Du Riffifi chez Lainlain

8/05/2008 – 13:01

Vous l’avez tous lu dans les journaux. Ca y est, je l’ai quitté. Divorce. Quoique vu l’état dans lequel il était, ce n’est pas une divorcée que je suis. C’est carrément une veuve. Et une veuve sans pognon, inutile de vous préciser que ça va être coton de me recaser avec un seigneur. Ca faisait longtemps que j’y songeais, remarquez, y’avait même déjà des rumeurs qui circulaient sur maxifoot, foot365 et tous les autres torche-cul de la presse people. Mais le divorce, ça ressemble à un but de Diané ; c’est plus difficile à faire qu’à envisager. Et n’allez pas me dire que j’ai été cruelle. J’ai fait preuve d’une patience exemplaire. Ca fait deux piges que j’déguste, je vous ferai dire. Mais y’a un moment où le chant du beau merle, t’aimerais bien qu’il soit suivi des faits. Et pas qu’un peu. Une anecdote, tiens. Le mois dernier ; c’était un samedi soir. Mon Alain, il se pointe le sourire benêt greffé au visage, me prend dans ses bras et me murmure "Tu vois chérie, je te l’avais promis, l’année prochaine je te fais faire le tour de l’Europe". Si vous m’aviez vue. Y’a mes rêves qui se sont déballés d’un coup, parce que ça faisait un paquet de temps que mes désirs, je les cachais un peu honteuse dans le débarras des illusions. La tour de Londres, le Prado, le Colysée, la Scala, St. George’s Hall, la tour de Belém, la bucolique Bavière. Depuis le temps que j’avais envie de les revoir. Et là, aux yeux de cocker de l’autre grand dadais, j’ai bien vu qu’y avait comme un cheveu dans la soupe. "Et la Ruhr, t’as jamais rêvé de voir la Ruhr ? Et l’agreste Slovaquie, la fougueuse Estonie, la tempétueuse Belgique ?". "Mon amour, lui rétorquais-je, je sais que ton art de la vente de camelote aux gobe-mouches a fait ta fortune, mais faudrait pas non plus me prendre pour une perdrix de l’année. Déjà que je me coltine des week-ends à Lorient, Valenciennes ou Nancy, alors va pas imaginer que me trimballer dans un obscur hôtel Ibis d’Heerenveen va faire de moi une femme comblée". Ses genoux ont flageolé direct. A croire que quand les passions s’en mêlent, y’a plus de types solides. Mais il s’est repris le bougre, et a même tenté de me mettre ça sur le colback, façon rancunier bravache : "N’oublie pas que c’est moi qui tient le volant, mais c’est toi qui conduis. Si t’avais fait quelques efforts à Lorient, Valenciennes ou Nancy, et ben je ne serai pas obligé de trimer comme un bagnard pour parvenir au moins à te faire visiter des patelins miniers de l’ex-URSS. Mais non ! Ce n’est pas assez bien pour Mâââdame. Il a fallu que tu fasses ta tire au flanc et que t’y ailles à reculons. Et bien assume, on ne peut pas tout avoir". Et pourquoi pas, hein, y’en a bien qui n’ont rien, regardez Metz. Ca rétablirait la balance, en quelque sorte. Le voilà pourtant qui insiste, perfide : "Comme c’est barré, de toute façon, l’année prochaine, je te fais visiter la Corse. Ca te plait pas non plus la Corse ?". Evidemment que ça me plait la Corse. Mais j’aurais pas dû me réjouir aussi vite. Il a osé se payer ma tête. C’est quand j’ai découvert que l’île de Beauté, il comptait s’y rendre par les départementales en traversant Angers, Amiens, Dijon, Châteauroux, Niort et Libourne que j’ai vu rouge et que j’ai remisé ses valises sur le pallier. Forcément, ça a fait un battage terrible. C’est inouï cette tendance que les plumitifs ont de tout exagérer! Je flanque à la porte un breton mal élevé, on croirait que j’ai rayé la Bretagne de la carte de France! L’adage populaire voudrait nous faire croire qu’il vaut mieux être seule que mal accompagnée. Connerie d’arrogante ça. Parce qu’une fois célibataire, t’as les vautours de l’entrejambe qui pointent leur bec dans la seconde. Et là j’étais au bord de l’abîme. Le tocsin allait sonner de nouveau Porte d’Auteuil. Il y a la malaria qu’était de retour. La peste revient sur la capitale. Bref, Luis tentait de se repointer. Du coup, j’ai sauté sur le premier venu. Je veux dire le premier avocaillon venu, parce que c’est toujours utile pendant un divorce et ça éloigne les charognards. Mais faudrait pas qu’il se croit arrivé pépère. C’est qu’il commence déjà à m’agacer avec ses déclarations péremptoires du style "je sauverai le club de mon cœur de la relégation". Ouais, c’est ça, et Neuilly du génocide, héros de mes deux. Sinon, direct, on m’a collé un coach sportif aux basques. Pour pas que je ramollisse. On voudrait me signifier que j’ai la tête dure et la fesse molle, on s’y prendrait pas autrement. Moulin qu’il se fait appeler. De toute façon c’est toujours la même histoire. Ce Moulin, c’est encore un mec qui veut devenir matador pour esbroufer sa rombière. Comme les autres, y’va s’prendre un coup de corne dans le joufflu. Y’va chialer, et moi aussi… J’ai l’habitude.

  1. 32 réponses to “Du Riffifi chez Lainlain”

  2. sa fait vraiment bandeur sur le petit josée ce que vous faites…
    en + pas besoin d’écrire d’article humoristique .. votre club est drole par lui méme

    De seb le 8/05/2008

  3. seb il a rézon, s’est tutafé le stile à le petit josée…

    Bravo pour ce très bel exercice de style, Secret Girl.

    De i s'abelle alonzo le 8/05/2008

  4. Excellent, comme souvent.

    De Matte-OL le 8/05/2008

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