Episode 52: Où l’époque n’est guère froide

25/12/2008 – 1:23

(Si vous n’avez pas lu les épisodes précédents, c’est mal, allez les lire… Ou alors vous pouvez commencer au 48 si vraiment vous êtes une feignasse.)

Dix ans se sont écoulés depuis que nous nous sommes quittés, ami lecteur, dans ce stade de Nuremberg où se préparait le bûcher du monde. Le Stade Saint-Germain, minuscule entité au regard du drame qui se jouait, a payé son tribut au feu: l’un de ses joueurs, Georges Lefèvre, est mort au front en 1940 – le stade de football du Camp des Loges porte désormais son nom.

Durant les quinze années qui suivent la fin de la guerre, pendant que se met en place l’affrontement des deux Blocs, le Stade Saint-Germain se lance dans une course folle (notre illustration): à la vitesse d’un aï-aï furieux, il grimpe vers le sommet du football français.

Clubs professionnels, attention! Ce bolide peut surgir à tout instant dans vos rétroviseurs!

1949, d’abord. La terrible escouade parisienne, au terme d’une saison accomplie, accède à la Division d’Honneur, soit le quatrième échelon du football français. Laissons la parole à un chroniqueur du Figaro de l’époque, Jean-Patrick Sucdemiel, qui tresse les louanges du club francilien:

« Quoi de plus réjouissant, pour nous qui avons vu tant de malheurs ces dernières années, que le spectacle de cette équipe unie, dont les onze joueurs collaborent aussi glorieusement que les onze membres de l’OTAN récemment créée? Quelle plus belle leçon de liberté que ces jeunes garçons pleins de fantaisie, habiles à faire sauter le blocus des défenses adverses comme le monde libre a contraint les Rouges à lever le blocus de Berlin? »

La leçon tactique du Stade Saint-Germain 1949: pendant que deux attaquants détournent l’attention de l’adversaire par des appels sur l’aile, le troisième homme en profite pour se faire oublier dans l’axe.

1957 ensuite. Depuis huit ans, le Stade Saint-Germain se coltine les grosses écuries de Division d’Honneur, dont les redoutables bretteurs de l’AS Amicale de Maisons-Alfort. Mais rien ne peut arrêter le aï-aï saint-germinois, qui accède pour la première fois de son histoire au Championnat de France Amateurs – oui, vous avez bien lu, la Troisième Division. Passons cette fois la parole à Jean-Bernard Sucdemiel, le frère détesté de Jean-Patrick, qui officie lui à Voie communiste:

« Cette promotion du Stade Saint-Germain en CFA est une libération. Libération du beau jeu contre tous les conservatismes. Cri de révolte de jeunes camarades pleins d’idéal qui ne supportent plus l’ordre bourgeois. C’est un écho à cet autre cri, poussé par les partisans algériens pour rompre l’infamie coloniale. C’est un écho à cet autre cri, poussé par ces guérilleros cubains dans leur Manifeste de la Sierra Maestra. C’est un message envoyé à tout le football français, comme le glorieux spoutnik envoyé dans les cieux par notre grand frère soviétique pour montrer de manière éclatante la supériorité du système communiste. »

La photo officielle du Stade Saint-Germain 1957, prise par le public (depuis cette date communément appelé « le douzième homme »). Pour une sombre histoire de prime de montée non versée, la colère se lit sur les visages.

 

  1. 5,403 réponses to “Episode 52: Où l’époque n’est guère froide”

  2. Mais c’est diiiiiiiiiiiiiingue! Je viens de revoir “The Third Man” hier et “Onze hommes en colère” y a pas une semaine! Quelle communion!

    Pour ce qui est du pastiche de l’Huma en 57, le soutien à l’indépendance algérienne et à l’équipée castriste, euh, c’est plutôt de l’ordre du conte de Noël, mmmh? J’en profite pour vous en souhaiter un joyeux à tous, tiens.

    (Et forza gli quignonisti!)

    De Didier_F le 25/12/2008

  3. Les échanges ayant suivi ce commentaire initial (et ayant provoqué le remplacement de L’humanité par Voie communiste) ont malencontreusement été effacés. Nos excuses à leurs auteurs et bonne année 2009 à tous.

    De Les Auteurs le 1/01/2009

Pas de commentaire à faire sur ce sujet, merci de contacter M. Martinon.