Mercato : l’œil d’un expert en transfuges

16/06/2008 – 9:12

ns.jpg

Toujours dans le souci d’apporter à nos lecteurs chéris une information à haute valeur ajoutée, la cellule “Investigation et Bonne Binouze” de Paris Sonne le Glas a décroché après moult tergiversations de l’esprit un entretien avec Nicolas S., chef d’un truc plus important que le PSG, à propos du mercato parisien. Nicolas S. n’a accepté ce procès d’intentions sans langue de bois que sous couvert d’anonymat parce que c’est bel et bien fini l’époque où il aimait apparaître dans les médias.

Nicolas, comment analysez-vous le mercato depuis l’arrivée d’une de vos connaissances, Charles Villeneuve, à la présidence ?

Cher Paris Sonne le Glas, en guise de propos liminaires, je voudrais dire que j’ai beaucoup de respect pour ce que vous faites et que travailler plus pour gagner zéro est un fait assez rare dans notre pays sclérosé par une culture de l’assistanat public pour être mentionné. En revanche, ne passez pas trop d’heures sur votre blog d’informations sur le PSG, il est important que vous preniez le temps de consommer des produits dérivés de votre club si vous voulez le revoir tutoyer les sommets.

Ensuite, à la demande de mon ami Charles Villeneuve à qui je dois beaucoup, j’ai mis mon responsable de la communication au service du PSG. Mais je suis sûr que cela n’aura pas échappé à votre sagacité.

Pourriez-vous être plus précis ?

Après un audit minutieux, cher Paris Sonne le Glas, nous sommes parvenus au constat suivant : comment imposer à la tête d’une structure un homme sans expérience dans ce domaine, et sans connaissance particulière de ce à quoi il allait être confronté. J’ai donc proposé que mon propre service de communication s’en occupe, car il commence à avoir une large expérience de ce type de problématique.

Et quelles ont été ses premières recommandations ?

Déjà, pour que Charles puisse prendre la pleine mesure de la mission qui lui a été confiée, nous l’avons envoyé se recueillir à Merano, charmante petite bourgade thermale retirée du Sud-Tyrol à peine fréquentée par Zidane, Vieira, Maradona, Johnny ou encore Monica Bellucci. C’est dire s’il va pouvoir habiter la fonction après ça.

Certes, mais concernant le mercato plus spécifiquement …

Il était important sur ce sujet que Charles occupe l’espace médiatique. Les médias sont comme des éoliennes : donnez-leur du vent et ils vous le transformeront en énergie. Ces premiers jours à la tête du club ont donc été consacrés entièrement aux journalistes, à qui il a raconté tout ce qu’ils souhaitaient entendre. Du scoop, de l’exceptionnel, de l’improbable… bref, des effets d’annonce. Une campagne présidentielle est une affaire de sentiments, de sensibilité, d’amour… pas de véracité. Dans notre société de l’instantané, les gens n’attendent au final que peu de choses : offrez-leurs du rêve à consommer sur place, et ils vous adouberont. Mais il vous faut pour cela une caution morale et professionnelle, l’idéal étant une icône publique respectée par vos ennemis. J’avais fait appel à Tony Blair, j’ai dit à Charles d’utiliser Arsène Wenger pour cette même raison.

… oui mais les supporteurs maintenant s’attendent à de réels changements. N’est-ce pas dangereux pour la suite ?

Mais non voyons. Vous imaginez bien que j’avais pris soin de conseiller à Charles d’annoncer des chiffres fantaisistes pour financer ses promesses. Alors quand je l’ai entendu parler d’un budget annuel de 100 millions d’euros, dont une enveloppe des transferts de 30 ou 40 millions, je lui ai tiré un grand coup de chapeau. “N’ayez pas peur de faire de grands rêves.”, souvenez-vous, c’était un peu mon motto.

Il sera toujours temps de déclarer que les caisses sont vides, que l’état du PSG est pire que ce qu’il attendait, que la fiscalité paralyse ses ambitions, que c’est la faute de l’Europe de Bosman, que ces prédécesseurs ont menti sur la situation exacte du club et que si toutes les conditions avaient été réunies, son projet était totalement viable. Ce sera le moment de commander un grand audit qui lui fera gagner quelques mois. La technique est rôdée, ne vous faites pas de soucis.

Aucune chance alors de voir débarquer Ben Arfa, Giuly, Makelele ou Vieira ?

Aucune. Quand j’ai annoncé recruter Védrine, Delors, Notat et Hulot, je savais bien que je ne les aurais pas. Oui, je l’ai appris à mes dépens, l’homme n’est pas une marchandise comme les autres. Néanmoins ce sont eux qui se sont retrouvé dans la posture ingrate de celui qui refuse ; ma volonté de bien faire n’a donc pas été entachée. Pour Charles, ce sera identique. Au final, il ne va pouvoir faire venir que des seconds couteaux à qui on promet une fin de carrière honorable, avec un ou deux noms médiatiques – son Kouchner et son Hirsch – et ce sera suffisant pour éviter un conflit avec les supporteurs.

Si à la place de ces internationaux, Villeneuve fait venir Micoud et Jurietti, ça va quand même faire des vagues, vous ne croyez pas ?

Bien sûr, et il sera justement temps d’allumer des contre-feux. Pour ma part, j’avais opté pour l’insécurité, l’incivilité et l’immigration, thèmes qui m’avaient été soufflés à l’époque par Charles. Ca ne m’étonnerait pas qu’il les utilise à son tour. Quand il a évoqué la possibilité de consacrer une tribune entière aux jeunes défavorisés de la banlieue parisienne, j’ai retrouvé sa patte toujours aussi efficace.

Vous verrez, quand les transferts capoteront, il clamera que la priorité est à la sécurité dans le stade, que des investissements sont nécessaires pour faire du Parc un endroit sûr pour les familles. Je veux parler de ces supporteurs qui ne craquent pas des fumigènes et n’insultent pas l’adversaire parce que ces supporteurs-là ont le droit d’être entendus, respectés, et considérés. On verra pour les transferts prestigieux la saison prochaine. Des vies sont en jeu et il serait malvenu de critiquer un tel sens des responsabilités. Charles ira même les déloger avec les dents s’il le faut. Préparez-vous donc à entendre de nouveau parler de Julien Quemener. Les réseaux de Villeneuve au sein des grands médias devraient suffire à voir fleurir quelques reportages bien utiles.

Il ne faut donc rien attendre de ce mercato ?

Ah si, de sacrées sources d’inspiration pour Paris Sonne le Glas. Je pronostique par conséquent quelques formules creuses et chocs comme je les aime tant. J’en ai soufflé quelques unes à Charles d’ailleurs, telles :

– Je ne reculerai pas car le PSG a trop longtemps reculé.

– Je crois que le grand défi de notre équipe, c’est de trouver le bon équilibre entre la défense et le l’attaque.

– Je veux réhabiliter le travail, l’autorité, le respect, le mérite. Je veux remettre à l’honneur le PSG et l’identité francilienne. Je veux rendre aux Parisiens la fierté d’être Parisiens.

– J’éprouve depuis mon plus jeune âge la fierté indicible d’appartenir à une grande, vieille et belle ville, Paris. Je l’aime comme on aime les êtres chers qui nous ont tout donné. Maintenant c’est à mon tour de tout lui donner.

– Vous en avez assez hein ? Vous avez assez de cette bande de “brigands des stades”? Et bien je serai le président du PSG qui va vous en débarrasser.

Avez-vous une dernière chose à ajouter ?

Oui. Le drame du PSG, c’est que le joueur parisien n’est pas assez entré dans l’histoire. Le joueur parisien, qui depuis des années, change avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec les touristes, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où le fric commande tout, le joueur parisien échappe à l’angoisse de la performance qui tenaille le footballeur moderne mais le Parisien reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais le PSG ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème du PSG et permettez à un ami du PSG de le dire, il est là. Le défi du PSG, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en lui l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème du PSG, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour d’Heinze, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’il ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

  1. 2,657 réponses to “Mercato : l’œil d’un expert en transfuges”

  2. Vous êtes vraiment des malades….
    Longue vie à Paris Sonne le Glas !

    De Jeanroucas le 16/06/2008

  3. Tout à fait édifiant ! Joli travail.

    De Lisabuzz le 16/06/2008

  4. Ce Nicolas S… quand même…
    En revanche, Micoud et Jurietti sont des internationaux 😉 (oui 6 secondes ça suffit…)

    De Planus artificiel le 16/06/2008

  5. Très bien ammené le discours à la fin.
    Superbe article !

    De Nutmeg le 16/06/2008

  6. Tres bien ecrit, tres belle plume !

    De kiflebab le 16/06/2008

  7. Joli travail messieurs… c’est tout bonnement magnifique !

    De Bamogo Cadiz le 17/06/2008

  8. Excellent !

    De Soggan le 17/06/2008

  9. chapeau !

    De pervers perpère le 18/06/2008

  10. “Les médias sont comme des éoliennes : donnez-leur du vent et ils vous le transformeront en énergie.”

    C’est tellement vrai comme phrase…
    Très, très bien écrit, superbe !

    De Romain le 20/06/2008

Pas de commentaire à faire sur ce sujet, merci de contacter M. Martinon.