A quoi rimerait la mort de Luis ?

19/01/2009 – 9:29

Ami lecteur, dépêche-toi de lire ces lignes : nous ne savons pas combien de temps elles te seront accessibles. En ces temps où Anastasie devient chaque jour plus véhémente, faisant virevolter ses infâmes ciseaux sitôt qu’un irrévérencieux ose railler les bonnes moeurs ou la bienséance, c’est en effet un nouvel espace de liberté qui est menacé – oui, tu l’as compris, il s’agit de ton cher Paris Sonne le Glas.

 

Pour que tu puisses lire ce texte, ami lecteur, nous bravons l’interdit que nous a opposé un journal de football et d’eau fraîche à parution aléatoire dont nous préférons taire le nom – et qui se trouve être, ô destin funeste, notre hébergeur. Petit rappel des faits :

Il y a quelques jours, l’un des membres de notre équipe, versificateur patenté, compose ce joli sonnet :

On chialera comme vache pisse,

De Tarifa jusqu’aux Minguettes,

Quand Thanatos que rien n’arrête,

Viendra faucher notre vieux Luis.

..

On gueulera qu’il faut un « bis »,

Que ton départ est bien trop bête,

Un coup de chien, un coup de tête,

Fais pas le con, pars pas mon Luis !

Si tu pars pas, promis juré,

On aimera même R.M.C.,

On se taira sur ta syntaxe,

..

On jouera au P.S.G.zee,

On mettra Ceara dans l’axe,

Mais por favor, reste-z’en vie !

 

 

 

Invariablement, au PSG, on tombe sur Luis

 

Consternation au sein de la rédaction du journal qu’on préfère ne pas nommer : non, diantre non, on ne peut pas toucher à une idôle! encore moins évoquer aussi clairement sa disparition ! Le rédac’ chef nous annonce aussitôt la sanction : ce sonnet ne peut être publié.

 

La rédaction de Paris Sonne le Glas se réunit en urgence dans ses bureaux du XVIe arrondissement : il faut préparer la riposte. Nous décidons d’opposer à cet ukase un argumentaire en trois points :

 

1/ Oh putain vous faites chier là, merde

2/ Euh ouais eh ben d’abord on n’en a rien à foutre, on fait ce qu’on veut – no pasaran!

3/ Bon OK, et si on demandait à Luis ce qu’il en pense ?

 

Dans cet esprit de conciliation qui caractérise la gauche caviar et la mène à toutes les compromissions, le rédac’ chef du journal sans nom reconnaît la force de notre démonstration et accepte d’appeler Luis. Nous nous réunissons tous, mettons le téléphone sur haut parleur et le rédac’ chef sus-non-nommé compose le numéro avec le sourire en coin de celui qui va bien se marrer… Il a l’air assez sûr de son triomphe, le bougre.

 

Driiinnng, driiiinnng, driiiinnng…

 

Le moment où Luis entend que Paul fera jouer Sammy arrière droit

 

Luis décroche.

Le rédac’ chef mondanise, bonjour Monsieur Fernandez par-ci, Votre Excellence par-là, je vous ai toujours admiré et patati et patata – le parfait social-traître qui se perd en courbettes devant les ploutocrates.

Puis il lit le sonnet, en se confondant en excuses pour l’audace déplacée dont ont une nouvelle fois fait preuve ces jean-foutre du Glas, ah ces jeunes, vous savez ce que c’est, et en disant cela il nous zyeute par en-dessous, mort de rire bien sûr, ha ha on va voir ce qu’il va répondre le Luis, il a son brevet des collèges, au moins ? Bref, le parfait dirigeant socialiste serrant la pogne d’un ouvrier avant de s’essuyer la main dans son mouchoir en soie.

Et là, Luis :

« Ouais bon écoute petit, ton sonnet, là, y a de la qualité, y a des intentions de jeu, la métrique est pas mal, à part peut-être le premier vers dont je dirais qu’il boite un peu, hein, on dirait l’infirmerie lyonnaise, mais sinon les pieds y sont, les césures sont correctes, les rimes sont dans le schéma classique, le 4-4-3-3 habituel, ça alterne bien entre féminines et masculines, c’est du travail appliqué…

Mais je te parle franchement, petit, c’est loin du haut niveau, c’est au mieux du CFA, allez un petit National pour être gentil, mais pas plus… C’est stéréotypé, c’est sans fantaisie, c’est pas comme ça qu’on peut surprendre l’adversaire en poésie moderne ! Y a pas de passements d’enjambements, y a ni renvoi rapide ni relance soignée, aucune innovation formelle, pas la moindre énallage, je peux te dire que les lecteurs d’aujourd’hui ils sont bien en place, et la lecture est beaucoup plus rapide qu’y a trente ans, alors si t’as rien de mieux à proposer, tu vas pas aller loin !

Faut savoir varier ta métrique, mon gars, alterner vers courts et vers longs en déroutantes anacoluthes, marteler la défense adverse par d’incessantes anaphores, modifier le rythme du match par de soudaines aposiopèses, de brusques suspensions, d’imprévues réticences, multiplier les rimes croisées, redoubler les assonances dans les intervalles, travailler les remises instantanées d’allitérations en une rapide stichomythie, et utiliser le vers libre, surtout, le vers libéré du carcan tactique et rhétorique, un vers neuf et demi qui navigue entre les strophes, c’est ça le secret de la poésie moderne, mon gars ! Il est poussiéreux ton sonnet, merde quoi, un peu d’ambition ! »

"La vérité, Nico, ce banc il te va à ravir"

 

Luis a raccroché… Ca fait un quart d’heure, maintenant… Le rédac’ chef du journal virtuel a toujours le combiné à la main, le regard vitreux… Il prononce des borborygmes incompréhensibles… On en profite, on se dépêche, on met le texte en ligne… On se doute bien qu’à son réveil, il va se dépêcher de l’enlever.

 

  1. 2,576 réponses to “A quoi rimerait la mort de Luis ?”

  2. Peut-être l’enlèvera-t-il, mais moi je l’aurais lu !
    (Sans déc’, z’avez vraiment eu Dieu au bigophone ?)

    De nonosmc le 19/01/2009

  3. Nan mais sans déconner, c’est de la libanaise ou de la marocaine que vous prenez au petit-déj?

    De Gwynplaine le 19/01/2009

  4. O-o

    De o-O le 19/01/2009

  5. ‘tain, ça sent la révision à plein nez… C’est quand, l’écrit du CAPES, déjà?

    A part ça, c’est génial. (Oui, j’ai osé l’écrire.)

    De Didier_F le 19/01/2009

  6. Excellent!
    Ca me rappelle les sonnets que j’écrivais à ma petite amie au lycée et puis que je déchirais. Vous au moins, vous allez jusqu’au bout…

    De noel-san le 19/01/2009

  7. Dites, la redac vous a vraiment embetés ? Faisez pas les zidiots. Vous me manqueriez si vous n’etiez plus la. Si vous n’etiez pas la, comment pourrais je vivre… (sur un air de Piaf).

    De djay-Guevara le 19/01/2009

  8. Tous les domaines… Trop forts.

    Pour calmer tout le monde: une analyse rugbystique.

    De Le Madrilène le 19/01/2009

  9. Pour rassurer “Le Madrilène”, on retrouve ici, mot pour mot, l’édito d’Alexandrin Magazine du mois de Novembre 2009!!
    Nous prenez pas pour des agneaux, les gars!

    De D. Gullit le 19/01/2009

  10. …2008!
    … quel agneau!

    De D. Gullit le 19/01/2009

  11. C’est moi le Madrilene ?

    De djay-Guevara le 19/01/2009

  12. Quelques rappels modestes pour ceux que la crise a poussé à revendre leur bécherelles:

    – énallage = ellipse particulière qui a lieu quand, après avoir employé un mode, un temps, une personne, un nombre ou un genre, on en prend subitement un autre que n’admet pas la construction ordinaire.
    Exemple : Hoarau remit sans contrôle, et Jérémie Clément de reprendre du pied droit.

    -anacoluthe : brusque rupture de construction syntaxique où une proposition fait place à une autre sans être reliée (grammaticalement).
    Exemple : Moi, Sammy T je le trouve carré dans son placement !

    -anaphore : figure de mots imposant un changement de l’ordre habituel des termes ou des segments de la phrase.
    Exemple : Rothen qui dédouble sur Armand, s’il était plus vif, pourrait peut-être centré sans être contré.

    -aposiopèse : figure de style consistant à suspendre le sens d’une phrase en laissant au lecteur le soin de la compléter.
    Exemple : Tacle de Makélélé …

    -assonance : figure de style qui consiste en la répétition d’un même son vocalique (phonème) dans plusieurs mots proches.
    Exemple (phonème “a”) : Zoumana Camara a déjà fracass trois-quatre tibias

    -stichomythie : partie de dialogue d’une pièce de théâtre où se succèdent de courtes répliques, de longueur à peu près égale, produisant un effet de rapidité, qui contribue au rythme du dialogue.
    Exemple :
    _Paul : Grégory qu’est-ce que tu fous ?!
    _Grégory : Paul je dois jouer où ?

    -allitération : figure de style consistant en la répétition d’une ou plusieurs consonnes.
    Exemple (tiré de “Le catenaccio pour les nuls” de Vahid Halilhodzic) : Pierre-Fanfan pour Dehu, Dehu pour Pierre-Fanfan, Pierre-Fanfan pour Dehu, Dehu pour Pierre-Fanfan, Pierre-Fanfan pour Dehu, Dehu pour Pierre-Fanfan, Pierre-Fanfan pour Dehu, Dehu pour Pierre-Fanfan …

    De Guy Francis le 19/01/2009

  13. Sacré Luis, il serait capable de mettre Verlaine sur le banc pour le bien de son sacro-saint système…

    De Monsieur Filatier le 20/01/2009

  14. Ou comment bien commencer une journée de boulot…

    Et merci également à Guy Francis pour ses illustrations tellement concrètes.

    De Makko le 20/01/2009

  15. Joli, Guy Francis ^^

    djay-Guevara, un Madrilène est un habitant de Madrid. Comme moi, à qui le message était destiné 😉

    De Le Madrilène le 20/01/2009

  16. Pas môl les gars !

    Z’êtes inspiré du titre des Fatal Picards “le jour de la mort de Johnny” (et du vacarme qui s’en est suivit) pour votre texte ?

    De Et Micoud ? le 20/01/2009

  17. Excellent comme d’hab!

    De Jean-Pierre Papin, roi des forêts le 20/01/2009

  18. Ben manque plus qu’une musique de Bertignac, le tendre filet de voix de Carla S (non ce n’est pas la boucherie Sanzo) et le petit N pourra retrouver se joie de vivre …

    De stoogy le 22/01/2009

Pas de commentaire à faire sur ce sujet, merci de contacter M. Martinon.