Cadeau de Noël

29/01/2008 – 20:46

J’ai un affreux doute, je pense que mon mari me prend pour une vraie truffe. Vous le savez, les femmes portent beaucoup d’importance aux cadeaux et petites intentions de leur cher et tendre pour Noël. Ce n’est pas vraiment que le montant soit important, non … enfin si … enfin ce n’est pas le débat ici … mais cela nous permet de vérifier s’il est à notre écoute et s’il se fait de vrais efforts pour notre plaisir. Une petite preuve d’amour, quoi. Et cette année, j’y ai cru. J’aurais pas dû parce que faut vous dire que mon Jules, c’est le genre d’homme qui veut tout casser, et qui casse jamais rien. Mais il a tout fait dans les règles pour une fois. Il m’a fait miroiter une jolie surprise et a enfin avoué que je n’avais rien à m’mettre le samedi soir. Il a aussi reconnu que ma penderie était bondée d’articles démodés. Là, je le soupçonne d’être un peu jaloux des cadeaux de mon ex, Francis, un michetonneur qu’avait du style mais qui m’entretenait au-dessus de ses moyens. Celui-là, si je l’avais foutu à la porte chaque fois qu’il a fait des conneries, il aurait passé sa vie dehors. Du coup Alain, il a boudé un peu quand je lui ai fait remarquer qu’y’avait pas que les vieilleries de Francis qu’étaient bancales et que ses cadeaux de cet été s’effilochaient déjà. C’est sournois, mais ça lui apprendra à faire dans le bon marché. J’voulais pas vraiment le vexer ni faire des manières, mais faut avouer que notre Bourillon, même la Rennaise elle n’osait plus le sortir, alors il aurait pu se méfier.

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Et hop, Llacer est dans le sac.

 

Ceci dit, je le sentais quand même plein de bonne volonté. Déjà pour commencer, il m’a emmené au théâtre. Une adaptation de “Bérénice”, mise en scène par un obscur Caennais.”Le transfert de Gouffran n’aura pas lieu” qu’ça s’appelle. Une tragédie romantique pas crédible où qu’c’est nous la nouille. Vous vous souvenez, quand Titus veut quitter Bérénice, ce qu’elle fait ? Bah rien. Eh bien l’histoire de Gouffran c’est pareil, et ça dure cinq actes. C’est divertissant, mais c’est pas avec ça qu’il atteindra la paix du couple. En fait, avec Alain, c’est un peu comme si on faisait lit commun mais rêve à part. Il a dû le sentir cependant, car figurez-vous qu’un soir en rentrant, je suis tombé sur le catalogue de Fred Joailler sur notre table basse. Bon, j’ai pas pipé mot pour pas faire ma bourgeoise mais j’ai rougi façon Sylvain Armand après une course de 20 mètres. C’est que ça coûte une petite fortune les bijoux Fred et qu’on a plus trop les moyens, rapport aux travaux qu’il faut qu’on fasse dans la maison. Au début, je voulais pas le croire. Mais v’là-t-y pas que le vendeur du magasin appelle à la maison et confirme que mon Alain a vraiment demandé un devis pour une perle. L’est finaud ce commercial, il se doute bien que maintenant je suis au courant. Alain ne pourra plus faire marche arrière. Sauf que ce VRP, c’est pas dans l’élégance qu’il a dû faire fortune. Ce saligaud rappelle une semaine après et laisse sur le répondeur un message à la limite de la faute professionnelle : “Cher monsieur Cayzac, sachez que nous avons bien reçu votre proposition commerciale, et nous vous en remercions chaleureusement, mais j’ai le regret de vous annoncer que notre établissement de prestige n’accorde pas 50% de ristourne même pendant les soldes et non, nous ne proposons pas de solution en leasing. Quant à votre demande de prêt, elle a fait bien rire toute la boutique. Néanmoins, n’hésitez pas à nous rappeler quand vous aurez les moyens de vos prétentions”. Je n’ai jamais eu aussi honte de ma vie. Parce que j’aime autant vous dire qu’après ça, mon mari, même avec ses costumes de belle facture, ses phrases qui font du genre, son brushing argenté de chez Dessange et ses pompes à l’italienne fabriquées à Dijon, eh ben, je ne le vois plus que comme un Peigne-moumoute. Manquerait plus qu’il m’annonce qu’en fait, la surprise, c’est qu’il me ramène notre Pancrate. Je vous jure qu’il oserait. Et puis ce serait pas vraiment une surprise, parce que le Fabrice, c’est pas comme un dvd, quand on le prête, on nous le rend toujours.

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Au fond de ses poches, protégé par des oursins, le portefeuille d’Alain, en véritable croûte de nubuck. Très sobre. Très classe. Très vide.

 

Ceci dit, depuis, Alain ne sait plus où se mettre ni comment rattraper le coup. Ca a ses avantages, remarquez. Toutes les corvées que je lui demandais de faire depuis des semaines, il les a expédiées en moins de deux. Le cadran solaire dont on se servait plus, par exemple, "Frohe Weihnachten" comme ils disent à Metz, zou, vendu à la braderie de Lille. Pourtant on l’aimait bien ce cadran. On le mettait à droite du terrain, et on pouvait connaître l’heure rien qu’en regardant l’ombre sur le bas de son visage, c’était sympa. Mais pas très utile parce que premièrement, on joue la nuit et deuxièmement à Paris, il était déréglé. "Son problème, c’est latitude", nous a même dit le vendeur. Et puis Alain a enfin piqué le chien. Un beau berger argentin très affectueux qu’on avait appelé Muñeco mais qui courait pas comme prévu. C’est un peu notre faute aussi, on avait lu qu’une bière couvrait 1% des besoins journaliers en vitamines ; on lui faisait donc boire 100 bières par jour pour une alimentation équilibrée. Il a pas bien supporté. Sans être tout à fait du dégazage sauvage, je vous concède que ça sonne quand même comme un peu brutal. Mais bon, pour une fois qu’on pollue pas Sochaux, on va quand même pas nous le reprocher. Néanmoins je lui ai annoncé direct : ça va pas suffire. Je l’entends déjà revenir vers moi tout penaud, prétextant qu’à son boulot, ils n’ont pas voulu l’augmenter, que son patron Monsieur Bazin ne va finalement pas lui accorder sa prime et que, objectivement, je peux encore attendre six mois avec les affaires qui me restent. Sauf que ‘objectivement’ est un adverbe foireux dont je n’ai que foutre. Je lui ai demandé alors : “mais il fait quoi ton patron, c’est quoi son métier qui rapporte peau d’Edouard Cissé ?”. “Il fait tourner une boîte, lui” qui m’répond. Mes fesses, oui, comme si c’était un métier de jouer au Rubik’s cube. Je vous l’avais dit, il me prend vraiment pour une truffe

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