Jeudi 5 Octobre 2006

5/10/2006 – 20:27

Cher Journal,

Je ne t’apprendrai rien en te disant qu’avec les copains, on est un peu perturbés en ce moment.

Oh, t’en fais pas, c’est pas les résultats qui nous embêtent, ça, on est comme les supporters, on est habitués maintenant.

Non, nous ce qui nous préoccupe en ce moment, tu t’en doutes, c’est le sort réservé à Vikash. Pas vraiment qu’on l’aime beaucoup Vikash, mais il nous apporte une bonne bouffée d’air frais avec ses soirées vernissages, coke et échangisme. On a parfois l’impression d’être invités chez Ardisson quand il nous raconte ses soirées. Et puis Vikash, c’est « substitute », son film de la coupe du monde qu’il n’aura le droit de diffuser qu’en flouté intégral parce que personne n’aura accepté d’y être montré. Un artiste Vikash, on le savait, fallait s’attendre à ce qu’il nous fasse un truc jamais vu : le premier film a pouvoir plus facilement être diffusé à la radio qu’à la télé… Mais Vikash c’est aussi le type qu’arrive trois quarts d’heure en retard aux séances d’entrainement, qui trottine un petit quart d’heure, va fumer une clope, et revient faire un atelier cinq minutes puis repart en disant qu’il a une interview à faire pour So Foot ou qu’il a pas que ça à foutre. Alors ça a tenu un moment qu’il soit titulaire à chaque fois, mais forcément, ça a fini par foutre le bordel, on se demandait tous pourquoi on trimait comme des malades pour perdre à la fin alors qu’il suffisait de faire comme Vikash, de prendre du bon temps, pour le même résultat final.

Forcément, Moustache, il a bien vu que petit à petit, on travaillait de moins en moins à l’entrainement, sauf Bona et Pedro, bien sur. Bona parce qu’il ne court jamais, c’est une question de principe chez lui, alors s’entrainer, tu parles. Et Pedro, lui, il comprend pas que l’on ne puisse pas s’entrainer dans un grand club. Bref, c’est certain pour l’esprit d’équipe Vikash, c’était pas vraiment ça.

Tu connais la suite journal, ils ont dit que Vikash était blessé, lui il a dit c’est pas vrai tu fais rien qu’à mentir, ils ont rétorqué « ah ouais ? et pourquoi tu t’entraines pas ? », là il a fait qu’ils lui manquaient de respect et tout. La routine.

Donc, pour le bien du club, Lacombe et Cayzac ont réagi, et ils ont décidé que le contrat de Vikash, c’était un CDD comme un autre et que son comportement était constitutif de faute lourde justifiant une fin de contrat. C’est là que ça nous inquiète, nous, les jou… employés sportifs du PSG.

Bon, déjà, si on est obligés de s’entrainer, c’est pas franchement folichon. Déjà que l’on se coltine des déplacements interminables dans des bleds improbables pendant toute l’année, si en plus on a des contraintes quand on peut être à la maison, on va râler. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, on commence par l’entrainement, et tu vas voir, après il vont en réclamer plus, comme tout patron qui se respecte. Il va falloir se coltiner une hygiène de vie, se coucher tôt, éviter de faire l’amour à trois nanas en même temps les veilles de matches, rapport à la baisse de testostérone qui pourrit les performances. Le bagne quoi. Tu me diras, on est bien payés hein, surtout au PSG, mais si j’ai bien compris, c’est pour la pub et nos noms que l’on gagne beaucoup, pas pour nos performances, alors faut voir à ne pas pousser le bouchon trop loin.

Et puis, personne n’a à y gagner à considérer les contrats des sportifs comme des CDD normaux. Surtout pas les dirigeants. Je sais pas s’ils sont au courant, mais un CDD normal, c’est maxi 18 mois. Et pour le renouveler, il faut attendre un tiers du temps du contrat. Tu parles qu’on attendrait 6 mois avant de resigner au PSG, on serait vite parti ailleurs, on n’est pas fous non plus. Je ne sais pas non plus s’ils ont entendu parler de la prime de précarité de 10% due à la fin d’un CDD. M’est avis que le jour où ils la paieront à Pedro à la fin de son contrat, ils seront un peu moins d’accord pour être soumis au droit commun. Et je ne te parle même pas des congés payés.

Tu comprends que nous, on guette de près ce qu’il va se passer avec Vikash, parce qu’e s’ils veulent appliquer le droit du travail, ils vont être servis.

Alors, avec toutes ces histoires, on n’a pas toujours trop la tête à s’amuser au foot. Moralité, dimanche, on s’est fait plier par Saint Etienne. Logique, remarque, même si on avait vraiment voulu jouer, il aurait fallu qu’on soit dessaoulés de notre soirée de jeudi soir… La vache, on était tellement pleins qu’on a oublié d’emmener Paf avec nous. Et puis Amara avait confondu ses chaussures droites et gauches. Sammy aussi, d’ailleurs, mais ça s’est encore moins vu, va savoir pourquoi. Bref, on n’était pas vraiment en état de jouer, alors 1-0, c’est pas cher payé…

C’est dommage, pourtant qu’on n’ait pas été en état, parce que c’est une affiche, Saint Etienne – PSG. Bon, une affiche de science fiction, mais une affiche tout de même. Le derby des has been.

On se ressemble beaucoup avec Sainté. On a un peu la même histoire, les mêmes regrets. Eux, ils ont les poteaux carrés, nous on a Bietry. J’espère que nous au moins, on en reparlera pas encore dans trente ans. Même nos joueurs emblématiques se ressemblent : Platini/Raï, Piazza/Ricardo, Curkovic/Bats, Rocheteau/Rocheteau… Mais aujourd’hui, les supporters, ils sont obligés de se farcir les duos de l’impossible : Feindouno/Kalou, Piquionne/Pancrate, Ilunga/Dramé, Landrin/Hellebuyck… De vrais, jumeaux de la nostalgie. Le seul truc qui nous différencie, c’est le look : les stéphanois ils sont tout fiers de leur beaux maillot en mohair Manufrance. Nous, on n’a pas encore osé ressortir les maillots Commodore et Tourtel, faut pas déconner non plus. Et pourquoi pas les faire floquer Calderaro tant qu’on y est ?

L’autre grande différence, quand tu vois Saint Etienne, c’est que tu sais pourquoi c’était une grande équipe. Déjà, les joueurs ils ne pouvaient que penser à jouer au foot. A Sainté, Vikash il aurait été malheureux parce que questions vernissages… Et ils devaient s’entrainer deux fois plus encore histoire de se barrer vite fait. Vivre là dedans, ça doit te filer la rage de t’en sortir, y a pas de doute. Enfin, les adversaires, à peine arrivés, eux aussi ils devaient penser qu’à en partir le plus vite possible, peu importe le résultat du moment que l’on en sortait. Vivant.

Saint Etienne, c’est un peu comme Liverpool ou Manchester, c’est la démonstration par l’absurde que le foot c’est un sport populaire. Tandis que le PSG, c’est la démonstration par l’absurde que le foot c’est un sport. Tout court. L’air de rien, ça nous rapproche encore plus des stéphanois. Ca et puis leurs supporters qui y croient encore et les soutiennent alors que ca fait 25 ans qu’ils ne savent plus jouer au foot. L’air de rien, c’est rassurant, on se dit que maintenant que les supporters du PSG ont perdu tout espoir inconsidéré de titre, et bien ils n’ont pas fini de nous soutenir malgré tout.

Et ca, c’est drôlement bien dans ces temps troublés et difficiles pour nous.

Au revoir Journal,

Clément

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