Mardi 26 septembre 2006

26/09/2006 – 20:23

Cher Journal,

Hier après-midi, Moustache, il m’a fait une surprise : il m’avait dit qu’on devait s’entrainer, mais en fait non. Ils avaient tout prévu avec mon père, mon agent et les dirigeants. Tous endimanchés et souriants, j’avais l’impression d’être un jeune héritier lâché par hasard dans un congrès de gestionnaires de patrimoine. J’avais l’air con avec mon sac de sport, je te raconte pas.Bref, ils avaient tout fait pour que j’aie la surprise : ils m’ont fait signer mon premier contrat pro.

Au début, j’ai fait des gros yeux surpris. « Ah bon ? Je suis pas encore professionnel ?, j’ai dit. Et c’est quoi les 6000€ que je touche tous les mois ? ». Là, Cayzac, il avait l’air tout embêté, il m’a dit que c’était pas vraiment mon salaire, que j’avais jamais vraiment signé de contrat avec le PSG, mais que là il voulait que je le fasse parce que le PSG, il compte sur moi et qu’il m’aime. Tu parles, qu’ils m’aiment au PSG, c’est moi ou alors ils font jouer Vikash.

On s’est tous assis autour d’une énorme table, du genre où tu te passes le sel en t’envoyant d’abord un faire-part par Chronopost. Tu as remarqué que quand on est devant une grande table et qu’on est pas nombreux, on a tendance à s’asseoir un troupeau, en rang d’oignon au lieu de prendre carrément nos aises? Ça doit être une sorte d’instinct grégaire en rapport avec une volonté de chaleur humaine. Alors, en fait, je me suis assis, et ils se sont tous agglutinés autour de moi, avec des yeux tout partout au-dessus de mes épaules pour voir le contrat.
Moi, puisque je passais pro, j’ai tout bien lu. J’ai signé pour trois ans, ok, ça va. Mais j’ai halluciné en voyant le salaire.

– 4000€ ? C’est pas possible, j’ai dit. Je touche plus aujourd’hui !
– Mais ce n’est pas ton salaire, 6000€. C’est…hum, ben… Tes droits à l’image, rapport au fait que le PSG il utilise ta photo, ton image pour ses campagnes de pub, d’abonnements… C’est pour te rembourser, quoi, a dit Cayzac en lançant des regards terrorisés à droite à gauche, en baissant petit à petit la voix pour finir en murmure.
– Ah, j’ai répondu. C’est les droits d’image, je connais. Et ils sont où dans le contrat ?
– Ben, il y en a pas. On les a pas prévus, tu n’es pas encore très connu, alors ton image…
– Mais, c’est mes acquis sociaux, j’ai crié ! Vous avez pas le droit de me priver de mes acquis sociaux !!!
– Acquis, acquis, hé, gamin, t’as rien acquis du tout, tu joues trois minutes par-ci par-là faut pas déconner ! A peine si ta mère elle sait que t’es au PSG ! C’est une image, monsieur, il a ajouté vite fait Cayzac en voyant la tronche de mon père.
– Les acquis sociaux, c’est justement ça : un truc pour lequel d’autres se sont battus mais auxquels on tient maintenant parce que la vie elle est mieux avec que sans. Ils sont où mes droits à l’image ?
– Bon, bon, on va s’arranger pour te les payer t’en fait pas, mais ils seront pas dans le contrat.
– Ah ? Bon. Et ils incluent les droits pour les retransmissions télé des matches du PSG je présume ?
– Ah, ben, non, c’est juste pour la pub, l’utilisation de ton nom… Tout ca. Les matches, c’est ton métier ça n’a rien à voir.
– Ah ? Mais je croyais justement que j’étais pas pro jusqu’à présent, alors mes droits d’images pour les matches que j’ai déjà fait ils sont de combien ?

Là, je crois que Cayzac, il a craqué, il m’a pris les contrats des mains, il a raturé les 4000€ en bien gras, et il a écrit 10 000€ à la place. « Et là, ça te convient, hein, petit con ? ».

Ben ouais, ça me convenait mieux, alors j’ai signé, tandis que Moustache et Alain Roche ils accompagnaient Cayzac dehors en lui disant d’aller se reposer, que ça irait mieux maintenant…Nous avec papa et mon agent, on était contents, on est sortis de la salle fiers comme des papes. Mais c’était pas encore fini, il y a un type du site internet du PSG qui est apparu de je ne sais pas où parce qu’il lui fallait une interview exclusive. Ouah, la vache. A peine pro, que ça y est les journalistes ils se ruent pour les interviews. Bon, je suis pas encore connu, c’était pas Estelle Denis, faut le temps de monter les échelons. Alors lui, il était tout petit et ressemblait vaguement à un rat, mais bon, c’était un journaliste pour une vraie interview.

C’est dur les interviews de foot, faut pas rire. Les gens, ils posent toujours la même question en boucle, en espérant qu’à un moment tu craques et tu laches des vraies informations. Faut être vachement concentrés, veiller à bien garder deux trois phrases clefs : « l’important c’est le groupe », « on vit bien ensemble », « il faut que l’on travaille dur maintenant, mais la saison est longue », « l’important c’est d’avoir pris les trois points »… Ce genre de choses. A ton avis pourquoi on regarde tous Jour de Foot? C’est pour repérer les nouvelles phrases à la mode, les trucs à ne pas dire, etc… En plus, c’est pire pour les interviews presse écrite, parce qu’ils déforment tes propos en permanence. Bon là, ça allait, c’était que PSG.fr, j’avais pas trop peur qui me fassent dire n’importe quoi, mais ils ont quand même retouchés mon interview, logique, c’était ma première. Voilà ce que j’ai vraiment dit

PSG.FR -. Clément, quel est votre état d’esprit à ce moment précis (quelques minutes après la signature) ?
Ouais, ben je suis content et surpris, ils m’avaient pas prévenus, ces cons ! Sinon, je suis content, le salaire me semble correct, reste à voir le truc des droits d’image, mais je crois que Cayzac il a pas le temps ce soir. Enfin, bon, je suis quand même fier, j’ai pas rogné sur mes acquis sociaux. C’est important aussi de rester au PSG avec les copains, t’imagines si j’avais signé dans un club lose comme Troyes ou Nancy ? Ou pire, à Gueugnon ou Wasquehal, parce que, normalement, on va là bas en général quand on est formé au PSG… T’imagine la tronche d’une carrière quand tu commences à Wasquehal ?

PSG.FR -. Il y a certes ce premier contrat professionnel, mais surtout des minutes de jeu qui s’accumulent après chaque match !
Ouais, faut pas s’enflammer non plus, Moustache, il est train de se fighter avec Vikash, il y a personne derrière, il est bien obligé de me faire jouer, en plus, c’est bon pour sa crédibilité de formateur. Alors, moi, ça me surprend toujours mais ça me permet de progresser, c’est pas évident d’enchaîner les matches quand tu mets déjà trois jours pour te remettre de la teuf qu’on se fait à chaque fois… T’aurais vu ma gueule le matin de PSG-Lorient, je ressemblais à une serpillère dépressive, j’avais une tronche de sapin, un truc incroyable… Mais finalement, je me suis dit “Clément, c’est un peu comme les matches du dimanche en CFA où tu vois trois ballons…”, alors j’ai joué comme je le faisais avant en CFA, au radar.

PSG.FR -. Quels ont été les premiers mots de Guy Lacombe ?
Oh, classique, il a dit qu’il était content qu’un jeune signe au PSG, que ça lui aurait cassé les burnes de me voir partir à Glasgow où Bolton, que maintenant, il pouvait tranquillement me refoutre en CFA sans avoir peur que je me barre. Moi, je m’en fous de retourner en CFA, ça me prend pas la tête, maintenant je toucherais le pognon tout pareil, pendant 3 ans. Et puis, pour les copains de la CFA, c’est un bel espoir, ils se disent maintenant qu’on peut réussir à signer pro parce que le club a plus de thunes pour signer des stars.

PSG.FR -. Comment allez vous maintenant fêter ce premier contrat ?
Là, j’avais rien prévu ! Mais je pense que je vais appeler la famille, les potes du centre de formation, et du groupe pro et qu’on va aller se prendre une biture olympique dans une boite à la mode jusqu’à point d’heure. On a rien à craindre dans trois jours, c’est Derry, sur le terrain, on les connaît, ils sont encore plus bourrés que nous !

Voilà, je suis pro. Maintenant, au PSG, ils sont rassurés, ils ont un milieu de rechange, ils vont pouvoir mettre Vikash à pied. Tu parles d’une sanction… Déjà qu’en bagnole, il arrive avec trois quarts d’heure de retard à chaque entrainement, alors s’il vient à pieds…
Au revoir, Journal,Clément

Pas de commentaire à faire sur ce sujet, merci de contacter M. Martinon.