une. En tant que plouc crotté indécrottablement hostile au PSG je voulais juste vous dire merci et cétrokondarété vous etes le blogue de foute le plus rigolo voire le blogue tout court le plus rigolo des rigolos.
    Je vous sniffe.

    De Julow le 17/03/2009

  18. Scal,

    Il y a des forums qui acceptent les gens comme toi, ici nous sommes entre personnes de bonne compagnie ici kikonjoux ou citadins.
    Y’a même pas de second degré en plus.
    Occupe toit plutot de savoir si Brandao a réussit a faire redescendre sa couille gauche.
    Bien a toi.

    De Lama dans l'sac le 17/03/2009

  19. Sinon ,
    J’avais oublié le principal:
    Encore bravo Les Auteurs et merci.
    Je peux vous laisser mon mail si vous pouviez me faire parvenir au moins une tite blagounette de temps en temps…

    De Lama dans l'sac le 17/03/2009

  20. Mon dieu que j’ai ri ! Sublime conclusion !

    De Vincent le 18/03/2009

  21. Chais pas s’il y en a des comme moi (je gage que si) mais parfois, j’en relis un, juste pour la douce remembrance… Celui-ci est grandiose (malgré un circonflexe superfétatoire; sauras-tu le retrouver, nocturne lecteur aux yeux rougis et aux doigts gourds?). Grandiose.

    Mais je me demande si le plus renversant ne fut pas pour moi le spécial CRS-Stade de France.

    Et pour vous?

    De Didier_F le 11/04/2009

  22. Le kikonjou lorrain que je suis tient à faire remarquer que vos soi-disants Nancéiens sont des imposteurs, de sales bouseux Messins. Faudrait voir à pas tout mélanger non plus, non mais ! Dire que les 2 villes se foutent sur la gueule depuis des siècles pour se voir confondre par des ignares parigots, c’est pathétique…

    De RayDo le 28/04/2009

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