Episode 55: Où se conclut la quête du Paris Saint-Graal

12/03/2009 – 0:46

(Si vous n’avez pas lu les épisodes précédents, rien ne presse: celui-ci étant le dernier, vous avez tout le temps de reprendre la série depuis le début.)

 

Ami lecteur, il est temps de te retrouver pour quelques lignes fugaces, puis de te quitter pour toujours… Nous arrivons au bout de cette route accomplie ensemble, et si ce dernier récit te semble inachevé, c’est normal, c’est qu’il doit en être ainsi.

Ensemble, nous avons mis au jour ce qui est habituellement tu: que le P.S.G. ne naquit pas un jour d’août 1970, qu’il fut d’abord l’oeuvre de glorieux Lutéciens, puis de vaillants révolutionnaires, puis qu’il fut, depuis 1904, Stade Saint-Germain avant d’être Paris Saint-Germain.

Une fois cela dit, que raconter de plus? Le reste de l’histoire, tout le monde le connaît, n’est-ce pas? Qui n’a pas lu les récits qu’en a fait Crétin de Troyes, le plus illustre des chroniqueurs footballistiques, unanimement reconnu par ses pairs pour sa faramineuse imbécillité dans un milieu qui, pourtant, en la matière, n’est pas avare en concurrents de haut vol? Qui n’a pas vibré à la geste des trois grands présidents parisiens, les seuls qui eurent jamais compté, les seuls qui furent autre chose que des épiciers médiocres ou des pitres mégalomanes?

Il y eut d’abord Daniel ou le président à la charrette, brave parmi les braves, amoureux fou de Paris comme d’autres de Guenièvre, brodant lui-même ses couleurs sur son écu scintillant, et portant haut ce rouge et ce bleu pour franchir le pont de l’épée, prêt, par amour, à tous les sacrifices, prêt, par amour, à déchoir de son statut, à oser l’infamie, que ce soit en allant en charrette ou en mettant en place, en douce, une triste double billetterie.

 

 

Qu’il était beau notre Daniel

Et comme Guenièvre eut raison,

De lui faire ses yeux de miel,

Qui firent s’envoler sa raison.

 

 

Il y eut ensuite Francis ou le président au lion, intrépide parmi les intrépides, amoureux fou de Paris comme d’autres de Laudine, luttant au bord de la fontaine magique pour vaincre l’Esclados stéphanois et, la victoire acquise, tombant à genoux pour baiser cette pelouse par le sang et les larmes consacrée, Francis allant de concert avec le roi des animaux décrocher le premier titre pour sa mie, puis, enfer, damnation, trainassant trop par la suite, ne respectant pas sa parole d’avant tout honorer sa Dame, et dès lors frappé de son courroux, errant sans but, miséreux et nu, loin de Paris, jusque chez des kikonjoux cannois, est-ce un destin pour si preux président ?

 

Qu’il était preux, notre Francis,

Au soir de ce grand combat,

Où Dieu voulut qu’il bénisse,

La pelouse qui l’avait fait Roi.

Et puis, enfin, il y eut Michel, Michel ou le Conte du Graal. Noble mais rustique, Michel, taiseux et timide, quoique d’une grande bravoure. Réfugié dans un étrange château, un soir de mai 1993, il vit des Provençaux hâbleurs festoyer autour d’un calice aux grandes oreilles qui, disaient-ils avec leur sens de la mesure proverbial, avait contenu le sang du Christ. Alors Michel, le noble Michel, se promit de rapporter ce calice à Paris, car lui avait le coeur assez pur et la foi assez forte, car lui n’enterrait pas des enveloppes dans les jardins nordistes, alors ce Graal, se disait-il, il le méritait… Il guerroya trois ans à la tête de ses troupes, vainquit d’infâmes Ibères, d’ignobles Transalpins, de féroces Teutons, et lorsque ce fut fait, il crut le décrocher, ce Graal aux grandes oreilles, ce réceptacle de l’ultime Passion…

Et puis en fait non, c’était pas le bon, c’était un petit calice de rien du tout qui contenait le sang de Zacharias Ben Shlomo, le gardien du parking du Mont des Oliviers, et les Provençaux hâbleurs de tout à l’heure n’ont toujours pas fini de rigoler de cette regrettable méprise – ils rigolent tellement que ça fait maintenant seize ans qu’ils en ont oublié de jouer au football.

 

Non non, Michel, celui-là non plus c’est pas le bon…

 

Ainsi s’arrête le récit de Michel ou le Conte du Graal, que Crétin de Troyes laissa inachevé…

Et ensuite, il n’y eut plus rien, juste Charles Biétry – ne gâchons pas de l’encre à raconter cette pantalonnade-là.

Voilà, ami lecteur, c’est la fin du chemin… L’histoire qui vient, glorieuse ou infamante, reste à écrire – il est temps pour moi de me taire et de te faire mes adieux.

  1. 2 557 réponses to “Episode 55: Où se conclut la quête du Paris Saint-Graal”

  2. L’histoire fut glorieuse. Et elle le sera. Merci. Infiniment.

    De singral le 12/03/2009

  3. Seul article que je considère “bâclé”

    c’est donc vraiment la fin, quelle tristesse

    De jean-jacques-Pierre-Yves André le 12/03/2009

  4. Que dire.
    Ce n’est pas un beau jour pour mourir.
    Merci quand même.

    De Raoul Dégueu le 12/03/2009

  5. Fabuleux !
    Une histoire qui deviendra légende…

    De Fluctuat nec mergitur le 12/03/2009

  6. Le 30 mai 1993, j’y étais. Le match le plus somptueux de l’histoire du vél’. Et dans le concert de “Paris, on t’enc…”, je n’étais pas le dernier à donner de la voix.

    Parce que pour nous, Paris n’était, au mieux, qu’un parterre de bourgeois arrogants, de politiciens véreux cotoyant dans les travées des “stars” à la recherche d’un objectif de caméra ou, au pire, qu’un ramassis de fachos au crâne rasé. C’était ça l’image du PSG dans les contrées lointaines que vous avez si souvent raillées.

    Mais tout ça, c’était avant le glas. Vous avez réussi à nous faire rire en produisant des articles qui sont de petits bijoux d’humour et d’auto-dérision. Mais là n’est pas votre plus grande réussite: vous avez réussi à nous faire aimer votre club.

    A deux jours de notre rendez-vous bi-annuel, quand bien même j’aurais écrit il y a quelques temps pas si lointains dans un égarement partisan “on va niké ta rasse pd”, la lecture de votre blog m’inspire d’autres mots plus conciliants qui ne m’auraient même pas traversé l’esprit avant de vous avoir lus: que le meilleur gagne.

    Je regrette que tous les gens qui sont derrière ce blog n’aient pas de nom ni de visage. Mais la prochaine fois que je croiserai quiconque arborant vos couleurs, je lui offrirai le pastis de l’amitié, en espérant qu’il soit des vôtres.

    A vous tous merci.

    De noel-san le 13/03/2009

  7. Michel le besogneux, le dure au mal , ah michel

    http://nounoubelle.labrute.com/

    De brandao de morue le 13/03/2009

Pas de commentaire à faire sur ce sujet, merci de contacter M. Martinon.