Le kikonjou de la semaine : le Football Club de Sochaux Montbéliard.

17/05/2008 – 12:21

Aussi incroyable que cela puisse paraître, certaines peuplades parviennent encore de nos jours à survivre au-delà du périphérique. Parfois même à des lunes et des lunes de marche. On les appelle les kikonjoux. Afin de mieux connaître leurs coutumes et de promouvoir un tourisme parisien responsable, prenons notre Hummer Diesel et partons à leur rencontre.

Le kikonjou de la semaine : le Football Club de Sochaux Montbéliard.

Ecrire les kikonjoux, au-delà du plaisir scientifique que procure l’exploration improbable de contrées qui ne le sont pas moins, des fois, c’est vraiment une mission impossible. Pour la peine, vous n’aurez pas de kikonjoux. Na.

Faut me comprendre, cette semaine, qui marque la fin de la saison, on me force à vivre deux matches de championnats cruciaux loin des miens. La vie est injuste, l’apostolat du kikonjouiste ainsi fait. Mais parfois, il en est trop. Comme là. Déjà que la semaine dernière on me dit « Va voir Etienne, il est sympa, c’est un mec légendaire qui a des poteaux carrés » – ce qui, soit dit en passant, est un non sens, déjà, j’ai pas vu les amis baraqués dudit, mais, en outre, je me suis retrouvé chez un gars qu’on appelle Stéphane, et non Etienne, c’est à n’y rien comprendre-, là on m’envoie à Sochaux, enfin pas vraiment à Sochaux, plus à Montbéliard mais tout le monde croit que c’est Sochaux, par la petite route parce qu’à Paris Sonne le Glas, on a des idées. Donc on n’a pas de sous. C’est simple, on a un budget messin.

Alors, les petites routes, ca va quand on fait Caen-Auxerre, on passe par la maison, mais Saint Etienne-Sochaux, c’est vraiment l’enfer. En vérité, c’est le Jura, c’est encore pire.

C’est bucolique me direz-vous, les routes du Jura, quand on a une semaine pour les arpenter. Bon. Vous vous n’avez jamais regardé Google Earth, mais c’est pas grave, vous n’avez pas non plus vu Lons le Saunier. Le truc qu’ils ont de spécial à Lons, c’est une énorme tête de Vache-qui-rit qui nous sourit quand on part. C’est tout. Même pas le moindre Zara. La zone.

Avant d’arriver vers Sochaux, il faut passer par Besançon. Jolie ville Besançon. Préservée en tout cas. Je n’ai pas bien compris ce qu’ils foutaient tous en haut de la colline éclairés par d’immenses spots dans leur ville fortifiée, moi, je suis passé juste au pied de la colline. Mais ça aurait pu être chouette d’y monter. Après Besançon, il faut traverser le Doubs. Pas le ruisseau, le département. C’est bien aussi le Doubs. Surtout quand t’es maniaco-dépressif et sociopathe. Et que tu n’as pas besoin d’internet. Là, dans ce cas, ça doit pouvoir te permettre de te détendre. Quoique. Bref, j’ai vu des arbres et des collines.

Tandis que Sochaux… A mi-chemin entre Besançon et Sochaux, déjà, on arrive dans la civilisation, enfin, sa version doubiste qui finit en apothéose sur une dernière cote avant d’apercevoir les parkings de Peugeot. Pas de doute, on est arrivés, il ne reste plus qu’à prendre la sortie et se mettre en quête d’Auguste Bonal, le nom du concierge du stade du coin.

Ce n’est pas quelque chose de bien compliqué de trouver le stade du FCSM. Dans une ville sans centre ville, on comprend vite que tout tourne autour des usines, et du stade qui y est attenant. Alors, vite fait, moi je me suis retrouvé devant le stade d’Auguste Bonal. Il ne me restait alors qu’à trouver un auto-chtone.

LacomeFrau

Avant, les gars du Doubs aimaient Paris. Mais nous, depuis toujours, bof.

Après avoir laissé passer quelques tektonik sans intérêt ethnologique, j’en aperçoit un qui me semble à même d’illustrer mon propos : affublé d’une moustache lacombienne, mon gaillard porte un maillot du club local trop petit, saison 1998-99, un jean sans forme de marque indistincte, aux tâches beigasses de boue séchée millénaire, des chaussures de sport sans plus d’ambition que de pouvoir recueillir des pieds. Le candidat semblait parfait.

– Excusez moi, monsieur, commence-je, pourriez vous m’indiquer où je pourrais boire un verre avant le match ?
– Le môôôtch ? T’es pas d’ici toi, t’es d’où ?
– Et, bien… je suis parisien, monsieur, c’est logique non ? Je viens visiter la région pour le dernier match de championnat. Et là, j’ai besoin de boire un coup, je suis un peu tendu…
– Pour boire le coup, t’es pas au meilleur coin. Mais faudra bien que tu goûtes le Pont, c’est de la boisson de chez nous.

(Mon dieu. Vous pensez qu’ils ont des crapauds dedans ?)

– On peut pas t’emmener boire un coup, on est venus tous seuls les deux avec la D’nise, reprend-il en pointant derrière lui une blonde poivrasse qui doit lui tenir lieu de femelle. On attend l’Raymond qui tient une buvette dans l’stade.
– Si vous le dites.
– Si tu veux goûter le Pont, prend c’te rue là et prend au bout à gauche. Mais magne toi, il commence à faire cru et tu risques de t’prendre une rabasse et êt’ gaugé.
– Pardon ?

(Ils  ne sont pas méchants mais avec leur façon d’accentuer les voyelles, ils donnent tout de même l’impression de me gueuler dessus)

– Tu comprends pô ? T’es un daubot?

(Je ne vois pas comment il peut trouver que je ressemble à Dabo, ce type)

Denise reprend alors le flambeau :

– Mais Non, c’est loin, y a meilleur temps d’attendre qu’l’Raymond lui paie le coup en ouvrant la buvette. Et avec son écharpe PSG, il risque de se prendre une taugnée.

(Là, j’ai pas besoin d’être très fin pour comprendre ce que ça signifie. Ces congelés sont rustres mais ils ont du bon sens)

Après quelques secondes de silence gêné, je tente de m’ouvrir la voie pour le début de mon exploration ethnologique :

– et vous faites quoi dans la vie, monsieur ?
– Oh, moi, je suis à la r’traite, maint’nant, mais j’ai travaillé toute ma vie à la Peuj’.
– A la pige ? Vous étiez journaliste ? Moi, je suis apprenti journaliste stagiaire. Enfin c’est compliqué.
– Journaliste ? Ah non. Mais, toi, t’arrêtes pas de rebeuiller partout alors.
– Je ne vois pas ce que viennent faire les reubeus dans cette histoire, moi.
– Mais NON. Rebeuiller, c’est mettre son nez dans le ch’nis des autres.
– Ah, non ! Venez pas me parler de ch’tis, hein, ca m’a emmené assez t’emmerdes ces derniers temps !!!!

Et c’est là que j’ai craqué, j’ai repris mon hummer, et j’ai taillé la route, ca suffit leurs conneries. C’est bien beau les peuplades qui prouvent à chaque instant l’intemporalité des visions humanistes d’un Zola, mais il y a des limites à ne pas franchir. En plus, j’ai un papier à rendre moi, et je ne suis pas rendu si je cherche un 56k chez ces pécores. Allez, zou ! A la maison ! C’est pas tout ça mais il ya un match capital !!

Plumard

Faites de beaux rêves. Enfin, essayez ce sera déjà pas mal.

  1. 2,722 réponses to “Le kikonjou de la semaine : le Football Club de Sochaux Montbéliard.”

  2. Vindieu, j’ai cru qu’il n’arriverait jamais à nous le pondre son bout de papier le parigo…

    Avec le pont, un petit bout de Morteau, avec une bonne miche, du morbier et de la cancoillote, et te voilà fin dru pour aller en Forges regarder ce match. Z’ont qu’à les mettre à la chaine leurs stars pour qu’ils comprennent un peu ce que c’est que la vie!

    Bon match à tous, boudiou!

    De animasana le 17/05/2008

  3. Anondédjeu, y s’fout d’not’ gueule le parigô. Trop drôle les aventures de la ville par chez nous. Encore heureux pour lui qu’y soit venu maintenant, au moins ça meule pas. Et pis c’est pas la peine de frimer avec ton 4X4 là, moi aussi j’en ai un, avec le GPS et tout, un John Deere en plus.

    De MarcoVP (70 represent) le 17/05/2008

  4. Comme j’ai pas d’autres moyens de le lui dire, je fais un petit salut ému à doum² qui me régale sur le fil PEM par son monoplex chochalo-parisien.

    De Didier_F le 17/05/2008

  5. Plusieurs erreurs ethnologiques:

    -Passer par le Jura en venat de Paris pour aller à Sochaux, effectivement c’est plus long…
    – Un franc comtois ne parle pas si vite !
    -“Avant, les gars du Doubs aimaient Paris. Mais nous, depuis toujours, bof.” FAUX!! On connait Pancrate!

    Pour le reste, tout est vrai !

    De Makay25 le 19/05/2008

  6. De Makay25 le 19/05/2008

    -Passer par le Jura en venat de Paris pour aller à Sochaux, effectivement c’est plus long…

    Oui, mais l’article précise qu’il vient de St-Etienne. Or, depuis l’invention du gps et l’augmentation du gazole, les Parisiens ne passent plus par Paris pour aller de St-Etienne à Sochaux… Donc ils passent par le Jura. 😉

    De Les auteurs le 19/05/2008

  7. Ah oui Makay mais non, c’est bien précisé qu’il vient directement de chez Stéphane…

    Un vrai régal ce kikon-Vallée de Joux ! Tellement vrai (de la famille sur Pontus en ce qui me concerne) !!!

    De Bamogo Cadiz le 19/05/2008

  8. arf, le vilain poing…

    De Bamogo Cadiz le 19/05/2008

Pas de commentaire à faire sur ce sujet, merci de contacter M. Martinon.